Au théâtre des Barriques, en Avignon (84), Julie Autissier et Raphaël Callandreau présentent Une censure sachant chanter. Un duo chansonnier et libertaire, à la bonne franquette, pour un répertoire coquin ou politiquement incorrect. De Montéhus à Boris Vian, en passant par Nique Ta Mère, Serge Gainsbourg etOrelsan…
Une représentante de la Ville vient annoncer que le spectacle est annulé. Heureusement, il n’en sera rien, car la voilà embarquée par un quidam planqué dans le public, dans un tour de chant des plus osés. Ce scénario fictif est prétexte à revisiter les riches heures de la chanson française en ce qu’elles ont de libertaires et libertines. Après le succès de J’ai mangé du Jacques, où ils exploraient le répertoire de prénommés Jacques (Brel, Higelin, Dutronc, etc.), Julie Autissier et Raphaël Callandreau remettent le couvert. Ils nous invitent à partager leur goût immodéré pour la provocation. Entre sérieux et comédie, ils entonnent Une censure sachant chanter, une trentaine de titres, de styles et d’époques variés, réarrangés par Raphael Callandreau. Ce dernier accompagne au piano sa partenaire, tout aussi bonne musicienne que lui.
Autres temps, autres mœurs
Ils nous font constater que ce qui était choquant hier ne l’est plus aujourd’hui. Elles nous semblent délicieusement désuètes, ces strophes des Jolies Colonies de vacances de Pierre Perret qui ont fait hurler Yvonne de Gaulle, au point de vouloir les interdire : « Hier, j’ai glissé de sur une chaise/ En f’sant pipi dans le lavabo/ J’ai l’ menton en guidon d’ vélo/ Et trois canines au Père Lachaise ». En revanche, Le Gorille de Georges Brassens et Comprend qui peut de Bobbie Lapointe n’ont pas perdu de leur esprit paillard, que souligne malicieusement les duettistes.
Il est amusant de mesurer à quel point la liberté des mœurs a fait du chemin depuis les années 1970. En partie grâce à des auteurs comme Boris Vian (Fais moi mal, Johnny), Milène Farmer (Libertine) ou Robert Niel et Gabrielle Vervaecke (Déshabillez moi, immortalisé par Juliette Gréco). Et l’on rit d’entendre que « Jésus Christ est un hippie », selon Eddie Vartan et Philippe Labro ! Mais l’interdiction des Versets Sataniques de Salman Rushdie et l’assassinat de Samuel Paty sont encore dans tous les esprits.
Si aujourd’hui il n’existe plus dans notre pays de censure au sens strict du terme, la liberté d’expression reste un droit fragile, toujours à défendre, surtout dans le domaine politique. Dans le contexte actuel, des titres nous parlent encore, tels Le Déserteur de Boris Vian, La Grève des mères de Montéhus, La Chanson de Craonne entonnée par les poilus après l’échec et les terribles pertes de l’offensive du Chemin des Dames menée par le général Nivelle en avril 1917. Cette anthologie répond au rôle que s’assignent les deux compères, sous couvert de cabaret : « Revendiquer plus que jamais la possibilité de porter haut les voix contestataires, celles qui ne suivent pas les lignes imposées ». Alors, on se surprend à vouloir entonner certains airs avec eux. Mireille Davidovici, photos La voix du poulpe
Une censure sachant chanter, Julie Autissier/Raphaël Callandreau : jusqu’au 25/07, 16h50 sauf le mercredi. Théâtre des Barriques, 8 rue Ledru Rollin, 84000 Avignon (Tél. : 04.13.66.36.52).
Au théâtre Le 11 d’Avignon (84), Antoine Colnot et Anne Rehbinderprésente Antigone des supermarchés. De rêves en désillusions, le parcours d’une comédienne qui se heurte aux réalités sociales. Et femme, aux préjugés sexistes. Entre humour et émotion, une belle interprétation d’Anne Jeanvoine, un témoignage fort.
Ni décor imposant ni lumières scintillantes qui masquent bien souvent la vacuité du propos dans nombre de spectacles contemporains, une simple chaise en cœur de scène… Détendue, sans complexe, face au public la femme l’affirme en préambule : j’ai besoin de me savoir aimée, je vous aime ! Une déclaration d’amour qui résonne étrangement pour la comédienne qui a toujours rêvé d’interpréter les grands rôles, « de porter les textes du répertoire, d’être choisie par de grands metteurs en scène ». Pas forcément Phèdre, surtout l’Antigone de Sophocle, la femme libre par excellence. Pour parvenir à ses fins, elle a suivi les cours du conservatoire, elle qui songeait d’abord, enfant, à devenir danseuse étoile. La vie réserve bien des surprises. Son premier engagement ? De la figuration, une présence muette sur les planches… À défaut de briller sous les projecteurs, toujours dans l’espoir de la consécration, elle assumera bien des petits métiers, bien des emplois précaires. Il faut bien payer le loyer et remplir le frigidaire.
Jusqu’à cet emploi de mascotte, l’Antigone des supermarchés, un contrat qu’elle ne peut refuser et qu’elle signera à répétition pour diverses enseignes… Toujours silencieuse et aux seuls gestes saccadés en qualité d’interprétation, transpirant sous le costume et dans l’anonymat, pourtant heureuse et fière de sa prestation lorsque les enfants tout sourire réclament une photo ! Un rôle au plus bas de l’échelle dans la reconnaissance du métier, méprisé dans les yeux de ses pairs. Une négation professionnelle difficile à assumer, encore plus lorsqu’elle se sent incomprise, voire exclue par la famille et d’aucuns, en raison de sa vie aux amours féminins. Non sans humour, entre rejet et dépression, Anne Jeanvoine témoigne, avec franchise et tendresse, de la difficulté d’être entre rêves et réalité, statut et identité. Avec cette question existentielle : comment faire place à la singularité de chacune et chacun dans la société, au travail ? Une réponse, peut-être : aimer, s’aimer, être aimé. Yonnel Liégeois, photos Antoine Colnot
Antigone des supermarchés, Anne Jeanvoine : jusqu’au 23/07, tous les jours à18h40 sauf le vendredi.le lundi à 19h15, le mardi à 21h15 et le dimanche à 17h30.Théâtre Le 11, 11 boulevard Raspail, 84000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10).
À l’Arrache-Coeur d’Avignon (84), Isabelle Starkier présente Ubu Président. Une adaptation du chef d’œuvre d’Alfred Jarry, signée Mohamed Kacimi. Deux chômeurs patentés, père et mère Ubu, rêvent devant le frigo vide : gagner l’élection présidentielle.
