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Bodin, l’humour en fanfare

Au Moulin du Roc, la scène nationale de Niort (79), Jean-Pierre Bodin présente Le banquet de la Sainte Cécile. L’histoire de la fanfare municipale de Chauvigny, en Poitou-Charentes : entre humour et humanité, un spectacle hautement créatif et festif !

Soirée conviviale au Moulin du Roc à Niort, une grande table à la nappe blanche, quelques verres de bon rouge posés de-ci de-là, d’autres en attente d’être remplis : à n’en point douter, la soirée sera bien arrosée ! D’un concert à l’autre, de pause en pause, l’évidence s’impose : outre un gosier souvent à sec, ils ont la descente facile, les musiciens de la mémorable fanfare de Chauvigny ! Ce n’est point un souci pour le chef de l’harmonie municipale. Son exigence première ? « Vous faîtes ce que vous voulez pendant le morceau, mais à la fin on s’arrête tous en même temps », les adjure-t-il ! Depuis le festival d’Avignon en 1994, le temps a filé, crinière et barbe blanches désormais, Jean-Pierre Bodin n’a pourtant rien perdu de sa verve enjouée.

Ni les souvenirs de sa jeunesse poitevine quand il déambulait, sax alto au bec, dans les rues de Chauvigny (chef-lieu de canton, département de la Vienne, 7000 habitants) et jouait de concert, chaque 11 novembre, devant le monument aux morts… Une histoire fort patriotique, mais quelque peu éthylique entre fausses notes et vraies chienlits, dont il nous narre l’épopée collective à grandes rasades de rire. Pour fêter son trentième anniversaire, après plus de 1000 représentations à guichet fermé, le spectacle s’était posé au théâtre Charles Trenet de Chauvigny, son lieu de création ! Un succès garanti, c’est toujours avec plaisir que le public trinque à cette randonnée musicale et langagière, imaginée en complicité avec François Chattot !

Ses copains d’avant, Jean-Pierre Bodin nous en dresse un portrait aussi hilarant qu’attachant. Le verbe cru, à défaut d’être bien bu (!), ne masquant aucune de leurs faiblesses mais tissant une belle bordée de camaraderie, tous fiers de défiler, tous derrière et lui devant, fiers de s’en venir répéter pour mieux picoler et rigoler. Manque juste à l’appel monsieur le curé… Se retrouvent là le boucher, le pharmacien, le boulanger, l’épicier et bien d’autres qui, sans oublier femmes et enfants, embellissent les amours et nourrissent les querelles entre citoyens d’une petite ville de province.

Sur scène, Jean-Pierre Bodin raconte sa madeleine de Proust trempée dans un verre de vin rouge (Le courrier de l’Ouest)

Pour rien au monde pourtant, chacune et chacun ne manqueraient le banquet de la Sainte Cécile, cette soirée festive en l’honneur de la patronne des musiciens ! L’occasion pour notre conteur émérite de s’épancher sur les dons incertains de ces compères instrumentistes à la technique douteuse et au solfège rebelle dont répétitions et prestations ressemblent à tout, sauf à un long concert tranquille ! Toutes générations entremêlées, un portrait de groupe qui sent bon le terroir : bal des pompiers à la mairie, gilets jaunes au rond-point, rendez-vous au champ de foire, citoyens conviés à la salle des fêtes, « celle qui sert à tout, qui sert à rin » selon un autre conteur poitevin, Yannick Jaulin…

Perclus ou fringants, vieux croûtons ou jeunes enfants, pressez-vous à la table du banquet, une soirée mémorable entre humour et convivialité à l’écoute d’un comédien de haut vol ! Qui déploie sa folle partition du marais poitevin aux Deux-Sèvres avec une extrême tendresse, dévoilant une portée de rêves et délires qui est nourriture terrestre à tout humain, même s’il n’est pas musicien. Citadine ou rurale, une chronique des terres profondes. Fanfare locale sur le plateau pour clore les ébats, sans hésiter, un spectacle à déguster cul sec ! Yonnel Liégeois

Le banquet de la Sainte Cécile : le 10/10, 18h. Le Moulin du Roc, 9 boulevard Main, 79000 Niort (Tél. : 05.49.77.32.32). Le banquet de la Sainte Cécile, Jean-Pierre Bodin et François Chattot, préface de Jean-Louis Hourdin (Les publications chauvinoises, 59 p., 9€90).

« Au début, nous croyions qu’il ne portait en lui qu’une génération de Chauvinois, l’ambiance d’une petite ville du Poitou, certes de belle manière. Aujourd’hui, nous savons que le monde de Jean-Pierre Bodin est universel, ses regards partagés par chaque harmonie du monde francophone. Il a réalisé dans son spectacle le rêve de tous les ethnologues : décrire, fixer le comportement d’une société. Le rêve de tous les poètes : donner à entendre un monde nouveau que chacun reconnaît. Le rêve de tous les comédiens : transporter ses sœurs et frères humains l’espace d’un moment, dans un temps hors du temps, celui de l’artiste. Nous devons à Bodin et Chattot un récit de bonheur, un regard amusé et sensible sur les joies et les peines estompées des musiciens du banquet de la Sainte-Cécile. L’humanisme dont se repaissent les politiques est ici montré et nourri avec simplicité, connivence, offert comme un cadeau aux lecteurs avides de joies simples ». Max Aubrun

« Conteur de génie et comédien généreux, Jean-Pierre Bodin dépeint avec plaisir le quotidien pittoresque de la fanfare municipale de son enfance. Saxophoniste, il était de toutes les fêtes, de tous les défilés, partageant l’amitié fraternelle et festive de ces musiciens au solfège approximatif. Le récit d’événements ordinaires racontés avec naïveté et sérieux, ingrédients d’un comique subtil, qui embarque le public jusqu’au bouquet final. Créé par l’auteur en 1994 sur des bases autobiographiques, Le Banquet de la Sainte-Cécile renoue avec une tradition orale, la mémoire d’une France dite profonde. Un spectacle tendre et cocasse, rempli d’une humanité bienfaitrice. Culte ! ». L’équinoxe, Scène nationale de Châteauroux

« Quelle malice pour ressusciter, avec verve et tendresse, ces figures villageoises rabelaisiennes. De l’humour rural. Cela existe. Avec quelle ruse ! […] Jean-Pierre Bodin a un charme fou, l’œil brillant, un sens irrésistible de l’effet dans l’art du conteur ». Jean-Pierre Léonardini – L’Humanité

« Jean-Pierre Bodin réussit parfaitement son solo riche en personnages attachants et agaçants (…) On est un peu de la famille, jamais tout à fait seul. De concert avec le destin peu ordinaire de ceux d’en bas et de ceux d’en haut ». Robert Migliorini – La Croix

« Quelle histoire ! Que Jean-Pierre Bodin égrène à merveille, lui qui tint réellement, de 6 à 26 ans, le saxo alto de l’harmonie de Chauvigny. Avec gourmandise, il se souvient de tout (…) Aller les rejoindre l’espace d’un soir réchauffe le cœur, réveille en chacun sa mémoire provinciale, ses racines familiales... » Fabienne Pascaud – Télérama

« Chaque personnage est campé avec courtoisie et insolence : une leçon de tolérance, voire de civisme, qui resserre les liens de la communauté de façon exquise ». Fabienne Arvers – L’Express

« Bodin, seul en scène et un verre de vin à la main, (…) a une façon aussi drôle que diabolique de nous croquer ces dizaines d’individus formant l’harmonie, chacun dans son jus. C’est merveilleusement écrit et joué ». Jean-Pierre Thibaudat – Médiapart

« Un théâtre pictural et champêtre. Bodin renoue avec une tradition orale, courroie de transmission de la mémoire d’une France dite profonde et surtout rurale. Les couacs de l’harmonie ne sont pas épargnés et rendent encore plus réjouissante la performance ». V. Klein – Les inrockuptibles

« Au banquet de l’harmonie municipale de Chauvigny, ils étaient tous là ! C’est un fragment d’humanité qui apparaît dans ce spectacle généreux, tendre et surtout terriblement cocasse (…) Jean-Pierre Bodin croque et raconte les gens qui ont rempli son enfance au détour des rues, au hasard des conversations de café, au sein de l’harmonie. Bref, ceux qui l’ont marqué en bonheur, en beauté ». Hugues Letanneur – Le Monde

« Bodin: le « raconteur » mirobolant. Il (Jean-Pierre Bodin) est au centre de l’histoire la plus incroyable qui se soit développée dans le monde du théâtre ces dernières années. Il est l’inventeur et l’acteur d’un spectacle culte ! » Armelle Héliot – Le Figaro

« Une merveilleuse et drolatique photographie de la France profonde. Tous ces gens-là, nous les connaissons, nous avons leurs doubles dans nos familles. Jean-Pierre Bodin brosse un tableau de la vie en province, dont le style oscille entre la gentillesse rieuse d’un Doisneau et la rosserie énorme d’un Dubout ». Gilles Costaz – Les Echos

« Le banquet de la Sainte Cécile avec l’ami Bodin, un grand moment de complicité, de tendresse, d’humour et de convivialité : l’histoire d’une fanfare dans un petit bourg, comme jamais elle ne vous sera narrée. Une soirée qui se termine habituellement en musique et autour d’un petit verre ! » Yonnel Liégeois – Chantiers de culture

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Genet, Claire et Solange

Au théâtre de l’Athénée (75), Carme Portaceli présente Les Bonnes. La pièce de Jean Genet, quand Claire et Solange projettent de tuer leur maîtresse. Au service d’une impertinente mise en scène, trois sulfureuses interprètes de la Comédie Française « hors les murs ».

