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In memoriam François Tanguy

Le 07/12/2022, François Tanguy, maître d’œuvre du Théâtre du Radeau, s’éteignait d’une septicémie foudroyante à l’âge de 64 ans. Dans un numéro hors-série de la revue Frictions, une poignée de contributeurs accuse le coup en une suite de « traces ». Qui sont autant d’hommages émus à plusieurs mains.

En couverture, un regard anxieux, dans le beau visage de l’homme encore jeune, fixe le lecteur avec insistance. D’autres portraits de Tanguy ponctuent la publication, qui tente « de lui laisser la parole, ou parler, de manière forcément décalée, de, ou avec lui », comme le dit Jean-Pierre Han, le directeur de la revue, dans son éditorial. Pari tenu, mais l’énigme à la fin demeure, de l’inspiration d’un artiste qui ne livrait pas facilement les clés ouvrant les portes d’une singularité proprement existentielle. « Faire école ? Surtout pas ! » écrit-il un jour.

Est donc précieux le long entretien dans lequel il éclaire les critères de sa pratique, sous le titre « Une pensée en mouvement », au cours duquel il se livre à une réflexion approfondie sur le statut du texte, ou plutôt de la parole, dans ses 19 créations mémorables successives. La seule récapitulation des titres (entre autres, de Mystère Bouffe à Par autan, en passant par Chant du boucChoral, Coda, Passim, Soubresaut ou Item, actuellement toujours en tournée) prélude, dans la mémoire, à une fastueuse levée d’images tremblées, qu’accompagnent des murmures diffus troués de sons stridents. C’était à l’instar d’un opéra sensiblement grotesque, au sein duquel d’étranges figures humaines déménageaient sans fin les planches de salut de l’Histoire brinquebalante.

Au nombre des interventions, outre Un accompagnement de Jean-Pierre Han, on note le texte intitulé Ateliers – Faire lieu. Laurence Chable y rapporte que Tanguy « se refusait à tout enseignement, transmission d’un savoir », cherchant avant tout « la rencontre dans ce qu’on pourrait nommer un rapport d’égalité ». Elle fonde en 1977 le Théâtre du Radeau. François Tanguy en devient le metteur en scène en 1982, deux ans avant l’installation au Mans, dans la Fonderie, ancien garage automobile devenu haut lieu d’une aventure théâtrale hors pair. À lire aussi d’Alexis Forestier, Lazare, Samuel Boré, Patrick Condé, Anne Baudoux, Simon Gauchet et Anaïs Muller, entre moult photographies, d’autres évocations de François Tanguy, toutes en forme d’élans du cœur. Jean-Pierre Léonardini

François Tanguy, traces : un numéro hors-série de la revue Frictions (194 p., nombreuses photographies de spectacles, 15€).

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Marx, un parisien au musée

Jusqu’au 31/12, à Montreuil (93), le Musée de l’Histoire vivante accueille Marx en France. Une exposition qui retrace les années parisiennes du philosophe allemand, à travers dessins humoristiques et œuvres contemporaines. Paru dans Le Montreuillois, un entretien de Jean-François Monthel avec Éric Lafon, le directeur scientifique du musée et commissaire de l’exposition.

Jean-François Monthel – Que raconte Marx en France, la nouvelle exposition du Musée de l’Histoire vivante ?

Éric Lafon – Il est frappant de constater que Karl Marx est toujours d’actualité. 2023 célèbre les cent quarante ans de sa mort. Cette commémoration a donné lieu à la publication de nombreux hors-séries dans la presse. Il y a eu aussi, en 2017, la sortie du film de Raoul Peck sur la jeunesse de Marx. La réédition de ses œuvres rencontre un certain succès. Le Musée de l’Histoire vivante s’associe à ce mouvement, à sa manière. Nous nous sommes intéressés aux années parisiennes de Marx. Et nous avons souhaité explorer la permanence de son image et de sa pensée, à travers un panel d’œuvres et de documents amusants et accessibles à tous.

J-F.M. – Quand Marx a-t-il séjourné à Paris ?

É.L. – Il arrive en 1843, avec son épouse, Jenny, enceinte. Il est chassé par la monarchie de Juillet, en 1845. Il revient en 1849, avant d’être à nouveau expulsé. Les Allemands forment alors la plus grande communauté étrangère à Paris. Il y a des intellectuels, mais aussi des ouvriers, des tisserands, des métalliers… Karl Marx fréquente le café Le Régence, où il croise les premiers socialistes et les révolutionnaires français. C’est là qu’il rencontre pour la première fois Friedrich Engels. Pour tous les révolutionnaires de cette époque, Paris occupe une place «centrale». La Révolution française est encore proche.

J-F.M. – Que reste-t-il de cette époque de sa vie ?

É. L. – Quand Marx vient à Paris pour la première fois, il n’a que 25 ans, il est totalement inconnu. Nous avons cependant réussi à suivre sa trace. À travers sa correspondance, nous le retrouvons par exemple à Argenteuil et à Enghien-les-Bains, où sa fille et lui se font soigner pour des maladies pulmonaires. Ils vivaient alors dans des conditions misérables. Plus tard, en 1882, Marx embarque à Marseille pour l’Algérie, à bord du paquebot Le Saïd. Un voyage que lui ont conseillé les médecins pour soigner ses problèmes respiratoires. Il séjournera plusieurs mois à Alger. Nous exposons d’ailleurs la dernière photo de lui, prise dans un studio algérois. Karl Marx s’était fait raser la barbe pour l’occasion ! Pour plonger dans l’ambiance, nous avons aussi entièrement restauré la véranda du musée, où nous avons installé des transats…

J-F.M. – Une partie de l’exposition est consacrée à la pensée de Marx. En quoi reste-t-elle d’actualité ?

É. L. – Ses analyses sont décortiquées aujourd’hui encore dans toutes les facultés d’économie, même les plus libérales. Elles expliquent le capitalisme. Avec des dessins, des planches de bandes dessinées, Marx en France propose d’aborder simplement les notions de profit, de plus-value, de lutte des classes… Nous exposons également toutes sortes d’œuvres contemporaines qui montrent à quel point l’image de Marx inspire. Son visage barbu est de toutes les manifestations, parfois dans toutes les couleurs. Cela mérite d’y regarder de plus près. Propos recueillis par Jean-François Monthel

Marx en France : Du 25/03 au 31/12/23, au Musée de l’Histoire vivante (31 bd Théophile-Sueur, parc Montreau, 93100 Montreuil).

Marx en France, le livre

En lien avec l’exposition, le Musée publie Marx en France. Histoire, usages et représentations (en vente à la boutique, 24€90). Sous la plume d’une dizaine d’historiens de la jeune génération, l’ouvrage rassemble la centaine d’œuvres présentées au musée. Dont Jean-Numa Ducange, spécialiste de l’histoire des marxismes et auteur notamment du remarqué Marx à la plage, le Capital dans un transat.

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Brin d’être, la recette du bien-être !

À Saulnay (36), Lucie et Damien Koziaz développent cultures maraîchères et plantes aromatiques. Avec Brin d’être, un retour à la terre qui répond à leurs aspirations et au bien-être collectif.

À l’heure où les circuits courts sont de plus en plus valorisés, il était difficile pour Lucie et Damien de faire mieux ! C’est au sein même du bourg de Saulnay, dans l’Indre, qu’ils ont trouvé une parcelle suffisamment vaste pour développer leur projet. « Les caractéristiques du sol sont différentes selon les endroits. Aussi, nous réservons certaines parties au maraîchage et d’autres aux plantes aromatiques ». Là se récoltent tomates, poireaux, pommes de terre, carottes, courgettes, salades, radis, betteraves… Pour lutter naturellement contre les pucerons et protéger les quelques deux cent pieds de tomates, à proximité on trouve du basilic qui chasse les insectes nuisibles ou des capucines qui les attirent et les éloignent ainsi du fruit. Le couple ne compte pas se limiter à ce type d’activités, le parc des poules sera augmenté pour répondre à une demande croissante d’œufs de qualité.

À quelques pas de là, la place est occupée par les plantes aromatiques : origan, sarriette, bourrache, sauge, thym, estragon … Au total, une vingtaine de variétés vers lesquelles Lucie et Damien souhaitent concentrer une partie plus importante de leur travail. Le projet ? La commercialisation de tisanes. Un bâtiment, déjà équipé d’une salle de séchage, doit être aménagé. « Nous sommes deux exploitants sur ce créneau dans le département, il y a de quoi envisager de réels débouchés », note Damien. Le domaine, ils l’ont trouvé au bout d’une longue série de visites. « Il correspond exactement à nos aspirations ». D’une surface suffisamment vaste (près de 7000 m²), avec une maison vivable immédiatement pour accueillir les deux enfants de la famille, à proximité d’autres habitations… « C’était important pour nous de nous intégrer dans la localité », précise Lucie. En effet, le couple a vécu la première partie de son existence sous d’autres cieux.

À l’ombre des chênes, les salades poussent mieux

Originaire de Châteauroux, Damien a passé sa jeunesse dans le sud-ouest. Après un bac scientifique pour devenir kiné, il s’inscrit à la faculté de médecine de Toulouse. C’est là qu’il rencontre Lucie. Ils arrêtent alors leurs études et exercent différents métiers : ajusteur chez Airbus pour l’un, restauration rapide et aide à domicile pour l’autre… N’y trouvant pas un réel épanouissement, ils décident de changer du tout au tout pour une activité et un rythme de vie plus conformes à leurs valeurs et aspirations. Direction l’Indre, un retour aux sources pour Damien où la greffe, de toute évidence, a bien pris !

