Murkus et le théâtre palestinien

Jusqu’au 25/07 à la Chapelle des Pénitents Blancs, à 14h et 19h, le metteur en scène et auteur Bashar Murkus propose Le musée. Une première, pour une œuvre palestinienne, dans le In du festival d’Avignon. Un geste artistique et politique fort.

Avec une vingtaine de pièces à son actif, Bashar Murkus ouvre une brèche dans l’invisibilité du théâtre palestinien. Dans Le musée, un homme est incarcéré depuis sept ans, il attend son exécution. Il a attaqué un musée – dans une ville que l’on ne situe pas – où il a tué 49 enfants et leur enseignante. à son dernier repas, il a convié l’enquêteur qui l’a interrogé. Le dialogue qui s’engage entre les deux protagonistes, et dissèque le passage à l’acte dans la terreur, est saisissant. Le jeune et talentueux metteur en scène palestinien invite à une réflexion dialectique sur la violence dans une forme rapprochée et dérangeante. Né en 1992, il a fondé le Théâtre indépendant Khashabi en 2015 à Haïfa. Entretien

Marina Da Silva – Pour la première fois, un metteur en scène palestinien est présent dans le In d’Avignon ! Vous serez également au Théâtre de la Ville à Paris, en novembre prochain, avec Hash. On connaît les difficultés de la création palestinienne dans un contexte d’occupation et de déni de citoyenneté. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Bashar Murkus – J’ai pu me former au théâtre à l’université ou avec des artistes. Notamment avec François Abou Salem – j’étais encore un enfant –, fondateur du Théâtre national palestinien à Jérusalem. En 2014, j’ai monté au Théâtre Al-Midan, à Haïfa, où je vis et travaille, le Temps parallèle, qui évoquait la figure de Walid Dakka, alors le plus ancien prisonnier politique détenu en Israël. Cela a fait l’effet d’une déflagration, provoqué la suppression des subventions du ministère de la Culture et de la municipalité et la fermeture du théâtre. Mais cela a aussi montré la peur et la crainte du gouvernement israélien à l’égard de la culture et de l’art palestiniens. Avec cette pièce, la représentation sortait de la salle vers la rue et ses enjeux étaient posés dans l’espace public. À partir de là, avec d’autres artistes, nous avons créé le Théâtre Khashabi pour pouvoir travailler librement, indépendants financièrement et politiquement. Pour nous, l’art et le théâtre ont un rôle à jouer dans la construction de la conscience individuelle.

M.D-S. – On ne peut situer dans quelle ville ou pays se déroule l’attaque terroriste et d’où sont les protagonistes du Musée. Pourquoi ?

B.M. – Je n’ai surtout pas voulu ramener la pièce au conflit israélo-palestinien. Nous ne voulons pas délimiter notre champ de création et de réflexion. Ici, ce n’est pas l’attaque terroriste qui est l’enjeu de la pièce, mais plutôt comment on définit le terrorisme. On interroge les conditions du point de bascule. Les protagonistes sont à deux pôles contradictoires et opposés. Mais ces deux pôles impactent notre vie quotidienne et nous font nous interroger – philosophiquement et politiquement – sur le pouvoir. Il nous faut trouver un sens à cette violence qui, aujourd’hui, traverse toute l’Europe. Je m’intéresse aux sujets contemporains qui amènent les spectateurs devant des questions humaines, politiques et artistiques. Cela place le spectateur – de façon symbolique – dans une position de mise en danger.

M.D-S. – Ce qu’on a appelé « la révolte de Jérusalem » a embrasé toute la Palestine. Qu’est-ce que ce moment a représenté pour vous ? Vous inspire-t-il théâtralement ?

B.M. – Je travaillais en Allemagne à ce moment-là. Mais, bien sûr, j’ai pu prendre la mesure de l’historicité d’un tel événement et, dès mon retour, observer ce qui était changé. Cela a montré l’unité du peuple palestinien qui se révoltait dans toute la Cisjordanie et à Gaza contre l’occupation sous toutes ses formes. À Haïfa, nous avons vu au grand jour se déployer le racisme contre les Palestiniens, qui sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Bien sûr, humainement, le prix à payer est considérable, mais c’est une victoire symbolique très importante. En tant qu’artiste, je ne peux pas écrire tant que je ne maîtrise pas encore l’analyse de la situation. Peut-être ultérieurement… Mais, sur le terrain, nous avons vu se mettre en œuvre de nouveaux processus d’entraide et de solidarité. Propos recueillis par Marina Da Silva

Jusqu’au 25 juillet, à la chapelle des Pénitents-Blancs. Les 18 et 19 novembre, au Théâtre des 13 Vents à Montpellier, puis tournée internationale. Hash au Théâtre de la Ville, du 23 au 27 novembre.

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