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Paix au Proche-Orient

Le 23/09, à partir de 19h au théâtre de la Colline (75), l’association Les guerrières de la paix lancent leur appel de Paris pour la paix au Proche-Orient. Mouvement de femmes pour la paix, la justice et l’égalité, musulmanes et juives rassemblées en réaction aux tensions liées au conflit israélo-palestinien, elles se présentent unies pour porter une autre voix : celle du refus commun de l’assignation identitaire, celle du courage et de l’acceptation de l’Autre.

Depuis sa création en 2022, L’association Les Guerrières de la Paix réunit à Paris des militants pour la Paix palestiniens et israéliens. Ces femmes et ces hommes, qui œuvrent sans relâche pour construire des ponts entre leurs deux peuples, interpelleront le monde pour exiger ensemble la fin de cette guerre meurtrière. Il s’agit d’un cri d’urgence, d’un appel à vocation internationale, des voix de celles et ceux qui vivent au cœur de la guerre. Ces voix unies qui revendiquent dans un même souffle un avenir de paix et de justice. Un avenir d’indépendance et de sécurité pour leurs deux peuples.

Le mouvement rassemble aujourd’hui des femmes de toutes cultures, croyances, origines pour faire front commun face à toutes les haines qui circulent dans notre société, notamment le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, la haine des musulmans, la haine anti-LGBT et tous les ostracismes. À une époque où les luttes antiracistes sont divisées, opposées, mises en concurrence, où les entre-soi confortent la solitude haineuse et empêchent la connaissance et la compréhension de l’Autre, les Guerrières de la Paix affirment ensemble que tous ces combats sont les LEURS.

Réunissant à Paris des militants pour la Paix palestiniens et israéliens, ces femmes et ces hommes, qui œuvrent sans relâche pour construire des ponts entre leurs deux peuples, interpelleront le monde pour exiger ensemble la fin de cette guerre meurtrière. Il s’agit d’un cri d’urgence, d’un appel à vocation internationale, des voix de celles et ceux qui vivent au cœur de la guerre. Ces voix unies qui revendiquent dans un même souffle un avenir de paix et de justice, un avenir d’indépendance et de sécurité pour leurs deux peuples. Yonnel Liégeois

Diverses grandes figures militantes, israéliennes et palestiniennes, interviendront en cours de soirée : Jonathan Hefetz & Antwan (directeurs de l’association Seeds of Peace), Rula Daood & Alon-Lee Green (directeurs de l’association Standing Together), Maoz Inon (militant pacifiste et ex-homme politique), Aziz Abu Sarah (militant pacifiste et journaliste), Nava Hefetz (rabbine et membre de Rabbis for Human Rights), Tahani Abu Daqqa (ex-ministre de la Culture et des Sports de l’Autorité Palestinienne), Ali Abu Awwad (fondateur du mouvement Taghyeer), Amira Mohammed & Ibrahim Abu Ahmad (créateurs du podcast Unapologetic – TheThird Narrative).

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Voyage au bout des fantasmes

Du 20/09 au 22/12, au théâtre de la Colline (75), le directeur et metteur en scène Wajdi Mouawad propose Racine carrée du verbe être. Un spectacle de longue haleine sur les aléas de l’existence et d’hypothétiques choix de vie. Du plus proche au plus lointain, un regard incongru sur un monde parfois déroutant, toujours percutant.

De terres d’asile en contrées plus lointaines, lesquelles choisir ? Celles du Liban, peut-être, en cette journée mortifère d’août 2020 quand explosent le port et la ville de Beyrouth… Une date emblématique pour nous conter la vie, plutôt les choix de vie hypothétiques, divers et variés, d’un dénommé Talyani Waquar Malik. Selon le cours du destin, au gré des circonstances et de l’insondable Racine carrée du verbe être, tout à tour vendeur de jeans à Beyrouth, chirurgien réputé à Rome ou condamné à mort à Livingstone… Comme à l’accoutumée, le franco-canadien libanais Wajdi Mouawad s’inspire de son parcours de vie pour écrire et mettre en scène cette authentique saga de près de six heures, entrecoupée de deux entractes ! Une explosion prétexte, un pays traversé par la guerre depuis des décennies, armes et clans, qui somme chacune et chacun à se déterminer : rester ou fuir le pays ?

Une question que se pose donc Mouawad : que serait-il devenu, lui l’enfant, si sa famille avait décidé d’émigrer à Rome plutôt qu’à Paris en 1978 ? D’où cette longue déambulation dans l’espace et le temps qui, au fil d’événements aussi improbables qu’incertains, se transforme en une sulfureuse méditation tragi-comique sur les aléas de l’existence, des choix de vie qui n’en sont pas vraiment… Entre fantasme et réalité, désir et délire, se déploient alors dans toute leur complexité les itinéraires croisés, et supposés, d’un homme, d’une famille, d’une fratrie : par-dessus les mers, par-delà les frontières. Un voyage au long cours dont on savoure les péripéties, où l’on pleure et rit au gré de situations ubuesques ou rocambolesques.

Entre raisin sans pépins et hypothétiques calculs mathématiques, explosant de vitalité sur la grande scène du théâtre, une bande de comédiens aux multiples identités nous interroge : être ou ne pas être selon la racine jamais carrée de notre devenir ? À chacun de risquer une réponse, sans doute fort illusoire. Yonnel Liégeois, photos Simon Gosselin

Racine carrée du verbe être : du 20/09 au 22/12. Les jeudi et vendredi à 17h30, les samedi à 16h et dimanche à 13h30 (relâche du 21/10 au 06/11). Durée 6h, incluant 2 entractes. Théâtre national de la Colline, 15 Rue Malte-Brun, 75020 Paris (Tél. : 01.44.62.52.52).

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Farah, le doute au corps

Jusqu’au 30/11, au théâtre de Belleville (75), le metteur en scène Sylvain Maurice propose Arcadie. L’adaptation du roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, prix du Livre Inter 2019. Avec Constance Larrieu, espiègle et lumineuse interprète de Farah, adolescente en proie au plaisir de la chair et au doute sur son genre.

Farah, bientôt 15 ans, habite à Liberty House, une communauté déjantée qui a pour maître des lieux Arcady : il y promeut ses penchants libertaires, la tolérance et l’amour de la littérature, l’amour tout court aussi avec les adeptes de tout âge. Farah, jeune adolescente arrivée là avec ses parents dans la voiture de la grand-mère et en proie aux troubles naissants du désir, va voir son corps se transformer de manière étrange… Telle est l’intrigue du roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, prix du Livre Inter 2019, que Sylvain Maurice adapte sur les planches du Belleville. Une pièce créée en 2022 au théâtre de Sartrouville (78), le Centre dramatique national des Yvelines.

Comme à l’accoutumée, le metteur en scène se joue des effets de lumière pour habiller Constance Larrieu, joyeuse et lumineuse interprète ! Qui se dépense et se trémousse sans compter, ludique et convaincante adolescente en proie aux plaisirs de la chair et de l’existence, aux doutes sur son corps et son genre : fille ou garçon ? En parfaite harmonie avec un roman qui privilégie le goût de la chair au détriment de possibles dérives sectaires, sont mises en jeu, et en mouvements d’une totale frénésie, les interrogations d’une femme en plein exercice de sa liberté et de son corps. Qui interpelle chacune et chacun avec humour et légèreté sur le respect de l’autre et le droit à la différence, questionne en catimini la prétendue normalité.

Fort d’images électrisantes et de musiques alléchantes, le tableau finement brossé d’une génération égarée, en quête toutefois de repères plus signifiants. Yonnel Liégeois

Arcadie : jusqu’au 30/11. Du mercredi au vendredi à 19h15, le samedi à 21h15 et le dimanche à 15h en septembre. Les mercredi et jeudi à 19h15, les vendredi et samedi à 21h15, le dimanche à 15h en octobre et novembre. Le Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, 75011 Paris (Tél. : 01.48.06.72.34).

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Extrême droite et syndicalisme

Depuis toujours, le Rassemblement national hait les syndicats, surtout la CGT ! Certes, le programme actuel du RN en matière de syndicalisme reste très flou. Il n’empêche, les anciens programmes du Front National, comme les multiples prises de position des membres du parti, laissent imaginer le pire pour les syndicats et la démocratie sociale en cas d’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. 

« Les syndicats sont les croque-morts du monde économique et du travail, ils ne servent à rien. » Les mots de Louis Alliot, maire RN de Perpignan, au micro de BFM TV le 25 août 2022, sont au diapason d’à peu près toutes les déclarations des membres du parti frontiste au sujet des syndicalistes et leurs actions. Depuis toujours, le Front National, devenu Rassemblement national, se distingue par une franche hostilité à l’égard des syndicats. Édité par la FTM-CGT, un livret tente d’ailleurs de compiler les déclarations de ses membres à ce propos  : pour Marion Maréchal-Le Pen, la CGT est un « syndicat groupusculaire, [une] organisation d’extrême-gauche, ultimes adeptes d’une lutte des classes périmée », tandis que pour sa tante, « le verrou syndical est le premier verrou à faire sauter pour débloquer l’économie », quand pour Thibaut de la Tocnaye, membre du bureau du RN, « l’immense majorité des centrales médiatisées profite à fond du système qui les nantit de subventions et de châteaux… Ils sont souvent corrompus (…) toujours gavés grâce à l’argent, parfois sale ».

Cette aversion se retrouve par ailleurs dans les actes violents dont les syndicats sont régulièrement les cibles : à la Bourse du travail CGT d’Avignon où une croix celtique a été taguée début juillet, ou encore à Montpellier où une militante de l’Union syndicale Solidaires 34 a été agressée par un groupuscule d’extrême droite à la fin du mois de juin.

