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Ralite, l’amoureux du théâtre

Les 14-15 et 16/07, à la Maison Jean Vilar d’Avignon (84), Christian Gonon propose La pensée, la poésie et le politique. Paroles, écrits et convictions de Jack Ralite, l’amoureux du théâtre et de la poésie. Un « seul en scène » d’après les entretiens réalisés par Karelle Ménine avec l’ancien élu et ministre communiste, une pensée d’une vitalité salutaire et d’une actualité brûlante.

Il aurait été heureux, l’ami Ralite. Lui qui fréquentait sans relâche les salles de théâtre, se rendait au Festival d’Avignon – on entend dans la salle les cigales et les bruissements d’ailes des martinets -, toujours curieux de voir des spectacles, bien sûr, mais aussi de rencontrer et dialoguer avec les artistes, les comédiens, les metteurs en scène qu’il croisait dans les ruelles mal pavées d’Avignon, de rester des heures durant à l’annexe de la BNF de la Maison Jean Vilar, où il lisait et relisait des ouvrages de théâtre, d’histoire, de poésie, noircissant des pages de notes qui s’entassaient dans sa fidèle sacoche de cuir noir.

« Il nous manque, Ralite »

Il aurait été heureux, Ralite. Cela fera six ans le 12 novembre prochain qu’il est mort. Sa disparition a créé un manque. Combien d’artistes, d’intellectuels, de médecins, de chercheurs le disent : « Il nous manque, Ralite. » Il nous manque mais ses discours, ses prises de parole constituent un héritage précieux : ses multiples interventions au Sénat, à l’Assemblée nationale, à Aubervilliers, aux états généraux, au comité central du PCF comme on disait alors. Tout comme ses entretiens ou ses tribunes parus, ici et là, dans la presse. Le spectacle conçu et interprété par Christian Gonon, 517ᵉ sociétaire de la Comédie-Française, a été imaginé à partir du livre d’entretiens réalisés par Karelle Ménine, La pensée, la poésie et le politique (Dialogue avec Jack Ralite), publié aux Solitaires intempestifs.

 « Comment dirais-je… » Ainsi commence le spectacle, par cette politesse de langage dont Ralite usait sans en abuser et qui annonçait une idée, un argument, une pensée. Un signe annonciateur pour susciter chez son interlocuteur l’attention mais surtout la concentration. Alors Ralite, tel le peintre sur le motif, dessinait à voix haute les contours d’une réflexion en mouvement, aux aguets. Le découpage opéré par Christian Gonon, son parti pris, principalement axé sur les rapports que Ralite entretenait avec les poètes, les artistes ou les présidents de la République, à qui il écrivait de longues lettres pour plaider, d’une plume courtoise mais ferme, la cause des artistes, ce parti pris, donc, donne toute la mesure de la personnalité de Ralite. Un homme politique d’envergure qui avait une haute idée de la politique et constatait la dérive – ce glissement sémantique – où le mot « politicien » s’est substitué insidieusement au mot « politique ».

L’acteur évite l’écueil du biopic

Seul en scène, une petite table recouverte de feuilles éparses, une simple lampe et une chaise pour tout accessoire, Gonon donne une amplitude intérieure à son « personnage ». En réajustant sa cravate, en tripotant ses lunettes ou en consultant fiévreusement des notes prises sur des bouts de papier, l’acteur évite l’écueil du biopic et parvient à glisser quelques signes comme autant de preuves d’existence. Christian Gonon recrée des instantanés de vie, parsemant le spectacle de réflexions, d’indignations devant l’assèchement des politiques culturelles joyeusement mêlées à des souvenirs d’enfance, à son admiration pour Robespierre l’Incorruptible, à ses premières émotions au théâtre, à son adhésion « au parti », à ses désaccords critiques et sa fidélité à l’idéal communiste, jusqu’à évoquer ses complicités affectives avec Rimbaud, Baudelaire, Vilar, Vitez, Hugo, Aragon, Picasso, René Char, Bernard Noël, Julien Gracq…

On entend soudain l’Affiche rouge

Aragon occupe une place importante, particulière dans le spectacle. Il était, disait Ralite, un « camarade de briganderie culturelle, mais aussi de lucidité politique ». On entend soudain l’Affiche rouge, dit sobrement, sans effet de manche. Mais aussi Étranges étrangers de ce même Prévert qui avait écrit les Enfants d’Aubervilliers, ces « gentils enfants des prolétaires/Gentils enfants de la misère/Gentils enfants du monde entier/Gentils enfants d’Aubervilliers ». Ralite était né à Châlons-sur-Marne mais il était devenu un de ces enfants d’Aubervilliers, à jamais.

 « Je cite souvent les poètes parce qu’ils m’ont éclairé. Je me dis que puisqu’ils m’ont éclairé, ils peuvent en éclairer d’autres. Un politique qui se prive de cela mutile sa pratique », disait-il encore. Lorsque tous les acteurs de la troupe forment un chœur sonore où les voix s’entrechoquent pour lire cette fameuse adresse au président de la République, on mesure combien toute la pensée de Ralite demeure d’une vitalité et d’une actualité brûlantes. Marie-José Sirach, Photos Christophe Raynaud de Lage

La pensée, la poésie et le politique, Christian Gonon : les 14-15 et 16/07, 15h. Maison Jean Vilar, 8 Rue de Mons, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.59.64).

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Recherche joueuse après #MeToo

Jusqu’au 21/07, au Train Bleu d’Avignon (84), Nathalie Fillion présente Sur le cœur. Au cabinet d’une neuropsychiatre experte en recherche après le mouvement #MeToo, Iris a brutalement cessé de parler… Un huis clos hospitalier où parole et langage se révèlent essentiels, la vision d’un futur aussi désastreux que désopilant.

La dramaturge Nathalie Fillion (compagnie Théâtre du Baldaquin) définit sa pièce, Sur le cœur, comme une « fantasmagorie du siècle 21 ». L’argument est quasiment d’actualité. On est à Paris en 2027. « Depuis que les femmes parlent et qu’on les écoute, précise Nathalie Fillion, de nouvelles pathologies apparaissent, qui touchent les deux sexes : peurs, anxiétés, phobies nouvelles (…), autant de symptômes qui alertent l’OMS… ». Nous sommes à la Pitié-Salpêtrière, dans le cabinet-laboratoire de la neuropsychiatre Rose Spillerman (Manon Kneusé), experte en recherche après le mouvement #MeToo. Voici le cas Iris (Marieva Jaime-Cortez), jeune fille brune, flanquée de sa sœur Marguerite (Rafaela Jirkovsky). Iris a brutalement cessé de parler. Allez savoir pourquoi… À partir de là, s’offre à nous, sur un fond de gravité essentielle, un plaisir effréné de théâtre en liberté. On y chante, on y danse (chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq). On y pense, aussi, dans le droit fil d’une constante allégresse.

C’est écrit avec esprit, sur un mode un tant soit peu mi-figue, mi-raisin qui fait tout le prix de la situation énigmatique dans laquelle se meut Iris. Ne traduit-elle pas en un seul geste, sans mot dire, la fameuse parole qu’on prête au Christ après sa résurrection à l’adresse de Marie-Madeleine : « Noli me tangere » (ne me touche pas) ? Iris encore, en femme des temps les plus reculés, n’appose-t-elle pas l’empreinte de sa main rougie sur la paroi supposée de la grotte pariétale ? Sur le cœur organise ainsi brillamment, dans toute sa grâce joueuse, l’exposé d’une visée anthropologique travestie en comédie musicale. Et l’on rit souvent, d’un bon rire sans bassesse, quand l’acteur Damien Sobieraff vient s’excuser d’avoir à jouer, dans cette pièce de femmes, tous les rôles d’hommes. Il est en effet, successivement, l’Ex, Mario l’assistant, le chef de la chorale de l’hôpital et Rémi l’orthophoniste. En vrai Fregoli, il se transforme en un clin d’œil et jette, dans le gynécée, le grain de poivre d’une masculinité discrètement piquante.

