Jacques Copeau et les Copiaus

Le 25/08, Catherine Dasté , la petite-fille de Jacques Copeau, sera inhumée à Pernand- Vergelesses (21). Créateur du théâtre parisien du Vieux-Colombier en 1913, Jacques Copeau fonde la troupe des Copiaus en 1925. La même année, il achète une maison en ce village de Bourgogne qui devient lieu de rencontres.

En 1913, lançant un « appel à la jeunesse », Jacques Copeau rassemble autour de lui une troupe engagée, comprenant Charles Dullin et Louis Jouvet, et propose une programmation extrêmement riche, avec une alternance de quinze pièces en huit mois. Au retour d’un long séjour à New-York de 1917 à 1919, il insuffle au Vieux-Colombier une intense activité, marquée par la fondation d’une école novatrice. Mais, en 1924, Jacques Copeau décide de s’éloigner de Paris et installe en Bourgogne sa « communauté théâtrale ». Formée d’une partie de sa troupe et des élèves de l’école, elle sera en 1925 à l’origine de la troupe des Copiaus, ainsi surnommée par le public bourguignon. Cette année-là, Copeau achète une maison familiale à Pernand-Vergelesses, un village vigneron qui devient le camp de base de la troupe, pionnière de la décentralisation.

2025 marqua le centenaire des Copiaus et de la maison Jacques Copeau, qui organisa une série d’événements mettant en avant l’identité de ce lieu unique au croisement de la création, de la transmission et du patrimoine. Monument historique, labellisée Maison des Illustres, elle participe au travail de mémoire et à la connaissance critique de l’œuvre de Copeau et de ses filiations multiples, en France et dans le monde. La Comédie-Française s’associa à ce centenaire lors d’une soirée en décembre 2025 au Théâtre du Vieux-Colombier avec des prises de parole, des lectures et des chansons en présence de multiples personnalités du monde du théâtre : Cécile Suzzarini, présidente de la Maison Jacques Copeau, Jean-Louis Hourdin et Cyril Teste, ses actuels conseillers artistiques, des membres de la Comédie-Française, dont l’administrateur général Clément Hervieu-Léger et le doyen Thierry Hancisse, ou encore Marcel Bozonnet, François Chattot, Anne Duverneuil, Hervé Pierre, Jean-Marc Roulot, Daniel Scalliet, Mathilde Sotiras, Hélène Vincent, Mathias Zakhar…

Cette soirée anniversaire fut également l’occasion d’une levée de fonds pour ce grand chantier de réhabilitation de la maison de Pernand-Vergelesses. La demeure est située au cœur des Climats du vignoble de Bourgogne, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. L’association Maison Jacques Copeau a pour mission de préserver et mettre en valeur ce patrimoine. L’ensemble des bâtiments qui composent le site va faire peau neuve. Ils s’organisent autour d’une belle demeure bourguignonne du XVIIIe siècle surplombant des jardins en terrasse, entourée de bâtiments plus modestes d’époques diverses, des appartements occupés par les artistes en résidence au bureau construit en 1984 par Paul Chemetov.

Jean-Louis Hourdin, la demeure au label Maison des Illustres

La restauration de la maison principale est au cœur du projet : la présence de Jacques Copeau, de sa famille et de la troupe des Copiaus y sera magnifiée. La chambre-bureau de Copeau et celle de son épouse, témoins préservés de leur présence, retrouveront leur aspect authentique. Trois extensions contemporaines, inspirées des rustiques cabotes bourguignonnes (ancien abri de pierre pour vignerons), offriront de nouveaux espaces aux artistes en résidence pour leur travail de création. Un autre chantier de culture ! Yonnel Liégeois

L’inhumation de Catherine Dasté : le 25/08 à 11h, 17 Rue du Paulant, 21420 Pernand-Vergelesses. La maison Copeau, 4 rue Jacques Copeau, 21420 Pernand-Vergelesses (Tél. : 03.80.22.17.01). Courriel : contact@maisonjacquescopeau.fr

La maison en chantier

En juillet 2025, la maison Jacques Copeau a fermé ses portes pour se réparer, se réinventer, s’embellir. Le chantier de réhabilitation mêle intimement l’indispensable restauration patrimoniale (monument historique oblige !) et les transformations qui apporteront au projet de la maison un nouveau souffle : mieux accueillir les artistes et les visiteurs, aménager de nouveaux espaces de travail, prendre soin des jardins, répondre aux défis climatiques…

L’association Copeau a besoin de soutien, elle lance une grande collecte via la Fondation du patrimoine pour boucler le financement. Chaque euro récolté se changera demain en traverses de charpente pour durer, en tavaillons de châtaigner pour dialoguer avec la pierre, en laine de bois pour isoler, en enduits à la chaux pour faire respirer les murs, en papiers peints ressuscités… Grâce à chacune et chacun, citoyenne et citoyen, une nouvelle page de l’histoire de la maison Jacques Copeau va s’ouvrir !

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Cosne, les mécanos du théâtre

Du 26 au 30/08, à Cosne-sur-Loire (58), le Garage Théâtre propose la 7ème édition de son festival d’été. Un lieu conçu par le dramaturge Jean-Paul Wenzel et sa fille Lou, directrice de la compagnie La Louve En ce troisième millénaire, une décentralisation réussie pour une programmation de haute volée.

Jean-Paul Wenzel n’est point homme à s’effondrer devant l’adversité ! Que la Drac Île-de-France lui coupe les subventions et l’envoie sur la voie de garage pour cause d’âge avancé ne suffit pas à l’intimider… Bien au contraire, jamais en panne d’imagination, avec le soutien de sa fille Lou et d’une bande de joyeux drilles, il retape « au prix de l’énergie de l’espoir, et de l’huile de coude généreusement dépensée » selon les propos du critique Jean-Pierre Léonardini, un asile abandonné pour voitures en panne : en 2020, les mécanos nouvelle génération inaugurent leur nouvelle résidence, le Garage Théâtre ! Loin des ors de la capitale, dans la Bourgogne profonde, à Cosne-sur-Loire, bourgade de 10 000 habitants et sous-préfecture de la Nièvre… À la veille de l’ouverture de la sixième édition de leur festival d’été, du 27 au 31 août, ils peuvent s’enorgueillir du succès : ni panne d’essence et encore moins d’inspiration, ni pénurie de pièces moteur et encore moins d’erreurs d’allumage, l’imagination au volant et le public conquis sur la banquette arrière !

« J’avais envie de créer une nouvelle aventure de décentralisation », confie Jean-Paul Wenzel. « Grâce à Agnès Decoux, une amie de longue date qui habite Cosne, m’est venue l’idée de rechercher un lieu pour y fabriquer un abri théâtral et j’ai trouvé cet ancien garage automobile avec une maison attenante ».

Wenzel est connu comme le loup blanc dans le milieu théâtral. Comédien, metteur en scène et dramaturge, avec une bande d’allumés de son espèce, les inénarrables Olivier Perrier et Jean-Louis Hourdin, il co-dirige le Centre dramatique national des Fédérés à Montluçon durant près de deux décennies. Surtout, il est l’auteur d’une vingtaine de pièces, dont Loin d’Hagondange, un succès retentissant, traduite et représentée dans plus d’une vingtaine de pays, Grand prix de la critique en 1976. Loin de courir après les honneurs, l’homme de scène peut tout de même s’enorgueillir d’être deux fois couronné par la SACD, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques : en 2022 pour l’ensemble de son œuvre et quarante-cinq ans plus tôt, en tant que… jeune talent !

Depuis sept ans maintenant, le Garage Théâtre accueille donc à l’année des compagnies où le public est convié gratuitement à chaque représentation de sortie de résidence. À l’affiche également un printemps des écritures où, autour d’un atelier d’écriture ouvert aux habitants de la région, sont conviés des auteur(es) reconnus comme Michel Deutsch, Marie Ndiaye, Eugène Durif… Enfin, se tient le fameux festival organisé par la Louve, du nom de la compagnie de Lou Wenzel : au programme théâtre, musique et danse avec des spectacles ouverts à tous et unanimement plébiscités par le public.

« Cette nouvelle aventure de décentralisation est passionnante, elle ouvre à un avenir joyeux », confie Jean-Paul Wenzel avec gourmandise. « Après la création du Centre dramatique national de Montluçon et les Rencontres d’Hérisson (petit village de 700 habitants) dont j’ai partagé l’animation avec Olivier Perrier pendant 28 ans, ce désir de poursuivre un théâtre de proximité et d’exigence ouvert au plus grand nombre, tel le Théâtre du Peuple à Bussang, me tenait vraiment à cœur », avoue le dramaturge sans cesse à fouler les planches !

Rapidement, après l’ouverture des portes, aux nouveaux mécanos se greffe en février 2022 l’association Les Amis du Garage dont Jean-Yves Lefèvre, le local de l’étape, assume désormais la présidence. Lors de son installation en bord de Loire, ce fut la découverte du premier festival d’été du Garage, la rencontre avec le comédien Denis Lavant, Jean-Paul et Lou Wenzel. « Nous tombons en amitié, on se voit désormais plusieurs fois par semaine« . Fort de sa soixantaine rugissante, l’ancien informaticien et pilote d’engins en tout genre survole l’événement et anime avec doigté et convivialité la joviale bande d’allumés ! Leur objectif ? « Aider et seconder nos amis artistes dans les tâches extérieures aux spectacles (travaux, communication, billetterie, gestion du bar et de la restauration durant les deux festivals annuels) », confie Jean-Yves, « notre association est devenue, je le pense, indispensable au bon fonctionnement de ce bel espace de culture ».

Un bel espace assurément, professionnels du spectacle vivant et critiques dramatiques en attestent, où plaisir du vivre ensemble et partage d’émotions fortes transpirent de cour à jardin ! Avec son enthousiasme communicatif, le chef de bande le reconnaît, « depuis notre premier contact, que d’émotions, que de belles rencontres ! Une foultitude de spectacles de qualité tout au long de l’année avec la présence sur scène de grands noms du théâtre, de la danse, de la littérature… Et l’énorme chance pour moi de partager des moments rares autour d’une assiette avec tous ces artistes qui ont tant à raconter et à partager ».

Aujourd’hui, l’apport culturel et artistique du Garage Théâtre déborde au-delà de la sphère nivernaise. Frontalière du Cher, de l’Yonne, du Loiret et proche de Paris, la petite entreprise Wenzel et consorts attire des spectateurs en provenance de toute la France !

Confiant en l’avenir, Jean-Paul Wenzel l’affirme, persiste et signe, « le théâtre ne peut pas mourir » ! « J’ai fait toute ma carrière dans le théâtre public, je suis un enfant de la République ». Se désolant cependant qu’aujourd’hui « cette même République s’éloigne peu à peu de son rôle essentiel qui est de soutenir ce lien si précieux entre l’art et le peuple », élargissant son regard à tous les services publics en déshérence : éducation, hôpital, transports… « Un peuple sans éducation, sans culture, sans confrontation à l’art, est un grand danger pour la République », affirme-il avec force et moult convictions. Jean-Paul Wenzel ? Un grand homme des planches, un citoyen de haute stature. Yonnel Liégeois

Le festival, du 26 au 30/08 : spectacles à 19h dans le jardin, à 21h en salle. Pour tout savoir et réserver : Les amis du garage. Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères-Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire (Tél. : 06.26.75.38.39). Courriel : le.garage.theatre@gmail.com

CHANTEZ, DANSEZ, JOUEZ : MOTEUR !