Père Ubu, imaginé dès 1896 par l’écrivain facétieux Alfred Jarry, était dès ses origines obscures à la fois capitaine de dragons, comte de Sandormir, roi de Pologne, docteur en pataphysique, grand maître de l’ordre de la Gidouille, etc. Désormais, sous la plume de l’écrivain et dramaturge Mohamed Kacimi, qui adapte l’œuvre célébrissime, Ubu veut devenir Président. Le drame, c’est qu’il est élu ! Pour cette nouvelle version, la mise en scène est d’Isabelle Starkier, les musiques signées Alain Territo. Ubu Président est devenu une désopilante comédie musicale. Avec Stéphane Miquel, dans la peau grasse du père Ubu, parfait dans ce rôle de grand guignol effrayant. Clara Starkier est une mère Ubu d’une belle sottise, qui roucoule d’amour pour son débile d’époux. Les musiciens comédiens Stéphane Barriere, Michelle Brûlé et Virgile Vaugelade sont autant à l’aise instruments en main que lorsqu’ils chantent ou jouent la comédie.
Mohamed Kacimi a frappé juste. Père Ubu est un beau parleur, qui éructe, harangue des foules avec une démagogie fantastique et n’a qu’un seul et unique but : capter pour lui et ses amis, mais en vérité surtout pour lui, toutes les richesses de la nation. Si l’on efface un peu, juste un peu, la farce, l’image de personnages actuels se matérialise sans la moindre erreur possible. Donald Trump par exemple… Passer de chômeur professionnel à locataire du palais présidentiel ne pose aucun cas de conscience à Ubu. Du moment qu’il y a du fric à faire. Les pauvres seront toujours plus fauchés ? Qu’importe à ces personnages qui flirtent avec les idéologies les plus nauséabondes. Voilà « une réflexion sur les enjeux mondiaux contemporains tout en redécouvrant ce classique de la littérature française », pointe l’auteur.
Le langage vert de père et mère Ubu est conservé, juste un peu modernisé. Leur « risible et terrifiante » ascension sociale mériterait presque que l’on précise dans le programme que « toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé… ». Gérald Rossi, photos Elie Benzekri
Ubu président, Isabelle Starkier : jusqu’au 25/07, tous les jours à 13h sauf les mercredi. Théâtre de l’Arrache-Coeur, 13-15 rue du 58° Régiment d’Infanterie, 84 000 Avignon (Tél. : 09.85.09.97.42).
« Ubu c’est l’emblème du tyran, mais d’un tyran ridicule, pathétique, comme notre 21ème siècle sait en produire à la pelle – à tarte ! C’est celui devant lequel on hésite entre rire et pleurer, celui qui n’a plus même l’air vrai : un dictateur en carton-pâte maquillé sous les oripeaux populistes de la démocratie ».Isabelle Starkier, metteure en scène
« J’ai conçu cette pièce comme un cri d’alarme. À travers les aventures grotesques d’Ubu, je veux montrer comment la démocratie peut basculer, d’un moment à l’autre, dans l’absurde et la violence quand la démagogie l’emporte sur la raison. C’est l’ambition que je porte avec cet Ubu : faire du rire une arme contre l’obscurantisme, rappeler que l’art reste un des derniers remparts contre la folie des hommes ».Mohamed Kacimi, auteur
Au théâtre des Lucioles, en Avignon (84), Jean-Philippe Daguerre présente La fleur au fusil. Le 25/04/1974, au Portugal, une révolution pacifique renverse la plus longue dictature d’Europe : un œillet victorieux du régime de Salazar, maître du pays durant plus de 40 ans ! Un « seul en scène » de Lionel Cecilio, émouvant et captivant.
Sur les planches du théâtre des Lucioles, s’y jouent divers spectacles de bon aloi ! Tel celui écrit et interprété par Lionel Cecilio, une Fleur au fusil mise en scène par Jean-Philippe Daguerre, récent lauréat des Molières… Avec humour et tendresse, le garçon égrène les souvenirs de sa grand-mère Céleste, fuyant en France le régime de Salazar. Durant des décennies, toute une jeunesse fut muselée, brisée, torturée sous le joug d’une dictature agonisante enfin en 1974. Sans un coup de fusil, sinon ceux de la liesse populaire, l’œillet au canon et à la boutonnière !
Il témoigne d’une puissante tendresse envers sa grand-mère. Lui qui doute de son avenir, ne semble pas trop quoi faire de son existence, il va trouver compréhension et force de vie auprès de Céleste. Qui a traversé bien des galères, supporté moult tourments et interdits sous le joug de Salazar, le despote portugais. Au point de devoir s’exiler, comme tant d’autres concitoyens, en France sa terre d’accueil… La jeunesse portugaise, en ce temps-là, est embringuée de force dans les guerres coloniales, au Mozambique et en Angola, la société est cadenassée, les opposants emprisonnés et torturés. La résistance s’organise, tant à Lisbonne qu’à Paris.
Du geste et de la voix, une chaise pour unique décor, seul en scène pour interpréter tous les personnages, Lionel Cecilio fait corps avec l’ancêtre bien aimée. Mêlant réparties en français et en portugais, illustrant son propos de musiques révolutionnaires et chants populaires, narrant les rapports entre Céleste et son frère Chico, ses liens avec Zé son amoureux et enrôlé de force dans l’armée. Un récit virevoltant, emprunt d’humour et d’émotion. À fleur de peau, à fleur de fusil… Jusqu’à l’impensable, l’extraordinaire : un peuple qui se soulève, une armée qui se rebelle pour abattre le pouvoir tyrannique. Un pan d’histoire vivante nous est offert, la démocratie en marche pour un bouquet de fleurs, la liberté et la fraternité. Un revigorant seul en scène, une épopée captivante et poétique, haute en couleurs et forte de fols espoirs en l’humanité retrouvée, à conquérir sous d’autres cieux. Yonnel Liégeois, photos Grégoire Matzneff
La fleur au fusil, Jean-Philippe Daguerre et Lionel Cecilio : jusqu’au 25/07, tous les jours à 17h40 sauf les mercredi. Théâtre des Lucioles, 10 rue du Rempart St Lazare, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.14.05.51).
Au théâtre des Doms, en Avignon (84), Ascanio Celestini propose Rumba, l’âne et le bœuf de la crèche de Saint François sur le parking du supermarché. Un texte de l’auteur italien superbement interprété par le belge David Murgia, qui prête voix aux paumés de la société.
Sur la scène du théâtre de La Joliette, jour de la création française à Marseille, un castelet cerné de deux rideaux rouges, pour tout décor une peinture minimaliste retraçant les grandes étapes de la vie de François, le saint d’Assise… Il fait nuit, le supermarché a fermé ses portes, le parking est désert. Deux hommes en ont pris possession, ils ont fomenté un court spectacle pour d’éventuels pèlerins que les bus de passage vont déverser là. En échange de quelques sous, de quoi régler le loyer et s’offrir un bon petit repas de Noël ! L’un est musicien, l’autre bonimenteur improvisé. Qui prévoit aujourd’hui de conter aux éventuels croyants, touristes, promeneurs et surtout spectateurs avignonnais, Théâtre des Doms, les grandes heures de la vie de François : pas l’homme embaumé et auréolé par la sainte mère l’Église, mais le brave gars issu d’une riche famille, devenu pauvre d’entre les pauvres, un va-nu-pieds qui embrasse les lépreux et dort à la belle étoile, même par grand froid. Au contraire de comme j’aime point fr, la réclame débile à la télé, la belle étoile, c’est sacrément important la belle étoile…
Presque une vie de clodo, comme celle de Joseph l’africain qui dort là sur le parking, pour l’heure seul spectateur ! Et David Murgia, l’époustouflant conteur et comédien belge, d’entamer alors sa folle et irrésistible Rumba, glissant bien vite de la vie du saint homme à celle de tous les déclassés et marginaux, riches pourtant de qualités blessées ou bafouées. Tel Job, le sympathique manutentionnaire de l’entrepôt, salarié embauché au noir : il ne sait ni lire ni écrire, à la demande du client il trouvera pourtant sans coup férir l’article désiré, à l’heure du déchargement des palettes il saura très exactement où ranger outils et ustensiles. Un pauvre type, penseront certains, un super pote en fait unanimement apprécié de ses collègues !