Une matrice, l’idéologie corporatiste

À la base de cette hostilité du RN pour le syndicalisme, on retrouve une vision très particulière du social : « La matrice idéologique originelle de l’extrême droite c’est le corporatisme, qui consiste à remplacer le conflit entre capital et travail par le patriotisme économique, l’appartenance nationale », explique Karel Yon, chargé de recherche au CNRS et sociologue à IDHES-Nanterre (Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société). « Historiquement, lorsqu’elle a été au pouvoir en France ou ailleurs, l’extrême droite a toujours persécuté les syndicats et dissous les organisations de travailleurs et celles représentatives du patronat. Les « Chartres du travail » ont alors inventé des nouvelles organisations par branches professionnelles qui rassemblaient les ouvriers et les patrons, abonde Cédric Bottero, président de Vigilances et initiatives syndicales antifascistes (VISA). « Malgré les discours de « lissage » du Rassemblement national, pour nous, l’ADN du RN, c’est toujours le corporatisme fasciste traditionnel : la négation de la lutte des classes. » Cette négation de la lutte des classes se retrouve, par exemple, lorsque qu’Éric Zemmour, alors candidat à l’élection présidentielle de 2022, se présente comme le candidat de la « réconciliation des classes ». Pour Cédric Bottero, l’horizon du Rassemblement national ne fait aucun doute : « le projet final, c’est de faire disparaître les syndicats tels qu’ils existent aujourd’hui, c’est-à-dire des syndicats de classe. »

Syndicat maison

À l’exception de la promesse de la réunion d’une conférence sociale à l’automne, le programme de Jordan Bardella est bien vide en matière de démocratie sociale. « Le Rassemblement national n’a pas de programme codifié et clair sur le syndicalisme », explique Jean Grosset, directeur de l’Observatoire du dialogue social, rattaché à la Fondation Jean Jaurès. « Pour comprendre leur ligne, il faut recouper leurs déclarations. »

Une des prises de position constante des membres du parti frontiste, c’est la volonté d’une « grande réforme des syndicats ». De façon récurrente, Marine Le Pen s’est ainsi prononcée en faveur de la « liberté syndicale ». Une expression qui de fait renvoie à différents scénarios : une baisse drastique des seuils de représentativité ou la suppression du monopole de présentation des listes syndicales pour le premier tour des élections professionnelles. Depuis la loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail, le seuil de représentativité des syndicats est fixé à 10 % des voix dans les entreprises et à 8% au niveau de la branche professionnelle. Au niveau interprofessionnel, les organisations sont reconnues comme représentatives lorsqu’elles obtiennent 8% des suffrages au niveau national et si elles ont aussi été reconnues représentatives au niveau des branches à la fois dans l’industrie, la construction, les services et le commerce. L’idée sous-jacente du Rassemblement national ? Permettre la création de nouveaux syndicats, afin d’amoindrir les organisations syndicales existantes. « Ce genre de mesures qui peuvent paraître un peu techniques, auraient pour effet de renforcer un syndicalisme « maison », qui n’aurait de légitimité qu’à la condition d’être le partenaire du patronat, au lieu d’être un contre-pouvoir au capital » analyse Karel Yon.

Couper les vivres

Le financement des syndicats est une autre obsession du parti frontiste. Dans une interview sur Cnews le 21 mai 2024, Marion Maréchal Le Pen affirme ainsi qu’il ne faut « plus de subventions publiques, dorénavant les syndicats doivent vivre de leurs adhésions. » Réduire les moyens financiers dont disposent les syndicats ne figurent dans aucun programme écrit, mais rejoint un autre axe du RN en matière de syndicalisme : celui de restreindre le droit syndical.

« Pour l’extrême droite, dès que les syndicats sortent des entreprises, ils sont accusés de faire de la politique » analyse Karel Yon. Ainsi, lors de plusieurs prises de parole, ses membres ont affirmé vouloir restreindre le droit syndical à l’entreprise ou à l’administration, afin d’empêcher que les élus syndicaux ne puissent mener une activité au-delà de leur lieu de travail. Une telle mesure revient, par ailleurs, à transférer le coût des détachements des élus aux syndicats. « Cela revient à couper les moyens humains des confédérations, des fédérations et des unions départementales » analyse Jean Grosset. Autre attaque fréquente du Rassemblement national sur le paritarisme, le Conseil Économique Social et Environnemental (CESE), rebaptisé par Marine Le Pen « le palais des copains et des coquins. « Le Rassemblement national a indiqué à plusieurs reprises vouloir le fermer » explique Jean Grosset.

Encadrement du droit de grève et de manifestation

Si le RN prétend être du côté des travailleurs, la réalité est toute autre. « Dans toutes ses déclarations, le FN/RN s’est opposé aux syndicats et a toujours été du côté d’un patronat de choc. Jamais ce parti n’a consenti à voir dans l’action syndicale un facteur de progrès et de démocratie sociale. Il a toujours sévèrement condamné tous les mouvements et toutes les mobilisations syndicales » écrit Alain Olive dans une publication de l’Observatoire du dialogue social. Parmi les modes d’action des syndicats les plus honnis par le RN, la grève. « Pendant longtemps, l’interdiction pénale des piquets de grève faisait parti du programme du FN« , rappelle Cédric Bottero. « Depuis 2012, dans son entreprise de dédiabolisation, le RN a fait disparaître cette mention de son programme. Nul doute qu’en cas de prise de pouvoir, ils reviendront dessus« .

Plusieurs représentants de l’extrême droite plaident pour un encadrement renforcé du droit de grève. Marion Maréchal Le Pen s’est prononcée pour l’interdiction du droit de grève aux moments des vacances scolaires et des jours fériés dans la fonction publique. « Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est que le Rassemblement national aurait à sa portée tout un tas de leviers qui ont déjà été posés pour aggraver la situation de fragmentation et d’affaiblissement du syndicalisme », alerte Karel Yon. Ainsi du droit de grève, déjà largement raboté par plusieurs réformes votées ces dernières années (à la SNCF, dans les écoles maternelles et élémentaires, dans le secteur aérien). Aucun doute possible, le RN est bien l’ennemi des travailleurs. Pauline Porro

Lire et comprendre :

Voter par temps de crise, portraits d’électrices et d’électeurs ordinaires par Eric Agricoliansky, Philippe Aldrin et Sandrine Lévêque ( PUF, 384 p., 23€).

Les classes populaires et le FN, explications de vote par Gérard Mauger et Willy Pelletier (éditions du Croquant, 282 p., 18€).

Des électeurs ordinaires, enquête sur la normalisation de l’extrême droite par Félicien Faury (Le Seuil, 240 p., 21€50).

Sociologie politique du rassemblement national, enquêtes de terrain par Safia Dahani, Estelle Delaine, Félicien Faury et Guillaume Letourneur (Presses universitaires du Septentrion, 328 p., 25€).

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Aux gardiens de l’ordre mondial

Que reste-il de la Palestine ? Nous cherchons les mots pour dire l’horreur, l’écœurement. Je suis romancière, j’écris la Palestine, la vie, l’avenir. J’écris l’utopie qui nous verra construire une société ensemble avec les vivants. Publiée sur Mediapart, la tribune de Yara El-Ghadban, romancière et anthropologue d’origine palestinienne.

Yara El-Ghadban vient de publier La Danse des flamants roses. Elle est l’autrice de trois précédents romans aux éditions Mémoire d’encrierL’ombre de l’olivier (2011), Le parfum de Nour (2015) et Je suis Ariel Sharon (2018). Elle a écrit l’essai Les racistes n’ont jamais vu la mer avec Rodney Saint-Éloi, paru en 2021. Ses livres racontent la vie des hommes, des femmes et des enfants qui, face à l’histoire, à la violence coloniale et à l’exil, rêvent de demain. Elle vit à Montréal, elle est présente en France en septembre et octobre 2024.

Bientôt un an de génocide à Gaza. Et la Cisjordanie assiégée par les colons et les bulldozers. Que reste-il de la Palestine ? Je suis parmi les millions de citoyens du monde qui vous suivent du regard. Vous, les gardiens de l’ordre mondial. Vous qui indiquez le terroriste parmi les milliers de victimes, vous qui éduquez sur le droit d’un État colonisateur de se défendre et le devoir des colonisés de mourir. Vous qui martelez qui est humain et qui ne l’est pas. Nous sommes une constellation de pays, langues, religions, continents. Nous cherchons les mots pour dire l’horreur, l’écœurement.

J’écris 7 octobre, et on m’ordonne d’ajouter les mots terrorisme, Hamas, antisémitisme. Ai-je le droit de citer cette date sans avoir à justifier le massacre de 40000 Palestiniens, taire les milliers de disparus, ignorer la violence des colons, escamoter sept décennies d’expulsion, de colonisation, d’occupation, d’apartheid ? 1139 Israéliens tués le 7 octobre. J’ai eu froid dans le dos. En réponse, le droit d’anéantir un peuple entier. Tapisser Gaza de bombes, lâcher la haine débridée des colons en Cisjordanie. Je me demande alors, avez-vous froid dans le dos ?

