La culture en danger

Au final du festival d’Avignon (84), la mobilisation s’organise face aux énièmes coupes budgétaires décidées début juillet par le gouvernement. Entretien croisé avec Ghislain Gauthier et Maxime Séchaud, du syndicat CGT-Spectacle. Paru dans le quotidien L’humanité, un article de Marie-José Sirach

Au Festival d’Avignon, le soir du jeudi 16 juillet, une agora s’est déroulée sur le parvis du Palais des Papes pour débattre des modalités d’action face aux coupes budgétaires orchestrées par le gouvernement. Silence radio du côté du ministère de la Culture. L’intersyndicale avait posé un ultimatum au gouvernement, ministre et gouvernement ont fait la sourde oreille. Au pied du Palais des Papes, Maxime Séchaud, numéro 2 de la CGT-Spectacle, a tenté de joindre en direct la ministre, en vain. Sous un concert de sifflets, il a laissé sur le répondeur ministériel le message suivant : « Nous mettrons en œuvre tous les moyens nécessaires, possibles et inimaginables, parce que nous avons de l’imagination ». Pour Stéphane Frimat, directeur du Vivat à Armentières (scène conventionnée) pour le SYNDEAC : « Le moment n’est pas aux divisions. Nous réclamons un moratoire sur l’ensemble des coupes budgétaires, une commission interministérielle et le 1 % culturel. C’est le minimum que l’on puisse demander à ce gouvernement ».

Des représentants du Comité national des travailleurs privé.e.s d’emploi et précaires CGT, et des salariés CGT du service public, ont profité de l’occasion pour dénoncer la politique désastreuse et inhumaine de gestion du RSA dans le Vaucluse dont le seul objectif est de radier à tout va le nombre de bénéficiaires : multiplication des contrôles, convocations systématiques, logique de suspicion permanente… Ils ont été longuement applaudis par l’assemblée. Un appel à abonder la caisse de grève pour soutenir les grévistes de l’hôtel du Cloître Saint-Louis a été lancé. En grève depuis début juillet, ils dénoncent des conditions de travail épouvantables pendant la canicule et la menace qui pèse sur leurs emplois en raison des travaux envisagés par les propriétaires de l’hôtel.

Il a également été décidé de continuer à aller à la rencontre des compagnies qui jouent dans le Off pour les informer, leur proposer de prendre la parole dans une adresse aux spectateurs, de jouer dans la rue, voire, plus tard, d’occuper des lieux. L’idée de la grève n’a pour l’heure pas été retenue. « Pour l’instant, on est quand même sur un bilan positif », estiment Ghislain Gauthier et Maxime Séchaud. « Le secteur se mobilise malgré les disparités. On a réussi un premier rassemblement avec plus de 900 personnes sur les coupes budgétaires en début de festival, puis une manifestation avec 1800 personnes sur le parvis du Palais des Papes ». Beaucoup s’emparent du sujet, en parlent dans les spectacles, prennent la parole sur cette question-là, tout en sachant que sur un festival comme celui-là, surtout quand on est dans le Off, ce n’est jamais facile de se mobiliser. Des équipes se sont réparties le temps pour pouvoir être présentes sur les différentes actions. Ainsi cette équipe qui a organisé un turn-over et se relaye afin de permettre qu’une partie assiste au premier rassemblement, l’autre au deuxième afin de pouvoir continuer à tracter pour leur spectacle dans les rues d’Avignon.

« Sur le plan de la mobilisation, c’est une réussite. Maintenant, on se mobilise pour avoir des résultats, pour obtenir des victoires pour la profession ». Pour l’heure, c’est silence radio en face. D’où l’enjeu, pour professionnels et comédiens, à réfléchir à d’autres modalités d’action pour enfin être entendus. Propos recueillis par Marie-José Sirach

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