De Bamako à Paris, c’est Rouge rouges !

En ces temps de violentes professions de foi d’apolitisme, la scène prend volontiers parti au nom de la raison objective. Avec deux pièces aux teintes fortement colorées, Bamako-Paris et Rouge rouges. Du théâtre qui affiche la couleur.

 

Ian Soliane a écrit Bamako-Paris, que Cécile Cotté (Cie Io) a mis en scène (1). On n’a pas oublié le rêve fou de ce jeune Malien – accroché au train d’atterrissage d’un avion parti de Bamako – dont le corps s’écrasa dans un champ d’Île-de-France. Au début on l’autopsie. Le personnel se compose du légiste (Cyril Hériard Dubreuil), de l’interne (Valérie Diome), d’un policier (Roberto Jean) et du jeune mort passager clandestin, Ibou (Jonathan Manzambi). Qui va se dresser et grimper à un échafaudage (scénographie d’Emma Depoid) pour clamer les mobiles de son acte de fuite sublime et dérisoire, au cours de séquences verbales puissamment rythmées, d’un ­lyrisme dur et tendre à la fois, avec même des recoins d’humour. Le texte de la pièce, qui entremêle ­savamment les ­affects du migrant par les airs – Icare transi – et les causes et effets d’ordre politique de la misère africaine (citations bienvenues des discours paternalistes honteux de Sarkozy et Macron), ­témoigne à l’envi d’un vigoureux talent d’écriture et de pensée. La régie de Cécile Cotté, servie avec feu par ses quatre acteurs valeureux, prête à cet âpre poème un accent de vérité criante.

Gérard Astor, c’est Rouge rouges qu’il a écrit (2). Fanny Travaglino en signe la mise en scène. L’ossature de l’œuvre est constituée d’une multitude de scènes courtes, qui dessinent à la longue, pour dire vite, un panorama mondial des luttes de classes campées sur le vif par Félicie Fabre et Luciano Travaglino, doux baladins traînant après eux le chariot du théâtre itinérant. Ils sont tour à tour Lénine et Staline, Alexandra Kollontaï et Kroupskaïa, les frères Peugeot en pleine bagarre stratégique, ouvriers chez PSA, la jeune Indienne Shakuntala… J’en passe par force. L’étonnant est qu’à la fin se noue harmonieusement l’écheveau de l’Histoire où se trame le fil de la biographie des deux saltimbanques, dont la bonté vive a inspiré l’auteur et que Fanny, leur fille, a souplement organisée avec grâce, Sarah Lascar étant l’âme dansante de ce si élégant tour de force. Jean-Pierre Léonardini

(1) Jusqu’au 9/02 à Arcueil et le 19/02 à Chelles. (2) Au Théâtre Antoine-Vitez d’Ivry-sur-Seine les 15-16 et 17/03, puis au Théâtre de Bligny les 5 et 6/06, au Théâtre de Verdure de la Girandole à Montreuil les 14 et 15/06. Courant mars, Rouge rouges sera en tournée en Tunisie. Le texte est disponible aux éditions L’Harmattan.

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Classé dans Art&travail, La chronique de Léo, Rideau rouge, Sur le pavé

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