En un décor d’une blancheur éclatante, salle de bain et toilette d’un intérieur bourgeois, Solange fait une entrée pétaradante ! Chantant, gesticulant, dansant, enfilant les beaux atours de sa patronne durant son absence… Claire, sa soeur employée de maison aussi, participe du travestissement. Les deux femmes, et Bonnes, ne supportent plus les regards méprisants et les propos humiliants de la maîtresse des lieux.

Quelques huit décennies après la création de la pièce de Jean Genet en 1947 par Louis Jouvet, alors directeur de l’Athénée, la metteure en scène catalane installe les protagonistes dans un environnement très contemporain, diction-musique-costumes, n’étouffant ni crudité ni nudité des situations. Plus que la haine maître-esclave, explosent sur les planches ce ressentiment, ce profond mépris social que les deux sœurs affirment subir à longueur de journée, du matin au soir. Plus que le dérèglement psychologique, Carme Portaceli met l’accent sur la cruauté, la violence du dysfonctionnement dans le quotidien. Point de gestes de tendresse entre Claire et Solange, le dialogue est tendu vers un seul objectif : de la soumission à la subversion, réduire la patronne au silence, éteindre ce regard si méprisant et insultant, l’assassiner finalement !

Une patronne fort déphasée, qui semble aussi dérangée que ses servantes… Les trois femmes à tour de rôle, magistrales Anna Cervinka – Elissa Alloula – Edith Proust ordonnant, vociférant, jouant des vêtements comme de la nudité pour habiller ou dévoiler leurs failles et dérives. La mort s’invite au final, un double jeu macabre où Claire et Solange signent leur défaite au fond d’une tasse de thé : entre délires du paraître et injonctions sociales, rêves de liberté et visions mortifères, les masques tombent, les murs s’envolent au propre comme au figuré. Double vérité du théâtre, double langage de Jean Genet ! Yonnel Liégeois, photos Agathe Poupeney

Les bonnes, Carme Portaceli et la troupe de la Comédie Française : jusqu’au 25/10, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h. L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 4 square de l’Opéra-Louis-Jouvet, 7509 Paris (Tél. : 01.53.05.19.19). Les Bonnes, Jean Genet (Folio Gallimard, 128 p., 8€10).

De janvier à mars 2027, en France et en Suisse : Miramas, Antibes, Arcachon, Enghien-les-Bains, Troyes et Berne. Les 20 et 21/03/27 à Varsovie, au théâtre Polski.

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La petite affaire de Bellorini

Au TNP de Villeurbanne (69), Jean Bellorini présente Une petite affaire. L’adaptation de Seul dans Berlin, le roman méconnu de Hans Fallada qui évoque deux héros de l’ombre au cœur de l’Allemagne nazie. Avant son départ, le directeur et metteur en scène signe sa dernière création avec la sobriété et le talent qu’on lui connait, continuant à interroger l’Histoire pour éclairer notre présent.

Nous sommes à Berlin en pleine guerre. Otto et Anna Quangel apprennent brutalement la mort de leur fils unique, tombé « au champ d’honneur ». Sous le choc, leur conscience s’éveille. Dès lors, pour dénoncer le régime et ses crimes, ils se mettent à écrire contre Hitler de petits textes sur des cartes postales qu’ils déposent dans les halls d’immeubles et les cages d’escaliers. Cet acte de résistance, à la fois dérisoire et héroïque, redonne un sens à leur vie. Arrêtés par la police, ils comparaissent au tribunal et, condamnés à mort, jusqu’au fond de leur cachot ils affirment leur foi en la liberté.

Dans la nuit du fascisme

Jean Bellorini avait fait œuvre exemplaire en adaptant L’Ordre du jour pour quatre acteurs de la Comédie-Française, au printemps 2026. La pièce, d’une économie toute brechtienne avec masques et chants, montrait, sous la plume vive, corrosive et implacable d’Éric Vuillard, la collusion entre le monde de l’industrie et de la politique à la montée du nazisme, jusqu’au moment de l’Anschluss (l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie). Une petite affaire, sur un tout autre registre, nous plonge plus avant dans le drame allemand. Le fascisme et ses effets sont vécus ici au plus près de la société berlinoise, par deux individus, lesquels posent avec détermination un acte de rébellion. À la froideur factuelle de l’Ordre du jour répond une tragédie à hauteur de citoyens ordinaires. Avec leurs modestes moyens, ils persévèrent, bravant la terreur nazie.

Seul dans Berlin, un livre d’un millier de pages écrit en 1947, est une exception dans le parcours littéraire de Hans Fallada. Resté en Allemagne, contrairement à beaucoup d’écrivains, il n’avait pas brillé jusque-là par son opposition au régime, et ses écrits n’avaient rien d’engagé. Mais une fois la paix revenue, il vit à Berlin-Est et, dans les archives de la Gestapo, il épluche le dossier d’Otto et Elise Hampel. À partir de cette histoire vraie, dans son ultime roman il dépeint le quotidien des Berlinois pendant la guerre et l’acte courageux de ce couple d’ouvriers. Alors que toutes les catégories sociales et tendances politiques y sont représentées, Jean Bellorini se focalise sur les époux orphelins de leur fils, qui trouvent une raison de vivre en se rebellant.

Lumière sur sombre destin

L’adaptation opère des coupes radicales dans le roman et s’articule en trois temps forts : le jour où ils sont informés de la mort de leur fils et prennent leur décision, leur procès, leurs derniers moments en prison – cette partie, plus intimiste s’attarde sur leur manière, différente selon chacun, de faire face à la mort. Jean Bellorini réunit sur scène Clara Mayer et Camille de La Guillonnière. Ils s’emparent du texte avec simplicité et passent sans transition de la narration romanesque aux dialogues directs, selon une méthode éprouvée par le metteur en scène depuis sa version théâtrale des Misérables de Victor Hugo. Les deux comédiens entretiennent ainsi un rapport distancié à leurs personnages et apportent la lumière nécessaire à leur sombre destin. Une petite affaire devient l’épopée en mode mineure de deux anti-héros, servie par la prose minutieuse de Hans Fallada.

Ici, sont retenus les mots qui disent les petits riens : les gestes du mari envers l’épouse, « à sa manière taciturne, calme et rude », ses lèvres minces qui se crispent, ses précautions minutieuses quand il écrit à la plume la première carte. On entend l’entêtement de la femme face au juge, jusqu’au persiflage, le culot de celle qui n’a plus rien à perdre. On voit l’homme au tribunal, privé de ses bretelles, affronter l’humiliation et défier la justice afin de se faire évacuer, privant ainsi le tribunal du plaisir de prononcer la sentence de mort devant lui… L’esprit de résistance tient à peu de chose, mais il persiste et irradie. Il illumine les derniers instants de la femme qui tricote au fond de son cachot dans l’espoir que, la guerre finie, elle retrouvera son mari. L’acte de rébellion réveille chez le vieux couple un sentiment amoureux. C’est l’une des belles surprises du roman qui donne un peu de lumière à cette sombre affaire.

Un décor pour la vie

Monumental, écrasant, le décor de Véronique Chazal accompagne à sa façon cette histoire, il se transforme et se recompose au gré des séquences. Il semble doté d’une vie propre, comme s’il représentait les instances du système d’oppression. Il devient le mur qui enferme, le cachot, le couloir de la mort, le lieu de la guillotine … mais, à claire voie, il laisse la lumière pénétrer les ténèbres. C’est dire que les Quangel mesurent parfaitement l’absurdité apparente de leur combat, eu égard à la disproportion des forces : « la guerre entre eux d’un côté, les pauvres et insignifiants petits ouvriers, qui à cause d’un mot pouvaient être éliminés pour toujours, et de l’autre le Führer, le parti, ce monstrueux appareil avec lui. Et tous deux ici, dans cette petite pièce de la rue Jablonski, tous les deux tout seuls ! »

Face aux monstres qu’ils affrontent, des lumières en clair-obscur soulignent l’isolement et la petitesse des protagonistes. La bande sonore du pianiste et compositeur Clément Griffault intervient sans lourdeur aux moments de transition, un peu comme au cinéma. Un quatuor de trombones conclue la pièce en fanfare. Contrepoint à la noirceur du récit, ce requiem en demi-teinte dresse un tombeau lumineux à ces petites gens au courage qui les dépasse. Ils étaient partis du simple sentiment qu’il y a des choses qui ne se font pas, qui ne sont pas convenables. Leur résistance prend racine dans le refus d’une guerre perçue comme un monstrueux assassinat d’enfants. « On ne met pas les enfants au monde pour qu’ils aillent se faire tuer ».