Le mercredi 26/08 : La surprise du jardin à 19h. Moi le glorieux (création), à 21h : l’adaptation de l’ouvrage de Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil (prix du livre Inter 2023). L’histoire d’Albert Vendée, l’homme le plus riche d’Algérie en 1962 : un texte sur la colonisation mis en scène par Jean-Louis Martinelli, avec le comédien Hammou Graïa.

Le jeudi 27/08 : La surprise du jardin à 19h. Abysses, de Davide Erinia à 21h : son carnet de séjours à Lampedusa, l’île italienne connue pour ses innombrables accostages de migrants et son centre de rétention. Interprétation de Jacques et Léon Bonnaffé, mise en scène de Sara Amrous.

Le vendredi 28/08 : La surprise du jardin : Théodule à 19h, par la compagnie Les Affranchis. Le projet Barthes à 21h, d’après La préparation du roman de Roland Barthes : l’homme s’adresse au public du Collège de france, l’auditoire découvre la magie de sa parole, son intensité et son humour. Dans une mise en scène de Sylvain Maurice, avec le comédien Vincent Dissez.

Le samedi 29/08 : La surprise du jardin à 19h. Le tribun ou dix marches pour rater la victoire à 21h. : le petit opéra burlesque de Mauricio Kagel, avec Jean-Paul Wenzel le récitant et Jean-Yves Chir à la direction musicale de l’harmonie municipale, les élèves et professeurs de l’école de musique Coeur de Loire.

Le dimanche 30/08 : Avec la participation de Magali Kothenschulte et de Jean-Yves Lefèvre, un texte de Jean-Paul Wenzel : Les diablotines à 18h. Un spectacle, issu d’un atelier, avec cinq femmes du Centre médico-psychologique de Cosne. Dans une mise en scène des Wenzel, père et fille.

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La Mousson, une pluie de pépites !

« Écrire le théâtre d’aujourd’hui », telle est la devise de la Mousson d’été qui, jusqu’au 27/08, se déroule en l’abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson (54). Sous la direction artistique de Véronique Bellegarde, un festival original avec moult pépites à l’affiche.

En août 2025, la Mousson d’été, l’instigatrice de ces fameuses « rencontres théâtrales internationales », célébrait son 30ème anniversaire ! Au fil du temps, la manifestation s’est imposée comme le rendez-vous incontournable des nouvelles écritures du théâtre. Dans un contexte encore bien particulier pour cette nouvelle édition qui, jusqu’au 27 août, se déroule au cœur d’une crise climatique, sociale et internationale, durable… Avec moult incertitudes au tournant mais aussi, toujours, la rage de vivre et de changer ce monde qui a fait son temps.

« C’est en 1995 que germa dans l’esprit de Michel Didym l’idée de créer en Lorraine une manifestation dont l’objet serait moins le spectacle à proprement parler, à l’instar d’autres festivals d’été, que l’exploration, passionnée mais sérieuse, de la production des auteurs du théâtre contemporain », rappelle l’historique de l’événement. « Pendant une semaine, à la fin du mois d’août, des textes inédits y seraient présentés sous des formes souples et légères : lectures, mises en espace, cabaret… ».

Pari osé, pari gagné ! Cette année encore, entre université d’été et mises en espace-lectures programmées, la Mousson propose une suite de temps forts exceptionnels où le public, en toute convivialité, dialogue avec auteurs et metteurs en scène. Avec à la clef moult textes à découvrir, français et étrangers, à l’affiche demain sur les scènes européennes, servis par des interprètes de qualité et en présence d’auteurs aux diverses nationalités :

 Et le monde resplendit d’Angus Cerini (Australie), dir. Véronique Bellegarde. Texte traduit par Dominique Hollier avec le soutien de la Maison Antoine Vitez.
 Une fin de Sébastien David (Québec), dir. Lélio Plotton, dramaturgie Lola Molina (Théâtre de poche européen), avec les amateurs du bassin mussipontain.
 Madame Yamamoto est encore là de Dea Loher (Allemagne), dir. Aurélie Van Den Daele (Théâtre de l’Union, CDN). Texte traduit par Laurent Muhleisen avec le soutien de la Maison Antoine Vitez.
 L’homme en son jardin de Ludovic Longelin (France), dir. Lélio Plotton. Texte lauréat de l’Aide Nationale à la Création.
 Nous avons peur Nous apprenons à compter de Jana Milivojević (Serbie), dir. Cédric Gourmelon (Comédie de Béthune, CDN). Texte traduit par Karine Samardzija avec le soutien de la Mousson d’été.
 Insectes d’Oriol Morales i Pujolar (Catalogne), dir. Véronique Bellegarde. Texte traduit par Laurent Gallardo avec le soutien de la Maison Antoine Vitez.
 Golgotha de Jorge Palinhos (Portugal), dir. Clémence Coullon. Texte traduit par Marie-Amélie Robilliard avec le soutien de la Maison Antoine Vitez.
 Où va-t-on quand on part de Nikolina Rafaj (Croatie), dir. Camille Dagen (Cie Animal Architecte). Texte traduit par Nicolas Raljevic.
 L’Apparition de Sandrine Roche (France), dir. Stanislas Nordey. Texte lauréat de l’Aide Nationale à la Création.
 Les multiples voix de mon frère de Magdalena Schrefel (Autriche), mise en ondes par Laurence Courtois pour France Culture

Spectateur néophyte ou averti, chacun est le bienvenu : de l’art à portée de tous dans une authentique ambiance de partage et de dialogue. Venez, venez donc à la Mousson d’été, dans le fabuleux décor de l’abbaye des Prémontrés ! Une semaine durant, elle vous donnera des nouvelles du théâtre du monde. Yonnel Liégeois, photos Boris Didym

DU GRAND ART AU CŒUR DE L’ÉTÉ

« L’année 2026 est marquée par un contexte politique et social difficile. Le domaine de la culture est fortement touché.Cette édition de la Mousson met en lumière une nouvelle génération de jeunes dramaturges européen·ne·s : serbe, croate, belge, catalan… Leurs œuvres singulières et percutantes portent des forces de résistance sensibles et ancrées. Ces auteur·rice·s appréhendent le monde sans naïveté, avec ironie et subtilité. Des sujets graves sont traités avec une douceur apparente et de la drôlerie ».

« Les inquiétudes et défis qui traversent le monde d’aujourd’hui transparaissent dans les textes : l’artificialisation de la société, l’hyperconnectivité, la destruction de la planète, l’avenir des agriculteur·rice·s, les conflits armés et la recherche sous-jacente
d’alternatives. Les auteur·rice·s y font écho à travers des fictions qui laissent apparaître notre vulnérabilité et nous invitent à résister, en redonnant sa place à la nature, en faisant entendre des voix dissidentes face à la violence d’état ».

« L’écoute acérée de l’autre apparaît comme une urgence, une valeur essentielle. Une synergie, emmenée par la troupe artistique éphémère, se scelle autour de ces nouvelles écritures. Un esprit passionné, joyeux et convivial, souffle sur la magnifique Abbaye ». Véronique Bellegarde, directrice artistique

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Dérézo, de bouche en bouche…

Place de Beauce à Orgères (28), la compagnie Dérézo présente Par les bouches. Un spectacle atypique, où se mêlent senteurs des mets et parfums des mots. Entre saveurs gastronomiques et plaisirs littéraires, un buffet pour gourmets et gourmands.

Une quarantaine de convives, ni plus ni moins… Deux longues tablées face à face, une serveuse Madame M (comme j’m la bonne chère, pas la publicité décadente de la télévision…) et un serveur Monsieur R (comme je Respire huiles et épices…), Mathilde Velsch et Robin Le Moigne en tabliers bigarrés et bizarrement toqués à la manière de tout maître aux fourneaux ! Face à chaque invité, veillent au grain verre à pied et gobelet, une belle assiette et de mystérieuses fioles en surplomb. Jouez hautbois, résonnez musettes, s’ouvre le bal imaginaire des couteaux et fourchettes. Pour et Par les bouches, la première dégustation est avancée : jeux de langues et jeux de mots vont alors s’enchaîner, près d’une heure durant. Une manière originale de se mettre en bouche les ultimes plaisirs de sa cuvée estivalière !

Follement alléché, succombant à la tentation, Chantiers de culture l’a testé mais aucune lubrique potion ni dessous de table ne l’obligeront à dévoiler le menu. Il restera bouche cousue, c’est la surprise de la cheffe ! Miske Alhaouthou, d’origine comorienne, mêle avec délice sucré et salé, doux ou épicé, petites gâteries et grosses bouchées. Le bonheur n’est plus dans le pré, c’est celui du palais où nez et bouche sont élus prince et princesse d’honneur, seigneurs des senteurs ! Au royaume des gourmets et gourmands, chauds ou froids défilent mets et boissons aux multiples arômes, à chacune et chacun de découvrir et savourer leur texture, leur origine, leur goût : de la betterave au chocolat, de la cardamone au piment, de la châtaigne à la noisette, des huiles diverses aux sauces colorées… Un vertige culinaire, dans la bonne humeur et la convivialité où chaque convive a droit à la parole en aparté, est incité à partager découvertes et affinités avec voisine ou voisin de tablée !

La bouche, reine invitante pour ce spectacle atypique aux étranges couleurs, exhale aussi des parfums singuliers. Fille et garçon, serveurs attentionnés, les deux pétillants comédiens ne se contentent point de passer les plats. Tour à tour, pendant ou entre les services, ils déclament des propos d’hier ou d’aujourd’hui, mi-figue mi-raisin, entre humour et sérieux. De la Psychanalyse de la gourmandise de Gisèle Harrus-Reverdi aux Propos du cannibalisme Tupinamba d’Hélène Clastres, de Claude Olievenstein avec son Écrit sur la bouche au Pourquoi Sorcières ? de Xavière Gauthier, de Vous faîtes voir des os du ténébreux poète d’antan Scarron à L’os dans la gueule du crocodile ou Le phallus du psychiatre Nicolas Dissez… Et d’autres encore, écrits divers et variés qui titillent les papilles sur les multiples interprétations (culturelles, géographiques, politiques, linguistiques, éthiques…) de ce que l’on appelle communément goût, qui pimentent la sauce de ce récital gastro-littéraire qu’il fallait penser et imaginer !