Je suis romancière. J’écris la Palestine, la vie, l’avenir. J’écris qu’Ariel Sharon et moi partageons la même histoire, même si nous ne pouvions partager cette histoire que l’espace d’un roman. J’écris l’utopie qui nous verra construire une société ensemble avec les vivants. Malgré tout ce que les Palestiniens subissent depuis 76 ans, je refuse l’identité du peuple persécuté. Cette catégorie qui nous réduit en victimes de l’histoire. Qui élève la souffrance par-dessus l’humanité commune. Quand ma souffrance rend le visage de l’autre monstrueux, je répète les mots de Darwich :

Si tu avais contemplé le visage de la victime / Et réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre à gaz / Tu te serais délivré de la sagesse du fusil / Et tu aurais changé d’avis : Ce n’est pas ainsi que l’on recouvre son identité (1).

Je vois les visages des otages tués partout sur les écrans, et je me demande s’il y a assez d’écrans pour les 16000 enfants massacrés à Gaza. Terrorisme, Hamas, antisémitisme, Yara. Ne dis pas que le 7 octobre c’est aussi le début d’un génocide. Que ce jour-là, le mot liberté avait aussi résonné dans l’esprit de tout Palestinien victime du régime colonial israélien. Qu’à côté des scènes horribles d’Israéliens fuyant pour leur vie, il y avait l’image du mur de séparation abattu, de Palestiniens qui pour la première fois depuis des décennies frôlaient leurs terres volées, transformées en colonies et banlieues bien manucurées. ERREUR. Terrorisme, Hamas, antisémitisme, Yara. Enferme-toi dans l’utopie, oublie la vérité.

Pourtant, un autre monde existe. Ce monde où habite la vaste majorité des peuples de la Terre : les 147 États de l’ONU qui reconnaissent la Palestine, les millions qui voient l’évidence du droit des Palestiniens de lutter contre l’oppression, pour qui le 7 octobre est une date dans une longue histoire de violence coloniale dont ils ont été aussi victimes. Le reste du monde crie : Sortez de votre labyrinthe de miroirs, contemplez l’horreur que vous produisez. Vous n’êtes pas le monde, vous êtes des naufragés, aliénés de votre propre humanité. Vous ne trompez personne. Nous entendons ce que vos discours emmitouflés de vertus camouflent. Pourquoi suffoquer lentement Gaza, quand les bombes de deux tonnes sont si efficaces ? Pourquoi soumettre Israël à la lourdeur de l’entreprise coloniale en Cisjordanie, alors que l’État peut tout accaparer et nous débarrasser de cette épine dans le pied qui traîne depuis cent ans ?

Comme ils semblent bénins aujourd’hui ces mots : blocus, occupation, colonisation, même apartheid. À côté des massacres quotidiens, de la famine, du viol, de la torture, des enfants calcinés. À côté des camps de réfugiés rasés. À côté des journalistes assassinés. Comme ces mots semblent inodores à côté des relents de sang et de chair qui collent à vos vestons.

Bientôt un an de génocide en diffusion continue et nous avons appris, nous les Palestiniens, à nous saluer autrement. Comment va ta dévastation ? demande le poète Fady Joudah. A-t-elle été visitée par un chant d’oiseau, ce matin (2) ?

Vous êtes le chant de ma dévastation. Me voilà à tenter de rattraper roman après roman (3) un monde qui n’existe plus. Semer ma mémoire de la beauté de la Palestine avant le génocide.

Le bourreau torture pour rendre sa victime méconnaissable. Ainsi il ne voit pas le visage d’un humain, ne trouble pas l’image qu’il a de lui-même, celle reflétée dans le corps qu’il abîme. Le génocide, c’est un acte d’effacement. Effacer les traits pour que rien ne ressemble à celui qui efface. Détruire tout en quoi il risque de se reconnaître. Taire l’écho de l’humanité partagée. Éradiquer le passé, le présent pour fabriquer un avenir à un seul visage, lisse et parfumé, comme vos vestons, gardiens de l’ordre mondial.

L’odeur est trop puante. Rien ne pourra la décoller de vos costumes, messieurs mesdames. La Palestine porte le visage des peuples de la Terre. Elle résonne dans la voix des millions de jeunes qui entendent l’écho de l’histoire, voient dans les corps mutilés de Gaza et les terres rasées de Cisjordanie, les cicatrices laissées par vos projets civilisateurs. Ils scandent : la Palestine a changé l’ordre du monde. Avenir il y aura, et vous y porterez messieurs mesdames le visage du génocidaire.

Faites vos élections, polluez les ondes de vos hypocrisies, pesez les mots comme vous pesez vos bombes. Nous sommes le reste du monde. Nous portons les génocides cachés dans les plis de vos jupes et vos pantalons. Nous parlons toutes les langues. Nous appartenons aux peuples de l’humanité. Fabriquez la mort, les mensonges. Nous fabriquerons la vie, les cerfs-volants. Yara El-Ghadban

(1) Mahmoud Darwich, État de siège, traduit par Elias Sanbar (Actes Sud, 144 p., 24€30).

(2) Fady Joudah, “How is Your Devastatio Today?” Ma traduction.

(3) La danse des flamants roses, par Yara El-Ghadban (éditions Mémoires d’encrier, 300 p., 22€).

À voir sur M6, le 08/09 à 23h05 : Enquête à Gaza, des vies en enfer. Un document rare, réalisé par Martine Laroche-Joubert. Bouleversant et terrifiant, un génocide à l’œuvre et à l’abri des regards, lorsque caméras et journalistes sont interdits de séjour, sans autorisation de filmer l’enfer dans la bande de Gaza.

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Les illusions perdues de Pauline Bayle

Du 07/09 au 06/10, au Théâtre de l’Atelier (75), Pauline Bayle propose Illusions perdues, une formidable adaptation du roman de Balzac. Avec fougue et passion, sensualité et dérision, une plongée vertigineuse dans la comédie humaine. Un spectacle où la littérature prend ses quartiers tout en haut de l’affiche.

Plus dure est la chute pour Lucien Chardon, Monsieur de Rubempré, celui qui avance masqué sous le nom de sa mère ! D’Angoulême à Paris, de la province à la capitale, les feux de la rampe se métamorphosent en incendies crépusculaires qui réduisent en cendres rêves et ambitions. Si Balzac se révèle maître des Illusions perdues en son magistral roman, la metteure en scène Pauline Bayle l’incarne avec fougue et passion, sensualité et dérision.

Le public installé en format quadri-frontal, sous la baguette de Pauline Bayle désormais directrice du Théâtre Public de Montreuil, seuls six comédiennes et comédiens se lancent à l’assaut d’un roman de 700 pages avec plus de 70 personnages… Grand Prix 2022 du Syndicat de la Critique, une gageure relevée haut les corps par la troupe entre battement de cils et frappe de pieds, séduction et répulsion, petits bonheurs et grandes douleurs ! Lucien a commis un recueil de poésie auquel son égérie du jour, insatisfaite de la banale reconnaissance angoumoise et forte de ses relations,  promet plein succès dans les salons parisiens et la presse nationale. En ce XIXème siècle débutant, il est vrai que Paris brille de mille feux et bruisse de mille bruits : ceux de la presse toute puissante, de la population grossissante, de l’industrie naissante. La vie bouge et grouille autour de nos héros de papier, comme les spectateurs qui cernent et scrutent la scène où se joue l’avenir du poète.

En des plans serrés où les corps s’étreignent ou se bousculent, où les prétentions littéraires favorisent ou percutent les passions amoureuses, où les émotions transfigurent ou noircissent les visages, la metteure en scène rend pleine mesure au roman fleuve de Balzac : les turpitudes de la gente politique, les compromissions des milieux journalistiques, la montée en puissance des affairistes, les ambitions affichées de prétendants à la palme littéraire… Nul décor sinon un sol de craie blanche, changement de costumes à vue, des répliques qui claquent au visage des spectateurs, un rythme effréné et soutenu : argent et notoriété, sourires et baisers, cris et frayeurs, pleurs et sueurs nourrissent ainsi le quotidien du bel intrigant qui vend sa plume au plus offrant. De l’ascension à la chute finale, l’illusion ne dure qu’un temps ! Yonnel Liégeois

Illusions perdues, Honoré de Balzac, adaptation et mise en scène Pauline Bayle : Du 07/09 au 06/10, du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 18h et le dimanche à 16h. Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris (Tél. : 01.46.06.49.24).

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Catherine Ribeiro, libre voix !

Le 23 août, Catherine Ribeiro est morte à l’âge de 82 ans. Inclassable, irréductible, incorruptible, elle a chanté la passion, l’amour, la révolte. Elle est restée libre, jusqu’à son dernier souffle.

Elle aurait pu suivre cette route toute balisée empruntée par nombre de ses pairs à l’aune des années soixante. Elle figure d’ailleurs dans la « fameuse » photo de Jean-Marie Périer, photographe officiel de la génération yéyé. Mais déjà, peut-être instinctivement sent-elle qu’elle n’est pas à sa place, on la devine, au dernier rang, entre Hugues Aufray et Eddy Mitchell. À peine la reconnaît-on.

Entre fumées d’usine et chemins de grève

Elle ne sourit pas. Catherine Ribeiro refusera de jouer la carte de la jolie jeune fille qui se tient sage. En elle, ça bouillonne, ça tâtonne. Elle cherche, se cherche et, très vite, va bifurquer, laisser les chansons de midinettes pour midinettes. Elle rentre dans aucun moule, elle déborde, belle et rebelle, sauvage jusqu’au bout des mots des poètes dont elle va s’emparer, en catimini, ceux de Bob Dylan ou de Leonard Cohen. « La beauté insoumise de Catherine et sa colère chevillée à l’âme incommodent le show-business », disait d’elle Léo Ferré. Il avait tout juste. « J’ai appris mon enfance, face aux fumées d’usines, par les chemins des grèves empruntés par mon père » chante rageusement cette fille d’ouvrier portugais née dans la banlieue lyonnaise en 1941.