Dans son duel final avec le juge qui ironise sur la vanité de sa lutte contre « le Führer et toutes les forces derrière lui », l’humble menuisier trouve des mots inattendus. « Peu importe qu’il n’y en ait qu’un qui lutte ou bien dix mille. Quand il se rend compte qu’il doit lutter, alors il lutte, qu’il y ait des gens qui luttent à ses côtés ou non. Il fallait que je lutte, et si c’était à refaire, je le referais ». Des mots qu’il est bon d’entendre par les temps qui courent. Mireille Davidovici, photos Christophe Raynaud de Lage

Une petite affaire, Jean Bellorini : jusqu’au 17/10, du mardi au vendredi à 19h30, le samedi à 18h et le dimanche à 15h30. Le TNP, Théâtre National Populaire, 8 Place Lazare-Goujon, 69100 Villeurbanne (Tél. : 04.78.03.30.00). Seul dans Berlin, Hans Fallada (Folio Gallimard, 768 p., 11€20).

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Les femmes, à l’école de Renucci

Du 07 au 09/10, à la Maison de la culture de Bourges (18), Robin Renucci présente L’école des femmes. Avec François Morel dans le rôle-titre, entre humour et sérieux, une mise en scène pétillante de la pièce de Molière à l’heure où la jeune Agnès conquiert la liberté. Un hymne, par excellence, à l’émancipation des femmes.

En ces temps où les droits des femmes sont encore plus et mieux à défendre et soutenir, la pièce de Molière est une flamboyante illustration des combats à mener pour la moitié de l’humanité, pour ce prétendu deuxième sexe qui depuis des millénaires a accouché le premier, ce deuxième sexe qui a accouché l’humanité : de tout temps, d’entre les cuisses d’une femme, l’homme est né ! En la cour d’honneur du château de Grignan où la pièce fut créée sous la baguette de Robin Renucci, à Bourges en ce mois d’octobre et reprise en janvier 2027 sur la scène de la Criée de Marseille au final d’une longue tournée, avec force et puissance les femmes sont à bonne École !

Certes, le petit chat est mort mais, de la bouche d’Agnès, la nouvelle n’émeut guère Arnolphe son tuteur, ravi d’encadrer la donzelle de son omnipotente autorité depuis de longues années. Ravi de voguer prochainement en justes noces, fier de se marier avec une très jeune fille éduquée à bien coudre et repriser, pas à réfléchir ni penser ! Le ton est donné, les dés sont pipés, le quinquagénaire entend bien parachever l’éducation de la poulette en sa basse-cour. Naïve peut-être la gamine, mais pas insensible aux vrais élans du cœur lorsque, sous ses fenêtres, son regard croise celui du jeune Horace. Le coup de foudre pas vraiment mais l’échange d’un sourire tendre et bienveillant, c’est peu mais déjà beaucoup, qui la bouscule dans sa torpeur et langueur, qui rompt l’ennui du quotidien, transgresse la fréquentation seule du maître de maison, ce despote absolu.

Après L’avare en 2023 (Le Cid en 2024, Le barbier de Séville en 2025), c’est à nouveau Molière qui se joue à ciel ouvert et guichets fermés en cette 39ème édition des Fêtes nocturnes, qui fait le bonheur des festivaliers massés sur les gradins, comme chaque été ! Directeur de la Criée de Marseille, Robin Renucci l’avoue, la pièce de Molière lui semble de pleine actualité. Pour donner corps à son propos, il a fait le choix d’un dispositif scénique fort éclairant ; une maison de bois, isolée et vétuste, la cellule idéale pour femme à écarter de tout regard. Le malotru qui veille à la bonne exécution de son projet ? François Morel qui impose sa présence de toute sa superbe, humour et mimiques assumées, qui révèle dans le clair-obscur drômois sa parfaite maîtrise de l’alexandrin ! La joute verbale soulève rires et exclamations, les spectateurs jubilent. Jeunesse en bandoulière, petite moue de l’une et vivacité de l’autre, Juliette Cahon (Agnès) et François Deblock (Horace) ne s’en laissent point conter, ils offrent belle réplique à Morel, le monstre de scène.

« Votre sexe n’est là que pour la dépendance, du côté de la barbe est la toute-puissance.

Bien qu’on soit deux moitiés de la société, ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité.

L’une est moitié suprême, et l’autre subalterne. L’une en tout est soumise à l’autre, qui gouverne »

Le roi a beaucoup ri, dit-on, à la représentation de cette École des femmes, pas vraiment les courtisans et aristocrates qui voyaient leur modèle patriarcal voler en éclats. Le message est clair, voire révolutionnaire pour l’époque, presque inattendu de la part de Molière qui vient d’épouser Armande Béjart de vingt ans sa cadette : avant l’heure un regard féministe par excellence, toute femme a libre choix de sa vie amoureuse et sexuelle, quel qu’il soit tout être humain ne s’épanouit pleinement qu’entre intelligence et liberté. Au tableau final, la baraque se déglingue et tombe en ruines. Chaînes brisées, Agnès s’ouvre à la vie et à l’amour : d’hier à aujourd’hui, de beaux jours pour demain ! Yonnel Liégeois, photos Chadam Com./G. Thevenet

L’école des femmes, Robin Renucci : du 07 au 09/10, à 20h. Maison de la culture de Bourges,  Place Séraucourt, 18000 Bourges (Tél. : 02.48.67.74.70). L’école des femmes, Molière (Folio Gaimard, 176 p., 3€20). En tournée nationale, jusqu’en décembre 2026.

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Ariane, la fée du Lucernaire

Au théâtre du Lucernaire (75), Ariane Ascaride propose Touchée par les fées. Sur un récit de vie confié à Marie Desplechin, entre humour et émotion, pétulance et autodérision, la comédienne égrène ses souvenirs. De l’enfance à l’aujourd’hui, une déclaration d’amour à la scène pour la gamine issue des milieux populaires de Marseille.

Comme pour d’autres avant elle, la valeur n’a point attendu le nombre des années ! De là à prétendre que la jeune Ariane fut une âme bien née, il ne faut tout de même pas abuser… Dès l’enfance, la gamine foule les planches. Sous la houlette du padre, son napolitain de père, coiffeur de métier mais directeur-metteur en scène d’une troupe de théâtre amateur… Le bel italien, tombeur de ces dames au grand dam de son épouse au point que le couple n’échangera plus une seule parole au fil de leur vie commune, est alors fier de sa fille. Dans ce quartier populaire de Marseille, pour la famille Ascaride, à défaut de la misère, la pauvreté a droit de cité. Le pastis et le drapeau rouge aussi, coco de père en fille, la culture également : le théâtre de Bretch pour le maître barbier, les grands airs d’opéra pour la mère de famille.

Entre représentations théâtrales et séances de tournage, d’un rendez-vous l’autre au fil d’un petit noir ou d’une tasse de thé, Ariane Ascaride a confié quelques séquences de vie marquantes à la romancière Marie Desplechin, son amie et complice. Pour offrir au final Touchée par les fées, fada en langage méridional, un récit chargé d’un lourd vécu oscillant entre soleil lumineux de la Canebière et grisailles d’un quotidien assombri par les querelles familiales, grands bonheurs de la petite enfance et amours interdites d’un père dont il sera longtemps fait silence.

« Je viens une dernière fois convoquer ces personnages, des êtres simples mais capables de croire aux fées, aux sorcières, aux anges », confie Ariane l’espiègle qui n’en perd jamais ni son humour, ni son latin ! Qui se veut témoin d’un héritage complexe, « la vie d’hommes et de femmes qui laissent à leurs descendants des pépites d’or et de bouts de charbon ». Une parole, superbement animée et chantée sous la houlette de Thierry Thieû Niang, talentueux metteur en scène : quelques valises à souvenirs, une dizaine d’images accrochées aux épingles à linge, trois bouts d’étoffe et un doudou, enthousiasme et optimisme à foison, la magie opère, plaisir et émotion sont à l’affiche du Lucernaire.

Formidable conteuse, la Jeannette de Robert Guédiguian, duo gagnant italo-arménien, n’a rien perdu de sa générosité, de sa verve et de sa spontanéité. Sous la plume gracieuse de Marie Desplechin et le regard aérien de Thierry Thieû Niang, l’attrait de l’à-venir l’emporte sur la nostalgie du temps écoulé. Entre révoltes, douleurs et combats, entre la folle passion des planches et l’amour du grand écran, un spectacle d’où l’on ressort grandi et ragaillardi ! Yonnel Liégeois, photos Louie Salto

Touchée par les fées, Ariane Ascaride : jusqu’au 15/11, du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 18h. Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.57.34).

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L’Algérie, terre mère

Au Studio-Théâtre de Stains (93), les 01-02/10, Abdelwaheb Sefsaf présente Si loin, si proche. Un concert-récit sur son enfance, un spectacle plein d’humour et de tendresse quand ses parents, immigrés algériens, rêvaient du retour en terre promise. Sous le regard avisé de deux fidèles contributeurs aux Chantiers de culture.

Un spectacle à fleur de peau

Avec une belle constance, Abdelwahab Sefsaf poursuit son chemin avec Si loin, si proche, creusant le même sillon avec la même générosité. Ce n’est pas pour rien que la compagnie qu’il a créée en 2010 porte avec ironie le nom de Cie Nomade in France… Après le beau et mérité succès de Medina Merika, le voici à une autre station de son parcours. Une autre étape qui le mène cette fois-ci à l’évocation d’un retour (momentané) au pays, l’Algérie, pour cause de mariage de son frère aîné. Petite et très folklorique épopée de toute la famille réunie – parents, enfants et ami de toujours très cher – embarquée dans l’aventure vers cette maison que le père passionné par la politique et… l’Algérie, s’est acharné des années durant à faire construire. Mais, par-delà l’anecdote familiale, c’est encore et toujours la recherche de la mère, de la terre mère, de la langue maternelle dont il est question chez Abdelwahb Sefsaf, lui, l’enfant d’immigrés né à Saint-Étienne !

