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Au Garage, on fait le plein de sens

Du 26/08 au 01/09, à Cosne-sur-Loire (58), le Garage Théâtre a organisé la 5ème édition de son festival. En la cité bourguignonne, Jean-Paul Wenzel et sa fille Lou veillent depuis 2020 sur une étrange caisse à outils. Au volant d’une écurie de grosses cylindrées, ils conduisent à la réussite une décentralisation qui fait le plein de sens.

La cinquième édition a été ouverte par Jade Duviquet. Elle a adapté et mis en scène Rapport pour une académie, de Kafka. Cyril Casmèze, prodigieux acteur animalier, se met dans la peau du chimpanzé « civilisé » qui la ramène. Parfois, la nature reprend ses droits. Alors, avec feu, l’acteur, infiniment souple, expressif, retourne à la plus bouleversante singerie… Lilian Derruau (alias Wally, chanteur humoriste en sa vie antérieure) a proposé Ma distinction. Fils d’un ajusteur, il se livre lui-même, dans un exercice d’autobiographie précoce, à un ajustement de sa transition de classe vers la condition d’artiste. C’est drôle avec tact, au nom des siens et de ce qu’il est devenu, sous le parrainage revendiqué de Bourdieu.

Des sons inouïs en fond d’oreille

Ethnomusicologue d’un soir doté du sens de l’humour, Jean-Jacques Lemêtre (quarante-six années au Théâtre du Soleil), sosie de Merlin l’Enchanteur, a révélé maints instruments venus d’ailleurs et de très loin dans le temps. Il en a tiré des sons inouïs, qu’on garde encore dans l’oreille. Dans Extra visibilia, Céline Gayon, d’une beauté de cariatide enfin délivrée, dansait la naissance du mouvement, tandis que Sylvie Cairon exécutait, à main levée, une fresque monumentale, archaïque et moderne.

Denis Lavant, de tout son être de vif-argent, s’est emparé, sous l’œil de Laurent Laffargue, du roman de Pär Lagerkvist, le NainSon génie d’acteur fait briller, tel un diamant noir, les facettes du Mal chimiquement pur. Hammou Graïa a dû clore les réjouissances avec les Coloniaux, d’Aziz Chouaki, dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli. En une langue quasiment swinguée, c’est un monument de verbe en l’honneur des soldats nord-africains jetés dans la tuerie de 14-18 pour le compte de la France.

Les « surprises du jardin » n’ont pas manqué de sel : lecture d’extraits de l’Homme de main, pièce de Wenzel dans l’ombre de Simenon, une ode en prose de Moni Grégo en souvenir de Marilyn Monroe, Ziza Pillot égrenant les chroniques douces-amères de Jane Sautière dans Tout ce qui nous était à venir (éditions Verticales)… Au final, je me suis laissé dire que dans leur « surprise » intitulée Ça va trinquer !, Jean-Pierre Bodin et François Chattot allaient envoyer loin le bouchon pour évoquer le discret milliardaire du pinard. Jean-Pierre Léonardini

C’était du 26/08 au 01/09 au Garage Théâtre, 235 rue des Frères Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire (Tél. : 03.86.28.21.93). Pour tout savoir sur le Garage et son festival, un petit clic pour le grand choc : les Amis du théâtre vous disent tout !

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Levers de rideau

Les trois coups sont frappés, la rentrée annoncée ! Divers théâtres ouvrent leurs portes très prochainement. Avec créations ou reprises dès la fin août et début septembre, une série de levers de rideau dont Chantiers de culture se fait le héraut.

Du 28/08 au 03/11 : Des ombres et des armes, à la Manufacture des Abbesses. Texte et mise en scène Yann Reuzeau, les vendredi/samedi à 21h et le dimanche à 17h. Au-delà des schémas attendus, la pièce explore la complexité de situations humaines extrêmes. On croise ici une policière se débattant avec son passé néonazi et son racisme résiduel, ou encore des « revenants », ces jeunes partis faire le djihad et qui jurent vouloir désormais se construire une vie normale.

Du 30/08 au 10/11 : Gargantua, au Théâtre de Poche. Le fameux livre de Rabelais, mis en scène par Anne Bourgeois et interprété avec gourmandise par Pierre-Olivier Mornas. Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h. Rabelais vient nous conter en personne les frasques de son héros, avec sa verve irrésistible, où truculence et bon sens se mêlent pour le bien-être du cœur et de l’esprit. Couillonnes et Couillons, à vos ouïes !

Du 01/09 au 06/01/25 : La chute, au théâtre de l’Essaïon. D’après l’œuvre d’Albert Camus, interprétation et mise en scène Jean-Baptiste Artigas, adaptation Jacques Galaup. Le dimanche à 18h, le lundi à 19h. Un homme interpelle un autre homme au Mexico-City, un bar à matelots d’Amsterdam. Une longue conversation s’initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

Du 02/09 au 04/11 : L’homme qui rit, au Théâtre de Poche, tous les lundi à 21h. L’un des romans les plus étranges et fascinants de Victor Hugo en un « seule » en scène tout aussi étrange et fascinant, par Geneviève de Kermabon. C’est avec une folle originalité qu’elle retranscrit ce chef d’œuvre de Hugo, ode à la tolérance et au théâtre itinérant.

Du 04/09 au 03/11 : Le mage du Kremlin, à la Scala. D’après le roman de Giuliano da Empoli, adaptation et mise en scène Roland Auzet. Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. De la fin de Boris Eltsine à l’avènement de Vladimir Poutine, le spectacle nous entraine dans les sphères opaques du pouvoir russe. Il donne à voir comment un homme insignifiant peut devenir un président tout puissant, exerçant ses pleins pouvoirs dans la solitude, la violence et le sang.

Du 04/09 au 30/11 : Arcadie, au Théâtre de Belleville. D’après le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, adaptation et mise en scène Sylvain Maurice. Du mercredi au vendredi à 19h15, le samedi à 21h15 et le dimanche à 15h. Farah, bientôt 15 ans, habite à Liberty House, une communauté déjantée qui a pour maître des lieux Arcady : il y promeut ses penchants libertaires, la tolérance et l’amour de la littérature. Farah, en proie aux troubles naissants du désir, va voir son corps se transformer de manière étrange…

Du 06/09 au 28/09 : Emma Picaud, au théâtre de l’Essaïon. D’après le roman de Mathieu Belezi, dans une mise en scène d’Emmanuel Hérault, interprétation Marie Moriette. Les vendredi et samedi à 21h. Dans les années 1860, pour échapper à la misère en France, Emma Picard part en Algérie cultiver la terre que lui octroie le gouvernement français. Le récit, lyrique et poignant, de son combat permanent pour la survie, un éclairage singulier sur l’histoire de la colonisation de l’Algérie.

Du 07 au 13/09 : Les messagères, au TNP de Villeurbanne (69). D’après l’Antigone de Sophocle, mise en scène Jean Bellorini avec l’Afghan Girls Theater Group. Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Alors que la situation se détériore en Afghanistan, Les Messagères sont ces citoyennes afghanes qui veulent dire en Occident leur amour pour leur paysLes Messagères sont ces jeunes femmes du XXIe siècle qui résistent, se construisent et inventent leur destin, malgré tout.

Du 10/09 au 12/10 : La joie, au théâtre de la Reine blanche. D’après un texte de Charles Pépin, adapté et interprété par Olivier Ruidavet, mis en scène par Tristan Robin. Les mardi-jeudi-samedi à 20h, à partir du 24/09 les mardi et jeudi à 21h, le samedi à 20h. Solaro traverse les épreuves de l’existence avec une force que les autres n’ont pas : il sait jouir du moment présent. Ce spectacle est une invitation à la réflexion, à comprendre ce qu’est la joie, cette force mystérieuse qui, à tout instant, peut rendre notre vie exaltante.

Du 12/09 au 29/09 : La vie est une fête, aux Bouffes du Nord. Une mise en scène de Jean-Christophe Meurisse, avec la collaboration artistique d’Amélie Philippe. Du mardi au samedi à 20h, les dimanches 22 et 29/09 à 15h. Nous souffrons à cause de papa et maman, nous souffrons aussi à cause de l’état du monde. Pouvons-nous tous devenir fous ? Il n’y a rien de plus humain que la folie. Le service des urgences psychiatriques est l’un des rares endroits à recevoir quiconque à toute heure. Un lieu de vie extrêmement palpable pour une sortie de route, un sas d’humanité.

Sans oublier, du 29/08 au 13/09, le festival Spot au théâtre Paris-Villette et le Théâtre de Verdure qui investit jusqu’au 22/09 le Jardin Shakespeare au cœur du Bois de Boulogne. Belle rentrée culturelle, avec plaisir et émotions. Yonnel Liégeois

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Cosne, plein gaz au Garage !

Du 26/08 au 01/09, à Cosne-sur-Loire (58), le Garage Théâtre organise la 5ème édition de son festival. En la cité bourguignonne, Jean-Paul Wenzel et sa fille Lou entretiennent depuis 2020 un original feu de planches. Attisé par une bande d’allumés, sous la conduite de Jean-Yves Lefevre… Une décentralisation réussie pour une programmation de haute volée.