Nathalie Fillion, dont le talent ne se dément jamais, affirme en préalable, sans ambages, qu’on peut « rire du désastre », « faire du beau avec du laid », « chanter et danser sur les ruines ». Elle le prouve à l’envi dans un spectacle à l’esthétique moderne harmonieuse. L’honnêteté nous oblige à reconnaître que n’y sont pas pour rien, entre autres, la scénographie et les costumes de Charlotte Villermet, tout comme les lumières de Denis Desanglois. Jean-Pierre Léonardini

Sur le cœur, Nathalie Fillion : Jusqu’au 21/07, 20h20. Théâtre du Train bleu, 40 rue Paul Saïn, 84000 Avignon.

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Jeanne Balibar, magistrale Quichotta !

Jusqu’au 20/07, au Jardin de la rue Mons en Avignon (84), Gwenaël Morin s’empare du roman de Cervantès, Don Quichotte. Pour nous rappeler que, face à l’obscurantisme et aux autodafés, hommes et femmes peuvent renverser les moulins à vent, changer le monde, le transformer. Avec Jeanne Balibar, magistrale, dans le rôle-titre.

Qu’il est difficile de se concentrer ces jours, on ne pense qu’à ça ! Aux élections, aux menaces qui pèsent sur nos libertés, sur celles des artistes. Dans la nuit du 1er juillet, les locaux de la CGT d’Avignon et de l’association LGBTQ+ ont été tagués d’une croix celtique. Il nous faut être imaginatifs, unis face à la barbarie, aussi nous faut-il parler de Don Quichotte. Parce que les rêves d’un monde plus beau, plus juste, plus libre, ces rêves nés dans la tête d’un des écrivains les plus fabuleux de son temps, sont plus que jamais utiles et nécessaires. Face à l’obscurantisme et aux autodafés, face à la brutalité du monde, Don Quichotte nous rappelle que les hommes et les femmes peuvent renverser les moulins à vent, changer le monde, le transformer.

Dans le jardin de la rue Mons, l’aire de jeu est vide. Un sol poussiéreux, deux platanes. Dans un coin, à l’abri des regards, de vieilles tables, un piano posé à la va-comme-je-te-pousse, au fond, la silhouette sombre de la Maison Jean Vilar veille… C’est Jeanne Balibar qui incarne Don Quichotte. Facétieuse, têtue, revêtue d’une armure et d’un heaume en carton, brandissant à tout vent lance et épée en bois, elle s’élance à l’assaut des injustices, repoussant les hauts murs qui cernent le jardin jusqu’à nous emporter non loin de Toboso, dans cette Mancha aride et désertique. Parce que ses rêves sont plus beaux, plus forts que la réalité. Et malgré les coups qui pleuvent, les moqueries, la cruauté, la lâcheté, « Doña Quichotta » se relève, encore et encore. Jeanne Balibar incarne la fragilité, la force et le courage. Elle porte avec intensité cette partition cousue main. Tour à tour pétillante et spirituelle, avec une foi – païenne – inébranlable, elle nous fait éprouver la puissance du théâtre.

« Dans une bourgade de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler le nom… », ainsi commence cette variation don quichottesque imaginée par Gwenaël Morin. Projet chimérique, utopiste, projet aussi fou et joyeux que celui de notre chevalier à la triste figure… Gwenaël Morin s’est engouffré dans ce récit vertigineux avec gourmandise. Marie-Noëlle joue la narratrice et Rossinante, le cheval de Don Quichotte. Elle ne cesse de trébucher sur les mots, mais aussi sur ce sol cabossé. Tout au long du spectacle, elle va jongler sur cette ambiguïté, somme toute très cervantine, du dédoublement permanent, du dedans/dehors, de cette mise en abîme du récit dans le récit, du théâtre dans le théâtre. C’est aujourd’hui banal, Cervantès fut le premier à s’émanciper des codes narratifs en vigueur (et de rigueur), provoquant la naissance du roman moderne. Comme le narrateur officiel du Quichotte, qui s’adresse, par un tour de passe-passe directement aux lecteurs, Marie-Noëlle, avec la complicité de Thierry Dupont et Léo Martin, prendra à témoin les spectateurs tout au long de la représentation. Nous sommes même invités à faire battre les ailes des géants…

Artiste complice du Festival pour quatre années, l’an passé Gwenaël Morin avait mis en scène un Songe d’une nuit d’été de Shakespeare des plus truculents. Par sa mise en scène, son découpage comme son montage tout en subtilité, il donne à voir et à entendre la quintessence du roman de Cervantès. C’est du théâtre de tréteaux, du théâtre estampillé arte povera, du théâtre qui privilégie le jeu, le plaisir, sous toutes ses coutures. Il y a de la générosité dans l’air, on aime que ce spectacle nous emporte dans son sillage. Et n’oublions pas, Don Quichotte est si libre, qu’il finit par échapper à son auteur… Marie-José Sirach

Quichotte, Gwenaël Morin d’après Miguel de Cervantès : Jusqu’au 20/07, à 22h00. Jardin de la rue Mons – Maison Jean Vilar, rue de Mons, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.14.14.14). Le spectacle sera en tournée à partir de septembre jusqu’en avril 2025 (Annecy, Paris, Chambéry, Martigues, Saint-Gervais (Suisse), Mulhouse, Lausanne (Suisse), Toulouse, La Rochelle et Aix-en-Provence…).

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Émile et Delphine

Jusqu’au 21/07, au Théâtre 11* d’Avignon (84), Arnaud Aldigé propose Il n’y a pas de Ajar. Une partition écrite par Delphine Horvilleur, rabbin de son état, sur la double figure Romain Gary/Émile Ajar. Un objet théâtral étincelant d’intelligence.

Avec, à ce jour, 110 représentations au compteur, Il n’y a pas de Ajar devrait intégrer le Livre des records. Un tel succès perpétué, c’est justice. On est rarement en présence d’un objet théâtral aussi étincelant d’intelligence, conçu et concrétisé haut la main par une conjuration de talents. Il y a la partition écrite par Delphine Horvilleur, rabbin singulier de son état. Au sein de l’association Judaïsme en mouvement, elle explore sans répit la Bible et le Talmud à la cantonade. À partir de la figure duplice d’Émile Ajar, qui permit à Romain Gary de récolter, sous ce patronyme d’invention, un second prix Goncourt clandestin avec la Vie devant soi, elle a composé un monologue d’une époustouflante virtuosité langagière et philosophique. Elle imagine que peut exister – ou prétendre être – un fils présumé d’Émile Ajar vivant dans un trou ! Cet Abraham Ajar va passer, sous nos yeux, grâce à l’actrice Johanna Nizard (cosignataire de la mise en scène avec Arnaud Aldigé) par les vertiges d’une identité protéiforme, tantôt garçon plutôt mal élevé, tantôt cagole intempestive, tantôt déité à la Gustave Moreau (du moins vois-je ainsi, à la hussarde, ces métamorphoses).

