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La scène, de mots en maux

De Wajdi Mouawad à Annie Ernaux, de Louis Aragon/Elsa Triolet à Nathalie Sarraute, sans omettre Joël Pommerat et Frédéric Lordon, la scène se joue de mots pour donner à voir, entendre et comprendre, les maux de nos contemporains en particulier, de notre société en général. De la quête de sens à la soif d’amour, autant de spectacles interrogatifs et jouissifs.

 

La démesure s’impose sur grand écran, plutôt sur la grande scène du Théâtre

DR, Simon Gosselin

de La Colline (75) ! Suspendu entre les lettres de l’alphabet grec ou français, Wajdi Mouawad se joue des mots, ceux de Sophocle et les siens. Inflammation du verbe vivre ? Un spectacle aussi déroutant qu’envoûtant, qui nous projette sur les rives de la Méditerranée, de la Grèce antique sous les colonnes du Parthénon à l’Athènes contemporaine où errent les colonnes des déshérités de la mondialisation, des vestiges de pierre aux ruines industrielles… Se projeter, tel est le bon mot pour Mouawad qui fait cinéma de son propos théâtral !  Un long chant épique, et poétique, dans les pas de Philoctète, le héros de Sophocle, et ceux de Robert Davreu, disparu en cours de traduction de l’œuvre. Si la mort est tragique, la perte de nos rêves et de nos amis, le voyage en terres lointaines est tout aussi périlleux, nous conte Mouawad, l’éternel immigré et naufragé en terre inconnue. Qu’il nous faut apprendre à déchiffrer, décrypter avant que notre civilisation ne sombre dans la violence, la souffrance et la désespérance. Avec cet ultime cri déchirant : par notre parole d’aujourd’hui, faire résonner les mots d’antan, ceux de Sophocle qui appelle à conjuguer le verbe « vivre » sur le mode poétique, généreux et fraternel.

Les vers de Louis Aragon et les mots d’Elsa Triolet, contemporains ceux-là, Ariane Ascaride et Didier Bezace s’en emparent avec gouleyance sur la scène du Lucernaire (75). Sans fioritures ni effets de scène, juste les propos du poète et de la romancière clamés et scandés par les deux artistes fichés derrière leur pupitres. Peu de gestes, guère de mouvements, seules les variations de deux voix qui portent loin et bien pour inviter le public au voyage dans les écrits du plus célèbre couple du siècle écoulé. Commis par Bernard Vasseur, le directeur de la Maison Triolet-Aragon, le Moulin de Villeneuve à Saint-Arnoult en Yvelines, le choix de textes nous plonge dans quelques belles pages des deux auteurs pour composer cet étonnant périple entre les mots où, encore et toujours, Il y aura la jeunesse d’aimer. Une saga originale entre humour et tragédie, amour et comédie.

D’autres mots d’auteur connaissent des jours heureux en ces temps présents. Ceux d’Annie Ernaux, par exemple, qui squattent diverses scènes, tant parisienne que provinciale. Cécile Backès, la directrice de la Comédie de Béthune, est coutumière du fait ! Après avoir porté sur les planches L’autre fille la saison dernière, toujours avec le même talent elle récidive avec l’adaptation de Mémoire de fille, le dernier opus de la romancière, hier à Béthune et bientôt à Sartrouville (78). Un roman que la metteure en scène transforme en chant choral, entre l’adolescente d’hier en proie à ses premiers troubles amoureux et la femme mature qui tente d’exorciser les démons du passé, la gamine à la veille de son premier coït qui noircit les pages de son journal intime et la romancière qui tente de faire littérature de ses fulgurances sentimentales. Une langue finement ciselée pour Ernaux, une mise en scène qui l’est tout autant pour Backès… Un jeu de mots entre femmes, un jeu de miroirs entre générations, un jeu de rôles parfaitement orchestré entre Pauline Belle et Judith Henry. Du grand écart entre les années 60 et l’aujourd’hui, de cet amour de jeunesse avorté à ce regard porté sans complaisance sur l’hier, des horreurs du premier rapport sexuel aux douleurs de la femme contemporaine, Cécile Backès dirige la partition avec maestria, entre bord de scène et arrière-cour, comme pour briser la distance entre deux mondes qui ont tant à nous dire et à nous apprendre. Du difficile apprentissage à la vie et à l’amour, de la soif de mûrir sans crainte de vieillir, de l’enjeu de poser des mots sur les maux, du bonheur de dire sans jamais se dédire.

