Samuel Gallet et l’état du monde, Avignon 2018

Avec La Bataille d’Eskandar, le collectif Eskandar se saisit à bras le corps du texte de l’un de ses membres, Samuel Gallet. Sous couvert d’humour noir, une vision implacable du chaos de notre monde. Sans oublier Criminel, Lettre à un soldat d’Allah et Stand up, rester debout et parler.

 

Samuel Gallet, d’ailleurs, n’hésite pas à payer de sa personne sur le plateau, et cela avec un plaisir évident, comme s’il savourait ses propres mots. Pour l’accompagner dans cette entreprise – une véritable bataille comme le stipule le titre, La Bataille d’Eskandar – on retrouve Pauline Sales pour le jeu, Aëla Gourvennec et Grégoire Ternois pour la composition et l’interprétation musicale. Il n’en fallait pas moins pour parvenir à mener à bien la difficile mission de rendre justice à un texte qui oscille entre différents registres d’écriture. Qui passe de la narration dramatique aux envolées poétiques sans crier gare, se développe dans un imaginaire parfois débridé, voire extravagant, pour répondre avec une ardeur de tous les instants à une volonté de vie inexpugnable. Que l’on veuille ou non, et le personnage principal à qui Pauline Sales prête corps et âme avec une belle autorité l’avoue clairement, « La

©Tristan Jeanne-Valès

vie me prend à la gorge chaque matin. Me plaque contre les murs. M’agresse soixante fois par minute… ».

Tout est dit, le ton est ainsi donné dans sa rythmique et sa tension implacables. Une envolée dans un imaginaire débridé, seul refuge sans doute pour cette femme harcelée par les huissiers et qui s’en va donc explorer d’autres univers dans lequel, parmi les animaux d’un zoo laissé à l’abandon, on trouve un certain Thomas Kantor dont le nom évoque bien évidemment le grand metteur en scène polonais (Tadeusz Kantor) et sa Classe morte. Le quatuor d’Eskandar nous renvoie ainsi avec autorité, et subtilité, au chaos de notre monde. Une vision implacable qui sait faire la place à une sorte d’humour noir, le masque d’une douleur profonde. Jean-Pierre Han

Jusqu’au 29/07 à 21h15, Théâtre des Halles.

 

À voir aussi :

– Criminel : Jusqu’au 27/07 à 12h05, Théâtre Artéphile. Libéré après quinze ans de prison, Boris sort sans illusion, ni colère et rancoeur. D’un regard l’autre, les plus perturbés sont les amis, les proches, condamnés à le revoir, lui parler, se confronter… Un texte percutant, écrit et mis en scène par Yann Reuzeau, brûlant d’humanité et transcendant le fait divers. Yonnel Liégeois.

– Lettre à un soldat d’Allah : Jusqu’au 29/07 à 14h, Théâtre des Halles. Mis en scène par Alain Timar, le réputé patron des lieux, le texte de l’auteur algérien Karim Alouche est sous-titré « chroniques d’un monde désorienté ». Un jeune homme (convaincant Raouf Raïs) s’adresse à un ami d’enfance devenu djihadiste. Plus qu’un plaidoyer en faveur de la laïcité, le refus de l’intolérance, de l’obscurantisme et du fanatisme, la foi en des valeurs et des idéaux qui ont pour nom justice, raison, liberté, art et poésie. Yonnel Liégeois

– Stand up, rester debout et parler : Jusqu’au 27/07 à 20h20, Théâtre 11-Gilgamesh Belleville. Qu’elle parle ou chante, Alvie Bitemo n’est point femme à se taire face à l’injustice ou au racisme. Qui, entre trois notes de musique et la prise à partie du public, déclame haut et fort ses convictions : qu’est-ce qu’être une femme noire en France aujourd’hui, en outre actrice ? Avec humour et talent, l’artiste d’origine congolaise distille et suggère quelques gouleyantes réponses. Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Les frictions de JPH, Rideau rouge

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