Au passage, sous le sceau d’un humour impavide, libérateur, c’est toute velléité d’identité monocorde qui est balayée. Les religions révélées, citées à comparaître, n’assignent-elles pas à chacun la faculté d’être immuable ? « Monologue contre l’identité », affirme avec force Delphine Horvilleur qui n’a pas froid aux yeux, en un élan proprement politique, voire prophétique. Johanna Nizard s’avance souveraine, dans ce conte moral résolument moderne, changeant de voix et d’apparence en un clin d’œil, distillant tous les sucs d’une partition spirituelle, qu’elle incarne en dibbouk bienfaisant.

C’est d’ailleurs tout un fond merveilleux de culture et de littérature juives qui surgit à tout moment, au cœur de ce soliloque proféré avec art, les yeux dans les yeux du public, en un constant rapport de connivence éclairée. Il en est ainsi d’instants rares où les virtualités du théâtre retrouvent, par éclairs, le bien-fondé irréfutable d’une pratique sociale digne de ce nom au plus haut prix. On est aussi l’enfant des livres qu’on lit, nous rappelle Delphine Horvilleur, à toutes fins utiles. Ne naît-on pas aussi du théâtre qu’on voit ? Jean-Pierre Léonardini

Il n’y a pas de Ajar, Arnaud Aldigé et Johanna Nizard : Jusqu’au 21/07, à 17h15 (relâche les 8 et 15/07). Théâtre le 11* Avignon, 11 boulevard Raspail, 84 000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10). Reprise du 23 au 28/09 aux Plateaux sauvages (75), en décembre à l’espace Cardin (75). Le texte est paru chez Grasset.

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Stéphanie Tesson, en pleine tempête

Jusqu’au 13/07, au Théâtre de Poche (75), Stéphanie Tesson propose La tempête. La pièce de William Shakespeare, écrite il y a plus de 400 ans, et toujours à l’affiche de nombreux théâtres… Une Tempête rafraîchissante, entre légèreté et spontanéité.

À la toute fin de cette pièce de William Shakespeare, donnée pour la première fois en 1611, Prospero demande au public de frapper dans ses mains. Ainsi, les applaudissements permettent au duc de Milan de dissiper pour toujours les pouvoirs magiques qu’il possédait, redevenant alors un simple mortel. Au petit jour, il reprendra la mer sur des flots apaisés pour rejoindre son pays. La Tempête est l’une des comédies les plus connues de l’auteur considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands dramaturges de langue anglaise. Avec à son actif 39 pièces comme Le songe d’une nuit d’été, Hamlet ou encore Beaucoup de bruit pour rien, des sonnets et des poèmes.

L’histoire, pour résumer, est la suivante. Voilà douze années, Prospero, régnant sur le duché de Milan, a été chassé du trône par son frère Antonio. Le souverain déchu est alors exilé sur une île lointaine, avec sa fille Miranda, âgée de trois ans. Le voyage aurait pu les conduire à la mort, si un certain Gonzalo, conseiller du roi de Naples, ne leur avait pas fourni des vivres, des livres et des vêtements… Débarquant sur une île où vivent quelques démons, Propéro poursuit ses expériences scientifiques avec l’aide d’un esprit volatil, Ariel. Ce dernier, libéré du tronc d’un arbre où il avait été enfermé par feue la sorcière Sycorax, entre à son service. L’envouteuse laissa aussi sur place un rejeton, Caliban, sorte de monstre aux petits pieds, désormais contraint de travailler pour Prospero.

Simplicité et spontanéité, élégance et légèreté

Stéphanie Tesson, qui a pris la succession de son père à la direction du Poche Montparnasse, a traduit et mis en scène cette « Tempête », assistée par Elsa Goulley. « Notre mot d’ordre est la simplicité et la spontanéité » dit-elle, justifiant l’absence de décor, si ce n’est un ciel vaguement nuageux. L’essentiel repose en effet sur l’interprétation de cette histoire fantastique, magique et drôle. Pierre Val est un imposant et malicieux Prospero, avec Marguerite Danguy des Déserts en Ariel. Quentin Kelberine et Aurélien Palmer se partagent plusieurs rôles pendant que Gérard Bonnet prête sa voix à l’aventure. Sans oublier Jean Dudant qui est dans un même mouvement Miranda et Antonio, le roi de Naples. Avec juste un modeste changement de costume selon le personnage, le jeune comédien réussit ce tour de force avec élégance et légèreté.

Créée en juin dernier à Versailles, lors du 28e « Mois Molière », cette Tempête rafraîchissante bénéficie aussi des arrangements musicaux signés Emmanuelle Huteau. Avec des airs connus comme le célébrissime « What power art thou, king Arthur » de Henry Purcell. Elle est à l’affiche du Poche jusqu’à mi-juillet. Elle y reviendra à compter du 29/08. Histoire de prendre le large en méditant sur ces vers : « certains ont été repêchés par le destin pour jouer une pièce, dont le passé est le prologue, et dont la suite nous appartient ». Gérald Rossi

La tempête, Stéphanie Tesson : Jusqu’au 13/07, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.50.21).

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Élise Noiraud a de la ressource !

Jusqu’au 21/07, au théâtre 11*Avignon (84), Élise Noiraud présente Ressources humaines. Une adaptation réussie du film de Laurent Cantet au titre éponyme, sorti en salles en 1999. Le monde de l’entreprise au devant de la scène, avec deux mots-clefs sous le feu des projecteurs : honte et dignité.

Il se souvient de la maison de la presse où il achetait ses vignettes Panini, il se souvient du lever tôt de ses parents au partir pour l’usine du bourg… Il est de retour justement en sa chambre d’adolescent, Franck, après de brillantes études il est embauché pour un stage à la direction des Ressources humaines dans l’entreprise où travaille son père. Toute la famille est fière du parcours de l’aîné, des parents à la petite sœur : il affiche une belle réussite professionnelle, il est parvenu à troquer le bleu de travail contre le costume-cravate !

Au lendemain d’un premier plan de licenciements douloureux, l’entreprise doit désormais mettre en œuvre la réforme des 35 heures. Une tâche dont s’acquitte le jeune stagiaire avec zèle, proposant une enquête interne avec l’objectif de forcer la main au syndicat et le contraindre à s’asseoir à la table des négociations… Le patron n’en demandait pas tant, prétextant du dialogue social rénové pour fomenter encore un mauvais coup ! De la vie dans les ateliers où les bleus de travail s’épuisent en gestes répétitifs aux réunions directoriales auxquelles participe Franck, la machinerie est formidablement bien orchestrée. Élise Noiraud signe une mise en scène fluide et sans temps mort, usant juste de quelques tables et chaises manipulées à vue pour promener le spectateur de la maison familiale au cœur de l’usine. La dame des planches ne nous est point étrangère. Nous l’avions déjà fichée au tableau des femmes fréquentables pour l’avoir pistée avec grand bonheur et plaisir au fil de son Champ des possibles, texte et interprétation.

