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Jaugette, musique et enfance !

Du 18 au 20 juillet, sous la houlette de la pianiste Irina Kataeva-Aimard, le Manoir des arts de Jaugette (36) organise son traditionnel festival de musique. Au cœur du parc naturel de la Brenne, entre portées de notes et ambiances ludiques, à l’heure de l’enfance.

En cet été 2025, du 18 au 20/07, les mondes de la musique et de l’enfance vont se conjuguer en un original projet poétique et ludique ! Une authentique invitation à l’évasion, marque de fabrique du festival de Jaugette depuis 2012... Rien ne prédestinait Irina Kataeva-Aimard à diriger de telles rencontres musicales : la pianiste a grandi à Moscou, au sein d’une famille d’artistes. « J’ai eu la chance de baigner dans un environnement fabuleux », elle le reconnaît bien volontiers, « parmi les invités de mes parents, il y avait des gens comme Samson François ». Son père, Vitali Kataev, était chef d’orchestre et sa mère, Liouba Berger, musicologue. Un univers pour le moins favorable au développement de l’expression artistique, tel fut le chemin emprunté par Irina qui s’initie très jeune à la musique et notamment aux créations contemporaines. Fervente admiratrice de la musique de Messiaen, dès les années 1980 elle interprète ses œuvres dans de nombreux lieux de culture de l’ex-URSS. En France où elle s’installe en 1985, et un peu partout dans le monde, elle multiplie concerts et festivals, jouant Prokofiev, Scriabine, Chostakovitch.

Elle devient une sorte de pianiste attitrée des compositeurs contemporains russes, tels Alexandre Rastakov ou Edison Denisov. Elle rencontre et travaille avec Pierre Boulez et Olivier Messiaen. Au début des années 2000, elle enregistre les œuvres de plusieurs compositeurs contemporains européens. Son talent et son expérience l’autorisent naturellement à transmettre son savoir : elle enseigne au Bolchoï le répertoire des mélodies françaises aux jeunes chanteurs russes, elle est par ailleurs professeur titulaire de piano au Conservatoire à rayonnement départemental Xenakis d’Évry Grand Paris Sud.

Et puis… Les hasards de l’existence la conduisent dans le parc naturel régional de la Brenne. Coup de cœur pour un manoir datant des XVème et XVIIème siècles : Irina trouve à Obterre plus qu’un lieu de villégiature, surtout un cadre propice à la présentation d’œuvres musicales diverses. D’une grange, elle fait une salle de concert. À partir de 2011, l’artiste investit dans les bâtiments et crée une association. Au final, trois festivals de musique par an marient concerts d’instruments anciens, création d’œuvres contemporaines, prestations de groupes folkloriques, conférences et master class permettant la rencontre de jeunes musiciens. À chaque initiative, son thème : du Romantisme en Europe au XIX ème siècle à la Splendeur russe, en passant par Tradition et modernité ou encore La nature les animaux et la musique… La palette est large, le pari osé. « Aux habitants éloignés des grandes salles de concert, je veux offrir l’ouverture aux musiques du monde. Passées et actuelles. L’art ne doit pas être réservé à une élite des métropoles ».

Son désir le plus cher, en créant un tel festival ? Faciliter l’échange culturel, agir concrètement pour la découverte d’une région et de son patrimoine. Les rencontres de Jaugette sont ainsi l’occasion pour les visiteurs de se familiariser avec des paysages, une gastronomie locale. L’hébergement sur place des artistes est aussi un vecteur de rapprochement. Et il en est passé, depuis 2012, des artistes de renommée internationale ! Irina garde de ces prestations des souvenirs impérissables. De sa mémoire jaillissent quelques moments phares, comme la présence en 2015 d’Andreï Viéru, l’un des plus talentueux interprètes de Bach sur la scène internationale. Elle fut aussi honorée de la participation de Simha Arom, l’un des plus grands ethnomusicologues de notre temps, qui anima un atelier consacré au groupe africain Gamako.

« La venue de dix-huit chanteurs de l’opéra du Bolchoï fut pour moi un moment magique », s’enthousiasme-t-elle. Dans le même registre, elle apprécia tout particulièrement la visite d’un groupe d’une quinzaine d’artistes de Mestia en Georgie : le plus jeune avait 17 ans, le plus ancien 85… Les virtuoses qui ont répondu à l’invitation d’Irina ont souvent servi avec brio des projets innovants. Tels ces Miroirs d’Espaces de François Bousch où, au cours de l’écoute de cette création pour électronique et diaporamas, le public intervient sur le déroulé musical par l’intermédiaire de leur smartphone : le compositeur a créé une sorte d’alphabet sonore qui permet de transcrire en notes les textes envoyés par les téléphones. En 2019, Pierre Strauch dirigea à six heures du matin un quatuor à cordes sur la terrasse du château du Bouchet : Haydn, Webern et Schumann à un jet de pierre de l’étang de la mer rouge, l’un des plus beaux plans d’eau de la Brenne, au cœur du parc naturel régional ! Plus d’une centaine de personnes ont eu le privilège de vivre cette communion entre la musique et le réveil de la nature.

Une symbiose qui touche même la sensibilité du monde animal, si l’on en croit la réaction de pensionnaires du parc animalier de la Haute-Touche. Des événements musicaux et chorégraphiques ont été présentés au public dans les allées de la réserve. « Nous avons vécu des moments magiques », confie Irina. « Captivée par le spectacle, une meute de loups s’est rassemblée au bord de leur enclos, plus tard ce sont deux lamas qui sont restés figés, visiblement fascinés par le jeu des artistes ». Une expérience qui montre à quel point les idées bouillonnent dans l’esprit des organisateurs ! D’ores et déjà, des réflexions sont engagées pour ouvrir les visiteurs à d’autres réalisations : un projet d’espace réservé aux sculptures contemporaines est en gestation. D’une année l’autre, Irina et son association innovent et surprennent. L’objectif ? Faire du Manoir des arts un rendez-vous exceptionnel de la création artistique. Philippe Gitton

Rens. : www.jaugette.com , www.destination-brenne.fr (Tél. : 02.54.28.20.28 ou 06.75.70.65.79)

Un festival pour petits et grands

Entre jeux d’enfants et performances musicales, les rencontres musicales de Jaugette offrent des moments exceptionnels dans une région qui l’est tout autant, la Brenne : trois jours magiques !

Le vendredi 18 juillet, 20h30 : Hansel et Grétel. Opéra romantique en trois actes de Humperdinck, composé en 1891, d’après le conte populaire merveilleux recueilli par les Frères Grimm. Partis dans la forêt cueillir des fraises, les deux enfants s’égarent et sont attirés par la maison en pain d’épices de la sorcière. Un classique du répertoire, accompagné de marionnettes d’une incroyable expressivité.

Le samedi 19 juillet, 16h00 : Trio Kawa – Contes de Mahabharata. Musique et danse de l’Inde sur les contes de Mahabharata, par les frères Kawa, groupe de musique traditionnelle Soufi, originaire de Jaipur au Rajasthan (Inde). Une animation de handpan par Etienne Joly, 17h00 : le hand-pan est un instrument de musique à percussion mélodique, créé à la fin des années 1990. Il se compose de deux demi-coupelles en acier, embouties, jointes ensemble. Le handpan se joue posé sur les cuisses. Le joueur le fait résonner en tapant dessus avec les mains et les doigts. Un récital de mélodies françaises, 20h30 : la mélodie française est un genre qui unit musique et poésie. Les chefs d’œuvre de Debussy, Ravel et Poulenc, inspirés par les poètes tels que Apollinaire, Eluard, Gautier, seront interprétés, ainsi que des œuvres de Rosenthal et Godard, inspirés des poèmes de Nino et de La Fontaine évoquant l’univers de l’enfance.

Le dimanche 20 juillet, 11h00 : Au début du monde. Armelle, Peppo et Jean Audigane nous plongent au cœur de la cosmogonie tsigane, une saga ancienne tissée de dieux, de déesses, de légendes et de voyages. Guidés par les récits anciens, vous découvrirez l’histoire fascinante de la création du monde. Ces récits cosmogoniques ne sont pas seulement des histoires sur l’origine du monde, ils servent également à transmettre des valeurs culturelles et spirituelles au sein de la communauté tzigane. Pierre et le LoupContes de la vieille grand-mère (Serge Prokofiev), 16h00 : un conte musical pour enfants écrit à Moscou en 1936. Cette œuvre symphonique a été composée pour initier les enfants aux instruments de l’orchestre. Chaque personnage de l’histoire est représenté par un instrument différent : l’oiseau par la flûte, le canard par le hautbois, le chat par la clarinette, le grand-père par le basson, le loup par les cors, Pierre par les instruments à corde (par le piano, dans cette version) et les chasseurs par les timbales et la grosse caisse.

Du vendredi 18 au dimanche 20 juillet, à 13h : les artistes et musiciens donnent rendez-vous au public au cœur du Parc Animalier de la Haute Touche.

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Christoph Marthaler au sommet !

Sur la scène de la FabricA d’Avignon (84), Christoph Marthaler propose Le sommet. Le grand metteur en scène suisse allemand a imaginé une histoire perchée dans les hauteurs où défilent les grands de ce monde. Lorsque six protagonistes haut-perchés se rassemblent, une satire cinglante qui mêle théâtre, musique et chant.

On raconte qu’en Suisse, les très très riches ont tous un chalet dans les alpages pour se préserver de la pollution des vallées surpeuplées et respirer l’air frais de la montagne. Les chefs d’État et de la finance se plaisent à organiser des sommets à Davos pour décider du sort des peuples. Les alpinistes rêvent de sommets toujours plus hauts. On parle de sommets de la littérature et on connaît tous dans notre entourage une personne prête à tout pour parvenir au sommet de la hiérarchie. En allemand, « sommet » se dit « Gipfel », mot qui désigne aussi une viennoiserie, un croissant. C’est à partir de toutes ces combinaisons possibles du mot « sommet » que Christoph Marthaler a imaginé ce spectacle, créé à Vidy-Lausanne dans le cadre du festival Tempo forte, dans une forme plus resserrée (plus simple et adaptable à tous les théâtres) tout aussi burlesque que grinçante.

Sur le plateau, l’intérieur d’un refuge des plus sommaires. Deux lits superposés, des bancs, un extincteur, un téléviseur antédiluvien, un micro-ondes, un téléphone mural de secours, des dossiers bien alignés et là, posé devant, un rocher miniature, petit sommet en carton-pâte. Tout est rangé, scrupuleusement ordonné. Un tout jeune homme, probablement le gardien des lieux, est allongé sur un banc. On entend une musique d’ascenseur mais c’est par un passe-plat que débarquent les uns après les autres les personnages. Ils ne se connaissent pas, prennent place sagement, s’observent du coin de l’œil, tentent de communiquer mais ne se comprennent pas. Ça parle italien, allemand, français, anglais. Le gardien sort son accordéon et joue le début de la Symphonie inachevée de Schubert. Plus tard, ils danseront au son d’un folklore autrichien.

Un huis clos aux bruits calfeutrés

Que viennent-ils faire dans ce refuge ? On les regarde classer des dossiers sortis de nulle part, se croiser, s’éviter. Chacun donne l’impression de savoir ce qu’il doit faire. Tous tournent autour de ce petit sommet en carton-pâte. Qui sont-ils ? Des fonctionnaires internationaux, des agents secrets, des skieurs perdus dans la tempête, des fous échappés dans la nature, des chefs d’État réunis en conclave, des VIP cherchant les frissons de l’altitude ? Que font-ils là ? Christoph Marthaler ne nous laisse pas le loisir de répondre. On pense être parvenu à identifier la scène quand elle se métamorphose sous nos yeux. Tous chaussent leurs skis, tombent les uns sur les autres et s’emmêlent dans une mêlée inextricable. Énième et grotesque métaphore d’un sommet où la mécanique se déglingue au fil des changements de situation, les skieurs redevenant des dirigeants populistes, toujours prêts à tirer la couverture à soi. Les accessoires s’invitent dans cette sarabande et dessinent une partition sonore totalement foutraque.