Metteur en scène  de la compagnie Dérézo sise à Brest, fervent attablé comme ses acolytes, Charlie Windelschmidt a déjà goulûment mitonné quelques savoureux plats artistiques : Le petit déjeuner, Apérotomanie… À chaque fois, un hymne à la dive bouche, solide-liquide-volatile-expressive, qui tente ainsi de mettre l’eau à la bouche d’un public peu habitué à franchir la porte des théâtres, de le convaincre à ne point faire la fine bouche mais à mettre les bouchées doubles pour oser le premier pas. Du théâtre de rue d’un nouveau genre assurément, à table bien évidemment ! Une totale et vraie réussite, quand la culture se partage et se déguste aussi plaisamment. Yonnel Liégeois, photos Dérézo

Par les bouches, Charlie Windelschmidt : le 23/08, 18h30 et 20h30. Place de Beauce, 28140 Orgères-en-Beauce (Réservation obligatoire : 07.56.06.06.56). Le 09/10, en la commune de Bannalec (29).

Le 06/09 à la Moulinette de Logonna-Daoulas (29) et le 11/10 à Beaupréau-en-Mauges (49), la compagnie Dérézo vous invite à son Petit déjeuner. Le 10/10, même lieu, à son Apérotomanie.

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Laurent Guilloteau, un pompier en feu !

Depuis longtemps, les pompiers dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail et le manque de reconnaissance des risques du métier. Rencontre avec Laurent Guilloteau, alors sapeur-pompier professionnel au Centre de secours de Port-de-Bouc (13), aujourd’hui affecté à Miramas. Mis en ligne en octobre 2019, un article toujours d’actualité au lendemain des incendies catastrophiques en Gironde.

« Pimpon ! Pimpon ! Pimpon ! », claironne la petite dernière de la famille. Les raisons de la grève qui, depuis le 26 juin (2019, ndlr), touche 90% des Services départementaux d’incendies et de secours (SDIS), n’entament pas encore son enthousiasme pour les soldats du feu. « Si elle est comme ses deux aînés, bientôt elle se verra en futur pompier », plaisante l’adjudant Laurent Guilloteau, sapeur-pompier au centre de secours de Port-de-Bouc (13). D’abord pompier volontaire pendant cinq ans, il est devenu professionnel en 2004. Il l’avoue, sa passion du métier s’enracine dans l’enfance. « J’habitais en face de la caserne et je passais mes journées à la fenêtre à regarder partir les camions ». Les valeurs familiales ont fait le reste. Il y a « cinq sapeurs-pompiers professionnels [dans son entourage] et deux volontaires qui travaillent dans le milieu médical », précise-t-il. À noter qu’au plan national c’est l’inverse avec près de 80% des effectifs constitués de volontaires. C’est également l’état d’esprit familial qui l’a très vite amené à se syndiquer, plusieurs proches étant cégétistes. Le 26 juin dernier, face à l’état du service public de secours et à la situation faite à ses agents, il a logiquement rejoint la grève déclenchée unanimement par les sept organisations syndicales.

Hommes et femmes à tout faire

En quinze ans d’exercice dans quatre SDIS (37, 79, 49 et 13), Laurent a vu « le service public rendu par les pompiers changer du tout au tout ». Et le travail réel percuter les valeurs. « Aujourd’hui on est le service public des hommes et des femmes à tout faire », résume-t-il. Amère, la formule exprime la « frustration » de toute une profession « sur-sollicitée » et en colère. « Les pompiers sont affectés à un engin de secours aux victimes mais ils se retrouvent à faire des tâches répétitives qui ne relèvent pas de leurs missions », déplore l’adjudant. Bref, intervenant en bout de chaîne, ils pallient les manquements des services de l’État. Cela va de la police qui les appelle sur une rixe mais les laisse seuls sur place, aux urgences psychiatriques qui ne se déplacent plus, en passant par la situation dite de « carence ambulancière ». Qui relève de la désertification médicale, du vieillissement de la population et d’une organisation défaillante entre les pompiers et le Samu. Débordé, trouvant de moins en moins d’ambulances privées pour transporter les malades, il fait appel aux pompiers.

Un système en bout de course

« Les SDIS font aussi des transports intra-hospitaliers, prennent en charge l’ivresse sur la voie publique, sont appelés parce que le médecin libéral voire le plombier ne sont pas disponibles… Jusqu’aux députés qui veulent qu’on s’occupe des frelons asiatiques ! », persifle Laurent. Entre 2003 et 2018, les sapeurs-pompiers ont assuré plus d’un million d’interventions supplémentaires dans un contexte notamment de baisse du temps de travail annuel des professionnels et d’un recul du volontariat. En effet, « les volontaires s’essoufflent aussi et il est de plus en plus difficile d’en attirer ». Pourtant, les employeurs et l’État continuent de beaucoup compter sur eux. Et pour cause : rémunérés en indemnités non encadrées, ils ne coûtent rien en cotisations sociales et permettent de dissimuler les heures supplémentaires (47% des professionnels ont le double statut). Néanmoins, si personne ne conteste l’engagement citoyen de la plupart d’entre eux, nombre d’acteurs du secteur, notamment les syndicats, estiment que ce système est en bout de course. Outre le « recrutement massif d’emplois statutaires pour répondre aux besoins des SDIS », les grévistes réclament notamment « une revalorisation significative de la prime de feu ». Dans l’attente d’une réponse concrète du ministère de l’Intérieur à leurs revendications, au lendemain de leur journée d’action d’octobre, à l’unanimité les pompiers de France ont convenu de reconduire leur mouvement jusqu’en janvier 2020. Propos recueillis par Christine Morel

En savoir plus :

 « L’effectif cible des centres de secours n’est pas harmonisé au niveau national. Il est défini par le « schéma départemental d’analyse et de couverture des risques » et celui-ci s’avère obsolète », tempête Laurent Guilloteau. « Prenons Port-de-Bouc (13) et Saumur (49) qui font tous les deux à peu près 3 500 interventions par an : Saumur compte quatre ou cinq pompiers de plus que Port-de-Bouc ». Ayant fait le choix stratégique de la professionnalisation, le SDIS 49 utilise en fait avec parcimonie le volontariat. En revanche, le SDIS 13, l’un des plus gros de France, a longtemps compté sur le volontariat. Résultat ? « Dans le 13, cet été, il est par exemple arrivé qu’il manque jusqu’à 10 pompiers à la garde (25 au lieu de 35) au centre de secours d’Aix-en-Provence ou qu’il en manque 3 à Port-de-Bouc pour pouvoir armer un véhicule de secours ».

Depuis de longs mois, l’intersyndicale porte diverses revendications. Dont, en particulier : la revalorisation significative de la prime de feu à hauteur des autres métiers à risques (28% du salaire de base contre 19% actuellement), la prise en compte des questions de protection de leur santé (toxicité des fumées, temps de travail), le recrutement massif d’emplois statutaires pour répondre aux besoins des SDIS… Face à la montée des violences, les syndicats réclament aussi des dispositions adaptées. Ils évoquent notamment un renforcement de la pénalisation des faits de violence à leur encontre. Plus globalement, ils attendent une réorganisation du modèle de secours qu’ils estiment « malade » et « à bout de souffle ». Un constat partagé par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers qui, après son congrès annuel à Vannes fin septembre, en a même appelé à un arbitrage du chef de l’État. C.M.

2026, les pompiers toujours en colère

À la sortie de l’entrevue avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuniez, le 13/08, le porte-parole de l’intersyndicale, Xavier Boy, a dénoncé des « moyens qui ne suivent pas » et demandé des « recrutements massifs ». Il estime que les pompiers « ne peuvent pas compenser indéfiniment les insuffisances d’un système arrivé à saturation ». Le ministre de l’Intérieur n’est « pas au rendez-vous », les neuf syndicats composant l’intersyndicale se disent très déçus. « On n’a aucune réponse sur la question des ressources humaines ou sur la santé », dénonce Laurent Guilloteau (notre interlocuteur en 2019, ndlr !), membre du collectif CGT-Sdis. Pour le syndicaliste, aucun élément concret n’est ressorti de la rencontre.

Ce n’est pas la première fois que les syndicats alertent le gouvernement. En avril 2026, déjà, les neuf syndicats écrivaient au Premier ministre pour dénoncer leurs conditions de travail de plus en plus dégradées, « le manque de moyens et de personnels sur le terrain ». Aussi, appellent-ils à la mobilisation pour faire entendre leurs revendications. Les 26-27 et 28/09, ils prévoient une imposante « manifestation statique », place de la République à Paris. « On ne va pas lâcher, ce ne sera pas 18 représentants des sapeurs-pompiers, mais plusieurs milliers de pompiers », prévient Laurent Guilloteau. Yonnel Légeois

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Aux nouvelles de Leprest !

En août 2011 à Antraigues (07), pays de Jean Ferrat, Allain Leprest se donne la mort. Aux éditions de l’Archipel, est paru Allain Leprest, donne-moi de mes nouvelles. Un pavé de 600 pages, 376 textes présentés en hommage au grand poète de la chanson française, l’intégrale de ses chansons enregistrées. Avec une longue préface, inédite et émouvante, de Didier Pascalis, son ami et producteur.

« Vingt ans aujourd’hui que ma rencontre avec Allain a changé mon parcours de vie », confesse Didier Pascalis, plus et mieux que protecteur et producteur, son meilleur ami ! Souvent, régulièrement, de jour comme de nuit, il a ouvert son portail et défait le canapé pour que se repose le poète entre petits verres et grands vers ! En coin de table, il couche sur le papier des rimes à frissons, griffonne sur la nappe des dessins à foison. Leprest ? Un parolier de grand talent, un génie de la plume, un artiste au firmament de la chansonnette comme le prétendait le fantasque Gainsbourg au sujet de son art. L’ami des bons et mauvais jours, l’ami de toujours n’oubliera jamais ce jour où, dans l’intimité de son salon, Allain sortit de sa poche des bouts de papier, des feuilles scribouillées, quand il s’est mis à chanter… « Je suis resté sans voix. Médusé, hypnotisé, fasciné, le choc, un grand choc ». Et Pascalis de poursuivre, « un souffle puissant, celui de la poésie pure, m’a envahi », et de produire le disque et CD Donne-moi de mes nouvelles, dont l’ouvrage paru chez l’Archipel reprend le titre deux décennies plus tard.

Une absence, un départ, la mort en 2011 qui nous laissent à jamais orphelin de celui que Claude Nougaro apostrophait comme « l’un des plus foudroyants auteurs que j’ai entendu au ciel de la langue française » ! Malgré l’admiration de ses pairs et la reconnaissance de la profession, Allain Leprest était demeuré un artiste discret, presque méconnu du grand public. Le chroniqueur et romancier Jean d’Ormesson l’avait surnommé  « le Rimbaud du XXe siècle », Claude Lemesle, le vice-président de la Sacem, le considérait comme « le plus grand poète vivant »… L’ancien peintre en bâtiment s’était reconverti en ciseleur de mots pour écumer les cabarets et faire un tabac en 1985 au Printemps de Bourges ! En 1992, il enregistre Voce a Mano avec l’accordéoniste Richard Galliano, un album couronné du Prix de l’Académie Charles-Cros l’année suivante. En 1995, il fait salle comble à l’Olympia.