C’est à un autre exercice, aussi risqué, auquel s’attelle Jacques Vincey, le directeur de l’Olympia, le Centre dramatique national de Tours : s’emparer des mots de son compère Joël Pommerat, l’auteur de la fameuse Réunification des deux Corées ! Et, pour pimenter l’entreprise qui n’aurait pas grand sens autrement, de s’exiler à Singapour et rejoindre la troupe du TheatreWorks dirigée par Ong Keng Sen. « En répondant avec enthousiasme à sa proposition, mon déplacement dans une autre réalité géographique, linguistique et culturelle a estompé mon souvenir de la création en France et m’a incité à repartir de « la trace que laisse le spectacle sur du papier » », confie le metteur en scène. Pari osé, pari réussi… Sur la scène devenue ring sans cordes, les protagonistes s’affrontent sans mâcher leurs mots ni leurs émotions ! Une suite de courtes scènes, avec changement de costumes à vue, où le thème de l’amour est décliné sous tous les modes et sur tous les tons. Des répliques fulgurantes, des face à face percutants, des coups au cœur et blessures à l’âme qui vous laissent K.O. ou pantois ! Une authentique re-création, liée à la subtilité de la langue et à la traduction de Marc Golberg, au jeu tout en finesse et délicatesse des neuf comédiennes et comédiens qui autorise le dépaysement. D’origine chinoise, malaise ou indienne, ils singularisent avec maestria le propos de Pommerat, auteur occidental, sans en masquer la portée universelle.

DR, Frank Vallet

Du grand art, à découvrir prochainement sur les planches de la MC93 à Bobigny !

Pour clore cette immersion dans les paroles d’auteur, enfin Elle est là, Nathalie Sarraute ! Une auteure dramatique, injustement trop méconnue, qui manie à la perfection les subtilités de notre langue et ses jeux de mots… « Le sujet de mes pièces ? Il est chaque fois ce qui s’appelle rien », avouait non sans humour la dramaturge. Preuve en est faite avec Elle est là, écrite en 1978, dont s’empare avec jubilation la metteure en scène Agnès Galan sur les planches de la Manufacture des Abbesses (75). Un plateau quasi désert, trois hommes et une femme qui errent dans leurs questionnements et leurs colères, une intrigue à minima pour un plaisir grandiose : un homme se plaint auprès des deux autres d’un signe, d’une moue esquissés par sa collaboratrice qui signifieraient qu’elle ne partage pas son point de vue. Presque rien en quelque sorte, trois fois rien ce n’est pas rien affirmera Raymond Devos, mais un rien qui a le don d’exaspérer son interlocuteur ! Elle est là, donc, l’intrigue, mais qui ou quoi, au fait ? L’enquiquineuse qui a le don de la contradiction, ou l’idée qui a l’heur de déplaire à Monsieur et qu’il veut lui extirper du cerveau par tous les moyens ? Une joute verbale à l’humour corrosif derrière lequel percent misogynie et dictature de la pensée, une prouesse de la troupe (Nathalie Bienaimé-Bernard Bollet-Le Doze père et fils, Gabriel et Tristan) lorsque la qualité de l’interprétation repose sur la vacuité d’un rien ! Yonnel Liégeois.

À voir aussi :

– Jusqu’au 01/12 à 21h30, du mardi au samedi aux Déchargeurs (75), Marianne Basler interprète L’autre fille, le superbe texte d’Annie Ernaux : au détour d’une conversation, à l’âge de 10 ans, l’auteure découvre par hasard qu’elle a eu une sœur, décédée de la diphtérie deux ans avant sa naissance, « plus gentille que celle-là » aux dires de sa mère ! Des paroles lourdes de conséquences, une confession intime bouleversante, une interprétation unanimement saluée par la critique. La scène est troublante, presque intimidante : derrière sa petite table de travail, lumière vacillante, main tremblante, voix chuchotante, il nous semble qu’Annie Ernaux en personne est en train d’écrire à la sœur qu’elle n’a pas connue ! Un spectacle lourd de non-dits et d’émotions partagées, Marianne Basler comme percutée et habitée de l’intérieur par ce texte d’une intensité insoupçonnée. « Évidemment, cette lettre ne t’est pas destinée et tu ne la liras pas (…) Pourtant, je voudrais que, de façon inconcevable, analogique, elle te parvienne comme m’est parvenue jadis, un dimanche d’été, la nouvelle de ton existence par un récit dont je n’étais pas non plus la destinataire », ponctue au final la comédienne. Un grand merci, convaincante Marianne, la missive nous est bien parvenue !  Les 6 et 7/02/19 à Villard sur Glane, le 12/03/19 à Nevers, du 24 au 28/04/19 à Marseille.

– Du 5 au 30/12, le théâtre de La Colline reprend le magnifique spectacle de Wajdi Mouawad, sa première création au lendemain de sa nomination en tant que directeur en 2016, Tous des oiseaux. Entre conflit international et querelles intestines, le metteur en scène franco-libanais donne à voir, mesurer et ressentir l’onde de choc du conflit israélo-palestinien au cœur d’une famille juive installée à Berlin. Une tragédie hors les frontières pour ces hommes et femmes, « Tous des oiseaux » percutés par l’Histoire. Avec une longue tournée nationale en 2019.