Les mots se perdent, se répondent, provoquant des malentendus savoureux. Alors on chante, une chanson ou un air d’opéra, toujours à contretemps, à contre-emploi. Rien de mieux qu’un chœur pour créer un peu d’harmonie même si, ici, la musique ne se contente pas d’adoucir les mœurs, ce serait trop facile. Les déplacements des acteurs-chanteurs – Liliana Benini, Charlotte Clamens, Raphael Clamer, Federica Fracassi, Lukas Metzenbauer et Graham F. Valentine – sont millimétrés dans une chorégraphie au cordeau où chaque geste, chaque mouvement, aussi lent et retenu soit-il, casse le rythme. Dans ce huis clos, les bruits du monde parviennent calfeutrés, étouffés. Les dirigeants en tenue d’apparat posent pour la photo de famille, l’air suffisant et content d’eux quand bien même ils n’ont rien résolu du grand bazar du monde, bien au contraire.

Derrière le burlesque et le grotesque, le metteur en scène signe une satire grinçante des grands de ce monde, montre du doigt cette comédie du pouvoir, les dégâts provoqués par des décisions prises au sommet, leur silence complice devant les crimes de guerre en Ukraine, en Palestine ou ailleurs, leurs amitiés avec les marchands d’armes. Marthaler fait là son contre-sommet. Marie-José Sirach, photos Christophe Raynaud de Lage

Le Sommet, Christoph Marthaler : jusqu’au 17/07, 13h00. La FabricA, 11 rue Paul Achard, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.14.14.14). Les dates de tournée : MC93, Maison de la Culture de Bobigny, du 3 au 9/10. Théâtre National Populaire de Villeurbanne, du 7 au 12/11. Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, du 18 au 20/11. TnBA, Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, du 3 au 5/12. Les Gémeaux, Scène nationale de Sceaux, les 10 et 11/12.

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La soif, une bière, la mort…

Au théâtre 11-Avignon (84), Sophie Langevin présente Ce que j’appelle oubli. Un texte fort de Laurent Mauvignier, une magistrale interprétation de Luc Schiltz… La mort d’un homme, scandaleuse, pour une canette de bière bue dans un rayon de supermarché. Un fait divers innommable, une invitation à la révolte et à la vigilance.

Qui est-t-il ? Un sdf, un sans-le-sou, banalement un mort de soif… Nul ne sait, sinon qu’il a saisi la canette de bière, l’a décapsulée, en a bu une gorgée… Pas deux, une seule, les quatre vigiles ne lui ont pas laissé le temps de l’apprécier : encerclé, ceinturé, conduit dans la réserve du magasin, roué de coups, abandonné mourant dans une mare de sang. Pas une nouvelle de science-fiction, une histoire authentique, parmi des dizaines d’autres un fait divers survenu à Lyon en 2009 : mort pour rien, pour une canette, la moins chère à l’étal des boissons !

Des brutes à la force vicieuse

Dans la semi-obscurité, surgi de derrière le rideau semblable à celui de l’entrepôt des supermarchés, un visage dans un éclair de lumière, une musique qui bruisse au lointain. L’homme raconte. Un soliloque sans fin, comme la phrase qui court sans ponctuation de la première à la dernière page de l’ouvrage de Laurent Mauvignier (éditions de Minuit, 60 p., 11€). Respiration haletante, silences angoissants, la silhouette joue à cache-cache derrière la tenture en lamelles de plastique. L’homme raconte l’engrenage fatal, son frère semble-t-il, les coups de poing et de pied qui pleuvent sur le corps terrassé, les râles, les gémissements. La voix se veut monocorde, sans pathos superflu, les faits rien que les faits : l’inhumanité personnifiée, quatre brutes qui s’acharnent sur un individu sans défense. Sans raison, détenteurs d’un maigre pouvoir qui n’autorise pas à tuer, fiers de leur force vicieuse.

Une mort impensable, inconcevable, à l’abri des regards, dans l’indifférence générale… L’homme égrène quelques souvenirs, des bribes de vie de la victime, livre au public quelques moments de petits bonheurs qui ont ponctué une existence anodine. Non, vraiment, rien ne justifie une mise à mort aussi ignoble, une telle tragédie ! La mort d’un anonyme sans doute, peut-être un autre jour, une autre fois un moins que rien ou un sans dent osera le même geste certes répréhensible, la banalité d’un larcin à cent sous… Mort pour un rien, hier comme demain, la soif de vivre ne compte donc pour rien ? Juste un vivant assoiffé, en manque d’argent… Tout vivant a sa place, même parmi des vivants autrement plus nantis et arrogants. L’homme poursuit son soliloque, interloqué devant un tel déferlement de violence, une telle haine. Luc Schiltz est impressionnant de vérité dans son rôle de narrateur, la gravité de la voix se mêlant judicieusement à l’accompagnement musical de Jorge de Moura, notes ou sons stridents comme des râles ou des cris.

Piquée au vif de la chair, maux et mots balancés tels des uppercuts au visage des spectateurs, la mise en scène de Sophie Langevin se révèle d’une puissance bouleversante. Le public est happé, hanté par les dits, non-dits et silences, submergé d’impuissance, d’incompréhension tout autant que de révolte, devant l’inconsolable. Avec cette vérité lancinante, incontournable : meurtre solitaire – crime collectif – génocide planétaire, quels que soient les justificatifs ou formes dont elle se pare, la barbarie est irrémédiablement condamnable. L’humanité partagée, une belle devise à ne jamais oublier ! Yonnel Liégeois, photos Bohumil Kostohryz

Ce que j’appelle oubli, Sophie Langevin : jusqu’au 24/07 à 11h45, relâche le 18/07. Théâtre 11-Avignon, 11 boulevard Raspail, 84000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10).

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Vladimir, Estragon et… Godot !

Au théâtre des Halles, en Avignon (84), Jacques Osinski présente En attendant Godot. Le metteur en scène s’empare de la pièce la plus célèbre de Samuel Beckett en insufflant à ses personnages une humanité désespérée autant que fantastique. Un plaisir durable pour le spectateur, une salle debout !

Décor. Un arbre sec comme une trique. Un gros caillou usé par le temps. Et le ciel, traversé de nuages sombres, avant que la lune ne fasse une entrée brumeuse. Le metteur en scène Jacques Osinski (scénographie de Yann Chapotel), magnifie le matériau brut et le verbe. Il a choisi la version que Samuel Beckett valida en 1984, en ligne directe avec la mise en scène de l’auteur à Berlin en 1975. Insufflant une bonne dose de malice, Samuel Beckett expliquait qu’il avait écrit ce Godot en un temps où « il ne connaissait rien au théâtre ». La pièce date de 1948, elle fut publiée en 1952, aux éditions de Minuit à Paris. Elle est la plus célèbre du dramaturge d’origine irlandaise.

Rangée un peu vite sur le rayonnage du théâtre de l’absurde, elle pose toujours des questions. Même si l’on ne croit plus guère que Godot, dont on ne sait finalement rien, viendra un jour. Pourtant subsiste un doute. Jacques Osinski avait déjà monté La dernière bandeCap au pirel’Image et Fin de partie. Avec une partie de l’équipe fameuse que l’on retrouve ici. Jacques Bonnaffé est Vladimir et Denis Lavant Estragon, Jean-François Lapalus est le soumis Lucky, Aurélien Recoing étant le maître Pozzo. Celui-là même qui donne un os à ronger à qui a faim. Celui qui boit du vin à la barbe des autres. Sur l’écran, apparaît Léon Spoljaric Poudade, en jeune messager. La machine fonctionne comme une horloge suisse.

Chacun est à la place qui lui convient. Et tous participent de la même fête des mots et de leur sens. Avec une bonne dose d’humourEn attendant Godot peut être une longue attente. Car il faut tenir la durée de la pièce. Ici, deux heures quinze, bon poids. Mais elle peut aussi se révéler source d’un plaisir durable pour le spectateur : au moment des longs saluts, une salle debout ! Gérald Rossi, photos Pierre Grosbois

En attendant Godot, Jacques Osinski : jusqu’au 26 juillet, 21h00. Théâtre des Halles, 22 rue du Roi René, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.76.24.51).

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Ariane, la fée d’Avignon

À la Scala d’Avignon (84), Ariane Ascaride propose Touchée par les fées. Sur un récit de vie confié à Marie Desplechin, entre humour et émotion, pétulance et autodérision, la comédienne égrène ses souvenirs. De l’enfance à l’aujourd’hui, une déclaration d’amour à la scène pour la gamine issue des milieux populaires de Marseille.

Comme pour d’autres avant elle, la valeur n’a point attendu le nombre des années ! De là à prétendre que la jeune Ariane fut une âme bien née, il ne faut tout de même pas abuser… Dès l’enfance, la gamine foule les planches. Sous la houlette du padre, son napolitain de père, coiffeur de métier mais directeur-metteur en scène d’une troupe de théâtre amateur… Le bel italien, tombeur de ces dames au grand dam de son épouse au point que le couple n’échangera plus une seule parole au fil de leur vie commune, est alors fier de sa fille. Dans ce quartier populaire de Marseille, pour la famille Ascaride, à défaut de la misère, la pauvreté a droit de cité. Le pastis et le drapeau rouge aussi, coco de père en fille, la culture également : le théâtre de Bretch pour le maître barbier, les grands airs d’opéra pour la mère de famille.

Entre représentations théâtrales et séances de tournage, d’un rendez-vous l’autre au fil d’un petit noir ou d’une tasse de thé, Ariane Ascaride a confié quelques séquences de vie marquantes à la romancière Marie Desplechin, son amie et complice. Pour offrir au final Touchée par les fées, fada en langage méridional, un récit chargé d’un lourd vécu oscillant entre soleil lumineux de la Canebière et grisailles d’un quotidien assombri par les querelles familiales, grands bonheurs de la petite enfance et amours interdites d’un père dont il sera longtemps fait silence.

« Je viens une dernière fois convoquer ces personnages, des êtres simples mais capables de croire aux fées, aux sorcières, aux anges », confie Ariane l’espiègle qui n’en perd jamais ni son humour, ni son latin ! Qui se veut témoin d’un héritage complexe, « la vie d’hommes et de femmes qui laissent à leurs descendants des pépites d’or et de bouts de charbon ». Une parole, superbement animée et chantée sous la houlette de Thierry Thieû Niang, talentueux metteur en scène : quelques valises à souvenirs, une dizaine d’images accrochées aux épingles à linge, trois bouts d’étoffe et un doudou, enthousiasme et optimisme à foison, la magie opère, plaisir et émotion sont à l’affiche de la Piccola Scala.

Formidable conteuse, la Jeannette de Robert Guédiguian, duo gagnant italo-arménien, n’a rien perdu de sa générosité, de sa verve et de sa spontanéité. Sous la plume gracieuse de Marie Desplechin et le regard aérien de Thierry Thieû Niang, l’attrait de l’à-venir l’emporte sur la nostalgie du temps écoulé. Entre révoltes, douleurs et combats, entre la folle passion des planches et l’amour du grand écran, un spectacle d’où l’on ressort grandi et ragaillardi ! Yonnel Liégeois, photos Louie Salto

Touchée par les fées, Ariane Ascaride : jusqu’au 27/07 à 11h50, relâche les 14 et 21/07. La Scala, 3 rue Pourquery de Boisserin, 84000 Avignon. (Tél. : 04.65.00.00.90).