Poète au franc-parler, boudé des médias et de la télé, écorché vif mais d’une tendresse infinie, il sut à merveille allumer les yeux dans la noirceur du ciel. Atteint d’un cancer du poumon, il revint sur scène en 2007 avec Chez Leprest, disque sur lequel il invitait quantité de chanteurs (Michel Fugain, Olivia Ruiz, Jacques Higelin, Daniel Lavoie, Nilda Fernandez, Enzo Enzo) à revisiter avec lui son répertoire. Un second opus est publié deux ans plus tard. Dans l’intervalle, deux cédés gravés, autant de perles chansonnières et bijoux littéraires : Donne-moi de mes nouvelles en 2005, Quand auront fondu les banquises en 2008… Stupeur et douleur à Antraigues, terre d’accueil de Jean Ferrat son frère en chansons, Leprest se suicide en août 2011.

Bonheur et richesse des archives, demeure un émouvant coffret Connaît-on encore Leprest ? qui comprend trois disques et un magnifique livret illustré par les propres dessins du poète et chanteur. Un CD d’abord, une sélection de ses plus belles chansons enregistrées ces huit dernières années chez son producteur Tacet (dont trois extraites de Leprest symphonique), ensuite deux DVD : le concert de sa dernière tournée et l’hommage que la SACEM rendit, avec ses amis chanteurs (Romain Didier, Agnès Bihl, Loïc Lantoine, Anne Sylvestre, Jean Guidoni, Nathalie Miravette, Kent…), à celui qui reçut le Grand Prix de la poésie en 2009 ! Un superbe objet chansonnier pour (re)découvrir la voix rauque de celui qui osait tutoyer Villon, Rimbaud et Hugo, et ses mots ciselés au plus fin du quotidien des humains. Des pépites pour interpeller nantis et puissants, une poésie à s’en écarteler cœur et poumons, de subtils couplets pour apostropher le chaland sur l’état du monde et l’avenir des enfants. Et, cadeau suprême, un original livret pour effeuiller feu le quotidien de l’artiste : c‘est beau, c’est fort, c’est sublime, le souffle d’un géant !

Allain Leprest ? Un ami et poète, compagnon de colère et de misère, qu’il était bel et bon de tutoyer par monts et vallées, contre vents et marées. Entre couplets lyriques et envolées symphoniques, de nouveau l’artiste nous fait signe. N’hésitez point à prendre de ses nouvelles, avec tendresse et passion à lire ou relire ses ritournelles et bagatelles, petits bijoux littéraires à fredonner ou chanter. Yonnel Liégeois

Bukowski s’était invité chez moi…

« Allain a sorti de sa poche des feuilles scribouillées, des bouts de papier, des lambeaux de nappes de restaurant… Il a commencé à chanter, Bukowski s’était invité chez moi… Je suis resté sans voix. Médusé, hypnotisé, fasciné, le choc, un grand choc… Je l’ai vu et j’y ai cru : cet homme était beau, il était vrai, il était pur. À ce moment-là, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas seulement de faire un disque, de le promouvoir avec tout le toutim qui compose ce métier.

Non, ma vie devait et allait changer parce qu’il fallait que le monde sache que ce poète existe, qu’il était vivant, à portée de main. Croiser un génie et avoir le privilège de participer à son œuvre ? C’est une opportunité qui ne se présente pas tous les jours, voire jamais, et l’on n’est vraiment pas préparé à telle situation… De mon parcours somme toute ordinaire, le fait d’avoir pu orienter le chemin de bohème extraordinaire d’un artiste absolu me rassure… « Le génie, c’est bizarre », écrivait Leprest dans Saint Max, j’ai cherché sans relâche à comprendre ce qu’il voulait dire…

Merci mon poète, puisque c’est comme cela que tu aimais que je t’appelle. Depuis peu, je me couche moins tard mais je dors toujours avec mon téléphone allumé à côté de moi. Toi, tu es dans les étoiles ». Didier Pascalis, extraits de la préface

Allain Leprest, donne-moi de mes nouvelles : Présentée par Didier Pascalis, l’intégrale des 376 chansons d’Allain Leprest, enregistrées par lui ou d’autres artistes. Avec des articles thématiques rédigés par Céline Pruvost (L’univers poétique d’Allain Leprest), Pascal Pistone (L’univers musical), Cécile Prévost-Thomas (L’univers scénique). Préface de Didier Pascalis, postface de Claude Lemesle (éditions de l’Archipel, 610 p., 28€).

Didier Pascalis, le producteur et ami d’Allain Leprest, signe la préface bouleversante de l’ouvrage Donne-moi de mes nouvelles. Avec des mots d’amour fraternel qui retracent à traits vifs le parcours météorique de ce contemporain « aux semelles de vent », boudé par les médias et admiré des musiciens. Indispensable à ses admirateurs, un livre nécessaire aux autres. Clément Garcia, L’humanité.

Un kilo de Leprest pour ses soixante-dix piges, ce livre est un trésor ! Un kilo qui pèse dans l’Histoire de la chanson française même s’il ne fait pas grand poids dans les choix discutables car franchement médiocres et serviles des programmateurs radios et télé. Michel Kemper, le site Nos enchanteurs.

Le recueil Donne-moi de mes nouvelles, que publie Didier Pascalis en hommage à Allain Leprest, rassemble donc les plus belles paroles de ce génie des mots, boudé par les grands médias mais admiré par les plus grands noms de la scène française : Nougaro, Jean Ferrat, Juliette Gréco. Radio France Musique.

Allain Leprest a laissé une empreinte singulière dans le paysage de la chanson, il aura exploré les méandres de l’existence dans une langue réinventée, entre humour et gravité. Michel Cordeboeuf, Radio RCF.

L’excellence de l’écriture n’est pas forcément liée à la notoriété. Allain Leprest est l’auteur le plus brillant, par la plume, par les yeux, par le cœur, de ces vingt dernières années que les majors dans leur myopie lucrative n’ont pas su distinguer. Michel Arbatz, Le moulin du parolier.

Les thèmes de prédilection d’Allain Leprest ? La vie, celle de tous les jours. Que ce soit l’attente de l’amoureux assis à une table de bistrot d’une amoureuse, qui, saison après saison, ne viendra pas (Les Tilleuls), la méditation d’un regard sur la mer (Y a rien qui s’passe)… Les volutes bleues de la cigarette de son père (La Gitane), ou bien la poésie métaphorique la plus belle qui soit (Où vont les chevaux quand ils dorment). Tout le nourrissait : de la beauté du monde, de celle des gens et par une écriture simple, épurée, il parvenait à faire écho chez l’auditeur à des sentiments ressentis et touchant l’âme. Yasmina Jafaar, La Ruche Media.

Pour la première fois sont réunis en un volume les textes des 376 chansons qu’Allain Leprest a lui-même enregistrées ou que d’autres artistes ont gravées sur disque. Une somme présentée par Didier Pascalis, son ami et producteur, qui en signe la préface. Les ondes du monde

Talentueux producteur, tourneur, manager… Didier Pascalis vient de sortir son premier album Yuri composé il y a 27 ans ! Dans la foulée, il présente également Donne-moi de mes nouvelles, un ouvrage rassemblant pour la première fois 376 chansons enregistrées d’Allain Leprest dont il fut le producteur et ami. Weculte, le mag culture

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Uzeste, musique et palabres

Du 20 au 22/08, se déroule à Saint Macaire (33) la 49ème Hestejada. Un festival créé en 1978 à Uzeste par le musicien Bernard Lubat, délocalisé en raison des risques d’incendies en Gironde. Une initiative artistique qui privilégie improvisation et convivialité. Loin de la culture standardisée, mêlant sans vergogne innovations musicales et palabres sociales en pays de Gascogne.

​Bientôt quinquagénaire, la 49ème Hestejada (fête au village, en gascon) bat de nouveau le rappel ! Non dans la commune d’Uzeste, son lieu d’ancrage, en raison des risques d’incendie : après un interlude à Bazas la veille, du 20 au 22/08 à Saint Macaire … Coorganisé avec la CGT d’Aquitaine depuis le bicentenaire de la Révolution française en 1989, un festival qui ne ressemble à aucun autre, une « mine d’art à ciel ouvert » aussi déjantée que le dénommé Lubat Bernard, percussionniste de renommée internationale mais pas seulement, multi-instrumentiste et jazzman émérite, fondateur du festival et maître œuvrier de la compagnie Lubat de Jazzcogne…

Le signataire du Manifeste des œuvriers dévoile l’événement en un langage fleuri dont il est coutumier : « La Cie Lubat et ses artistes œuvriers associés ne perdent ni leur temps ni leur talent à la pro-duction de spectacles déclarés marchandisants télessivants ! Artistes en joute en route, enfance de l’art à l’œuvre, imagination à l’abordage, déplacement de bornes, invention sur le pouce… rien ne nous arrête… tout nous invite invente intente ! », commente le batteur-persifleur en son propos « jazzgasconnant » et cognant fort singulier, à jamais déroutant pour les non-initiés ! Rien que çà au programme mais pas seulement, avec une féérie d’étoiles musiciennes, conteuses, chanteuses ou débatteuses dans le ciel de Gascogne jusqu’au 22 août : ,André Minvielle, Louis Sclavis, Marc Perrone, François Corneloup, Lionel Suarez… Sans oublier la clarinette du regretté Michel Portal ! Le 19/08, 21h à Bazas, se déroulera une soirée « Hommage aux sapeurs-pompiers et aux citoyens locaux qui les ont aidés » : un récital « cela va sans ”incendire” »« chansons enjazzées » et « concerto pour piano brûlant » avec Bernard Lubat (accordéon, chant, piano, verbe)…

« C’est quoi l’art ? C’est ce qui n’existe pas, c’est pour ça qu’il faut l’inventer », ose proclamer le musicien émérite, multi instrumentiste à tout vent et contre courant, génial producteur de sons et rimeur de mots.

Qui m’aime se suive Urgent créer, criait l’autre
Sauve qui veut la vie…
À la recherche du contre-temps perdu
Et comme disait Thélonius Monk,
compositeurimprovisionnaire d’en base
« Le jazz c’est la liberté… pensez-y ! »

Bernard Lubat

Outre représentations théâtrales, récitals chansonniers et concerts de jazz (de la clarinette aux percussions, de la trompette à l’accordéon…), Alain Delmas (un entretien en date de 2023), l’un des responsables régionaux de la CGT et président d’Uzeste musical, s’en réjouit à l’avance : malgré la délocalisation, rencontres et débats demeurent à l’affiche de cette 49ème Hestejada !

D’ici d’en poètes et paysans cultivateurs de culture artistisans techniciens œuvriers
chercheurs créateurs pionniers passeurs transformateurs faux menteurs…
Pour une colère joyeuse dans un océan d’indifférence généreuse…
Le village comme écrin et ses habitants comme partenaires solidaires salutaires
Humour humeur humanité humidité !

Pour une lutte à vie à vivre éperdue d’avance d’enfance…
Ni d’avant ni d’arrière-garde mais bien plus tôt d’avant les gardes…
Bio diversité créatrice artistique culturelle sociale éducative…
Ne pas confondre éducation populaire et démagogie participative
Ne nous laissons pas simplifier, enfumer, entuber, marchandiser !