– Les 7 et 8/12 à 19h, sur le plateau de la Manufacture des Abbesses, la troupe de Elle est là propose une lecture-mise en espace du Mensonge, de Nathalie Sarraute. Une pièce écrite en 1965 où là encore, d’un petit mensonge, un rien, l’auteure nous régale de ses jeux de langue. Avec, au final, cette question qui n’est pas rien : qu’est-ce que la vérité pour chacune et chacun ? Un autre petit bijou littéraire, une dramaturge à redécouvrir sans tarder.

– Jusqu’au 9/12, sur les planches de La Reine Blanche, la finance ruisselle de la Bourse au capital, et vice-versa ! Avec la pièce de Frédéric Lordon sur la crise financière, économiste patenté et philosophe spécialiste de Spinoza, « D’un retournement l’autre », en alexandrins s’il vous plaît… Une mise en scène plaisante, et loufoque, signée Luc Clémentin où sa bande de traders et banquiers véreux, sponsorisée par feu un Président en talonnettes, s’en donne à cœur joie !  Des rouages de la finance et du capitalisme mondial expliqués aux nuls, dans une langue versifiée et châtiée, l’humour en sus… En quatre actes , « l’art de rendre les agences de notation, la dette souveraine et les mécanismes de crédit aussi simples que la recette du pot-au-feu », commente Clémentin, « où le génie, comme chacun ne le sait pas forcément, consiste à remplir une cocotte d’eau et à balancer tous les ingrédients dedans ! ». Pas besoin de spéculer, un spectacle à investir, ça ne coûte pas trop cher et ça peut rapporter gros…

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Entre « Hérétiques », une joute salvatrice

Du foulard au saucisson-pinard, les joutes se succèdent dans « Les hérétiques », la pièce de Mariette Navarro mise en scène par François Rancillac. Un questionnement tous azimuts des tensions autour de la laïcité qui touchent en premier chef les femmes. Un spectacle lumineux qui convoque sorcières et madones pour mieux éclairer l’obscurantisme qui se niche en chacun de nous.

 

« La lumière baisse (…). Pourtant je déambule dans une époque pleine de néons», déclare une femme dans les gradins éclairés, semblant ne plus supporter l’obscurité qui règne sur le plateau embrumé. « Quelqu’un a parlé de lumière ? », questionnera une madone s’élevant en fond de scène sous les projecteurs. « On ne va pas laisser le pays glisser comme ça vers on ne sait où ! », affirme encore une punkette en corset aux seins saillants au-dessus d’un brasero. « Il faut trancher dans le vif ! », martèle une autre au look similaire. Dans « Les hérétiques », dernière pièce de Mariette Navarro, mise en scène par François Rancillac, les joutes se succèdent à propos de la laïcité,

DR, Christophe Raynaud de Lage

convoquée à tous bouts de champs et de tous côtés, du foulard au saucisson-pinard.

Riche sabbat

« On manque de m’éborgner avec un crucifix. On me parle d’Allah. On me parle de Jéhovah. On me parle de blasphème. On voudrait me remettre sur le chemin de Dieu en m’attrapant par les cheveux parce que je veux voir quand même ». Perdue dans un monde qui s’obscurcit chaque jour davantage, une femme ne veut plus choisir entre le noir et le blanc, elle en appelle au gris qui semble irrémédiablement banni des débats.

Cette citoyenne lambda est venue le soir à la rencontre des hérétiques, sortes de Pussy Riots/Femen qui bataillent et morflent pour la liberté. Elle tombera sur des sorcières, brûlées hier, lapidées aujourd’hui, des martyrs en voile blanc qui prêchent la pureté que des encagoulées obligent à se déshabiller. Le sabbat est dense au milieu d’une classe d’école abandonnée, les invectives fusent dans les variations des codes vestimentaires et des lumières. Si les salves sont tranchantes, l’humour se pointe régulièrement pour calmer quelque peu l’atmosphère d’un interrogatoire. « Crois-tu que la Terre tourne autour du Soleil ? Est-ce que tu crois aux sorcières ? Est-ce que tu

DR, Christophe Raynaud de Lage

penses qu’en avril, il ne faut pas se découvrir d’un fil ? »…

Malaise démocratique

Quand « dans la rue, chacun brandit sa foi et son appartenance »  et que « c’est à qui priera le plus fort », la femme paraît inlassablement suspecte. Trop ou pas assez dénudée, trop ou pas assez voilée, trop ou pas assez échevelée, la voilà sans cesse soumise au procès de nos « inquisiteurs intérieurs ». Pointant le malaise démocratique, François Rancillac constate que « le drapeau de la laïcité est brandi à tout bout de champ d’un côté à l’autre de l’échiquier politique pour justifier tout et son contraire ». À la tête du théâtre de l’Aquarium, il a passé commande à Mariette Navarro pour prendre la tangente théâtrale et éclairer au mieux l’obscurité. Pari réussi, la pièce pousse tous les personnages dans leurs retranchements. Même les sorcières punk peuvent se métamorphoser en revanchardes impitoyables. Le public, si tant est qu’il en ait sa claque de devoir trancher dans le vif d’un sujet éternel et toujours brûlant, savoure un spectacle interprété par des comédiennes hors pairs, bichonnées par une équipe au top, de la costumière à l’éclairagiste, et portées par une mise en scène flamboyante.