Artiste et citoyenne

Le 7 avril, l’Adami, la société de gestion des droits des artistes, a décerné le « Prix de l’artiste citoyenne 2025 » à Ariane Ascaride. La comédienne a décidé de reverser les 10 000 euros du prix à l’Aasia, « une association peu connue qui œuvre à aider et soulager les migrants sur la route de l’exil et dans les camps de rétention ». Depuis janvier 2020, l’Aasia se déploie avec son programme « On the Road » sur les îles grecques de Samos et de Chios. « On dit souvent que je suis une artiste engagée, mais citoyenne, quel beau mot ! »

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Poubelle de secours !

Au Lila’s, en Avignon (84), Sarah Pèpe propose Croî(t)re ? Ou la fulgurante chute de Mme Gluck… et son irrésistible ascension. De la déchéance sociale à un possible devenir, un spectacle qui croit en la force du « commun, commune » et aux lendemains qui chantent. Sans oublier les autres spectacles à l’affiche du théâtre.

Théâtre atypique dirigé par Romane Bernard et François Nouel, lieu emblématique en Avignon depuis 2015, Les Lila’s se revendique scène ouverte aux auteures, interprètes ou chorégraphes, toutes femmes au talent certain qui proposent leur vision du monde diverse et colorée. Un regard sur la vie et la société longtemps monopolisé par les hommes, privant de parole la moitié de l’humanité ! « Faire entendre les invisibilisées, les minorées, les silenciées enrichit l’imaginaire collectif », témoigne Sarah Pèpe, la directrice artistique du Local des autrices, relais parisien où leur voix plurielle a droit de cité et où nous avons vu en avant-première la plupart des spectacles présentés au festival. Osez découvrir et applaudir la révolte qui monte et gronde, celle d’artistes d’une incroyable force créatrice et poétique ! Yonnel Liégeois

Toute habillée de vert ce soir-là, on place son espérance là où l’on peut, Mme Gluck sort la tête de sa poubelle ! Pour nous conter une peu banale histoire de sac à dos… Celui qu’elle a offert à sa fille, prétendument acheté et qui a causé sa perte. Un sac d’école presque neuf, récupéré dans les ordures mais identifié par la copine de classe, la petite « bourge » du quartier aux moyens financiers illimités. La honte pour l’autre gamine qui refuse de retourner en classe, se brouille avec sa mère traitée de menteuse et de voleuse.

Pour se racheter, Mme Gluck ose alors ce qu’elle a toujours refusé : souscrire des crédits à la consommation ! Et de s’endetter, d’accumuler les achats compulsifs, entre l’être et l’avoir se fourvoyer en pensant faire le bonheur de sa progéniture. Jusqu’à l’engrenage fatal : l’incapacité à rembourser ses emprunts et à payer son loyer, l’expulsion de son domicile, la galère et le chômage. La vie à la petite semaine, dans les poubelles.

Auteure, metteure en scène et interprète, directrice artistique du Local des autrices (75), Sarah Pèpe se joue des mots pour nous dépeindre une réalité sociale qui, aujourd’hui, touche une bonne part de nos concitoyens : la précarité, la pauvreté qui frappe tout un chacun. Pour un accident de la vie, une maladie, une séparation, une dépression… Surtout dans un monde où le luxe s’affiche à toutes les devantures, où la publicité vend du bonheur sur tous les écrans, où l’argent des uns nargue sans vergogne le peu de moyens des autres. Ni pathos ni prise de tête sur scène, mais une folle énergie et force humour : une vraie poubelle, quatre épingles à linge et deux bouts de drap blanc, un puissant ventilateur pour imager le vent de folie qui bouscule sa vie, la mère de famille refuse de sombrer ! Dans une mise en scène minimaliste et un espace confiné, un sursaut de dignité qui éclate dans une explosion de sons et lumières.

L’évidence s’impose : non, elle n’est pas toute seule, Mme Gluck, d’autres vivent la même galère ! Allez-y donc toutes et tous l’applaudir, surtout les femmes premières victimes des crises sociales, osez traverser la rue et, comme elle, espérer en de possibles lendemains qui chantent. Malgré les injonctions, diktats et lois qui oppressent, oppriment et répriment. Les mots reprennent sens, la vie des couleurs. Entre croître et croire, il nous faut choisir ! Yonnel Liégeois.

Croî(t)re ? Ou la fulgurante chute de Mme Gluck… et son irrésistible ascension, de et avec Sarah Pèpe : jusqu’au 26/07 à 14h15, relâche les mercredi. Théâtre Les lila’s, 8 rue Londe, 84000 Avignon (Tel : 04.90.33.89.89).

Quand les femmes entrent en scène

Celle qui (jusqu’au 14/07, 10h30) : Devant la glace, elle se veut et se fait belle ! Prête à sortir, à courir à la conquête du monde… Las, bloquée chez elle, elle se met à penser, à réfléchir : et si toute cette vie trépidante n’était qu’illusion ? La femme entreprenante, gagnante mais image bien pensante de la femme perdante, recluse dans un rôle assigné ? Romane Kraemer dans un « seule en scène », convaincant et percutant.

L’apparence des choses (du 15 au 26/07, 10h40) : Au lendemain de la mort de son compagnon, Jade l’écrivaine a perdu goût de vivre et inspiration. Peut-être est venu le temps de s’interroger sur soi-même, de renaître à ses propres aspirations… Sous les accords de guitare, des instants de vie amoureusement écrits et interprétés par Alison Demay.

Vivre nue (jusqu’au 26/07, 12h25) : La poésie incarnée ! Des doigts et de la voix, derrière et devant son piano, pour un bref instant son corps nu dans un éclair de lumière, Fane Desrues se révèle ensorcelante ! Un concert qui vous déshabille, où l’intime se pare de mille couleurs et saveurs… Avec sensualité et douceur, une voix pure qui monte dans les cintres et transporte le public au plus profond de ses rêves et sensations.

L’histoire de la fille d’une mère (jusqu’au 26/07, 16h00) : Elle est déçue, elle souhaitait un garçon, elle accouche d’une fille ! Une malédiction qui s’abat sur la mère autant que sur la fille, qui nous est contée sur trois générations… De l’humour acerbe, de l’émotion à fleur de peau, Émilie Alfieri joue de toutes les nuances pour révéler combien l’enfance d’une enfant, brimée dans son statut de fille, marque durablement sa future vie de femme. Du poids de l’héritage familial, avec conviction et sensibilité.

Mal élevée (jusqu’au 26/07, 18h00) : Elles l’affirment et le revendiquent haut et fort, Astrid Tenon et Laetitia Wolf furent mal élevées, en fait plus précisément élevées mal ! Il est temps d’en finir avec la politesse, de cesser de sourire en réponse à des propos violents ou déplacés. Surtout lorsqu’on est femme éduquée à se taire, acquiescer et encaisser… D’une énergie débordante, entre humour et sérieux, les deux comédiennes nous en mettent plein la vue. De la soumission à la libération.

Le local des autrices

Situé à Belleville, dans le 11ème arrondissement de Paris et porté par Sarah Pèpe, autrice, metteuse en scène et comédienne, le Local des autrices ambitionne de mettre en lumière les voix féminines, encore trop souvent invisibilisées. Avec sa programmation engagée, le lieu s’annonce comme un espace vivant, propice aux échanges et aux réflexions autour des thématiques féministes et sociales.

« Le monde artistique a historiquement été conçu par et pour les hommes. Quand on observe nos bibliothèques, nos musées, ou même les grandes scènes de théâtre, on voit principalement des œuvres d’hommes, des récits qui se nourrissent du point de vue et du désir masculins. Ces dernières ont façonné notre vision du monde, et nous avons été exclues de cette narration. Cela a conduit à la marginalisation de nombreuses voix, notamment celles des femmes, des personnes racisées et des minorités. Mon objectif ? Donner aux femmes la possibilité d’investir pleinement cet espace créatif. Et ce faisant, de réinventer l’imaginaire collectif, de l’enrichir en offrant une place centrale aux voix féminines et aux expériences diverses, celles qui ont été spoliées pendant des siècles. C’est aussi une manière de créer un monde plus riche et inclusif, où chaque histoire, chaque perspective a droit de cité. Cela s’inscrit dans une logique d’éducation populaire et de médiation culturelle, au-delà de la simple dimension théâtrale.

Mon ambition à long terme ? Faire de ce lieu un véritable espace de création et de réflexion, où chaque personne se sente légitime à prendre la parole, que ce soit en tant que spectateur.ice ou participant.e. Je souhaite que la voix des femmes et des minorités soit non seulement entendue, mais qu’elle devienne un moteur pour de nouveaux récits et débats. Le local des autrices doit être aussi un carrefour de rencontres humaines, où les gens viennent non seulement pour les spectacles, mais aussi pour rencontrer, échanger, discuter, oser l’altérité. Enfin, puisque l’argent diminue, puisque tout est fait pour créer de la concurrence entre les compagnies, réinventons l’échange, la mutualisation, le partage des ressources. Une autre façon de faire vivre les lieux de culture ! » Sarah Pèpe, propos recueillis par Périne

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Charlotte Delbo, la survivante

Au théâtre de la Scala d’Avignon (84), Marie Torreton présente Prière aux vivants. Le récit de Charlotte Delbo, résistante et rescapée des camps de la mort : dans la nuit d’Auschwitz, la solidarité entre femmes et une lueur d’espérance au cœur de l’inhumanité. Entre horreur et douceur, un spectacle d’une rare puissance.

Seule une petite lumière pour éclairer la scène de la Scala… Une femme s’avance, belle dans le clair-obscur, le visage serein. Les mots s’échappent, d’abord timidement, pour s’envoler ensuite en un flot continu. Prière aux vivants ? Un long monologue, comme l’interminable appel du matin dans la cour d’Auschwitz, le corps dans le froid et les pieds dans la neige. Et Charlotte Delbo (1913-1985) de se réciter Le Misanthrope pour résister, ne pas sombrer ! L’ancienne assistante de Louis Jouvet, au théâtre de l’Athénée, se souvient tandis que des femmes tombent d’épuisement à ses côtés, d’autres sélectionnées et emportées sur le chemin du crématoire.

« Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs, quand c’est d’un ailleurs aux autres inimaginable, c’est difficile de revenir.

Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs, quand c’est d’un ailleurs qui n’est nulle part, c’est difficile de revenir. Tout est devenu étranger dans la maison pendant qu’on était dans l’ailleurs.
Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs, quand c’est d’un ailleurs où l’on a parlé avec la mort, c’est difficile de revenir et de reparler aux vivants.

Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs, quand on revient de là-bas et qu’il faut réapprendre, c’est difficile de revenir ».

De la trilogie Auschwitz et après, le titre de la pièce emprunté à Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants, Marie Torreton a puisé des images qui racontent l’horreur absolue, l’innommable. Pour les confier au plus près du public, sobrement, sans pathos superflu… Un contraste saisissant entre la douceur de la voix et la violence insoutenable des faits et gestes qui nous sont narrés : promiscuité et insalubrité des baraquements, faim et soif qui taraudent les organismes, odeur de la mort et des fumées qui s’élèvent dans le ciel.