Musique, chanson, théâtre, poésie mais aussi réflexion-question-confrontation… Uzeste, même délocalisé ? Un moment privilégié où se croisent artistes et chercheurs, universitaires et travailleurs : un festival unique en son genre ! Yonnel Liégeois

La 49ème Hestejada : les 20/21 et 22/08, à Saint Macaire (33). Web : https://uzeste.org/

Œuvriers et Ouvriers

Le swing des œuvriers, de Jean-Michel Leterrier avec la complicité d’Alain Delmas (coédition NVO/IN8, 248 p., 25€00), est un bel ouvrage, tant par la photographie que par le texte, qui relate les trois décennies de fréquentation/création entre le festival d’Uzeste et la CGT de la Gironde ! « Le compagnonnage s’est vivifié année après année, les artistes se conjuguant aux ouvriers pour donner naissance aux œuvriers, fabuleux exemples de créolisation », soulignent les deux auteurs. De chapitre en chapitre, entrecoupés de portraits aussi savoureux que cocasses des têtes d’affiche comme des « petites mains » à la réussite du chantier, Jean-Michel Leterrier et Alain Delmas dressent avec allégresse l’aventure culturelle de l’organisation syndicale. Des bourses du travail en 1892 jusqu’à l’élaboration de la « Charte de la lecture à l’entreprise » en 1981…

Plus tard, lancée conjointement par l’UD CGT des Vosges et l’hebdomadaire La Vie Ouvrière, il y aura l’invitation d’un « Grand Témoin » aux représentations du Théâtre du Peuple à Bussang (88) dans les années 2000… Sans oublier les initiatives à chaque festival d’Avignon (84) et à celui de la BD d’Angoulême (16), la présence forte de la CGT des Ardennes au Mondial des Marionnettes de Charleville-Mézières (08), la participation au Printemps des Poètes à Paris et au festival de la poésie de Lodève (34) « Les voix de la Méditerranée »… Sans compter les multiples invitations au siège de la centrale syndicale à Montreuil (93) à des rencontres-débats avec écrivains-comédiens ou plasticiens, l’organisation de plusieurs colloques « Travail-Culture-Syndicat » sous l’égide de la Commission confédérale Culture animée en son temps par Jean-Pierre Burdin puis Serge le Glaunec, eux-aussi singuliers œuvriers d’Uzeste et d’ailleurs dont les portraits manquent à l’appel ! En supplément d’âme, le livre s’enrichit d’un DVD symbolisant le mariage heureux entre texte-image et son.

De l’histoire ancienne en fait, depuis que le syndicat a supprimé sa commission Culture confédérale, et en conséquence les événements qu’elle initiait : aujourd’hui, dans ses publications comme dans son organisation, la CGT célèbre surtout son passé, tant elle semble avoir hypothéqué son avenir. Y.L.

Le manifeste des œuvriers, de Roland Gori/Bernard Lubat/Charles Sylvestre (coédition Actes Sud/Les liens qui libèrent, 80 p., 9€50), affiche et décline le retour à l’œuvre du désir sous toutes ses formes lorsqu’il sonne aux portes de l’existence : la vie de l’humain qu’on soigne, qu’on éduque, à qui on rend justice, qui s’informe, qui se cultive, qui joue, qui s’associe, qui se bat, fort de la solidarité qui s’offre à qui sait la chercher. Ce manifeste revendique la place de l’homme au centre des activités de production et de création pour lutter contre la normalisation technocratique et financière.

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Monsieur Jouvet, bonjour

Le 16 août 1951, à 63 ans, Louis Jouvet meurt dans son bureau de l’Athénée. En hommage à l’inoubliable comédien et metteur en scène, Chantiers de culture imagine un entretien exclusif avec le docteur Knock et l’évêque de Bedford dans Drôle de drame, le film de Marcel Carné avec Michel Simon. Tirés de ses ouvrages et répliques, Vous avez dit bizarre, moi j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre…, les propos authentiques d’un maître dans tous les arts.

Yonnel Liégeois – Bonjour, monsieur Jouvet. Quelle étrange destinée, vous avez failli être pharmacien plutôt que comédien !

Louis Jouvet – Comédien, ce n’est pas un métier… Toute ma famille en chœur me l’a chanté et répété avec toutes les variations que comporte l’art de la fugue. J’ai découvert le théâtre au collège, mais à 17 ans j’ai dû m’inscrire à l’école de pharmacie de Paris. Je l’avais juré aux miens et c’est grâce à cette promesse qu’ils m’ont lâché… Pour interpréter des petits rôles tout en passant brillamment mes examens. C’est en 1909, chez Léon Noël au théâtre Montparnasse, que j’ai fait mes véritables débuts de professionnel.

« On fait du théâtre parce qu’on a l’impression de n’avoir jamais été soi-même et qu’enfin on va pouvoir l’être »

Y.L. – En 1911, c’est la rencontre déterminante avec Jacques Copeau. Qui vous demande de devenir son régisseur au futur théâtre du Vieux Colombier…

L.J. – Alors que j’obtiens mon diplôme de pharmacien de première classe en 1913, je rassure Copeau en lui affirmant que « je serai des vôtres ». En octobre, une affiche orange au nom du Vieux Colombier couvre les murs de la rive gauche. C’est un appel « à la jeunesse pour réagir contre toutes les lâchetés du théâtre mercantile et défendre les plus sincères manifestations d’un art dramatique nouveau ». À la première, je joue Macroton dans L’amour médecin. Les critiques remarquent d’emblée mon phrasé particulier et me surnomment « le grand cadavre bègue ». Si j’ai cette diction, c’est évidemment le trac qui me la donne !

Y.L. – Mobilisé comme infirmier en 1914, c’est la guerre et l’horreur des tranchées…

L.J. – Dans le boyau à côté de moi, il y a des Arabes, des Malgaches, des Sénégalais. Que je soigne, réconforte, aide à mourir… Le soir venu, j’allume ma bougie et me plonge dans la lecture de Molière. Autour de moi, des milliers d’yeux m’observent et me regardent : des rats, des centaines de rats ! C’était horrible, insupportable, c’est vraiment des instants où l’on touche le fond.

« Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, rien de plus nécessaire que le théâtre »

.Y.L. – Nouveau directeur de la Comédie des Champs-Elysées, vous créez Knock de Jules Romains en 1923. Un triomphe ?

L.J. – Certes, mais inattendu… André Gide se précipite sur scène pour me féliciter. Pour le public et la critique, désormais, je suis Knock ! Même si le succès de la pièce ne se démentira jamais, je l’ai jouée quelque 2000 fois en 17 reprises, c’est une façon simpliste et commode de voir les choses. L’autre grande rencontre de ma vie ? Jean Giraudoux. Je créerai à la scène la majorité de ses œuvres. Un véritable ami, une vraie complicité littéraire et artistique.

Y.L. – Vous lancez le Cartel en 1927 : un accord inédit entre « théâtreux » ?

L.J. – Notre ambition avec Baty, Dullin et Pitoëff ? Défendre l’esprit du théâtre face à la comédie de boulevard, coordonner nos répertoires, pratiquer une politique commune d’abonnements et de publicité… Chaque associé conserve sa pleine liberté artistique, mais les quatre s’engagent à se solidariser dans toutes les affaires où les intérêts professionnels ou moraux de l’un sont en jeu. Notre communion de vues vivra jusqu’en 1939, date de la déclaration de guerre et de la mort de Pitoëff.

« Le théâtre est une de ces ruches où l’on transforme le miel du visible pour en faire de l’invisible »

Y.L. – Pourquoi avoir quitté la Comédie en 1934 pour l’Athénée ?

L.J. – Les cinq cents places de l’Avenue Montaigne ne suffisaient plus à équilibrer le budget et il faut de l’argent pour que l’œuvre d’art soit une chose parfaite. S’installer sur les boulevards, et alors ? Je n’ai jamais cessé d’être Jouvet, je ne me suis pas déshonoré en changeant de lieu, en prenant la direction du théâtre de l’Athénée. La classe de Giraudoux, c’est cela qui donne la ligne de conduite à mon théâtre : un beau langage, un décor et une mise en scène au service d’un texte.

Y.L. – La Marseillaise, Drôle de drame, Entrée des artistes, Quai des orfèvres, La kermesse héroïque, Hôtel du Nord… 32 films au total, dont plusieurs chefs-d’œuvre : il se dit pourtant que vous haïssez le cinéma ?

L.J. – Foutaises… Demander à un acteur s’il préfère le cinéma au théâtre revient à penser au choix que ferait un poisson entre un vivier champêtre et un aquarium climatisé ! Certes, j’ai toujours considéré le cinéma comme mon « gagne-théâtre ». Il n’empêche, qu’on me donne encore 25 ans à vivre et je montrerai à tous de quoi je suis capable !

« Le cinéma, c’est du théâtre en conserve »

Y.L. – Professeur au Conservatoire, comment définissez-vous votre métier ?

L.J. – D’abord une incompréhensible possession et dépossession de soi. Un art exigeant, un exercice qui demande à l’interprète un travail acharné pour s’ouvrir peu à peu au personnage et lui offrir une technique, une voix, un visage. Disons tout de suite que la pensée n’est pas nécessaire au théâtre et qu’elle lui est contraire. J’appelle pensée ces raisonnements qui recouvrent la sensibilité des faits ou des choses au profit de théories ou d’idées, qui éteignent ce dont les comédiens ont besoin : la spontanéité, la vivacité. Le connais-toi toi-même de la philosophie antique, c’est tout le métier du comédien, tout son art. Se connaître soi-même par rapport à Alceste, Marguerite Gauthier ou bien Elvire, ce n’est pas donné à tous les gens qui font de la philosophie ! Propos recueillis par Yonnel Liégeois

À lire : Le comédien désincarné, de Louis Jouvet (Flammarion, 400 p., 10€). Les Cours de Louis Jouvet au Conservatoire, analysés par Ève Mascarau (Deuxième époque, 536 p., 29€). Elvire Jouvet 40, préface de Brigitte Jaques-Wajeman (Actes Sud, 56 p., 12€50). Louis Jouvet, d’Olivier Rony (Folio Gallimard, 416 p., 9€70).

Louis Jouvet, à l’avant-garde

Né à Crozon en Bretagne, le 24 décembre 1887, celui qui faillit être prénommé Jésus par sa mère s’éteindra en son bureau du théâtre de l’Athénée le 16 août 1951. Exceptionnel interprète, génialement doué en décors et éclairages, metteur en scène d’une intransigeance absolue, Louis Jouvet maîtrise à la perfection tous les arts du théâtre. « De l’architecture à l’éclairage en passant par le décor et la machinerie. Jouvet fut un personnage combattant du théâtre », dit de lui le grand critique Jean-Pierre Léonardini. Hanté par les œuvres majeures de Molière (L’école des femmes, Dom Juan et Tartuffe), Louis Jouvet sera aussi à l’avant-garde du théâtre contemporain : Giraudoux, Genet, Sartre…

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Pierre Dac, le parti d’en rire !