Un flot, un torrent de paroles soutenu par Philippe Orivel, son complice musicien au clavier et à l’accordéon pour raconter le monde des gens de peu, mal aimés et tous déclassés, le SDF ou les vieux, les exclus et paumés de la planète, même le raciste qui en veut à la gamine tzigane et voleuse qui fume son clope avec arrogance, alors qu’il est perclus de douleur après la mort de sa petite fille d’un cancer fulgurant. « C’est injuste », dit-il, répète-t-il. Tous ceux-là, même lui peut-être, méritent plus et mieux que le mépris ou le rejet : un regard, un sourire, un mot, un bonjour, un bon jour… Toutes et tous des étoiles, « comme celles dans le ciel, mais il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter, elles sont trop nombreuses et toutes éparpillées ».
Avec David Murgia, le verbe déferle en un courant impétueux, ininterrompu. Une cascade de mots et de maux prend visage sur les planches. Avec tendresse et émotion, force humour aussi… Aucun bus n’arrivera jusque là, aucun pèlerin n’en descendra, pourtant le parking du supermarché n’est pas désert. Il est noir de monde, habité de tous ces humains invisibilisés dont le comédien nous a brossé le portrait : immigrés, chômeurs, clochardisés, sans papiers, naufragés de la vie. Une charge explosive contre une société qui fabrique exclus et précaires. De l’humanité dignement partagée, tignasse en broussaille et godillot à la main, entre puissance poétique et satire politique. Yonnel Liégeois, photos Asblkukaracha
Rumba d’Ascanio Celestini, David Murgia et Philippe Orivel : jusqu’au 25/07, tous les jours à 19h45 sauf le mercredi. Théâtre des Doms, 1 bis rue des Escaliers Sainte-Anne, 84 000 Avignon (Tél. : 04.90.14.07.99).
Au théâtre Le 11 d’Avignon (84), Julie Timmerman présente L’art d’être mon père. Entre humour et sensibilité, une pièce légère interprétée par l’auteure. Le regard bienveillant d’une gamine sur un géniteur quelque peu dérangé.
Scénographie minimum : plateau nu, occupé par une unique chaise. Tout se passe ailleurs, dans les mots, dans le jeu. Bref, voilà du théâtre nature, bio, sans ingrédient chimique. Au centre de l’affaire, Julie Timmerman, autrice metteure en scène et comédienne qui interprète tous les rôles. Ainsi, elle est Zoé, gamine que l’on a déjà croisée dans sa précédente pièce, avec la bipolarité inquiétante du Pater familias. Elle est aussi les enfants de la classe de CM2, la prof de musique, celui d’EPS, etc. Et surtout, dans cet Art d’être mon père, elle est… le père !
Comédien sans rôle, adorable mais toujours aussi partagé en lui-même, le bonhomme se porte volontaire pour assurer la mise en scène du spectacle de fin d’année de l’école de Zoé. Ce sera la comédie musicale « Les misérables ». La directrice de l’établissement est aux anges, mais ça ne durera pas. Les enfants sont ravis mais ils se retrouvent perdus la nuit en forêt. Le spectacle aura pourtant lieu, et c’est un miracle ! Le public est considéré comme la classe. Il participe à l’action sans bouger, sans parler. Mais en riant souvent, parce que L’art d’être mon père est une pièce légère. Mais aussi sensible et subtile. Julie Timmerman y est remarquable, convaincante. Gérald Rossi
L’art d’être mon père, Julie Timmerman : jusqu’au 23/07, tous les jours à 10h15 sauf les vendredi.Théâtre Le 11, 11 boulevard Raspail, 84 000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10).
Au théâtre du Petit Chien d’Avignon (84), Jean-Paul Sermadiras présente L’intranquillité. L’adaptation du livre de Fernando Pessoa, avec Thierry Gibault et Olivier Ythier. Entre humour et dérision, les rêveries et délires poétiques d’un homme en proie au doute. Passionnant, déroutant, surprenant.
En fond de scène, un croissant de lune accroché à un rideau scintillant, les fumées commencent à obscurcir le plateau. Tels les frères Dupont des albums de Tintin, costume noire-chemise blanche et chapeau en tête, les deux compères font leur apparition. Traînant derrière eux, une lourde malle : coffre à trésors, cage à rêves, cercueil du futur ? L’un prend la parole, longuement, posément tandis que l’autre siège attentivement sur la caisse. Image forte et surprenante, double soliloque déroutant que cette Intranquillité : sur Dieu, la société, l’amour, le réel et nos illusions, nos rêves…
Comme égarés en notre monde, les protagonistes nous livrent d’étranges vérités et digressions, pensées et aphorismes. Sous l’œil averti du metteur en scène, des citations extraites du livre de l’écrivain portugais Fernando Pessoa (1888-1935), composé de moult feuillets rassemblés au lendemain de sa mort sous le titre Le livre de l’intranquillité. Un écrivain atypique, auteur sous divers pseudonymes et initiateur d’éphémères revues littéraires, qui publia peu de son vivant, hormis divers poèmes. « Ce n’est qu’après sa mort que l’on découvrit une malle dans laquelle il avait entreposé 30 000 feuillets », précise Jean-Paul Sermadiras, « son livre ne fut édité en portugais qu’en 1982, puis traduit en français dans les années 1990 ».
Doutes ou convictions, attentisme ou révolution, rêve ou réalité, vie et mort : au fil des notations de Fernando Pessoa que distillent Thierry Gibault et Olivier Ythier entre humour et sérieux, nous est révélée une pensée sur le monde où tous les repères, religieux-moraux-politiques-sentimentaux semblent avoir disparu. « Le Livre de l’intranquillité est le récit du désenchantement du monde », commente François Busnel, l’ancien animateur de la Grande librairie, « la chronique suprême de la dérision et de la sagesse mais aussi de l’affirmation que la vie n’est rien si l’art ne vient lui donner un sens ». Le rêve, la poésie…
Entre coupes de champagne et pas de danse quelque peu avinés, tels deux espèces de clowns métaphysiciens et péripatéticiens selon notre confrère Jean-Pierre Léonardini, Gibault et Ythier nous offrent une partition philosophique d’un bel acabit. Des propos de haute voltige sous les lampions, sans prise de tête, proches des interrogations de chacune et chacun. Yonnel Liégeois, photos Damien Journée
L’intranquillité, Jean-Paul Sermadiras : jusqu’au 25/07, tous les jours à 13h05 sauf les mardi. Le Petit chien, 76 rue Guillaume Puy, 84000 Avignon (Tél. : 04.84.51.07.48).