« Je vous en supplie, faites quelque chose. Apprenez un pas, une danse, quelque chose qui vous justifie, qui vous donne le droit d’être habillé de votre peau, de votre poil. Apprenez à marcher et à rire, parce que ce serait trop bête à la fin. Que tant soient morts, et que vous viviez sans rien faire de votre vie ».

De temps à autre, la comédienne esquisse un geste, se rapproche et plonge son regard dans celui des spectateurs. L’émotion à fleur de peau, alors reprennent vie les visages des compagnes d’infortune de Charlotte Delbo, Viviane et Lulu, Cécile et les autres. Solidaires dans l’enfer du camp, certaines condamnées à une mort annoncée, toutes dont la survivante a fait promesse de perpétuer le souvenir.

Dans la mise en scène épurée de Vincent Garanger, Marie Torreton épouse avec délicatesse les maux et mots de la rescapée. Une parole murmurée qui force le respect, une précieuse invitation à écouter, dans un silence haletant, celle qui se remémore et se récite incessamment 57 poèmes pour rester debout, qui sans la poésie aurait sombré dans une nuit sans fin mais en est revenue… Un voyage au bout de la nuit dont il est pourtant difficile de revenir, « quand c’est d’un ailleurs où l’on a parlé avec la mort ». Du temps d’avant au temps présent, jaillit alors la lumière pour éclairer notre devenir, faire face à l’adversité et chanter la fraternité. Un spectacle d’une rare puissance. Yonnel Liégeois, photos Thomas O’Brien.

Prière aux vivants, Marie Torreton : jusqu’au 27/07 à 10h10, relâche les 14-21/07. Théâtre de la Scala, 3 rue Pourquery de Boisserin, 84000 Avignon (Tél. : 04.65.00.00.90).

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Ernaux, la mémoire d’une fille

L’une au théâtre Présence Pasteur d’Avignon (84), l’autre en la salle Tchaïkovski du Conservatoire de danse, Violette Campo et Pauline Ribat présentent Mémoire de fille. L’adaptation du récit d’Annie Ernaux, au titre éponyme, qui dissèque au scalpel le corps intime de l’adolescente qu’elle fut. La mise à jour de l’expérience fondatrice de sa première aventure sexuelle.

« L’idée que je pourrais mourir sans avoir écrit sur celle que très tôt j’ai nommée « la fille de 58 » me hante », Annie Ernaux peut donc être apaisée.. . En revanche, pour le lecteur ou plutôt la lectrice, pour peu qu’elle ait vécu sa prime jeunesse avant 68, à la lecture de Mémoire de fille tout se bouscule, remonte à la surface à son grand dam parfois…. La jeune Annie Duchesne, future Ernaux, pour la première fois quitte ses parents, et le bourg d’Yvetot, pour être monitrice dans une colonie de vacances d’un village de l’Orne. « Je la vois arrivant à la colonie comme une pouliche échappée de l’enclos, seule et libre pour la première fois, un peu craintive ». Vertige d’une indépendance pour laquelle elle n’est guère armée. « La mixité la déconcerte… Au fond, elle ne connaît pour parler aux garçons que le mode de la joute populaire, à la fois défensive et encourageante, faite d’aguicherie et de moquerie dans les rues où ils suivent les filles ». La fille rêve de s’intégrer au groupe des moniteurs et monitrices mais « elle n’a aucune pratique d’autres milieux que le sien, populaire d’origine paysanne, catholique ».

Un désir d’homme sans retenue

Le samedi suivant son arrivée, elle assiste à sa première surprise-partie : H est là, « grand, blond et baraqué ». Ils dansent. « Elle est troublée parce qu’il ne cesse de la fixer intensément…..elle n’a jamais été regardée avec des yeux aussi lourds ». Il a à peine quelques années de plus qu’elle mais il a le prestige de la fonction, il est le chef des moniteurs. Ce n’est pas un garçon, c’est un homme qui la fascine et qu’elle suit docilement dans sa chambre. Tout s’accélère. « Elle n’en revient pas de ce qui lui arrive… Il va trop vite… Elle est subjuguée par ce désir qu’il a d’elle, un désir d’homme sans retenue… Elle dit qu’elle est vierge… Elle crie. Il la houspille, « j’aimerais mieux que tu jouisses plutôt que tu gueules ».  Il ne parvient pas à la pénétrer. Mais, déjà, elle est totalement à lui de corps et d’esprit. Elle raconte fièrement son aventure à qui veut l’entendre mais à peine plonge-t-elle dans le vertige romantique de ce premier amour qu’il la délaisse pour une blonde, sans doute moins empotée… « Elle est dans l’affolement de la perte, dans l’injustifiable de l’abandon ».

Elle l’attend, le guette,  espérant un signe de lui, même par pitié, en vain. Sur son passage, les quolibets fusent, « je ne suis pucelle que vous croyez ». Elle fait fi des sarcasmes pour continuer à faire partie du groupe. Elle est ivre de la découverte de la force de son désir (à défaut de plaisir). « Depuis H, il lui faut un corps d’homme contre elle, des mains, un sexe dressé. L’érection consolatrice ». Elle est grisée par les désirs qu’elle suscite, faisant fi des recommandations maternelles, « elle a toujours été tenue par sa mère à l’écart des garçons comme du diable ». Ivre de liberté, elle pactise  désormais allègrement avec le diable et collectionne les diablotins tout en préservant son intégrité virginale ! Était-elle « une avant-gardiste de la liberté sexuelle, un avatar de Bardot dans « Et Dieu créa la femme » qu’elle n’a pas vu… ? », s’interroge Annie Ernaux. Sur la glace de son lavabo, elle découvre « Vive les putains » écrit avec son dentifrice rouge Émail Diamant. L’injure rappelle les humiliations infligées à cette époque aux adolescentes fille-mères recluses dans les asiles maternels par la bonne société quand religieuses ou sages-femmes laïques leur lancent des « comment, à 15 ans, pouvez-vous coucher avec des hommes …? ». Alors qu’elles étaient enceintes d’un garçon de leur âge, leur premier et unique amour …

Des maux, mais pas les mots…

Le 11 septembre 1958, la veille de son départ de la colonie de vacances, H lui fera l’aumône d’une ultime (partie de) nuit, qui réactive sa dépendance et ses faux espoirs. L’auteure n’en finit pas de s’étonner de la « disproportion inouïe entre l’influence sur ma vie de deux nuits avec cet homme et le néant de ma présence dans la sienne ». Effectivement. Si, à son retour, elle fanfaronne  de ses expériences auprès de ses amies, elle ne réalise pas qu’elle a vécu un séisme dont l’onde de choc se propagera dans tout son corps. Si elle n’a pas encore Les mots pour le dire, comme le titrera plus tard Marie Cardinal, son corps aura très vite les maux pour lui dire de façon radicale. « Mon sang s’est arrêté de couler dès le mois d’octobre ». Aménorrhée, le diagnostic médical est tombé, rassurant la mère puisque « la tragédie n’a pas eu lieu ». Il faut comprendre que « c’est dans des romans devenus illisibles, des feuilletons féminins des années 50, qu’on peut approcher le caractère immense, la portée démesurée de la perte de la virginité. De l’irréversibilité de l’événement ».

Elle n’oublie pas H, elle est obsédée par le désir de le reconquérir l’été suivant. Pour parvenir à ses fins, elle pense qu’elle doit se transformer  radicalement. Pour l’éblouir. Dans sa tête, un rétro-planning exigeant qui aura l’unique mérite de mobiliser son énergie : acquérir de nouvelles compétences (nager, danser, conduire), briller intellectuellement, devenir blonde, maigrir…. Le piège est là, dans ce dernier mot. « Depuis la rentrée de janvier, j’ai cessé de me nourrir au foyer d’autre chose que d’un bol de café au lait le matin, de la mince tranche de viande servie tous les midis, de la soupe le soir ». Elle craquera, bien sûr, notamment dans l’épicerie de ses parents. Elle glisse dans le tsunami de l’anorexie/boulimie. Elle fait cependant une bonne année scolaire en classe de Philo, ses résultats lui permettent de choisir de longues études. Pourtant, face à l’arrogance tranquille des filles de la bourgeoisie, elle intègre la différence de classe et rejoint finalement l’ambition modeste de son père qui « exulte quand il apprend qu’elle ne veut plus continuer, qu’elle veut entrer à l’École normale d’institutrice ». Brillamment reçue au concours d’entrée, deuxième sur soixante, elle intègre l’école en septembre 1959. Elle n’y fera pas long feu, «  vous n’avez pas la vocation, vous n’êtes pas faite pour être institutrice ». Rejet brutal, mais salvateur.

Le deuxième sexe de Simone

Elle se rapproche d’une compagne de déboires à la rentrée de janvier 1960. Elles font un projet commun, « quitter l’École normale, aller travailler comme filles au pair en Angleterre, revenir et entrer à la fac de lettres en octobre ». La découverte des écrits de Simone de Beauvoir contribue, à cette époque, à de nombreuses prises de conscience. Le dépaysement de l’expérience anglaise l’aide à se dépoussiérer de la honte, à entreprendre sa reconstruction. A la rentrée universitaire, elle « vit dans une effervescence intellectuelle, une expansion heureuse ». Elle s’abonne aux Lettres Françaises fondées et dirigées par Aragon, lit Robbe-Grillet et Sollers. « A la première dissertation littéraire de mon groupe de travaux pratiques, j’ai eu la meilleur note ». La plénitude de l’esprit a raison enfin du corps qui cède. « Mon appétit est redevenu celui d’avant la colonie. J’ai  revu le sang fin octobre ». Avec l’acharnement d’une archéologue et la précision d’une entomologiste, l’écrivaine ne néglige aucun signe, aucune trace pour s’approcher de sa vérité, plutôt de la vérité de l’instant. Comme toujours, lecteurs et lectrices ne lâchent un livre d’Annie Ernaux qu’à regret. Certainement parce que « écrire n’est pas pour moi un substitut de l’amour, mais quelque chose de plus que l’amour ou que la vie », confesse l’auteure.

Commence alors le travail de résonance en chacun(e)… « Il y aura forcément un dernier livre, comme il y a un dernier amant, un dernier printemps, mais aucun signe pour le savoir », écrit Annie Ernaux. Que cette mémoire de fille-là ne soit pas le dernier ouvrage de cette écrivaine majeure de notre temps. Chantal Langeard

Mémoire de fille, Violette Campo : jusqu’au 26/07 à 13h, relâche les 08-15-22/07. Présence Pasteur, 13 rue Pont-Trouca, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.74.18.54).

Mémoire de fille, Pauline Ribat : sous le patronage de la SACD, le 11/07 à 16h, salle Tchaïkovski. Conservatoire de danse, 20 Rue Ferruce, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.44.46.95).

Annie Ernaux, Nobel de littérature

Le jeudi 6 octobre 2022, l’Académie royale suédoise décernait son prix Nobel de littérature à Annie Ernaux. Chantiers de culture s’est réjoui fort de cette haute distinction internationale attribuée pour la seizième fois à un écrivain français depuis sa création en 1901. Huit ans après Patrick Modiano, quatorze ans après Jean-Marie Gustave Le Clézio, Annie Ernaux est couronnée pour l’ensemble de son oeuvre : des Armoires vides, son premier livre en 1974 au Jeune homme paru en mai 2022.