Cette dernière création maison nous rend d’autant plus enthousiaste que François Rancillac, qui quitte l’Aquarium en décembre, nous tire une bien belle révérence. Loin du bocal, on lui souhaite de trouver une riche rivière, lui, qui prouve une fois encore que le théâtre est le lieu de l’agora par excellence. Amélie Meffre

« Les hérétiques » de Mariette Navarro, mise en scène de François Rancillac. Jusqu’au 9 décembre au Théâtre de l’Aquarium, du 5 au 8 février 2019 au Théâtre Dijon Bourgogne, du 26 au 28 février à la Comédie de Béthune, le 26 mars au Théâtre Jean Lurçat d’Aubusson et le 16 avril à la Ferme de Bel Ébat à Guyancourt.

À propos des sorcières, on ne manquera pas de lire « Sorcières. La puissance invaincue des femmes » de Mona Chollet (Éd. La Découverte) et d’écouter La Série Documentaire de France Culture consacrée aux Sorcières, comme la chanson des Rita Mitsouko, « La sorcière et l’inquisiteur ».

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Le Cyrano nouveau est arrivé !

À la Cartoucherie de Vincennes, l’un des lieux les plus créatifs de la capitale, Lazare Herson-Macarel nous propose un Cyrano, le chef d’œuvre d’Edmond Rostand, intelligemment revisité. Au théâtre de La Tempête, jusqu’au 16 décembre. Sans oublier, dans un autre genre, « L’attentat » au théâtre Jean-Vilar de Vitry (94).

 

À ma gauche, une amie férue de théâtre depuis l’adolescence qui a déjà vu diverses versions de Cyrano, l’œuvre d’Edmond Rostand, à ma droite un jeune novice qui découvre la pièce. Au lever de rideau, symbolique, avec viole de gambe (belle prestation de Salomé Gasselin) et batterie, une double crainte à l’énoncé du programme : que cette re-création, ébouriffée et musclée, ne froisse les références classiques de l’une, qu’elle n’affadisse ou masque pour l’autre les beautés et la profondeur du texte… Il n’en fut rien ! Tous deux furent enthousiastes et ravis à l’issue de la représentation.

La mise en scène de Lazare Herson-Macarel, au théâtre de La Tempête, fait de l’œuvre de Rostand une vraie fête populaire où la folle énergie de la troupe ne diminue en rien le plaisir jubilatoire du texte et de son interprétation par les comédiens, tous excellents. Sur la scène, il se dégage un vrai plaisir de jouer ensemble pour transmettre au mieux la finesse de cette « comédie héroïque en cinq actes et en vers », selon la définition d’Edmond Rostand lui-même. Le parti pris, original ? Non pas une transposition dans un quelconque univers contemporain mais plutôt une approche intemporelle où les costumes ne sont ni d’époque ni de notre époque non plus. En revanche, la modernité du message de l’auteur, au travers de son héros épris de liberté jusqu’à l’insoumission, parvient distinctement  à nos oreilles du XXIème siècle : il brave ostensiblement les conventions, dénonce avec insolence la mollesse des esprits de son temps et les compromissions qu’elle induit. « Nous pouvons rendre palpables pour le spectateur d’aujourd’hui l’héroïsme de Cyrano et la mélancolie de Rostand », affirme Lazare Herson-Macarel, « nous pouvons défendre grâce à Cyrano de grandes idées de théâtre : la nécessité de porter un masque pour dire la vérité, la valeur inestimable des mots (…), la vertu de la désobéissance ». Et de conclure, «  grâce à lui, aujourd’hui, nous pouvons défaire un malentendu majeur : le théâtre n’est pas un artifice, c’est le dernier refuge de la réalité ».

Pour défendre son projet, le metteur en scène ne manque pas d’atouts. Tout à la fois auteur de plusieurs pièces, comédien formé à la Classe libre du Cours Florent et au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, il est aussi le co-fondateur en 2009 du Festival du Nouveau Théâtre Populaire dans le Maine et Loire pour lequel il monta tous les grands auteurs du répertoire. Mais pour réussir dans son entreprise, il lui fallait un atout supplémentaire de taille : un Cyrano exceptionnel ! Il l’a trouvé en la personne d’Eddie Chignara, un remarquable comédien, qu’il a déjà fait jouer dans ses propres pièces et qui travailla notamment avec Olivier Py, Philippe Adrien, Adel Haim et Clément Poirée. Outre son charisme et une voix qui porte chaudement, il possède aussi une souplesse et des qualités athlétiques qui donnent par instant au héros des allures juvéniles.