Au théâtre de la Scala Provence (84), Pierre Guillois présente Bigre. Molière de la comédie en 2017, la pièce fait son retour sur la scène avignonnaise. Sans paroles mais d’une imagination débridée, la saga décervelée de trois incongrus, égarés dans leur chambre de bonne.
Un petit gros, un grand échalas et une blonde voluptueuse, Bigre… Trois personnages incongrus, égarés dans leur chambre de bonne contigüe au dernier étage de leur immeuble ! Le premier, Olivier Martin-Salvan (en alternance avec Jonathan Pinto-Rocha ou Pierre Delage) squatte un logement glaciaire, tout de blanc comme sur la banquise islandaise. Où tout est réglé comme du papier à musique, lit et wc rétractables au bouton électronique, qui n’hésite pas parfois à dérober le paquet de gâteaux de son voisin… Celui-là au regard radicalement éthéré et à l’ébouriffée chevelure, Pierre Guillois (en alternance avec Bruno Fleury), vit dans un bordel monstre où rien ne se jette, tout se recycle. Le décor est planté, à peine le rideau levé, le public s’esclaffe déjà de rire aux premières apparitions, et bourdes qui s’enchaînent, de ce duo surgi du cinéma muet d’antan. De la musique, des sons venus d’ailleurs, un antique poste radio qui distille d’étranges messages : vue plongeante sur les trois pièces dont l’une encore inoccupée, les toits de Paris avec son ancestrale antenne télé, le ciel bleu et dégagé avant que la tempête ne survienne !
Sous l’apparence d’une charmante blonde plantureuse et savoureuse, Agathe L’Huillier (en alternance avec Éléonore Auzou-Connes ou Anne Cressent), qui débarque avec sa petite valise pour emménager la chambre d’à côté… Un choc, une surprise pour les deux garçons à la solitude ainsi brisée, tantôt charmés tantôt agacés par les allées et venues de l’arrivante, ses tenues et coiffures abracadabrantes, ses fâcheuses habitudes à faire parfois plus de bruit qu’il n’en faut. Il n’empêche, Cupidon volette d’un appart à l’autre, le maigre et le gros succombent, alternativement ou ensemble, aux attraits de la Vénus de quartier ! Ce qui n’est pas sans créer tensions, querelles, ruptures et réconciliations improbables. S’improvisant tantôt coiffeuse tantôt infirmière, osant tout mais compétente en rien, virevoltant du lit de l’un au hamac de l’autre, elle réussira seulement à griller la chevelure du gros et à libérer l’hémoglobine du maigre ! Un trio singulièrement décalé, totalement déjanté, à l’image des Gros patinent bienà l’affiche du festival international de théâtre de rue d’Aurillac (15).
Les gags s’enchaînent, à pleurer de rire et couper la respiration ! Une comédie inénarrable, tant les scènes ubuesques défilent à grande vitesse, de l’intérieur des trois appartements jusque sur les toits où flottent au vent les dessous de la dame, jusqu’au soupirail électronique qui engloutit son locataire. Sans paroles mais à l’imagination plus que foisonnante, un spectacle d’une sensible humanité derrière le rire ravageur. Les temps modernes de Charlie Chaplin revisités à la sulfureuse sauce Guillois, à ne pas manquer. Yonnel Liégeois, photos Fabienne Rappeneau
Bigre, Pierre Guillois : jusqu’au 25/07/26, 21h15, tous les jours sauf le lundi. Théâtre de la Scala Provence, 3 rue Pourquery de Boisserin, 84000 Avignon (Tél. : 04.65.00.00.90).
Au Théâtre des Halles, en Avignon (84), Faustine Noguès présente Psicofonia, silences d’Espagne. Au lendemain de la mort de Franco et au nom de la réconciliation, le gouvernement décrète l’amnistie générale. Fille de républicains espagnols, l’auteure et comédienne ravive le passé, donne visage et voix à une mémoire interdite. Un spectacle insolite, envoûtant et poignant.
Petit maillot rouge, couleur révolte et sang, visage tout à la fois grave et lumineux, Faustine Nogès invite d’emblée le public à se coiffer du casque audio à disposition sur leur siège. Pour un voyage peu banal dans les Silences d’Espagne, un retour dans le passé, une immersion totale entre paroles, musiques et sons… Nous mettons nos pas dans les siens, à la quête d’une histoire jusqu’alors tue et tuée, au plus profond de cavernes et ruines. Celles de Belchite, une ville totalement détruite pendant la Guerre d’Espagne, une ville martyre laissée en l’état comme Oradour-sur-Glane. Quand la comédienne fait silence, résonne alors dans les oreilles la « psicofonia », cette technique sonore qui fait resurgir des profondeurs les bruits et les ondes de ce lieu maudit. Alors est rompu le silence sur les atrocités commises durant la guerre civile, prélude aux horreurs de la seconde guerre mondiale. Au lendemain de la mort de Franco et au nom de la réconciliation, le gouvernement espagnol avait décrété en 1977 l’amnistie générale.
Depuis des générations, des combattants d’alors à la jeunesse d’aujourd’hui, le silence était de rigueur. Les anciens se font taiseux pour ne pas raviver les plaies, un secret mortifère qui devient traumatisme pour tous : la fille de républicains espagnols en fait l’amère expérience, comme tous les survivants et leurs enfants. « L’Espagne s’est construite sur un charnier contenant les corps de centaines de milliers de victimes de la répression franquiste », témoigne-t-elle. « Les cadavres réclament justice » à l’heure où la loi ouvre enfin la porte en 2022 aux jugements des crimes commis par les sbires du général Franco durant près de quarante ans.
Avec délicatesse et tendresse, entre humour et poésie, Faustine Noguès nous prend par la main et l’oreille (!) pour nous conter ses souvenirs d’enfance, les dialogues avec son grand-père, convoquant Federico García Lorca pour mêler l’intime à la grande histoire. L’enjeu ? Briser le silence, oser fouiller les fosses communes avec Esperanza pour « faire entrer le passé dans le champ de la mémoire et le regarder avec clarté ». Un spectacle d’une grande puissance évocatrice, d’une sidérante beauté, envoûtant, poignant. Yonnel Liégeois, photos Christophe Raynaud de Lage
Psicofonia, silences d’Espagne, Faustine Noguès : jusqu’au 25/07, tous les jours à 14h sauf le mercredi. Théâtre des Halles, 22 rue du Roi René, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.76.24.51).
Psicofonia, rompre le silence
Issue d’une famille de républicains espagnols, Faustine Noguès cherche à se réapproprier l’histoire de ses ancêtres, victimes de la répression franquiste. Elle se heurte à un phénomène troublant : une amnésie persistante l’empêche de retenir le moindre indice lié à ce passé. Face à cet empêchement intime, elle se lance dans une enquête sur le parcours mémoriel de la société espagnole et découvre un pays encore en lutte pour sortir du silence et de l’oubli.