Natif de Châlons-en-Champagne (51), un certain 15 août de l’an 1893, Pierre Dac, André Isaac de son vrai nom, demeure le maître du non-sens et de l’absurde dans l’esprit des Français : personne n’a oublié son fameux et délirant duo avec son compère Francis Blanche ! Du résistant, humoriste, comédien et franc-maçon, Chantiers de culture offre au lecteur d’un jour, ou pour toujours, un florilège de ses pensées authentiques en caractères surlignés.

Tout penseur avare de ses pensées est un penseur de Radin

Il est beau le progrès, surtout quand on pense que la police n’est même pas fichue de l’arrêter ! La voiture électrique tant vantée par les industriels et publicitaires, une catastrophe humanitaire avec le développement du nucléaire et l’extraction des métaux rares, une avancée technologique dont  bénéficieront avant tout les puissances occidentales… Les milliers de gens confrontés à l’avancée du désert, à la sécheresse des terres et à la montée des eaux en Afrique, en Asie ou en Inde ? Le doute n’est point de mise, avec l’arrivée de Super Nino, les avis mortuaires le confirment : né à Delhi, de petite taille et d’un caractère paisible, c’était un nain doux ! Qu’importe, il n’aurait jamais trouvé où brancher la prise de sa batterie rechargeable.

Malgré le réchauffement climatique, les températures caniculaires et les monstrueux incendies, l’avenir est devant nous. Certes, beaucoup l’auront dans le dos à chaque fois qu’ils se retourneront ou feront demi-tour… Voyons loin cependant, à y regarder de près, n’oublions jamais le geste qui sauve : c’est en taillant sa pierre qu’on devient franc maçon, c’est en élaguant son arbre qu’on devient parfait bûcheron, c’est en forgeant qu’on devient forgeron et c’est en sciant que Léonard devint scie ! Rien ne nous empêchera d’aller de l’avant. Hormis peut-être une crise de constipation, ça bloque un peu les mouvements quand la matière fait cale.

Ce n’est pas une raison, parce que rien ne marche droit, pour que tout aille de travers

On ne peut pas être et avoir été, dit un populaire dicton, de prétendus penseurs aussi… C’est faux, on peut très bien avoir été un imbécile et l’être encore. Restons vigilants en 2026, la  vérité avance parfois masquée, ce n’est pas en tournant le dos aux choses qu’on leur fait face. Il est des évidences qui n’en finissent pas de nous surprendre. Un exemple ? Si nous portions nos chaussures à la main plutôt qu’aux pieds, elles s’useraient moins vite.

Lors de chaque crise sociale, le spectacle est grandiose, devant le petit écran surtout. Désormais, tous les doutes sont levés, vraiment la télévision est faite pour ceux qui, n’ayant rien à dire, tiennent absolument à le faire savoir.

Leurs contradicteurs ont intérêt à bien se tenir… Il ne faut pas faire le malin, la sanction risque de tourner à la baston si le citoyen récalcitrant croise trois ou quatre pandores en mal d’exercice. Un accusé est cuit quand son avocat n’est pas cru. Pire encore, il est condamné sans procès s’il ne peut présenter au juge d’images promptes à le disculper. Manifestant ou simple opposant, chacun en est persuadé : les forces de l’ordre sont celles qui sont aux ordres de ceux qui les donnent.

Nous le savons, pour l’oublier aussi vite, parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir. En parfaite harmonie avec les Pensées du maître 63, le silence s’impose donc : c’est l’éruption de la fin, l’heure du poing final. Fort d’une conclusion à haute valeur poétique, sommet du questionnement philosophique : qu’importe le flocon, pourvu qu’on ait l’Everest !

Yonnel Liégeois, à la manière dePierre Dac, Pensées

Si la semaine de quarante heures était réduite de moitié, les fins de mois auraient lieu tous les quinze jours

Hommage au MAGE

Qui sait que, dans les années 1950, Pierre Dac (1893-1975) fut l’inventeur du schmilblick, cet objet au nom yiddish « qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout » ? Qui se souvient du biglotron ? Qui a en mémoire la désopilante série radiophonique Bons baisers de partout, diffusée sur France Inter de 1966 à 1974 ? Des années 1930 au milieu des années 1970, l’imagination et l’inventivité de Pierre Dac ont nourri la culture française d’un extraordinaire arsenal humoristique. Né André Isaac à Châlons-sur-Marne, Pierre Dac est issu d’une famille juive alsacienne qui choisit la France après Sedan. Il s’engage durant la Première Guerre mondiale, animé du désir de rendre l’Alsace-Lorraine à la France. Après l’armistice, il se tourne vers le métier de chansonnier. Ses sketchs, chansons, et surtout ses « pensées », lui valent un succès immédiat.

Dans les années 1930, il produit les premières émissions d’humour à la radio (La société des loufoques, La course au trésor…), puis il fonde l’hebdomadaire L’Os à moelle. Résistant de la première heure, il rejoint la France libre en 1943. Dans les Français parlent aux Français, au micro de Radio Londres, il mène une guerre des mots contre Radio Paris. Au lendemain de la Libération, Pierre Dac rencontre Francis Blanche, avec lequel il crée « Sans issue ! » aux Trois Baudets, puis le célèbre Sâr Rabindranath Duval et le feuilleton Signé Furax, la série la plus écoutée de l’histoire de la radio, tout en militant à la Lica, ancêtre de la Licra. Il fut aussi un « franc-maçon actif et assidu » selon les historiens de la Grande Loge de France, initié dans l’atelier « Les inséparables d’Osiris » en 1926. Il rédigea même un rituel maçonnique, celui de la grande loge des voyous qui, de nos jours selon la rumeur, fait encore les délices de « frères et soeurs » hilares sous couvert de leurs tabliers !

En 2023, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) lui consacrait une grande exposition, Le parti d’en rire. Plus de 250 documents éclairaient le parcours personnel et l’œuvre de ce maître de l’absurde : sa créativité musicale et littéraire, ses modes d’expression très divers (cinéma, radio et télévision), tout en restant un homme de scène attaché au cabaret et au théâtre. L’exposition évoquait aussi ses compagnons de route : Francis Blanche, Jean Yanne et René Goscinny. Enfin, elle replaçait l’œuvre de Pierre Dac parmi celles des maîtres de l’absurde (Beckett, Ionesco, Dubillard…), redevable tant à l’argot des bouchers qu’au Witz freudien, et abordait les résonances de sa judaïté dans son parcours personnel et ses choix artistiques.

Les temps sont durs, votez MOU !

Pierre Dac et Cabu sont nés à Châlons-en-Champagne, à des années d’écart mais à seulement quelques centaines de mètres de distance. Le roi des loufoques est resté jusqu’à l’âge de 3 ans dans une ville qui s’appelait alors Châlons-sur-Marne et que, origines juives obligent, il voulait faire rebaptiser Chalom-sur-Marne.

Le père du Grand Duduche et du Beauf y a grandi et commencé sa vie professionnelle dans le journal local. Pendant ses jeunes années, il a nourri son humour naissant en dévorant des numéros de L’Os à moelle conservés dans le grenier familial.

Quand on prend les virages en ligne droite, c’est que ça ne tourne pas rond dans le carré de l’hypoténuse

S’il est vrai, comme l’a écrit Guillaume Apollinaire, que sous le pont Mirabeau coule la Seine, il est non moins vrai, comme l’a écrit le préfet de la Seine, que sur le pont Mirabeau ne poussent pas les mirabelles

Le leader du MOU (le parti du Mouvement Ondulatoire Unifié, fondé lors de l’élection présidentielle de 1965) et Cabu se sont rencontrés qu’une seule fois, en 1969, à Paris. Les voici à nouveau réunis à travers Les Pensées du maître 63, devenues des classiques, illustrées par des dessins en noir et blanc mais résolument hauts en couleur. Pour le meilleur, mais surtout pour le rire. Les éditions du Cherche-Midi (212 p., 15€)

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Simonin, une escapade au Mali

Au théâtre de La Huchette (75), Xavier Simonin présente Oreille Rouge. L’adaptation à la scène du livre d’Éric Chevillard, au titre éponyme : le séjour, vrai ou rêvé, d’un écrivain invité en résidence en terre d’Afrique. Entre humour et sérieux, un récit follement déjanté.

Non, Xavier Simonin n’est pas vraiment seul sur l’étroite scène de la Huchette. Dans les cintres, miniatures, pendent les animaux emblématiques de la savane africaine : la girafe, le lion, et surtout l’hippopotame ! C’est important l’hippopotame, comme le point.fr de la publicité débile à la télévision… Écrivain casanier, plutôt allergique aux voyages selon l’auteur Éric Chevillard, il accepte pourtant la proposition d’une résidence d’écriture au Mali. En fait, il n’a pas besoin de partir au loin pour écrire, il sait que le « Peul est Peul à cent pour cent, Peul des pieds à la tête, et Massaï jusqu’au bout des ongles ». Il s’appelle Jules ou Alphonse, peu importe, le susnommé Oreille rouge a glissé dans son bagage un petit carnet de moleskine noire, avec un élastique s’il vous plaît… Pour recueillir son grand poème sur l’Afrique !

Tantôt le narrateur, tantôt l’écrivain voyageur, Xavier Simonin est avant tout cet occidental convaincu de la haute estime envers lui-même, de son savoir, de ses compétences. Trépignant et sautant sur scène, sa longue écharpe de baroudeur autour du cou, il chemine de baobab en baobab, d’une rive à l’autre du fleuve Niger. En quête de l’hippopotame, son guide Toka l’a alerté sur la majesté et la puissance de l’animal, les spectateurs étaient prévenus, c’est important l’hippopotame ! D’un humour ravageur, le récit d’Éric Chevillard révèle toute sa verve et son impertinence sous les traits du grand escogriffe de Simonin : le portrait d’un Européen imbu de sa personne, nourri de phantasmes et de clichés sur l’ailleurs, Fier de coucher sur le papier des proverbes africains de son cru, d’une portée hautement prophétique et poétique, tel « le sol d’Afrique est ocre et paille, il est aussi jonché d’ordures ». Osez le suivre sur les pistes de brousse, une escapade au Mali peu banale à savourer ! Yonnel Liégeois, photos Maryannik Delhiou

Oreille rouge, Xavier Simonin : jusqu’au 29/08, du jeudi au samedi à 21h. Le Théâtre de la Huchette, 23 rue de la Huchette, 75005 Paris (Tél. : 01.43.26.38.99). Le récit d’Éric Chevillard est disponible aux éditions de Minuit (121 p., 8€50).

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Catherine Dasté, la jeunesse du théâtre

Le 7 août à Ivry-sur-Seine (94), disparaît Catherine Dasté à l’âge de 96 ans. Comédienne, metteure en scène, directrice de lieux culturels, elle fut une pionnière du théâtre pour le jeune public.