Jean-Paul Wenzel n’est point homme à s’effondrer devant l’adversité ! Que la Drac Île-de-France lui coupe les subventions et l’envoie sur la voie de garage pour cause d’âge avancé ne suffit pas à l’intimider… Avec le soutien de sa fille Lou et d’une bande de joyeux drilles, il retape alors « au prix de l’énergie de l’espoir, et de l’huile de coude généreusement dépensée » selon les propos du critique Jean-Pierre Léonardini, un asile abandonné pour voitures en panne : en 2020, les mécanos nouvelle génération inaugurent leur nouvelle résidence, le Garage Théâtre ! Loin des ors de la capitale, au cœur de la Bourgogne profonde, à Cosne-sur-Loire, bourgade de 10 000 habitants et sous-préfecture de la Nièvre…

Wenzel est connu comme le loup blanc dans le milieu théâtral. Comédien, metteur en scène et dramaturge, avec une bande d’allumés de son espèce, les inénarrables Olivier Perrier et Jean-Louis Hourdin, il co-dirige le Centre dramatique national des Fédérés à Montluçon durant près de deux décennies. Surtout, il est l’auteur d’une vingtaine de pièces, dont Loin d’Hagondange, un succès retentissant, traduite et représentée dans plus d’une vingtaine de pays, Grand prix de la critique en 1976. Depuis quatre ans maintenant, le Garage Théâtre accueille donc à l’année des compagnies où le public est convié gratuitement à chaque représentation de sortie de résidence. À l’affiche également un printemps des écritures où, autour d’un atelier d’écriture ouvert aux habitants de la région, sont conviés des auteur(es) reconnus comme Michel Deutsch, Marie Ndiaye, Eugène Durif… Enfin, du 26/08 au 01/09, se tient le fameux festival organisé par la Louve, du nom de la compagnie de Lou Wenzel : au programme théâtre, musique et danse avec des spectacles accessibles à tout public.

Dès l’ouverture des portes, aux nouveaux mécanos se greffe l’association Les Amis du Garage dont Jean-Yves Lefevre, le local de l’étape, assume désormais la présidence. Fort de sa soixantaine rugissante, l’ancien informaticien et pilote d’engins en tout genre survole l’événement et anime avec doigté et convivialité la joviale bande d’allumés ! Derrière un faux air débonnaire, l’homme cache en fait moult compétences, « j’ai piloté à peu près tous les types d’engins volants, du parapente à la montgolfière en passant par l’avion, l’ULM, l’hélico… Mes seuls diplômes professionnels étant dans le domaine de l’arboriculture, je côtoie les nuages » ! Après un double choc existentiel tant merveilleux que douloureux (la naissance de sa fille, plus tard le décès de sa compagne), il quitte la Savoie pour rejoindre la Nièvre, « terre d’une partie de mes ancêtres » et plus précisément Cosne-sur-Loire, « lieu dans lequel j’ai la chance et l’honneur de rencontrer la famille Wenzel et son Garage ».

Ayant bourlingué à Paris et en région parisienne, l’homme avait eu l’occasion de fréquenter parfois le monde du théâtre. « Habitant à proximité du bois de Vincennes, j’ai eu la chance d’assister aux spectacles d’Ariane Mnouchkine : grande révélation quand on a plutôt assisté à du théâtre de boulevard… ». Lors de son installation en bord de Loire, c’est la découverte du premier festival d’été du Garage, la rencontre avec le comédien Denis Lavant, Jean-Paul et Lou Wenzel. « Nous tombons en amitié, on se voit désormais plusieurs fois par semaine ». Au printemps 2021, ils décident à plusieurs de monter l’association Les amis du Garage Théâtre. L’objectif ? « Aider et seconder nos amis artistes dans les tâches extérieures aux spectacles (travaux, communication, billetterie, gestion du bar et de la restauration durant les deux festivals annuels) », confie Jean-Yves, « notre association est devenue, je le pense, indispensable au bon fonctionnement de ce bel espace de culture ». Un bel espace assurément, professionnels du spectacle vivant et critiques dramatiques en attestent, où plaisir du vivre ensemble et partage d’émotions fortes transpirent de cour à jardin !

Avec son enthousiasme communicatif, le chef de bande le reconnaît, « depuis notre premier contact, que d’émotions, que de belles rencontres ! Une foultitude de spectacles de qualité tout au long de l’année avec la présence sur scène de grands noms du théâtre, de la danse, de la littérature… Et l’énorme chance pour moi de partager des moments rares autour d’une assiette avec tous ces artistes qui ont tant à raconter et à partager ». Aujourd’hui, l’apport culturel et artistique du Garage Théâtre déborde au-delà de la sphère nivernaise. Frontalière du Cher, de l’Yonne, du Loiret et proche de Paris, la petite entreprise Wenzel et consorts attire des spectateurs en provenance de toute la France ! « La ministre de la Culture annonçait, au lendemain de sa nomination, qu’il fallait défendre la culture en milieu rural », se souvient Jean-Yves Lefevre, « force est de constater que les mots étaient vains, le budget de la culture en 2024 ayant été divisé par deux ! ».

« Ici pourtant, on ne baisse pas les bras, on y croit, les spectateurs sont de plus en plus nombreux. Moult représentations se donnent à guichet fermé et nous avons de plus en plus de propositions de bénévoles pour soutenir la structure. Ici on se connaît tous, pas moyen de faire vingt mètres sans saluer quelqu’un, les retours sur le plaisir et l’émotion ressentie par les spectateurs locaux nous donnent envie de nous investir encore et encore. Ce théâtre est un poumon nécessaire à de nombreuses personnes, dont je fais partie, sans le Garage Théâtre j’aurais quitté la région ».

Outre l’organisation de deux festivals (été et Printemps des Écritures), le Garage Théâtre propose tout au long de l’année différents spectacles. Et régulièrement des sorties de résidence avec entrée gratuite, ce qui offre la possibilité à certains, persuadés que le théâtre « c’est pas pour nous », de constater que le théâtre contemporain est à la portée de tous, qu’il n’est nullement besoin d’être un intellectuel pour comprendre et apprécier. Seul ou en meute, rendez-vous donc en bord de Loire, osez hurler ou chanter votre ralliement à la Louve compagnie. C’est acquis, vous en repartirez libérés et conquis ! Yonnel Liégeois

Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire (Tél. : 03.86.28.21.93/le.garage.theatre@gmail.com). Pour tout savoir sur le Garage et son festival, un petit clic pour le grand choc : Jean-Yves Lefevre et les Amis du théâtre vous disent tout !

Chantez, Dansez, Jouez : moteur !

Lundi, 26/08 : La surprise du jardin, à 19h. Un grand singe à l’académie d’après Franz Kafka, par la compagnie Singe debout à 21h.

Mardi, 27/08 : La surprise du jardin, à 19h. Ma distinction, récit de vie d’un fils d’ouvrier devenu artiste, par Lilian Durriau à 21h.

Mercredi, 28/08 : la surprise du jardin, à 19h. Musicalopithèque, du paléolithique à aujourd’hui en acoustique, par Jean-Jacques Lemêtre à 21h.

Jeudi, 29/08 : La surprise du jardin, à 19h. Extra visibilia, voyage intemporel-peinture et danse, par Sylvie Cairon et Céline Gayon à 21h.

Vendredi, 30/08 : La surprise du jardin, à 19h. Le nain de Pär Lagerkvist, avec Denis Lavant dans une mise en scène de Laurent Laffargue à 21h.

Samedi, 31/08 : La surprise du jardin à 19h : « Ça va trinquer ! » dans le jardin et même encore plus loin, des vignes du Sancerre aux côtes africaines…avec les inénarrables et fantasques Jean-Pierre Bodin et François Chattot. Les coloniaux d’Aziz Chouaqui, avec Hammou Graïa dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli à 21h.

Dimanche, 01/09 : L’auberge espagnole ouverte à toutes et tous, à partir de 13h. Un ultime moment de partage dans le jardin entre quiches et salades, tartes et gâteaux… Avec une très belle surprise, un secret bien gardé !

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Les arts, discipline olympique ?

Chez Grasset, Louis Chevaillier publie Les Jeux olympiques de littérature. On l’a oublié, les arts furent au programme des Jeux de 1912 à 1948. Comment y sont-ils entrés, pourquoi en sont-ils sortis ? Paru le 24/07 dans le quotidien L’humanité, l’article d’Alain Nicolas.

De la poésie aux jeux Olympiques ? Cela remonte, dit-on, à l’Antiquité, quoiqu’un certain flou règne sur la question. Un des plus grands poètes de la Grèce, Pindare, était célèbre pour ses Olympiques, odes chantées à la gloire des vainqueurs. Et souvent commandées par eux ou par leur cité d’origine. Se tenant à Delphes sous le patronage d’Apollon et des Muses, seuls les Jeux Pythiques avaient à leur programme musique et poésie, bien avant les épreuves athlétiques. Mais à Olympie ? Rien… Il fallut attendre huit siècles depuis leur fondation pour que Néron y fasse entrer – « contrairement aux usages », précise l’historien Suétone – la poésie. L’empereur y fut couronné, il était d’ailleurs le seul concurrent. Même palmarès pour la course de chars qu’il remporta haut la main, malgré de nombreuses chutes !