En espagnol, le terme psicofonía désigne une pratique consistant à enregistrer le silence dans des lieux dits hantés afin d’en révéler les présences invisibles. Forte d’une expérience sonore immersive, Psicofonía fait surgir des fantômes espagnols, traces vivantes d’un passé qui ne passe pas. Entre fantaisie et prise de conscience politique, Faustine Noguès mène une quête personnelle et collective : retrouver une mémoire égarée et interroger la nécessité universelle de la transmission mémorielle.
Au théâtre du Chêne noir, en Avignon (84), Frédérique Lazarini présente L’école des femmes. Fraîche et séduisante, une mise en scène qui actualise admirablement le texte de Molière quand Agnès, encagée et sous l’œil des caméras de surveillance, conquiert amour et liberté. Un hymne, par excellence, à l’émancipation des femmes.
En ces temps où les droits des femmes sont encore plus et mieux à défendre et soutenir, la pièce de Molière est une flamboyante illustration des combats à mener pour la moitié de l’humanité, pour ce prétendu deuxième sexe qui depuis des millénaires a accouché le premier, ce deuxième sexe qui a accouché l’humanité : de tout temps, d’entre les cuisses d’une femme, l’homme est né !Une formidable École des femmes, une formidable mise en scène de Frédérique Lazarini.
C’est l’histoire d’une journée dans la demeure d’Arnolphe. Ce jour-là le tuteur décide d’épouser la jeune fille qu’il tient enfermée. Mais voilà que celle-ci se prend, depuis son balcon, à découvrir le monde… Ce jour sera aussi celui où la prisonnière, amoureuse, quittera son geôlier.
Certes, le petit chat est mort mais, de la bouche d’Agnès, la nouvelle n’émeut guère Arnolphe son tuteur, ravi bras dessus bras dessous de se promener avec celle qu’il encadre de son omnipotente autorité depuis de longues années. Ravi de voguer prochainement en justes noces, fier de se marier avec une très jeune fille éduquée à bien coudre et repriser, pas à réfléchir ni penser ! Le ton est donné, les dés sont pipés. Entre cage de verre et caméras de surveillance, nul doute dans la tête du quinquagénaire riche et arrogant, vicieux et malfaisant, il parachève l’éducation de la poulette en sa basse-cour.
Naïve peut-être la gamine, mais pas insensible aux vrais élans du cœur lorsque, sous ses fenêtres, son regard croise celui du jeune Horace. Le coup de foudre pas vraiment mais l’échange d’un sourire tendre et bienveillant, c’est peu mais déjà beaucoup, qui la bouscule dans sa torpeur et langueur, qui rompt l’ennui du quotidien, transgresse la fréquentation seule du maître de maison, despote absolu derrière ces écrans impudents qui scrute tous ses faits et gestes… Quand on a que l’amour, s’élève du plateau aux cintres la déclaration chansonnière de Jacques Brel, l’à-venir est possible, tout devient possible, rien d’impossible !
Géniale Frédérique Lazarini pour qui la vidéo n’est point accessoire de complaisance ni objet de coquetterie, mais véritablement partie prenante de l’action, magistrale Lazarini qui conduit sa troupe au meilleur de l’interprétation : du couple de gardiens sujet de risibles bévues ( Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer) à l’amoureux et désespéré Horace (Hugo Givort), du fringant mais cupide et jaloux Arnolphe (Cédric Colas) à la jeune et pétulante Agnès (sublime Sara Montpetit), sans omettre l’oncle Chrysalde lucide et plaisant (Guillaume Veyre)…
Les mots ne sont nullement galvaudés, c’est du grand art quand une œuvre du XVIIème siècle résonne avec autant de vérité, d’actualité et de modernité ! Le roi a beaucoup ri, dit-on, à la représentation de cette École des femmes, pas vraiment les courtisans et aristocrates qui voyaient leur modèle patriarcal voler en éclats. Le message est clair, voire révolutionnaire pour l’époque, presque inattendu de la part de Molière qui vient d’épouser Armande Béjart de vingt ans sa cadette : avant l’heure le message féministe par excellence, toute femme a libre choix de sa vie amoureuse et sexuelle, quel qu’il soit tout être humain ne s’épanouit pleinement qu’entre intelligence et liberté ! Un bonheur, mieux encore un roc, un cap, un pic de plaisir assumé et partagé. Yonnel Liégeois, photos Marion Duhamel
L’école des femmes, Frédérique Lazarini : jusqu’au 25/07, tous les jours sauf le lundi à 10h15. Théâtre du Chêne noir, 8 bis rue Sainte Catherine, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.58.11).
Jusqu’au 18/07, au Parc de la Villette (75), le Cabaret sauvage fait son Festival d’été. En compagnie de John Lénine et Sylvester Staline qui, voilà plus de dix ans, ont pris les commandes du Soviet Suprem. Armés de leur dernier manifeste Rouge, ils poursuivent leur tournée jusqu’à l’automne. Un putsch jubilatoire !
Le 09/07, le groupe Soviet Suprem nous livre dans son dernier album Rouge de nouvelles salves sacrément bien balancées, tant au niveau des paroles que de la musique. Aux manettes, on retrouve les créateurs aguerris que sont Toma Feterman de La Caravane Passe dans le rôle de John Lenine et le chanteur R.Wan du groupe Java (*) dans celui de Sylvester Staline. Parés de leurs uniformes et de leurs chapkas, ils œuvrent depuis une décennie, parodiant les clichés de l’ère soviétique à coup de jeux de mots, de musiques balkaniques, de rap et de rock. De nombreux artistes participent à leur opus, venus leur prêter main forte pour parfaire la révolution du dancefloor. Les langues se mêlent comme les rythmes, l’uchronie est festive et incisive. Si leur morceau Fashion Facho, en compagnie notamment de la chanteuse brésilienne Flavia Coelho,appelle à la danse, il se charge aussi de mitrailler « Des autocrates bien maquillés en Birkenstock/Des dictateurs du nouveau Reich en coton stretch/Des collabos décolletés en coton bio/Colonialiste en bikini carreaux Vichy ».
De même, On fait le putsch dans la joie et la bonne humeur : « Fils de putsch ni pute ni soumise/ Bienvenue chez l’chti Guevara d’la banquise/Un doigt d’Molotov dans l’cocktail d’entreprise ». Un soulèvement accompagné notamment de la rappeuse d’origine indienne Tracy De Sá. Le tempo se fait plus léger dans Pacifique avec la chanteuse Aurélie Saada et Mourad Musset, du groupe La Rue Ketanou. « J’passe pour un classique/Pacifique/J’passe pour un antique/Pacifique/Sur la mer de tranquillité/Flotte une question nostalgique » : un hymne à la paix qui débarque à point nommé. Au fil des onze titres de l’album, l’ironie blagueuse se déploie et ça fait un bien fou de bouger sur leur Bis trop qui nous offre un rappel endiablé : « Bis trop, mon bistrot, tout va de plus en plus vite sur le tempo/Tout joue de plus en plus fort, fortissimo ». Idem sur leur Hiphop Condrie qui raille les années : « J’ai le rap qui s’dilate/Le hip hop pas au top ». Sur scène, ils enflamment un public intergénérationnel comme en janvier au Trianon.