Salle de séchage des aromates

Pour le couple, l’immersion en terre brennouse est une réussite. « Ça s’est fait naturellement et rapidement. Portés par le tissu associatif, nous avons le sentiment d’être pris dans une vague positive. On trouve toujours quelqu’un pour aider en cas de problème. Saulnay est une grande famille », constate Lucie avec un large sourire. Une vie sociale riche et un travail au service d’une agriculture biologique contribuant au bien-être des consommateurs et à la protection de l’environnement : pour Lucie et Damien, tant personnel que professionnel, au Brin d’être l’équilibre semble atteint. Philippe Gitton

Le Brin d’être, chez Lucie et Damien Koziac (visite de l’exploitation possible) : 8 chemin des loges, 36290 Saulnay (Tél. : 06.52.72.51.20 ou 02.18.01.08.57). Vente directe sur les marchés : le jeudi matin à Mézières, le vendredi matin à Buzançais, le dimanche matin à Vendœuvres.

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Les tréteaux d’Olivier Letellier

Du 11/07 au 24/08, les Tréteaux de France posent chapiteau et ateliers de lecture en Île de France. Directeur du seul Centre dramatique national itinérant, Olivier Letellier ne manque pas de projets poétiques et musclés. La mission de l’incorrigible passeur ? Porter le théâtre là où il n’est pas.

Des rafales de vent gonflent le chapiteau. Les cordes qui le maintiennent au sol claquent comme les haubans dans un port par gros temps et une averse de grêlons tambourine sur la toile. En dépit des éléments aujourd’hui déchaînés, Olivier Letellier ne perd pas sa bonne humeur. Montrant un furtif rayon de soleil, il lance, tout sourire : « Voilà le beau temps qui revient ! » Et il accueille des gamins venus participer avec leur professeure de CM2 à une des séances de Killt, autrement dit « ki lira le texte », un dispositif hybride entre théâtre et lecture participative. Le comédien Nicolas Hardy s’empare alors, avec les jeunes, de la Mare aux sorcières, une belle fable écologique et fortement humaine, écrite par Simon Grangeat.

Des textes pour « outiller » les jeunes et leur donner à penser

Directeur des Tréteaux de France, unique Centre dramatique national itinérant, Olivier Letellier présente avec ce Killt l’esprit essentiel de son projet, à savoir passer commande de textes à des auteurs comme Catherine Verlaguet, Antonio Carmona, ou encore Marjorie Fabre, pour n’en citer que quelques-uns, puis les confronter au public. Avec Robin Renucci, désormais à la tête de La Criée, à Marseille, les Tréteaux de France avaient mis en lumière les grands classiques. Son successeur mise sur les « écritures contemporaines,nous voulons faire des Tréteaux un CDN ancré dans le présent pour aider à construire les citoyens de demain ». Il défend ainsi un théâtre pour tous, « de 0 à 110 ans, car on ne voit jamais les petits venir seuls au théâtre. Les textes pour la jeunesse ou les adultes sont pour nous identiques, mais avec une particularité quand même : pour les enfants, il y a toujours de la lumière au bout de l’histoire ».

Né en 1972 dans la région parisienne, soit bien après la création de ce CDN original par Jean Danet en 1959, Olivier Letellier a toujours eu le théâtre et sa transmission dans son ADN. À tel point qu’il lui est arrivé de sécher des cours au lycée pour animer des ateliers théâtre dans une école primaire. Avec de la suite dans les idées, il explique que, désormais, « consacrer les Tréteaux de France à la création pour l’enfance et la jeunesse est un choix politique ». Et de préciser avec conviction : « Les jeunes, on ne va pas les protéger et les mettre sous cloche. Leur parler de la société et des grandes questions en débat comme l’environnement, le genre, les sexualités, les familles recomposées, les migrations, etc., ça ne fait que les outiller, leur donner des moyens de penser pour les rendre plus forts ».

350 représentations, avec une dizaine de spectacles différents

À la question « il n’y a pas de Molière dans votre programmation ? », après l’année du 400 e anniversaire et alors que de tout temps des classes entières sont invitées à découvrir en « séance scolaire » le Bourgeois Gentilhomme ou le Malade imaginaire, Letellier, toujours souriant, répond : « Eh bien non, je le laisse à tous ceux qui le veulent. Je suis convaincu que l’on a aujourd’hui d’autres choses à raconter ». Cette saison, se réjouit-il, les Tréteaux proposent 350 représentations, avec une dizaine de spectacles différents. Cet été, ils sont présents notamment sur les bases de loisirs d’Île-de-France, les séances sont gratuites et ouvertes à tous. Jusqu’au 14/07, Killt est aussi présent à la Maison Jean-Vilar, dans le cadre du Festival d’Avignon, avec les Règles du jeu de Yann Verburgh . Avant les Tréteaux, Olivier Letellier animait la Compagnie du phare, désormais en sommeil, et dont le répertoire a été repris par le CDN, qui emploie donc les ex-salariés et intermittents de la compagnie. Le groupe s’est étoffé avec plus de personnels administratifs, plus de techniciens, plus de comédiens…

Et les projets ne manquent pas, poétiques et musclés. « Pour des salles de spectacle comme pour des lieux non équipés, c’est cela aussi notre mission, porter le théâtre là où il est absent ». Il imagine ainsi de jouer « dans des mairies, des écoles et autres lieux publics. Un auteur pourrait écrire une fiction sur des débats au conseil municipal d’une commune, par exemple, en y interrogeant le mythe de l’opposante Antigone ». Olivier Letellier, toujours pour porter du théâtre ailleurs, pense aussi à des scènes dans des commerces. « Imaginez que dans la boucherie du quartier ou du village, on vous raconte l’histoire de Barbe bleue. Est-ce que, le lendemain, vous ne porterez pas un regard différent sur le boucher et sur son billot ? ». Propos recueillis par Gérald Rossi

Les Tréteaux de France : le CDN sera présent du 11 au 16/07 sur l’île de loisirs du Port aux cerises de Draveil (91), du 22 au 27/07 sur celle de Créteil (94), du 8 au 13/08 sur celle de Cergy-Pontoise (95), du 19 au 24/08 sur celle de Saint-Quentin en Yvelines (78). Entre ateliers et lectures, il présentera notamment Killt-La mare à sorcières, une expérience en immersion dans un texte de théâtre, Échappées belles : issue de secours, un spectacle déambulatoire en plein air et La mécanique du hasard, jouée sous chapiteau.

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La Rotonde, la Bourse et la vie

Jusqu’au 22/07 pour l’un et 29/07 pour l’autre en Avignon (84), le Théâtre de la Rotonde et celui de la Bourse du Travail présentent Hospitalis anima et Jean-Jaurès, une voix, une parole, une conscience. Deux lieux atypiques, consacrés au spectacle vivant durant le festival : le siège des cheminots de la région PACA, celui des syndicats CGT du Vaucluse. Sans oublier Faire commune ?, au Théâtre des Trois Soleils.

Attention, un spectacle peut en cacher un autre ! Comme les locos roulant à proximité, en quête de la bonne voie sur le plateau tournant de la gare SNCF d’Avignon : le théâtre de la Rotonde porte bien son nom ! Qui, au cœur des cités ouvrières, distille depuis de nombreuses années musique et chansons, théâtre pour petits et grands loin du tumulte qui agite la ville intra-muros… Une initiative du CASI, le Comité d’activités sociales et culturelles des cheminots de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui, sans contrepartie financière, accueille avec dégrèvement les comédiens en son théâtre de pierre ou sur son aire de verdure, les invite à « exercer leur art avec la seule contrainte du plaisir », affirme Sébastien Gronnier, l’original chef de train. Dont la compagnie L’épicerie culturelle, avec Hospitalis anima : un spectacle créé en 2019, une commande de la MTH, la mutuelle des hospitaliers et territoriaux. D’un témoignage l’autre, la mise en voix du malaise et mal-être des personnels soignants aggravés par la pandémie de la Covid, de la crise du système hospitalier avec la fermeture de services d’urgence et l’ampleur des déserts médicaux.

La tradition perdure, à l’heure du festival la salle de réunion de l’Union départementale CGT du Vaucluse se transforme en théâtre éphémère ! Avec la mise à disposition des lieux gratuitement pour les compagnies sélectionnées. « Comme chaque été, vous pourrez à loisir apprécier le travail des comédiens qui s’y produisent et partager des moments d’échanges et de débats dans notre cour. La culture a toujours été indissociable de l’activité syndicale », souligne Frédéric Laurent, le directeur du lieu. Où l’inoubliable « Thierry la Fronde » de notre jeunesse, alias Jean-Claude Drouot à la barbe fleurie par le temps, nous conte l’épopée d’un jeune paysan devenu député et orateur de génie : Jean Jaurès, une voix, une parole, une conscience ! « Je poursuis mon parcours Jaurès pour faire entendre la conviction profonde et loyale de cet apôtre de paix, ses adresses aux lycéens, aux instituteurs, son indignation devant toute forme d’égoïsme et de barbarie », confie le talentueux interprète. Incarnant, avec forte ressemblance et force persuasion, le défenseur des opprimés et le tribun de la classe ouvrière ! Yonnel Liégeois

Hospitalis anima : par L’épicerie culturelle. Jusqu’au 22/07, à 16h00 (relâche les 14 et 15/07).    Théâtre de la Rotonde, 1A rue Jean Catelas, 84000 Avignon (Tél. : 06.80.50.43.87).

