Aux éditions Arcane 17, est paru Mon alphabet d’existence, l’autobiographie posthume de Jack Ralite. L’ancien ministre communiste et homme de lettres se raconte entre son amour pour les arts et les artistes, ses combats pour la culture.

Mon Alphabet d’existence… Quel beau titre pour un ouvrage qui se lit sans modération, en toute liberté, puisant au fil des pages qui alternent savamment souvenirs intimes, publics et portraits savoureux d’artistes qui furent ses amis – Marcello Mastroianni, Ettore Scola, Jean Prat –, une grande et belle leçon de vie entièrement dévouée à la politique, à l’art et aux artistes. Tout commence dès la couverture du livre, des notes manuscrites jetées en vrac, comme celles que prenait Ralite sur des bouts de papier qu’il conservait précieusement dans ses poches. « Sans être poète, Jack Ralite pensait poétiquement », écrit dans sa préface Laurent Fleury. Toute sa vie, Ralite a puisé chez les poètes des citations, non pour fleurir artificiellement ses discours, mais pour repousser plus loin les chants/champs du possible, donner du souffle à cet idéal communiste qu’il avait chevillé au cœur, les partager avec tous, qu’ils soient prolos ou professeurs au Collège de France.
Un communiste atypique
On se promène ainsi dans les souvenirs d’un homme qui dès l’enfance, marquée par l’Occupation et son arrestation par les nazis à 14 ans, ne cessera de lutter contre les injustices et pour l’émancipation humaine. Maire d’Aubervilliers, député, ministre de la Santé en 1981 puis sénateur, Ralite consigne ses souvenirs sans hiérarchie, mais avec la même passion qui ne l’a jamais lâchée depuis l’enfance. Dirigeant communiste, il ne cache rien de ses désaccords avec le parti, « son » parti, qu’il ne quittera pourtant jamais. Vivant toute sa vie, malgré les nombreuses fonctions qu’il a occupées, dans son petit HLM d’Aubervilliers, pour sentir le pouls de ses habitants, il confie : « C’est vrai que j’ai toujours une main chez les artistes et une autre chez les ouvriers. Si j’en lâche une, je boite et je n’aime pas boiter. »

Fondateur des états généraux de la culture, il rencontre poètes, artistes et intellectuels du monde entier. Il fut l’un des principaux artisans de cette idée, fondamentale, de l’exception culturelle. Il nous a laissé des outils pour repenser au présent une autre politique culturelle publique. Laissons le mot de la fin à sa grande amie, Leïla Shahid : « Je dois beaucoup à Jack. La Palestine aussi. Et il restera dans nos cœurs une lueur au bout du tunnel, un guide ». Marie-José Sirach
Mon Alphabet d’existence, Jack Ralite (éd. Arcane 17, 220 p., 25€).