Leur spectacle est un puissant cocktail contre la morosité qu’ils distribuent en tournée jusqu’à l’automne 2026. Ne les manquez surtout pas ! Amélie Meffre, photos Tijana Pakic
Le festival d’été, Soviet Suprem : le 09/07, 20h. Le cabaret sauvage, Parc de la Villette, 59 Bd Macdonald, 75019 Paris (Tél. : 01.42.09.03.09). Toutes les infos sur :https://soviet-suprem.net
(*) R.Wan nous concocte Epure, un album solo qui sortira le 04/09. Quand au groupe Java qui excelle dans le « rap musette », il revient sur scène lors d’une tournée dès l’automne prochain avec le chanteur jamaïcain Winston MacAnuff.
Au théâtre du Lucernaire (75), Gwenhaël de Gouvello présente Les petites femmes de Maupassant. Conçu par Roger Défossez, un montage de plusieurs nouvelles de l’écrivain : sous les robes de dentelles au charme désuet, se nichent des secrets d’alcôves d’hier et d’aujourd’hui. Un souffle de vent frais pour tout l’été.
Avec Les Petites femmes de Maupassant, on découvre une face cachée de l’auteur, plus connu en coureur de jupons que comme « féministe » avant la lettre. Nous sommes en bord de mer dans la maison de Céleste, baronne de Grangerie et veuve épanouie (Alexandra Sarramona). Elle a convié sa meilleure amie, la gentille et avenante marquise Hortense de Renneton (Karine Pinoteau) à passer quelques jours sans hommes, ou plutôt loin d’eux : elles ne crachent pas sur la bagatelle, on le verra ! Débarque Coralie, la nièce de Céleste (Eurydice El-Er) nouvellement mariée, avide des conseils de sa tante. Se joint au trio une invitée surprise, la piquante Zoé Tambour, jeune comédienne à la gouaille communicative (Marie Grach). De son salon à la décoration surchargée, dans l’attente de ses convives, Céleste épie à la longue vue un peintre et son épouse invalide. Ses commentaires sur le couple, dont l’histoire a défrayé la chronique, donnent le ton. Entre cancans, anecdotes salaces et secrets d’alcôve qui s’échangeront au cours de la pièce.
Femmes en goguette
Comédien (étonnant Mr Smith dans La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco) et dramaturge, Roger Défossez (1932-2024) signa moult dramatiques radiophoniques et télévisées au cours de sa longue carrière, souvent adaptées de maitres de la littérature : Tchekhov, Gogol, Eugène Sue, Alexandre Dumas, Verlaine. On lui doit aussi une comédie musicale dédiée à Offenbach. Guy de Maupassant l’a particulièrement inspiré. Après une version théâtrale de la Maison Tellier, il s’amuse à rassembler des portraits de femmes puisés dans diverses nouvelles et à les réunir sous les traits des quatre personnages emblématiques des Petites femmes de Maupassant.En l’absence de la gent masculine, la parole des femmes se libère, révélant derrière la société corsetée de préjugés qui fut la leur, un esprit frondeur. Au rythme enlevé de la prose de l’écrivain, elles ont le verbe leste, truffé de mots d’esprit à double sens. On cerne peu à peu leurs histoires de cœur respectives, souvent en dehors du mariage (généralement arrangé à l’époque).
Roger Défossez glisse habilement dans son texte des allusions à Madame Bovary de Gustave Flaubert, symbole pour le public contemporain de la bourgeoise aliénée. Non que l’auteur du Horla soit un tenant de la libération de la femme mais en 1993, date de création de la pièce, ses héroïnes ont pris un coup de jeune à l’aune du féminisme sous la plume de l’adaptateur. Dans le contexte de #metoo, les Petites Femmes renvoie à l’actualité. Pour autant, le metteur en scène a su garder la saveur désuète du XIXème siècle grâce à un décor daté, sans se priver de petites touches anachroniques, tel un poste de radio qui diffuse des tubes des années 1930, des musiques d’Offenbach ou plus récentes. On pense aux univers picturaux d’un Auguste Renoir ou Eugène Boudin, filmiques d’un Max Ophuls (La Maison Tellier ) ou Jean Renoir (Une partie de campagne). Par contraste, franc et direct, le jeu des actrices est en prise avec le public d’aujourd’hui. Sur scène, ça chante, joue du piano, improvise une bouffonnerie. Ambiance délurée garantie, surtout après un petit coup de blanc au retour du bain ou d’une visite au poulailler où s’affaire le factotum de la Baronne.
Maupassant et les femmes
On sait Maupassant grand consommateur de prostituées autant que de femmes du monde ou d’intellectuelles. « Un petit taureau breton » selon Flaubert, « un taureau triste » commente Taine. Toute médaille a son revers. Quand il se sait atteint de la syphilis, maladie qui le rendra fou, il plastronne. Ultime défi, « je baise les putains des rues, les roulures des bornes et, après les avoir baisées, je leur dis : « J’ai la Vérole ». Et elles ont peur et moi je ris, ce qui me prouve que je leur suis bien supérieur », écrit-il. « Maupassant est misogyne parce que, sorti des prouesses de son sexe, il a finalement peur des femmes », remarque sa biographe Nadine Satiat, « aussi ne faut-il pas s’étonner de ses décrets misogynes jusque dans ses effervescences priapiques. « Le cul des femmes est monotone », note-t-il. Maupassant se masque et ce qu’il veut éviter de livrer, c’est l’éventuelle inclinaison amoureuse ».
Roger Défossez ne prétend pas être fidèle au point de vue de l’auteur. Il fait son miel de morceaux choisis qui révèlent un écrivain non conventionnel se plaisant à regarder la gent féminine par le trou de la serrure, voire à leur accorder quelque accroc aux normes matrimoniales. Il les voit rouées ou naïves et ne boudant pas leurs désirs…. Un peu à son image, mais en mode mineur et opérant en secret, contrairement à lui. Ces Petites Femmes de Maupassant nous racontent en fait une époque à la lumière de la nôtre. La mise en scène de Gouvello et les comédiennes s’y emploient avec talent, sous le signe du plaisir. Mireille Davidovici, photos Le catogan
Les Petites Femmes de Maupassant, Gwenhaël de Gouvello : jusqu’au 23/08, du mercredi au samedi à 18h30, le dimanche à 15h. Le théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.57.34).
À l’heure de la Coupe du monde de football 2026, auteurs et éditeurs visent aussi le titre suprême dans le cœur des lecteurs. Pour tenter de faire la fête de la tête aux pieds, en dépit d’un tournoi gangréné avant même son ouverture, regard sur quelques livres gagnants.
« Pourquoi la France a-t-elle eu l’idée saugrenue en 1998 de siffler à domicile le coup d’envoi de la Coupe du monde de football ? », s’interroge la ménagère de quarante ans ou moins dont les enfants et le mari déjà peu assidus aux tâches domestiques foulent des heures durant la moquette du salon et rivent leurs yeux à la lucarne du téléviseur ? Allons droit au but et… déroulons le tapis vert de l’histoire sportive dont Jean-Yves Guillain nous rapporte les exploits dans L’œuvre de Jules Rimet(éditions Amphora). C’est au congrès d’Amsterdam de 1928 que le franc-comtois et président de la FIFA (Fédération internationale de football) de 1921 à 1954, signera d’une passe décisive la création d’un tournoi international ouvert à tous les joueurs de la planète.
