Au temps des coupeurs de poils…

Coupeur de poils, garde champêtre, garde messier, cantinière… Autant de professions ou de fonctions qui ont évolué, se sont raréfiées ou ont disparu des registres de Montreuil (93), et de toute ville. Sont convoqués au titre des causes : le progrès technologique et technique, la baisse de l’activité agricole, l’urbanisation et l’évolution de la fiscalité. Revue de détails

 

Le premier, le coupeur de poils, a été victime de la mécanisation conjuguée à la disparition de l’industrie de la peausserie, dont les établissements Chapal à Montreuil (93). Les autres ont succombé à l’urbanisation ou à la mise en concession de certaines activités. Les ancêtres des policiers municipaux d’aujourd’hui étaient quatre gardes champêtres, nommés par le conseil municipal et assermentés, au salaire mirobolant de 1500 francs annuels (soit un peu plus de 500 € actuels par mois) en 1905, revalorisé à un peu plus de 1100€ par mois en 1930. Lesquels gardes champêtres étaient flanqués d’auxiliaires et, un cran au-dessous dans la hiérarchie des agents du maintien de l’ordre, d’une quarantaine de gardes messiers. Cette fonction, propre à la ruralité, consistait à surveiller les récoltes. En l’occurrence, à Montreuil, celle des pêches.

Nommée chaque année par le conseil municipal, et jusqu’au XIXème siècle armée de piques, cette brigade escortait les porteuses de paniers de fruits jusqu’aux halles de Paris. Disparus, le fossoyeur et son auxiliaire, du fait de la mise en concession de la prestation. Sont aussi tombés en désuétude le brigadier appariteur ou le porteur, de même que le tambour afficheur (un peu moins de 400€ par mois de salaire), remplacé au XXIème siècle par un panneau d’affichage électronique. Les roulements de sa caisse claire avaient à tout le moins le mérite d’attirer l’attention.

De la cantinière à l’agent de restauration scolaire

Le cantonnier, qui avait fait son apparition au XVIIIème siècle, est devenu à la fin du XXème un agent d’exploitation, et la cantinière est dorénavant agent de restauration scolaire. Cette révision sémantique reflète une hausse des exigences. Ces agents formaient à eux seuls un petit régiment de trente-quatre personnes avec sa hiérarchie qui s’étalait de l’agent voyer aux cantonniers des chemins vicinaux, au bas de l’échelle, en passant par les auxiliaires dont un paveur. Disparu également l’octroi, qui rapportait gros à la ville : 363699 francs (1,469 million actuel d’euros) pour la seule année 1904. Et cela, en ne dépensant guère plus de 31000 francs (130000 €) pour rémunérer le personnel. Avec son préposé en chef basé à la mairie, la quinzaine d’agents était répartie sur les onze bureaux placés aux entrées de Montreuil. Sauf à disposer d’un « passe-bout » si la marchandise ne faisait que transiter par la ville, à peu près tout ce qui y entrait était taxé. Une forme d’incitation à la production locale avant l’heure. Il fallait s’acquitter de 1,50 franc (6 €) pour un hectolitre de vin, 2,50 francs (10 €) pour un porc et 8 francs (33 €) pour un bovin. Mais l’essentiel des recettes se réalisait avec le pétrole, le charbon et les matériaux de construction.

Encore fallait-il, pour qu’elle soit pleinement rémunératrice, que l’activité soit enveloppée de méfiance à l’égard de ceux chargés de percevoir les taxes. Une méfiance ayant largement inspiré un règlement, stipulant qu’il est « expressément interdit de recevoir qui que ce soit dans les bureaux si ce n’est pour affaires de service ou en cas d’accident, comme aussi d’entrer en conversation avec des personnes étrangères…». À cela, une bonne raison empreinte de suspicion, ce moyen étant souvent employé pour détourner leur attention d’un endroit où l’on veut faire une tentative de fraude. Il n’est pas que l’honnêteté des agents qui faisait souci. Leur nécessaire sobriété n’échappait pas au règlement, « il est défendu à tous de prendre sous prétexte de dégustation de trop fortes quantités de liquides ». En ce qui concerne les spiritueux, il est recommandé d’extraire des tonneaux ce qui est «strictement» indispensable. « La quantité qui a servi aux dégustations doit être reversée dans les vaisseaux ou, en cas d’impossibilité, remise au conducteur ou jetée sur la voie publique, sous peine de révocation ».

Il fallut attendre le 1er août 1943 pour que le gouvernement collaborationniste de Pierre Laval mette un terme à cet octroi qui datait de l’Ancien Régime, même s’il avait été successivement supprimé et rétabli à plusieurs reprises depuis. La fin d’une époque et de l’un des plus vieux métiers de la ville. Alain Bradfer

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Classé dans Pages d'histoire, Propos d'Alain, Sur le pavé

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