HK, sans les Saltimbanks

Kaddour Hadadi, alias HK, ne lâche rien ! Au terme d’une longue tournée avec L’empire de papier, son album solo, il évoque les combats de son groupe. Ainsi que la communauté de valeurs formée avec un public en quête d’une parole engagée.

 

Jean-Philippe Joseph – Cela fait quoi de voir une de ses chansons devenir un emblème de la contestation ?

Kaddour Hadadi – Il y a de la fierté à accompagner les mouvements sociaux, à faire partie de l’histoire de tous ces gens qui se battent pour nos droits. J’ai écrit On lâche rien sur un coin de table, dans un cagibi aménagé en studio, au 5ème étage d’un HLM où j’habitais, à Roubaix. On a balancé la chanson en téléchargement gratuit un 1er mai, pour le symbole, pour qu’elle voyage. On l’a ensuite retrouvée dans la rue, lors de la rentrée suivante en 2010, au moment des grandes manifs pour les retraites.

 

J-P.-J. – Le lien avec le mouvement social s’est-il fait à ce moment-là ?

K.H. – Le lien s’est fait de manière naturelle. Je suis issu de cette mouvance du rap français, avec NTM – Assassin.., qui parle de la condition dans les quartiers, de solidarité, de racines. Par la suite, j’ai coloré ma musique avec différentes influences : le reggae, la soul… Ce faisant, je me suis ouvert à d’autres questions, d’autres thématiques. L’idée est de dépasser sa propre condition, d’aller à la rencontre de gens qui ont une autre histoire. Chacun se reconnaissant, au final, dans l’autre.

 

J-P.-J. – Dans quel cortège peut-on vous rencontrer lors de manifestations ?

K.H. – CGT ou Solidaires, pour moi c’est la même famille ! Je n’ai pas envie que l’on me colle une étiquette. Lorsque tu rencontres des copains en manif, la moitié est chez les uns, l’autre moitié en face et il y en a qui, comme moi, ne sont pas syndiqués. Les partis politiques et les syndicats constituent des outils pour te sortir de ta condition, pas pour t’enfermer dans une autre.

 

J-P.-J. – Que pensez-vous de la séquence électorale qui s’est achevée avec l’élection d’Emmanuel Macron ?

K-H. – On vit un drame continuel : Sarkosy, Hollande, Valls, maintenant Macron… Et, en face, on n’arrive pas à se mobiliser de façon unitaire, collective, convergente. C’est désespérant et déprimant. Mais c’est aussi ce qui rend les victoires du quotidien si précieuses. Je pense aux copains de Fralib qui ont su créer quelque chose de nouveau à partir de leur outil de travail. Pas simple, leur principal concurrent était leur patron d’hier, Unilever, un mastodonte ! Ils sont dans le combat et l’alternative, ils incarnent les valeurs qui nous animent. C’est vital de réagir, mais il faut aussi de l’action et de la création.

 

J-P.J. – La chanson engagée paraît moins audible aujourd’hui ?

K.H. – Certaines émissions, à la radio ou  la télévision, rendaient compte d’une parole artistique alternative. À des horaires tardifs, d’accord, mais ce lien existait. Toutes ces émissions ont été déprogrammées. Du coup, les artistes comme nous ont dû se créer leurs propres espaces, sur les réseaux sociaux et ailleurs. 60 000 personnes nous suivent sur notre page Facebook. Ce sont autant de personnes qui, quand on sort un album ou que l’on donne un concert, sont réellement intéressées par ce qu’on fait. Il n’y a pas ce côté artistes et consommateurs qu’on voit souvent, ça va plus loin. Les gens qui nous suivent sont comme une « petite famille » avec qui on forme une communauté de pensée, de valeurs, de combats, qui pousse à être toujours plus exigeant dans le travail. Je ne dis pas qu’on n’a jamais rêvé de jouer dans des stades pleins, comme Bob Marley. On vit les choses à plus petite échelle, mais elles ont beaucoup de sens. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph.

 

Parcours

Né en 1976 à Roubaix, Kaddour Hadadi se lance dans la musique dès l’âge de 16 ans. En 2005, il monte avec un ami le groupe Ministère des Affaires Populaires, qui a pour ambition de porter l’identité d’une région ouvrière et métissée. En 2009, il crée HK et Les Saltimbanks. L’album Citoyen du monde, sur lequel figure la chanson On lâche rien, sort en 2011. L’empire de papier est le cinquième opus de Kaddour, le premier en solo, hormis la chanson Ce soir nous irons au bal où il retrouve Les Saltimbanks, un hommage aux victimes des attentats de novembre 2015. Kaddour Hadadi écrit aussi des romans : sorti en mars 2017 aux éditions Riveneuve, Le cœur à l’outrage est son troisième ouvrage.

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Classé dans Littérature, Musique et chanson, Rideau rouge, Sur le pavé

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