Cette thématique se retrouve ici comme elle apparaît dans les chansons qu’il compose et chante dans toutes les langues. On en avait déjà un bel aperçu dans le spectacle Quand m’embrasseras-tu ? consacré avec Claude Brozzoni au poète palestinien Mahmoud Darwish. Elle se développe ici et comme toujours entre récit et chant, Abdelwahad Sefsaf a l’art de passer de l’un à l’autre avec une belle aisance, il habite de sa forte présence le bel espace que lui a aménagé sa femme Souad Sefsaf et qu’éclaire avec subtilité Alexandre Juzdzewski. Comme toujours dans ses spectacles, le spectateur se retrouve dans un univers chaud propice à la rêverie et à qui l’accompagnement musical et sonore (Georges Baux et Nestor Kéa avec Sefsaf bien sûr) donne toute son ampleur. On n’aura garde d’oublier la présence de Marion Guerrero qui partage avec Abdelwahab Sefsaf, tout comme dans Medina Merika, le travail de mise en scène que l’aisance sur le plateau de ce dernier ferait presque oublier. Tout le spectacle oscille entre ce que le titre Si loin si proche induit : dans le balancement douloureux entre deux pôles opposés et dans le recherche d’une difficile réconciliation. Jean-Pierre Han

L’éternel retour d’Abdelwaheb Sefsaf

« Le monde arabe est un cimetière ». La première scène du spectacle où trône un immense crâne et des tombes aux calligraphies arabes, ne donnent pas le la du récit, loin s’en faut. Bientôt, les tombes se transforment en fauteuils fleuris et la tête de mort s’ouvre, ornée de boules à facettes. Abdelwaheb Sefsaf nous plonge dans son enfance à Saint-Étienne et le rêve de ses parents de retourner en Algérie. Son père Arezki, commerçant ambulant de fruits et légumes, après avoir trimé à la mine, se saigne pour faire construire sa maison du côté d’Oran. « Pour construire la maison témoin, l’immigré algérien des années 70/80, se saigne à blanc et vit en permanence dans du « provisoire ». Vaisselle dépareillée, ébréchée, meubles chinés, récupérés, rustinés, voire fabriqués ».  Car, selon les termes de Lounès, l’ami de la famille qui a réussi, « un centime dépensé en France est un centime perdu ».

Entrecoupé de chants en français et en arabe, le récit nous enchante. Qui prend toute sa force avec la voix puissante d’Abdelwaheb Sefsaf, accompagnée par Georges Baux aux claviers et à la guitare et de Nestor Kéa aux claviers électroniques. Et le chanteur comédien de nous conter l’interminable voyage vers Oran, à onze dans une camionnette surchargée, pour célébrer le mariage du fils, un temps reparti au bled. Le joint de culasse lâchera en Espagne et la famille attendra, dix jours durant, sur le parking du garage que la pièce de remplacement arrive. Il évoque avec tendresse et ironie le malaise de ces immigrés, tiraillés entre deux cultures et cette « maison témoin » en Algérie dont les meubles resteront emballés à jamais pour éviter les tâches. Un texte très fort porté par une musique orientale, rock et électro à savourer. Amélie Meffre

Si loin si proche, Abdelwaheb Sefsaf : Les 1-2/10, 19h. Studio-Théâtre de Stains, 19 Rue Carnot, 93240 Stains (Tél. : 01.48.23.06.61).

STAINS, la culture du vivant

Dans l’une des banlieues les plus pauvres du nord de Paris, à Stains (93) est implanté le Studio Théâtre. Depuis plus de quarante ans, un lieu de convivialité et de partage qui cultive l’art du vivant ! Tout commence en 1983, à l’Espace Paul-Eluard de Stains, une salle phare du département. Xavier Marcheschi en prend la direction et fonde le Studio Théâtre en 1984 avec Marjorie Nakache, alors jeune comédienne. Enraciner le théâtre dans la société, en faire un espace de partage et de confrontation prend une forme plus active en 1989 avec son installation dans une maison de ville attenante à un cinéma. La compagnie investit le lieu à l’heure où la ville en devient propriétaire.

Faire théâtre pour les habitants, et avec eux, telle est la clé de voûte du Studio Théâtre, sa marque de fabrique. Soutenu par la ville, la Drac et la Région Île-de-France, d’une année à l’autre il parvient à réaliser créations et accueil en résidence de diverses compagnies. L’équipe s’appuie également sur un travail, en profondeur et dans la durée, avec le réseau associatif. Désormais directrice artistique du lieu, Marjorie Nakache demeure fidèle à l’esprit hérité du temps de l’éducation populaire, « créer avec les gens et pour les gens ». Yonnel Liégeois

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Haenel, le prof rebelle

Aux éditions Gallimard, Yannick Haenel publie La solitude des professeurs est infinie. Roman de rentrée, le dernier opus de l’ancien prof de français l’est à double titre : il s’ancre dans la rentrée scolaire et dans la rentrée littéraire, deux institutions françaises.

À ses débuts, le romancier Yannick Haenel (prix Médicis 2017) a enseigné le français dans le secondaire pendant quelques années. La solitude des professeurs est infinie revient sur cette expérience inaugurale. Yannick Haenel puise dans ses souvenirs des années 1990. Son alter ego, Jean Deichel, jeune agrégé de lettres modernes idéaliste, passe pour la première fois le seuil du collège où il s’apprête à effectuer son année de stage. Sis à Mantes-la-Jolie, cet établissement accueille des élèves issus des classes populaires. Si l’apprenti prof, passionné de littérature, attend de cette nouvelle vie « des aventures, des lumières passionnantes, et cette joie que procure la poésie », la réalité du collège de banlieue parisienne se rappelle vite à lui. « Vous êtes au courant qu’il y a de la violence ici, et pas seulement du mal-être adolescent ou ce genre de trucs, indique Gaëlle, la conseillère principale d’éducation (CPE), lors de la réunion de prérentrée. Alors faites attention, ça peut péter à n’importe quel moment. »

De même, la réalité administrative, celle des casiers et des emplois du temps, vient percuter de façon assez incongrue, voire délibérément comique, les élans du nouvel enseignant qui vit la transmission comme une « vocation ». « Tant qu’il y a des enfants pour réciter l’alphabet, le monde ne s’écroule pas », lance le stagiaire enthousiaste au proviseur médusé. De l’entrée dans la carrière à la démission annoncée, l’ouvrage de Yannick Haenel se lit d’un bout à l’autre comme un roman de formation : l’enseignement éprouve et modifie le débutant malchanceux, enclin aux élans mystiques. Entre ses bévues catastrophiques et son désir de transmettre la flamme, comment va-t-il se tirer d’affaire ?

Après Entre les murs, de François Bégaudeau (2006), Un hamster à l’école de Nathalie Quintane (2020), Le Grand Secours de Thomas B. Reverdy (2023) ou Miskine la prof de Sandrine Elichalt (2025), La solitude des professeurs est infinie vient confirmer qu’il existe dans notre pays un genre littéraire très particulier : le roman de l’Éducation nationale. Ce livre est révélateur de sa centralité et de son caractère paradoxalement romanesque. Avec 1,2 million d’agents et plus de 6 millions d’élèves à la rentrée 2026, les écoles, collèges et lycées, surtout ceux des quartiers dits « sensibles », sont les lieux où se rencontrent de façon quotidienne des jeunes issus des couches populaires précarisées et des enseignants venus pour la plupart des classes moyennes, voire de la bourgeoisie. Une rencontre d’univers sociaux aussi contrastés ne se produit nulle part ailleurs à si grande échelle, c’est pourquoi elle donne à voir les (més)aventures des grandes promesses républicaines, égalité et émancipation.

De surcroît, le nouvel opus de Yannick Haenel constitue un hommage, un peu appliqué peut-être, à la littérature. Outre que le protagoniste dévore le Zohar, œuvre de la Kabbale dont il a cousu des feuillets à sa doublure, les scènes de lecture en classe, de Gérard de Nerval ou de Charlotte Delbo notamment, font surgir les moments de grâce d’une transmission accomplie. À cet égard aussi, il s’agit d’un livre de rentrée, mais littéraire, cette fois. Publié dans la prestigieuse collection blanche des éditions Gallimard, le livre est promis à une certaine visibilité en librairie comme dans les médias, parmi les 461 nouveaux romans qui paraissent cette année entre fin août et début octobre. Institution spécifiquement française, comme le souligne la sociologue américaine Priscilla Parkhurst Ferguson dans La France nation littéraire (1991), la « rentrée littéraire » et son déferlement de titres correspond à un « culte » rituel rendu à la littérature. Le roman de Yannick Haenel en constitue un exemple presqu’archétypal. Eve Charrin*

La solitude des professeurs est infinie, Yannick Haenel (Gallimard, 320 p., 21,50 €).

*Un article paru dans le magazine Sciences Humaines (n°391, septembre 26. Dossier à la une : Où ai-je la tête ? Trouble dans l’attention). Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Une excellente publication dont nous conseillons vivement la lecture.