En 1984, Annie Ernaux reçoit le prix Renaudot pour La place, en 2008 de multiples prix pour Les années, dont le prix de la Langue Française et le prix François-Mauriac de l’Académie Française… Du supermarché au RER, de l’avortement à la dénonciation de l’état d’Israël, de l’exploitation à la libération de la femme surtout, aucun sujet n’échappe à la réflexion et à la plume de l’écrivaine. Une femme d’intelligence et de cœur, native de Normandie et citoyenne de Cergy (95). Issue d’un milieu social modeste, une intellectuelle qui n’a jamais oublié ses origines malgré son intrusion dans un autre monde grâce aux études, professeure et agrégée de lettres.

Entre mémoire individuelle et mémoire collective, oscille la plume de la romancière. Qui refuse d’être identifiée sous le label « littérature autobiographique », même si ces écrits s’enracinent dans une enfance et une jeunesse, le rapport aux géniteurs et à une culture sociale qui lui sont propres…

« Je me considère très peu comme un être singulier, au sens d’absolument singulier, mais comme une somme d’expérience, de déterminations aussi, sociales, historiques, sexuelles, de langages, et continuellement en dialogue avec le monde (passé et présent), le tout formant, oui, forcément, une subjectivité unique. Mais je me sers de ma subjectivité pour retrouver, dévoiler les mécanismes ou des phénomènes plus généraux, collectifs ».

Annie Ernaux revendique une écriture « sans jugement, sans métaphore, sans comparaison romanesque », un style « objectif qui ne valorise ni ne dévalorise les faits racontés ». Affirmant haut et fort qu’il n’existe « aucun objet poétique ou littéraire en soi », et que son écriture est motivée par un « désir de bouleverser les hiérarchies littéraires et sociales en écrivant de manière identique sur des objets considérés comme indignes de la littérature, par exemple les supermarchés, et sur d’autres, plus nobles, comme les mécanismes de la mémoire ou la sensation du temps ».

Une oeuvre puissante, attachante et bouleversante, telles L’autre fille et Mémoire de fille… En 2011, est parue dans la collection Quarto une anthologie intitulée Écrire la vie, comprenant la plupart de ses écrits d’inspiration autobiographique et proposant un cahier composé de photographies et de larges extraits de son journal intime inédit. Yonnel Liégeois

L’oeuvre d’Annie Ernaux est publiée essentiellement chez Gallimard, dans la collection de poche Folio.

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Une étrangère en Avignon

Au Balcon d’Avignon (84), Jean-Baptiste Barbuscia présente l’Étrangère. Une pièce librement inspirée de L’étranger, le roman d’Albert Camus publié en 1942. Presque aussitôt érigé en mythe littéraire transcendant, Roland Barthes saluant l’avènement d’une « écriture blanche », soit allusive, purgée de tout pathos.

Jean-Baptiste Barbuscia, jeune auteur de son état (c’est là son quatrième texte), a imaginé d’ingénieuses variations autour de « l’affaire Meursault », anti-héros par essence, meurtrier par inadvertance. La jeune étudiante impertinente (Marion Bajot) d’un professeur de lettres aux cours peu fréquentés (Fabrice Lebert) va l’entraîner, au nom de la figure épisodique de Marie Cardona, maîtresse de Meursault l’indifférent, dans une enquête préalable au procès, dont nous allons avoir sous les yeux les attendus proprement théâtraux. Au fil d’un jeu à deux très subtil, au cours duquel l’une et l’autre (tour à tour avocat, policier, complice présumé, juge ou concierge) auront à changer de personnage en un clin d’œil…

C’est-à-dire qu’est ainsi imagée, incarnée corps et âme en somme, dûment théâtralisée, la situation initiale conçue par le romancier. Si Camus n’est pas pris au pied de la lettre, son esprit demeure, dans un geste éperdu de reconnaissance. La fidélité à sa pensée est à voir dans le vif élan vers la lucidité qui circule tout au long de la représentation, jusque dans les traits d’humour à l’heure actuelle, par exemple lorsque l’enseignant désarmé s’essaie au slam, devant la jeune fille qui le met en boîte aussi sec.

Dans ce théâtre aux proportions proprement humaines, un peu moins de 200 places, la scène se peuple et se dépeuple vite d’accessoires habilement maniés par le duo des protagonistes (table, chaise, lampe de bureau, tableau où épingler les suspects de l’affaire…). Un drap blanc pour signifier le sable de la plage où Meursault, sous le soleil aveuglant, a tiré quatre balles sur L’arabe, devient, hâtivement replié, un cadavre de tissu. On doit à Sébastien Lebert d’élégantes vagues de lumière, judicieusement rythmées grâce à l’arrangement musical de Benjamin Landrin. De la sorte, le caractère concret de la scène ne jure donc nullement avec l’abstraction sous-jacente du texte. Jean-Pierre Léonardini

L’étrangère, Jean-Baptiste Barbuscia : jusqu’au 26/07 à 13h30, relâche les 10-17 et 24/07. Théâtre du Balcon, 38 rue Guillaume Py, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.85.00.80).

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Sisyphe, sur le mont d’Avignon

Au théâtre Transversal d’Avignon (84), Pierre Martot présente Le mythe de Sisyphe. Les dieux ont condamné Sisyphe à rouler un rocher jusqu’au sommet de la montagne pour retomber, toujours. Entre le tragique et l’absurde, la mise en espace magistrale de l’ouvrage d’Albert Camus.

Enveloppé d’un long manteau, feuillets en main, l’homme entre en scène. L’air grave dans la semi-obscurité, une petite table sur sa droite, le regard plongé dans celui du public… Pierre Martot, incroyable défi, s’est emparé du Mythe de Sisyphe, l’emblématique essai d’Albert Camus publié en 1942. Rien à voir avec de la philosophie dans le boudoir, un texte d’une haute intensité sur la condition humaine, le chaos et la révolte !

Le tragique et l’absurde

Qui est-il ce Sisyphe, dont le nom est inscrit dans l’imaginaire collectif ? Pour avoir trahi la parole des dieux, le fils d’Éole est condamné à remonter de toute éternité un rocher qui ne cesse de retomber du haut de la montagne… Une histoire bien enracinée dans la mythologie grecque dont Camus s’empare, à l’heure où Hitler sème la mort sur le continent européen : de l’antiquité à l’aujourd’hui, la condition humaine se réduit-elle donc au tragique, à l’absurde, à l’impossible d’un à-venir ? Comme l’existence de Sisyphe, l’homme est-il condamné à une vie de désespoir, le chaos en seule perspective ?

Tantôt parole susurrée, tantôt voix rugissante, tantôt fulminant bras levés, tantôt courbé et agenouillé sous le poids d’un symbolique rocher, sur les pas de Camus Pierre Martot invite à la révolte ! Nulle résignation, le salut de l’homme est dans l’action. C’est la première fois que ce texte de l’auteur de L’étranger est porté au théâtre : une première magistrale, qui exige du spectateur écoute et attention soutenues. De l’obscurité animale, il faut nous soustraire, avance l’écrivain philosophe, pour accéder à « la clarté blanche qui éclaire chaque objet dans la lumière de l’intelligence ». Plus fort encore, affirme-t-il, il nous faut imaginer Sisyphe heureux, il nous faut trouver et emprunter le chemin de la révolte, le seul « qui mène aux visages de l’homme, celui qui donne son prix à la vie et lui restitue sa grandeur ». Quels que soient nos échecs, les obstacles à surmonter, « la lutte pour gagner les sommets suffit à remplir un cœur d’homme ». Une incroyable ligne de vie, une belle leçon de philosophie ! Yonnel Liégeois

Le mythe de Sisyphe, Pierre Martot en collaboration avec Jean-Claude Fall : jusqu’au 26/07 à 12h10, relâche les mercredis. Théâtre Transversal, 10-12 rue d’Amphoux, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.17.12).

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Avignon, le Verbe incarné

Quand retentit la trompette de Maurice Jarre à l’heure des spectacles IN du festival d’Avignon, la Chapelle du Verbe Incarné, dédiée aux créations d’Outre-Mer, s’impose parmi les 139 théâtres du OFF. Dirigé par Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain, un lieu que salua en son temps Édouard Glissant, le grand poète et romancier antillais.

« L’histoire de la Chapelle du Verbe Incarné, à partir du moment où elle a commencé d’être un lieu de théâtre, confirme un tel cheminement, et consacre un tel passage, de l’invitation à la relation, à la présence de la diversité, au chant du monde chanté par les poètes. Nous nous y reconnaissons donc, qui entrons ensemble dans cette nouvelle région du monde (un théâtre de la totalité), que nous nous offrons mutuellement ».

« Grâces en soient pour cette fois rendues à Marie-Pierre Bousquet et à Greg Germain. Grâces en soient louées, pour les vieilles pierres et les mots neufs. De la face de cette Chapelle au remuement du monde. La façade de tout théâtre, ou l’ouverture d’espace qui en tient lieu, est de toutes les manières une horloge muette qui mieux que tout oracle nous indique l’heure qu’il est dans notre vie ».

« Faire entendre la langue du théâtre de celles et ceux que l’on ne voyait que trop rarement sur les scènes de l’hexagone. Pourtant quelles extraordinaires richesses culturelles entre la France, la Caraïbe, l’Afrique, l’Océan Indien et tout ce vaste monde des Grands Larges. C’est long, très long de convaincre de la beauté, de la diversité, de la richesse qui se dévoilent lorsque s’entrechoquent des imaginaires divers… »

 « La vie du théâtre, dans sa recherche de cette totalité qui ne serait pas totalitaire, est d’abord de tremblement. Ce qui nous étonne dans la programmation de ce lieu-ci, c’est qu’elle nous a donné à fréquenter des installations de scène qui ont allié les calmes sérénités des traditions les plus fondées, ou leurs transports les plus ingénus, d’Océanie, de la Caraïbe ou des Amériques, aux hésitations de formes de théâtre qui s’essayaient là et qui, venues elles aussi du monde, approchaient en effet le monde, tâtant et devinant. Il n’était pas étonnant qu’un tel effort fût mené en Avignon, où les théâtres de vrai se bousculent, s’interrogent et s’insurgent, et où les fumées  montent de partout, parmi les carnavals d’affiches et les bals d’échasses ».

« Ces fumées des flambeaux, flambées des mots qui brûlent en chacun, sont un autre lieu de mise en scène du monde, comme le sont éternellement nos Baies et nos Anses, autour de leurs Rochers prophétiques ». Édouard Glissant

La chapelle, toute une histoire !

 C’est en 1997 que le comédien Greg Germain, en compagnie de Marie-Pierre Bousquet, obtient, par convention avec la ville d’Avignon, le droit d’occuper la Chapelle du Verbe Incarné, une ancienne chapelle désaffectée. L’enjeu ? En incluant les créateurs d’Outre-Mer dans le concert culturel national, permettre que l’identité culturelle soit reconnue comme un élément de la richesse culturelle de la France d’aujourd’hui, et non comme un motif d’exclusion explicite ou implicite.

L’année suivante, celle du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, la première édition du TOMA, Théâtres d’Outre-Mer en Avignon, y est donnée !

Depuis lors, la Chapelle s’est imposée en notoriété et qualité. Désormais incontournable dans le paysage artistique du festival, donnant à voir et applaudir talents et créations d’Outre-Mer et d’Afrique, faisant connaître la diversité des théâtres de langue française, créant des liens entre artistes par la confrontation et l’exigence des regards croisés, instaurant parmi les opérateurs du théâtre dans l’hexagone une réelle prise en compte des compagnies de l’Outre-Mer en les intégrant aux circuits de diffusion nationaux. Yonnel Liégeois

La Chapelle du verbe incarné, 21G rue des Lices, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.14.07.49).

