Au théâtre Hébertot, Charles Tordjman présente Dans le couloir. Une pièce de Jean-Claude Grumberg servie par deux fabuleux interprètes, Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo. Le fils de retour à la maison, l’étrange dialogue entre père et mère octogénaires. Déroutant, poignant.

L’un en charentaises et pantalon à bretelles, l’autre en robe colorée et canne à la main… Lui est un ancien juge à la retraite pour qui droit et rigueur vont de pair, elle une inconditionnelle de la soupe au potiron, l’un et l’autre se sont probablement aimés il y a longtemps, demeure un fond de tendresse épicé de sautes d’humeur et répliques parfois cinglantes. Surtout que le fils, d’un âge avancé et « aux cheveux blancs », est de retour à la maison, cloîtré dans sa chambre d’enfant au fond du Couloir. Qui ne dit mot, n’en sort jamais, la vieille et le vieux l’oreille collée à la porte, inquiets et dubitatifs.

Il est donc revenu, l’enfant prodigue qui n’est plus un gamin. Pourquoi et depuis combien de temps : quelques jours, plusieurs semaines ou des années ? Nous ne le saurons jamais, nous ne l’entendrons ni le verrons jamais. Le dialogue s’éternise entre les parents. Qui se disputent, « mais parle-lui donc ! Mais non, toi », l’un frappe à la porte, l’autre y dépose le bol de soupe… Sans réponse, le silence. L’inquiétude unit le vieux couple, envahit le plateau. De querelles en chamailleries à l’évocation d’une vie commune plus terne qu’épanouissante, l’humour fait place à l’angoisse. Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo sont fabuleux de naturel en cet univers clos, cernés voire emprisonnés entre les hauts murs du couloir qui ferment l’angle sur la porte du fond. La mère balance entre irritation et humour lorsqu’elle débranche son appareil auditif pour ne plus rien entendre, le père entre reproches et regrets dans un long monologue chargé d’émotions.

L’écriture finement ciselée de Jean-Claude Grumberg fourbie de non-dits jusqu’à l’évocation de la tragédie finale, Charles Tordjman l’enrobe d’un puissant et envoûtant suspense. Comme à l’accoutumée, fidèle serviteur du dramaturge qu’il retrouve pour la sixième fois (L’être ou pas, Vers toi terre promise, La plus précieuse des marchandises…), une mise en scène sans fioritures, sensible au moindre mouvement où seules l’intonation, la force du verbe et la qualité d’interprétation importent. Fort de ce nouveau Godot que l’on attend encore et toujours, du théâtre cru et nu, de cour à jardin la beauté d’une parole vraie aux couleurs changeantes. Magistral, déroutant, poignant. Yonnel Liégeois, photos Bernard Richebé
Dans le couloir, Jean-Claude Grumberg et Charles Tordjman : du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30. Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris (Tél. : 01.43.87.23.23).