Pierre de Coubertin avait donc un certain handicap à remonter pour faire admettre dans les jeux Olympiques modernes des épreuves culturelles. Mais l’esprit du temps l’y poussait. Venue de la Renaissance, cultivée dans l’enseignement anglais, la devise « Mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain, était en faveur. Le refondateur des Jeux partageait totalement cet idéal aristocratique de l’« homme complet ». Il s’agissait d’abord, évidemment, de « rebronzer » la jeunesse française, de la rendre apte aux exercices guerriers. De plus, ne jamais l’oublier, « le sport (fait) des hommes ayant le respect de l’autorité, au lieu de révolutionnaires aigris, toujours en rébellion contre les lois ». Raison de plus, pour le père des J.O., de lier arts et lettres aux activités physiques, à l’image des jeunes Grecs s’exerçant le jour au gymnase et passant la nuit à discuter avec Socrate ou Platon, à applaudir Sophocle ou Euripide. Toutes proportions gardées, c’est ce programme qu’il se fixe. Louis Chevaillier, dans Les jeux olympiques de littératuredétaille avec humour et érudition cette part ignorée de l’aventure olympique contemporaine.

Si personne n’est ouvertement contre, l’affaire ne se monte pas aisément. À Athènes, en 1896, on se concentre sur le volet sportif, bouclé à grand-peine. Les Jeux de Paris et de Saint-Louis, en 1900 et 1904, sont adossés à des expositions universelles au programme chargé. Mais le baron ne désarme pas. En 1906, il convoque une conférence pour « unir à nouveau par les liens du mariage légitime d’anciens divorcés : le Muscle et l’Esprit ». Cinq concours sont instaurés : architecture, sculpture, peinture, littérature, musique, dessinant la « véritable silhouette de l’olympiade moderne ». Il est trop tard pour Londres en 1908, c’est donc en 1912, à Stockholm, que se tiennent les premiers jeux Olympiques des arts. Disons-le, les résultats furent décevants. Participation maigrichonne, qualité moyenne. Les premiers champions olympiques de poésie, récompensés pour une ode au sport, sont d’obscurs inconnus, Georges Hohrod et Martin Eschbach, pseudo-double de Coubertin lui-même… C’est en 1924 qu’un concours digne de ce nom aura lieu, avec un jury prestigieux où figurent Giraudoux, Claudel, D’Annunzio, Valéry, Edith Wharton, les prix Nobel Maeterlinck et Lagerlöf, et que préside Jean Richepin. Cette fine fleur des lettres accouche d’un champion, un certain Géo-Charles. La littérature se survivra pendant quelques olympiades, sans rien accoucher de bien glorieux.

« Moins vite, moins haut, moins fort »

Alors faut-il remettre la poésie au programme des J.O. ? Rappelons d’abord que la Ville de Paris propose, au-delà de toute idée de compétition, des « Jeux poétiques » dont le point d’orgue sera un « marathon poétique » où elle fera entendre toute sa diversité pour un public tout aussi divers. C’est le Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt qui prend en charge cette manifestation. Ce sera la suite des rencontres Art et Sport, et des Olympiades culturelles dont le Paris Université Club, le PUC, est maître d’œuvre. Il n’est pas de sujet indigne ni de lieux tabous. Les J.O. restent le moment où la joie des corps, la célébration des efforts, l’émotion de la confrontation peuvent se dire haut et fort. La poésie, qui s’incarne de plus en plus dans la performance, le chant, la musique, peut y vivre, si elle le veut. Sans forcément s’aligner sur les systèmes ultraperformants du sport, Louis Chevaillier propose donc au final une autre formule à méditer : « Moins vite, moins haut, moins fort ». Pourquoi pas ? Alain Nicolas

– Les jeux olympiques de littérature, de Louis Chevaillier (éditions Grasset, 272 p., 20€).

– Le 07/09, la veille de la fin des J.O., bouquet final du Marathon poétique Paris-Los Angeles (de midi à minuit, sur la place du Châtelet et au Théâtre de la Ville) qui transmettra la flamme poétique à la ville de Los Angeles pour les J.O. de 2028.

Jusqu’au 08/09, se déroule l’Olympiade culturelle. Sur tout le territoire hexagonal et en Outre-mer, elle se veut une grande fête populaire à travers des milliers d’événements (majoritairement en accès libre et gratuit) au croisement de l’art, du sport et des valeurs olympiques.

1924, Jeux olympiques de Paris : médaille d’or en littérature pour Géo-Charles

« Ce poète oublié fut le vainqueur du concours de littérature avec sa pièce Jeux olympiques. Les polémiques autour du paradis à l’ombre des épées ont-elles lassé les jurés ? Ont-ils voulu récompenser un livre moins célébré, pas encore publié ? Aux dissertations guerrières de Montherlant, ils ont préféré une apologie de la paix ; à son classicisme revendiqué, un art de l’image héritier des symbolistes : la veine Cocteau, cette autre grande source d’inspiration de la génération de l’entre-deux-guerres. Cette victoire française s’ajouta aux treize médailles d’or remportées par les tricolores en cyclisme, en escrime, en haltérophilie (…) La France ne remporta pas d’autre épreuve artistique. Aucun titre ne fut attribué en architecture et en musique. Aux côtés du Grec Dimitriadis en sculpture, un artiste luxembourgeois, Jean Jacoby, gagna le concours de peinture » (Les jeux olympiques de littérature, Louis Chevaillier, extraits).

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De Gaulle connaissait Cyrano par cœur

Aux éditions La rumeur libre, André Désiré Robert publie le Théâtre des présidents. Un ouvrage riche en informations révélatrices, et anecdotes parlantes, sur les représentations théâtrales prisées par les successifs locataires de l’Élysée, de 1959 à 2022. L’auteur, universitaire-archiviste-critique dramatique, offre toutes les garanties quant au sérieux de sa recherche.

À tout seigneur, tout honneur : Charles de Gaulle, c’est « dix ans de théâtre national » (1959-1969) ; la Comédie-Française avec Tête d’or, de Claudel, Racine, Marivaux, garde républicaine au garde-à-vous dans les soirées offertes aux chefs d’État étrangers, entre autres, Bokassa, ce « soudard » dit le général, dont on apprend qu’il connaissait par cœur Cyrano de Bergerac. Sous Pompidou (1969-1974), agrégé de lettres, voilà le « théâtre embourgeoisé », de l’Avare de Molière au Français jusqu’au boulevard, avec Canard à l’orange et Oscar…

Du côté de Giscard d’Estaing (1974-1981), on a une « pincée de théâtre » ; Hernani, d’Hugo, par Robert Hossein à Marigny, par le Français, dont la salle Richelieu est en travaux. Plus tard, il y aura Eugène Scribe, Marivaux, Musset. C’est François Mitterrand (1981-1995) à « l’éclectisme novateur », qui récolte la palme du spectateur éclairé. Il se rend au Festival d’Avignon, fréquente le Théâtre du Soleil, apprécie Cripure, de Louis Guilloux, par Marcel-Noël Maréchal ; assiste, à Gennevilliers, à une représentation de Nathan le Sage, de Lessing, mis en scène par Bernard Sobel…

Les quatre autres présidents (1995-2022) sont regroupés dans une sorte de filet garni. Si l’on sait que Chirac cachait avec soin sa dilection pour les cultures asiatiques, l’auteur n’a pas trouvé sur lui de traces propres au théâtre, sauf à lui prêter, sans preuve, une connaissance du théâtre nô, Japon oblige.

De Nicolas Sarkozy, manifestement peu enclin à une culture classique ou pas du tout, à part la chanson, par alliance, on apprend néanmoins qu’il a pu voir, à l’Atelier, la pièce médiocre de Bernard-Henri Lévy, Hôtel Europe, à laquelle François Hollande assistera à son tour. Du moins, ce dernier se rendra-t-il au Festival d’Avignon et deviendra familier du Théâtre du Rond-Point, dirigé par son ami Jean-Michel Ribes. Emmanuel Macron, qui put tâter du théâtre sous le regard de sa future épouse, s’il sut rendre hommage à Michel Bouquet, c’est dans les salles privées qu’il se rend volontiers (Jean-Marc Dumontet, son conseiller en langage corporel en 2017, en possède six).

Le livre d’André Désiré Robert, écrit d’une main sûre dans le ton de l’humour feutré, reproduit maintes critiques sur les pièces citées, en propose de précieux résumés et se clôt sur les spectacles consacrés aux figures des présidents en question. Jean-Pierre Léonardini

Le théâtre des présidents, André Désiré Robert (préface de Bernard Faivre d’Arcier) : La rumeur libre, 310 p., nombreuses illustrations (photos, dessins de presse et repros de documents officiels), 18€.

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Tiziano Cruz, l’indigène

À la veille de la clôture du festival d’Avignon (84), il est bel et bon de revenir sur une initiative artistique marquante de cette 78e édition. Originaire du nord de l’Argentine, Tiziano Cruz a présenté jusqu’au 14/07 deux volets d’une trilogie démarrée il y a deux ans. En langue quechua, Wayqeycuna signifie « mes frères ».