Parmi les dizaines d’ouvrages consacrés au ballon rond qui promeuvent nos libraires en nouveaux gardiens du temple, Guillain signe un livre sans envolée lyrique ni « ola » dont la seule vertu est de glorifier le français qui engagea la partie, il y a bientôt cent ans ! Avec Pierre-Louis Basse, le Football, d’un monde à l’autre (éditions Mango) fait son entrée sur le stade sous des couleurs plus chatoyantes. Si le grand reporter à Europe 1 ouvre ses colonnes au journaliste et écrivain Jean Lacouture et au dessinateur Enki Bilal, respectivement admirateurs du joueur brésilien Leonidas et du club de l’Etoile Rouge de Belgrade, dans la foulée il tend aussi son micro aux nombreux supporters à remplir les stades qui refusent d’honorer la mémoire d’un Jules Rimet congratulant Mussolini en 1934 et applaudissent l’équipe des Pays-Bas n’allant pas chercher sa médaille dans la tribune présidentielle où parade Videla en 1978, général argentin et capitaine tortionnaire…
Compromission politiques, scandales financiers, dopage et salaires mirobolants de certaines vedettes, morale sportive assassinée sous l’enjeu d’intérêts économiques : sur la pelouse ou hors-jeu, la saga du foot ne cesse d’alimenter la chronique sulfureuse des médias. Dans Passions et terres de foot, du paysan d’Auxerre au mondial de Platini (éditions Amphora), Roland Passevant s’autorise l’ouverture des dossiers gênants que d’aucuns, encouragés par le mutisme et le dirigisme si peu démocratique des instances internationales, se plairaient à botter en touche. Avec ses Mordus du foot (le Cherche-Midi éditeur), le regretté Piem préférait en rire. Croquant finement tous les travers et ridicules d’une balle de cuir dont « la présence d’un deuxième exemplaire sur le terrain éviterait bien des affrontements ». Qu’il soit joueur ou supporter, sponsor ou arbitre, femme ou homme de « Téléfoot », le lecteur s’écroule d’humour dans la surface de réparation.
Plus jeune dans l’art de la caricature ou de l’ironie mais tout aussi talentueux, Bruno Heitz nous propose les savoureuses aventures de Monsieur Antibut (éditions Mango) : une histoire désopilante qui nous raconte la fuite rocambolesque d’un individu qui a « toujours eu horreur de CA » et trouve asile sur une île peuplée exclusivement de femmes qui ont fui la même chose que lui. Las, au terme de son exil, il foule à nouveau le sol de sa terre natale à la veille d’une nouvelle catastrophe sportive : le départ du Tour de France ! Un album destiné au jeune public que les grands ne manqueront pas de détourner d’une main litigieuse dans leur propre camp !
Du fantastique à l’étude sociologique
Concocté par Christine de Montvalon, Le dico du foot (éditions de l’aube) est un autre régal de l’esprit. A chaque terme plus ou moins usité dans le jargon footballistique où le « café-crème » côtoie la « savonnette » ou la « bicyclette », elle ponctue ses définitions de citations d’auteurs, célèbres adorateurs ou pourfendeurs du ballon rond. Plus noire est la vision du football que nous offrent Eric Remus et le regretté Didier Roustan. L’intrigue ? À l’heure où la fédération française, en vue de sa Coupe du monde, discute de l’attribution des marchés pour la rénovation des stades, les spécialistes de l’arnaque financière chaussent les crampons et sortent des vestiaires. Polar de la meilleure veine, d’un tacle par derrière assassin à des méthodes encore plus expéditives, Les bleus en noir (éditions Belfond) n’hésite pas à brandir le carton rouge à l’encontre de ces notables du foot-business qui font bon ménage avec les pègres locales. Dans un genre qui relève plus du fantastique que du classique roman policier, Alexandre Dumal promène son héros sur tous les stades de La coupe immonde(éditions Fleuve noir) avec « footons le cirque » et « Cacarico » pour seul chant des partisans contre la FIFA de Fred Blatteur et l’ordre républicain du préfet Broutard !
Membre du comité de rédaction de la revue Esprit, Patrick Mignon nous soumet ses réflexions de sociologue sur La passion du football (éditions Odile Jacob). Avec pertinence il nous révèle combien ce sport, d’un pays à l’autre, reflète les modes de construction des identités nationales et illustre les rapports contradictoires entre classes sociales. Plus qu’un jeu, le football devient sous sa plume le terrain de décryptage par excellence du fonctionnement de nos sociétés. Aux éditions fayard,L’équipier de François-Guillaume Lorrain nous propose le roman d’une vie à la trajectoire bien singulière… L’histoire d’un enfant né à « une portée de ballon du Parc des Princes », initié au jeu par un grand-père ancien gardien de but du Red Star. Un enfant à la carrière contrariée qui n’oubliera jamais ses premiers émois et ses premières victoires balle au pied. Un roman à la nostalgie douce-amère qui marque certes le passage de l’enfance à l’âge adulte mais incite chacun à ne jamais étouffer ses rêves inachevés au fil du temps qui passe.
Pour s’en convaincre, lisons Brésil, pays du ballon rond (éditions de l’aube). Native de Sao Paulo, Betty Milan nous offre le plus chaud plaidoyer en faveur d’un sport qui, chez elle, se joue autant dans les plus grands stades du monde que sur les plus minables terrains vagues. Une terre de contrastes où l’enfant des bidonvilles peut devenir un génie adulé de la planète. Un petit livre riche d’enseignements qui vous met à l’école de la samba, qui vous apprend à faire « beau jeu » de votre vie et vous révèle pourquoi des hommes et femmes, petits ou grands, des peuples ont élu le ballon rond pour passion. Yonnel Liégeois
LES PLUS BELLE ENVOLÉES
Par leur qualité littéraire, leur originalité ou leur sens critique, quatre livres sont susceptibles de rallier sans conteste les suffrages des « intellectuels » et des « footeux ». Tels des virtuoses du ballon rond, leurs auteurs manient la plume avec génie et délectation :
Le football, ombre et lumière : le romancier uruguayen Eduardo Galeano nous offre l’un des plus beaux livres inspiré par le ballon rond. D’une écriture magique, l’auteur scande les temps de sa passion au rythme des événements petits ou grands qui ébranlent le monde (éditions Lux, 320 p., 20€).
Le treizième but : le livre le plus original. Daniel Picouly avoue pourquoi sa mère déserta le domicile familial en 1958 et révèle pourquoi Just Fontaine demeure le meilleur buteur de la Coupe du monde. Hilarant (éditions Hoëbecke, en bouqinerie).