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La Palestine, d’hier à aujourd’hui

Disponible sur France.tv, la série documentaire réalisée par Alain Lewkowicz relève le défi de raconter l’histoire de la Palestine de 1840 à nos jours. Trois épisodes précieux pour comprendre la destinée de ce territoire et de ses habitants.

Prenant le contrepied du slogan affirmant que la Palestine était « une terre sans peuple », Alain Lewkowicz retrace l’histoire du territoire en donnant la parole aux Palestiniens, et en s’appuyant sur l’expertise d’un comité scientifique composé de quatre historiens et d’une géographe. « Notre famille est présente à Jérusalem depuis la fin de la période des croisades », raconte ainsi l’économiste palestinien Raja Khalidi dans le premier volet de la série Palestine, une histoire (1840 à 1947). Avec des documents d’archives rares, nous voilà plongés dans une histoire peu connue, celle d’une société cosmopolite, urbaine et moderne avec des élites ouvertes sur le monde.

Au XIXe siècle, sous le contrôle de l’Empire ottoman, la Palestine prospère grâce, notamment, au commerce de l’orange. Dans le même temps, un récit orientaliste promeut « un Orient figé, désertique », balayant la dynamique urbaine, souligne l’historienne Jihane Sfeir. En 1881, avec la flambée de l’antisémitisme et les pogroms perpétrés en Europe de l’Est, quelques 30 000 juifs immigrent en Palestine, se définissant comme des colons agricoles. Ils ne possèdent alors que 2% des terres. Le mouvement sioniste se structure autour de Théodor Herzl. Les Britanniques, avec la déclaration de Balfour en 1917, le soutiennent, promettant l’instauration d’un foyer national juif en Palestine, avant d’administrer le territoire en 1922.

Colonies et émeutes

Une distinction entre les populations voit le jour. Les mentions juif, musulman, chrétien sont apposées sur les cartes d’identité. Les premières colonies sionistes embauchent exclusivement des migrants juifs et clôturent leurs terrains. Comme le rappelle l’historien Vincent Lemire, « il va y avoir une coupure très concrète entre le projet sioniste et les populations palestiniennes locales ». Des émeutes éclatent, faisant des centaines de morts. Les experts britanniques de la commission Peel soulignent, dans un livre blanc en 1939, la nécessité de freiner l’immigration juive, alors que la Palestine est surpeuplée. La seconde guerre mondiale et le génocide de 6 millions de juifs font voler en éclat les conclusions du livre blanc. Un plan de partage du territoire est voté le 29 novembre 1947 par l’Assemblée générale des Nations Unies : 43% du territoire reviennent aux Palestiniens contre 55% pour les juifs, alors que Jérusalem sera sous tutelle internationale. Inacceptable pour les Palestiniens qui détiennent 85% du territoire.

Quand, en 1948, l’État d’Israël est décrété, les frontières sont redessinées : plus de 78% des territoires sont sous son contrôle. Des centaines de milliers de Palestiniens sont contraints à l’exil, les combats s’intensifient entre les milices sionistes et les nationalistes Palestiniens, plus de 600 villes et villages sont détruits. Sur leurs ruines sont plantées des forêts afin d’empêcher le retour de leurs habitants. Le deuxième volet de la série, Un peuple sans terre (1948 à 1987), revient sur les grandes étapes de la résistance palestinienne, tandis que les camps de réfugiés se déploient. « Je suis venu porteur d’un rameau d’olivier et d’un fusil de combattant de la liberté. Ne laissez pas le rameau d’olivier tomber de ma main », déclare, en 1974, Yasser Arafat à la tribune de l’ONU. On suit son ascension à la tête de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), tandis que Leila Khaled témoigne de son engagement au sein du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Détournements d’avions, attentats aux Jeux Olympiques de Munich en 1972, la lutte palestinienne est médiatisée.

Le dernier épisode de la série, Une terre en miettes (1988 à 2025), s’ouvre sur l’espoir suscité par les accords d’Oslo de 1993, leur mise en place comme les oppositions qu’ils suscitent dans les deux camps. Attentats suicides en Israël, assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995 par un membre de l’extrême droite israélienne, montée du mouvement islamiste Hamas… L’escalade dans la violence se déploie avec l’arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahou, puis celle de Donald Trump aux États-Unis. Jusqu’à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et la riposte d’Israël qui n’en finit pas. Croisant les analyses d’éminents chercheurs, les témoignages de Palestiniens et une multitude d’archives, la série réalisée par Alain Lewkowicz nous aide à comprendre les différentes étapes qui ont conduit à une telle tragédie. Amélie Meffre

Palestine, une histoire, une série réalisée par Alain Lewkowicz : 3 x 60 min, en replay jusqu’au 23/10 sur www.france.tv/

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Alligny, les nourrices du Morvan

Les 25 et 26/09, à Alligny-en-Morvan (58), le Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique fête son dixième anniversaire. Un original lieu d’histoire, qui mêle la petite à la grande. Du local au national, de la pauvreté paysanne aux riches familles parisiennes, un regard touchant sur des femmes au grand coeur et au bon lait.

« Allons les Morvandiaux, chantons la Morvandelle « , écrit le parolier Maurice Bouchor en 1903 ! Au coeur du parc naturel, à Alligny-en-Morvan dans la Nièvre, un lieu original la célèbre à sa façon, cette femme morvandelle au bon lait : le Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique. Déjà, à l’orée du deuxième millénaire, le chansonnier ne s’y trompe pas et ne s’en laisse point conter. « Gardons ô mes amis, nos femmes près de nous, Nos filles et nos fils ont droit à leurs nounous », clame-t-il. Et de conclure sa complainte par un appel solennel aux fermiers qui triment sur des terres pauvres et aux forestiers qui usent leur force à exploiter la forêt, « Nos bûches qui s’en vont, Paris s’en chauffera, Nos gars et leurs mamans, Paris s’en passera » ! Depuis le XVIème siècle, des quais de Clamecy (58) à ceux de Bercy, au péril de leur vie les flotteurs conduisent leurs trains de bois sur la Cure, l’Yonne et la Seine jusqu’à la capitale.

Comme l’illustre la chanson devenue hymne régional, le Morvan, longtemps, fut terre nourricière à plus d’un titre. Jusqu’à la Première Guerre mondiale et aux années 20, les Morvandelles réputées pour la qualité de leur lait servent de « nourrices sur lieux » aux enfants de l’aristocratie et de la haute-bourgeoisie parisiennes, aux bébés des cours princières en Europe. « Des milliers de jeunes mères vont ainsi quitter leur foyer peu de temps après leur accouchement pour aller allaiter un autre enfant que le leur », commente Sylvain Mathieu, alors président du Parc naturel régional du Morvan. Des noms de famille célèbres qui usèrent de leurs services ? Les Rothschild, les Roosevelt et Wendel, les Coubertin et Brooglie… Sans oublier Marie Guyot originaire de Château-Chinon, la capitale du Morvan, nourrice du futur Napoléon III !

Quant aux  » nourrices sur place », jusque dans les années 1960 elles accueillent des dizaines de milliers d’enfants de l’Assistance publique, essentiellement parisiens, les « Petits Paris » comme ils étaient surnommés ! Parmi eux, un bébé de 7 mois devenu célèbre : en 1911, la famille Régnier, lui menuisier à Alligny, elle en charge du bureau de tabac, se voit confier Jean Genet. Entouré de bienveillante affection, jusqu’en 1924 : l’année où il est reçu au certificat d’études premier de la commune avec la mention « bien », l’année où il apprend qu’il est enfant de l’Assistance publique, l’année où il commet sa première fugue. Pour connaître, âgé de quinze ans, sa première incarcération en 1925 à la prison de la Petite Roquette, plus tard son placement – un terme policé pour ne point parler d’enfermement – à la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, un bagne pour enfants près de Tours en Indre-et-Loire.

Au recensement de 1921, sur 1840 habitants, Alligny compte pas moins d’une centaine d’enfants en nourrice. Cette réalité, couplée aux traces laissées par son gamin prodige, explique pourquoi le bourg fut choisi comme lieu d’enracinement du Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique. Inauguré en 2016, il retrace cette activité nourricière dans sa dimension économique, vitale autrefois dans cette région pauvre, mais aussi dans ses aspects intimes, au plus près des enfants et des familles. Construit dans l’ancien hôtel de la Poste, il propose de cheminer à travers données historiques et témoignages familiaux, un long périple de la nourrice d’hier à l’assistante maternelle d’aujourd’hui. D’un espace l’autre, le visiteur déambulant comme dans une ruelle de village aux maisonnettes accueillantes, le parcours est riche en informations, touchant en émotions.