On est à la veille de la fin de cette 78e édition qui s’achève le 21 juillet. L’espagnol étant la langue invitée cette année, on a pu retrouver des artistes du Vieux Continent – Angelica Liddell ou La Ribot – et découvrir des voix venues de plus loin, du Chili, du Pérou, d’Uruguay ou d’Argentine. Après le spectacle de l’Argentine Lola Arias, Los dias afuera (lire notre édition du 8 juillet), ce fut au tour de Tiziano Cruz d’entrer sur scène. Qu’il soit face au public ou qu’il embarque les spectateurs dans une parade le long des remparts d’Avignon, Tiziano Cruz au Festival fait soudain entendre la voix des sans-voix, des sans-terre, des « sans-dents ». « Tout ce que vous voyez, je le suis. Vide de langue, vide de territoire. J’ai quitté ma maison pour fuir la pauvreté et la violence, j’ai tout quitté, absolument tout, pour appartenir à quelque chose. Je me suis laissé violer par les institutions du pouvoir », dit-il dans Soliloquio, adresse au public qu’il va réitérer dans Wayqeycuna.

Indigène et artiste

Wayqueycuna raconte le retour au pays natal, dans un village perché quelque part dans la cordillère des Andes, dans la province de Jujuy au nord de l’Argentine, là où Tiziano Cruz a passé son enfance. Et les souvenirs enfouis dans sa mémoire refont surface, tissent la trame d’une œuvre protéiforme où les mots, la musique, la danse laissent éclater une parole poétique et politique d’une beauté et d’une puissance incommensurables. De cette mémoire enfouie au plus profond de son être, il fait théâtre. Il y est question du sort réservé aux Indigènes, à la culture indigène, de la violence du pouvoir colonial qui perdure encore aujourd’hui. Dans ce monde globalisé où l’art est aussi un marché, Tiziano Cruz met en jeu les contradictions inhérentes qui l’assaillent, entre sa condition d’Indigène et son statut d’artiste, quand une partie de son moi est assignée à la marge tandis que l’autre se produit dans les théâtres du monde entier.

On mesure combien les artistes (mais aussi tous les migrants d’hier et d’aujourd’hui), combien ces artistes venus d’ailleurs ne prennent pas mais donnent. Ils apportent dans leurs bagages un petit plus d’humanité qu’ils nous offrent, remettent le mot solidarité au cœur d’une Europe ethnocentrée. Tiziano Cruz décentre notre regard, et les questions qu’il soulève sur le plateau, d’aussi loin qu’elles proviennent, de ce petit village perdu dans la cordillère, sont aussi les nôtres. Cette invitation à partager sa réflexion oblige le spectateur à sortir de sa zone de confort, à ne pas se contenter de s’abriter derrière sa bonne conscience quand le monde est un volcan dont les secousses sismiques crachent des laves de haine et de peur.

Qu’est-ce qui est populaire ?

« Il n’y a pas de place dans l’art pour les pauvres », balance Tiziano Cruz. Les pauvres ne fréquentent pas, ou plus, ou si peu les œuvres d’art, pourrait-on ajouter. Au fond, qu’est-ce qui est populaire ? Où doit-on placer le curseur du mot populaire ? « Il existe une institutionnalisation de l’indigénisme qui dépolitise notre condition en tant que culture indigène, la transformant en patrimoine de classe d’un groupe limité, une gauche lettrée qui parle bien mais ne sait pas parler à mon peuple. » C’est dit sans acrimonie, sans violence, et ça nous percute de plein fouet. Dans son bleu de travail d’un blanc immaculé, Cruz revient chez les siens que, au fond, il n’a jamais quittés.

Il se tient droit pour nous donner en partage les fruits de sa réflexion sur cette humanité déchirée qui s’ignore, sur les dégâts provoqués par l’ultralibéralisme. Ce que veut le pouvoir, ajoute-t-il, c’est « que nous nous divisions, que nous nous victimisions ». Il sait qu’il sera toujours cet Indigène, ce « bâtard » dans une Amérique où « le pouvoir est blanc », et cela le rend suspect. Alors il danse, brandissant un tissu joyeusement coloré de pompons multicolores. Là-bas, dans ces paysages balayés par le vent, les hommes respectent la terre, la nature, les animaux.

Jouer, c’est résister

Il y a un savoir-faire ancestral qui a perduré malgré la colonisation, malgré le libéralisme, malgré ce grand marché mondial où tout s’achète et se vend. Jouer, pour lui, c’est résister, c’est raconter la mort de sa sœur à 18 ans, faute de soins, qui ne souriait plus car elle n’avait plus de dents. C’est montrer les visages burinés de cette communauté qui ne demande qu’à vivre. Alors, Tiziano Cruz danse comme chantait Atahualpa Yupanqui, cet autre poète argentin. Et tous deux nous parlent d’un monde où la terre, les étoiles, le soleil sont notre bien commun, le plus beau capital face au capitalisme ravageur. Marie-José Sirach, photos Christophe Raynaud de Lage.

Soliloquio fut joué au Gymnase du Lycée Mistral d’Avignon, le spectacle débutant par une déambulation dans l’espace public (du 05 au 13/07). Wayqeycuna en ce même lieu, du 10 au 14/07.

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Couleau, apocalypse à Tchernobyl

Jusqu’au 21/07, à la Chapelle du Verbe incarné en Avignon (84), Guy-Pierre Couleau présente La supplication. Le texte de Svetlana Alexievitch, écrit après le drame nucléaire de Tchernobyl, dont il propose une mise en scène sans concession. Effrayant.

Le 26 avril 1986, à 1 heure 23 minutes et 44 secondes, tout va bien à Tchernobyl. Un instant plus tard, le réacteur numéro quatre explose. C’est le début d’une catastrophe nucléaire majeure. Telle est l’histoire que raconte l’écrivaine et journaliste Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature en 2015). Cette même année, elle publie La Supplication : Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse. C’est ce texte traduit par Galia Ackerman et Pierre Lorrain que met en scène Guy-Pierre Couleau. Sur la scène, dépouillée, la violoncelliste Elsa Guiet (musique de Mélanie Badal) rythme les séquences. Deux comédiens, Lolita Monga et Olivier Corista prennent la parole pour dire l’horreur, la peur, puis le vécu d’hommes et de femmes, survivants à jamais meurtris. Des années après, rien de très nouveau que l’on ne sache pas. Pourtant, comment ne pas considérer cette parole comme essentielle ?

Sur place, les pompiers, premiers à intervenir et aussi peu équipés que s’ils allaient combattre un feu de broussailles, sont les premières victimes de radiations. Conduits à l’hôpital, ils y meurent au bout de quatorze jours. Rapidement l’armée intervient, barre les routes, prépare les évacuations des habitants. Le chaos s’installe. De jour en jour, le monde découvre l’ampleur du danger, mais sur place les familles continuent de consommer les légumes radioactifs des jardins. Finalement la zone est bouclée. Les naissances d’enfants malformés se multiplient. Les hôpitaux ne désemplissent pas. La mort est toujours au rendez-vous. Svetlana Alexievitch a fait parler des survivants, des scientifiques, des enseignants, des paysans, des journalistes… pour que la mémoire n’oublie pas. Ces voix forment « une longue supplication ». Tchernobyl, alors sur le territoire de l’URSS, marque « une date et une époque », pointe le metteur en scène. « Et puis la guerre en Ukraine s’est déclarée, suite à l’invasion de la Russie, en février 2022 et Tchernobyl est occupée après avoir été bombardée ».

En dépit des bouleversements, quelques habitants ont refusé de quitter la zone, d’autres y sont revenus. Au péril de leur vie, illégalement. Désorientés par l’absence de solution pour reconstruire leur existence. Au-delà de la propagande du pouvoir chantée sur scène : « Restez !/Vous aurez du saucisson, trois variétés », dit le parti, « Du sarrasin, de la vodka Stolitchnaïa/Celle qui tue le césium ! /Des primes et des médailles ! ». L’histoire, sans trucage, défile sur le plateau. Effrayante. Gérald Rossi

La supplication, Guy-Pierre Couleau : Jusqu’au 21/07, 21h35. La Chapelle du Verbe incarné, 21G rue des Lices, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.14.07.49).

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Peter Brook, « l’espace vide »

Le 18/07 en Avignon (84), la Maison Jean Vilar organise une table ronde autour du Mahabharata de Peter Brook. Alors que la cité allait frapper les trois coups de son festival, le 2 juillet 2022, disparaissait le célèbre metteur en scène britannique. Féru de Shakespeare, il fit de son théâtre parisien des Bouffes du Nord le lieu élu d’incessantes expérimentations, le plaçant au plus haut dans son art.

Peter Brook s’est éteint le 2 juillet 2022 à Paris, à l’âge de 97 ans. L’œuvre et la pensée de ce grand homme de petite taille, au teint rose et à l’œil bleu malicieux, l’imposent définitivement, dans l’histoire du théâtre, au premier rang des artistes novateurs. Né à Londres le 21 mars 1925, il est le fils d’un couple de juifs lituaniens immigrés en Grande-Bretagne. À cinq ans, il monte un Hamlet de 3h avec des marionnettes. À vingt ans, il fait ses armes de metteur en scène à Stratford-upon-Avon, berceau de la Royal Shakespeare Company. Il restera, sa longue vie durant, un citoyen fervent de la planète Shakespeare, sans jamais se priver d’explorer d’autres constellations théâtrales.