Grâce à lui, mon jeune voisin pourra dire, en paraphrasant les derniers mots de Cyrano, « une œuvre est passée dans ma vie » ! Chantal Langeard

 

L’attentat

Créé au Théâtre national Wallonie-Bruxelles où nous avons eu le privilège de le découvrir, L’attentat est une œuvre majeure de l’auteur algérien Yasmina Khadra. Un roman que le metteur en scène Vincent Hennebicq a adapté pour le plateau avec force talent et beauté ! Une histoire tragique qui nous est contée par tous les modes narratifs, image-musique-voix. Au lendemain d’un attentat, Amine le chirurgien arabe naturalisé israélien, qui vit à Tel Aviv et qui soigne les victimes, découvre que son épouse en est l’auteure. Stupeur, horreur, terreur pour l’homme engagé dans un conflit Israël-Palestine qui le dépasse, piégé à vif à l’intérieur-même de la cellule familiale ! D’où ses cris, ses pleurs, ses doutes, ses interrogations sur l’autre et les autres, sur sa compagne et lui-même… Un monologue puissant, déroutant et émouvant, radicalement habité par le comédien palestinien Atta Nasser, par les quatre musiciens sous la baguette de Fabian Fiorini et par la chanteuse Julie Calbete. Un spectacle captivant qui, d’une interrogation l’autre, nous promène de ville en ville, d’Israël en Palestine au point d’en perdre la raison, la ligne de démarcation entre fiction et réalité. Une plongée à en perdre le souffle, autant symbolique que réelle, dans la tragédie d’un conflit qui n’en finit pas d’égrener heurts et malheurs tandis que résonnent en sourdine les paroles de Mahmoud Darwich le poète. D’une fulgurante beauté, rehaussée par la musicalité de la langue arabe (surtitrée en hébreu et français), pour deux représentations exceptionnelles au théâtre Jean-Vilar de Vitry, un spectacle à ne surtout pas manquer. Yonnel Liégeois

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Ah, le bel âge !

Quelle journée d’anniversaire, merci mes amis de m’avoir soutenu dans cette épreuve ! Pour passer le cap, je me suis saoulé d’activités.

Vendredi, ophtalmo : vu que j’y vois double… Si c’est bien dans les manifs, c’est gênant dans les embouteillages ! En soirée, conférence de mon grand fils sur « La musique et les étoiles ». Quel talent, ce petit ! La preuve qu’au fil des générations, l’espèce s’améliore, au moins dans la famille.
Samedi, centre Beaubourg : expo Tadao Ando, Franz West, le cubisme, puis le musée tout entier ! Huit heures debout devant des toiles, à la fin je m’écroule. « On touche pas », qu’il me dit le surveillant, « je touche pas, Monsieur, je m’accroche ». Mais, oh surprise, je découvre qu’Isidore Isou et Maurice Lemaitre figurent maintenant en bonne place sur les murs. Comme quoi, là aussi, il y a de l’amélioration.
Dimanche, Châteaubriant : hommage aux fusillés de 1941. Départ 6h, pour sept heures de car et cinq heures de discours ! Le poing levé, chez le militant tout est dans l’articulation. La mémoire est à ce prix. Dans le car, comme d’habitude, ce fut à mon tour de raconter aux camarades ce qui s’était passé et d’annoncer que demain le monde serait beau. Bon, je le reconnais, je n’ai pas osé dire que, côté progrès social, pour l’amélioration il allait falloir patienter encore un peu.
Lundi, cardiologue : après de multiples examens, lui et moi nous nous contenterons d’une petite stabilité, vu que l’amélioration, là aussi, il ne faut pas rêver. Alors, je lui parle de tous mes autres bobos. « Bof, au point où vous en êtes, laissez tomber les détails ». Il n’empêche, aujourd’hui Faurisson en est mort ! Je repars tout de même content, la machine tiendra bien un an de plus.
Mardi, impossible d’éviter le coup de vieux : je passe devant la glace. Rapidement. Puis, ce sont les bises, les condoléances, les messages d’affection et enfin le repas de fête avec ce qui reste dans le frigo. Résultat, il va falloir penser à faire des courses ! Le soir, avec les copains, les copines, on avait prévu de refaire le monde mais là, le hic, impossible de chanter ensemble : Mélenchon restait dans les aigües , Pierre Laurent dans les basses et Hamon était aphone. C’est sûr, on finira par laisser L’hymne à la joie à Macron.