Ce sont les hasards de la vie et des rencontres qui lui font croiser la route de Patrice Moullet, qui deviendra son compagnon. Ils se rencontrent en 1963 sur le tournage des Carabiniers, de Jean-Luc Godard. Entre 1963 et 1993, elle jouera dans quatre films. Ce sera tout pour le cinéma. En revanche, elle écrit déjà des poèmes, des chansons que Patrice Moullet va mettre en musique. Au printemps 1968, alors que le pays est en ébullition. Catherine Ribeiro tente de mettre fin à ses jours comme si elle voulait définitivement tourner la page de cette époque. De 1969 à 1980, elle a la révolte au bout de langue. Ses mots sont affûtés comme des lames« Je ne suis pas une femme d’un parti, disait-elle, mais une femme qui lutte contre toutes les atteintes à la liberté dans le monde, où qu’elles se produisent. Et je lutterai jusqu’à mon dernier souffle ». Pendant cette décennie giscardienne, elle va réaliser avec le groupe Alpes une dizaine d’albums et enregistrer de très nombreux 45 tours.

Cataloguée « Pasionaria de la chanson », elle ne veut pas se laisser enfermer, une fois de plus, une fois encore, dans une case. « Les paroles ne sont qu’un accessoire, je préférerais qu’on en arrive presque à des onomatopées pour remplacer les paroles. On le fera peut-être ; il faudrait que la voix serve d’instrument… Ce que je cherche à faire, c’est détruire complètement la chanson classique, avec refrain et couplets réguliers », disait-elle. C’est gonflé. Une façon de ne rien lâcher, de ne pas se soumettre, encore et toujours, et de revendiquer une poésie qui expérimente, emprunte des chemins de traverse. Voix puissante, sensuelle, elle s’entoure de musiciens qui pratiquent un folk-rock progressif aux accents symphoniques. C’est dire qu’elle ne passera plus à la radio mais ses concerts affichent complet, où qu’elle se produise. Toute de noir vêtue, ses cheveux corbeau en cascade dessinent un bouclier sur ce visage qu’on entraperçoit à peine lorsqu’elle s’avance dans la lumière.

Solitaire mais solidaire

Elle chante sans chercher à plaire, à séduire. Elle chante désespérément, crûment la Résurrection de l’amour, cette blessure « jusqu’à ce que la force de t’aimer me manque ». Solitaire mais solidaire, elle s’engage pour la Palestine, pour les réfugiés chiliens, contre la guerre au Vietnam, pour l’écologie, contre le président Valéry Giscard d’Estaing… Elle revendique deux amitiés : Léo Ferré et Colette Magny, « Coco, ma seule amie chanteuse ». Sa reprise de Melocoton est à l’opposé de l’interprétation de Magny, comme si elle ne posait pas les points de suspension au même endroit. Les années quatre-vingt… Terribles années pour bon nombre d’artistes qui seront invisibilisés. Comme Colette Magny, François Béranger, Catherine Ribeiro disparaît des écrans radars.

Pourtant, elle ne cessera jamais de créer. Et de chanter : en 1995, elle donne aux Bouffes du nord un récital, « Vivre libre ». Magnifique moment de communion – païenne – avec le public qui ne l’a jamais lâchée, reniée, oubliée, n’en déplaise à l’industrie musicale. Cordes et piano avec Michel Precastelli, elle sublime chaque mot, chaque note, chaque vers de sa voix toujours aussi puissante et troublante. À partir des années 2000, elle aura toujours des projets qui, souvent, n’aboutiront pas. Elle se retire loin du monde. Marie-José Sirach

Brel, Ferré, Magny, Piaf…

Une présence, une voix prenante et envoûtante… Aller voir et entendre la Ribeiro, toute politesse gardée ? Un moment désiré et attendu, la force de la voix et la beauté de la femme, les aspirations communes, le combat pour une parole libre et la poésie en vitrine, René Char-Apollinaire et Prévert en tête de gondole… Catherine Ribeiro chantait ses propres compositions, elle reprenait aussi avec talent le Chant des partisans, Aragon qu’elle aimait à en perdre la raison, Brel et Ferré, Piaf bien sûr dont elle enregistra les plus grands succès, Colette Magny évidemment et son Melocoton ! Par deux fois sur scène, Lyon – Paris, d’inoubliables partages d’émotions, amour et révolte à fleur de peau… Cet amour absent de L’enfance, un récit poignant et bouleversant, la gamine cabossée et internée. Des grandes scènes aux petites salles, toujours à guichets fermés, récompensée à cinq reprises par l’Académie Charles-Cros. Sur la platine, tourne le 33 tours pour ne point oublier, ne pas t’oublier. Yonnel Liégeois

« Le regard d’une combattante. Le sourire d’une amante. La voix d’une militante. Les mots d’une magnifique perdante. Comme aurait pu l’écrire Leonard Cohen si elle avait été une égérie warholienne du Chelsea Hotel. Sauf qu’elle était debout (…) Panthère prête à bondir sur tout ce qui peut faire mal ou salir la beauté. Rock. Révoltée. Radicale ». Yann Plougastel, Le Monde du 23/08.

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Levers de rideau

Les trois coups sont frappés, la rentrée annoncée ! Divers théâtres ouvrent leurs portes très prochainement. Avec créations ou reprises dès la fin août et début septembre, une série de levers de rideau dont Chantiers de culture se fait le héraut.

Du 28/08 au 03/11 : Des ombres et des armes, à la Manufacture des Abbesses. Texte et mise en scène Yann Reuzeau, les vendredi/samedi à 21h et le dimanche à 17h. Au-delà des schémas attendus, la pièce explore la complexité de situations humaines extrêmes. On croise ici une policière se débattant avec son passé néonazi et son racisme résiduel, ou encore des « revenants », ces jeunes partis faire le djihad et qui jurent vouloir désormais se construire une vie normale.

Du 30/08 au 10/11 : Gargantua, au Théâtre de Poche. Le fameux livre de Rabelais, mis en scène par Anne Bourgeois et interprété avec gourmandise par Pierre-Olivier Mornas. Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h. Rabelais vient nous conter en personne les frasques de son héros, avec sa verve irrésistible, où truculence et bon sens se mêlent pour le bien-être du cœur et de l’esprit. Couillonnes et Couillons, à vos ouïes !

Du 01/09 au 06/01/25 : La chute, au théâtre de l’Essaïon. D’après l’œuvre d’Albert Camus, interprétation et mise en scène Jean-Baptiste Artigas, adaptation Jacques Galaup. Le dimanche à 18h, le lundi à 19h. Un homme interpelle un autre homme au Mexico-City, un bar à matelots d’Amsterdam. Une longue conversation s’initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

Du 02/09 au 04/11 : L’homme qui rit, au Théâtre de Poche, tous les lundi à 21h. L’un des romans les plus étranges et fascinants de Victor Hugo en un « seule » en scène tout aussi étrange et fascinant, par Geneviève de Kermabon. C’est avec une folle originalité qu’elle retranscrit ce chef d’œuvre de Hugo, ode à la tolérance et au théâtre itinérant.

Du 04/09 au 03/11 : Le mage du Kremlin, à la Scala. D’après le roman de Giuliano da Empoli, adaptation et mise en scène Roland Auzet. Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. De la fin de Boris Eltsine à l’avènement de Vladimir Poutine, le spectacle nous entraine dans les sphères opaques du pouvoir russe. Il donne à voir comment un homme insignifiant peut devenir un président tout puissant, exerçant ses pleins pouvoirs dans la solitude, la violence et le sang.

Du 04/09 au 30/11 : Arcadie, au Théâtre de Belleville. D’après le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, adaptation et mise en scène Sylvain Maurice. Du mercredi au vendredi à 19h15, le samedi à 21h15 et le dimanche à 15h. Farah, bientôt 15 ans, habite à Liberty House, une communauté déjantée qui a pour maître des lieux Arcady : il y promeut ses penchants libertaires, la tolérance et l’amour de la littérature. Farah, en proie aux troubles naissants du désir, va voir son corps se transformer de manière étrange…

Du 06/09 au 28/09 : Emma Picaud, au théâtre de l’Essaïon. D’après le roman de Mathieu Belezi, dans une mise en scène d’Emmanuel Hérault, interprétation Marie Moriette. Les vendredi et samedi à 21h. Dans les années 1860, pour échapper à la misère en France, Emma Picard part en Algérie cultiver la terre que lui octroie le gouvernement français. Le récit, lyrique et poignant, de son combat permanent pour la survie, un éclairage singulier sur l’histoire de la colonisation de l’Algérie.

Du 07 au 13/09 : Les messagères, au TNP de Villeurbanne (69). D’après l’Antigone de Sophocle, mise en scène Jean Bellorini avec l’Afghan Girls Theater Group. Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Alors que la situation se détériore en Afghanistan, Les Messagères sont ces citoyennes afghanes qui veulent dire en Occident leur amour pour leur paysLes Messagères sont ces jeunes femmes du XXIe siècle qui résistent, se construisent et inventent leur destin, malgré tout.

Du 10/09 au 12/10 : La joie, au théâtre de la Reine blanche. D’après un texte de Charles Pépin, adapté et interprété par Olivier Ruidavet, mis en scène par Tristan Robin. Les mardi-jeudi-samedi à 20h, à partir du 24/09 les mardi et jeudi à 21h, le samedi à 20h. Solaro traverse les épreuves de l’existence avec une force que les autres n’ont pas : il sait jouir du moment présent. Ce spectacle est une invitation à la réflexion, à comprendre ce qu’est la joie, cette force mystérieuse qui, à tout instant, peut rendre notre vie exaltante.