Les 25 et 26/09, et jusqu’à la fin de l’année 2026, à l’occasion de ses dix ans d’existence le musée des nourrices se fait Passeurs d’histoire, passeurs d’histoires : rencontres, débats et tables rondes, chansons et spectacles au programme. L’occasion aussi de s’interroger sur l’enjeu d’une telle structure, comment en assurer le développement et la pérennité en ces temps troublés où culture et mémoire sont mis à mal sur tout le territoire. Yonnel Liégeois

Le musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique : ouvert du 18/03 au 15/11, du mercredi au dimanche de 10h à 18h, fermé le samedi matin. À lire : Morvan terre d’accueil, terre nourricière / de l’Assistance publique au vivre ensemble (Cahiers scientifiques n°11, les 6èmes entretiens de Bibracte, 144 p., 15€). Le Bourg, 58230 Alligny-en-Morvan (Tél. : 03.86.78.44.05). Courriel : accueil@museedesnourrices.fr

Alligny, dans les pas de Genet…

Initiatrice d’un circuit de randonnée imaginé par Jean-Pierre Cortet, l’association des Amis du musée invite à marcher Dans les pas de Jean Genet. Un parcours sur les traces des lieux qui ont inspiré l’écrivain, du Captif amoureux à Notre dame des fleurs : le village d’Alligny-en-Morvan et son « vieux château féodal entouré de fossés bruissant de grenouilles », la « maison d’ardoises » d’Eugénie et Charles Régnier et ses « cabinets tout au bout du jardin où la vie me parvenait singulièrement douce, câline, légère », l’école des garçons avec la mairie à l’étage, l’église St Hilaire où « le curé n’était pas pris très au sérieux, le catéchisme raconté de façon si bêtasse que ça avait l’air d’une blague », la maison d’Antonin et Berthe la fille Régnier qui, à la mort de sa mère en 1922, recueillit le jeune garçon. Sources : Jean Genet, essai de chronologie 1910-1944 (Bibliothèque de littérature française contemporaine, Albert Dichy/Pascal Fouché).

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Limoges, les zèbres font de la résistance

Du 23/09 au 03/10 à Limoges (87), les Zébrures, festival des écritures et des créations théâtrales, fêtent la francophonie. Durant dix jours, la capitale du Limousin s’affiche comme la ville-monde de la planète francophone. Comme un temps de résistance aussi, à l’heure des budgets tranchés à la hache et des financements qui s’évaporent.

Il y a mille raisons de se rendre à Limoges : la découverte de la « ville rouge », lieu mythique de puissantes luttes ouvrières et siège constitutif de la CGT en 1895… La découverte de la ville d’art, reconnue mondialement pour ses émaux et sa porcelaine depuis le XIIème siècle… La découverte, enfin, de l’espace francophone imaginé il y a plus de quarante ans, sous l’égide conjuguée de Monique Blin et Pierre Debauche, alors directeur du Centre dramatique national du Limousin ! Reconnus aujourd’hui sur la scène théâtrale, de jeunes talents y ont fait leurs premiers pas : Robert Lepage, Wajdi Mouawad…

« Qu’un grand rendez-vous destiné aux auteurs et autrices dramatiques des cinq continents d’expression francophone puisse se tenir hors Paris constituait déjà un exploit, qu’il s’impose au fil du temps comme une référence mondiale pouvait relever de l’utopie ! », témoigne avec fierté Alain Van der Malière, le président des Francophonies. Désormais, aux côtés de la nouvelle Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts et du réseau actif constitué avec la Cité internationale des arts de Paris et La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, « il est absolument nécessaire de protéger cette halte singulière qui nous apprend ou nous rappelle cette manière poétique d’être au monde » selon le propos de Felwine Sarr énoncé en 2024. Aussi, pour les amoureux des belles lettres comme de la belle langue, le rendez-vous est immanquable : rencontres et débats, expos et lectures, musique et chanson, cinéma et théâtre sont au menu. Autant de propositions artistiques pour célébrer la francophonie et son pouvoir de création, de mots accouchés en mots bigarrés dans une riche palette multiculturelle !

Désormais rendez-vous incontournable à l’affiche de l’hexagone, les Zébrures, festival des écritures et des créations francophones, imposent leurs singularités langagières et leurs richesses culturelles. De la Belgique au Sénégal, de Haïti au Québec, de la Guadeloupe au Burkina Faso, du Liban à la Roumanie, du Congo à La Réunion, de la Martinique à la Slovaquie, de la Côte d’Ivoire au Pakistan, de la Jamaïque à la Corée du Sud, de la Turquie à la Serbie, du 23 septembre au 03 octobre, ils sont venus, ils sont tous là ! NON, PAS TOUS… « En dernière minute, nous avons dû annuler la programmation de Requiem pour un théâtre, une création proposée par une compagnie indienne pour laquelle les moyens nécessaires n’ont pas été rassemblés », constate amèrement Hassane Kassi Kouyaté, le directeur des Francophonies. « Dans un monde de crises et face à l’adversité financière, nous refusons de nous avouer vaincus : on nous prédit la disparition du théâtre ? Nous répondons par l’insoumission, nous allumons les feux de la résistance ». Et le maître burkinabè, descendant d’une famille de griots, de conclure « ce festival est plus que jamais nécessaire. Il est un miroir tendu à l’humanité (…), un espace où les peurs peuvent être nommées et les espoirs, même les plus utopiques, peuvent éclore ». Qui, entre résignation et combativité, sagesse et folie, a composé encore une fois, et malgré tout, une programmation très riche !

Outre la remise du Prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) de la dramaturgie francophone et du Prix RFI Théâtre, moult débats sont à l’affiche de cette 43ème édition. Les créations théâtrales qui scandent les temps forts du festival se déploient de la Maison des Francophonies à l’Espace Noriac, des Centres culturels municipaux à l’auditorium Sophie Dessus d’Uzerche, du Théâtre de l’Union au Grand théâtre de Limoges, du théâtre Jean Lurçat d’Aubusson au Centre international de la caricature et du dessin de presse de Saint-Just-le-Martel… De 5 à 25€ pour tous les spectacles, l’expérience initiée en 2024 est reconduite : les tarifs d’entrée sont libres, sans justificatif d’âge ou de ressources. En fonction des possibilités de chacun pour que toutes et tous, sans barrières ni frontières, puissent partir à la découverte d’autres horizons, osent emprunter ces chemins de traverse qui ouvrent à l’imaginaire, à l’autre, à l’ailleurs… Les Francophonies de Limoges ? Un hymne au Franc parler où l’on danse et chante le Tout-Monde selon le regretté Édouard Glissant, l’humanité créolisée et la fraternité partagée. Yonnel Liégeois

Les zébrures, festival des écritures et des créations francophones : du 23/09 au 03/10. La Maison des Francophonies, 11 avenue du Général-de-Gaulle, 87000 Limoges (Tél : 05.55.10.90.10).

« Le monde entier vient à Limoges pour créer de nouveaux espoirs en termes de création mais aussi d’ouverture des esprits et d’ouverture des cœurs (…) Limoges est le seul lieu de création théâtrale francophone (…) Notre objectif ? Que celles et ceux qui participent au festival en ressortent différents, qu’ils fassent toutes les découvertes qu’ils souhaitent. L’argent ne peut être un frein ». Hassane Kassi Kouyaté, metteur en scène et directeur

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Quand les galets prennent l’eau…

Au théâtre de l’Atelier (75), Claire Laureau et Nicolas Chaigneau présentent Les galets au Tilleul sont plus petits qu’au Havre (ce qui rend la baignade bien plus agréable). Un spectacle de la compagnie PJPP, où la légèreté des situations frise avec l’absurdité du propos. De l’humour déjanté, servi par des interprètes au tonus survitaminé.

Il était une fois… un délire verbal créé en 2021 aux Bains-Douches du Havre, le premier volet du diptyque Le Vide dont le second (Derrière) se donne aussi au théâtre de l’Atelier. Qui n’en finit plus de désarçonner le public avec quatre incongrus ou farfelus qui l’affirment, sans ambages ni discussion possible, Les galets au Tilleul sont plus petits qu’au Havre ! Et d’ajouter d’ailleurs, pour ceux qui en douteraient, que c’est justement ce qui rend la baignage bien plus agréable… Une discussion sans intérêt, diriez-vous ? Affirmatif, ce qui en fait donc charme et nécessité, ce qui confirme son degré de pertinence : parler pour ne rien dire est une affaire trop sérieuse et de trop grande importance pour être confiée à la bouche de n’importe qui. Le quotidien, la routine, l’inutile, le presque tout et n’importe quoi ? Il faut de l’audace et une belle dose d’innocence, surtout d’inconscience, pour faire spectacle avec le rien de la pensée, le néant de la réflexion, le vide de tout dialogue. Du théâtre de l’absurde, comme on en avait point goûté depuis fort longtemps : le lieu commun, ineptie patentée et homologuée, élevé au rang de système philosophique incontournable !

Jeux de mots et jeux de chaises, une dizaine sur le plateau, s’enchaînent ainsi à grande vitesse ! Une overdose de mots scandés ou chantés qui s’étirent en folles envolées à ne jamais tarir, un charivari de propos sur tout et rien échangés entre les jeunes membres de la bande où le non-sens, au final, prend sens pour le public estomaqué et éberlué par tant de virtuosité à enfiler et déclamer les futilités. Et de s’interroger en retour sur la banalité et l’incohérence pour nombre de nos dialogues et débats quotidiens… Assis, debout, allongés ou enlacés, en solo ou duo, les quatre garçons et filles nous entraînent dans une danse des mots, une sarabande ubuesque où le vertige du verbe nous projette dans un absurde langagier des plus jouissifs ! Un rythme endiablé, un humour corrosif qui électrisent cœurs et corps pour nous projeter dans un ailleurs, le monde mystérieux et secret de la parole et de l’alphabet. Yonnel Liégeois

Les galets au Tilleul sont plus petits qu’au Havre, la compagnie PJPP : du 19/09 au 14/11, 21h. Derrière : jusqu’au 12/11, 21h. Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris (Tél. : 01 46 06 49 24).