Autant qu’une illustration du monde du travail au prise avec les rapports de force du quotidien, Ressources humaines nous propose avant tout un récit de vie fort édifiant et émouvant : comment un jeune homme, issu des milieux populaires, authentique transfuge de classe, se retrouve écorché entre les valeurs familiales et les impératifs managériaux ? De la honte de ses origines d’un individu à la dignité retrouvée d’un collectif… Un mal-être certain, à l’image des parcours de vie évoqués avec talent par des écrivains, tels Didier Eribon dans Retour à Reims ou Annie Ernaux, le prix Nobel de littérature 2022, dans nombre de ses ouvrages. D’un plan séquence à l’autre, sans manichéisme ni prise de tête, entre humour et drame, tout est dit, montré, superbement joué dans des rôles magnifiquement incarnés : du père taiseux (François Brunet) à la syndicaliste survoltée (Julie Deyre), du patron obséquieux (Guy Vouillot) au fils écartelé (Benjamin Brenière). Vraiment, du beau travail ! Yonnel Liégeois

Ressources humaines : jusqu’au 21/07 à 18h50, relâche les 08 et 15/07. Théâtre 11*Avignon, 11 boulevard Raspail, 84 000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10)..

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Une grande et belle colère

Jusqu’au 21/07, à La reine blanche d’Avignon (84), Catherine Vrignaud présente Ce qu’il faut dire. Une partition verbale de Léonora Miano pour explorer la relation entre l’Occident et l’Afrique, quand les héros des uns sont les bourreaux des autres… Une parole forte, un poème de grande et belle colère.

Catherine Vrignaud Cohen – Cie Empreinte(s) – a mis en scène Ce qu’il faut dire, partition verbale tissée de trois textes de Léonora Miano. Née en 1973 à Douala (Cameroun), arrivée en France à 18 ans, elle vit au Togo depuis 2019. On doit déjà, à cette essayiste et romancière particulièrement active, dûment reconnue et souvent récompensée (notamment par le prix Femina en 2013, pour la Saison de l’ombre), une suite imposante d’œuvres axées sur l’esclavage, la colonisation et l’après, jusqu’aux séquelles racistes traînant dans les esprits. L’an passé, par exemple, elle publiait l’Opposé de la blancheur : réflexions sur le problème blanc, résultat d’une pensée radicale qui fit pas mal grincer des dents, surtout mais pas seulement, des bouches de gens qui braillent « On est chez nous ! ». Léonora Miano ausculte dans ce livre le concept de « blanchité », à partir d’analyses serrées sur les rapports sociaux de race, fondés sur la couleur de la peau, ce dans une perspective qu’elle définit comme « afropéenne ».

Sur une scène nue au fond sombre, une grande jeune femme, la comédienne Karine Pédurand, dont il nous est dit qu’elle « porte des projets engagés tant en France qu’en Guadeloupe », va et vient sans cesser de fixer le public dans les yeux. Elle émet une parole forte, d‘une rare complexité dialectique, qui pulvérise d’entrée de jeu le slogan mou du « vivre ensemble ». L’écriture vive, d’une veine littéraire palpitante, semée de sarcasmes, passe au crible d’un talent sans merci le dol monstrueux dû à la colonisation occidentale, cette « immigration non consentie » à l’échelle historique. Voilà un poème de grande et belle colère où se synthétise l’utopie, projetée avec vigueur, d’un monde enfin autre, délivré d’un cauchemar ancestral, car « comment fraterniser dans un pays où les héros des uns sont les bourreaux des autres ».

Pour escorter cette voix ample, puissamment proférée, il est une autre jeune femme, qui se nomme Triinu Tammsalu. Musicienne accomplie, chanteuse, elle est aussi brutiste. C’est cela qu’elle prouve tout du long, de sa présence impassible, en inventant à vue, en pleine connivence avec la comédienne, des vibrations, des grincements, des soupirs proprement inouïs, qui répercutent dans l’atmosphère l’âme acoustique de ce brûlot, sans conteste libérateur. Ce qu’il faut dire constitue une petite forme de grand sens. Jean-Pierre Léonardini

Ce qu’il faut dire, Catherine Vrignaud : jusqu’au 21/07, 11h. La reine blanche, 16 rue de la Grande Fusterie, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.85.38.17). Le texte est paru aux éditions de l’Arche, dans la collection Les écrits pour la parole.

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De ruines en périls

Jusqu’au 21/07, au 11*Avignon (84), Bertrand Sinapi présente Après les ruines. Échoué dans un pays dont il ne comprend pas la langue, un homme demande l’asile. Un dialogue de sourds issu de rencontres avec des réfugiés, des travailleurs sociaux ou des gens croisés au hasard des rues. Pour parler frontières géographiques et mentales.

Metz, où la compagnie Pardès Rimonim s’est implantée il y a dix-neuf ans, est une terre d’asile où se sont installés de nombreux réfugiés. Les artistes, engagés à éveiller les consciences, axent aujourd’hui leurs créations sur des collectes de paroles qui viennent nourrir une « écriture de plateau ». Dans ce contexte, ils présentent un diptyque sur l’exil dont le premier chapitre À Vau l’eau est tiré du roman éponyme de Wejdan Nassif. L’écrivaine syrienne, réfugiée à Metz, mêle à la sienne les histoires de ses voisins du quartier Borny où elle a pris racine : ils sont koweïtiens, irakiens, marocains, pakistanais, soudanais, afghans, syriens… Amandine Truffy, que l’on retrouve dans Après les ruines, y incarne l’autrice et se fait la passeuse de leurs récits, en construisant au sol un décor miniature et en dessinant une carte du monde. Ce premier spectacle joué dans les écoles ou les centres sociaux, a été la matrice d’Après les ruines.

Le second volet s’ouvre sur l’un des récits d’À Vau l’eau, en voix off et arabe surtitré : l’histoire cauchemardesque d’un homme naufragé qui en a réchappé avec sa femme et son fils, il ne sait comment… Suivra une série de questions posées par les trois comédiens. Quel asile et quel secours, fuyant guerre et misère, trouvent dans nos riches contrées ceux qui ont tout quitté ? Comment sont-ils accueillis en Europe ? Que peut faire le simple citoyen ? Pourquoi criminaliser ceux qui portent secours aux migrants ? Que ferions-nous à la place de ces fugitifs ? Le monde est-il en train de tomber en ruine ?

Et comment en parler au théâtre ? « Les témoignages affluent, abondent, se ressemblent … nous savons », dit Bertrand Sinapi. « Nous les avons déjà entendus, ou nous choisissons de les ignorer et poursuivre nos vies. Depuis nos territoires, comme au fond de la caverne de Platon, nous apercevons les ombres du monde ». Dans cette caverne, une boîte aux parois immaculées, les ombres des acteurs se projettent, s’allongent ou disparaissent grâce un savant jeu de lumières créé par Clément Bonnin.  Amandine Truffy, la narratrice, nous adresse des salves de questions, en marge des errances d’un réfugié (Bryan Polach) aux prises avec les absurdités administratives d’un pays dont il ne comprend pas la langue et ne connait pas la culture. L’employée qui le reçoit (interprétée en allemand par Katharina Bihler) ne peut pas faire grand chose pour l’aider. La comédienne venue d’outre-Rhin nous rappelle par ailleurs que le traitement de l’immigration dans son pays n’est pas le même qu’en France. Une bonne leçon pour nos édiles !

