Julie Duclos, Pelléas et Mélisande

Après le succès rencontré en Avignon, la pièce Pelléas et Mélisande poursuit une grande tournée nationale. Entre vie et mort, la metteure en scène Julie Duclos nous offre une vision audacieuse du chef  d’œuvre de Maurice Maeterlinck. Avec subtilité et maîtrise, une belle réussite. Sans oublier Liberté à Brême, mis en scène par Cédric Gourmelon et Philippe Caubère au Théâtre du Rond-Point (75).

 

L’aurait-on oublié, à force, et aussi parce que la musique, celle de Claude Debussy notamment, l’aura tiré vers d’autres sphères, Maurice Maeterlinck est un immense poète ! Or, la qualité première de Pelléas et Mélisande, que nous offre Julie Duclos, réside précisément dans sa capacité à nous donner à l’entendre et… à le voir. Il fallait sans aucun doute une certaine audace pour oser s’attaquer au chef-d’œuvre du poète tiré hors du champ musical. Un chef-d’œuvre écrit il y a bien plus d’un siècle, en 1892, et qui, cependant, en tout cas dans la mise en scène de Julie Duclos, nous parle toujours. C’est que la jeune femme opère dans un registre qui, bien sûr, laisse au bord du chemin toute velléité anecdotique réaliste et creuse un sillon qui touche au plus profond de notre inconscient, là où la vie et la mort se mêlent inextricablement. Tout, dans la pièce, nous tire vers un horizon qui est celui de la disparition. Le château où vivent les protagonistes est bâti au-dessus de souterrains, sa destinée est sans doute, à plus ou moins longue échéance, de s’y faire engloutir. Les habitants du lieu sont vieux, malades, promis à une proche disparition, alors qu’à l’extérieur les gens meurent de faim. Guerre et mort rôdent et cependant, paradoxalement il n’y a là rien de lugubre même si l’épilogue, qui est tout sauf un dénouement, nous y mène inexorablement. Nous baignons dans cette atmosphère qu’autrefois, dans Intérieur ou la Mort de Tintagiles, Claude Régy avait si bien installée dans ses mises en scène.

Nous retrouvons dans ce Pelléas et Mélisande des accents (c’est un compliment) de ce travail – là, mais situés dans un clair-obscur au tracé plus net. C’est une autre temporalité qu’il nous est donné de vivre, dans une tension particulière. Chez Julie Duclos, les reflets de la vie – à travers notamment l’amour entre Pelléas et Mélisande – ne cessent aussi de scintiller. Tout cela se passe dans les méandres de la conscience dont les différents lieux rendent parfaitement compte : forêt profonde du début du spectacle dans lequel le prince Golaud s’est perdu et rencontrera Mélisande en pleurs, touchée d’une blessure dont elle ne voudra jamais révéler les causes, une scène d’ouverture entièrement filmée comme plus tard celle se passant dans une grotte. Avant que le théâtre ne reprenne ses droits, que nous nous retrouvions au cœur de la scénographie d’Hélène Jourdan dont la conception est très juste dans l’esprit et que les lumières signées Mathilde Chamoux ainsi que les sons de Quentin Vigier viennent encore magnifier… C’est dans cette atmosphère, emmenés par Vincent Dissez qui réalise une composition du prince Golaud absolument admirable dans sa simple complexité, qu’évoluent des comédiens qui, chacun dans des registres de jeu différents, finissent par s’accorder : Alix Riemer (Mélisande), Matthieu Sampeur (Pelléas) et leurs camarades de plateau que l’on a toujours plaisir à retrouver (Philippe Duclos, Stéphanie Marc et Émilien Tessier). Sans oublier les enfants qui jouent en alternance, et dont le rôle n’est pas des plus anodins. Julie Duclos mène tout cela avec rigueur, subtilité et maîtrise pour ce qui est une belle réussite. Jean-Pierre Han

Du 27 au 30/11, au Théâtre du Nord de Lille. Les 17 et 18/12, au CDN Besançon Franche-Comté. Du 04/02 au 08/02/20, au TNB – Théâtre National de Bretagne /Rennes. Les 13 et 14/02/20, à La Filature, Scène nationale de Mulhouse. Du 22/02 au 21/03/20, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe/ Paris. Du 25/03 au 29/03/20, aux Célestins, Théâtre de Lyon. Les 02 et 03/04, au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines.

