1960, Brel à la fête de l’Huma

En septembre 1960, Jacques Brel se produit sur la scène de la Fête de l’Humanité. Un concert qui n’a guère laissé de traces, si ce n’est, sans doute, dans les souvenirs de ceux qui l’ont vécu.

Pas de photo en 1960, heureusement Brel revient en 1963 !

Il est des concerts dont seule la date demeure, auréolée d’un mystère insondable, celui des choix éditoriaux et des archives. Ainsi en va-t-il de celui de Jacques Brel, lors de l’édition des 3 et 4 septembre 1960 de la Fête de l’Humanité, tout juste annoncé dans l’édition quotidienne du 1er septembre par un bref encadré, pas même 500 signes, surmonté d’une photo. Un bien court rappel biographique pour ce chanteur belge né en 1929 dans une famille catholique d’industriels spécialisés dans la vente de carton. « Quand il a senti qu’il allait étouffer, il a crevé le couvercle et il est sorti de sa boîte comme un jeune diable ébouriffé, une guitare à la main », nous dit le texte. Belle manière de présenter les débuts – difficiles – de cet artiste protéiforme qui, en 1960, a connu quelques succès mais n’en est qu’au tout début de son ascension.La suite ? « Vous la connaissez », concluent les confrères de l’époque.

De son concert de 1960 à la « Grande Fête de l’Humanité », pour la première année au parc des sports de La Courneuve, il ne nous reste presque rien. Combien, sur la scène de la Fête, a-t-il chanté de chansons ? Il a sans doute interprété Ne me quitte pas, créée l’année précédente à Bobino, tout comme La valse à mille temps. Et l’inoubliable Quand on n’a que l’amour, son premier grand succès public, composé en 1956. Mais le mélancolique Plat Pays, la cruelle – mais jouissive – Ces gens-làJef, et Mathilde mûrissaient encore dans l’esprit de l’artiste, tels les blés aussi blonds que les cheveux de la belle Frida… Il y a fort à parier qu’il n’a concédé ni bis, ni rappel, lui qui n’en faisait jamais, même pour son dernier concert à l’Olympia. Brel n’aurait dérogé à cette règle qu’une seule fois, si l’on en croit son accordéoniste Jean Corti. À Moscou, en 1965, il a « bissé » Amsterdam, l’un de ses titres phares que, pourtant, lui-même n’appréciait guère. Mais le public avait tranché : la chanson a son alchimie lyrique, ses accents tragiques.

La maison familiale de Brel, rue du Moulin à vent, Montreuil (93)

À la Fête, en 1960, elle n’était encore qu’une promesse qui ne se réalisera que quatre ans plus tard. Brel n’a pas non plus fredonné Jaurès, sortie en 1977 sur son dernier album, Les marquises. Nul doute que les fidèles du journal fondé en 1904 par l’homme politique l’auraient bien accueillie, qui ont défendu la classe ouvrière que le chanteur y dépeint si subtilement. Ce concert à la Fête de l’Humanité advient un peu plus d’un an avant sa première prestation à l’Olympia, qui signe le véritable envol de sa carrière de chanteur. Lui qui ne s’est jamais débarrassé du trac et vomissait avant de monter sur scène a, sans doute et à son habitude, bu un grand verre d’eau, peut-être un whisky ou une bière.

Combien de cigarettes a-t-il fumées ? On imagine qu’il a transpiré sur la scène de la Fête de l’Humanité, gesticulant des pieds à ses longs bras, donnant tout, avec ses tripes. Fidèle à lui-même, Brel ne trichait pas – c’est trop facile de faire semblant, nous dit-il. Seize ans plus tard, il annonçait ses adieux à la scène, se consacrait au cinéma, devenait pilote, et puis skipper. Jusqu’à ce que le « Grand Jacques » se taise finalement, en 1978, à seulement 49 ans. Dix-huit ans après son premier passage à la Fête de l’Humanité – il y reviendra en 1963 –, dont il ne reste qu’un rêve. Jessica Stephan, in l’Humanité

La Fête de l’Humanité, concerts-spectacles-cinéma-livres-débats-conférences : les 11-12-13/09. Base 217/Le Plessis-Pâté, 91220 Brétigny-sur-Orge (infos Billetteries).

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