Du 12/09 au 29/09 : La vie est une fête, aux Bouffes du Nord. Une mise en scène de Jean-Christophe Meurisse, avec la collaboration artistique d’Amélie Philippe. Du mardi au samedi à 20h, les dimanches 22 et 29/09 à 15h. Nous souffrons à cause de papa et maman, nous souffrons aussi à cause de l’état du monde. Pouvons-nous tous devenir fous ? Il n’y a rien de plus humain que la folie. Le service des urgences psychiatriques est l’un des rares endroits à recevoir quiconque à toute heure. Un lieu de vie extrêmement palpable pour une sortie de route, un sas d’humanité.

Sans oublier, du 29/08 au 13/09, le festival Spot au théâtre Paris-Villette et le Théâtre de Verdure qui investit jusqu’au 22/09 le Jardin Shakespeare au cœur du Bois de Boulogne. Belle rentrée culturelle, avec plaisir et émotions. Yonnel Liégeois

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Eekman, peintre et ami des gueux

Jusqu’au 08/09, à Cassel (59), le musée de Flandre consacre une exposition à Nicolas Eekman (1889-1973). Peintre, graveur, dessinateur, l’artiste a traversé le XXe siècle en affirmant sa singularité. Son œuvre témoigne de l’effervescence artistique d’alors.

L’œuvre de Nicolas Eekman surprend par son intemporalité tant elle se nourrit de l’histoire de la peinture passée et présente. Il peint, dessine ou grave là où on ne l’attend pas, comme à contre-courant des mouvements émergents de son siècle. Un œil sur le passé, un trait « encré » dans le futur proche, il clame haut et fort : « Pas d’art, s’il n’est pas à visage humain. » Ami de Mondrian et de Max Ernst, il participe à toute l’ébullition intellectuelle dans le Paris de Montparnasse, où il s’installe après avoir vécu en Belgique et aux Pays-Bas. Il ne cesse d’exposer, de dessiner dans des revues (dont « Monde », celle créée par Henri Barbusse)… Bref, il est, comme ses pairs, de tous les débats et controverses qui s’emparent des esprits dans ce Paris de l’entre-deux-guerres.

La peinture d’Eekman est un pied de nez à l’abstraction, au minimalisme. Ses talents de graveur et de dessinateur s’imposent par son audace, sa maîtrise, sa liberté. C’est cette même liberté qui le conduit à peindre sans se préoccuper des courants et polémiques qui embrasent le monde de l’art. Si Eekman peut compter sur une kyrielle d’admirateurs, il sera boudé par une partie du milieu artistique qui jugera sa peinture passéiste, alors qu’en réalité elle est anachronique. Injustement oubliée, l’exposition que lui consacre le musée de Flandre met en lumière son travail de peintre. Et ce n’est que justice.

Eekman transcende l’école flamande

Eekman est flamand jusqu’au bout de son pinceau. « Je suis né place des Barricades, n° 4, à Bruxelles, dans la maison et dans la chambre où Victor Hugo a écrit une partie de ses ”Misérables”. Moi, je suis un de ses produits : ”un petit misérable”. Je ne sais si cela a quelque chose à voir avec la peinture ou non, mais en tout cas, c’est un début assez amusant à constater. Ensuite, j’ai fait des études d’architecte et tout est parti de là, de cette fameuse place des Barricades. » Ainsi se présentait-il. Toute sa vie, il se revendiquera « l’ami des pauvres, des gueux, des paysans » et « des misérables ». Artiste figuratif, il n’hésite pas à s’aventurer aux lisières du cubisme, du futurisme ou de l’expressionnisme, quand bien même sa technique est proche des maîtres flamands du XVIe siècle.

Eekman revisite Bruegel et Bosch, le peintre des paysans et celui d’une humanité fantasmagorique. Comme eux, il peint à la peinture à l’huile, appliquée sous forme de glacis sur des panneaux de bois préparés, délaissant les matériaux modernes. Mais, au-delà des aspects techniques propres aux maîtres flamands, il va s’atteler à réinterpréter leur univers pictural, s’attachant à peindre un monde paysan dont le réalisme est sublimé par une approche fantastique. La similitude de ses tableaux avec ces maîtres de l’école flamande est telle que l’on pourrait douter de son époque. Mais Eekman ne copie pas. Il transcende, redonne aux motifs des anciens un nouveau souffle. Ses paysans, ses carnavals racontent ses contemporains.

Univers étrange mais familier

L’exposition « le Monde fabuleux de Nicolas Eekman » permet de découvrir une partie de son œuvre, le long d’un parcours qui distingue « L’homme et ses racines », « Dialogue avec les maîtres flamands », « La comédie humaine », « Un art à visage humain » et « Eekman illustrateur : la légende d’Uylenspiegel ». Observer une toile d’Eekman, c’est pénétrer comme par effraction dans un univers qui nous est à la fois familier et étrange. Et on aime cette étrangeté tant elle a à voir avec le monde de l’enfance, avec nos peurs ancestrales teintées d’espièglerie.

Observer une de ses toiles, c’est s’amuser à chercher partout, au premier plan, en fond de scènes, sur les côtés, des éléments parfois disparates et incongrus qui se glissent dans le motif principal et lui confèrent une tout autre dimension. Dans la première partie, on devine l’influence de Van Gogh, qu’il admire profondément. Ainsi, son huile sur bois « le Messager » évoque « les Mangeurs de pomme de terre » de Van Gogh. Les couleurs vives contrastent avec les traits rugueux des personnages. Eekman est un fin observateur. Ses paysans portent de gros godillots et trimballent d’énormes bottes de foin dans une campagne brillante de couleurs. Ainsi, sa « Folle moisson » ou « Gerbe folle » (1946) évoque Bruegel l’ancien, avec cet horizon barré par la silhouette massive du paysan qui laisse à peine entrevoir l’agitation des champs en arrière-plan. Quant au « Quatuor de la zone » (1945), le tableau, le jeu des lumières est une référence explicite à « la Parabole des aveugles » de Bruegel.

Facétieux et mystérieux

Ce désir de rendre compte du monde est présent dès ses premiers tableaux. Ses « Chevaux de trait à Hilversum » (1910), une aquarelle sur papier où terre et ciel se rejoignent sur la ligne d’horizon avec une même gamme chromatique terreuse. Le dessin frappe par sa sobriété et sa puissance qui laisse deviner les rudes conditions du travail des bêtes… et des hommes. « Le Chasseur en hiver » (1929), portrait aux traits géométriques qui s’entrechoquent et s’entrelacent, témoigne de son désir, un temps, de s’aventurer vers le cubisme, le futurisme. Il est frappant de constater combien son « Chasseur » rappelle fortement « la Guerre », l’impressionnant tableau de Marcel Gromaire réalisé en 1925.

Enfin, il y a tous ces tableaux qui célèbrent les fêtes et autres carnavals. Un vent de folie souffle sur chaque toile. Couleurs et formes s’entrechoquent, détonnent par leur aspect farcesque, facétieux et mystérieux. Derrière le jeu, les masques des personnages laissent entrevoir la misère et la peur. Poissons volants, machines étranges, scènes parodiques extravagantes et oniriques, profusions de personnages en arrière-plan, disproportions et décadrages permanents, il y a du Jérôme Bosch dans l’air, de manière implicite et assumée.

« Mascarade » (1969), sa série sur Till l’espiègle, « le Grenier aux marionnettes » (1969) ou encore « le Mirliton » (1962) participent de cette explosion de couleurs où la mort et la vie s’affrontent dans un éclat de rire. Un rire étrange, pourtant, qui semble jaillir des tableaux pour nous interpeller sur la condition humaine. Marie-José Sirach

« Le Monde fabuleux de Nicolas Eekman » : jusqu’au 08/09. Musée de Flandre, 26 Grand’Place, 59670 Cassel (Tél. : 03.59.73.45.60). À lire : « Nicolas Eekman », d’Emmanuel Bréon (éditions Norma, 196 p., 200 illustrations, 49€).

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Bélâbre dit oui au CADA !

En 2023, s’est constitué à Bélâbre (36) le collectif « Oui au CADA » ! En faveur de la création d’un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile sur la commune, en soutien à la municipalité qui fait face à une opposition venue d’ailleurs. Pour l’ouverture à l’autre, le vivre ensemble et l’acceptation de la différence.

Un collectif « Oui au CADA » s’est constitué en 2023 à Bélâbre, une petite commune de l’Indre. Un soutien à la création d’un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile, répondant aux manifestations de rejet du projet par une partie de la population du village. Une opposition entretenue par l’intervention de nombreux militants d’extrême droite, extérieurs à la commune, qui entendaient ainsi médiatiser cette affaire pour faire valoir leur rejet de toute forme d’immigration.

Aujourd’hui, le projet demeure malgré plusieurs mois d’extrême tension et pression exercée sur le maire et les élus. La municipalité maintient sa volonté d’avancer sur la mise en place d’un dossier qui doit désormais tenir compte d’un certain nombre de réalités : l’attente de décisions de justice dues à deux recours au Tribunal Administratif, un changement de lieu d’implantation sur le territoire de la commune en raison du coût des travaux, des renégociations avec de nouveaux interlocuteurs en charge de l’opération, une répartition différente des demandeurs d’asile sur les points d’accueil. En tout état de cause, le maire Laurent Laroche a bon espoir de finaliser le projet.