Interrogée sur sa passion pour le spectacle vivant, elle répondait simplement : « Je suis née dans une famille de théâtre ». Une phrase qui résumait toute sa vie professionnelle et des racines profondes dans le métier. Catherine Dasté, née en octobre 1929 à Beaune (Côte d’Or) s’est éteinte samedi 7 août à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Elle avait 96 ans. Elle était la petite fille de Jacques Copeau (1879-1949), metteur en scène, défenseur acharné d’un théâtre éloigné des pratiques empesées d’alors, fondateur du Théâtre du Vieux Colombier à Paris, administrateur général de la Comédie Française… et la fille du metteur en scène Jean Dasté, fondateur de la Comédie de Saint-Étienne. Sa mère étant la comédienne Marie-Hélène Dasté.

Entre création, transmission et pédagogie

Catherine Dasté, mère de trois garçons et grand-mère de la comédienne Alice Allwright, fut l’épouse du chanteur Graeme Allwright, décédé en 2020. Elle fit la connaissance de son époux à Londres, élève comme lui de la célèbre « Old Vic School ». En 1959, le couple rejoint l’équipe de la Comédie de Saint-Étienne, et commence alors tout un travail mené en direction des enfants. Le jeune public sera à partir de ce moment un des axes de la recherche menée par Catherine Dasté. Avec le soutien de la pédiatre et psychanalyste Françoise Dolto, elle œuvra à la création du premier centre dramatique pour l’enfance qui ouvrit ses portes au théâtre de Sartrouville (Yvelines).

En 1969, Catherine Dasté fonde sa compagnie La Pomme verte. Deux ans plus tôt, Ariane Mnouchkine, du Théâtre du soleil, lui avait « prêté » des comédiens afin de participer à l’élaboration de pièces pour les jeunes. Refusant d’être cataloguée comme seulement spécialiste du théâtre jeune public, Catherine Dasté prend en 1985, et jusqu’en 1992, la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry, succédant à Philippe Adrien. Celui-ci avait lui-même pris la suite d’Antoine Vitez en 1981. Adel Hakim et Élisabeth Chailloux ont aussi été les directeurs de ce pôle de création désormais installé sur le site de la Manufacture des Œillets et Nasser Djemaï en est l’actuel directeur.

Catherine Dasté dirigea aussi la Maison Copeau, à Pernand-Vergelesses en Côte-d’Or, un lieu de mémoire et d’accueil d’artistes en résidence. En 2025, l’université Sorbonne-Nouvelle lui consacra un colloque pour « mettre en lumière son rôle majeur dans l’institution théâtrale ». Pour souligner le parcours méconnu de cette grande dame du spectacle vivant. Gérald Rossi

L’inhumation se déroulera le 25/08 à 11h00, 17 Rue du Paulant – 21420 Pernand-Vergelesses.

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Les raisons de la colère

Le 11/08 à 21h30, au théâtre de verdure, dans le cadre du festival de Ramatuelle (83), Charles Tordjman présente Douze hommes en colère. Une adaptation de la pièce du dramaturge américain Reginald Rose, signée Francis Lombrail. Captivante, poignante.

Les débats sont houleux, serrés, la sentence pourtant ne souffre aucun doute dans l’esprit de la majorité des jurés : la chaise électrique ! Des images sont gravées dans notre mémoire, celles du célèbre film de Sidney Lumet réalisé en 1957 avec Henry Fonda dans le rôle-titre. Sur la scène du théâtre de verdure, point de salle des délibérations, juste une longue et large banquette… Au banc des accusés, un jeune noir, 16 ans, soupçonné du meurtre de son père. Les douze jurés se sont retirés pour statuer. Un jugement qui doit être rendu à l’unanimité : acquittement ou condamnation à mort.

Francis Lombrail et Charles Tordjman, l’adaptateur et le metteur en scène, en conviennent, il faut de l’audace pour s’intéresser à une œuvre dont tout le monde, aujourd’hui, connaît la fin ! Comment étonner, surprendre encore dans cette affaire de meurtre, si typique de la société américaine des années 50 : un jeune noir des ghettos déjà bien connu des services de police selon l’expression consacrée, un père truand patenté, un avocat commis d’office de piètre stature… « D’abord, je fus intrigué à l’idée que l’on adapte Douze hommes en colère de nos jours », reconnaît Charles Tordjman, « comme les trois quarts de l’humanité, je connaissais le film mais je ne pensais pas au théâtre ». Ce qui emporte l’adhésion des deux hommes ? En ce huis-clos serré dans une chaleur étouffante, plus que le débat juridique sur la place du « doute raisonnable » entre présomption d’innocence et preuves de culpabilité, la mise à nu des choix et convictions intimes de chacun des douze jurés ! En fait, d’hier à aujourd’hui, d’un film devenu un classique à la représentation théâtrale, l’illustration de toutes les composantes de nos sociétés décortiquées à vif.

Une société encore traumatisée par le soupçon mortifère du maccarthisme à l’heure où Réginald Rose écrit sa pièce et change de patronyme quand le couple Rosenberg est condamné puis exécuté, un peuple toujours fracturé par la ségrégation raciale, un pays où les préjugés de classe et de race ont force de loi… « Ce gamin a le crime dans les veines, ceux de sa race tous les mêmes », avance l’un des jurés. Inutile de perdre son temps en de longues conjectures et tous, petits Blancs de bonne fréquentation dans leur costume-cravate, d’acquiescer. Sauf l’un d’eux, ni meilleur ni plus juste que les autres, qui invite seulement ses partenaires à examiner plus en détail le dossier, les affirmations des deux témoins-clefs : l’arme du crime, la reconnaissance des voix, la claire vision du présumé coupable sur la scène de crime.

Les dialogues fusent, vifs et virulents. Les insultes et agressions verbales aussi, au point d’en arriver parfois presque aux mains… Chacun se confond en propos et arguments hérités de l’enfance, de l’éducation ou des convenances sociales, douze hommes affichent diversité et complexité avec leurs failles et blessures intimes. Une mise en scène sobre et toute en nuances, captivante et poignante quand s’immisce progressivement le doute dans les consciences. Qui ouvre petit à petit au dialogue, à l’écoute de l’autre quand tombent masques et préjugés. Au final, d’une main unanime, douze hommes paraphent leur colère contre la faillite d’un système judiciaire : non coupable ! Yonnel Liégeois

Douze hommes en colère, Charles Tordjman : le 1108, 21h30. Théâtre de verdure, 83350 Ramatuelle (Tél. : 04.94.79.20.50).

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À lire ou relire, chapitre 12

En ce mois d’août fort ensoleillé, entre agitation et farniente, inédits ou rééditions de poche, Chantiers de culture vous propose sa traditionnelle sélection littéraire. Des sagas islandaises (Jon Kalman Stefanson) aux légendes américaines (Éric Vuillard), de la Finlande en guerre en 1939 (Olivier Norek) au Paris occupé des années 40 (Philippe Collin)… Pour finir le voyage, entre délires de comédien (Pierre Notte) et soubresauts sociétaux (Emmanuelle Heidsieck), avec deux petits ouvrages fort incongrus dans le paysage éditorial ! Yonnel Liégeois

Près de 500 pages, une foultitude de personnages, des histoires entremêlées, une langue qui tangue entre l’épique et le poétique, des figures romanesques au tempérament finement ciselé et trempé : Corps célestes à la lisière du monde se révèle bonheur de lecture ! Aux lecteurs coutumiers de l’auteur islandais, l’affirmation est banale évidence, pour tous les autres pressez-vous de déguster le dernier ouvrage de Jon Kalman Stefansson…

Nourri des riches et multiples contes et légendes qui font de la saga un authentique genre littéraire en son pays, le romancier nous plonge justement au cœur d’un événement tragique survenu en 1615 : leur navire échoué sur les côtes islandaises, le massacre de baleiniers espagnols par la population locale ! Le narrateur, le révérend Pétur entouré de sa gouvernante Dorothéa, partagé entre aspirations célestes et désirs de la chair, conte cet effroyable épisode en même temps qu’il écrit de la poésie et traduit textes de lois ou traités scientifiques. Entre ciel et terre, voies du Seigneur et chemins glaciaires, soubresauts de la Réforme et condamnation de Galilée, la plume de Stefansson marie forces physiques et questions métaphysiques, chants poétiques et fulgurances historiques. Un livre aux multiples entrées, une époustouflante élégance d’écriture, des beautés de la nature aux cruautés des terriens, des sources chaudes aux plaies sanguinaires, entre doutes existentiels et convictions humanistes, une odyssée volcanique ! Et pour preuve de la vitalité de la littérature islandaise, Chantiers de culture vous invite à lire aussi La fin du voyage d’Arnaldur Indridason : Jonas et Keli, la destinée tragique d’un brillant poète et d’un jeune berger.

Du grand Nord au grand Ouest américain, Éric Vuillard nous oblige à faire un grand bond géostratégique ! Par l’entremise de deux personnages emblématiques, Billy the Kid et Buffalo Bill ! Comme à l’accoutumée pour l’auteur, deux ouvrages petit format, quelques 150 pages l’un et l’autre mais de grande portée… L’auteur s’emploie à casser les mythes, à révéler la véritable histoire de ces conquérants américains, capitalistes avant l’heure, qui exterminent les populations autochtones, confisquent les terres et qui inventent des figures de truands pour masquer leur propre violence. Au nombre desquelles le fameux Billy The Kid dont on n’est même pas sûr du nom, un simple orphelin parmi Les orphelins, un « desperado » fauché à 21 ans… Comme on ne sait pas grand-chose de lui, journaux-romans-chansons se sont chargés d’inventer son histoire, de lui bâtir une légende que Vuillard décortique avec maestria. Un pauvre gamin, un dollar et cinquante cents seulement au fond de ses poches… Les nantis peuvent se réjouir, leur magot est à l’abri, le cirque financier et médiatique peut tromper sous grand chapiteau le peuple en quête de héros. Tel Buffalo Bill dans Tristesse de la terre, peut-être le plus grand tueur de bisons mais surtout l’ignoble mystificateur de l’authentique massacre des indiens ! D’une plume aussi acerbe qu’acérée, Éric Vuillard démonte avec brio la légende, la mascarade de l’homme emperruqué qui fit spectacle de la conquête de l’Ouest : un alcoolique sur destrier paradant sur la piste de son gigantesque barnum pour « falsifier l’Histoire américaine » sans honte ni scrupule !

