Les 25 et 26/09, à Alligny-en-Morvan (58), le Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique fête son dixième anniversaire. Un original lieu d’histoire, qui mêle la petite à la grande. Du local au national, de la pauvreté paysanne aux riches familles parisiennes, un regard touchant sur des femmes au grand coeur et au bon lait.

« Allons les Morvandiaux, chantons la Morvandelle « , écrit le parolier Maurice Bouchor en 1903 ! Au coeur du parc naturel, à Alligny-en-Morvan dans la Nièvre, un lieu original la célèbre à sa façon, cette femme morvandelle au bon lait : le Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique. Déjà, à l’orée du deuxième millénaire, le chansonnier ne s’y trompe pas et ne s’en laisse point conter. « Gardons ô mes amis, nos femmes près de nous, Nos filles et nos fils ont droit à leurs nounous », clame-t-il. Et de conclure sa complainte par un appel solennel aux fermiers qui triment sur des terres pauvres et aux forestiers qui usent leur force en alimentant la capitale en bois de chauffage, « Nos bûches qui s’en vont, Paris s’en chauffera, Nos gars et leurs mamans, Paris s’en passera » !

Comme l’illustre la chanson devenue hymne régional, le Morvan, longtemps, fut terre nourricière à plus d’un titre. Jusqu’à la Première Guerre mondiale et aux années 20, les Morvandelles réputées pour la qualité de leur lait servent de « nourrices sur lieux » aux enfants de l’aristocratie et de la haute-bourgeoisie parisiennes, aux bébés des cours princières en Europe. « Des milliers de jeunes mères vont ainsi quitter leur foyer peu de temps après leur accouchement pour aller allaiter un autre enfant que le leur », commente Sylvain Mathieu, alors président du Parc naturel régional du Morvan. Des noms de famille célèbres ? Les Rothschild, les Roosevelt et Wendel, les Coubertin et Brooglie, sans oublier Marie Guyot nourrice de Napoléon III…

Quant aux » nourrices sur place », jusque dans les années 1960 elles accueillent des dizaines de milliers d’enfants de l’Assistance publique, essentiellement parisiens, les « Petits Paris » comme ils étaient surnommés ! Parmi eux, un bébé de 7 mois devenu célèbre : en 1911, la famille Régnier, lui menuisier à Alligny, elle en charge du bureau de tabac, se voit confier Jean Genet. Entouré de bienveillante affection, jusqu’en 1924 : l’année où il est reçu au certificat d’études avec la mention « bien », l’année où il apprend qu’il est enfant de l’Assistance publique, l’année où il commet sa première fugue. Pour connaître ensuite sa première incarcération à la prison de la Petite Roquette, plus tard son placement – un terme policé pour ne point parler d’enfermement- à la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, un bagne pour enfants près de Tours en Indre-et-Loire.

Au recensement de 1921, sur 1840 habitants, Alligny compte pas moins d’une centaine d’enfants en nourrice. Cette réalité, couplée aux traces laissées par son gamin prodige, explique pourquoi le bourg fut choisi comme lieu d’enracinement du Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique. Inauguré en 2016, il retrace cette activité nourricière dans sa dimension économique, vitale autrefois dans cette région pauvre, mais aussi dans ses aspects intimes, au plus près des enfants et des familles. Construit dans l’ancien hôtel de la Poste, il propose de cheminer à travers données historiques et témoignages familiaux, un long périple de la nourrice d’hier à l’assistante maternelle d’aujourd’hui. D’un espace l’autre, le visiteur déambulant comme dans une ruelle de village aux maisonnettes accueillantes, le parcours est riche en informations, touchant en émotions.

Les 25 et 26/09, à l’occasion de ses dix ans d’existence, le musée des nourrices se fait Passeurs d’histoire : deux jours de rencontres, débats et tables rondes, chansons et spectacles. L’occasion aussi de s’interroger sur l’enjeu d’une telle structure, comment en assurer le développement et la pérennité en ces temps troublés où culture et mémoire sont mis à mal sur tout le territoire. Yonnel Liégeois
Le musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique : ouvert du 18/03 au 15/11, du mercredi au dimanche de 10h à 18h, fermé le samedi matin. À lire : Morvan terre d’accueil, terre nourricière / de l’Assistance publique au vivre ensemble (Cahiers scientifiques n°11, les 6èmes entretiens de Bibracte, 144 p., 15€). Le Bourg, 58230 Alligny-en-Morvan (Tél. : 03.86.78.44.05). Courriel : accueil@museedesnourrices.fr
De temps à autre, l’association des Amis du musée invite à randonner Dans les pas de Jean Genet. Un parcours sur les traces des lieux qui ont inspiré l’écrivain, du Captif amoureux à Notre dame des fleurs : la « maison d’ardoises » des Régnier, l’école des garçons avec la mairie à l’étage, l’église St Hilaire, la maison d’Antonin et Berthe la fille Régnier qui, à la mort de sa mère en 1922, recueillit le petit Jean.