Le droit d’asile, une protection internationale

C’est en février 2023 que le conseil municipal de Bélâbre décidait de vendre les locaux d’une ancienne chemiserie en réponse à un projet de Viltaïs, une association qui agit pour l’insertion sociale. Au cas précis, son action vise à accueillir des demandeurs d’asile. Elle se porte acquéreur du bâtiment pour créer un centre d’une capacité maximale de 38 personnes. Laurent Laroche, maire de Bélâbre, et le conseil municipal ont rappelé le sens et l’ambition de l’opération : faire tout simplement preuve d’humanisme ! « Un demandeur d’asile (selon le communiqué adressé à la population) est une personne qui sollicite une protection internationale hors des frontières de son pays, mais qui n’a pas encore été reconnue comme réfugiée.(…) Un être humain qui cherche à survivre dans un autre pays, qui est déraciné, parce que dans son pays c’est l’enfer, qu’il y est exposé à un risque de préjudice grave (insécurité, persécution, menaces, guerre, etc…)« .

Pour se convaincre de la dureté du vécu des demandeurs d’asile, il suffit de lire les articles de presse consacrés aux parcours d’un certain nombre d’entre eux. En 2023, la Nouvelle République, le quotidien régional, a relaté l’histoire d’Alhassane. Ce jeune papa a fui la Guinée avec sa petite fille de 3 ans. Après un périple à travers l’Algérie, le Maroc et l’Espagne, le voilà enfin posé depuis le 4 août à la résidence de la Roche-Bellusson, à Mérigny. « Avoir la paix et la tranquillité après tout ce qu’on a traversé, c’est tout ce qu’on demande. On se sent bien ici. En sécurité. On est tous venus chacun de son côté mais maintenant on est comme une famille », confie le jeune homme, qui ne peut s’empêcher d’avoir un mot de gratitude pour Cynthia Rochet, l’intervenante sociale de Viltaïs, chargée du centre d’accueil temporaire de Mérigny.

L’intranquilité, prétexte au rejet de l’étranger

Des portraits émouvants, tel que celui d’Alhassane, les journaux en ont publié bien d’autres. Montrant à la fois les épreuves surmontées et la farouche volonté de s’intégrer. Les témoignages sont particulièrement parlant à Buzançais où la plupart des demandeurs d’asile participent pleinement à la vie locale. Un reportage du Monde à Sommières-du-Clain dans la Vienne, en apporte les mêmes conclusions. Mais d’affirmer que ces accueils se déroulent sans problème, ne semble pas dissiper les peurs d’une partie des habitants de Bélâbre. Les craintes d’un trouble de la tranquillité, due à l’arrivée d’une quarantaine de personnes ne devraient pas résister longtemps à la réalité des faits, une fois les demandeurs installés. Autre chose est le rejet de l’étranger, traduit à Bélâbre par un tag affirmant : « Pas de CADA chez les gaulois ».

Un slogan aux relents des thèses nauséabondes d’un Le Pen, revendiquant la supériorité des Français dits de souche. L’actualité démontre pourtant que l’assimilation des individus de diverses horizons est une chance pour la France. Ainsi, parmi les Français qui ont fait vibrer le pays dans les épreuves des Jeux Olympiques, nombreux sont celles et ceux qui ne sont pas descendants directs du peuple de Vercingétorix. Peut-être qu’au milieu de la foule qui acclame ces sportifs, à Bélâbre comme ailleurs, il y en a qui ont glissé un bulletin RN ou Reconquête lors des dernières élections. Deux partis animés par la haine de la différence qui opposent et divisent les humains entre eux, cultivent le rejet de l’autre et contestent une évidence.

La nationalité est une affaire de sol et non de sang. Le vivre ensemble se cultive dans la fraternité et l’ouverture à l’autre, non dans le rejet et le repli sur soi. Philippe Gitton

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Delon, les mauvaises fréquentations

Le dimanche 18/08, en sa demeure de Douchy-Montcorbon (45), Alain Delon est décédé à l’âge de 88 ans. Amitié avec Le Pen père, propos homophobes et sexistes, apologie de la peine de mort : telle est la face sombre de l’acteur. Qui n’a jamais caché ses engagements à droite toute et son goût pour l’ordre et les codes virils.

Il aurait été facile de titrer Mort d’un pourri, le film de Georges Lautner sorti en 1977. C’était faire fi de toutes les ambiguïtés du personnage à la personnalité double, trouble. Magnifique acteur à la beauté captivante, politiquement, Alain Delon s’est toujours situé sur une ligne de crête, entre gaullisme nostalgique et droitisme viriliste. Acteur et voyou, mauvais garçon, il a tout d’un jeune Rastignac, prêt à tout pour décrocher ses premiers rôles, y compris coucher. Il jouera de sa beauté, de cette plastique sublime pour gravir les échelons qui le conduiront au sommet. Et de ses amitiés dont il ne se défera jamais, par fidélité. Chez Delon, on ne trahit pas. On scelle des pactes à la vie à la mort aussi bien avec ses maîtres en cinéma (Visconti, Clément, Melville) qu’avec des êtres peu recommandables, croisés au cours de virées nocturnes en Indochine ou dans les arrière-salles de cafés malfamés. La découverte du cadavre de son garde du corps Stevan Markovic, en 1968, jettera une ombre sur son aura.

L’honneur et l’ordre

Fasciné par les codes « d’honneur » du milieu qu’il fréquente dès son plus jeune âge, il aime l’ordre, la discipline, qu’il apprend à l’armée, lors de fréquents séjours au cachot pour désobéissance ou pour quelques menus larcins. Il se prononcera pour la peine de mort jusqu’à son abolition. Sa vision de la femme est d’une misogynie décomplexée. À l’image de certains des personnages qu’il incarnait à l’écran, ses partenaires féminines étaient bonnes à baiser ou à gifler. Quant à l’homosexualité, il l’a toujours considérée « contre-nature ». Précisant sa pensée, il ajoutera à propos des homosexuels : « Qu’ils se marient entre eux, je m’en fous complètement ! Ce que je ne veux pas, c’est qu’ils adoptent. » Blessure d’enfance ? Quel Delon parlait ? Celui abandonné par ses parents après leur divorce ? Obsédé par l’idée de famille, il soutiendra Christine Boutin dans sa croisade contre le mariage pour tous.

En politique, à droite toute

Ses fréquentations politiques se déploient sur un éventail à droite toute. En 1974 et 1981, l’acteur appelle à voter Valéry Giscard d’Estaing, puis Raymond Barre en 1988 et Nicolas Sarkozy en 2007. Il votera François Fillon au premier tour de la présidentielle de 2017 et déclarera être « resté chez (lui) » lors du second entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Il préférait, de loin, le père de cette dernière – « un ami de longue date » – à la fille, disait-il. Pris en flagrant délit d’amitiés lepénistes, il parlera de « points d’accord et de désaccord » qu’il aurait eus avec le chef de l’extrême droite française d’alors. Son amitié avec l’homme au bandeau faisait « jaser » mais « j’emmerde les gens« , affirmait-il sur un ton à la fois goguenard et provocateur.

À l’instar d’Éric Ciotti, premier à dégainer sur les réseaux sociaux pour saluer « un patriote sincère et homme de droite (…) qui a toujours défendu une certaine idée de la France », tous les opportunistes rivalisent d’hommages franchouillards, tandis que l’étoile s’éclipse avec sa part d’ombre et de secrets. Marie-José Sirach

Michelangelo Antonioni, Bertrand Blier, René Clément, Jacques Deray, Jean-Luc Godard, Joseph Losey, Jean-Pierre Melville, Luchino Visconti… Sous la conduite des plus grands maîtres du septième art, Alain Delon a construit son univers à travers une centaine de films, dont quelques chefs d’œuvre : La piscine, Le cercle rouge, Le guépard, L’éclipse, Mélodie en sous-sol, Monsieur Klein, Nouvelle vague, Rocco et ses frères. Au côté de stars du grand écran : Claudia Cardinale, Annie Girardot, Jeanne Moreau, Romy Schneider, Simone Signoret, Monica Vitti… « On me demande de mettre des mots, mais la tristesse est beaucoup trop intense (..) Le bal est fini, Tancredi s’en est allé danser avec les étoiles. Per sempre tua, à toi pour toujours, Angelica », pleure Claudia Cardinale à l’annonce de la mort du Guépard. « J’étais très heureux quand j’étais Alain Delon au cinéma. Très heureux », déclare-t-il en 2020 dans un entretien à Paris-Match. Y.L.

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Zahia Ziouani, à la baguette !

Stade de France le 11/08, en la cité royale de Saint-Denis (93), une grande première pour un événement à résonance mondiale : à la tête de son ensemble symphonique Divertimento, la cheffe d’orchestre Zahia Ziouani dirige à la baguette la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris 2024 ! Malgré les embûches, élevée en Seine-Saint-Denis par des parents venus d’Algérie, elle crée son  ensemble symphonique. Un parcours exceptionnel qui ouvre la voie à d’autres jeunes de banlieue, filles et garçons.

Pantin en banlieue parisienne, la ville où Zahia Ziouani a grandi, là où elle vit toujours… C’est là où les parents, immigrés algériens, se sont installés dans les années 1980. Des parents mélomanes : quand il arrive en France, le père achète très vite un transistor. Branché sur France Culture, il devient un grand amateur de musique classique (Mozart et Beethoven) et d’opéra (La Flûte enchantée, les Noces de Figaro). Quand Zahia et sa sœur jumelle Fettouma ont 8 ans, leur mère veut les inscrire au conservatoire de musique de Pantin, mais il ne reste qu’une place. C’est leur petit frère qui l’obtiendra. Qu’à cela ne tienne, la maman accompagne son fils, elle suit tous les cours. De retour à la maison, elle les prodigue à ses filles. Quand des places se libèrent en cours d’année, les jumelles peuvent intégrer le conservatoire sans avoir perdu de temps. Au fur et à mesure de sa formation, Zahia s’épanouit en cours de guitare mais elle envie sa sœur qui, au violoncelle, a accès à l’orchestre. Elle choisit alors l’alto, l’instrument à cordes placé au centre des orchestres symphoniques !