Jean Jaurès : avec Jean-Claude Drouot. Jusqu’au 29/07, à 13h00 (relâche les 10-17 et 24/07). Théâtre de la Bourse du Travail, 8 rue Campagne, 84000 Avignon (Tél. : 06.08.88.56.00).

À voir aussi :

Jusqu’au 29/07, au Théâtre des Trois Soleils, Garance Guierre présente Faire commune ? De 1871 à nos jours, une histoire du mouvement ouvrier contée avec humour et en musique. Créée en 2017, la pièce est coproduite par la Bourse du Travail de Malakoff (92). « Une création artistique qui n’aurait pu voir le jour sans le financement participatif », souligne Gérard Billon-Galland, son président. Dans la tradition de l’éducation populaire, des épisodes marquants de l’histoire ouvrière squattent ainsi les planches du théâtre : de la Commune de Paris au Front Populaire, du Conseil national de la Résistance à la grève des mineurs en 1963… Produit de la rencontre du travail en recherche historique des militants de la CGT et de la représentation vivante avec la compagnie Megalocheap, la pièce éclaire la dimension humaine inscrite dans les soubresauts et la mémoire du mouvement social. Régis Frutier

Faire commune ? : par la compagnie Megalocheap. Jusqu’au 29/07, à 20h45 (relâche les 11-18 et 25/07). 3 Soleils-Chapelle Sainte Marthe, rue Saint Bernard, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.88.27.33).

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Jean Moulin, celui qui a dit non

Arrêté en juin 1943, atrocement torturé par la gestapo sous les ordres de Klaus Barbie, Jean Moulin décède le 8 juillet lors de son transfert en Allemagne. La célébration du 80ème anniversaire de sa mort braque les projecteurs sur cette grande figure de la Résistance. Par-delà l’image du personnage mythique, s’impose surtout la stature de celui qui osa dire non à Vichy et à l’occupant nazi.

En ce mois de juin 1940, le spectre de la défaite militaire cède le pas à la débâcle. Le gouvernement de Vichy ordonne aux fonctionnaires de se replier. Alors en poste à Chartres, celui qui fut en 1937 le plus jeune préfet de France décide de rester en place. Premier acte d’insoumission à l’égard du régime de Pétain, premier geste héroïque devant l’envahisseur : face au commandant allemand qui veut le contraindre à signer un document relatant les prétendues exactions des troupes françaises, Jean Moulin préfère se trancher la gorge plutôt que d’obtempérer ! De retour en sa préfecture, tentant vaille que vaille d’assurer la légitimité républicaine au fil des semaines, il est révoqué de sa charge le 2 novembre par le ministre de l’Intérieur.

« Bien avant les heures noires de l’occupation allemande, puis celles de la clandestinité, Moulin a déjà eu le temps de prouver ses convictions républicaines », précise l’historienne Christine Levisse-Touzé, directrice du musée Jean-Moulin à Paris jusqu’en 2017. « Fils d’un professeur d’histoire engagé dans le combat politique au côté des radicaux-socialistes, l’enfant qui naît à Béziers le 20 juin 1999 est à bonne école. En réponse aux vœux de son père et en dépit de ses goûts affirmés pour le dessin et la peinture, il entreprend des études de droit et se destine alors à une carrière dans la préfectorale ». Sous-préfet du Finistère, il n’hésite pas à saluer en 1932 la victoire électorale du Cartel des Gauches. En 1936, directeur de cabinet de Pierre Cot, ministre de l’Air dans le gouvernement du Front Populaire présidé par Léon Blum, c’est lui qui organise l’aide clandestine aux Républicains espagnols : recrutement des pilotes et envoi d’avions civils et militaires… « Dès cette époque, dans ses tâches de haut fonctionnaire comme dans les cabinets ministériels auxquels il participe, Jean Moulin révèle aux yeux de tous, qu’ils soient amis ou adversaires politiques, ses grands talents d’administrateur et son attachement indéfectible aux valeurs de la république », insiste l’historienne.

Entre ici, Jean Moulin ! André Malraux, 1964

Que faire après l’épuration décrétée par Pétain ? D’emblée, Moulin entend poursuivre le combat. Réfugié à Lisbonne, après avoir noué de premiers contacts avec les réseaux de résistance d’Henri Frenay et d’Astier de La Vigerie et au terme de moult péripéties, il s’envole enfin pour Londres dans la nuit du 19 au 20 octobre 1941. « Loin d’être un gaulliste patenté, comme beaucoup de républicains et d’hommes de gauche, Jean Moulin éprouvait une méfiance certaine à l’égard des militaires, encore plus à l’encontre d’un général que l’on taxait de sympathie maurassienne », nous affirmait en 1999 de source autorisée l’ancien secrétaire de « Rex » puis « Max » dans la clandestinité, le regretté Daniel Cordier, Alias Caracalla devenu ensuite historien avisé. Que représente alors de Gaulle, aux yeux de celui qui n’a même pas entendu l’appel du 18 juin ? L’officier rebelle condamné à mort par Pétain pour désobéissance, l’homme qui refuse de capituler pour l’honneur et la patrie… Le chef de la France Libre, après sa première rencontre avec Jean Moulin le 25 octobre, perçoit très vite les qualités de l’ancien préfet. Sans arrière-pensée, il le désigne comme son « représentant et délégué du Comité national pour la zone non directement occupée de la métropole » à l’heure où un avion le parachute sur le sol français le 1er janvier 1942.

Jusqu’au 21 juin 1943, date de son arrestation à Caluire dans la banlieue lyonnaise, fort de l’autorité conférée par le général et au prix de dialogues incessants et parfois tumultueux entre les divers chefs des réseaux clandestins, Jean Moulin réussit l’impossible. Il assoit le général Delestrain à la tête de « l’Armée secrète », il fédère les divers mouvements de résistance des zones Nord et Sud et les forces vives du pays, syndicales et politiques, au sein du « Conseil de la Résistance » dont la séance inaugurale se tient à Paris le 27 mai 1943. « Le parlement officiel dans la France occupée », souligne Daniel Cordier, « un fait majeur et unique dans l’Europe d’alors qui dotera les combattants de l’ombre d’une structure efficace et d’une représentation nationale. C’est ce rôle de fondateur, plus que l’image de martyr liée aux circonstances tragiques de sa mort, qui justifie l’entrée de Jean Moulin au Panthéon en 1964 comme symbole de la Résistance », souligne l’historien. « Gabriel Péri ou Danielle Casanova y auraient tout autant leur place, la figure de Moulin s’impose comme celle qui a réconcilié la France libre et la France captive, les Français de l’extérieur et ceux de l’intérieur. Un symbole fort, au demeurant : celui d’un homme de gauche, un citoyen du Front populaire luttant pour l’avènement d’une république sociale ».

Autant de raisons qui, paradoxalement, ouvriront en grand la porte aux affabulations et calomnies de toutes sortes sur la personnalité de Jean Moulin. Les premières graves accusations sortent de la bouche même de résistants avec la publication en 1977 de L’énigme Jean Moulin, livre dans lequel Henry Frenay, l’ancien chef du réseau Combat, traite l’envoyé de de Gaulle de « crypto-communiste ». Une accusation dénuée de tout fondement historique, qui scandalisera la majorité des acteurs de ce temps mais qui contribuera désormais à alimenter le fiel de la rumeur jusqu’à faire de Moulin pas moins qu’un agent soviétique… « Au nom de la collusion supposée, tous les adversaires des valeurs républicaines défendues par la Résistance, Liberté-Egalité-Fraternité, y ont trouvé matière pour alimenter rancœur et nostalgie », constatait Daniel Cordier qui n’a cessé de s’interroger sur le pourquoi des attaques répétées à l’encontre du personnage. « Quoiqu’on ait pu en dire au lendemain de la Libération, il faut reconnaître au préalable que la Résistance ne fut l’affaire que d’une minorité de Français. Aussi, est-il difficile à un peuple de s’identifier à un héros alors que majoritairement il n’a pas fait acte de résistance. Ensuite, les hommes de gauche se reconnaissent avec peine en l’un des leurs qui s’est rallié à de Gaulle tandis que ceux de droite le considèrent encore comme un adversaire politique. Enfin, pour tous les nostalgiques du Maréchal et de Vichy, Moulin n’est rien moins qu’un traître qui a ruiné la politique de collaboration engagée pour relever la France ».

