Djemaï, l’œillet à la boutonnière

En 2020, l’auteur et metteur en scène Nasser Djemaï a pris la direction du TQI-La manufacture des œillets, le Centre dramatique national du Val-de-Marne. Le Théâtre des Quartiers d’Ivry, créé en 1972 par Antoine ­Vitez, devient CDN en 2015 sous la direction d’Adel Hakim et Élisabeth Chailloux. Rencontre avec son nouveau directeur

Marina Da Silva – Quel a été votre parcours et quel est votre lien avec le TQI, avec Adel Hakim et Élisabeth Chailloux ?

Nasser Djemaï – Adel Hakim m’a accompagné dans mes premiers pas, dès 2004. J’ai présenté à Ivry, il y a dix ans, Une étoile pour Noël, le creuset de toutes les histoires que j’allais déployer au long des années. J’ai mis en scène Invisibles en 2013 au studio Casanova. J’ai été artiste associé dès la première saison du TQI et j’ai inauguré la salle Lanterneau avec Vertiges. J’avais un lien important avec Adel Hakim et Élisabeth Chailloux sur la façon de penser ce métier, aussi bien en ce qui concerne l’écriture que la mise en scène.

M.D-S – Comment avez-vous construit la saison 2021-2022 avec une pandémie qui a mis la création artistique à genoux ?

N.D – Nous avons démarré la saison en inaugurant « l’été culturel » et en investissant le site autrement, notamment en utilisant l’espace à l’air libre, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Nous disposons d’un outil fabuleux, sur près de 5 000 mètres carrés, pour organiser des concerts, du théâtre, de la danse, des lectures… Nous cherchons à nous associer aux autres théâtres sur le territoire : la Briqueterie, le Théâtre Jean-Vilar, le Studio Théâtre… Nous faisons face à une saison particulière et avons opté pour soutenir les créations qui n’avaient pu voir le jour et les spectacles qui avaient besoin d’être reprogrammés. Avec Anne-Françoise Geneix, ma codirectrice, nous avons ­posé les jalons de l’univers que nous voulons déployer. Quatre artistes sont ainsi associées à la saison : Tamara Al Saadi avec Istigal, élise Chatauret avec À la vie, Estelle Savasta avec Nous, dans le désordre et ­Pauline Bureau, dont nous sommes partenaires avec Pour autrui. Elles prennent à bras-le-corps des sujets de société pour en faire des fables contemporaines. Il s’agit d’une programmation poétique et politique, d’un théâtre en vibration avec le monde.

M.D-S – Quels sont les points marquants de votre programmation ?

N.D – Nous accueillons la Question, d’Henri Alleg, mise en scène par Laurent Meininger en décembre. Cela résonne pour nous avec les angles morts de l’histoire, les pages manquantes. Cela résonne aussi avec Invisibles, que je vais reprendre en janvier. Ces pièces mettent l’accent sur la notion de dominant-dominé qui traverse toute la saison. C’est la notion de dévoration qu’explorent Élisabeth Chailloux avec Hilda ou Jacques Vincey dans les Serpents, deux textes de Marie NDiaye. Ce sont des rapports de lutte de classe, de domination et de vampirisation. J’ai aussi repris  Peer Gynt, d’Ibsen, mis en scène par David Bobée, un texte inouï, une fable inépuisable dans une forme audacieuse qui peut être montrée à tous les publics.

M.D-S – Le TQI est aussi un lieu d’accueil pour des artistes en résidence, une maison des auteurs, un atelier théâtral. C’est une véritable ruche ?

N.D – Permettre aux artistes d’occuper les lieux et de présenter une proposition de travail est toujours plus parlant qu’un dossier d’intention. Je développe des formes itinérantes et de petites formes théâtrales qui ont vocation à aller dans les associations, les maisons de quartier, en milieu scolaire. La maison des auteurs, animée par Thierry Blanc, est un pilier du TQI et en irrigue l’activité, notamment l’atelier théâtral, dont nous présenterons les projets en juin.

M.D-S – Le TQI est reconnu pour accueillir des spectacles étrangers, dont ceux du Théâtre national palestinien. Qu’en est-il aujourd’hui ?

N.D – On est dans un entre-deux, avec des difficultés pour se projeter. Pour les spectacles étrangers, une des créations de la saison prochaine sera celle de Roland Auzet avec une troupe chinoise. Le Théâtre des Quartiers d’Ivry est aussi un théâtre du monde. C’est une notion centrale du projet, las encore clouée au sol par la pandémie. Propos recueillis par Marina Da Silva

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