Dédaigneux de toute théorie et ennemi du dogmatisme

Tôt reconnu dans son pays natal, il se défiera sans cesse de la gloire, cette glissade. « Il y a le centre, dira-t-il, et la surface n’est que mode » ( The surface is fashion). Convaincu de l’éphémère des formes et de l’historicité des émotions, ce brillant jeune homme parviendra progressivement, dans sa quête du « centre », à forer plus avant vers un noyau dur de vérité relative. Son théâtre à venir tirera sa puissance de conviction de constituer un authentique lieu commun.

Avant, il accomplit l’apprentissage exhaustif des formes. Shakespeare sur tous les tons ( Romeo and Juliet, 1947, Measure for Measure, 1950, Titus Andronicus et Hamlet, 1955, The Tempest, 1957, King Lear, 1962…). En 1953, pour la télévision américaine, il avait tourné King Lear avec Orson Welles dans le rôle-titre ! Mais n’est-il pas vrai qu’encore gamin il dirigeait Laurence Olivier, Vivian Leigh et John Gielgud ? Il montera aussi Anouilh, Sartre, Roussin ( la Petite Hutte), Irma la douceVu du pont, d’Arthur Miller, la Chatte sur un toit brûlant, de Tennessee Williams… En 1948 et 1949, à Covent Garden, il ne réalise pas moins de cinq opéras ( la BohèmeBoris GodounovThe OlympiansSaloméle Mariage de Figaro). En 1953, au Metropolitan Opera de New York, c’était Faust et, quatre ans plus tard, Eugène Onéguine.

Beau profil de carrière. Disant cela, on n’a rien dit. Ni la grandeur des œuvres qu’il organise, ni leur nombre (quasiment une centaine), ni ses titres honorifiques (qu’il soit, par exemple, Commander of the British Empire) ne peuvent rendre compte de l’exigence intérieure de Peter Brook, encore moins de l’aura qui le baigne. Dédaigneux de toute théorie, ennemi du dogmatisme, il ne se veut qu’expérimentateur acharné. Cet esprit pragmatique ne consent à énoncer des idées sur telle ou telle œuvre qu’après l’avoir passée au crible de la pratique. C’est de King Lear (1962) qu’il date son chemin de Damas. « Juste avant de commencer les répétitions, expliquera-t-il, j’ai détruit un décor très compliqué. (…) Je me suis aperçu que ce jouet merveilleux était sans nécessité. En enlevant tout de la maquette, j’ai vu que ce qui restait était beaucoup mieux. J’ai commencé à voir l’intérêt d’un théâtre de l’événement direct, où le mouvement n’était pas soutenu par une image ni aidé par un contexte, l’intérêt que présentait la simple traversée de la scène par un comédien. » Ainsi eut lieu le retournement qui l’amènera à user de l’espace théâtral comme d’une page blanche pour écrire les passions.

Il précise, dans son livre essentiel, L’espace vide (The Empty Space) publié en 1968 : « Voilà notre seule possibilité : examiner les affirmations d’Artaud, Meyerhold, Stanislavski, Grotowski, Brecht, les confronter ensuite à la vie, de l’endroit particulier où nous travaillons. Quelle est, maintenant, notre intention par rapport aux gens que nous rencontrons tous les jours ? » En 1964, il donnait corps au rêve d’Artaud, avec Marat-Sade de Peter Weiss. Il en fit un film, qui garde intactes la liberté brute et la violence souveraine d’un geste théâtral parmi les plus extrémistes de l’époque. En 1966, avec US, sur la guerre du Vietnam, il aborde de front le champ ­politique, quoiqu’il se défende de l’étroitesse de ce mot. Il plaide alors pour un théâtre de la disturbance (soit l’ébranlement de conscience). Il n’a cure d’un système.

Il faut aller au plus nu de l’expression

En 1972, au Théâtre de la Ville, c’est l’éblouissement du Songe d’une nuit d’été. J’en revois des images. Se rappelant l’idée de Meyerhold de suspendre ses acteurs à des trapèzes, il organise une navette sublime entre le haut et le bas. À la même époque, il s’entoure d’un groupe d’acteurs issus d’horizons divers. C’est avec cette micro-­Babel qu’il va s’avancer au plus loin. Jusqu’à Chiraz (Iran), en 1971, avec Orghast, devant la tombe d’Artaxerxès, revisitant les mythes fondateurs de l’humanité par le truchement d’un idiome d’invention empruntant à des langues mortes. Suit un long voyage au cœur de l’Afrique, où Brook et les siens jouent dans les villages, devant un public vierge de toute référence culturelle occidentale. Il faut aller au plus nu de l’expression. Ce périple aura son effet, avec les Iks, au Festival d’automne. Que peut apporter un ethnologue à une tribu d’êtres dénués de tout, sauf de leur connivence intime avec l’univers ?

En 1974, Brook fonde à Paris le Centre international de créations théâtrales. Dans la foulée, Michel Guy, secrétaire d’État à la Culture, lui octroie l’usufruit des Bouffes du Nord. Narciso Zecchinel, maçon italo-yougoslave, maniant la truelle dans un immeuble contigu, a découvert ce théâtre oublié depuis la guerre. Brook et la productrice Micheline Rozan en font un haut lieu indispensable, en gardant au génie du lieu son caractère rugueux d’« espace vide ». Chez lui à la Chapelle, auprès des commerces indiens, l’homme à qui l’on devra, en 1985, dans la carrière de Boulbon, au Festival d’Avignon, l’absolu chef-d’œuvre mythique et mythologique du Mahabharata, enchantera son monde avec, entre autres, Timon d’Athènesla Cerisaiela Tragédie de Carmen, a minima, avec la complicité de son ami Jean-Claude Carrière et Marius Constant, Ubula Conférence des oiseauxl’Homme qui, etc., autant d’objets pétris avec le plus grand luxe d’intelligence dans un écrin spartiate. Jean-Pierre Léonardini

Retour sur un spectacle mythique d’Avignon : Le Mahabharata de Peter Brook

La création du Mahabharata en 1985 à la Carrière de Boulbon, lieu « vierge de tout passé culturel et artistique », inaugure le mandat d’Alain Crombecque à la tête du Festival. Autour d’Antoine de Baecque (historien et critique), d’Anne-Lise Depoil (conservatrice en charge des archives de Peter Brook au département des Arts du spectacle de la BnF), de Marie-Hélène Estienne (dramaturge et scénariste) et Jean-Guy Lecat (décorateur, scénographe et éclairagiste), tous deux proches collaborateurs du metteur en scène, une plongée au cœur de l’adaptation d’un des plus célèbres poèmes épiques de l’Inde qui fit date dans l’histoire du Festival. Une table ronde animée par Jean-Baptiste Raze, conservateur de l’antenne BnF de la Maison Jean Vilar.

Salon de la Mouette : le 18/07, de 14h30 à 16h. Maison Jean Vilar, 8 Rue de Mons, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.59.64).

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Jean Moulin, un destin

Jusqu’au 21/07, au Palace d’Avignon (84), Mathieu Touzet propose Jean Moulin, d’une vie au destin. Une pièce qui retrace la vie d’un des héros de la Résistance, préfet de la République et assassiné par les nazis. Une page d’histoire, entre liberté et solidarité.

Pas de pathos ni de commémoration policée. Les acteurs (Léo Gardy, Pauline Le Meur, Thomas Dutay, Manon Guilluy et Elie Montane) ont presque l’âge des jeunes gens dont ils parlent. Leur costume est aussi passe-partout : jeans et tee-shirts noirs. Ils seront ainsi un personnage puis un autre et ainsi de suite. Il y a beaucoup de monde et du rythme dans cette aventure. Des anonymes et des hommes politiques connus, des militaires comme le Général de Gaulle… Un seul ne changera pas d’emploi, son nom est inscrit sur son dos : Jean Moulin.

Pour répondre à une commande du musée de la Libération, Mathieu Touzet, qui dirige avec Édouard Chapot le Théâtre 14 à Paris, a écrit et mis en scène cette pièce Jean Moulin d’une vie au destin. Il y a quatre-vingt-un ans, le 8 juillet 1943, le préfet de la République et résistant était torturé à mort par les nazis. Son nom était peu connu jusqu’à la cérémonie d’entrée de ses cendres au Panthéon, avec le discours du ministre André Malraux (« Entre ici… »). Mathieu Touzet retrace la vie de Jean Moulin depuis son passage du bac en 1917, jusqu’à l’arrestation à Lyon, à la suite d’une dénonciation. Ce parti pris lui permet de dérouler le fil de cette existence tumultueuse. Moulin est un jeune homme qui dévore la vie par tous les bouts. Il est ambitieux. Vise le costume de préfet. Et il l’obtient. Mais ce n’est pas pour la gloire.

Lors d’un voyage à Londres, où se trouve le quartier général du Général de Gaulle, il reçoit la mission de coordonner les forces de la résistance intérieure. Ce qui n’est pas une opération simple, chaque réseau défendant, à juste titre d’ailleurs, son autonomie d’action mais aussi politique. La mise en scène est alerte, dynamique et légère. L’humour est aussi au rendez-vous. L’ensemble permet de comprendre à la fois l’histoire en marche mais aussi de mieux saisir comment la Résistance s’est construite dans un idéal de liberté et de solidarité. La pièce Jean Moulin, d’une vie au destin ? Un vrai spectacle utile. Gérald Rossi

Jean Moulin, d’une vie au destin : Jusqu’au 21/07, 11h45. Au Palace, 38 cours Jean-Jaurès, 84000 Avignon (Tél. : 04.84.51.26.99).