Au regard des générations futures et face aux falsificateurs de l’histoire, s’impose pourtant la figure héroïque et exemplaire de Jean Moulin : contre vents et marées, jusqu’au péril de sa vie, un ardent défenseur de la République et de ses valeurs fondamentales. Yonnel Liégeois

Les catacombes de Daniel Cordier

Auteur déjà d’une somme aux éditions Lattès, Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon, Daniel Cordier (1920-2020) publia un document aussi explosif qu’incontournable. Avec Jean Moulin, la République des catacombes, il livre d’abord une chronique passionnante, loin du mythe et des affabulations, de ce que furent pour les hommes de l’ombre les années de la Résistance quand le devoir d’improvisation se jouait allègrement de la loi du secret. Une époque où l’opposition clandestine à l’occupant se construit au cœur des conflits de personnes et des combats idéologiques entre chefs de réseaux, partisans ou adversaires de de Gaulle. Un regard avisé sur la Résistance des chefs qui n’édulcore en rien celle des militants, humbles saboteurs ou anonymes « boîtes aux lettres » qui mettaient chaque jour leur sécurité et leur vie en péril. Un livre qui se révèle au fil des pages vibrante leçon de démocratie quand des hommes et des femmes n’hésitent pas à débattre parfois violemment sur la conduite à tenir au cœur même de la tourmente.

Témoin privilégié de cette époque et dépositaire de documents inédits, Daniel Cordier narre surtout, dans le menu et avec talent, l’action essentielle de Moulin. Et de Jacques Bingen, son successeur injustement oublié de l’Histoire, qui se suicida entre les mains de la Gestapo en mai 1944. Preuves à l’appui, il démonte enfin avec brio les faux procès intentés contre l’ancien préfet d’Eure-et-Loir et il n’hésite pas à instruire de nouveau l’affaire de Caluire pour conclure à la culpabilité de René Hardy. Plus qu’un manuel d’histoire, le témoignage poignant sur un passé récent qui n’en finit pas d’interpeller survivants d’hier et vivants du temps présent. Y.L.

La République des catacombes, de Daniel Cordier (Folio histoire, deux volumes, 976 p. et 896 p., 15€10 chacun). Une lecture à poursuivre avec La victoire en pleurant nouvellement paru, la suite d’Alias Caracalla, les mémoires de Daniel Cordier ( Folio, 400 p., 9€20. Préface de Bénédicte Vergez-Chaignon).

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La marionnette, enfin adulte

Jusqu’au 4 juin, en Île-de-France, la Biennale internationale des arts de la marionnette offre un panorama de la création contemporaine. Une 11ème édition de la Biam, avec des personnages et des histoires pour grandes personnes : quand la marionnette devient enfin adulte !

Les premiers spectacles rattachés à cette discipline remontent au XVIIe siècle en France. « Aujourd’hui, ils témoignent de révoltes et de combats pour plus d’égalité, de solidarité et de ­liberté. La jeune génération d’artistes a choisi la manipulation et l’image pour nous exhorter à réfléchir et nous mettre en garde », pointe Isabelle Bertola, la directrice du Mouffetard label­lisé Centre national de la marionnette, qui organise et coordonne avec plusieurs partenaires la Biennale internationale des arts de la marionnette (Biam). Jusqu’au 4 juin, 39 spectacles différents, joués 138 fois au total dans 18 villes d’Île-de-France, offriront un large panorama d’un art en mutation.

Cette 11ème édition a notamment enfilé joggings et baskets pour se mettre aux couleurs des JO de Paris 2024. Des « formes olympiques », comme À vous les studios, sont ainsi proposées gratuitement dans certaines vitrines de commerces, explique Benjamin Ducasse, de la compagnie les Maladroits. « C’est l’histoire d’un coureur cycliste racontée en direct à la télévision », dit-il. « Les artistes et les sportifs ont des questionnements communs », poursuit Isabelle Bertola, « qu’il s’agisse de la diversité sur les pistes ou les scènes, du handicap, du genre, de l’égalité hommes-femmes, etc… ».

Les Maladroits ont présenté aussi Joueurs, une pièce qui questionne « l’art, la politique, l’amitié et l’engagement militant à travers le conflit entre Palestine et Israël ». Dans ce cas, la compagnie pratique un théâtre d’objets. « L’utilisation d’ustensiles de la vie quotidienne employés sans les transformer, mais en détournant leur sens, est un langage qui casse des barrières et démontre que le théâtre, et plus largement le concert ou l’opéra ne sont pas réservés à certains publics », affirme Benjamin Ducasse.

« Nous parlons désormais de marionnettes, en même temps d’objets, d’images, de machineries, bref, c’est tout un théâtre de la manipulation qui met en avant non pas l’acteur-manipulateur mais la forme, la matière, qu’elle soit figurative ou pas », confirme la directrice du théâtre le Mouffetard. Une analyse que partage aussi Johanny Bert, qui conçoit des spectacles pour adultes mais aussi parfois pour le jeune public. « Dans un type de théâtre intégrant des objets ou/et des marionnettes, la qualité de l’interprétation doit être excellente« , insiste- t-il. « Afin que le spectateur soit entièrement conquis, il est demandé au comédien-manipulateur beaucoup d’humilité, car c’est la marionnette qui capte l’attention, pas lui (ou elle) ».

Écrivain et spécialiste de cet art, Paul Fournel se réjouit de ce renouveau. « Depuis dix ou quinze ans, on ne peut plus parler d’une, mais de multiples esthétiques de cette forme théâtrale, et cette recherche constante de la différence fait la force de la marionnette contemporaine ». Ce que ne contredit pas l’Italienne Marta Cuscunà, artiste internationale invitée de cette édition avec trois de ses créations qui bousculent les imaginaires.

Les évolutions interpellent les formes mais aussi les contenus et quelques-uns, comme Paul Fournel, qui a jadis consacré sa thèse de doctorat au Guignol lyonnais, considèrent que ces formes nouvelles gagneraient souvent à faire davantage appel aux auteurs contemporains, « ce qui permettrait de conforter dans les mots toute l’audace qui se déploie à travers les objets et les figurines ». Il faut se souvenir, pointe aussi Johanny Bert, que « Guignol, à l’origine, donnait des coups de bâton aux gendarmes et aux propriétaires lyonnais qui se faisaient du fric sur le dos des canuts, avant d’être récupéré par la bourgeoisie. Maintenant, il cogne le voleur et le conduit au gendarme »…

Avec Hen, présenté dans cette Biam et repris dans cette version révisée au théâtre parisien de l’Atelier en mai, comme pour sa récente création, la (Nouvelle) Ronde, Johanny Bert s’affirme dans ces évolutions de la marionnette, loin de l’idée que cette discipline serait réservée à un public d’enfants. Il rend hommage à l’un de ses maîtres, qui contribua beaucoup à la naissance de la marionnette ­moderne, Alain Recoing (1924-2013), lequel appelait à défricher les pistes « d’un spectacle complet », avec entre autres le soutien convaincu du metteur en scène ­Antoine Vitez, qui dirigeait alors le Théâtre de Chaillot où il fit entrer le spectacle de marionnettes. ­Johanny Bert, qui vient d’entamer les répétitions d’un opéra inspiré par le film de Wim Wenders les Ailes du désir (1987), avec « quatorze marionnettes à taille humaine », affirme encore que « les petits pantins pour les petits enfants, synonyme de théâtre au rabais, ce doit être fini et bien fini ». Gérald Rossi

Les spectacles de la Biam se déroulent à Paris, Pantin, Argenteuil, Bagnolet, Bobigny, La Courneuve, Choisy-le-Roi, Cormeilles-en-Parisis, Eaubonne, Fontenay-sous-Bois, Ivry-sur-Seine, L’Île-Saint-Denis, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pontault-Combault, Saint-Denis, Saint-Michel-sur-Orge et Stains (Tél. : 01.84.79.44.44)

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Lucien Attoun, une vie pour le théâtre

Homme de radio au métier sûr, critique dramatique, Lucien Attoun est mort à Paris le 28 avril. Les deux grandes passions de sa vie ? La radio avec France Culture et la création de Théâtre Ouvert avec son épouse Micheline. Le théâtre de service public lui doit beaucoup.

Lucien Attoun vient de s’éteindre à l’âge de 88 ans, le 28 avril à Paris. J’en éprouve du chagrin. Lucien, je l’ai connu, fréquenté, apprécié depuis un demi-siècle au bas mot. Le théâtre de service public lui doit une fière chandelle et France Culture, en la matière, se devrait, en bonne logique, d’afficher à son égard une gratitude éperdue.

L’amour du théâtre, il le tient de son père, comédien et chanteur populaire en Tunisie, où Lucien naît en 1935 à la Goulette, au nord de Tunis. Il débarque en France en 1947, avec sa sœur cadette et sa mère. A 12 ans, pensionnaire au lycée Maimonide de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), il y croise Micheline Malignac, qui n’a qu’un an de moins que lui. Ils ignorent alors qu’ils se marieront en 1963 et qu’on leur devra cette magnifique aventure vécue en commun, Théâtre Ouvert, qui fera tant pour l’écriture dramatique dans notre pays, mais n’anticipons pas.