La vie est un ballon rond : orphelin très tôt de sa Yougoslavie natale et fondateur des éditions L’âge d’homme, Vladimir Dimitrijevic manie le ballon comme sa plume, avec passion et intelligence. Un superbe texte sur la nostalgie des pelouses d’antan (éditions de La table ronde, 128 p., 7€10)
Football et littérature, une anthologie de plumes et crampons : qu’ils soient pour ou contre le football, Patrice Delbourg et Benoît Heimermann ont rassemblé les textes d’auteurs les plus divers. De Camus à Montalban, de Pasolini à Desproges. La « bible » indispensable (éditions de La table ronde, 420 p., 8€70).
Au théâtre du Rond-Point, à Paris, Jean-François Sivadier met en scène Tout est calme dans les hauteurs. Une pièce de Thomas Bernhard, où sont poussées loin l’ironie et l’humour pour dénoncer une idéologie toujours vivace. AvecNicolas Bouchaud et Norah Krief, époustouflants dans leur rôle respectif.
Anne Meister aurait pu devenir une grande pianiste. Mais, « deux artistes dans le même couple, cela aurait fait beaucoup », dit-elle tout naturellement, le rire aux lèvres. Alors, elle se contente d’être la compagne de Moritz, qui lui-même reconnaît qu’il aurait pu être chanteur d’opéra ou quelque chose d’autre de bien brillant encore. Il se contente du rôle qu’il s’est donné, et que d’autres semblent lui concéder, celui d’être tout simplement « le plus grand romancier de la deuxième moitié du siècle ». Dans ce texte de 1980, publié en France par l’Arche en 1994 sous le titre de Maître, l’écrivain et dramaturge autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) met en lumière l’insupportable suffisance d’une intelligentsia réactionnaire. Laquelle entretient avec furie et conviction les vieux démons du nazisme qu’elle garde toujours bien au chaud au fond de sa poche. Comme d’autres s’économisent une poire pour la soif. D’ailleurs quelques dizaines d’années plus tard, la droite la plus extrême campe toujours à la porte du pouvoir autrichien.
Anne et Moritz ne sont pas des militants. Mais pas des progressistes non plus. D’évidence, avec Tout est calme dans les hauteurs, Bernhard jubile en construisant l’image de ce couple surréaliste à la parole libérée. Nicolas Bouchaud et Norah Krief sont excellents dans leur rôle. Acteurs fétiches du metteur en scène (et adaptateur) Jean-François Sivadier, ils usent de la roublardise et de la drôlerie involontaire de leurs personnages avec une adresse remarquable. Leurs visiteurs, une doctorante photographe, un journaliste, un éditeur, un jardinier, interprétés avec talent par Frédéric Noaille, Juliette Bialek et Valérie de Champchesnel subissent leur avalanche de mots, de poncifs, d’idées reçues et nauséabondes, mais aucun ne relève le défi.
Et pourtant il y aurait matière à empoignade. Par exemple lorsque, l’air de n’y toucher que du bout d’un crayon, Moritz commente à propos de la Shoah : « Il faut dire que les Juifs eux-mêmes en sont largement coupables… mais on n’aurait pas dû faire ce qu’on a fait. » Le couple infernal occupe, dans cette région offrant le panorama extraordinaire des Préalpes bavaroises, une vaste maison mise gratuitement à sa disposition par la municipalité. Demeure qui appartenait jadis à un négociant juif, manifestement spolié et réfugié aux États-Unis. Tout est calme dans les hauteurs, proclame le titre. Tout n’est qu’apparences. En fait, cette pièce au titre si doux affiche tout du long une ironie mordante.
On rit beaucoup mais avec effroi. Jean-François Sivadier ne s’est pas embarrassé de convenances inutiles ou de faux-semblants. Ses personnages sont bruts, nature. Et en cela effrayants. Tout comme l’empilement de peintures de paysages et de portraits qui apparaissent au final en fond de scène, et que l’on imagine avoir appartenu à la famille dont c’était la maison heureuse avant que le fascisme ne répande sur terre et dans bien trop d’esprits sa boue brune et fétide. Gérald Rossi, photos Jean-Louis Fernandez
Tout est calme dans les hauteurs, Jean-François Sivadier : jusqu’au 04/07, du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 19h et le dimanche à 15h. Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris (Tél. : 01.44.95.98.21). Les 24 et 25/09 à Annemasse, du 6 au 8/10 à Béthune, les 14 et 15/10 à Poitiers, du 4 au 13/02/27 à Villeurbanne.
Au théâtre de l’Athénée (75), Igor Mendjisky présente Notre humble avis. L’auteur et metteur en scène imagine une émission de radio avec des citoyens qui commentent leurs choix et passions. Histoire de s’interroger avec humour sur les fondements de la critique culturelle.
Peut-être l’auteur, acteur et metteur en scène Igor Mendjisky (né en 1983) a-t-il été inspiré par « Le Masque et la plume », célèbre confrontation de critiques diffusée depuis 1955 (le dimanche sur France Inter). Peut-être pas… Quoi qu’il en soit, dans Notre humble avis, sa dernière pièce, des critiques amateurs échangent leurs commentaires, diffusés sur l’antenne d’une radio locale : un ancien professeur en meneur de jeu, un réparateur de vélos, un restaurateur, une galeriste, une étudiante…
De l’humour au micro…
Il est question à l’antenne, de littérature, de cinéma, de peinture, etc. Et c’est l’occasion de s’empoigner ferme au micro, pour savoir par exemple, si Madame Bovary, écrit par Gustave Flaubert en 1856, est un roman passionné et passionnant ou une suite de situations et de réflexions provoquant l’ennui et favorisant le sommeil. Une certitude, Igor Mendjisky a choisi l’humour comme fil conducteur, et le public ne se prive pas de rire.
C’est d’ailleurs sur l’échange entre les auditeurs (habituellement l’enregistrement est censé se dérouler en studio) et les critiques que repose tout l’enjeu. « La critique se présente comme une posture intellectuelle alors même qu’elle est aussi et toujours une réaction affective et émotionnelle. Plus profondément encore, elle renvoie à notre façon de percevoir et de comprendre une œuvre qu’un autre a créée » pointe l’auteur.
Des masques à la forte personnalité
Assis derrière une table et devant leurs micros, les personnages, interprétés en alternance par Sylvain Debry, Quentin Raymond, Gauthier Wahl, Thomas Roy, Adèle Royné, Ophélia Kolb, Igor Mendjisky et Angélique Flaugère sont drôlement accoutrés, parfois en chaussons, et tous sont masqués. Réalisés par Etienne Champion, les masques créent pour chacun une personnalité forte, à égalité des propos tenus. Dans un de ses spectacles Masques et nez créé il y a plus de quinze ans, Mendjisky s’interrogeait sur « la passion du théâtre » de tout un chacun.
Ici encore, nous sommes au théâtre. Et dans la vie en même temps. C’est drôle et captivant à la fois. Gérald Rossi, photos Rebecka Oftedal
Notre humble avis, Igor Mendjisky : jusqu’au 6/6, 20h30. L’Athénée, 4 square de l’Opéra Louis-Jouvet, 75009 Paris (Tél. : 01.53.05.19.19). En juillet à 22h25, au théâtre du Train bleu dans le Off d’Avignon.