Le metteur en scène a apporté un grand soin à la scénographie et aux éclairages. Dans un espace épuré où les ombres jouent à cache-cache avec la lumière, un décor miniature se construit au fil de la pièce : assemblage de cubes, grilles, maquettes d’immeubles et d’arbres au ras du sol… Le contrebassiste allemand Stefan Schreib accompagne les comédiens avec une grande sensibilité, à ses notes se mêlent les compositions du Luxembourgeois André Mergenthaler enregistrées au violoncelle et les paroles d’exil égrenées en voix off tout au long du spectacle. Las, dans cet environnement sonore et esthétique cohérent, la trame dramatique reste peu lisible et les éléments, assemblés au plateau à partir d’improvisations, sont comme posés en vrac. Malgré ses imperfections, ce spectacle transnational (France, Allemagne, Luxembourg) reflète la volonté d’artistes européens d’aller sur le terrain pour faire du théâtre autrement…

Après les ruines interroge notre capacité à nous projeter, ou non, dans l’altérité. Quelles seraient nos réactions face à la brutalité de l’arrachement, aux procédures administratives complexes ? « C’est parce que nous ne l’affrontons pas que l’Histoire ne change pas », disait James Baldwin dans Je ne suis pas votre nègre, un documentaire du réalisateur haïtien Raoul Peck (2016). Mireille Davidovici

Après les ruines : Jusqu’au 21/07, à 13h55. Le 11*Avignon, 11 boulevard Raspail, 84 000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10).  À Vau l’eau est publié aux éditions Ile et Lettres de Syrie, sous le pseudonyme de Joumana Maarouf, aux éditions Buchet-Chastel.

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Grumberg, mère et fils

Jusqu’au 21/07, à la Scala d’Avignon (84), Noémie Pierre met en scène Moman-Pourquoi les méchants sont méchants ?La pièce de Jean-Claude Grumberg nous embarque dans les questions sans fin d’un fils à sa mère, dans une langue ingénue servie par des acteurs de haut vol. Sans oublier, jusqu’au 10/07, An irish story, l’histoire irlandaise de Kelly Rivière.

Le petit Louistiti (Clothilde Mollet) folâtre et assaille sa Moman (Hervé Pierre) de « pourquoi ? ». Elle n’a pas réponse à tout mais beaucoup d’amour. Elle l’élève seule, Popa s’est évaporé au coin d’un bar et ne paye plus la facture de l’“électrique“. Les voilà dans le noir mais ce n’est pas grave, la vie continue. Du matin au soir, leur tête à tête est une salve de répliques. La pièce se découpe en dix saynètes, débutant chacune par « Moman ! ». Grand dialoguiste, au théâtre comme au cinéma, Jean-Claude Grumberg fait sonner la langue populaire de son enfance en distordant légèrement les mots, l’accent de ceux à qui la grammaire est restée étrangère.

Le savoureux parler des faubourgs

On pense aux expressions de la Zazie de Raymond Queneau, en plus soft. L’auteur de L’ Atelier s’amuse avec le parler savoureux des faubourgs : « Il pleut des ronds de chapeau carrés », « Point à la ligne, terminus on descend »… Assommée par les pourquoi de son « Chipounet chéri », Moman biaise avec la vérité. L’est où Popa ? C’est comment la guerre ? Pourquoi ton Popa se cachait ? Pourquoi les méchants sont méchants ? Est-ce que tu es heureuse ? Autant de questions existentielles ou un peu moins (Pourquoi je m’énnuie ? Pourquoi on est pas comme les autres ? Pourquoi on a pas un cœur de pierre ?).

Dans cette relation mère-enfant intemporelle, on peut lire en filigrane, derrière les réponses sibyllines de Moman, la réalité que cache au petit Jean-Claude sa vraie maman. Sauvée par miracle de la rafle de 1942 à Paris, elle est restée seule à élever ses gosses. L’écrivain a vu son père et ses grands-parents embarqués devant lui. Son père a été déporté vers Auschwitz par le Convoi n°49, en date du 2 mars 1943… Il en restera marqué à jamais. Moman, comme l’ensemble de son œuvre, laisse entendre une sourde inquiétude. « Ma vraie maman à moi avait eu peur elle-aussi d’être expulsée à cause des loyers pas payés« , dit-il, « et de se retrouver avec ses fistons sur les bras, sans logis, « sous les ponts », comme elle disait ».

Un humour naïf et malin

La peur, que sublime un humour à la fois naïf et malin, court sournoisement entre la mère et l’enfant. Hervé Pierre et Clothilde Mollet font ressortir la saveur de cette écriture. Sans forcer le trait, ils s’amusent à incarner, lui, une dame plutôt bonasse mais à la répartie cinglante, elle, un gamin qui n’a pas la langue dans sa poche. Et dans ce petit théâtre en forme d’arène, placé au plus près des acteurs, le spectateur accepte très vite la convention théâtrale proposée par cette distribution atypique, il se trouve happé par l’énergie du jeu et du texte.

Noémie Pierre est plasticienne, elle signe ici sa première mise en scène, elle a aussi conçu la scénographie. Dans un espace réduit, à la fois appartement exigu et chambre avec dessins enfantins, les acteurs vont et viennent, disparaissent, se découpent en ombres chinoises. Les parois deviendront draps de lit, fantômes de méchants postés dans le noir, parure pour Moman dans un timide essai de coquetterie…

Entre jazz et goualante des fifties

Une inventivité de tout moment dans l’interprétation, un fragile théâtre de toile à taille humaine, l’utilisation du décor et de l’espace soulignée par la musique discrète de Thomas O’Brien. Quelques notes d’ambiance bien senties, pour marquer les transitions, entre jazz et goualante des fifties, entre bruitage et mélodie, aux accents contemporains du synthétiseur. « Moman, t’es méchante. — Je sais. C’est fait exprès. Pour t’adurcir mon fils. Pour vivre heureux faut s’adurcir ». Ce n’est pas qu’une chanson douce que servent les artistes, mais rires et tendresse l’habitent. Et l’on s’émeut, quand les rôles s’inversent, au dernier tableau qu’on aura la surprise de découvrir. Du théâtre, du vrai, direct et sans chichi ! Mireille Davidovici

Moman-Pourquoi les méchants sont méchants ?, mise en scène Noémie Pierre : Jusqu’au 21/07, à 10h15, relâche les lundis.. La Scala, 3 rue Pourquery de Boisserin, 84000 Avignon (Tél. : 04.65.00.00.90). Moman 10 fois est publié chez Actes-Sud, la version jeune public dans la collection Heyoka jeunesse.

Une balade irlandaise

Il était une fois… une histoire irlandaise, An irish story, qui pourrait fort bien être espagnole, portugaise, italienne ou autre, à l’heure où des hommes et des femmes, fuyant la misère de leur existence et de leur pays, tentent d’aller voir ailleurs si plus verte est la vallée ! Mêlant les langues et jouant des accents, tantôt volubile tantôt secrète, toujours volontaire dans sa quête du grand-père mystérieusement disparu entre l’Irlande et l’Angleterre, Kelly Rivière s’inspire d’une authentique histoire familiale. Entre joies et frustrations au détour de ses recherches, elle nous entraîne avec ravissement et conviction à la quête de ses racines. La saga joliment contée d’une génération l’autre entre exil et mémoire, la reprise d’un spectacle à la tendresse infinie et à l’émotion retenue. Entre humour et authenticité, seule sur scène pour donner vie à pas moins de vingt-cinq personnages, une performance artistique d’une rare qualité, à ne vraiment pas manquer ! Yonnel Liégeois

An Irish Story – Une histoire irlandaise : Jusqu’au 10/07, à 18h20, relâche les lundis. La Scala, 3 rue Pourquery de Boisserin, 84000 Avignon (Tél. : 04.65.00.00.90).