Lucien a 16 ans quand meurt sa mère. Elle lui avait dit : « Veille sur ta sœur ». Jeune homme de devoir, il cumule les « petits boulots » sans perdre de vue le champ culturel. En 1958, il fait partie du Groupe de théâtre antique de la Sorbonne. La même année, il devient secrétaire général puis président du cercle international de la jeune critique, fondé sous l’égide du fameux Théâtre des Nations. Il enseigne dix ans dans un collège de Lyon, est nommé adjoint au directeur chargé de l’animation culturelle à HEC, de 1956 à 1969. Critique dramatique, il publie dans la revue Europe, puis aux Nouvelles littéraires, à Témoignage chrétien, à la Quinzaine littéraire…

Son exceptionnelle carrière d’homme de radio s’ouvre en 1967, lorsqu’il est embauché à France Culture, en qualité de chroniqueur, dans la Matinée du théâtre, rebaptisée la Matinée des arts du spectacle. Il est producteur des Heures de culture française, plus tard devenues les Chemins de la connaissance, et d’Une Semaine à Paris. De 1969 à 2002, Lucien Attoun crée et produit, toujours sur France Culture, le Nouveau répertoire dramatique, une série d’émissions d’une importance capitale (la première pièce de Koltès, l’Héritage et l’Ignorant et le fou, de Thomas Bernhard, entre autres, y sont diffusées). A son actif encore, les collections Radiodrame et Cycle de fiction. Son activité de production sur les ondes ne laisse pas d’être impressionnante. Récapitulons : On commence (1965-1997), Mégaphonie (1984-1997), Profession spectateur (1997-2002) et Passage du témoin (2002-2004). Il a été conseiller artistique de Giorgio Strehler, quand celui-ci dirigeait l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

La grande affaire de la vie de Micheline et Lucien Attoun, ce sera l’invention de Théâtre Ouvert, à la suite naturelle, pour ainsi dire, de leur vif intérêt pour les auteurs vivants. En 1970, Lucien crée chez Stock la collection Théâtre Ouvert, justement. L’été 1971 à Avignon, peu avant la disparition de Vilar, Lucien lui fait remarquer que la création contemporaine n’a pas droit de cité au festival. Vilar met alors Lucien au défi de joindre le geste à la parole. C’est d’emblée le succès dans la Chapelle des Pénitents-Blancs, haut-lieu soudain de « mises en espace » (douze jours de répétition) et du »gueuloir« où se profèrent des textes neufs.

En 1981, Théâtre Ouvert s’installe au Jardin d’Hiver, passage Véron, à côté du Moulin Rouge, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, dans un immeuble hanté par les souvenirs poétiques de Valentin-le Désossé, Jacques Prévert et Boris Vian. En 1988, Théâtre Ouvert, ayant à la boutonnière la révélation d’une multitude de pièces d’auteurs vivants (les moindres n’étant pas Koltès et Lagarce), obtient le statut, ô combien mérité, de Centre dramatique national de création. Jean-Pierre Léonardini

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L’établi de Mathias Gokalp

Après Rien de personnel, une première comédie satirique où il critiquait l’hypocrisie du système de management des cadres, le cinéaste Mathies Gokalp persiste et signe L’établi. L’adaptation, sobre et réussie, de l’ouvrage éponyme de Robert Linhart.

Dominique Martinez – Quarante-cinq ans après la publication de L’établi, pourquoi avoir décidé d’adapter au cinéma l’ouvrage de Robert Linhart ?

Mathias Gokalp – J’ai découvert le livre lorsque je faisais mes études. Le sujet, l’embauche d’un intellectuel à l’usine Citroën en tant qu’ouvrier, m’intéressait. L’ouvrage m’a beaucoup touché, je partageais complètement son point de vue sur le travail. Né dans un milieu bourgeois, j’ai pu faire des études longues et choisir le métier dont j’avais envie. Passé le bac, j’ai un peu plus découvert le monde et pris conscience de ce statut privilégié. Autour de moi, beaucoup de jeunes ne pouvaient pas faire d’études, devaient travailler sans choisir leur métier et entraient dans la vie active de façon contrainte. Pour de nombreuses personnes, la vie professionnelle n’est pas un acte émancipateur mais bien une façon d’assurer sa subsistance. Cette aliénation au travail dont parle Linhart dans son livre me touche.

D.M. – Au point de vouloir en faire un film ?

M.G. – L’autre chose fondamentale, pour l’étudiant en cinéma que j’étais ? La qualité littéraire du texte. Le fait qu’une œuvre militante puisse être d’une telle portée esthétique, c’était une direction qu’on me donnait. Je la mentionnais souvent, tant et si bien que mes producteurs s’y sont intéressés et m’ont fait remarquer la situation dramatique de ce personnage qui dissimule sa véritable identité au sein de l’usine : ce pouvait être le point de départ d’une fiction. J’avais peur mais c’était bon signe, j’avais envie de défendre ce texte et d’entamer un dialogue avec lui.

D.M. – Quel fut votre parti pris pour l’adaptation ?

M.G. – L’important pour moi était de pouvoir partager le point de vue de Robert Linhart. Quand je l’ai rencontré, j’ai compris que c’est ce qu’il attendait. L’intention première du livre est de transmettre un point de vue politique et social, le film servirait donc à faire entendre ces idées. Sur le plan esthétique, je n’ai pas essayé de transposer le style de Robert, un texte n’est pas mécaniquement transposable à l’image. La seule chose à laquelle je croyais, c’était de donner envie de lire son texte. C’est pour cette raison que j’ai gardé en voix off la voix de Robert.

D.M. – En tant que cinéaste, que pensez-vous de l’engagement des intellectuels auprès des classes populaires ?

M.G. – J’ai fait ce film pour reposer la question, cruciale selon moi. Je voulais pointer du doigt cette distance qui se creuse entre les intellectuels et les classes populaires. En tant qu’individu, les inégalités sociales me scandalisent et la lutte des classes me semble essentielle pour comprendre le monde dans lequel on vit. Ce statut de transfuge social ne résout pas tout, bien sûr, mais c’est un mouvement bénéfique qu’il est possible d’accomplir de bien des manières. Même si beaucoup de choses restent à inventer, la diversité des populations réunies dans les manifestations contre la réforme des retraites en est un exemple. Propos recueillis par Dominique Martinez.

Table de travail bricolée où un vieil ouvrier retouche les portières irrégulières ou bosselées avant qu’elles passent au montage, L’établi (éditions de Minuit, 192 p., 8€) est aussi le terme usité pour désigner un intellectuel d’extrême-gauche qui, dans les années soixante, se faisait embaucher à l’usine pour raviver le feu révolutionnaire.

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Montreuil, la cité des monstres

Jusqu’au 30/04, au Théâtre Public de Montreuil (93), Pauline Bayle, la nouvelle directrice, inaugure ses « Quartiers d’artistes ». Avec une carte blanche offerte au Munstrum Théâtre, la compagnie de Louis Arene et Lionel Lingelser qui présentent trois de leurs spectacles : Zypher Zles Possédés d’Illfurth et Clownstrum.

Onze ans après avoir créé leur compagnie à Mulhouse, Louis Arene et Lionel Lingelser posent leurs valises, leurs décors, leurs rêves, leurs envies et leurs faux nez tout un mois à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Avec leur Munstrum Théâtre, ils sont invités par Pauline Bayle, désormais directrice du TPM, le Théâtre public de Montreuil. Les voilà premiers artistes associés de cette grande maison fièrement dressée sur la place Jean-Jaurès, au centre de la cité, en face de l’hôtel de ville. Ils inaugurent un rendez-vous qui sera annuel, une carte blanche à une équipe artistique dénommée Quartiers d’artistes.

 De toute façon, le théâtre est la maison des monstres

Trois spectacles sont à l’affiche : Zypher Z, Les possédés d’Illfurth et Clownstrum. Les trois résument un peu le travail de cette compagnie qui, au fil du temps, cultive des univers aussi étranges que son nom. « Un jour, se souvient Lionel Lingelser, c’était dans sa cuisine, j’ai demandé à ma grand-mère comment se disait “monstre” en alsacien. Elle a prononcé un mot impossible, mais, à la sonorité, on s’est dit de suite : voilà, ce sera Munstrum. C’était évident autant que poétique ». Et puis, comme le dit Pauline Bayle, « de toute façon, le théâtre est la maison des monstres. D’ailleurs, qu’est-ce qu’un monstre » ?

« C’est notre fil rouge, poursuit Louis Arene. Nous le déclinons poétiquement, prenant en compte les angoisses contemporaines, notamment dans la jeunesse, de l’effondrement de nos civilisations. Il faut se sortir de ce climat anxiogène, des représentations mortifères qui nous sont souvent imposées, en se posant la question : qu’est-ce qu’on invente pour après ? » Point de vue que précise encore Lionel Lingelser : « Il nous appartient de prendre à bras-le-corps cette situation, et aussi de lui insuffler de l’humour. C’est capital. N’oublions jamais que la figure du monstre est un catalyseur d’émotion, comme une loupe pointée sur ce que nous sommes tous, sur ce que nous sommes en train de vivre. Nos fables se situent toujours dans ces univers partagés, sur fond de fable écologique. Dans Clownstrum, ces personnages qui cherchent de l’eau sont à fond dans l’actualité… » À Montreuil, le Munstrum Théâtre veut toucher « tous les publics, notamment jeunes », et entend faire partager son univers à tous, à travers ses spectacles, mais aussi avec une exposition, des rencontres ou encore toute une nuit « de fête et de musiques » avec le collectif parisien queer Aïe.

Changer d’âge comme de genre

Formés au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, Louis Arene et Lionel Lingelser ont l’habitude, avec l’ensemble de la compagnie, de faire intervenir dans leurs créations la musique aussi bien que la danse, les arts plastiques, avec une constante formidable, les masques. « Ils sont un des plaisirs du comédien, affirme Louis. Ils permettent de changer d’âge comme de genre. En même temps, ils sont un mystère, une fascination pour le spectateur. Cette seconde peau permet de réaliser de grands écarts entre le comique et le tragique, le sacré et le profane, le kitsch et le sublime, que ce soit un masque neutre ou un nez de clown ». Tous sont fabriqués par Louis Arene. Au sortir du Conservatoire, disent-ils ensemble, « nous étions très avides d’aller vers un théâtre physique ; le masque nous a permis d’aller vers cette énergie particulière au plateau ».

