Jusqu’en janvier 2027, le musée de l’Homme consacre une exposition aux Grands âges de la vie humaine. Mêlant art et science, elle donne à voir les photographies de Nikos Aliagas. En dialogue avec les panneaux élaborés par le biodémographe et chercheur Samuel Pavard, spécialiste du vieillissement.

Présentateur vedette de la télévision (La Star Academy ou The Voice), Nikos Aliagas est aussi un photographe de talent, comme le montre la cinquantaine de clichés en noir et blanc au musée de l’Homme pour l’expo Les grands âges. Une thématique qu’il explore depuis plusieurs décennies à travers des photos qui magnifient les traces du temps qui passe. « Photographier les grands âges, c’est regarder le temps en face sans le juger. C’est nous rappeler que vieillir n’est pas un effacement, mais une autre manière d’être au monde, une façon intime d’imprimer son empreinte pour celles et ceux qui viendront après », explique-t-il. Ses portraits délicats font écho aux panneaux conçus par le chercheur Samuel Pavard qui déclinent la complexité biologique, sociale et culturelle du grand âge.

Après avoir resitué la longévité humaine sur l’échelle du reste du vivant, le parcours montre que les personnes âgées ont toujours tenu un rôle essentiel, fondamental, dans les sociétés humaines : soins apportés aux petits-enfannts, transmission de biens matériels et de savoirs aux générations suivantes… « Un trésor de l’humanité », comme le résume le biodémographe Samuel Pavard. L’expo questionne aussi sur la place actuelle de la vieillesse dans nos sociétés avec l’augmentation de l’espérance de vie qui atteint plus de 70 ans dans la majorité des pays d’Europe, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique. Un enjeu majeur de santé publique et de politique sociale pour assurer une vieillesse en bonne santé pour toutes et tous, mais aussi pour protéger les personnes âgées des menaces accrues : vagues de chaleur, crises sanitaires, épidémie de cancers et de maladies dégénératives causées par les polluants… Amélie Meffre
Les grands âges, Samuel Pavard et Nikos Aliagas : jusqu’au 03/01/27, Foyer Germaine Tillion, tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h. Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris. Le 15/09, rencontre avec Samuel Pavard : « Naître-grandir-aimer et mourir, une histoire naturelle du cycle de vie humain ».
SOUDAIN, le film

Soudain est un récit qui explore l’amitié inattendue entre deux femmes que tout oppose. Marie-Lou, directrice d’un EHPAD, croise par hasard la route de Mari, une metteuse en scène de théâtre japonaise. Cette dernière est atteinte d’un cancer incurable et n’a plus que quelques mois à vivre. Contre toute attente, de cette confrontation avec la maladie et la fin de vie, naît une histoire lumineuse, pleine d’espoir et profondément humaine. À travers des dialogues intimes, le récit explore la force des liens humains, la notion de soin et le pouvoir de l’écoute.
Soudain, un film de Ryusuke Hamaguchi. Avec Virginie Efira et Tao Okamoto, double Prix d’inteprétation féminine au festival de Cannes 2026.
Les avis des critiques de l’émission radiophonique Le masque et la plume, août 2026 :

Nicolas Schaller : un chef-d’œuvre humaniste et bouleversant
Pour Nicolas Schaller, cette œuvre transcende le simple cadre du cinéma pour devenir « presque une expérience de vie » pour l’interprète et « une expérience de projection » pour le public. Le journaliste avoue qu’il aurait volontiers récompensé simultanément le réalisateur et ses deux comédiennes, saluant une complicité qui crée « une espèce de chimie qui se produit pendant 3h15 ». Bien que le récit aborde des sujets graves et complexes liés au quotidien d’un EHPAD, à l’autisme ou à la maladie d’Alzheimer, il évite constamment le piège du pathos pour s’élever vers « une hauteur de vue, d’une grandeur, d’un humanisme assez bouleversant ». Schaller souligne également la virtuosité de la mise en scène qui « bascule d’un régime de langage à un autre », mêlant de longues conversations intimes et des plans-séquences mémorables à la BNF. Il conclut en qualifiant l’œuvre de « film thérapeutique sur l’écoute et le soin », tout en y décelant « une critique féroce du capitalisme ».

Charlotte Garson : un exercice de style captivant mais inégal
Charlotte Garson livre une analyse nettement plus partagée sur ce qu’elle qualifie de « film atelier ». La journaliste confie avoir constamment oscillé « entre une exaspération face à cette notion d’humanitude » exposée de manière très appuyée à travers la formation des soignants, et une « pleine gratitude envers ça ». Elle se montre en revanche très élogieuse envers la structure temporelle de l’œuvre, soulignant la pertinence du titre Soudain qui fait sens face à la trajectoire de Mari, un personnage dont l’agonie promise doit aller « très vite ». Ce sont précisément « ces différents braquets temporels » qui ont su la séduire. Néanmoins, elle émet des réserves sur l’efficacité de certains choix de mise en scène : si elle aime l’idée de croiser différents « régimes de paroles », elle avoue que le procédé « ne marche pas toujours » et que la longue représentation théâtrale antipsychiatrique a fini par l’ennuyer.

Jean-Marc Lalanne : un conte philosophique d’une légèreté absolue
Jean-Marc Lalanne se dit quant à lui particulièrement séduit par le « côté conte philosophique du film ». Il apprécie la profondeur des longs dialogues, habilement « construits comme des débats d’idées » , qui portent une réflexion essentielle sur le capitalisme « et la façon dont il menace au fond la perpétuation de l’humanité ». Selon lui, le réalisateur Ryusuke Hamaguchi réussit le tour de force de rendre cette « aridité assumée » particulièrement « incarnée » et « très sensuelle ». Ainsi, la longueur de l’œuvre ne pose aucun problème puisque le cinéaste parvient à créer « une sorte d’écosystème sensuel dans lequel on se sent bien » , offrant à ces trois heures de narration « la légèreté d’une plume ». Lalanne salue enfin la manière dont le récit articule avec brio « le lien entre l’art et le soin » pour en dire « des choses très belles et très profondes ».