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Les utopies d’Armand Gatti

Le 12/07, à la Maison Jean-Vilar d’Avignon (84), s’ouvre un débat sur l’œuvre d’Armand Gatti. Les nombreuses publications à l’occasion du centenaire de la naissance du dramaturge permettent de plonger dans l’univers théâtral vertigineux d’un poète frondeur, libertaire. En témoigne Armand Gatti Théâtre-Utopie, le livre d’Olivier Neveux.

Marie-José Sirach : Qu’entendez-vous par théâtre et utopie chez Armand Gatti ?

Olivier Neveux : Il n’y a pas vraiment de représentation de l’utopie chez Gatti. L’utopie se situe ailleurs : dans ce que le théâtre peut accomplir. Malgré son incessante critique du théâtre, il n’a jamais cessé d’écrire des pièces. Mon hypothèse est qu’il mise sur le théâtre pour produire des choses extraordinaires. Elle est là, l’utopie.

M-J.S. : La méfiance de Gatti à l’égard du théâtre est des plus paradoxales…

O.N. : Gatti est un fils de prolétaire. Il n’est pas à l’aise dans ce monde bourgeois. Il en critique le fonctionnement, se méfie des « acteurs et des actrices mercenaires », auxquels il va d’ailleurs substituer des interprètes militants, non-professionnels. Mais, au-delà même de cette critique, il formule une exigence plus essentielle : comment dire et jouer la vie sans la rétrécir ? Comment représenter la réalité, toute la réalité, c’est-à-dire aussi les possibles qu’elle n’arrête pas d’empêcher ? Peut-on changer le passé ?

M-J.S. : Vous parlez d’un théâtre de la résurrection des morts…

O.N. : À sa manière, Gatti applique la proposition « révolutionnaire » du philosophe Walter Benjamin : c’est le présent qui détermine l’interprétation du passé. S’il arrive, par exemple, à réaliser aujourd’hui ce qui a été précédemment écrasé, il modifie la teneur des défaites qui nous précèdent. Quand Gatti dit qu’il faut changer le passé, cela ne signifie pas qu’il faut le réécrire et le rendre conforme à ce que l’on a espéré, mais que le présent doit prendre en charge les utopies défaites du passé. Convoquer aujourd’hui, sur scène, des noms calomniés ou effacés. Walter Benjamin avertit : « Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté. » Le score actuel de l’extrême droite rend cet avertissement brûlant. Avoir le souci de la sûreté de nos morts…

M-J.S. : Rosa Luxemburg est une des figures récurrentes chez Gatti…

O.N. : Aux côtés de Rosa, Gatti convoque régulièrement d’autres grandes figures historiques, mais il ne le fait pas dans un rapport héroïsant. Il ne s’agit pas pour lui d’élever des stèles. Quand il écrit Rosa collective, il est en Allemagne après que la censure gaulliste a interdit sa pièce sur Franco à Chaillot (la Passion en violet, jaune et rouge, 1968). Il interpelle : « Avez-vous vu Rosa ? » Il sait bien que Rosa est morte depuis cinquante ans. Mais, par là, il interroge : qui, aujourd’hui, dans une conjoncture différente, poursuit le combat initié par Rosa ? Il ne s’agit pas, on le voit, d’une commémoration. Le fascisme avec ses « Viva la muerte » a le goût de la mort. L’œuvre de Gatti, elle, au contraire, fait advenir la vie qui déborde la mort, et cette vie, c’est l’utopie non réalisée des morts.

M-J.S. : Une histoire de passation…

O.N. : Oui, un passage de témoin. Walter Benjamin écrit : « Nous avons été attendus. » Se savoir attendu, ce n’est pas rien. Cela signifie que, au moment de la défaite, des individus ont probablement espéré que d’autres viendraient après. Benjamin parle d’un « rendez-vous tacite entre les générations ». Comment être à la hauteur de ce rendez-vous ? Pour cela, il y a les luttes, bien sûr, et l’art ne saurait les remplacer. Et il y a ce que le théâtre peut, à sa façon, pour les luttes. Gatti investit cette aire de jeu, composée de corps, de voix, de mots, de langages.

M-J.S. : L’écriture dramaturgique de Gatti semble difficilement transposable sur un plateau…

O.N. : L’œuvre de Gatti n’a jamais cessé de lancer des défis à la scène. Il refuse d’écrire en fonction de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas. Tout est possible et surtout l’impossible. C’est au théâtre de se débrouiller pour trouver des formes scéniques hospitalières à l’écriture. À ce titre, il est au plus près de certaines expériences des avant-gardes du XXe siècle. Comme si, à ses yeux, le théâtre en était encore à sa préhistoire. C’est un point récurrent, presque de méthode, chez Gatti : ne jamais se satisfaire de ce qui a été concédé. Vouloir plus encore, élargir, conquérir d’autres ampleurs, changer d’échelle. Cela a des conséquences politiques : dans les années 1980, on a tant reproché aux militants politiques d’avoir voulu changer le monde. On a ricané : l’histoire ne se change pas. Gatti admet l’échec. Mais il ne l’associe pas à la même cause. Si l’on a échoué, c’est non d’avoir visé trop grand, mais d’avoir encore manqué d’ambition ! La révolution nécessite, à la façon d’un Blanqui, de formuler quelques hypothèses cosmiques.

M-J.S. : On en revient à l’utopie, à l’idée, la nécessité d’un théâtre politique…

O.N. : Le théâtre-utopie me permet de désigner une veine souvent négligée dans l’histoire du théâtre politique. On a beaucoup insisté, et légitimement, sur la force du théâtre réaliste avec, par exemple, l’œuvre majeure de Brecht. Je crois qu’il y a une autre voie, moins reconnue, probablement plus hétérodoxe, qui peut regrouper des artistes aussi éloignés que Jean Genet ou Armand Gatti et qui considère que la scène n’est pas tant l’espace d’une représentation critique de la réalité que l’expérience d’une utopie. Chez Genet, c’est écrire des œuvres si fortes qu’elles « illuminent » le monde des morts. Chez Gatti, c’est refuser aux vainqueurs l’éternité de leur victoire. C’est leur contester le « dernier mot » de l’histoire.

M-J.S. : Peut-on caractériser le théâtre de Gatti ?

O.N. : Oui et non. Non car il a convoqué tant de genres que son théâtre est impossible à stabiliser dans une forme fixe et reproductible. Mais, oui, cette œuvre témoigne du projet inlassable d’agrandir le théâtre à l’égal de la vie, de lui donner des dimensions démesurées, de rendre justice à l’invraisemblable, de traverser tous les langages, avec, pour s’y aventurer, la « parole errante » et pour horizon la quête du « mot juste ». Gatti n’invente pas des formes par plaisir d’esthète mais, au contact des batailles du siècle, il cherche à produire d’autres représentations de la réalité que celles qui nous sont imposées. À ce titre, ce théâtre peut être une source d’inspiration puissante pour celles et ceux qui viennent buter, à leur tour, sur l’apparente contradiction qu’il y a à inviter, dans l’espace délimité du théâtre, l’immensité de ce qui s’est pensé, de ce qui a été essayé et de ce qui continue, aujourd’hui, à s’espérer. Propos recueillis par Marie-José Sirach

Armand Gatti, « Une œuvre du XXe siècle pour le XXIe siècle » : Le 12/07, 18h30. Rencontre avec Olivier Neveux, Catherine Boskowitz et David Lescot. Maison Jean Vilar, 8 Rue de Mons, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.59.64). Le livre d’Olivier Neveux a obtenu le prix du meilleur livre sur le théâtre décerné par le Syndicat de la critique.

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Gorki et Tchekhov, deux géants

Jusqu’au 21/07, au Petit Louvre d’Avignon (84), Alfredo Cañavate propose Gorki-Tchekhov 1900. Adaptée par Evelyne Loew, la correspondance entre deux géants de la littérature. Dans le Off du festival, Jean-Pierre Baudson et Patrick Donnay portent haut ces deux auteurs russes majeurs.

Ils surgissent dans un décor léger, symbolisant aussi bien le temps présent que les cernes d’un arbre centenaire décapité. Voilà deux bonshommes qui s’apprivoisent, ignorant tout l’un de l’autre, ou presque. Avant d’entamer une amitié qui durera quelques années, jusqu’à la fin prématurée de l’un d’eux, en 1904. Tel est le fil conducteur suivi par Evelyne Loew qui signe l’adaptation de la correspondance assidue qui lia Anton Tchekhov et Maxime Gorki. La traduction est de Jean Pérus. Ces deux géants de la littérature russe, reconnus mondialement, n’ont pas toujours été fêtés ni appréciés à leur juste valeur. Ce sont leurs parcours, leurs évolutions et questionnements qui traversent leurs échanges le plus souvent épistolaires, que font vivre Jean-Pierre Baudson et Patrick Donnay, deux comédiens qui ont travaillé ensemble pendant une trentaine d’années au Théâtre national de Bruxelles. Accompagnés ici par un vieux complice qui les met en scène : Alfredo Cañavate.