Une sélection pour l’édition 2025

Comment devenir un dictateur : Dresseur de tyrans depuis toujours, le Formateur apprend à la prochaine génération de dictateurs les recettes du pouvoir. Manipulation, mensonge, usage de la force… Tout y passe ! Une formation nécessaire pour contrôler toute population récalcitrante. Créé à la Réunion, terriblement d’actualité, Comment devenir un dictateur est un seul en scène qui s’amuse du pouvoir et des figures marquantes qui l’ont détenu trop longtemps. C’est un cri d’alerte pour l’auteur et comédien du spectacle, Nans Gourgousse. Pour la metteuse en scène, Camille Kolski, c’est une formidable machine à jouer.

Entre les lignes : Un solo de danse inspirée qui rend hommage aux petites mains ouvrières qui ont participé à l’essor de l’industrie textile. Entre les lignes, de la chorégraphe Florence Boyer, met en dialogue les gestes textiles de trois territoires français : mouvements des ouvrie·re·s et des machines à tisser de Roubaix, des broderies de Cilaos à la Réunion et des gestes de l’art tembé des noirs marrons de Guyane…. Le travail de la vidéo ajoute diverses couches de sens permettant à la chorégraphe et interprète de faire revivre cette époque où malgré tout, ce qui est ravivé est le souvenir de la solidarité, de ces attentions et manière de prendre soin. Une pièce qui invite à prendre soin de soi… pour mieux prendre soin des autres… du vivant… des visibles et des invisibles.

Laudes des femmes des terres brûlées : Quatre soeurs, femmes mythiques, allégories des quatre points cardinaux, elles régissent l’orientation des civilisations. À quel moment, leur pouvoir leur a-t-il échappé ? En ces temps, elles interrogent la Déesse-Mère, le Monde, leurs Chimères, comme les enfants d’une mère absente, au soir de leur vie… Ce sera le jugement des morts, rite des peuples marrons de Guyane, pour la mère silencieuse. Comme des Reines-Mages, les soeurs se retrouvent au mitan de la nuit pour le jugement profane… « Femmes premières, c’est vers notre mère que nous cheminons, jusqu’au bord du monde. Oui, Mère, par ce jour et par cette nuit profanes, nous allons te juger… Répondez à mon chant, mes sœurs ! Pour vous guider jusqu’à moi, le vent vous le portera…». Odile Pedro Leal texte et mise en scène, poèmes de Marie-Célie Agnant, Le grand théâtre itinérant de Guyane

Kanaky 1989 : En 1988, Fani et sa sœur partent vivre en Nouvelle-Calédonie. Les violences qui secouent l’île et la mort de Jean-Marie Tjibaou sont des chocs pour les enfants qu’elles sont. Mais il faut bien questionner ce qui nous a marqué, ce qui nous a fait grandir ou laisser terrorisé par la violence du monde. Questionner les événements qui, malgré tout, nous constituent, en bouleversant les relations familiales et en détruisant nos rêves d’enfant. Kanaky 1989 lie la petite et la grande histoire, l’histoire intime et l’histoire universelle. À travers le regard des différents protagonistes, il s’agit aussi de retracer la vie de Jean-Marie Tjibaou, ses combats, ce moment déterminant de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. La parole est partagée comme une confidence pudique mais sincère. L’Histoire avec un grand H n’a de sens que dans l’émotion qu’elle crée en chacun de nous. Fani Carenco, texte et mise en scène

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Festivals, Avignon et les autres

Le 05 juillet, la Cité des Papes (84) frappe les trois coups de la 79ème édition de son festival. Durant trois semaines, le théâtre va squatter la capitale du Vaucluse. Et déborder hors les remparts pour le meilleur et le pire… Un feu de planches hors norme, d’Avignon à d’autres festivals d’été : Bussang, Châteauvallon, Cosne-sur-Loire, Île de France, Paris, Pont-à-Mousson, Sarlat, Vitry.

« La langue arabe est l’invitée de l’édition 2025 du festival d’Avignon afin de partager avec le public la richesse de son patrimoine et la grande diversité de sa création contemporaine« , souligne son directeur Tiago Rodrigues, « des dizaines de spectacles, lectures, débats, expositions et autres créations célébreront cette langue du savoir et du dialogue, parlée par des personnes de toutes convictions et confessions ». Et de poursuivre : « Langue de lumière, de connaissance et de transmission, l’arabe est souvent pris en otage par les marchands de violence et de haine qui l’assignent à des idées de fermeture et de repli sur soi, de fondamentalisme et de choc des civilisations ». Lors de cette 79ème édition, l’arabe sera représenté par des créatrices et créateurs venus de Tunisie, de Syrie, de Palestine, du Maroc, du Liban, d’Irak… « L’inviter au Festival, c’est choisir de faire face à la complexité politique plutôt que l’esquiver, nous croyons en la capacité qu’ont les arts d’ouvrir des espaces de débat et de rencontre« , conclue le dramaturge portugais et ordonnateur de la manifestation. Une déclaration d’intention que nous faisons nôtre, pour la proclamer d’emblée hors les remparts et affirmer sa pérennité toute l’année !

C’est la raison d’être des Chantiers de culture, formulée autrement par Antonin Artaud, « extraire, de ce qu’on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim ». Avec le théâtre, parmi tous les arts comme expérience privilégiée, rencontre inattendue et parfois improvisée du vivant avec des vivants, qui a le don de transformer une foule en peuple, des consciences isolées en communautés d’esprit, des interrogations individuelles en émotions partagées. Quand la force d’une réplique passe la rampe, ce n’est plus une troupe de saltimbanques qui fait face à une masse de spectateurs, c’est l’humanité qui fait spectacle ensemble : qu’il soit « dégénéré » ou avant-gardiste, l’art est fondamentalement expression de l’humain en construction ou en interrogation de son devenir. Que cet art se nomme littérature, peinture, théâtre ou autre, peu importe, il importe juste que la rencontre de l’un se fasse avec l’autre, que l’un et l’autre prennent conscience de leur irréductible nécessité pour exister en humanité. D’où l’enjeu de se remémorer les propos de Jean Zay et d’affirmer haut et fort que demeure d’une urgente actualité le renouveau de la réflexion autour de ce que l’on nommait éducation populaire en des temps pas si reculés ! Sans céder aux sirènes de l’opposition factice entre populaire et élitaire : le populaire recèle les ressources de l’élitaire, l’élitaire s’offre sans retenue au populaire !

Avignon, in et off

Ainsi en va-t-il du IN d’Avignon. Des noms de metteurs en scène, des titres d’œuvres peuvent guider le festivalier en perdition sur le pont de cette 79ème édition : les Mille et une nuits (chef d’œuvre de la littérature arabe) dans la Cour d’honneur par la chorégraphe cap-verdienne Marlène Monteiro Freitas, le Canard sauvage d’Ibsen mis en scène par Thomas Ostermeier, le « Brel » par la flamande Anne Teresa de Keersmaeker, La distance écrite et mise en scène par Tiago Rodrigues, la comédienne Dida Nibagwire et le metteur en scène Frédéric Fisbach qui adaptent Petit Pays (le roman de Gaël Faye sur le génocide rwandais), enfin Le soulier de satin de Claudel mis en scène par Eric Ruf avec la troupe de la Comédie Française… Un choix forcément partiel et partial qui n’oblige en rien, sinon de ne point chuter aveuglément dans la fosse aux artistes !

Et le risque est multiplié par cent et mille face au catalogue pléthorique du Off qui déploie aussi ses festivités du 05 au 26/07. Où le beau côtoie le laid, l’exigence esthétique le banal divertissement, l’engagement citoyen la platitude consumériste… Aussi, vaut-il mieux d’abord s’attarder sur la programmation de quelques lieux emblématiques où prime le choix de l’art avant celui de la recette : Avignon-Reine Blanche, le Théâtre des Halles, la Bourse du travail, La Chapelle du verbe incarné, le Théâtre des Doms, Présence Pasteur, Le chêne noir, Le Théâtre des Carmes, Le chien qui fume, Espace Alya, 11*Avignon, Le petit Louvre, l’Artéphile, La Manufacture, La Rotonde, la Scala, les Lila’s, Au coin de la lune, les Corps saints, Contre courant, Les Lucioles… Dans ce capharnaüm des planches (1724 spectacles, 1347 compagnies, 139 théâtres), tout à la fois charme et déplaisir de l’événement, il est jouissif d’oser aussi le saut dans l’inconnu : en se laissant porter par le bouche à oreille, en se laissant convaincre par le prospectus offert en pleine rue !

D’un festival à l’autre…

« Il y a exactement 60 ans naissait une Utopie réaliste nommée Châteauvallon ; aujourd’hui, sur la colline, elle continue de vibrer comme une réalité flamboyante« , clame Charles Berling, le directeur de la Scène nationale. Jusqu’au 29/07 à Toulon (83), entre musique, sauts périlleux, mots doux ou furieux, repas au clair de lune… En cette gare désaffectée de Vitry (94), originaux chefs de train, Diane Landrot et Yann Allegret convoient leurs passagers hors des sentiers battus avec leur festival Théâtre, Amour&Transats. Pour un dépaysement garanti, du 06 au 12/07, à la rencontre de moult compagnies et artistes. À l’image de Bussang (88) au cœur de la forêt vosgienne où, cathédrale laïque en bois qui fête ses 130 ans, le Théâtre du Peuple arbore fièrement sur son fronton sa devise légendaire « Par l’art, pour l’humanité » depuis 1895 !

Un site mythique, célébré par Romain Rolland, où chaque année la foule s’enthousiasme de la prestation des comédiens amateurs entourant les professionnels, marque de fabrique du lieu, s’émerveille à la traditionnelle ouverture des lourdes portes du fond de scène à chaque représentation. « Cette saison auront lieu les 130 ans de notre Théâtre, âge vénérable mais qui demeure peu de chose s’il n’était accompagné de sa dimension symbolique », clame la directrice et metteure en scène Julie Delille. « Cet été, au milieu de multiples célébrations, nous croiserons dès la mi-juillet un roi aussi tyrannique que ridicule, inspiré par quelques-uns de ce monde. À la tombée des nuits d’août, une mystérieuse bête nous emmènera pour un voyage au cœur de la forêt sauvage ». Et de clore son propos avec force utopie puisque cette année encore, « comme depuis les (presque) cent trente passées, il s’agira de partager, de s’émouvoir et s’émerveiller : de faire humanité« .

Quant au Garage Théâtre (58) où s’invitent chaque année de grosses cylindrées, la sixième édition de son festival se déroulera du 27 au 31/08. Sous la conduite de Jean-Paul Wenzel et de Lou, la directrice artistique des lieux, s’affichent à nouveau quelques sacrés comédiens, prompts à dépoussiérer les planches ! Le 27/08 à 21h, Jean-Paul Wenzel propose Au vert !, l’ultime volet de sa trilogie Loin d’Hagondange initiée il y a cinquante ans. Le lendemain, Felipe Castro présente son Voyage au bout de la nuit, d’après le fameux roman de Céline. Quant au formidable Thierry Gibault, il sera de retour à Cosne le 29/08 : en compagnie d’Olivier Ythier dans L’intranquillité de Fernando Pessoa, mis en scène par Jean-Paul Sermadiras.

S’annonce aussi la fameuse Mousson d’été, le rendez-vous incontournable pour qui veut partir à la découverte des écritures contemporaines ! Au cœur de la Lorraine, à Pont-à-Mousson (54), le superbe et prestigieux site de l’Abbaye des Prémontrés ouvre ses portes aux auteurs dramatiques, aux metteurs en scène, aux universitaires, aux comédiens et au public pour venir écouter le théâtre d’aujourd’hui. Du 21 au 27/08, un authentique terrain de rencontres nationales et internationales avec lectures, mises en espace et spectacles, un temps comme suspendu en bord de Moselle où s’écoulent et s’écoutent joyaux et pépites qui irrigueront les scènes du futur.

