Ulysse, escale en Avignon

Au théâtre du Balcon, en Avignon (84), Serge Barbuscia présente le Syndrome d’Ulysse. Écrite à quatre mains avec Ali Babar Kenjah, à partir de la figure mythique du guerrier rusé, une pièce qui présente le héros d’Homère comme l’archétype aujourd’hui du migrant. Un spectacle musical harmonieusement rythmé, au cours duquel le lyrisme du texte le dispute à la joie collective de jouer.

Barbuscia lui-même incarne le choryphée, en référence familiale, au nom de son arrière-grand-mère de Sicile, la Nonna Nina, chassée par la faim, un jour embarquée avec ses enfants sur un esquif pour aborder au port de Tunis. Au début du siècle dernier, 130 000 Siciliens affamés ont ainsi dû immigrer vers les côtes africaines. Il cite encore sa mère, quittant la Tunisie pour Marseille avec ses trois rejetons. Ali Babar Kenjah situe Le syndrome d’Ulysse « entre le retour impossible et l’intégration inachevée ». Il a étoffé la partition verbale d’allusions aux îles des Caraïbes, en évoquant le poète anglophone Derek Walcott, né à Sainte-Lucie, prix Nobel 1992, auteur de l’épopée Omeros, frère en esprit d’Aimé Césaire et d’Édouard Glissant.

Barbuscia, de son côté, apporte au bien commun sa dilection pour Pablo Neruda, qu’il a illustrée en montant Tango Neruda. Rien n’est omis du caractère infiniment cruel de l’exil forcé, de la cupidité des passeurs, des risques de mort par noyade ou des réactions de rejet. Ce qui fait, en même temps, le bien-fondé du Syndrome d’Ulysse est à voir dans les vertus du jeu théâtral. Autour de Serge Barbuscia évoluent quatre interprètes de haut vol, aptes à mêler la profération à la mise en corps musicale. Lorsque Aïni Iften et Théodora Carla chantent recto tono d’une voix d’entrailles, cela devient bouleversant. Bass Dhem est un harmoniciste accompli.

Jérémy Bourges assure la direction musicale en polyglotte averti et pianiste virtuose : du classique au swing, de la salsa au tango. Les costumes d’Annick Serret concourent, sous la lumière de Sébastien Lebert, à la validité esthétique d’un acte théâtral dont l’objectif affirmé est de donner à entendre et à voir « l’humanité invisible des malheurs du monde », et ce, par le biais d’une coopération transatlantique, dont des étapes préparatoires ont eu lieu en Martinique, puis en Casamance (Sénégal), auprès de la compagnie Bou-Saana. Jean-Pierre Léonardini, photos Gilbert Scotti

Le syndrome d’Ulysse, Serge Barbuscia : jusqu’au 25/07, tous les jours à 15h15 sauf le jeudi. Théâtre du Balcon, 38 rue Guillaume Puy, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.85.00.80).

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