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Justice et féminicide

Du 29/06 au 21/07, au Théâtre de l’Oulle d’Avignon (84), Hakim Djaziri présente Elle ne m’a rien dit. Une pièce écrite à partir du témoignage bouleversant d’Hager Sehili dont la sœur cadette, Ahlam, fut sauvagement assassinée par son mari en 2010. La restitution, sans outrance, de l’épouvante quotidienne vécue par une femme martyre qui s’est tue par excès de pudeur. Poignant, déchirant.

Hakim Djaziri est auteur, acteur, metteur en scène. Il anime le collectif le Point zéro, fondé en 2016.Il s’agit de créer des textes d’auteurs actuels qui mettent en relief des problèmes de société brûlants. Cela se double de « parcours culturels et artistiques dans des territoires où les besoins dans ce sens sont importants ». Le dernier exemple en date a pour titre Elle ne m’a rien dit. Hakim Djaziri a écrit la pièce à partir du témoignage bouleversant d’Hager Sehili. Sa sœur cadette, Ahlam, a été sauvagement assassinée par son mari le 9 mai 2010. Elle avait souffert en silence, des années durant. La veille du jour fatal, elle allait, enfin, porter plainte au commissariat central de Strasbourg. Le policier de service prit la chose à la légère… Le 17 mars 2021, au bout de dix ans d’une lutte administrative harassante, Hager a obtenu la condamnation de l’État par le doyen du tribunal pénal de Strasbourg pour « dysfonctionnement du service de la justice » et « faute lourde ».

C’est à partir d’un document d’une humanité déchirante que s’écrit et prend vie ce théâtre qui se donne pour mission d’alerter les consciences afin de panser les plaies, au sein du corps social, d’une réalité insupportable. N’est-il pas avéré que, pour la seule année 2021, 113 femmes ont été tuées par leur conjoint ? Importent alors, par-dessus tout, les vertus convaincantes de la scène. La représentation s’avance sous l’aspect de la plus sobre dignité dans l’exposé d’une vérité criante. Dans le rôle d’Hager, la sœur aimante et combattante, Sephora Haymann, déploie la ferme autorité qui convient. Elle peut s’adresser au public après avoir pris Ahlam (Lisa Hours) dans ses bras lors d’une très belle scène où elles dansent en riant aux éclats, quand bien même Ahlam, souffrant d’un handicap, est en fauteuil roulant…

Hakim Djaziri joue le mari buveur, menteur, violent avec un tact certain qui n’en fait pas un monstre, mais un homme au fond ordinaire : c’est pire. Corine Juresco (la mère, la juge) et Antoine Formica (le policier) complètent une belle distribution dont le jeu restitue sans outrance l’épouvante quotidienne vécue par une femme martyre qui s’est tue par excès de pudeur. Et c’est ainsi qu’avec force talent, Elle ne m’a rien dit accomplit sa mission civique. Jean-Pierre Léonardini

Elle ne m’a rien dit : jusqu’au 21/07, à 22h30. Relâche les mardis. Théâtre de l’Oulle, rue de la plaisance et 19 place Crillon, 84000 Avignon (Tél. : 09.74.74.64.90). Tournée : Mantes les 27 et 28/09, Nice le 25/11, Serris le 27/11 et Saint-Cyr-l’École le 8/03/25.

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Rassemblement National, danger !

La dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président de la République nous conduit au bord du précipice.  
Désormais, l’extrême-droite est aux portes du pouvoir. Cela n’est plus de l’ordre du fantasme.

Malgré ses tentatives de dédiabolisation, l’ADN raciste, xénophobe, homophobe, transphobe du RN demeure. Derrière le vernis social de son discours, sa politique sera destructrice pour le pays, pour le monde du travail. Le champ culturel ne sera pas épargné.

L’entreprise de démolition du service public de la culture a déjà commencé. Dans des mairies d’extrême-droite mais aussi dans des villes de droite comme au Blanc-Mesnil (93) ou dans la région Rhône-Alpes.

Renvoyer dos-à-dos Rassemblement national et Front populaire, c’est jouer avec le feu. C’est mettre en péril notre démocratie. Le RN rêve d’une culture asservie et docile. D’une culture fossilisée. Son modèle : du pain et des jeux, du son et lumière pour divertir le peuple.

Rassemblons-nous pour empêcher le pire. Quels que soient les résultats le 7 juillet au soir, nous devons rester unis pour défendre l’essentiel.

Le comité du syndicat de la critique Théâtre, Musique et Danse. Paris, le 24 juin 2024

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Marguerite et Hadrien

Jusqu’au 13/07, au Théâtre de Poche (75), Renaud Meyer met en scène Mémoires d’Hadrien. L’adaptation du roman historique de Marguerite Yourcenar, superbement interprété par Jean-Paul Bordes. Un spectacle sans artifice, mais empreint de poésie.

Au loin, la rumeur des vagues. L’empereur Hadrien (76-138), au bout de son chemin, à l’heure de choisir un successeur, fait face à son passé, sans rien renier. Dans la petite salle du théâtre de poche, l’excellent Jean-Paul Bordes fait, lui, face à son public. Lequel, forcé à cette proximité, n’en partage que davantage les questionnements de celui qui préféra pendant son règne la paix à la guerre, qui consolida les rouages de l’administration romaine.

Hadrien est devenu célèbre pour sa gouvernance de l’empire, mais aussi, et bien plus récemment, grâce au roman historique publié en 1951 par Marguerite Yourcenar. Première femme a être élue à l’Académie Française en 1980, l’écrivaine a imaginé ce récit, conçu comme une longue lettre de souvenirs, et vraisemblablement proche de la réalité historique, selon des avis de spécialistes. Renaud Meyer, qui a adapté et mis en scène ce texte copieux, a voulu, dit-il, « un spectacle dépouillé de tout artifice ». Et cela fonctionne parfaitement avec au centre de l’espace un seul vestige d’inspiration romaine. Mais surtout, ajoute-t-il, il s’agit de tendre une sorte « de miroir des interrogations des spectateurs concernant l’amour, la mort et les beautés du monde ».

L’empereur finissant, tout en préparant le trône pour Marc Aurèle, son petit fils adoptif, évoque avec une tendresse infinie son amour pour Antinoüs, qui périt noyé dans le Nil, âgé de vingt ans seulement, et dans des circonstances demeurées obscures. Il ne renie rien non plus de ses actes pour pacifier ses territoires. Dans ce paysage scénique dépouillé, on retiendra la grande fresque peinte de Marguerite Danguy des Déserts qui, comme une toile naïve raconte les contrées traversées par Hadrien et la démesure de l’empire à l’heure des premiers siècles après JC. Cette toile souple, portée parfois comme une toge, contribue au respect de la poésie qui se dégage de tout l’ouvrage. Gérald Rossi

Mémoires d’Hadrien, Renaud Meyer : Jusqu’au 13/07, du mardi au samedi à 19h. Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.50.21). Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar (Folio Gallimard, 480 p., 8€90).

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Faîtes vos jeux, la fête

Du 25/06 au 06/07, Grande Halle de la Villette (75), Frédéric Ferrer propose Olympicorama, le final. L’ancien agrégé de géographie présente six de ses quinze conférences-spectacles sur diverses disciplines olympiques… Du sérieux au déjanté, un triple saut dans l’incongru, de l’humour à toute épreuve !