Elle redouble d’efforts pour pouvoir intégrer l’orchestre du conservatoire. Et le rôle de chef la fascine de plus en plus. Elle emprunte des conducteurs d’orchestre à la partothèque du conservatoire. C’est un déclic, elle découvre un monde qui semblait l’attendre, comme une évidence, mais aussi comme un rêve inatteignable. Tous les chefs d’orchestre qu’elle découvre sont des hommes âgés, pas des jeunes femmes comme elle. Pour continuer leur parcours de musiciennes douées, les sœurs Zahia et Fettouma intègrent le prestigieux lycée Racine à Paris, qui propose des horaires aménagés pour les jeunes musiciens de haut niveau. Difficile pour elles de faire leur trou, tant elles sont vues comme « les filles qui viennent de banlieue ». Mais leur détermination et leur talent forcent l’admiration. L’autre déclic ? La rencontre lors d’une masterclass avec le grand chef roumain Sergiu Celibidache qui lui dit de s’accrocher « parce que souvent les femmes manquent de persévérance« . Il n’en fallait pas plus pour motiver encore plus Zahia.

Une fois ses diplômes obtenus, Zahia se rend compte qu’il sera difficile pour elle de trouver un poste de chef d’orchestre. Elle a l’idée de créer son propre ensemble, la femme d’à peine vingt ans fonde Divertimento avec les meilleurs musiciens qu’elle côtoie à Paris et en Seine-Saint-Denis.. Pas un projet « socio-culturel », avant tout un orchestre professionnel reconnu sur le plan musical… Avec Fettouma et son frère, elle organise des tournées et décide d’installer cet orchestre en Seine-Saint-Denis. Un engagement politique, militant : faire le pari du 93. La cheffe défend l’idée que les habitants des banlieues ont droit à la même qualité, au même accès à ce qui est exigeant, ce qui est beau. Malgré les difficultés matérielles : le département n’a pas les infrastructures pour accueillir un orchestre symphonique, pas de salle assez grande. D’où l’obligation de se délocaliser pour répéter en formation, par exemple à la Seine Musicale des Hauts-de-Seine. Sa vocation ? Aller jouer dans les salles les plus prestigieuses comme auprès des publics les plus défavorisés.

Zahia Ziouani, un symbole ? Elle répond modestement qu’elle se voit surtout comme un message d’espoir. Son parcours doit inspirer les jeunes filles qui ont des grands rêves. Elle passe du temps dans les collèges et les lycées pour dire aux jeunes que tout est possible, à condition de travail et d’exigence. Si les politiques la saluent souvent, elle n’est pas dupe, mais elle veut se servir de cette attention pour faire avancer les projets culturels dans les quartiers défavorisés. Son histoire inspire le cinéma : en ce mois de janvier sort Divertimento, le film qui retrace son parcours et celui de sa sœur. Un film qui parle de jeunes des banlieues populaires qui réussissent, une victoire pour Zahia. Amélie Perrier, journaliste à Radio France

Le fabuleux destin de Zahia et Fettouma

Sorti en 2023 sur les écrans, désormais disponible en DVD, le film Divertimento retrace l’extraordinaire parcours de Zahia Ziouani et de sa famille. Sous les traits de Oulaya Amamra (Zahia) et Lina El Arabi (Fettouma), la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar brosse le portrait des deux sœurs, jumelles et musiciennes : du conservatoire de Pantin en banlieue parisienne, dans le 9-3, au prestigieux lycée parisien Racine ! Niels Arestrup incarne à la perfection le maître, le grand chef d’orchestre Sergiu Celibidache. L’autre grande qualité du film ? Pour les séquences musicales, la réalisatrice a filmé de vrais instrumentistes plutôt que des acteurs. Pour tous les amoureux de la diversité culturelle, mélomanes néophytes ou aguerris, un superbe et grand film à voir et à écouter ! Yonnel Liégeois

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La meilleure façon de courir

Tandis que s’élance ce 10/08 le marathon hommes des Jeux olympiques de Paris, Andrea Marcolongo publie Courir. De Marathon à Athènes, les ailes au pied. Italienne de passeport, Française d’adoption et helléniste de formation, l’auteure s’est frottée à ce mythe grec. Paru dans le mensuel Sciences Humaines (N°370, juillet-août 2024), un article de Jean-Marie Pottier.

En matière de course à pied, l’humanité a mis deux millénaires à gagner quatre cents mètres. Ceux qui séparent les très codifiés 42,195 kilomètres du marathon olympique des 41,8 kilomètres parcourus, paraît-il, au 5e siècle avant notre ère par le messager nommé Philippidès (ou Euclès selon certains) venu annoncer aux Athéniens leur victoire contre les Perses à Marathon : « Nous avons gagné ! », s’exclama-t-il avant de s’écrouler, épuisé à en mourir. Italienne de passeport, Française d’adoption et helléniste de formation, Andrea Marcolongo s’est frottée à ce mythe grec en s’entraînant, des mois durant, pour courir un marathon à Marathon – d’une certaine manière, juge-t-elle, « l’expérience la plus “grecque” » d’une carrière déjà riche de plusieurs ouvrages sur cette « langue géniale ».

Publié en italien sous le titre De arte gymnastica, qui est aussi celui d’un célèbre traité du philosophe Philostrate, son livre alterne récits intimes d’entraînement et chapitres thématiques explorant ce qui a changé dans la course à pied (la participation des femmes, le régime des coureurs, le rôle de la technologie…) et ce que nous venons y chercher d’immuable. Qu’est-ce qui nous pousse à enfiler nos baskets pour accomplir des trajets qui nous ramènent le plus souvent au point de départ ? C’est, selon elle, que la course, malgré les contraignantes routines d’entraînement, nous libère. Elle nous fait sentir le temps, dans toute sa consistance, plutôt que bêtement l’occuper ou le perdre. En sortant notre corps de sa confortable immobilité, elle apaise notre esprit. Elle nous inflige une « douleur immense », certes, mais qui nous protège « des éclats violents de l’existence ». Bref, elle nous aide à combattre l’angoisse de mourir : je cours, donc je suis en vie.

« L’instant après le marathon, nous devons immanquablement cesser de jouer à la course et marcher enfin bien sagement, au pas toute la vie jusqu’à la tombe ». Le mérite de ce livre enlevé et érudit est de nous donner envie de méditer cette leçon avant, après, voire pendant quelques kilomètres de course. Jean-Marie Pottier

Courir. De Marathon à Athènes, les ailes au pied, Andrea Marcolongo (Gallimard, 256 p., 22 €).

Décoiffant, le dossier du numéro 370 de Sciences Humaines frappe fort : Avoir la niaque, une psychologie de la persévérance. Avec, aussi, une analyse du vote en faveur du Rassemblement national lors des élections européennes, l’ethnographie d’une lame de fond. Sans oublier l’entretien de Frédéric Manzini avec la philosophe Fabienne Brugère qui s’interroge sur le désamour avec son Manuel d’un retour à la vie. Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Un excellent magazine dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois

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À lire ou relire, chapitre 10

En ces jours d’été, entre agitation et farniente, inédits ou rééditions en format poche, Chantiers de culture vous propose sa traditionnelle sélection de livres. De la République sur les planches à l’amour de l’humour (André Désiré Robert et Jean-Loup Chiflet), d’un manuscrit enfin accouché aux bébés d’Himmler (Claude McKay et Caroline de Mulder)… Pour finir entre pingouin et mikado en provenance d’Ukraine (Andreï Kourkov) et d’Italie (Erri De Luca).

Chaque président a ses petites faiblesses : une visite à Disneyland pour Sarkosy, une balade en scooter pour Hollande, des papouilles aux médaillés olympiques pour Macron… Un point commun les réunit, avec plus ou moins de passion : leur fréquentation des planches, des classiques du répertoire au banal théâtre de boulevard ! Avec humour et érudition, dans son Théâtre des présidents le critique dramatique et patenté universitaire André Désiré Robert s’est donc amusé à collecter les penchants des uns et des autres, les amours avouées ou secrètes des présidents de la Vème République avec le théâtre.

Si De Gaulle avait un faible pour le Cyrano de Rostand, l’ancien professeur de français Pompidou appréciait assurément Molière en sa maison rue Richelieu. Mitterrand, à la culture raffinée, court d’Avignon à la Cartoucherie de Vincennes, fréquente Sobel à Gennevilliers, côtoie anciens et modernes. Il se dit qu’entre deux combats de sumo Chirac aurait pu apprécier le théâtre nô, tandis que Sarko étale son inculture en ce domaine au profit de la chansonnette familiale. Nous ne dévoilerons rien sur les récentes têtes d’affiche, Hollande et Macron, et de leurs compagnes entre la comédienne reconnue et l’ancienne professeure de lettres, leurs liaisons secrètes sont à découvrir au fil de pages émoustillantes et joliment bien instruites.

