Au théâtre du Rond-Point (75), Laurent Fréchuret met en scène L’Âge tendre. Créée aux États-Unis en 2021, une pièce de l’auteur états-unien George Brant, abondamment monté et reconnu dans la sphère anglo-saxonne, encore peu joué en France.

L’âge tendre est un monologue judicieusement traduit par l’experte Dominique Hollier, monté avec force et sensibilité par Laurent Fréchuret, fondateur du Théâtre de l’incendie. Embauché comme garde de nuit dans un gigantesque centre de rétention, un jeune Texan d’origine mexicaine voit que les « illégaux » entassés sont des enfants de « Latinos », arrachés à leurs parents en vertu d’une loi scélérate de Trump lors de son premier mandat. « Juste des petits enfants qui tiennent des ballons/Effrayés/Pleurnichant/Les ongles des pieds arrachés à force de marcher » …

Astreint à la clause de confidentialité, père de deux filles choyées, stigmatisé par sa femme à cause de cet emploi dont il a besoin, l’homme va, sous nos yeux, livrer à soi-même une rude bataille, s’attachant aux jeunes prisonniers malgré l’interdiction de tout contact rapproché, surtout que des enfants, de plus en plus nombreux, tombent dans un sommeil torpide inexplicable… Le théâtre de cette conscience bouleversée exige, à l’évidence, un acteur que Fréchuret définit comme un « athlète affectif », selon le mot d’Antonin Artaud. Il l’a trouvé en la personne de Dali Benssalah, au demeurant athlète effectif puisqu’il fut, dans sa jeune vie antérieure, champion de France de boxe thaï. Depuis, cinéma et télévision n’ont pu, par bonheur, le priver de la scène.

Son jeu, d’une précision extrême dans la mobilité, lors d’une adresse quasi permanente au spectateur, met souplement en relief, sans heurt pathétique, l’impérieuse nécessité du choix du cœur dans une situation invivable au regard de la pure et simple humanité. Cela épouse exactement le désir de George Brant : « J’étais furieux de la politique de séparation des enfants (…), j’avais honte de ce geste de cruauté (…), j’ai pensé que je pouvais aider en tant qu’auteur. » Laurent Fréchuret signe, là, une réalisation de grand mérite, que la composition musicale de François Robin et la silhouette fugace de Christophe Havard au saxo, dotent d’une aura poétique.

L’Âge tendre participe de l’actuelle conception d’un théâtre politique, fondée sur l’intervention dans l’immédiat. Elle a manifestement du pain sur la planche. Les motifs d’indignation et de colère ne manquent pas à l’appel. Et l’on attend, sur nos scènes, d’autres manifestations concrètes du talent de George Brant, qui brave la trumperie. Jean-Pierre Léonardini
L’Âge tendre, Laurent Fréchuret : jusqu’au 17/10, du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 19h. Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris (Tél. : 01.44.95.98.21).





