Bonnaffé, un acte d’amour !

Après Chantiers de culture, puis L’humanité, voilà la chronique de Frictions… Un article signé de Jean-Pierre Han, fondateur de la revue et contributeur aux Chantiers. Pour saluer L’Oral et Hardi, l’allocution poétique de Jean-Pierre Verheggen et Jacques Bonnaffé. Jusqu’au 24/06, au Théâtre de la Bastille : pressez-vous, il reste peu de temps pour vous éclater ! Yonnel Liégeois

Le titre du spectacle de Jacques Bonnaffé, l’Oral et Hardi, en plus d’être drôle, est d’une parfaite justesse. L’oral, et voilà pour définir le comédien – même si le poète dont il est question ici, Jean-Pierre Verheggen, a bien sûr droit à sa part légitime d’oralité –, hardi caractérise on ne peut mieux ledit poète qui n’a jamais hésité – c’est même ce qui le définit – à bouleverser les codes de la poésie « traditionnelle » convenue au point de la faire joyeusement éclater. Hardi, Jacques Bonnaffé l’est sans doute aussi pour se lancer dans ce genre d’aventure ! Ce beau mélange livre une « allocution poétique », comme il est précisé dans le sous-titre, qui donne un sacré coup de pied aux fameux et très ennuyeux, souvent compassés, récitals poétiques. Nous eûmes ainsi droit il y a une quinzaine d’années à un spectacle au succès fulgurant et qui est devenu culte.

Jacques Bonnaffé, au sortir d’un long confinement qui l’empêcha d’exercer pleinement son talent, reprend ce spectacle avec une évidente, mais cependant très maîtrisée gourmandise (celle des mots). Mais que l’on ne s’y trompe pas. Mieux que quiconque, lui qui justement entretient avec les poètes une relation assidue et passionnelle, sait ce qu’il en est du passage du temps. Pas question pour lui de reprendre l’« allocution » telle quelle. Elle est ici retravaillée, peaufinée, modifiée : une valeur ajoutée… On sait la relation amoureuse que Jacques Bonnaffé entretient avec la poésie, avec la langue. Il ne cesse de les servir, de les magnifier (à sa manière) dans nombre de lectures publiques, à la radio aussi (on se souvient de son émission sur France Culture, Jacques Bonnaffé lit la poésie), et sur scène bien évidemment. Ce que l’on sait moins c’est qu’il a même tenu un temps la chronique poésie des Lettres françaises… Il écrit donc aussi. Bref, Jacques Bonnaffé fait feu de tout bois dès qu’il est question de poésie.

Ce qu’il réalise avec cette nouvelle version de l’Oral et Hardi tient du prodige. Dans sa manière de ne pas vouloir se prendre au sérieux (vous savez le sérieux… poétique !), s’emparant des textes truculents de Jean-Pierre Verheggen dont les titres, Le degré zorro de l’écritureRidiculum VitaeArtaud RimburÇa n’langage que moi, par exemple, disent assez sous quels cieux (poétiques) il a engagé le combat, lui qui fraya son chemin à ses débuts dans la revue TXT aux côtés de Christian Prigent ou de Novarina. Fort réjouissant, mais il n’empêche, on aurait tort de ne pas distinguer la part d’écriture de Bonnaffé soi-même dans le montage de son spectacle dans lequel il cède parfois la parole à d’autres poètes, même si c’est pour les brocarder, Marceline Desbordes-Valmore, Baudelaire… preuve s’il en était besoin qu’il connaît son sujet.

L’homme de théâtre surtout, qui n’hésite pas à interpeller le public, réalise ici un travail de toute première grandeur. Clown ou silhouette toute droite sortie des films muets d’antan, il nous épate par sa maîtrise corporelle (et vocale ça va de soi). Laurel et Hardy évidemment, mais aussi bien sûr Buster Keaton ou Chaplin… Une heure vingt de délire poétique pour se rafraîchir la cervelle : on en a un besoin vital. Jean-Pierre Han

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Classé dans Les frictions de JPH, Littérature, Rideau rouge

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