À voir aussi :

Liberté à Brême : Sur les planches du TNB, le Théâtre National de Bretagne, une femme inerte ! Figée debout et tête baissée devant son époux qui l’invective avec violence, lui intime ses ordres sans discussion possible… Une femme méprisée, injuriée, rabaissée par tous les hommes qui peuplent son existence : conjoints, père, frère… Une femme dont la vengeance sera à la hauteur des humiliations subies, de sa jeunesse à l’âge adulte ! S’inspirant d’un fait divers dans l’Allemagne du XVIIIème siècle, comme dans toute l’œuvre de Fassbinder, Liberté à Brême pose la radicalité en toile de fond de la représentation : hier comme aujourd’hui, comment échapper à la morale oppressante d’une société patriarcale et conservatrice ? Comment se libérer de règles religieuses étouffantes, de normes sociales qui confinent la femme au rang de vulgaire objet de plaisir ou de reproduction ? Paradoxe : c’est en semant la mort autour d’elle que l’héroïne renaît à la vie et s’impose même comme chef d’entreprise ! Une pièce toute à la fois sombre et libératrice, dont s’empare Cédric Gourmelon : un décor unique, une troupe en présence permanente sur le plateau, une gestuelle réglée au cordeau, des comédiens (Valérie Dréville en tête de distribution) au sommet de leur art. « Aujourd’hui encore, ces questions existent et rien n’est complètement réglé », commente le metteur en scène, « Fassbinder veut tout faire exploser, la famille bourgeoise comme l’institution du mariage ». Au risque de la tirade finale, sombre prémonition ou sentence fataliste, « c’est à mon tour de mourir » ! Yonnel Liégeois

Les 20 et 21/11 au Quartz, scène nationale de Brest. Les 5 et 6/12 au Théâtre de Lorient. Du 28 au 31/01/20 à la Comédie de Béthune. Le 28/02 à l’EMC, St Michel-sur-Orge. Du 3 au 11/03 au Théâtre national de Strasbourg. Du 20 au 30/03 au T2G, Centre dramatique de Gennevilliers. Du 2 au 4/04 au Théâtre du Gymnase à Marseille.

Philippe Caubère : L’inénarrable Ferdinand, l’ancien trublion du Théâtre du Soleil, fait ses adieux sur les planches du Rond-Point ! Jusqu’au 5 janvier 2020, avec pas moins de trois spectacles à l’affiche : La baleine et le camp naturiste, Le casino de Namur I et Le casino de Namur II. Seul en scène, comme à son habitude depuis La danse du diable en 1981 et surtout Le roman d’un acteur composé de onze épisodes, Ferdinand-Caubère se rappelle au bon souvenir d’Ariane Mnouchkine lorsque son regard d’obsédé sexuel, autant que textuel, plonge avec insistance, entre deux improvisations, sous les pans de l’anorak de « la baleine », une camarade de jeu ainsi surnommée. Au grand dam de Clémence, sa compagne d’alors ! Une infidélité que le brave Ferdinand paiera très cher, jusqu’à se retrouver au camp naturiste de Montalivet. Entre citoyens belges et néonazis allemands, se plongeant dans la lecture de Proust pour échapper au lancinent balancement d’une pléiade de seins, fesses et autres attributs naturels… Fort en gueule et pas avare de gestuelles, imitant tous les membres de la tribu, entre mimes et répliques aussi tordues que salées, il est peu de dire que Philippe Caubère, avec l’audace et l’accent marseillais qui le caractérisent, envoûte le public et l’embarque sans retenue dans ses délires verbaux : triviaux, pathétiques, tendres et parfois aussi caustiques envers lui-même, au final d’un comique irrésistible. L’incroyable performance d’un acteur qui continue à faire de sa vie de saltimbanque œuvre théâtrale, à ne pas douter que les deux épisodes au Casino de Namur seront du même cru. Le meilleur, un grand cru ! Yonnel Liégeois 

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Classé dans Les frictions de JPH, Rideau rouge

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