Depuis 2017, ils sont artistes associés à la Filature, scène nationale de Mulhouse. À compter de septembre 2023, le Munstrum entamera aussi un compagnonnage avec les Célestins, un théâtre de Lyon. Même chose l’an prochain avec le TJP, le théâtre Jeune public de Strasbourg. « Cela nous permet de travailler sur de nouveaux territoires, et de faire tourner nos créations ». La saison prochaine la troupe doit reprendre  40 Degrés sous zéro, une farce glaçante à partir de  l’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer et des  Quatre Jumelles, contes inspirés à Copi par les années de dictature péroniste. Le Munstrum envisage aussi de reprendre un classique, le Mariage forcé, de Molière, créé en 2022 à la Comédie-Française à la demande d’Éric Ruf, l’administrateur.

Et les monstres n’ont pas fini de chatouiller les orteils des classiques ! « Nous travaillons, sans doute pour 2025, avec le maître incontesté du théâtre, celui qui parle aux étoiles, William Shakespeare », précise Louis Arene. Et ce sera Makbeth. Volontairement avec un K. Louis et Lionel affirment leur « envie de retrouver là toute la troupe au plateau, dans une démarche qui sera forcément artisanale, mais avec une machinerie très importante. Dans les temps difficiles qui sont les nôtres, nous voulons toujours animer la flamme de la joie ». Avec quelques monstres ? Même pas peur. Gérald Rossi

Quartiers d’artistes : Jusqu’au 30/04 au TPM, trois spectacles du Munstrum Théâtre. Avec exposition, projections, rencontres-débats.

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La syndicaliste, sur grand écran

Avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre, le film de Jean-Paul Salomé, La syndicaliste, est toujours à l’affiche. L’histoire vraie de Maureen Kearney, agressée et violée, alors qu’elle dénonçait un plan secret de transferts de technologie entre EDF et la Chine.

Secrétaire du Comité de groupe européen d’Areva, Maureen Kearney voulait dénoncer un plan secret entre EDF et le chinois CGNPC qui aboutirait à des transferts de technologies et in fine au démantèlement d’Areva. Elle est agressée chez elle quand elle demande la mise à l’ordre du jour de cette question. Dix ans après, les coupables courent toujours. La récente réédition de La syndicaliste*, une enquête de Caroline Michel-Aguirre parue au Livre de poche, se double désormais de la sortie en salle du film au titre éponyme de Jean-Paul Salomé où Isabelle Huppert interprète le rôle de Maureen Kearney.

Avocat du Comité de groupe européen d’Areva au moment des faits, Rachid Brihi se souvient des circonstances de cette agression. « En 2012, j’ai été interpellé par Maureen Kearney au sujet de contrats et négociations secrètes qu’Areva dissimulait aux représentants des travailleurs.  L’avant-projet d’un accord entre Areva, EDF et le groupe chinois CGNPC lui avait été transmis. Sans faire état du fait que nous possédions ce document, le Comité de groupe Européen me mandate pour annoncer à la direction que si elle persiste dans son refus de convoquer la consultation du Comité de groupe européen, nous saisirions la Justice. La Direction dément. Et le juriste de poursuivre : « Je présente alors un projet de résolution à faire voter par les membres du Comité de Groupe européen d’Areva, qui est la dernière tentative pour éviter le contentieux. Or, malgré cette résolution, le PDG Luc Oursel fait la sourde oreille.  Et c’est là qu’arrive le deuxième document… ».

La preuve par la photo       

Maureen Kearney reçoit une photo sur laquelle figurent ensemble le patron d’EDF, Henri Proglio, celui d’Areva, Luc Oursel et He Yu, patron du groupe chinois CGNPC en train de célébrer la signature de l’accord. « J’envoie un recommandé de mise en demeure à Luc Oursel et c’est à ce moment précis qu’arrive la catastrophe : Maureen Kearney, la responsable syndicale de la CFDT, est agressée chez elle. Le procès que voulait intenter le Comité de groupe n’aura jamais lieu ». Alors que la chronologie des faits est plus que troublante, l’agression du 17 décembre 2012 laissera une femme désemparée, dont la parole sera sans cesse remise en cause, jusqu’à être accusée d’avoir été l’auteure d’une mise en scène. Une violence individuelle qui se cumule avec un désastre industriel : « Nous soupçonnions qu’il y avait des transferts de technologies de la filière nucléaire française dans cet accord. Et aujourd’hui, on voit que les Chinois fabriquent des réacteurs nucléaires qui sont revendus en Europe ! », se désole l’avocat.

Sollicité  par la victime, Rachid Brihi demeure choqué par ce drame jusqu’à se demander si ce n’est pas sa mise en demeure auprès du PDG qui aurait été l’élément déclencheur de l’agression. Expert des Comités de groupe européen, l’avocat explique à Maureen qu’elle doit prendre un avocat pénaliste pour cette affaire qui dépasse le champ du droit social. Et il le concède, on arrive ici aux limites des compétences des institutions représentatives du personnel : « Nous avons des outils juridiques qui permettent d’encadrer ou surveiller l’intérêt des travailleurs quand les entreprises capitalistes développent leurs activités. Maintenant, soyons lucides ! D’un point de vue juridique, on peut embêter ceux qui voudraient s’affranchir des prérogatives consultatives mais au final, rien ne remplace la mobilisation des salariés ! ». Propos recueillis par Régis Frutier

*La syndicaliste, une enquête de Caroline Michel-Aguirre (Le livre de Poche, 262 p., 8€40). La syndicaliste, un film de Jean-Paul Salomé avec Isabelle Huppert, Yvan Attal, Marina Foïs, Grégory Gadebois, François-Xavier Demaison, Pierre Deladonchamps (2h02).

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Sabine Weiss, une photographe bienveillante

Immense photographe, Sabine Weiss est décédée le 28 décembre 2021. Un documentaire, Le siècle de Sabine Weiss, est à voir le 24/03 sur France 5. D’origine suisse, naturalisée française en 1995, elle était la dernière figure de la photographie dite « humaniste ». Pendant  plus de cinquante ans, avec l’œil infaillible d’un témoin bienveillant, l’artiste a saisi la vie de ses contemporains.

Née en Suisse entre les deux guerres, petite femme mais grande photographe, Sabine Weiss a découvert très jeune son goût pour la photographie. Elle apprend son métier en trois ans à l’atelier Boissonas de Genève. Mais savait-elle qu’elle pourrait en vivre lorsqu’elle monte à Paris à la fin des années 40 ? « On ne pensait pas à l’argent à l’époque, je me suis installée avec un copain dans un petit atelier qu’on louait pour une bouchée de pain », confie-t-elle à l’hebdomadaire La Vie Ouvrière, il y a quelques années, lors d’une rétrospective de son œuvre à la Maison Européenne de la Photographie.

Peu de femmes exerçaient alors cette activité. Avantage ou handicap ? « Je ne savais pas s’il y avait d’autres femmes photographes, je ne fréquentais pas ce milieu, je travaillais beaucoup… Je n’avais pas le temps ». En 1952, la rencontre avec Robert Doisneau au magazine Vogue sera décisive. Il la présente à Raymond Grosset, directeur de la prestigieuse agence Rapho, à laquelle sont également associés les noms d’Izis, Willy Ronis, Edouard Boubat et Janine Niepce. « Presque tous mes sujets pour Vogue, et les revues étrangères pour lesquelles je travaillais (Time, Life, Newsweek, Esquire…) étaient en couleur ». En fait, ces portraits et instants de vie en noir et blanc, volés avec amour, représentaient pour elle plutôt « des récréations, lorsque j’avais fini mon travail de commande, ce qui explique la présence de nombreux clichés pris le soir et la nuit après ma journée de prises de vues ».

Après avoir sillonné le monde pendant plusieurs décennies, déjà octogénaire mais toujours dévorée de curiosité et pas prête à poser son sac, elle entreprend en 2008 un périple en Chine sur les traces d’une autre femme exceptionnelle, l’exploratrice et écrivaine Ella Maillart. Très ouverte sur le monde et les arts, elle traverse la seconde moitié du vingtième siècle dans une grande complicité affective et artistique avec son mari le peintre Hugh Weiss. Experte des lumières de studio sophistiquées, les monde de la pub et de l’entreprise se la sont arrachée également (les banques, Pathé Marconi, l’Otan, l’OCDE…). Elle n’en excelle pas moins à maîtriser les subtilités de la lumière naturelle, ce sera même l’une des marques de fabrique de ses photos plus personnelles : clarté vacillante des bougies, réverbères, clair-obscur des églises ou phares de voiture seront autant d’alliés pour saisir un regard, un geste émouvant ou simplement la vie qui passe.