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Prissac, le village aux trois musées

Machinisme agricole, facteur rural, espace Gutenberg : trois musées regroupés sur un même lieu, le village de Prissac (36). Dans le parc naturel de la Brenne, voilà un site qui mérite le voyage. Et même plusieurs, tant est riche le contenu de ces expositions.

Trois musées ? À vrai dire, il faudrait peut-être nommer le site les quatre musées ! La salle d’accueil, ouverte en 2019 et située dans une maison traditionnelle berrichonne, vaut bien plus qu’un rapide coup d’œil. Au rez-de-chaussée, sont présentés une multitude d’objets du quotidien, utilisés en partie fin du XIX ème et début du XX ème siècle. Lit, poussette, machine à coudre, phonographe, torréfacteur de café, cuisinière, coiffes, vaisselle… On ne compte plus tous ces témoins d’un autre temps ! Le voyage se poursuit à l’étage où sont placés les outils des sabotiers et plusieurs modèles de sabots. Dans les pièces attenantes, une scène de traite de vache a été reconstituée ainsi que le nécessaire pour la fabrication du fromage.

Le tour de l’habitation accompli, les visiteurs sont invités à traverser la cour. Qui accueille deux belles sculptures en bois, un homme au chapeau et une tête de chien, taillées à la tronçonneuse par Patrick Van Ingen, exploitant agricole à la retraite. D’autres créations de l’artiste, tel un ours impressionnant, trônent dans le village de 586 habitants. En quelques pas, se franchit le passage qui conduit aux musées, regroupés dans une immense bâtisse.

Celui du machinisme agricole, le plus ancien ouvert en 1986, est le fruit du travail d’un habitant du village. Pierre Cotinat, mécanicien agricole à partir de 1948, a récupéré des pièces destinées à la casse. L’objectif ? Montrer aux nouvelles générations les matériels utilisés par le passé. Environ 500 pièces sont visibles. Un ensemble exceptionnel constitué, notamment, par 47 tracteurs aux marques emblématiques : Mac Cormick, Massey Fergusson, Deutz, Renault. Commercialisés pour l’essentiel aux premières décennies du XX ème siècle, ils succèdent aux moyens plus rudimentaires : charrues tirées par des bœufs ou des chevaux. Viennent ensuite les ancêtres des moissonneuses batteuses. Des machines actionnées par la force animale, comme cette trépigneuse fonctionnant au pas d’un cheval. C’est une véritable immersion au cœur des techniques qui ont conduit aux futurs équipements modernes.

Place ensuite au service public de la poste avec son fidèle représentant, le facteur, sans doute le plus apprécié de la population ! Personne indispensable dans les campagnes, il est présent dans tous les esprits. Il fut immortalisé par Jour de fête, le film de Jacques Tati tourné dans l’Indre en 1949 à Sainte-Sévère, est-il rappelé sur le site. François Würtz et André Ballereau, deux postiers de la Direction départementale de l’Indre, ont eu l’idée de dédier un musée au facteur rural (…) Ils ont regroupé véhicules, sacoches, boîtes aux lettres, documents (affiches, photos, instructions) et divers matériels. Depuis 1994, date de la création de la première salle d’exposition, l’association Les amis du facteur rural poursuit le travail de collecte.

En 1997, un espace consacré à la création et aux progrès de l’imprimerie est ajouté aux deux précédents musées. Outre la collection de grosses machines, démonstration à l’appui, les techniques primaires d’assemblage des signes sont expliquées aux visiteurs qui mesurent ainsi tout l’apport de l’invention de Gutenberg en 1450 : une révolution dans la reproduction de textes, jusque-là confiée aux moines copistes payés à la lettre. Tout comme l’impact de la linotype utilisée jusqu’en 1997. D’un musée à l’autre, forts d’un accueil et d’un parcours à l’esprit convivial, les visiteurs éprouvent un authentique plaisir à contempler tous ces objets et matériels, témoins de l’évolution des modes de vie. Philippe Gitton

Musées de Prissac : Ouverts jusqu’au 27/09. De 14h30 à 18h, mercredi au vendredi. De 10h à 12h/14h à 18h, samedi et dimanche. 33 Route de Bélâbre, 36370 Prissac (Tél. : 02.54.25.06.85, ou mairie de Prissac : 02.54.25.00.10). Courriel : museesdeprissac@gmail.com

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1960, Brel à la fête de l’Huma

En septembre 1960, Jacques Brel se produit sur la scène de la Fête de l’Humanité. Un concert qui n’a guère laissé de traces si ce n’est, sans doute, dans les souvenirs de celles et ceux qui l’ont vécu.

Pas de photo en 1960, heureusement Brel revient en 1963 !

Il est des concerts dont seule la date demeure, auréolée d’un mystère insondable, celui des choix éditoriaux et des archives. Ainsi en va-t-il de celui de Jacques Brel, lors de l’édition des 3 et 4 septembre 1960 de la Fête de l’Humanité, tout juste annoncé dans l’édition quotidienne du 1er septembre par un bref encadré, pas même 500 signes, surmonté d’une photo. Un bien court rappel biographique pour ce chanteur belge né en 1929 dans une famille catholique d’industriels spécialisés dans la vente de carton. « Quand il a senti qu’il allait étouffer, il a crevé le couvercle et il est sorti de sa boîte comme un jeune diable ébouriffé, une guitare à la main », nous dit le texte. Belle manière de présenter les débuts – difficiles – de cet artiste protéiforme qui, en 1960, a connu quelques succès mais n’en est qu’au tout début de son ascension.La suite ? « Vous la connaissez », concluent les confrères de l’époque.

De son concert de 1960 à la « Grande Fête de l’Humanité », pour la première année au parc des sports de La Courneuve, il ne nous reste presque rien. Combien, sur la scène de la Fête, a-t-il chanté de chansons ? Il a sans doute interprété Ne me quitte pas, créée l’année précédente à Bobino, tout comme La valse à mille temps. Et l’inoubliable Quand on n’a que l’amour, son premier grand succès public, composé en 1956. Mais le mélancolique Plat Pays, la cruelle – mais jouissive – Ces gens-là, Jef, et Mathilde mûrissaient encore dans l’esprit de l’artiste, tels les blés aussi blonds que les cheveux de la belle Frida… Il y a fort à parier qu’il n’a concédé ni bis, ni rappel, lui qui n’en faisait jamais, même pour son dernier concert à l’Olympia. Brel n’aurait dérogé à cette règle qu’une seule fois, si l’on en croit son accordéoniste Jean Corti. À Moscou, en 1965, il a « bissé » Amsterdam, l’un de ses titres phares que, pourtant, lui-même n’appréciait guère. Mais le public avait tranché : la chanson a son alchimie lyrique, ses accents tragiques.

La maison familiale de Brel, rue du Moulin à vent, Montreuil (93)

À la Fête, en 1960, elle n’était encore qu’une promesse qui ne se réalisera que quatre ans plus tard. Brel n’a pas non plus fredonné Jaurès, sortie en 1977 sur son dernier album, Les marquises. Nul doute que les fidèles du journal fondé en 1904 par l’homme politique l’auraient bien accueillie, qui ont défendu la classe ouvrière que le chanteur y dépeint si subtilement. Ce concert à la Fête de l’Humanité advient un peu plus d’un an avant sa première prestation à l’Olympia, qui signe le véritable envol de sa carrière de chanteur. Lui qui ne s’est jamais débarrassé du trac et vomissait avant de monter sur scène a, sans doute et à son habitude, bu un grand verre d’eau, peut-être un whisky ou une bière.

Combien de cigarettes a-t-il fumées ? On imagine qu’il a transpiré sur la scène de la Fête de l’Humanité, gesticulant des pieds à ses longs bras, donnant tout, avec ses tripes. Fidèle à lui-même, Brel ne trichait pas – c’est trop facile de faire semblant, nous dit-il. Seize ans plus tard, il annonçait ses adieux à la scène, se consacrait au cinéma, devenait pilote, et puis skipper. Jusqu’à ce que le « Grand Jacques » se taise finalement, en 1978, à seulement 49 ans. Dix-huit ans après son premier passage à la Fête de l’Humanité – il y reviendra en 1963 –, dont il ne reste qu’un rêve. Jessica Stephan, in l’Humanité

La Fête de l’Humanité, concerts-spectacles-cinéma-livres-débats-conférences : les 11-12-13/09. Base 217/Le Plessis-Pâté, 91220 Brétigny-sur-Orge (infos Billetteries).

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Pas de pétanque au ghetto !

Au théâtre Montparnasse (75), Olivier Veillon propose On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie. Un solo au parfum de yiddishland, où Éric Feldman convoque les fantômes de son enfance. Pour nous raconter avec humour et tendresse, sans pathos, les séquelles de la Shoah qu’il porte en lui.