Plus tard, très tard, rentrant à la nuit, je n’en crois pas mes yeux : grosse amélioration ! Les maïs, en face de ma fenêtre, ont été taillés (voir photo). Du coup, j’y vois mieux, plus loin, tout s’éclaire… À moins que ce ne soit un des bénéfices de l’âge ? Jacques Aubert

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Brel, rêver à d’impossibles rêves…

Le 9 octobre 1978, il y a quarante ans, disparaissait Jacques Brel. Fini le temps où Bruxelles « bruxellait » quand les Marquises s’alanguissaient, l’ami de la Fanette s’en est allé vers d’autres cieux, la Mathilde ne reviendra plus. Demeurent, à jamais, les images de l’artiste ruisselant de sueur, les textes du poète, les films du comédien.

 

La nostalgie n’est point de mise aux Marquises. Lorsque, par manque de brise, là-bas le temps s’immobilise, ici-aussi en Artois comme en Picardie, de Knokke-Le-Zoute à Paris, la pendule, qui dit oui qui dit non, cesse de ronronner au salon. Au matin du 9 octobre 1978, Jacques Brel s’en est allé rejoindre Gauguin. Non Jef, ne pleure pas, tu n’es pas tout seul, il nous reste la mère François…

Le 16 mai 1967, l’artiste donne son ultime récital à Roubaix, un an plus tôt il a fait ses adieux au public parisien sur la scène mythique de l’Olympia. Un dernier concert, inoubliable pour les spectateurs d’alors. Une demi-heure d’applaudissements et de rappels pour qu’enfin le chanteur, les traits fatigués et le visage ruisselant de sueur, revienne saluer la foule : en robe de chambre, une première sur les planches d’un music-hall ! Demain, le Don Quichotte de l’inaccessible étoile et des impossibles rêves, à jamais orphelin de l’ami Jojo et de maître Pierre à la sortie de l’hôtel des Trois-Faisans, revêtira les habits d’acteur, réalisateur de films et metteur en scène de comédies musicales avant d’embarquer vers un autre futur comme marin et pilote d’avion. « Il y a quinze ans que je chante. C’est marrant, personne n’a voulu que je débute et personne ne veut que je m’arrête », déclare Brel avec humour à ceux qui lui reprochent d’arrêter le tour de chant.

« Je ne veux pas passer ma vie à chanter sur une scène… Ne me demandez pas de bonnes raisons. Si je continue, je vais recevoir plus que je ne peux donner. Je ne veux pas, ce serait malhonnête… J’ai un côté aventurier, aventureux au moins. Je veux essayer d’autres choses… J’en ai pas marre du tout, j’en ai pas marre une seconde. Je veux avoir peur à des choses, je veux aimer des choses qui me sont encore inconnues, que je ne soupçonne même pas… Tout le monde est Don Quichotte ! Tout le monde a ce côté-là. Chacun a un certain nombre de rêves dont il s’occupe… Le triomphe du rêve sur la médiocrité quotidienne, c’est çà que j’aime. On ne réussit qu’une seule chose, on réussit ses rêves… La notion est de savoir si on a admirablement envie de faire admirablement une chose qui paraît admirable, c’est çà le RÊVE ».

Un florilège de bons mots glanés de-ci de-là, non pour présenter « l’homme de la Mancha » comme le nouveau philosophe de nos temps modernes mais pour marquer la force indélébile de ce qui fut peut-être l’aventure d’une vie : même trop, même mal, oser donner corps à ses rêves, tenter toujours d’atteindre l’inaccessible étoile ! Fils de bourgeois, Jacques Brel n’a jamais renié ses racines, il en a toujours assumé les contradictions, il n’est qu’un fait qu’il n’ait jamais pardonné à son milieu : le vol de son enfance, l’interdiction au droit de rêver ! « Jacques a vécu une enfance morose entre un père déjà âgé et une maman aimante mais malade, souvent alitée », nous confia Thérèse Brel, son épouse, lors de la grande exposition organisée à Bruxelles en 2003. « Dès l’âge de 17 ans, il avait cette envie de partir et de quitter l’entreprise familiale, dès cette époque il remuait beaucoup et rêvait d’aller voir ailleurs », poursuit celle que Brel surnommait tendrement Miche. Au cœur de Bruxelles, cette ville qui ne perd point la mémoire de son enfant turbulent, non loin de la « Grand Place » où passe le tram 33, Miche se souvenait encore du temps où son mari allait manger des frites chez Eugène.