Comme ses contemporains et amis Doisneau et Ronis, autres témoins bienveillants de leur époque, l’humain est au centre de son œuvre notamment dans ce Paris d’après-guerre ni bétonné ni aseptisé, avide de jouir de la liberté retrouvée, où règne encore une vraie mixité sociale,. Elle s’intéresse  particulièrement aux gens modestes et aux esseulés qu’elle révèle avec sa douce acuité….  Il était facile à l’époque d’immortaliser un sourire furtif, un chagrin ou n’importe quelle scène de la vie quotidienne sans que personne n’en prenne ombrage. Cela a bien changé comme en témoigne cette anecdote racontée à une journaliste de Télérama. « Il y a quelques années, j’étais assise sur un banc du parc André-Citroën à regarder des enfants qui se faisaient surprendre par les jets d’eau. Puis j’ai sorti mon appareil, un type est venu et m’a interdit de prendre des clichés. Il  a rameuté les gardiens et, moi qui suis une dame déjà âgée, ils m’ont interrogée, demandé mes papiers ! ».

Ses clichés témoignent en tout cas d’une époque bénie pour les photographes. Avant les affres d’un droit de l’image invasif et de sa cohorte d’interprétations abusives à but très lucratif. Chantal Langeard

Le siècle de Sabine Weiss : un documentaire de Camille Ménager, le 24/03 à 22h45 sur France 5. Disponible jusqu’au 03/05 sur france.tv.

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Retraite et travail, les deux à repenser

À l’heure du débat houleux sur les retraites, de nombreuses voix tentent de déplacer le curseur. Parmi elles, économistes et sociologues, syndicalistes et chercheurs… Parue dans le quotidien Le Monde, la tribune de Pierre-Olivier Monteil, philosophe et enseignant en éthique à l’université Paris-Dauphine PSL.

Le débat sur les retraites a notamment fait émerger l’idée que le problème de fond était moins le projet de réforme que le travail lui-même. Pour une proportion croissante de salariés, ce dernier est aujourd’hui synonyme d’insatisfaction et de manque de sens. En attestent les manifestations de désengagement que sont l’absentéisme, le turnover [le départ et l’entrée de personnel], la démotivation face à des conditions d’exercice difficiles, les difficultés à recruter… Il n’y faut voir aucune « paresse », mais une critique en actes du travail que l’on fait, au nom de celui que l’on aime. Les salariés ne se résignent donc pas sans aigreur à occuper – parce qu’il faut bien vivre – un emploi essentiellement alimentaire.

Sous ce prisme, le départ à la retraite leur apparaît comme le moment de la « grande compensation » où l’on solde les comptes. D’un côté, c’est la légitime exigence de justice évoquée à propos de l’inégale durée de cotisation, rapportée à l’inégale espérance de vie. De l’autre, on peut cependant se douter que, pour le plus grand nombre, le compte n’y sera jamais. Car, quelles qu’en soient les conditions, comment la pension pourrait-elle remplacer ce qui n’a pas de prix, c’est-à-dire un travail sensé et épanouissant ? L’opposition à la réforme recouvre, à cet égard, un débat escamoté jusqu’ici. Celui qui oppose les partisans d’un signal de « bonne gestion » à adresser aux marchés et les tenants d’une certaine idée de la solidarité qui, à la suite du sociologue Marcel Mauss (1872-1950), considèrent les pensions comme un contre-don versé par la nation à ses retraités, en réponse au don qu’ils ont fourni quand ils étaient en activité.

Le sentiment d’être utile

Ce clivage entre raison gestionnaire et reconnaissance symbolique recoupe celui qui oppose, dans la sphère du travail, culture du résultat et éthique du métier, capitalisme prédateur et aspiration à donner de soi. On comprend, dès lors, l’amertume de ceux que l’argumentaire gouvernemental contraint de se soumettre à une logique qui, à leurs yeux, détourne de l’essentiel. En même temps que la retraite, c’est donc le travail qui est à repenser, en sorte qu’il soit gratifiant en tant que tel et permette, en définitive, une activité qui humanise. Après tout, travailler consiste à produire, certes, mais ce faisant, c’est aussi nous-mêmes qu’en travaillant nous produisons.

À ce titre, le travail devrait favoriser l’autonomie, à l’opposé du néo-taylorisme qui désapprend la responsabilité. Il pourrait être une expérience qui prépare au vivre-ensemble en privilégiant la commune appartenance à l’équipe, au métier, à la société, au lieu de la concurrence et de l’individualisation à outrance qui dissolvent les solidarités. Il devrait accréditer chez chacun le sentiment d’être utile, en permettant le travail bien fait et le sentiment du devoir accompli, aujourd’hui empêchés par l’obsession du chiffre. Une contribution majeure à cet égard peut être celle d’un management exerçant sa mission loyalement, au lieu de privilégier l’évitement en se dissimulant dans des dispositifs anonymes d’inspiration productiviste (production à flux tendu, numérisation…).

Réhabiliter le travail conduirait en outre à considérer les salariés pour ce qu’ils sont, à savoir des apporteurs en travail, à l’égal des apporteurs en capital que sont les actionnaires. Car, si ces derniers sont propriétaires de la société commerciale, ils ne le sont pas de l’entreprise, qui repose sur la double contribution du capital et du travail. C’en serait alors fini du regard suspicieux porté sur les salariés, jugés toujours trop coûteux et pas assez performants.

Simple variable d’ajustement

Ces perspectives pourraient sembler doucement utopiques et, de toute façon, hors de portée d’un gouvernement quel qu’il soit, puisque relevant du pouvoir d’organisation de l’employeur. Mais il n’en est rien. Car la loi Pacte de 2019 prévoit déjà la possible présence de représentants des salariés aux côtés de ceux des actionnaires au sein des conseils d’administration. Il suffirait d’y ajouter qu’ils le sont à parité, comme le prévoit la codétermination qui se pratique en Allemagne dans les entreprises privées de plus de 2 000 salariés. Cette réforme introduirait un souffle nouveau dans le monde du travail. Elle aurait en effet pour conséquence que les salariés, devenus copropriétaires, ne sauraient être traités comme une simple variable d’ajustement. Cela conduirait le management à une conversion du regard qui le porterait à s’intéresser aux réalités concrètes de leur engagement et à mettre au rancart la pédagogie sommaire qui croit pouvoir l’acheter avec de l’argent. Même le plus ignorant des jardiniers sait que les plantes ne poussent pas qu’en les arrosant, mais qu’il y faut aussi de l’engrais, un bon terreau, de l’ensoleillement… et de l’amour.

Nombre de ces préoccupations se retrouvent aujourd’hui dans ce qu’on appelle les « organisations apprenantes ». Des entreprises efficientes parce qu’elles savent que l’énergie qui lance dans l’action ne réside pas dans le formalisme des process, mais dans l’informel de relations que l’on entretient avec plaisir. Au total, si les ressorts du travail humain étaient seulement compris, la retraite ne serait plus attendue par les salariés comme une sorte d’indemnisation et une forme de revanche, mais comme le moment de se reposer de la saine fatigue d’une vie professionnelle accomplie.

Pour l’heure, nous en sommes loin. Remplacer la reconnaissance symbolique par de l’échange monétaire est économiquement très coûteux. L’efficience requiert une part de gratuité, ce que la raison gestionnaire a bien du mal à admettre. Que nos réformateurs l’entendent et se montrent un peu plus raisonnables, est-ce réaliste ? Pierre-Olivier Monteil

Pierre-Olivier Monteil est chercheur associé au Fonds Ricœur, enseignant en éthique à l’université Paris-Dauphine PSL. Il est l’auteur de La Fabrique des mondes communs. Réconcilier le travail, le management et la démocratie (Erès, 416 p., 19€50).

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Fabien Dupoux, les damnés de la mondialisation

Aux éditions Arnaud Bizalion, Fabien Dupoux publie Les oubliés. Depuis plus de 15 ans, le photographe parcourt mines, décharges et chantiers à la rencontre des damnés de la mondialisation. Un regard bouleversant sur ceux qui payent de leur vie la violence du travail. Paru dans le quotidien L’humanité, un article de Pablo Patarin

« Où que j’aille, les scènes semblent identiques, atemporelles, révoltantes. je n’ai jamais cherché à être là, j’avais besoin d’être là ». Fabien Dupoux

Un travailleur dans une carrière de granit fait levier avec un pied-de-biche pour faire tomber un rocher. Inde 2015

Du Mexique aux Philippines en passant par l’Inde et la Bolivie, Fabien Dupoux perçoit des scènes similaires, où les précaires subissent le commerce mondialisé, dont ils sont pourtant le rouage essentiel. Dans Les Oubliés, le photographe documentaire rend hommage à ces prolétaires méconnus de l’Occident, qu’ils soient mineurs ou pêcheurs. Lui qui a notamment travaillé sur les discriminations face au handicap, les mouvements sociaux chiliens ou les questions environnementales, il nous confronte aux situations tragiques et révoltantes de ces « petites mains », au travers de 59 photographies d’un noir et blanc contrasté réalisées sur près de dix-sept ans.

Les clichés de Fabien Dupoux s’accompagnent également de textes forts, écrits par Jean-­Christian Fleury, critique d’art et Léo Charles, maître de conférences à l’université Rennes-II et membre du comité d’animation des Économistes atterrés. Ce dernier rend hommage à la sincérité de la démarche du photographe et souligne son propos par un appel à la régulation des marchés, affirmant que le système économique libéral et les injustices qu’il produit n’ont rien d’inéluctable.

