Je pense, donc je suis…

Dans le cadre du festival Beckett, le 28/07 à Roussillon (84), Sylvain Maurice met en scène Les pensées. Un texte de Nicolas Doutey, subtil et jouissif, quand les jeunes Ida et Paul découvrent leur capacité à penser : étonnant. Un banc, deux comédiens, trois notes de musique et quatre fourchettes, le bonheur est dans la plaine !

Sur le plateau du CDN de Tours, lors de la création des Pensées fin juin, Ida se promène. Une banale balade dans la plaine… Lorsqu’elle rencontre Paul, elle lui fait une étrange révélation : à la vue d’un nuage blanc devenu sombre, « dans la pluie sur la plaine, subitement je pense, quelque chose s’active, j’ai une pensée, je pense au matin ». Au grand étonnement de Paul, qui interroge son amie. Non, il ne s’est rien passé de particulier ce matin-là, Ida pense au matin en général, « je me promène dans du matin en y pensant ». Penser, ce n’est pas rien, un phénomèe singulier, une sorte d’événement, « un gros morceau qui risque de changer pas mal de choses », estime le garçon.

Comme Bérangère Vantusso, la directrice de l’Olympia depuis 2024, les deux compères sont des familiers des Chantiers. De Longueur d’ondes à Faire le beau pour la première, encore en complicité d’écriture avec Nicolas Doutey qui signa Bouger les lignes, jusqu’à Réparer les vivants et le remarquable Projet Barthes de Sylvain Maurice programmé au récent festival d’Avignon… L’écriture incisive de Doutey, imagée et comme complice de l’intelligence première, fait mouche, autant que la mise en scène épurée et dynamique de Maurice ! Un petit banc de bois pour tout décor, de palabre en palabre, Jeanne Louis-Calixte et Mikaël-Don Giancarli pensent à loisir, une sarabande verbale mise en musique par Laurent Grais ! Penser, penser bien, penser juste ? Une tâche pas facile, mais excitante lorsqu’on s’y met à deux, surtout quand il s’agit de retrouver Bill, de retour au pays paraît-il… D’aucuns l’ont aperçu : est-ce vrai ? Est-ce lui ? Sacré Bill, il faut y réfléchir… C’est pas gagné, mais Ida et Paul sont satisfaits, ils ont bien échangé, « on a complètement échangé nos pensées »…

Ils se souviennent, l’une du réparateur de vélos et l’autre de la quincaillère, ce n’est pas simple de demander quelque chose quand on ne connaît pas le vrai nom, entre mortaiseuse et clé à pipe…Il faut chercher, tenter de se faire comprendre. Mais c’est formidable, rien que d’y penser, penser c’est fantastique, ça ne change rien et ça change tout ! « On peut penser n’importe où, on a besoins de rien pour penser ». Et le duo de s’éclater alors dans un ballet de fourchettes, digne de celui des petits pains à la Charlot. Un dialogue revigorant, quand Doutey rend émoustillant la banalité du quotidien, un premier texte pour la jeunesse qui l’invite à ne pas tout accepter au comptant, à oser s’aventurer sur les chemins du questionnement et de la réflexion. Comme à l’habitude, dans une mise en scène limpide de Sylvain Maurice qui s’enroule et se déroule avec joliesse, à l’image du tapis roulé-déployé sur scène. Allez y voir, l’heure a sonné, il n’est plus l’heure de penser ! Yonnel Liégeois, photos Christophe Raynaud de Lage

Les pensées, Nicolas Doutey et Sylvain Maurice : le 28/07, 21h. Ecomusée de l’ocre OKHRA, 570 Route d’Apt, 84220 Roussillon (Tél. : 04.90.05.67.69). Le texte est disponible aux éditions Actes Sud-Papiers. Du 14 au 17/10, au Théâtre de la Ville (75).

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