« Contrairement à ce que l’on pense et à ce qu’il chante, Jacques a toujours considéré Bruxelles comme sa maison, il est demeuré fidèle à sa Belgique natale. Qu’il se moque des Flamandes ou de l’accent bruxellois, il n’égratigne que ceux qu’il aime vraiment », assure Miche. « Paris ne fut pour lui qu’un point de passage obligé pour débuter une carrière. Comme il l’affirme lui-même, il espérait seulement pouvoir vivre de la chanson, il n’attendait pas un tel succès. Ses références chansonnières ? Félix Leclerc et Georges Brassens ». La demoiselle qui connut Jacques, scout à la Franche Cordée, la compagne de toujours qui sait ce que le mot tendresse veut dire, la collaboratrice, éditrice et conseillère jusqu’à la fin, le reconnaît sans fard : l’enfance fut le grand moment de la vie de Brel. Celui de l’imaginaire en éveil dans un univers calfeutré, celui des combats sans fin entre cow-boys et indiens comme au temps du Far West…

Quarante ans après sa mort, Jacques Brel garde une incroyable audience auprès du public. Nombreux sont les interprètes qui revisitent son répertoire, même les jeunes auteurs apprécient son écriture. Des textes qui n’ont pas vieilli, d’une poésie hors du temps et d’une puissance évocatrice rarement égalée. Sur des airs de flonflon et de bal musette, « Allez-y donc tous » voir Vesoul, mais pas que… Surtout, comme on déambule dans les ruelles d’une vieille ville, osez vous égarer dans les méandres d’une œuvre chansonnière aux multiples facettes. Pour découvrir avec émotion et ravissement que le temps passé, qui jamais ne nous quitte, fait de l’œil au temps présent pour mieux l’apprécier et le comprendre, le transformer. Yonnel Liégeois

L’actualité Brel

À écouter : « Dire Brel, rêver un impossible rêve », un spectacle d’Olivier Lacut chaque samedi à 17h, au Théâtre Les Déchargeurs jusqu’au 15/12/18. « Viel chante Brel », un spectacle de Laurent Viel avec Thierry Garcia aux guitares, mis en scène par Xavier Lacouture, chaque mercredi à 21h30 au théâtre L’Essaïon, jusqu’au 30/01/19.

À voir : « Brel, ne nous quitte pas – 40 ans déjà », un film composé des deux concerts légendaires, « Brel à Knokke » et « Les adieux à l’Olympia », image et son restaurés pour le cinéma.

À lire : Le voyage au bout de la vie de Fred Hidalgo, Brel, la valse à mille rêves d’Eddy Przybylsi, On ne vit qu’une heure de David Dufresne.

À découvrir : la Fondation internationale Jacques Brel à Bruxelles, dirigée par sa fille France.

À offrir ou à s’offrir : l’intégrale Brel chez Universal Music.

À consulter : le site internet officiel.

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Sylvain Maurice, un cœur à prendre

Avec l’adaptation de « Réparer les vivants » de Maylis de Kérangal, le metteur en scène Sylvain Maurice signait en 2016 un époustouflant spectacle. Repris aujourd’hui pour quelques représentations au Centre dramatique national de Sartrouville, avant une grande tournée dans l’hexagone. À voir ou revoir, sans faute.

 

Il court, il court, le cœur en chamade ! Il y a urgence, le temps est compté, le compte à rebours a sonné. Pour l’un la mort a frappé, pour l’autre la vie peut recommencer…

Pas moins de dix prix littéraires, dont celui du meilleur roman décerné en 2014 par le magazine Lire à l’auteure déjà récompensée du prix Médicis en 2010 pour « Naissance d’un pont », un tonnerre d’applaudissements pour Sylvain Maurice et ses deux interprètes à la création de « Réparer les vivants » en 2016 sur les planches du Centre dramatique national de Sartrouville ! Étonnante, émouvante, captivante, la performance autant artistique que médicale (!) rive le spectateur à son fauteuil, tant le metteur en scène est parvenu, sans artifice superflu, à transfuser du plateau à la salle la force narrative du roman de Maylis de Kerangal

Au sol, un tapis roulant où s’essouffle le narrateur à courir parfois à perdre haleine, en hauteur un musicien qui rythme du trombone et de la guitare cette gageure insensée, convaincre et décider d’une transplantation cardiaque en un temps record : en parole et musique, Vincent Dissez et Joachim Latarjet engagent une course contre la montre !

Notre cœur bat et palpite, le jour se lève. Celui du jeune Simon achève sa course au petit matin, sur la route du bord de mer. Mort cérébrale. Plus loin, au loin, très loin, une femme à bout de souffle s’épuise dans l’attente d’une opération… Entre l’un et l’autre, se forme alors dans l’urgence une chaîne qui unit soignants et vivants, experts et parents, les savants et les désespérants. De la chambre cadavérique à la table d’opération, la mort appelle à la vie comme, de la scène à la salle, le récit des événements appelle à la réflexion et à la méditation : quid de cet organe, indispensable moteur d’un corps tressautant ou siège palpitant de nos affects et sentiments ? Quid de la souffrance et de la douleur à la perte d’un proche ? Quid de l’acceptation ou du refus au don d’organe ? Quid de cette incroyable chaîne de solidarité qui se met en branle ? Notre humanité blessée, pétrifiée devant l’irréparable, se révolte et doute devant l’innommable. Entre peur et déni d’une vérité insoutenable pour les parents, entre respect et profonde empathie des soignants, chacun cherche et trouve sa juste place.