Un travailleur contemple la montagne de métal qui va être exportée depuis les Philippines jusqu’en Chine, en Malaisie et à Singapour. Philippines 2017

Pour expliquer le choix de son sujet, Fabien Dupoux invoque la notion de respect : « Ces hommes sont partie intégrante de notre société… Quelles que soient les conditions, regarder ses semblables au fond des yeux semble une question de décence, un acte de reconnaissance et de justice ». Les Oubliés rendent alors hommage à la dignité des travailleurs, sans pour autant éviter la controverse propre à la photographie sociale d’un voyeurisme indécent. Ici, certaines images sont remarquables par leur composition et leur aspect spectaculaire, mais l’ouvrage évite le piège de l’esthétisation des souffrances.

Un mineur de soufre dans la montée du volcan Kawah Ijen. Indonésie 2016

Il nous conte l’histoire des familles burinant dans les carrières de granit de Karnataka, en Inde, dont les corps atrophiés témoignent de l’inhumanité en jeu. On y retrouve aussi les travailleurs informels des mines de charbon, inhalant vapeurs et poussières toxiques à longueur de journée. Dans la décharge de Bantar Gebang, les ramasseurs récoltent des composants électroniques, métaux et plastiques susceptibles d’être transformés avant leur exportation vers la Chine, malgré les risques de contamination au VIH.

Un mineur charge un bloc de charbon sur sa tête, carrières de Jharia. Inde 2015

En Bolivie, les ouvriers d’une mine d’argent et de zinc perpétuent une activité dangereuse, devenue illégale en raison de la surexploitation, mais convoitée en raison de l’état de pauvreté du pays. Au fil de ses errances, Fabien Dupoux partage leur quotidien, guidé par sa curiosité et son émotion. Il documente le labeur de ces travailleurs contraints à œuvrer au péril de leur vie, créateurs d’une richesse dont ils ne profiteront jamais.

Photo d’une photo du chantier de démolition navale d’Alang en Inde en 2015 superposée à la réparation d’un navire de croisière sur le port autonome de Marseille en 2017

Sans culpabiliser le lecteur, l’ouvrage invite à la réflexion en photographiant la suite de la chaîne de production, comme aux chantiers navals de Marseille où le métal est réemployé, avec un constat sans appel : si ces « oubliés » sont contraints à de tels modes de vie, l’Occident en profite largement. Car ce sont bien ces sacrifices qui offrent le mode de vie dont disposent les pays riches, prônant un productivisme effréné dont ils subissent rarement les conséquences. Pablo Patarin, © Fabien Dupoux

Les oubliés, de Fabien Dupoux. Jean-Christian Fleury et Léo Charles pour les textes (Arnaud Bizalion éditeur, 136 p., 59 photos, 35€).

C’est ainsi que les hommes vivent

« On ne parle plus, ou peu, de lutte des classes. La mondialisation semble n’être que flux, purs échanges, liquidité. Pourtant, les travailleurs peinent, se lèvent tôt, font des cadences infernales, s’usent le corps et l’esprit. Les damnés de la terre n’ont pas disparu… Pendant une quinzaine d’années, de la Bolivie aux Philippines, du Mexique à l’Inde, du Pérou à l’Indonésie, le photographe est allé à la rencontre de ces invisibles, documentant leur quotidien, leurs lieux de travail, la réalité des conditions de leur survie économique.

Nous sommes dans des mines de charbon, dans une fonderie d’acier, dans des chantiers de réparation, destruction et construction navales, dans une décharge publique de plastique, dans une mine de soufre, dans une mine d’argent et de zinc, avec des pêcheurs au calmar. Presque partout, une atmosphère d’intense pénibilité, de pollution, d’inhumanité. Il ne s’agit pas de s’apitoyer mais de montrer ce qui est, la dignité des travailleurs et la dureté de leur labeur. Les images sont produites dans un noir et blanc contrasté, ou dans des nuances de gris très fines.

Sisyphe est aujourd’hui un ouvrier indien cassant des blocs de pierre, et se tuant à la tâche. Dialogues muets, et bris de paroles ». Fabien Ribéry, in L’intervalle.

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Emmanuelle Laborit, l’élégance des signes

Du 07 au 18/02, à l’IVT (75), Emmanuelle Laborit reprend Dévaste-moi, un spectacle musical en chansigne. La comédienne, sourde de naissance, refuse le concept de handicap. Elle défend le droit à une culture et à une langue spécifiques.

La veille, elle était à Stockholm. Pour débattre avec les animateurs du Riksteatern, le Théâtre national de Suède, de projets de coopération. Ce matin, elle est de retour, tout sourire, dans sa « maison », l’International Visual Theatre (IVT), qu’elle codirige avec Jennifer Lesage-David. Ce lieu, blotti au bout de l’impasse Chaptal, dans le 9e arrondissement de Paris, est unique en son genre dans tout le pays. Avec sa salle de spectacle, jadis Théâtre 347 de l’école professionnelle de la rue Blanche et plus anciennement encore salle historique du Grand Guignol, IVT est désormais « centre ressource sur la langue des signes et la culture sourde ».

Seul un autre site de formation professionnelle aux métiers du spectacle pour les sourds existe depuis 2018 à Toulouse, grâce aux actions croisées du Théâtre du Grand-Rond, de l’École de théâtre universelle et de l’université Jean-Jaurès. Avec une constante, celle d’un projet « immédiatement artistique, prenant en compte de grandes questions comme la place de l’artiste sourd sur le plateau ». Depuis l’âge de 9 ans, quand elle a débuté sur les planches, dans des mises en scène de Ralph Robbins ou de Thierry Roisin, Emmanuelle Laborit est une militante.

Elle n’a jamais admis, et l’on ne peut que la rejoindre, que le fait d’être sourd ou malentendant soit considéré d’abord comme un handicap. Pour elle, en revanche, la langue des signes (LSF), qui en France a été interdite pendant plus d’un siècle, est un moyen d’accès à la culture, à l’éducation et à la formation. Le théâtre en faisant partie. Et c’est ce qu’elle s’attache à démontrer dans ses créations. Le lien est direct avec la fondation d’IVT, il y a quarante-cinq ans, par l’artiste sourd américain Alfredo Corrado et le metteur en scène français Jean Grémion, militants de la première heure. Plus que jamais, IVT est aujourd’hui à la pointe de la transmission, « et de la défense d’une langue ».

« Leur volonté de départ était de créer une structure européenne, mais on parvient seulement à s’en approcher, d’où notre voyage en Suède », expliquent les deux codirectrices. « Il faut sortir de sa culture pour comprendre celle des autres, et faire société tous ensemble », souligne Emmanuelle Laborit, pour qui la LSF est un incontournable moyen de communication. Ce qui ne l’empêche pas d’explorer d’autres chemins, comme elle vient de le faire avec la Performance, créée à IVT en novembre dernier, après une présentation un mois plus tôt au Tron Theatre de Glasgow, en Écosse. « C’était vraiment une première pour moi, je suis sortie de ma zone de confort, pour dire les choses simplement », explique-t-elle. Mise en scène par Andy Arnold, cette Performance est jouée avec Ramesh Meyyappan, comédien d’origine singapourienne, mondialement reconnu, et lui aussi sourd de naissance. Le langage des signes n’est ici d’aucune utilité, car il s’agit davantage de mime. Cette histoire d’un amour impossible vécu sur scène et dans les coulisses du spectacle, avec un gros clin d’œil au cinéma des années 1930-1945, notamment aux Enfants du paradis, est de fait accessible à tous les publics. Entendants ou non.

C’est le cas aussi de Dévaste-moi, créé avant le Covid puis victime collatérale de l’épidémie. « Spectacle musical interprété en chansigne », il est à l’affiche d’IVT en ce mois de février pour lui faire « un bel au revoir ». Accompagnée sur scène par les musiciens du groupe The Delano Orchestra, Emmanuelle Laborit est mise en scène par Johanny Bert, avec le chorégraphe Yan Raballand. Plusieurs formes d’art s’y rejoignent : chanson en langue des signes, musique, marionnettes. « Le chansigne, c’est l’art de chanter en LFS, en respectant la rythmique. Les chansons sont empruntées à Nina Simone, Ferré, Beyoncé, Yvette Guilbert, Brigitte Fontaine, pour n’en citer que quelques-unes », poursuit Emmanuelle Laborit. Le spectacle parle du corps de la femme, de féminisme, d’avortement, de liberté, de sensualité, d’amour… Là encore, pointe Jennifer Lesage-David, « démonstration est faite que l’on est accessible à tous les publics, on n’ajoute pas la langue des signes a posteriori de la création, elle en fait partie intégrante ».

« Emmanuelle est fan de Mickaël Jackson, de Nina Hagen, d’Alain Bashung comme de la Callas », raconte Johanny Bert. Il se souvient d’un incident survenu pendant « la fabrication » de Dévaste-moi« On travaillait sur une chanson de Bashung, quand, comme cela arrive, un musicien démarre mal, mais tout s’arrange vite, personne ne montre rien mais moins de 30 secondes après Emmanuelle s’arrête, me regarde et dit : « C’est bizarre, j’ai le sentiment qu’on n’est pas ensemble ». Pourtant, elle n’entend rien, elle vit la musique seulement d’une façon intérieure. Alors là, je me suis dit : quelle élégance, il faut que l’on porte notre propre niveau le plus haut possible ». Propos recueillis par Gérald Rossi

Dévaste-moi : Du 7 au 18 février à IVT, 7 cité Chaptal, 75009 Paris (Tél. : 01 53 16 18 18).

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