Ce titre qui vient de loin – plaisanterie d’un rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv’ adressée à un rescapé du ghetto de Varsovie, sur un terrain de boule parisien -, donne le ton de ce seul en scène, où le comédien nous conte ses démêlés intimes avec la vie. Il énonce les traumatismes de l’Holocauste qui minent les survivants et leur descendance sur plusieurs générations. Une contamination que l’écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer compare à celle de la bombe atomique. Assis côté jardin, sur une chaise qu’il ne quittera guère, quelques carnets de notes sur une petite table à ses côtés, Éric Feldman présente un à un les membres de sa nombreuse famille. Venus de Pologne, ses grands-parents rêvaient de la France de Victor Hugo et d’Émile Zola, ils ont eu celle de Philippe Pétain et de Pierre Laval. Ses propres parents, oncles et tantes, furent des « enfants cachés », sauvés par miracle…

Seul en scène mais habité

Son récit, en forme de conversation à bâtons rompus avec le public, est tissé d’anecdotes et de bons mots qui reflètent le pessimisme résilient de ces « malades des camps », terme du psychanalyste et écrivain Gérard Haddad.  « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie », dit un oncle. Un autre nous apparaît, filmé avec un cigare, imitant Serge Gainsbourg qui fut son moniteur dans un foyer pour orphelins juifs : il s’appelait alors Lucien Ginsburg. Ce même tonton devint G.O. au Club Méditerranée, conçu par Gérard Blitz comme un anti-camp de concentration. Sous la plume alerte d’Éric Feldman, tous ces personnages sont bien vivants, et émouvants, quand il prend pour eux l’accent yiddish et nous chante quelques berceuses de cette langue en voie de disparition, tout comme ces derniers témoins de l’Holocauste.

« À quoi penses-tu ? », lui demande une femme, dans le silence d’après l’amour. « À Hitler », répond-il. Rires du public, bien sûr, pris à revers. Mais l’auteur comédien manie le paradoxe et retourne la situation, pour revenir sur l’assassin de masse qui a tué non seulement un peuple mais aussi une culture et une langue (le yiddish). De même, il plaisante sur la psychanalyse ou le yoga, qui l’ont personnellement sorti de ses idées noires, pour dire ensuite, le plus sérieusement du monde, avec Thomas Mann, que Freud est l’« ennemi véritable et essentiel  » d’Hitler : « le philosophe  qui démasqua la névrose, le grand désillusionneur, celui qui sait à quoi s’en tenir ».  Ah, rêve le comédien, si Hitler, qui aimait tant sa maman Clara, avait rencontré le médecin des âmes, son compatriote et contemporain… Et pour conjurer la tragédie, il manie le Witz, cher à Sigmund, en pimentant son texte de mots d’esprit et lapsus soigneusement dosés.

Du je au nous

Après avoir tourné pendant des années avec Ça ira, Fin de Louis, de Joël Pommerat, Éric Feldman est confronté aujourd’hui à la solitude du plateau, mais il a su trouver une belle complicité avec le public, qu’il balade entre rire et émotion. On entend, au-delà de cette autofiction, l’histoire des victimes collatérales des guerres et génocides. Sans prendre part aux polémiques actuelles sur le conflit israélo-palestinien et sur les questions d’antisémitisme telles qu’elles sont dévoyées aujourd’hui, le spectacle, dépassionné et profondément humaniste, traite des traumatismes profonds causés par tout crime de masse. Mireille Davidovici, photos Patrick Zachmann

On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie, Olivier Veillon et Éric Feldman : les lundi à 21h et mardi à 19h. Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté, 75014 Paris (Tél. : 01.43.22.77.74).

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Musée de l’Homme, le grand âge

Jusqu’en janvier 2027, le musée de l’Homme consacre une exposition aux Grands âges de la vie humaine. Mêlant art et science, elle donne à voir les photographies de Nikos Aliagas. En dialogue avec les panneaux élaborés par le biodémographe et chercheur Samuel Pavard, spécialiste du vieillissement.

Présentateur vedette de la télévision (La Star Academy ou The Voice), Nikos Aliagas est aussi un photographe de talent, comme le montre la cinquantaine de clichés en noir et blanc au musée de l’Homme pour l’expo Les grands âges. Une thématique qu’il explore depuis plusieurs décennies à travers des photos qui magnifient les traces du temps qui passe. « Photographier les grands âges, c’est regarder le temps en face sans le juger. C’est nous rappeler que vieillir n’est pas un effacement, mais une autre manière d’être au monde, une façon intime d’imprimer son empreinte pour celles et ceux qui viendront après », explique-t-il. Ses portraits délicats font écho aux panneaux conçus par le chercheur Samuel Pavard qui déclinent la complexité biologique, sociale et culturelle du grand âge.

Après avoir resitué la longévité humaine sur l’échelle du reste du vivant, le parcours montre que les personnes âgées ont toujours tenu un rôle essentiel, fondamental, dans les sociétés humaines : soins apportés aux petits-enfannts, transmission de biens matériels et de savoirs aux générations suivantes… « Un trésor de l’humanité », comme le résume le biodémographe Samuel Pavard. L’expo questionne aussi sur la place actuelle de la vieillesse dans nos sociétés avec l’augmentation de l’espérance de vie qui atteint plus de 70 ans dans la majorité des pays d’Europe, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique. Un enjeu majeur de santé publique et de politique sociale pour assurer une vieillesse en bonne santé pour toutes et tous, mais aussi pour protéger les personnes âgées des menaces accrues : vagues de chaleur, crises sanitaires, épidémie de cancers et de maladies dégénératives causées par les polluants… Amélie Meffre

Les grands âges, Samuel Pavard et Nikos Aliagas : jusqu’au 03/01/27, Foyer Germaine Tillion, tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h. Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris. Le 15/09, rencontre avec Samuel Pavard : « Naître-grandir-aimer et mourir, une histoire naturelle du cycle de vie humain ».

SOUDAIN, le film

Soudain est un récit qui explore l’amitié inattendue entre deux femmes que tout oppose. Marie-Lou, directrice d’un EHPAD, croise par hasard la route de Mari, une metteuse en scène de théâtre japonaise. Cette dernière est atteinte d’un cancer incurable et n’a plus que quelques mois à vivre. Contre toute attente, de cette confrontation avec la maladie et la fin de vie, naît une histoire lumineuse, pleine d’espoir et profondément humaine. À travers des dialogues intimes, le récit explore la force des liens humains, la notion de soin et le pouvoir de l’écoute.

Soudain, un film de Ryusuke Hamaguchi. Avec Virginie Efira et Tao Okamoto, double Prix d’inteprétation féminine au festival de Cannes 2026.

Les avis des critiques de l’émission radiophonique Le masque et la plume, août 2026 :

Nicolas Schaller : un chef-d’œuvre humaniste et bouleversant

Pour Nicolas Schaller, cette œuvre transcende le simple cadre du cinéma pour devenir « presque une expérience de vie » pour l’interprète et « une expérience de projection » pour le public. Le journaliste avoue qu’il aurait volontiers récompensé simultanément le réalisateur et ses deux comédiennes, saluant une complicité qui crée « une espèce de chimie qui se produit pendant 3h15 ». Bien que le récit aborde des sujets graves et complexes liés au quotidien d’un EHPAD, à l’autisme ou à la maladie d’Alzheimer, il évite constamment le piège du pathos pour s’élever vers « une hauteur de vue, d’une grandeur, d’un humanisme assez bouleversant ». Schaller souligne également la virtuosité de la mise en scène qui « bascule d’un régime de langage à un autre », mêlant de longues conversations intimes et des plans-séquences mémorables à la BNF. Il conclut en qualifiant l’œuvre de « film thérapeutique sur l’écoute et le soin », tout en y décelant « une critique féroce du capitalisme ».

Charlotte Garson : un exercice de style captivant mais inégal

Charlotte Garson livre une analyse nettement plus partagée sur ce qu’elle qualifie de « film atelier ». La journaliste confie avoir constamment oscillé « entre une exaspération face à cette notion d’humanitude » exposée de manière très appuyée à travers la formation des soignants, et une « pleine gratitude envers ça ». Elle se montre en revanche très élogieuse envers la structure temporelle de l’œuvre, soulignant la pertinence du titre Soudain qui fait sens face à la trajectoire de Mari, un personnage dont l’agonie promise doit aller « très vite ». Ce sont précisément « ces différents braquets temporels » qui ont su la séduire. Néanmoins, elle émet des réserves sur l’efficacité de certains choix de mise en scène : si elle aime l’idée de croiser différents « régimes de paroles », elle avoue que le procédé « ne marche pas toujours » et que la longue représentation théâtrale antipsychiatrique a fini par l’ennuyer.

Jean-Marc Lalanne : un conte philosophique d’une légèreté absolue

Jean-Marc Lalanne se dit quant à lui particulièrement séduit par le « côté conte philosophique du film ». Il apprécie la profondeur des longs dialogues, habilement « construits comme des débats d’idées » , qui portent une réflexion essentielle sur le capitalisme « et la façon dont il menace au fond la perpétuation de l’humanité ». Selon lui, le réalisateur Ryusuke Hamaguchi réussit le tour de force de rendre cette « aridité assumée » particulièrement « incarnée » et « très sensuelle ». Ainsi, la longueur de l’œuvre ne pose aucun problème puisque le cinéaste parvient à créer « une sorte d’écosystème sensuel dans lequel on se sent bien » , offrant à ces trois heures de narration « la légèreté d’une plume ». Lalanne salue enfin la manière dont le récit articule avec brio « le lien entre l’art et le soin » pour en dire « des choses très belles et très profondes ».

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