Gorki-Tchekhov 1900, dans cette version qui a connu un beau succès sur les scènes de Belgique dès sa création en 2002, n’avait jamais été présenté en France. Voilà une injustice réparée. « Leurs échanges nous parlent encore aujourd’hui, car ils se déroulent à la charnière de deux siècles (…) leurs questions ne sont pas forcément les nôtres, mais elles les rejoignent », souligne Alfredo Cañavate. Les deux comédiens avec beaucoup de sensibilité et de finesse donnent donc la parole à des écrivains passionnés. L’un Gorki, débutant dans l’écriture et l’autre Tchekhov, ayant fait le plus grand chemin de son existence. Les deux sont à l’avant-garde de la création. Sans être suivis forcément par leurs contemporains. Ainsi La Mouette, l’un des textes de Tchekhov aujourd’hui parmi les plus connus, fut un échec public lors de sa création en 1896.

Cette correspondance évoque le besoin vital de se confronter à l’écriture, et incidemment à la vie familiale, l’actualité sociale voire politique : 1917 n’est pas très loin. Sur la fin de sa vie, Tchekhov (il meurt à 44 ans) se rapproche de la gauche russe, sans prendre parti franchement. Gorki, lui, fut un temps proche de Lénine, et plus tard soutenu par Staline, jusqu’à une mésentente trouble. L’auteur des Bas-fonds, pièce interdite par la censure avant de tourner au triomphe sur les scènes de Russie, meurt d’une pneumonie suspecte le 18 juin 1936. Cette correspondance, remarquablement portée au théâtre avec Gorki-Tchekhov 1900, est un moment délicat et brillant. Gérald Rossi

Gorki-Tchekhov 1900, Alfredo Cañavate : Jusqu’au 21/07, 15h35. Le Petit Louvre (Chapelle des Templiers), 23 rue Saint-Agricol, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.76.02.79).

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Ralite, l’amoureux du théâtre

Les 14-15 et 16/07, à la Maison Jean Vilar d’Avignon (84), Christian Gonon propose La pensée, la poésie et le politique. Paroles, écrits et convictions de Jack Ralite, l’amoureux du théâtre et de la poésie. Un « seul en scène » d’après les entretiens réalisés par Karelle Ménine avec l’ancien élu et ministre communiste, une pensée d’une vitalité salutaire et d’une actualité brûlante.

Il aurait été heureux, l’ami Ralite. Lui qui fréquentait sans relâche les salles de théâtre, se rendait au Festival d’Avignon – on entend dans la salle les cigales et les bruissements d’ailes des martinets -, toujours curieux de voir des spectacles, bien sûr, mais aussi de rencontrer et dialoguer avec les artistes, les comédiens, les metteurs en scène qu’il croisait dans les ruelles mal pavées d’Avignon, de rester des heures durant à l’annexe de la BNF de la Maison Jean Vilar, où il lisait et relisait des ouvrages de théâtre, d’histoire, de poésie, noircissant des pages de notes qui s’entassaient dans sa fidèle sacoche de cuir noir.

« Il nous manque, Ralite »

Il aurait été heureux, Ralite. Cela fera six ans le 12 novembre prochain qu’il est mort. Sa disparition a créé un manque. Combien d’artistes, d’intellectuels, de médecins, de chercheurs le disent : « Il nous manque, Ralite. » Il nous manque mais ses discours, ses prises de parole constituent un héritage précieux : ses multiples interventions au Sénat, à l’Assemblée nationale, à Aubervilliers, aux états généraux, au comité central du PCF comme on disait alors. Tout comme ses entretiens ou ses tribunes parus, ici et là, dans la presse. Le spectacle conçu et interprété par Christian Gonon, 517ᵉ sociétaire de la Comédie-Française, a été imaginé à partir du livre d’entretiens réalisés par Karelle Ménine, La pensée, la poésie et le politique (Dialogue avec Jack Ralite), publié aux Solitaires intempestifs.

 « Comment dirais-je… » Ainsi commence le spectacle, par cette politesse de langage dont Ralite usait sans en abuser et qui annonçait une idée, un argument, une pensée. Un signe annonciateur pour susciter chez son interlocuteur l’attention mais surtout la concentration. Alors Ralite, tel le peintre sur le motif, dessinait à voix haute les contours d’une réflexion en mouvement, aux aguets. Le découpage opéré par Christian Gonon, son parti pris, principalement axé sur les rapports que Ralite entretenait avec les poètes, les artistes ou les présidents de la République, à qui il écrivait de longues lettres pour plaider, d’une plume courtoise mais ferme, la cause des artistes, ce parti pris, donc, donne toute la mesure de la personnalité de Ralite. Un homme politique d’envergure qui avait une haute idée de la politique et constatait la dérive – ce glissement sémantique – où le mot « politicien » s’est substitué insidieusement au mot « politique ».

L’acteur évite l’écueil du biopic

Seul en scène, une petite table recouverte de feuilles éparses, une simple lampe et une chaise pour tout accessoire, Gonon donne une amplitude intérieure à son « personnage ». En réajustant sa cravate, en tripotant ses lunettes ou en consultant fiévreusement des notes prises sur des bouts de papier, l’acteur évite l’écueil du biopic et parvient à glisser quelques signes comme autant de preuves d’existence. Christian Gonon recrée des instantanés de vie, parsemant le spectacle de réflexions, d’indignations devant l’assèchement des politiques culturelles joyeusement mêlées à des souvenirs d’enfance, à son admiration pour Robespierre l’Incorruptible, à ses premières émotions au théâtre, à son adhésion « au parti », à ses désaccords critiques et sa fidélité à l’idéal communiste, jusqu’à évoquer ses complicités affectives avec Rimbaud, Baudelaire, Vilar, Vitez, Hugo, Aragon, Picasso, René Char, Bernard Noël, Julien Gracq…

On entend soudain l’Affiche rouge

Aragon occupe une place importante, particulière dans le spectacle. Il était, disait Ralite, un « camarade de briganderie culturelle, mais aussi de lucidité politique ». On entend soudain l’Affiche rouge, dit sobrement, sans effet de manche. Mais aussi Étranges étrangers de ce même Prévert qui avait écrit les Enfants d’Aubervilliers, ces « gentils enfants des prolétaires/Gentils enfants de la misère/Gentils enfants du monde entier/Gentils enfants d’Aubervilliers ». Ralite était né à Châlons-sur-Marne mais il était devenu un de ces enfants d’Aubervilliers, à jamais.

 « Je cite souvent les poètes parce qu’ils m’ont éclairé. Je me dis que puisqu’ils m’ont éclairé, ils peuvent en éclairer d’autres. Un politique qui se prive de cela mutile sa pratique », disait-il encore. Lorsque tous les acteurs de la troupe forment un chœur sonore où les voix s’entrechoquent pour lire cette fameuse adresse au président de la République, on mesure combien toute la pensée de Ralite demeure d’une vitalité et d’une actualité brûlantes. Marie-José Sirach, Photos Christophe Raynaud de Lage

La pensée, la poésie et le politique, Christian Gonon : les 14-15 et 16/07, 15h. Maison Jean Vilar, 8 Rue de Mons, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.59.64).

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Jeanne Balibar, magistrale Quichotta !

Jusqu’au 20/07, au Jardin de la rue Mons en Avignon (84), Gwenaël Morin s’empare du roman de Cervantès, Don Quichotte. Pour nous rappeler que, face à l’obscurantisme et aux autodafés, hommes et femmes peuvent renverser les moulins à vent, changer le monde, le transformer. Avec Jeanne Balibar, magistrale, dans le rôle-titre.

Qu’il est difficile de se concentrer ces jours, on ne pense qu’à ça ! Aux élections, aux menaces qui pèsent sur nos libertés, sur celles des artistes. Dans la nuit du 1er juillet, les locaux de la CGT d’Avignon et de l’association LGBTQ+ ont été tagués d’une croix celtique. Il nous faut être imaginatifs, unis face à la barbarie, aussi nous faut-il parler de Don Quichotte. Parce que les rêves d’un monde plus beau, plus juste, plus libre, ces rêves nés dans la tête d’un des écrivains les plus fabuleux de son temps, sont plus que jamais utiles et nécessaires. Face à l’obscurantisme et aux autodafés, face à la brutalité du monde, Don Quichotte nous rappelle que les hommes et les femmes peuvent renverser les moulins à vent, changer le monde, le transformer.

Dans le jardin de la rue Mons, l’aire de jeu est vide. Un sol poussiéreux, deux platanes. Dans un coin, à l’abri des regards, de vieilles tables, un piano posé à la va-comme-je-te-pousse, au fond, la silhouette sombre de la Maison Jean Vilar veille… C’est Jeanne Balibar qui incarne Don Quichotte. Facétieuse, têtue, revêtue d’une armure et d’un heaume en carton, brandissant à tout vent lance et épée en bois, elle s’élance à l’assaut des injustices, repoussant les hauts murs qui cernent le jardin jusqu’à nous emporter non loin de Toboso, dans cette Mancha aride et désertique. Parce que ses rêves sont plus beaux, plus forts que la réalité. Et malgré les coups qui pleuvent, les moqueries, la cruauté, la lâcheté, « Doña Quichotta » se relève, encore et encore. Jeanne Balibar incarne la fragilité, la force et le courage. Elle porte avec intensité cette partition cousue main. Tour à tour pétillante et spirituelle, avec une foi – païenne – inébranlable, elle nous fait éprouver la puissance du théâtre.