Salle de l’Équinoxe, scène nationale de Châteauroux (36). En cette soirée du 24 mai, le public nombreux s’est mis aux abris : de la carabine au pistolet, les balles sifflent ! Une image seulement alors que Delphine Réau, vice-championne olympique à Sydney 2000 et médaille de bronze à Londres 2012 au tir à la fosse olympique, s’avance sur les planches à la rencontre de Frédéric Ferrer… Le comédien entame alors un dialogue impromptu avec la sportive de haut niveau. Sur la scène de la Grande Halle de la Villette, au final de son Olympicorama, il « met en jeu » diverses disciplines sportives, six sur une quinzaine à son palmarès : du 100 mètres au marathon, du tennis de table au handball, du saut en hauteur à la boxe super-lourd…

Chouchoutés, les Castelroussins auront pu applaudir les élucubrations-dissertations-digressions du médaillé en micro serre-tête sur le tennis de table et, bien sûr, le tir sportif ! Normal, aux alentours, sur la commune de Déols, siège le Centre national de Tir sportif (CNTS), le plus grand d’Europe. Du 27/07 au 05/08, il accueillera les épreuves de tir sportif et les premières médailles des J.O. y seront décernées. Ensuite, du 28/08 au 08/09, s’y dérouleront les compétitions paralympiques.

Sous son air pince-sans-rire, Frédéric Ferrer l’expert agrémente son propos d’anecdotes les plus incongrues, d’informations certifiées conformes mais tombées dans l’oubli, d’affirmations décalées aussi désopilantes qu’attestées et vérifiées même si elles ne sont pas toutes homologuées au fil des pages des quarante volumes de l’Encyclopédie mondiale du sport. Un exemple ? Le tennis de table, inventé en Angleterre et non en Chine, s’est pratiqué au début avec un bouchon de champagne ! De vraies-fausses conférences illustrées, hilarantes et cultivées tout à la fois, entre le ping et le pong, entre pigeons en argile et « sangliers courants » dans la fosse du tir olympique, entre chabala et roucoulette, la bataille de Marathon et les poings levés sur le podium, les jeux d’Hitler et les crochets de Mohamed Ali…

De la performance théâtrale à l’exposé Powerpoint sur grand écran, Frédéric Ferrer est un trublion inclassable sous son sérieux professoral. Qui tire à bout touchant sur la discipline sportive qu’il met en lumière, tend la perche entre vérités historiques et performances athlétiques, saute d’un trait d’humour à une référence érudite à la vitesse d’un coureur de 110 mètres haies, avec la prestance du lanceur de disque : toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus haut, toujours plus inattendu, la surprise au dernier bavardage comme la chute à l’ultime virage, l’éclat de rire qui vous coupe le souffle comme l’uppercut en plein visage ! Il est ainsi, le dénommé Ferrer, un puits de connaissances sous ses airs de gendre de bonne famille, chemise blanche et petites lunettes rondes. Qui vous révélera tout, sans jamais avoir osé le demander, et pour cause sur ce qui ne vous intéressait pas vraiment jusqu’à maintenant, sauf que, jeux olympiques oblige…

Petits et grands, n’hésitez point à vous aligner sur la ligne de départ, un meeting sportif peu banal ! Sans remise de médailles mais toujours, cerise sur le plateau, avec l’invité(e) surprise en fin de spectacle où le comédien dialogue avec un(e) athlète de haut niveau dans la discipline à l’affiche. De la piste en tartan aux planches de théâtre, une vision de l’olympisme qui décoiffe et assène quelques vérités au pesant d’or sur le racisme et le sexisme dans le sport. Yonnel Liégeois

Olympicorama, le final : du 25/06 au 06/07, les mardi et jeudi à 20h, le samedi à 18h. Grand Halle de la Villette, 211 avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris (Tél. : 01.40.03.75.75). En tournée en Seine-et-Marne à partir du 12/07 : le 12 au Plessis-Feu-Aussoux, le 13 à La Ferté-sous-Jouarre, le 16 à Nangis, le 17 à Jaulnes, le 18 à Buthiers, le 19 à Rebais, le 22 à Courtry, le 23 à Villemer, le 24 à Ocquerre. Le 10/09 à Coubert, le 11/09 à Saint-Fargeau/Ponthierry, le 12/09 à Meaux, le 13/09 à Provins.

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Femmes de Palestine

Les 08 et 09/06, au Printemps des Comédiens à Montpellier (34), le Théâtre national palestinien Al Hakawati a joué l’Assemblée des femmes, d’après Aristophane. Dans une mise en scène très habile, des témoignages de femmes rencontrées en Cisjordanie viennent percuter le texte original. Une façon autre de prendre le pouls d‘une société sous occupation israélienne.

À ciel ouvert, au cœur de la magnifique pinède du domaine d’O, la nuit tombe doucement quand résonnent des mots qui font mouche : « L’égalité entre les femmes et les hommes est une affaire de droits », « Non à la violence, aux mariages forcés », « Les politiciens sont des tricheurs et des corrompus ». Sur un plateau quasiment nu, sur trois draps en guise d’écrans, sont projetés des visages de femmes, interviewées seules ou rassemblées, rencontrées à travers toute la Cisjordanie. Cette Assemblée des femmes aujourd’hui, d’après le récit d’Aristophane écrit vers 392 avant J.-C., a gardé toute sa nécessité et sa puissance. Ils sont huit pour en témoigner (Iman Aoun, Fatima Abu Alul, Shaden Saleem, Ameena Adileh, Nidal Jubeh, Mays Assi, Firas Farrah et Nicola Zreineh), cinq comédiennes et trois comédiens du Théâtre national palestinien Al Hakawati (le conteur, en arabe).

Le spectacle est coréalisé par Roxane Borgna, Jean-Claude Fall et Laurent Rojol. On connaît les difficultés de création et de circulation des artistes palestiniens que la guerre a rendues encore plus phénoménales, mais tous ont pu faire le voyage jusqu’à Montpellier. Le théâtre Al Hakawati, seul théâtre de Jérusalem-Est, a été cofondé en 1984 par François Abou Salem, disparu en 2011, permettant à des acteurs palestiniens de se former et de travailler avec des metteurs en scène internationaux. Adel Hakim (1953-2017), codirecteur avec Élisabeth Chailloux du Théâtre des Quartiers d’Ivry, y avait notamment créé l’Antigone, de Sophocle, prix de la critique du meilleur spectacle en langue étrangère en 2013. Porté par la Manufacture Cie Jean-Claude Fall et Nageurs de nuit, avec le soutien de l’Institut français de Jérusalem, le projet de cette Assemblée de femmes a commencé en 2021, à travers des ateliers artistiques et la réalisation d’un film.

On retrouve ici des portraits et extraits d’entretiens réalisés à Jéricho, Bethléem, Naplouse, Ramallah, Hébron… Le recueil d’une parole rare dans une société où les femmes de toutes générations doivent affronter conjointement l’occupation, la discrimination israéliennes et les tabous de leur propre société patriarcale. Sur le mode des Athéniennes, elles décident à quelques-unes de se rassembler la nuit tombée pour prendre la place des hommes à l’Assemblée et construire une société où le travail salarié sera supprimé, où il n’y aura plus d’héritage, où « tout sera à tous ». Où la présidence du pays reviendra à une femme. Un programme politique qui passe par dérober les habits de leurs maris durant leur sommeil et les voilà méconnaissables, en pantalons et vestes noirs, avec chapeaux, barbes et moustaches postiches.