Il est des pages d’histoire, des combats plus vertueux et valeureux qu’Olivier Norek narre avec puissance et grand talent ! Auteur reconnu de romans noirs encensés par la critique, il signe avec Les guerriers de l’hiver un magistral roman historique. Son héros ? Simo Häyhä, figure légendaire en Finlande, militaire tireur d’élite, quand son pays s’opposa à l’invasion soviétique en plein hiver 1939… 180 millions d’habitants contre 3 millions d’âmes, le gros ours pensait terrasser le nain en un banal aller-retour, mal lui en prit ! La petite armée tient bon, maîtrise à la perfection son terrain de luttes, d’immenses forêts – d’impressionnantes chutes de neige – des températures à – 50 degrés, des hommes vaillants et courageux qui infligent de lourdes pertes à l’ennemi, le stoppent dans sa progression. En vérité, c’est tout un peuple, les femmes aussi, qui défend son honneur et son territoire, qui plie mais ne rompt pas, une authentique épopée à hauteurs d’humains qui font corps avec la nature, se battent en conscience et pour de hautes valeurs : liberté et justice. Un affrontement si honteux que l’Union Soviétique en raya les traces dans les manuels d’histoire russes ! Un roman fulgurant, un face à face poignant avec les horreurs de la guerre quand les hommes gèlent véritablement sur place, ses lâchetés et ses actes héroïques, un livre magistralement terrifiant en écho à une actualité brûlante sur les berges du Dniepr.

Un conflit meurtrier mais localisé, sans commune mesure avec la guerre mondiale de 39-45, l’invasion de la France en 1940 et l’occupation de Paris par les forces allemandes… « Partout, le couvre-feu est de rigueur, sauf au grand hôtel Ritz », l’emblématique établissement parisien où le réputé Frank Meier fait office de barman ! Le repère des plus hautes autorités du Reich, celui aussi de l’élite parisienne (Cocteau, Jean Marais), de certains truands (Lafont) ralliés à la solde des nazis, voire de personnalités proches de l’occupant : Coco Chanel, Sacha Guitry… De cette époque agitée, sans jamais quitter l’enceinte du bar du Ritz, le producteur de radio et journaliste Philippe Collin fourbit un étonnant roman entre rires et larmes, petits arrangements avec les teutons et traque des juifs. De page en page, Meier, une figure authentique, émigré autrichien et ancien soldat de 14-18, réputé sur la place de Paris pour son art du cocktail, égrène ainsi son quotidien de juin 40 à août 44, fort d’un terrible secret : il est juif. De l’attentat raté contre Hitler fourbi dans les salons du Ritz à l’arrestation dramatique de l’épouse du directeur, de la sympathie dévolue à Pétain jusqu’à sa détestation, de la fabrique de faux passeports à la cache dans les sous-sols de l’hôtel de biens appartenant à des familles juives en exil ou déportées, Collin excelle dans l’art de mettre en scène la tragédie humaine. D’un lieu clos jusqu’aux faubourgs de Berlin, de la petite à la grande histoire, d’une civilisation en perdition jusqu’à sa libération, une fresque époustouflante.

Pour retrouver sourire et joie de vivre, un seul remède : déguster L’acteur, ça se saurait s’il servait à quelque chose, paradoxe, un long titre pour un ouvrage d’à peine 75 pages ! Pierre Notte, l’homme de théâtre, délire avec humour, entre délicatesse et tristesse, sur son métier de comédien : aspirations et désillusions, tendresse et férocité du public, complicité et mesquineries de la prétendue grande famille du théâtre… Sa peur aussi à l’heure d’entrer en scène, l’envie de fuir autant que de savourer le plaisir à s’offrir en pâture sous le feu des projecteurs. Long poème en prose, l’ouvrage est avant tout une ode au spectacle vivant où l’interprète peut jouer à « travestir, dénoncer, interroger le monde », convoquer sur scène les monstres comme les héros ou les naufragés de la vie, les humiliés et les offensés. Une écriture limpide, des propos enflammés ou désespérés, entre le bonheur d’une représentation réussie et la solitude du temps d’après lorsque les applaudissements se sont tus, lorsque le rideau est tombé. Au terme de la lecture, une conviction s’impose : « non essentiel » peut-être l’exercice de la scène, pourtant vitale l’expérience théâtrale !

Comme il est vital de faire échec aux faux-semblants, aux faux-culs, aux fausses raisons de paraître avant que d’être… Dans un petit village du sud de la France, en cette année 2078 quelques individus l’ont bien compris : au lendemain de la catastrophe planétaire, il est urgent de faire table rase de l’ancien monde, oser se réinventer en bannissant modes de vie et manières d’être du temps d’avant. Une mission que s’octroient certains jeunes adultes en charge de rééduquer quelques papis et mamies d’un âge plus qu’avancé, mal formatés Depuis la nuit des temps… En 2032, l’extrême droite a conquis le pouvoir, une période suivie d’une atroce guerre civile pendant vingt ans : c’est la catastrophe, « l’effondrement » selon la terminologie des survivants. D’où l’enjeu désormais de vivre autre chose, autrement ! En changeant le langage d’abord : changer le nom des lieux, les prénoms, bannir les sigles. Avec une sacrée dose d’humour noir, Emmanuelle Heidsieck compose un fantasque roman d’anticipation. Dénonçant au fil des pages les méfaits du néolibéralisme en tout domaine (profit, chômage, inégalités sociales) sous couvert de belles formules, telles rupture conventionnelle, départ volontaire, aide au retour à l’emploi… D’entretien en entretien avec les anciens, un possible autre se fait jour où l’on ose parler autrement. Pas simple, mais l’utopie seule offre des raisons de vivre, Heidsieck nous invite à les lire !

Corps célestes à la lisière du monde, Jon Kalman Stefansson (Christian Bourgois, 476 p., 24€). La fin du voyage, Arnaldur Indridason (Métailié, 252 p., 21€). Les orphelins, Éric Vuillard (Actes Sud, 163 p., 20€90). Tristesse de la terre, Éric Vuillard (Actes Sud, 158 p., 7€30). Les guerriers de l’hiver, Olivier Norek (Michel Lafon, 447 p., 21€95). Le barman du Ritz, Philippe Collin (Le livre de poche, 471 p., 9€90). L’acteur ça se saurait s’il servait à quelque chose, Pierre Notte (Les solitaires intempestifs, 76 p., 14€). Depuis la nuit des temps, Emmanuelle Heidsieck (L’attente, 138 p., 14€50).

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Chauffe, chauffe la Brenne…

En ce joli mois d’août, ça chauffe, ça chauffe dans la Brenne (36) ! De la collégiale de Mézières-en-Brenne au château d’Azay-le-Ferron, en passant par Néons-sur-Creuse, il y en a pour tous les âges et tous les goûts : de la harpe à l’art équestre, du dressage de faucons au plaisir des planches. Bel été ! Philippe Gitton

Harpe vagabonde

Le 11/08 à 20h30, Catherine Baudichet sera en concert à Mézières-en-Brenne, en la Collégiale Sainte-Marie-Madeleine (le 14/08, en l’église de Roussines) : la harpe comme vous ne l’avez jamais entendue ! Ne manquez pas cette soirée avec la surprenante harpiste, réputée pour son jeu dynamique et pour la variété de son répertoire. Elle propose un voyage musical composé de musiques celtique, classique, de jazz, de musiques de film etc… Dans les dernières années, elle a eu l’occasion de jouer dans l’abbaye du Mont St Michel, dans les châteaux d’Angers, de Meauce, d’Azay le Ferron ou nombre d’autres lieux culturels de Bretagne, de Gironde, d’ Indre, des Alpes, de l’Orne ou de La Charente…

Renseignements / Réservation : catherine.baudichet@gmail.com ( Tél. : 06.87.19.05.08).

À l’époque des Romains

Le 12/08, à 16h30 et 20h00, la compagnie Hippogriffe présente À l’époque des Romains au parc du château d’Azay-le-Ferron. Un grand spectacle ludique et pédagogique de fauconnerie équestre : plongez au cœur de l’Empire romain, vivez un moment grandiose où la puissance du cheval rencontre la majesté des rapaces ! Dans une ambiance inspirée de l’Antiquité, cavaliers et fauconniers entraînent le public dans un voyage hors du temps. Aigles, faucons et buses le survolent, tandis que les chevaux, guidés avec précision et élégance, évoquent la discipline et la bravoure des légions romaines. Un moment unique à partager en famille, où la nature et l’histoire s’unissent dans un tableau spectaculaire digne des grands arènes romaines.

Renseignements / Réservation : Château d’Azay-le-Ferron (Tél. : 02.54.39.20.06).

Néons sur scène

Les 14 et 15/08, l’association ACEL Théâtre investit le village de Néons-sur-Creuse (salle des fêtes, espaces extérieurs, lieu deurésidence…) pour offrir sur ces deux jours les joies du spectacle vivant: théâtre, cirque, lecture, musique … Un programme chargé, pour tous les âges et tous les goûts! La cinquantaine de bénévoles de l’ACEL va se donner à fond pour créer des lieux attractifs et des moments conviviaux. Le programme : le 14/08 à 19h00 : Mort ou vif, cirque au Jardin public, à 21h30 : Le dieu du carnage, théâtre à la Salle des fêtes. Le samedi 15 août à 11h30 : En accords, concert à 3 violes à l’église, à 14h00 : 34 min sous néons, poésie à L’école, à 15h00 : Le pélican, concert aux granges du château, à 16h30 : Fais GAF’A moi, théâtre au Jardin public, à 18h00 : Ballade des perdus, lecture et projection à L’école, à 19h00 : Une grosse envie d’un monde en blanc, théâtre au Jardin public, à 21h30 : Une laborieuse entreprise, théâtre à la Salle des fêtes.

Renseignements / Réservation : L’Acel Théâtre (Tél. : 07.81.03.12.51).

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Parc de la Villette, passion Japon

À l’espace Chapiteaux de la Villette (75), l’exposition Passion Japon offre un parcours riche et varié. Entre immenses décors immersifs et habitats nippons grandeur-nature, au cœur d’ambiances sonores et visuelles authentiques, un voyage déroutant.

Dès les portes franchies, l’exposition Passion Japon offre un dépaysement total ! Invité à traverser les toriis (arches emblématiques, frontières entre monde profane et sacré), le visiteur déambule dans les yokochos (ruelles remplies de petits restaurants -izakayas-). Une petite soif, une grosse fatigue, quelques emplettes ? Assistez à la cérémonie du thé, visitez un hôtel capsule typique, découvrez les traditionnelles échoppes de tissus… Les affamés de culture ont tout loisir de s’asseoir au bureau d’un auteur de manga ou de se laisser submerger par la poésie et la magie des estampes Ukiyo-e, dont la mythique vague d’Hokusai ! Tout autour, s’animent les estampes d’Hiroshige et autres maîtres.

Parcourez un quartier traditionnel de Kyoto, les rues animées de Tokyo, avant de vous ressourcer dans un jardin zen. Samouraïs, architecture, gastronomie, mode : les grands incontournables du Japon sont au rendez-vous, le promeneur éprouve et respire l’atmosphère du pays ! Alors, sonne l’heure d’aller se prosterner au pied du mythique Mont Fuji…

Dépaysant, Passion Japon offre un avant-goût unique d’un Japon fascinant. Un voyage passionnant dans un archipel de légendes, entre traditions et modernité ! Yonnel Liégeois

Passion Japon : jusqu’au 23/08, mardi/mercredi/jeudi/dimanche 10h-20h, vendredi et samedi 10h-21h. Espace Chapiteaux, Parc de la Villette, 211 Av. Jean Jaurès, 75019 Paris (Tél. : 01.40.03.75.75) .

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