« Dans une bourgade de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler le nom… », ainsi commence cette variation don quichottesque imaginée par Gwenaël Morin. Projet chimérique, utopiste, projet aussi fou et joyeux que celui de notre chevalier à la triste figure… Gwenaël Morin s’est engouffré dans ce récit vertigineux avec gourmandise. Marie-Noëlle joue la narratrice et Rossinante, le cheval de Don Quichotte. Elle ne cesse de trébucher sur les mots, mais aussi sur ce sol cabossé. Tout au long du spectacle, elle va jongler sur cette ambiguïté, somme toute très cervantine, du dédoublement permanent, du dedans/dehors, de cette mise en abîme du récit dans le récit, du théâtre dans le théâtre. C’est aujourd’hui banal, Cervantès fut le premier à s’émanciper des codes narratifs en vigueur (et de rigueur), provoquant la naissance du roman moderne. Comme le narrateur officiel du Quichotte, qui s’adresse, par un tour de passe-passe directement aux lecteurs, Marie-Noëlle, avec la complicité de Thierry Dupont et Léo Martin, prendra à témoin les spectateurs tout au long de la représentation. Nous sommes même invités à faire battre les ailes des géants…

Artiste complice du Festival pour quatre années, l’an passé Gwenaël Morin avait mis en scène un Songe d’une nuit d’été de Shakespeare des plus truculents. Par sa mise en scène, son découpage comme son montage tout en subtilité, il donne à voir et à entendre la quintessence du roman de Cervantès. C’est du théâtre de tréteaux, du théâtre estampillé arte povera, du théâtre qui privilégie le jeu, le plaisir, sous toutes ses coutures. Il y a de la générosité dans l’air, on aime que ce spectacle nous emporte dans son sillage. Et n’oublions pas, Don Quichotte est si libre, qu’il finit par échapper à son auteur… Marie-José Sirach

Quichotte, Gwenaël Morin d’après Miguel de Cervantès : Jusqu’au 20/07, à 22h00. Jardin de la rue Mons – Maison Jean Vilar, rue de Mons, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.14.14.14). Le spectacle sera en tournée à partir de septembre jusqu’en avril 2025 (Annecy, Paris, Chambéry, Martigues, Saint-Gervais (Suisse), Mulhouse, Lausanne (Suisse), Toulouse, La Rochelle et Aix-en-Provence…).

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Émile et Delphine

Jusqu’au 21/07, au Théâtre 11* d’Avignon (84), Arnaud Aldigé propose Il n’y a pas de Ajar. Une partition écrite par Delphine Horvilleur, rabbin de son état, sur la double figure Romain Gary/Émile Ajar. Un objet théâtral étincelant d’intelligence.

Avec, à ce jour, 110 représentations au compteur, Il n’y a pas de Ajar devrait intégrer le Livre des records. Un tel succès perpétué, c’est justice. On est rarement en présence d’un objet théâtral aussi étincelant d’intelligence, conçu et concrétisé haut la main par une conjuration de talents. Il y a la partition écrite par Delphine Horvilleur, rabbin singulier de son état. Au sein de l’association Judaïsme en mouvement, elle explore sans répit la Bible et le Talmud à la cantonade. À partir de la figure duplice d’Émile Ajar, qui permit à Romain Gary de récolter, sous ce patronyme d’invention, un second prix Goncourt clandestin avec la Vie devant soi, elle a composé un monologue d’une époustouflante virtuosité langagière et philosophique. Elle imagine que peut exister – ou prétendre être – un fils présumé d’Émile Ajar vivant dans un trou ! Cet Abraham Ajar va passer, sous nos yeux, grâce à l’actrice Johanna Nizard (cosignataire de la mise en scène avec Arnaud Aldigé) par les vertiges d’une identité protéiforme, tantôt garçon plutôt mal élevé, tantôt cagole intempestive, tantôt déité à la Gustave Moreau (du moins vois-je ainsi, à la hussarde, ces métamorphoses).

Au passage, sous le sceau d’un humour impavide, libérateur, c’est toute velléité d’identité monocorde qui est balayée. Les religions révélées, citées à comparaître, n’assignent-elles pas à chacun la faculté d’être immuable ? « Monologue contre l’identité », affirme avec force Delphine Horvilleur qui n’a pas froid aux yeux, en un élan proprement politique, voire prophétique. Johanna Nizard s’avance souveraine, dans ce conte moral résolument moderne, changeant de voix et d’apparence en un clin d’œil, distillant tous les sucs d’une partition spirituelle, qu’elle incarne en dibbouk bienfaisant.

C’est d’ailleurs tout un fond merveilleux de culture et de littérature juives qui surgit à tout moment, au cœur de ce soliloque proféré avec art, les yeux dans les yeux du public, en un constant rapport de connivence éclairée. Il en est ainsi d’instants rares où les virtualités du théâtre retrouvent, par éclairs, le bien-fondé irréfutable d’une pratique sociale digne de ce nom au plus haut prix. On est aussi l’enfant des livres qu’on lit, nous rappelle Delphine Horvilleur, à toutes fins utiles. Ne naît-on pas aussi du théâtre qu’on voit ? Jean-Pierre Léonardini

Il n’y a pas de Ajar, Arnaud Aldigé et Johanna Nizard : Jusqu’au 21/07, à 17h15 (relâche les 8 et 15/07). Théâtre le 11* Avignon, 11 boulevard Raspail, 84 000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10). Reprise du 23 au 28/09 aux Plateaux sauvages (75), en décembre à l’espace Cardin (75). Le texte est paru chez Grasset.

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Stéphanie Tesson, en pleine tempête

Jusqu’au 13/07, au Théâtre de Poche (75), Stéphanie Tesson propose La tempête. La pièce de William Shakespeare, écrite il y a plus de 400 ans, et toujours à l’affiche de nombreux théâtres… Une Tempête rafraîchissante, entre légèreté et spontanéité.

À la toute fin de cette pièce de William Shakespeare, donnée pour la première fois en 1611, Prospero demande au public de frapper dans ses mains. Ainsi, les applaudissements permettent au duc de Milan de dissiper pour toujours les pouvoirs magiques qu’il possédait, redevenant alors un simple mortel. Au petit jour, il reprendra la mer sur des flots apaisés pour rejoindre son pays. La Tempête est l’une des comédies les plus connues de l’auteur considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands dramaturges de langue anglaise. Avec à son actif 39 pièces comme Le songe d’une nuit d’été, Hamlet ou encore Beaucoup de bruit pour rien, des sonnets et des poèmes.

L’histoire, pour résumer, est la suivante. Voilà douze années, Prospero, régnant sur le duché de Milan, a été chassé du trône par son frère Antonio. Le souverain déchu est alors exilé sur une île lointaine, avec sa fille Miranda, âgée de trois ans. Le voyage aurait pu les conduire à la mort, si un certain Gonzalo, conseiller du roi de Naples, ne leur avait pas fourni des vivres, des livres et des vêtements… Débarquant sur une île où vivent quelques démons, Propéro poursuit ses expériences scientifiques avec l’aide d’un esprit volatil, Ariel. Ce dernier, libéré du tronc d’un arbre où il avait été enfermé par feue la sorcière Sycorax, entre à son service. L’envouteuse laissa aussi sur place un rejeton, Caliban, sorte de monstre aux petits pieds, désormais contraint de travailler pour Prospero.

Simplicité et spontanéité, élégance et légèreté

Stéphanie Tesson, qui a pris la succession de son père à la direction du Poche Montparnasse, a traduit et mis en scène cette « Tempête », assistée par Elsa Goulley. « Notre mot d’ordre est la simplicité et la spontanéité » dit-elle, justifiant l’absence de décor, si ce n’est un ciel vaguement nuageux. L’essentiel repose en effet sur l’interprétation de cette histoire fantastique, magique et drôle. Pierre Val est un imposant et malicieux Prospero, avec Marguerite Danguy des Déserts en Ariel. Quentin Kelberine et Aurélien Palmer se partagent plusieurs rôles pendant que Gérard Bonnet prête sa voix à l’aventure. Sans oublier Jean Dudant qui est dans un même mouvement Miranda et Antonio, le roi de Naples. Avec juste un modeste changement de costume selon le personnage, le jeune comédien réussit ce tour de force avec élégance et légèreté.

Créée en juin dernier à Versailles, lors du 28e « Mois Molière », cette Tempête rafraîchissante bénéficie aussi des arrangements musicaux signés Emmanuelle Huteau. Avec des airs connus comme le célébrissime « What power art thou, king Arthur » de Henry Purcell. Elle est à l’affiche du Poche jusqu’à mi-juillet. Elle y reviendra à compter du 29/08. Histoire de prendre le large en méditant sur ces vers : « certains ont été repêchés par le destin pour jouer une pièce, dont le passé est le prologue, et dont la suite nous appartient ». Gérald Rossi

La tempête, Stéphanie Tesson : Jusqu’au 13/07, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.50.21).

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