En Île de France Les Tréteaux de France, le Centre dramatique national dirigé par Olivier Letellier, seront présents les 11 et 12/07 sur l’île de loisirs de Créteil (94), les 13 et 14/07 sur l’Île de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines (78), du 22 au 27/07 sur celle du Port aux cerises de Draveil (91), du 01 au 06/08 sur celle de Cergy-Pontoise (95). Entre ateliers et lectures, ils présenteront moult spectacles de diverses formes tout à la fois virtuoses, esthétiques, parfois bordéliques et acrobatiques ! Sans oublier le festival Paris l’été qui, du 12/07 au 05/08, propose cirque-danse-musique et théâtre aux quatre coins de la capitale, ni le Théâtre de verdure dans le bois de Boulogne jusqu’au 28/09. Lyon (69) organise ses Nuits de Fourvière jusqu’au 26/07, Sarlat (24) son 73e Festival des Jeux du Théâtre du 17/07 au 02/08, le plus ancien de France après Avignon !

Quelles que soient vos destinations vacancières, à chacune et chacun, lecteur des Chantiers de culture, bel été, folles escapades et superbes évasions culturelles. Yonnel Liégeois

Une sélection de RDV en Avignon

Exposition : Jusqu’au 26/07, l’exposition L’Arrière-pays/Territoires arabes en archipel rassemble en l’église des Célestins des artistes de langue arabe, issus de territoires géopolitiquement instables, interrogeant la mémoire et la transmission, l’exil et les frontières. À travers récits photographiques et vidéo, en résonance avec la langue invitée, ces artistes collectent archives et témoignages, redonnant la parole à des sujets privés, à la recherche de cet arrière-pays où il redevient possible de dire je.

Au cœur de la Maison Jean Vilar, Antoine de Baecque présente Les clés du Festival : une sélection exceptionnelle de photographies, films, enregistrements sonores, témoignages, affiches, programmes, notes et correspondances inédites, décors emblématiques, dessins originaux, maquettes et costumes de légende… Une exposition pour revivre la grande aventure du Festival d’Avignon des origines à nos jours, l’occasion d’en explorer l’histoire, d’en comprendre les enjeux et les grandes étapes, de découvrir les œuvres et les artistes qui ont marqué la programmation et d’entrer dans les coulisses de sa fabrication. C’est tout le premier étage de la Maison Jean Vilar qui est squattée pour l’occasion ! Pour s’immerger, cœur et corps, dans les créations qui ont fait les grandes heures du festival : du Prince de Hambourg signé Jean Vilar au Mahabharata de Peter Brook, de L’école des femmes de Didier Bezace au Cesena d’Anne Teresa de Keersmaeker… Une exposition itinérante en 2026 pour irriguer les territoires, rencontre privilégiée de la culture avec tous et pour tous.

Débat : Le 15/07 à 16h30 au Cloître St Louis, le Syndicat de la critique organise ses Conversations critiques. Un moment privilégié où critiques et spectateurs débattent des spectacles du Festival, de l’avenir du IN et du OFF. Un temps fort aussi pour s’interroger sur l’art et le contenu de la critique, son rôle et sa place dans le paysage médiatique (à lire : Qu’ils crèvent les critiques ! de Jean-Pierre Léonardini, paru aux Solitaires intempestifs). Quant à l’association Travail&Culture, elle organise la 7ème édition de ses rencontres Culture-Arts/Travail Quand le travail entre en scène, le 14/07 de 13h30 à 18h30, au Théâtre de la Bourse du travail : une rencontre pour dire et mettre en débat la diversité des enjeux du travail contemporain avec le regard de chercheur.euse.s, d’artistes et d’acteurs du monde du travail.

Media : Le 11/07 à 22h30, en direct de la Cour d’honneur, France 5 diffuse Not. Dans Les Mille et Une Nuits, chef-d’œuvre de la littérature arabe, Marlene Monteiro Freitas entrevoit un exercice de survie. De la tradition orale, ces contes ont gardé l’énergie des histoires qui circulent et sont sans cesse réinventées. La chorégraphe capverdienne traduit par le geste ce flux de paroles qui s’engendrent, se croisent et se contredisent. La scène devient l’espace ambigu dans lequel s’affrontent le vice et la vertu, le grand et le petit, le désir et son ombre. Le 22/07 à 22h30, Arte présente Les incrédules. Une femme reçoit un coup de téléphone qui lui annonce la mort de sa mère au moment même où celle-ci passe la porte. À partir de cette situation insensée, Samuel Achache, Sarah Le Picard, Florent Hubert et Antonin-Tri Hoang ont composé un opéra où l’invraisemblable le dispute au tragique. Habitués aux spectacles mêlant théâtre et musique, ils emploient ici les grands moyens : un orchestre en fosse de 52 musiciens, augmenté d’un saxophone, d’un accordéon, de percussions et d’un mystérieux instrument destiné à fabriquer de l’aléatoire musical.

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1947, Jean Vilar et Avignon

En septembre 1947, naît le festival d’Avignon lors de l’exposition Une semaine d’art en Avignon. Futur directeur du TNP à Chaillot (75), Jean Vilar propose trois créations, dont le Richard II de Shakespeare dans la Cour du Palais des papes… Paru dans le mensuel Sciences Humaines, un article de François Dosse.

Jean Vilar, comédien et metteur en scène, veut, dans l’après-guerre, dépasser la frontière de classe qui subsiste au plan culturel entre l’élite et le grand public. Au Théâtre national populaire (TNP), il cherche à concilier le répertoire avec une mission de divertissement capable d’attirer un nouveau public. Son ambition : réunir ceux qui ont déjà le goût et la pratique du théâtre et ceux qui n’ont pas encore sauté le pas. Pour lui, le théâtre « ne prend sa signification que lorsqu’il parvient à assembler et à unir ». En 1955, une polémique éclate entre Jean-Paul Sartre et Vilar : le premier, qui défend l’idée d’un théâtre à thèse, politiquement engagé dans une stratégie de rupture idéologique, reproche au second sa pratique d’un théâtre bourgeois. Jean Vilar lui répond indirectement : « Pour moi, théâtre populaire, cela veut dire théâtre universel ».

C’est fortuitement que Jean Vilar a trouvé le lieu idéal pour réaliser son projet et créé le Festival d’Avignon qui émergera comme rendez-vous incontournable, avec des manifestations théâtrales des plus diverses. À l’origine, il n’est question que de programmer trois spectacles pour accompagner, en 1947, une exposition d’arts plastiques : « Avignon devient, dans l’imaginaire de l’équipe du TNP, un berceau, un tremplin, un puits de jouvence », écrivent Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (1). Le Festival s’impose rapidement comme un site privilégié d’expérimentation, d’aventure créative avant de rejoindre le théâtre de Chaillot à Paris, qui accueille les représentations après l’été. Il est encore aujourd’hui le creuset séminal de la création théâtrale.

En ces années 1950 des débuts du Festival d’Avignon, l’expression théâtrale se renouvelle radicalement. Le théâtre de l’absurde d’Eugène Ionesco et de Samuel Beckett a déjà pris ses distances avec le psychologisme. En attendant Godot, la pièce du second, parue en 1952, met en scène l’isolement des individus et leur incapacité à communiquer dans un monde dénué de sens. C’est aussi le succès du principe de distanciation de Bertolt Brecht, qui rompt avec le procédé classique d’identification, et dont Roland Barthes se fait le fervent défenseur. Il soutient le TNP de Jean Vilar et contribue à travers ses articles à élargir son public. Dans le cadre de son activité de critique théâtral, il assiste, enthousiaste, à une représentation par le Berliner Ensemble de Mère Courage de Bertolt Brecht au Théâtre des Nations en 1955 : il voit dans le dramaturge allemand celui qui réalise au théâtre ce qu’il a l’ambition de faire en littérature.

À l’été 1968, la contestation de mai perdure et se radicalise encore en se déplaçant vers le Festival d’Avignon, faisant cette fois le procès de la politique incarnée par Jean Vilar. On l’accuse de s’être transformé en valet de la culture bourgeoise. Alors qu’il a concocté un programme particulièrement moderne avec le Ballet du 20e siècle de Maurice Béjart et la troupe du Living Theatre dirigée par Julian Beck et Judith Malina, il est la cible d’attaques virulentes. Jean Vilar voit fleurir sur les murs de la ville les affiches qui s’en prennent à lui, le « Papape » : « Les échauffourées dans les rues et sur la place de l’Horloge se multiplient, les CRS chargent à plusieurs reprises. Le Festival est devenu un meeting permanent (1) ». De la place de l’Horloge à la place des Carmes, l’effervescence est à son comble. Le public est appelé à investir la scène et le théâtre se déplace dans la rue, donnant naissance à un Festival parallèle, le Off. On revendique un théâtre gratuit, populaire, innovant, spontané et critique. Comme l’écrit Claude Roy, le 21 août 1968 dans Le Monde, les contestataires font payer à Jean Vilar l’échec politique et social de Mai 68. François Dosse

(1) Histoire du Festival d’Avignon, d’Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (Gallimard, 648 p., 42€). Le théâtre, service public, de Jean Vilar, 80 textes rassemblés par Armand Delcampe (Gallimard, 568 p., 35€90). Le théâtre citoyen de Jean Vilar, d’Emmanuelle Loyer (PUF, 260 p., 18€). Avignon, le royaume du théâtre, d’Antoine de Baecque (Découvertes Gallimard, 128 p., 15€80).Le festival d’Avignon 2025, du 05 au 26/07.

Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel Sciences Humaines sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Un excellent magazine dont nous conseillons vivement la lecture.

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Vilar, Avignon et le TNP

En 2021, avec un an de retard pour cause de pandémie, Villeurbanne (69) célébrait le 100ème anniversaire du Théâtre National Populaire, l’emblématique TNP fondé par Firmin Gémier en 1920. Jean Vilar en assumera la direction à compter de 1951. Auparavant, il crée en 1947 la première Semaine d’art dramatique en Avignon.

Louisette s’en souvient encore, elle n’a pas oublié ce rendez-vous fixé à Chaillot en cette année 1952 ! La direction du TNP, le Théâtre National Populaire, cherchait des « petites mains » bénévoles pour mettre sous bande Bref, le journal à destination des abonnés. Élève en secrétariat dans un collège technique parisien, elle reçoit l’invitation par l’intermédiaire de son professeur de français. Une aubaine pour les demoiselles en quête de sortie et d’aventures…

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Ce jour-là, ce n’est point Jean Vilar, hospitalisé, qui accueille le bataillon de jeunes filles, mais l’acteur fétiche de la troupe, la star internationale, Gérard Philipe… « Vous imaginez la surprise et le choc pour nous, les gamines, être accueillies par une telle personnalité ! », raconte Louisette avec émotion. Par-delà l’anecdote, ce souvenir ravive surtout cette conviction forte, ligne de conduite du TNP : la proximité de la troupe avec le public, le respect du spectateur en toutes circonstances. L’aventure théâtrale du jeune Sétois débute en fait en 1932, lorsqu’il arrive à Paris pour ses études. Il assiste à une répétition de « Richard III » au Théâtre de l’Atelier et s’inscrit dans la foulée au cours de Charles Dullin… De l’apprentissage du métier de régisseur puis de comédien, tant au théâtre qu’au cinéma, avant de se risquer à la mise en scène, Vilar ne désarme pas. Son talent s’impose enfin aux yeux de tous en 1945 avec la création de « Meurtre dans la cathédrale », de T.S. Eliot, au Vieux Colombier.

