Tchekhov, un vivant à Alfortville

Jusqu’au 24 avril, au Théâtre-Studio d’Alforville (94), Christian Benedetti propose une intégrale Tchékhov ! Avec la même équipe de comédiens, les classiques d’abord ( Oncle Vania, La Cerisaie, Trois soeurs, La Mouette, Ivanov), suivis des neuf pièces en un acte et de Sans Père en mai… Une exploration exaltante de l’univers du dramaturge russe.

Christian Benedetti anime, depuis 1997, le Théâtre-studio d’Alfortville. Il en a fait un laboratoire de théâtre à vif, chaleureux, inventif. Depuis la Mouette, il y a plus de dix ans, spectacle ô combien mémorable, il poursuit une exploration exaltante de l’univers de Tchekhov. Ces temps-ci, sous le titre générique de Tchekhov, 137 évanouissements, il propose « l’intégrale » du théâtre de celui qui affirmait : « Le rôle de l’écrivain est de décrire une situation, si honnêtement, que le lecteur ne peut plus s’en évader. » Et le spectateur donc ! Pari tenu haut la main lors des représentations des Trois sœurs et de la Cerisaie… C’est joué allegro vivace (le rythme souhaité par l’auteur, face à Stanislavski noircissant le tableau), avec des élans, des embrassades, des pleurs, des saillies grotesques, des mélancolies vite oubliées, sur un fond de tristesse gaie, tiens, un oxymore. Un rien de meubles et d’accessoires (armoire, divan de velours rouge, chaises, tables, un samovar entrevu) apportés puis ôtés à vue par les acteurs au gré des situations.

Entrées et sorties rapides, on ne s’installe pas, du nerf, du jus émotif. On sent le beau travail d’une bande soudée, un bonheur d’être ensemble. On les retrouve, pour la plupart, dans l’une et l’autre pièce sous un visage différent. Les trois sœurs (Macha-Stéphane Gaillard, Olga-Marilyne Fontaine, Irina-Leslie Bouchet) font un bouquet de féminités anxieuses. Benedetti est souverain deux fois, en Verchinine, capitaine amoureux, en Lopakine, fils de moujik délicat et « pragmatique », devant Brigitte Barilley, Lioubov virevoltante, vivant pivot de la Cerisaie, qui se clôt sur l’abandon de Firs, vieux serviteur qui regrette le servage, que Jean-Pierre Moulin, l’aîné de la troupe, campe avec une rare élégance. Malheur du critique, condamné à citer des interprètes en rang d’oignon, sans pouvoir s’attarder sur leur juste poids d’humanité dans des peaux diverses. Ce sont Helen Stadnicki, Martine Vandeville, Olivia Brunaux, Vanessa Fonte, Philippe Crubezy, Daniel Delabesse, Alain Dumas, Alex Mesnil, Marc Lamigeon, Baudouin Cristoveanu et Julien Bouanich. Le trait de génie de Benedetti est dans ces « évanouissements », éclairs du sens en suspens, quand les gestes se figent dans l’expectative. Jean-Pierre Léonardini

L’intégrale se déploie jusqu’au 24/04. En mai, s’ajouteront Sans père et les neuf pièces en un acte. Théâtre-studio, 16 rue Marcelin-Berthelot, 94140 Alfortville (Tél. : 01.43.76.86.56) : www.theatre-studio.com

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Classé dans La chronique de Léo, Littérature, Rideau rouge

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