Myriam Boyer, une riche nature

Aux éditions du Seuil, Myriam Boyer publie Théâtre de ma vie. Rien de plus passionnant que les mémoires d’acteurs : savoir d’où ils viennent, pour mieux éprouver de quoi ils se sont nourris. Afin qu’ils puissent, tels qu’en eux-mêmes, se révéler sur scène ou à l’écran.

Sur la couverture du livre Théâtre de ma vie, on la voit toute jeunette, avec un rond visage souriant aux yeux de marrons chauds sous une frange bien peignée, une fleur à la main au bord des lèvres. Belle et fraîche image de santé. Il lui en a fallu, depuis sa naissance en 1948 à La Mulatière, banlieue proche de Lyon, fille d’un père maquereau qui battait la mère, la Berthe, à qui Myriam Boyer rend un hommage fervent. Elle eut le courage de divorcer et plaça l’enfant chez les sœurs, dans l’orphelinat où manger à sa faim. La scène familiale revient souvent dans le récit. Puis c’est Paris, les « couloirs de la honte » aux studios des Buttes-Chaumont, dans l’attente de petits rôles qui grandiront peu à peu, tandis que les patronnes des bistrots du coin veillent sur son rejeton, Clovis Cornillac, enfant de la balle s’il en est.

Elle tourne dans Il pleut toujours où c’est mouillé, de notre regretté camarade Jean-Daniel Simon. Elle sera successivement choisie par Agnès Varda, Bertrand Blier, Claude Sautet, François Ozon, entre autres, dans des rôles propres à sa riche nature de femme de cœur et de caractère. Au théâtre, souvenir personnel, elle fut à Nanterre sous l’œil implacable de Chéreau, dans Combat de nègre et de chiens de Koltès, la bouleversante petite Parigote perdue en Afrique entre Michel Piccoli et Philippe Léotard. De ce dernier et de Patrick Dewaere, grands brûlés devant l’Éternel, Myriam Boyer brosse d’émouvants portraits. Avec le grand cinéaste communiste américain John Berry (1917-1999), ce fut en 1975 le coup de foudre. La gamine de La Mulatière, à l’anglais hésitant, put à son bras croiser à loisir le gratin d’Hollywood (Orson Welles, Kirk Douglas, Burt Lancaster…) et d’abord Jules Dassin, Joseph Losey et Martin Ritt, qui avaient eux aussi subi le maccarthysme.

Myriam Boyer, qui ne cède rien, revient sur le conflit – soldé à son profit – avec Niels Arestrup et la Gaîté-Montparnasse, lors de Qui a peur de Virginia Woolf ? Juste compensation symbolique, elle obtint un Molière pour son interprétation dans la pièce d’Edward Albee. Ce sont là quelques pistes glanées dans un livre attachant, franc du collier, dans lequel la femme et l’actrice se livrent sans fard. Jean-Pierre Léonardini

Théâtre de ma vie, de Myriam Boyer, écrit avec Hélène Rochette. Le Seuil, 187 p., 18€.

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Classé dans Cinéma, Documents, La chronique de Léo, Rideau rouge

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