Elles ont laissé au chevet des époux endormis leurs propres robes qu’ils n’auront pas d’autre choix que de porter, renversant ainsi les rôles dans des images fortes dont l’incidence n’est pas anodine, la pièce ayant tourné en Cisjordanie auprès de tous types de public. Cette construction très habile, de satire politique et de document anthropologique, se répercute sur scène entre les protagonistes, dans les relations nouées avec les femmes à l’image qui occupent aussi l’espace et la parole de la représentation. On y entend l’analyse des verrous d’une société dont « la liberté est entravée par l’occupation », où il y a des lois censées protéger les femmes mais « qui ne sont pas appliquées », où les violences familiales et sexuelles sont dissimulées. Au-delà de ce constat, on entend aussi l’espoir d’une population où « les mères donnent aujourd’hui plus d’espace à leurs filles pour s’exprimer ».

Émancipation et transmission, insoumission et combat sont les maîtres mots de ce programme politique et artistique dont les actrices, reléguant les acteurs au second plan, prennent les spectateurs à témoin, allant au plus près à leur contact, guettant leur réaction. « D’habitude, à la fin du spectacle, on danse, on chante, on fait la fête et on partage la soupe que nous avons faite avec les spectateurs. Avec ce qui se passe aujourd’hui en Palestine, on n’a pas le cœur à faire la fête ». Et Iman d’ajouter alors : « Dans notre société, lorsqu’il y a des morts, on partage le deuil avec un café noir, c’est ce café qu’on va vous offrir ». Plus que jamais le théâtre renvoie au réel. Marina Da Silva

Le Printemps des Comédiens : jusqu’au 21/06. Domaine d’O – Micocouliers, 178 Rue de la Carriérasse, 34090 Montpellier (Tél : 04.67.63.66.67).

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Le 61ème palmarès de la Critique

Le 06 juin, au Théâtre de la Ville (75), le Syndicat de la Critique a dévoilé son 61ème Palmarès pour la saison 2023-2024. En tête d’affiche, Le voyage dans l’Est d’après Christine Angot mis en scène par Stanislas Nordey, Le mandat de Nicolaï Erdman mis en scène par Patrick Pineau et Cavalières de Sarah Brannens mises en scène par Isabelle Lafon… Armand Gatti, théâtre-utopie d’Olivier Neveux, a reçu le Prix du meilleur livre sur le théâtre.

Que l’on soit critique, artiste, technicien, permanent, intermittent, attachée de presse, nous nous réjouissons de nous retrouver pour cette 61ème cérémonie des Prix du syndicat de la critique. Ces prix témoignent de la vitalité de la création et du formidable engagement de mes consœurs et confrères à veiller à ce que la critique ne se confonde pas avec promotion mais reste cet endroit où la pensée est à l’œuvre, où le doute a droit de cité.

 La critique, c’est aller plusieurs fois par semaine à la rencontre d’œuvres originales, c’est défendre l’idée qu’au théâtre, à l’opéra, c’est l’humanité qui se donne à voir dans des mises en scène parfois tourmentées, exaltées, provocatrices qui interrogent notre monde. Vous n’êtes pas là pour nous divertir ou nous faire détourner le regard. C’est un face à face que vous nous proposez. Être critique, c’est suivre des pistes, des chemins qui ne filent pas toujours droit et essayer d’en rendre compte en se souvenant du passé, en pensant à l’avenir et en conjuguant le présent.

 C’est aimer les artistes, les acteurs, les musiciens, les danseurs, les metteurs en scène, les chorégraphes, les poètes, les dramaturges. Les aimer, c’est les suivre, ne pas les oublier. Être critique, c’est aimer les mots, les corps en mouvement, une partition et se laisser emporter par le vertige qu’ils procurent. Être critique, c’est aussi aimer la nuit. Bien souvent, la lumière jaillit de la nuit, ce lieu où tout est encore possible entre nous.

Artistes, vous nous invitez au voyage et nous, critiques, sommes les chroniqueurs de ces voyages que nous nous efforçons de faire partager

Je pourrais vous dire que nous traversons une période de fortes turbulences. Il y a des trous d’airs dans la démocratie, des trous d’air dans ce qui fait société. Chez Air France, on nous dirait de retourner à nos places et de boucler nos ceintures !  Nous sommes là pour nous souvenir que quand le trou d’air se fait sentir, il faut rester debout et ensemble. Parce que, j’en suis convaincue, le « nous » est toujours plus fort que le « je ».

D’aucuns aimeraient cantonner la culture au divertissement. Renoncer à faire partager les œuvres de l’esprit au plus grand nombre, c’est renoncer à ce grand service public de la culture qui est un des piliers de notre démocratie. C’est mépriser les artistes, le public et les spectateurs en devenir. Nous continuons de cultiver l’exception culturelle, cette exception si chère à Jack Ralite et à toutes celles et tous ceux qui l’ont vaillamment défendu avant nous. En saluant votre travail, votre engagement, ces prix que nous allons vous remettre aujourd’hui en témoignent.

Marie-José Sirach, présidente du Syndicat de la Critique théâtre-musique-danse.

LES LAURÉATS 2024

GRAND PRIX (Meilleur spectacle théâtral de l’année)
Le Voyage dans l’Estde Christine Angot, adaptation et muse en scène de Stanislas Nordey

PRIX GEORGES-LERMINIER (Meilleur spectacle théâtral crée en province)
Le Mandatde Nicolaï Erdman, adaptation et mise en scène de Patrick Pineau (Création aux Célestins – Théâtre de Lyon)

PRIX DE LA MEILLEURE CRÉATION D’UNE PIÈCE EN LANGUE FRANÇAISE
Cavalièresde Sarah Brannens, Karyll Elgrichi, Johanna Korthals Altes et Isabelle Lafon. Conception et mise en scène d’Isabelle Lafon

PRIX DU MEILLEUR SPECTACLE THÉÂTRAL ÉTRANGER (Ex aequo)
A Noiva e o Boa Noite Cinderela, de Carolina Bianchi (Brésil)
Les Émigrants, de W.G. Sebald, adaptation et mise en scène de Krystian Lupa (Suisse et France)

PRIX LAURENT-TERZIEFF (Meilleur spectacle présenté dans un théâtre privé)
Guerre, de Louis-Ferdinand Céline, mise en scène de Benoît Lavigne

PRIX DU MEILLEUR COMÉDIEN
Hervé Pierre dans Moman – Pourquoi les méchants sont méchants ?, de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Noémie Pierre, Hervé Pierre et Clotilde Mollet

PRIX DE LA MEILLEURE COMÉDIENNE
Noémie Gantier dans L’Art de la joie, d’après l’œuvre de Goliarda Sapienza, adaptation théâtre et mise en scène d’Ambre Kahan

PRIX JEAN-JACQUES-LERRANT (Révélation théâtrale de l’année)
Sébastien Kheroufi pour la mise en scène de Par les villages, de Peter Handke

PRIX DE LA MEILLEUR CRÉATION D’ÉLÉMENTS SCÉNIQUES
Emmanuelle Roy pour la scénographie de Neige, de Pauline Bureau

PRIX DU MEILLEUR LIVRE SUR LE THÉÂTRE
Armand Gatti, théâtre-utopie, d’Olivier Neveux. Ed. Libertalia

PRIX DU MEILLEUR COMPOSITEUR DE MUSIQUE DE SCÈNE
Reinhardt Wagner pour la musique de Zazie dans le métro, de Raymond Queneau, mise en scène de Zabou Breitman

MENTION SPÉCIALE
Une maison de poupée, d’Henrik Ibsen, mise en scène d’Yngvild Aspeli (Marionnettes)

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