Du phrasé balbutiant des survivants aux dits d’une précision chirurgicale des intervenants, la parole circule, sublimée par la magistrale interprétation des deux protagonistes. Des mots et des notes incandescents qui rythment les battements d’un cœur dédié à une re-naissance, qui redonnent espoir à notre humanité chancelante en ces temps troublés et incertains où égoïsme et repli sur soi l’emportent sur la solidarité et la fraternité. Yonnel Liégeois

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Giulia Mensitieri, un loup dans les froufrous

Dans Le plus beau métier du monde, l’anthropologue Giulia Mensitieri lève le voile sur les coulisses de la mode. À l’heure des grands défilés, derrière la façade glamour, prospère une industrie qui se repaît de l’exploitation de travailleurs créatifs.

 

Eva Emeyriat – Pourquoi cet intérêt pour le secteur de la mode et du luxe en tant qu’anthropologue ?

Giulia Mensitieri – Lorsque j’étais doctorante à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), j’ai été saisie par le décalage produit entre le regard admiratif porté sur mon statut et la réalité de mon quotidien, plutôt galère, parce que plus personne ne finance de bourse. J’ai eu envie d’enquêter sur ces nouvelles formes de précarité « prestigieuses ». J’ai alors rencontré une styliste photo. Cette femme, qui travaillait pour de grandes marques et portait des habits de luxe, n’avait en même temps pas de quoi payer son loyer ou simplement se soigner. Sa situation est la norme dans la mode ! Un secteur dont on ne connaît rien du travail qui y est produit, alors qu’il nous bombarde constamment de ses images. La mode est intéressante, car elle agit comme une loupe sur le monde du travail. C’est le lieu de l’individualité par excellence. Tout ceci est éminemment néolibéral.

E.E. – Dans Le plus beau métier du monde, vous décrivez la mode comme un écran du capitalisme moderne. Qu’entendez-vous par là ?

G.M. – La mode est une industrie qui vend du désir. Elle montre à quel point le capitalisme a besoin de l’imaginaire pour vivre. Elle est aussi l’une des industries les plus puissantes au monde, la seconde en France, la plus polluante sur la planète avant le pétrole, en raison de la production textile. Sa puissance symbolique, économique et environnementale, est hallucinante mais, en dépit de son excellente santé financière, elle a réussi à rendre le travail gratuit ! Cette dynamique du travail gratuit est un élément central de la production capitalistique. On la retrouve dans d’autres univers : la photo, l’édition, l’architecture ou bien la musique…

E.E. – Des stagiaires paient les repas des équipes lors de shooting photos, des mannequins sont rémunérés un bâton de rouge à lèvres pour un défilé… Pourquoi acceptent-ils cela ?

G.M. – Plus on travaille pour une marque prestigieuse, moins il y a d’argent… L’aspect créatif, l’adrénaline, la lumière font tenir les gens. La reconnaissance sociale est aussi fondamentale. Pouvoir dire « je bosse dans la mode », c’est valorisant. Il y a aussi des cas de domination de travail plus classiques, que l’on peut avoir partout. Les gens sont tellement sous pression qu’ils n’ont plus la force de chercher ailleurs.

E.E. – Que nous dit la mode du monde du travail d’aujourd’hui ?

G.M. – Pour la génération de ma mère, le travail payait l’emprunt de la maison, les vacances… Le compromis fordiste classique. À partir des années 1980, le capitalisme s’est approprié des modèles d’existence « bohémiens » issus des mouvements contestataires des années 1960. On refuse la monétarisation de l’existence, l’aliénation du travail salarié, pour se tourner vers la réalisation de soi… Ces notions ont été injectées dans le modèle néolibéral qui valorise la responsabilité de l’individu, dans sa réussite ou son échec. C’est un changement majeur : le travail est un lieu où l’on se construit d’abord comme individu, l’argent vient après. L’auto-entreprenariat n’est pas qu’un statut, c’est aussi l’idée qu’on doit vendre son image… Les gens sont prêts à s’auto-exploiter, la précarité est intériorisée.

E.E. – Des personnes s’en sortent-elles ?

G.M. – Hormis les célébrités, il y a celles qui renoncent au glamour. Elles travaillent pour des marques plus commerciales et deviennent salariées, avec des horaires. D’autres ouvrent leur boutique de créateur, il n’y a plus l’hystérie des défilés, le luxe. Propos recueillis par Eva Emeyriat

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