Le théâtre populaire ? En 1831 déjà, Victor Hugo en appelait aux bienfaits de l’art pour tous ! « Ce serait l’heure, pour celui à qui Dieu en aurait donné le génie, de créer tout un théâtre, un théâtre vaste et simple, un et varié, national par l’histoire, populaire par la vérité, humain, naturel, universel par la passion », écrit le chantre des « Misérables ». À Bussang, un petit village dans la forêt vosgienne, Maurice Pottecher ose l’expérience en 1895 avec la création de son Théâtre du Peuple. Au Palais du Trocadéro à Paris, Firmin Gémier fonde le TNP en 1920, qui périclite rapidement, faute de moyens. En 1945, le temps de la Libération n’est pas un vain mot. Sous l’impulsion de Jeanne Laurent, une grande dame du futur ministère des Affaires culturelles créé par Malraux en 1959, la décentralisation théâtrale est en marche. En 1951, elle nomme Jean Vilar à la tête de Chaillot, qu’il ariel2rebaptise immédiatement TNP et qu’il inaugure avec « Le Cid » de Corneille et la création de « Mère Courage » de Brecht. À cette date, le grand Sétois n’est plus un inconnu. Depuis cinq ans déjà, il dirige à Avignon ce qui n’était au départ qu’une Semaine d’art dramatique. « Une idée de poète », puisque c’est René Char et son ami Christian Zervos, grand amateur d’art qui prépare une exposition de peinture, qui lui proposent en 1947 de reprendre « Meurtre dans la cathédrale » dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Refus poli de Vilar habitué des petites scènes, qui se ravise ensuite pour tripler la mise : trois créations, sinon rien ! À Zervos alors d’opiner du chef, il n’a pas les moyens d’une telle ambition… Sollicité, le maire communiste et ancien résistant Georges Pons, ose relever le pari ! Le festival d’Avignon est né.

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Chargée de la gestion des abonnés du TNP dès 1956, dont les relations avec les comités d’entreprise, la regrettée Sonia Debeauvais, rencontrée en 2015, se souvenait de Vilar, « un grand patron à l’autorité naturelle, aux qualités exceptionnelles ». À cette époque, des usines de l’aéronautique, des banques ou de chez Renault, les salariés arrivent par cars entiers à la représentation ! Avec une salle de 2 300 places, Chaillot était un monstre qu’il fallait nourrir ! « Nous avons compté jusqu’à 35 000 abonnés, soit 370 000 places à l’année », se souvient l’épouse de l’ancien consul de France en Iran. « Nous entretenions un véritable rapport de connivence avec les CE, les amicales laïques de banlieue et les associations. Pour Vilar, il y avait cette volonté délibérée de rejoindre tous les publics. Avec une éthique forte : rendre claire une pièce, sans vouloir s’en emparer ou la détourner à son profit. Pour moi, j’ai l’impression d’avoir collaboré à une aventure extraordinaire, probablement unique en son genre : permettre à tous l’accès à la culture ! »
e-8acroxsamv7sv-1De ses rencontres et débats à l’entreprise, Sonia Debeauvais témoigne qu’il s’agissait pour les CE d’une véritable action militante. « Où la CGT était fort préoccupée du contenu idéologique de la pièce, la considérant plus comme un objet de combat que comme un outil de libération ». Las, constatait déjà l’ancienne employée du TNP, « notre société a glissé vers le divertissement, les CE désormais semblent plus travailler avec les agences qu’avec les théâtres, ils sont plus préoccupés de billetterie que d’action culturelle ».

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Pour Jean Vilar, le TNP est authentiquement un théâtre au public populaire, contrairement à l’affirmation de Jean-Paul Sartre en 1955 le qualifiant de « petit-bourgeois ». La réponse du régisseur de Chaillot est catégorique : « un public populaire n’est pas forcément un public ouvrier : un employé des postes, ma dactylo, un petit commerçant qui travaille lui aussi largement ses huit heures par jour, tous font partie du peuple. Ce n’est pas au TNP à refaire la société ou faire la révolution, il doit prendre le public populaire comme il est ». Et d’enfoncer le clou face aux reproches du philosophe, en affirmant que « le degré de popularité du TNP ne se mesure pas au pourcentage ouvrier de son public mais aux efforts concrets que nous ne cessons de faire pour amener au théâtre des masses de spectateurs qui, auparavant, n’y allaient jamais : prix réduit des places, suppression du pourboire et surtout, car c’est là un fait vraiment populaire, vastes associations de spectateurs ». Fort de cette conviction qu’il fera sienne, tant à Chaillot qu’en Avignon, « le théâtre est un service public, tout comme l’eau, le gaz et l’électricité ».

En 1972, le TNP émigre à Villeurbanne sous la houlette de Roger Planchon et Patrice Chéreau. Aujourd’hui dirigé par Jean Bellorini, avec les mêmes convictions à l’heure où, sur tout le territoire national, moult festivals et créations culturelles tombent au champ d’honneur des coupes budgétaires. Yonnel Liégeois

LES CENT ANS DU TNP

– À se procurer : Le Bref#4, spécial centenaire. Avec les chroniques et réflexions de Michel Bataillon-Nathalie Cabrera-Jean-Pierre Léonardini-Olivier Neveux, un entretien avec Jean Bellorini et l’agenda des événements autour de l’anniversaire… Créé dès 1924, Bref devient en 1956, sous la direction de Jean Vilar, le « journal mensuel du Théâtre National Populaire ». Aujourd’hui, disponible gratuitement sur abonnement, Bref revient dans une nouvelle version pour s’immerger au plus près dans les coulisses et l’actualité du TNP.

– À découvrir : La prochaine saison 25/26 du Théâtre National Populaire de Villeurbanne sous la direction de Jean Bellorini et applaudir, jusqu’au 28/06, I will survive, la nouvelle création de la compagnie Les chiens de Navarre.

– À lire : Le théâtre, service public, de Jean Vilar (présentation et notes d’André Delcampe), Le théâtre citoyen de Jean Vilar, une utopie d’après-guerre, d’Emmanuelle Loyer. Histoire du Festival d’Avignon, d’Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque, Avignon, le royaume du théâtre, d’Antoine de Baecque. Le numéro 112 des Cahiers Jean Vilar.
– À visiter : la Maison Jean Vilar (8, rue de Mons, 84000 Avignon. Tél. : 04 90 86 59 64) est ouverte toute l’année. Lieu de recherches et de rencontres, elle organise une série d’initiatives durant chaque festival (expos, débats, rencontres, lectures, mises en espace).

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Valentina, une histoire de cœur

Au théâtre des Abbesses (75), Caroline Guiela Nguyen présente Valentina : une enfant roumaine se fait interprète pour sa mère, venue se faire soigner en France. D’un battement de cœur l’autre, la froideur du monde médical et l’inflexibilité du système scolaire.

Avec les outils du conte et aux frontières du documentaire, Caroline Guiela Nguyen nous entraine dans le parcours tortueux qui mène une jeune Roumaine à jouer les interprètes pour sa mère malade, venue se faire soigner en France. La fillette de neuf ans est confrontée à une série d’épreuves, à l’école comme à l’hôpital, dont elle sortira non sans encombres. Après des pièces chorales, comme Lacrima dont l’action a lieu au cœur d’un atelier de haute couture à Paris, de dentelle à Alençon et de broderie à Mumbaï, Carolyne Guiela Nguyen se focalise sur un récit plus intime, présenté en ouverture des Galas du Théâtre national de Strasbourg, qu’elle dirige depuis 2023.

Exil et santé

Ce nouveau festival rassemble dans tous les lieux du TnS « des artistes qui ont créé leurs spectacles avec des personnes dont les trajectoires de vie n’ont pas encore rencontré nos plateaux ». Y fut programmé Marius, d’après Marcal Pagnol, créé par Joël Pommerat avec des détenus. Dans le même esprit, Valentina est joué par une mère (Loredana Iancu) et sa fille Angelina (en alternance avec Cara Parvu), rencontrées parmi des personnes de la communauté roumaine et rom venues passer des auditions pour le projet. La metteuse en scène souhaitait explorer une langue latine, proche du français, mais pas suffisamment pour être comprise quand il s’agit de parler de pathologie complexe, de patient à médecin. La pièce est née d’une rencontre avec l’association Migrations Santé Alsace qui favorise l’accès des populations exilées aux soins de santé, notamment grâce à des interprètes. C’est là qu’elle a appris que, « faute de professionnels pouvant assurer la traduction, les familles avaient recours à leurs propres enfants ».

« Il était une fois », annonce une voix off qui accompagnera les épisodes de Valentina. Mais cet appel à l’imaginaire et au merveilleux est vite rompu par une question bien réelle. Comment, une fois arrivée en France avec sa fille, la maman va-t-elle se débrouiller pour se faire entendre du médecin et saisir ses explications ? Arrivera-t-elle a faire réparer son cœur qui flanche ? Après de vaines tentatives par gestes ou traductions de son téléphone, elle n’a d’autre solution que de s’en remettre à Valentina qui a vite appris le français à l’école. La fillette est alors confrontée à la gravité de la maladie maternelle et se sent également obligée de mentir à l’école pour couvrir ses absences et garder secret l’état de sa mère. La tâche est trop lourde pour la petite : elle est prise au piège de ses propres mensonges, sa mère la voit dépérir sans rien y comprendre, isolée dans sa langue. Seul un miracle pourra sauver la situation. Il advient par la magie  de l’amour et la narration se boucle sur un happy end.

Du conte au documentaire

Le réalisme de la mise en scène, appuyé par la présence constante d’une caméra qui projette en gros plan les faits et gestes des comédiens, entre en contradiction avec l’univers du conte. D’autant que les battements de cœur qui, au plateau, soulignent les émotions des personnages, tirent la pièce vers le pathos. La féérie a du mal à opérer. Pour autant, on se laisse davantage convaincre par l’aspect documentaire du projet. Il renvoie à des histoires bien réelles : face au droit fondamental de se soigner que les institutions publiques devraient leur garantir par souci d’égalité, certaines personnes allophones n’y ont pas accès faute d’interprètes. Les questions de langue et de traduction sont l’autre fil rouge qu’on peut suivre pour apprécier ce spectacle.

La metteuse en scène s’y entend à passer d’un idiome à l’autre, à faire valser les sonorités chez les acteurs. Les mots s’entrelacent et se mêlent aux accents des violons de Marius Stoian et Paul Guta, deux autres Roumains embarqués dans cette aventure. On entre en sympathie avec Loredana Iancu, parfaite en femme vaillante et mère dévouée. Angelina Iancu pétille de malice et d’intelligence : elle excelle dans son rôle d’interprète simultanée et de petite menteuse, jouant avec nuance et retenue les épreuves que traverse l’héroïne. Chloé Catrin, tour à tour cardiologue et directrice d’école, incarne la froideur du monde médical et l’inflexibilité du système scolaire. Mireille Davidovici, photos Jean-Louis Fernandez

Valentina, Caroline Guiela Nguyen : jusqu’au 15/06, du lundi au samedi à 20h (relâche le jeudi), le dimanche à 15h. Théâtre des Abbesses, 31 Rue des Abbesses, 75018 Paris (Tél. : 01.42.74.22.77). Du 16/09 au 03/10, TNS de Strasbourg. Du 08 au 12/10, Célestins de Lyon. Valentina ou la vérité est paru chez Actes-Sud-Papiers.

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