Si l’humour se glisse parfois entre les pages du précédent ouvrage, il en est substantifique matière dans le Dictionnaire amoureux que lui consacre le truculent Jean-Loup Chiflet. L’auteur nous avait déjà fait Le coup, On ne badine pas avec l’humour… D’abord, une précision d’importance, ne pas confondre humour avec humeur, telles la bile ou l’atrabile, selon la définition héritée du Moyen Âge ! Pour sa part, Wolinski se demande s’il ne serait pas le plus court chemin d’un homme à un autre, alors que Tristan Bernard pose une question de fond : l’humour ne viendrait-il pas d’un « excès de sérieux » ? En tout cas, en plus de 700 pages, d’Allais à Devos, de Blondin à Queneau, au contraire de tout avare de pensées qui est un penseur radin selon Pierre Dac, Jean-Loup Chiflet confesse que son ouvrage relève plus d’une anthologie que d’un dictionnaire. D’une page l’autre, s’imposent satire et invective disparues de nos jours, l’éloge du rire au détriment du ricanement formaté, le triomphe de la plume et de l’esprit. Et preuve est faite, sans rire : si l’humour peut être léger, il n’est vraiment pas à prendre à la légère !

Il nous faut l’avouer d’emblée, Romance in Marseille ne manque ni d’humour, ni de déraison ! Après moult péripéties, Lafala débarque à Marseille amputé des deux jambes, mais nanti d’un joli magot. Ce qui autorise donc l’ancien docker africain a mené belle vie et bonne chair sur les quais, à fréquenter toujours le monde interlope des bas quartiers de la cité phocéenne. L’auteur de ce roman social, sous les chaleurs méditerranéennes ? L’américain Claude Mckay, natif de Jamaïque, globe-trotter entre l’URSS et la France, écrivain et militant politique, ardent défenseur de la cause noire aux États-Unis comme en Europe. Un livre écrit en 1932, le manuscrit disparu jusqu’en 2010, enfin publié en 2021 par un éditeur… marseillais ! Un retour aux sources bienvenu, un formidable roman entre légèreté et gravité, une peu banale photographie du Marseille des années 30 et de la condition sociale dans les quartiers ouvriers et interlopes. Chez le même éditeur, est disponible Un sacré bout de chemin, l’autobiographie de Mckay.

De la re-naissance d’un manuscrit à la couvaison de bébés sous haute protection nazie, l’accouchement littéraire n’est pas sans risques. Pourtant, avec La pouponnière d’Himmler, l’auteure belge Caroline de Mulder réussit une magistrale opération littéraire. S’appuyant sur des documents historiques de première main, la romancière trace par le menu l’extravagante entreprise du haut dignitaire du Reich, créateur et patron du réseau de maternités en charge de la sélection « aryenne » des bébés, futurs héros de la nation. De l’arrivée de Renée, une jeune Française enceinte d’un soldat allemand, dans l’un de ces centres médicaux jusqu’à son démantèlement à l’approche des Alliés, une bouleversante plongée dans cette fabrique d’enfants au sang pur, choyés au détriment des nouveaux-nés atteints d’une quelconque déficience et éliminés d’office. Un roman d’une palpitante écriture, d’une foudroyante vérité, d’une sidérante cruauté.

En manque de progéniture et en mal d’écriture, l’écrivain-journaliste Victor Zolotarev cohabite avec Micha, un pingouin recueilli au lendemain de la fermeture du zoo de Kiev. Las, il lui faut gagner quelques subsides pour acheter le poisson nécessaire à la survie du volatile qui déambule avec nostalgie de la baignoire au frigo ! Les récits et nouvelles de Zolotarev n’emballent plus trop les éditeurs, sa plume se tarit, son imagination se dessèche jusqu’à ce jour où le rédacteur en chef d’un grand quotidien ukrainien lui fait une étrange proposition… Nous n’en dirons pas plus sur Le pingouin, ce roman d’Andreï Kourkov au succès intercontinental, plongez avec délectation dans cette aventure rocambolesque qui navigue entre comique de situation et absurde de propos. De l’humour déjanté au réalisme social et politique tourmenté, au coeur d’un pays en proie au chaos, un romancier de grand talent, lauréat du prix Médicis étranger en 2022 pour Les abeilles grises, dont les autres récits d’une même veine sont aussi à déguster ( L’oreille de Kiev, L’ami du défunt, Laitier de nuit…), tous disponibles aux éditions Liana Levi.

D’un étrange et improbable duo, il en est aussi question dans Les règles du mikado, de l’auteur italien Erri de Luca, espérons-le prochainement prix Nobel de littérature ! Entre mer et montagne, Italie et Slovénie, un roman intimiste à l’échelle du monde où un vieil homme et une jeune tsigane s’apprivoisent sous couvert d’une tente. L’une décrypte les lignes de la main et dialogue avec les ours, l’autre dompte les mouvements des montres et se révèle expert au jeu du mikado. Du silence au dialogue, de la sauvagerie de l’une au mutisme de l’autre, le récit feutré de deux solitudes qui échangent en profonde liberté et à l’horloge du temps sur la fragilité de la vie, la beauté de la nature, la grandeur des sentiments partagés. Une fine ligne d’écriture à déchiffrer sans trembler, comme le bâtonnet du mikado à retirer sans bouger, la quête pour chacun du chemin à emprunter en pleine vérité. Yonnel Liégeois

Le théâtre des présidents, d’André Désiré Robert (La rumeur libre, 312 p., 18 €). Dictionnaire amoureux de l’humour, de Jean-Loup Chiflet ( L’abeille PLON, 736 p., 13 €). Romance in Marseille, de Claude Mckay (J’ai lu, 255 p., 8 €). La pouponnière d’Himmler, de Caroline De Mulder (Gallimard, 287 p., 21€50). Le pingouin, d’Andreï Kourkov (Liana Levi, 270 p., 11 €). Les règles du mikado, d’Erri De Luca (Gallimard, 154 p., 18 €).

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Le Cid en pop star !

Jusqu’au 24/08, aux fêtes nocturnes de Grignan (26), Jean Bellorini propose Histoire d’un Cid, d’après Corneille. Donné à guichets fermés, un spectacle où Rodrigue se la joue pop star ! Entre le drôle et le ridicule, le public enthousiaste.

Chaque année depuis trente-six ans, propriété du département de la Drôme, le château de Grignan confie à un, ou une, metteur en scène non pas les clés mais le parvis de cette imposante bâtisse, ancienne demeure des Sévigné mère et fille, qui domine le village et offre un magnifique panorama sur les paysages alentour. La commande est simple : une pièce du patrimoine, une durée limitée, une vedette. Jean Bellorini, directeur du TNP de Villeurbanne (69), a rempli les deux premières conditions mais a choisi de distribuer les rôles aux acteurs de sa troupe qui, s’ils ne sont pas des « stars » n’en sont pas moins d’excellents comédiens. Sans aucune incidence sur la fréquentation : chaque soir, 700 personnes se pressent à l’une des 46 représentations. Soit un total de plus de 30 000 spectateurs…

Variations sur un classique

L’Histoire d’un Cid est une variation libre de la pièce de Corneille. Chez Bellorini, les protagonistes sont à peine sortis de l’enfance, ils ont des allures d’adolescents contemporaines et Rodrigue un look de pop star façon années 1980. Cela ne les empêche aucunement d’avoir le sens du devoir, même si, entre obéissance au paternel, histoires et chagrins d’amour, le dilemme cornélien se rappelle à leurs bons souvenirs. Pour résumer l’intrigue, Rodrigue aime Chimène et vice versa : l’Infante aime Rodrigue (en secret) et tente par tous les bouts de se défaire de cet amour par un sens aigu de la hiérarchie (Rodrigue n’est pas de son rang). Le mariage Rodrigue/Chimène est à l’ordre du jour jusqu’à ce que leurs pères respectifs, Don Diègue et Don Gomès, se disputent un même poste de gouverneur. Don Gomès gifle Don Diègue, qui, trop vieux pour relever l’affront, demande à son fils de le venger : « Rodrigue, as-tu du cœur ? Tout autre que mon père l’éprouverait sur l’heure », etc. Rodrigue tue Gomès, soit le père de son amoureuse…

Bellorini a choisi de traiter la pièce par un montage, voire démontage, parfois un peu trop décousu du texte originel à la manière d’un conte. En guise de château en Espagne, un château gonflable où les acteurs vont jouer, sauter, danser, en équilibre constant, mais aussi un petit bateau, un cheval à bascule… Les tirades les plus connues de la pièce sont là et le public, qui connaît son Cid sur le bout des doigts depuis le collège, les murmure religieusement, de concert avec les acteurs. Bellorini a choisi l’option divertissement pour ce qui, à l’origine, est une tragédie. Et ça fonctionne : c’est ludique, joyeux et les quatre actrices et acteurs – Cindy Almeida de Brito (Chimène), François Deblock (un Rodrigue), Karyll Elgrichi (l’Infante) et Federico Vanni (Don Diègue), s’en donnent à cœur joie, épaulés par deux musiciens (Clément Griffault et Benoît Prisset). La mise en scène est loufoque et soignée, la direction d’acteurs au poil.

Quand on entend Rodrigue lancer à son amoureuse « je ne suis pas un héros ! », c’est naturellement qu’il se mettra à chanter quelques instants après, et plutôt juste et bien, le SOS d’un terrien en détresse, chanson interprétée par Balavoine dans Starmania première version. C’est à la fois kitsch et drôle, même si ça frise par endroits le ridicule. Le public raffole… Marie-José Sirach

Le Cid d’après Corneille, Jean Bellorini : Jusqu’au 24/08, du lundi au samedi à 21h. Les fêtes nocturnes, Châteaux de la Drôme, 26230 Grignan (Tél. : 04.75.91.83.65).

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