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Rouen, de l’art en barre

Dans le cadre du festival « Normandie impressionniste », la ville de Rouen a inauguré le 3 juillet une vingtaine de fresques monumentales dans trois quartiers de la ville. Venus d’Argentine, de Pologne ou de l’Aveyron, 18 artistes ont investi façades, barres et hangars. Pour une superbe expo à ciel ouvert, conçue pour durer.

 

En sillonnant Rouen cet été, vous croiserez un calamar géant, des joueurs de foot portant horloge et bateau sur la tête ou un danseur de hip-hop en mouvement, trônant majestueux sur les hangars des quais de Seine, les barres du quartier des Sapins ou les bâtiments du centre-ville. Pour la troisième édition de « Rouen impressionnée », la ville n’a pas lésiné. Elle a chargé Olivier Landes, urbaniste et fin connaisseur de Street Art, de repérer les lieux et de rouen2trouver les artistes les mieux à même de les investir. Pas uniquement pour embellir les murs de la ville, mais pour évoquer des réalités urbaines et sociales.

Ainsi, sur les hauteurs de Rouen, dans le quartier des Sapins, injustement réputé mal famé, des réunions avec les habitants, petits et grands, ont permis de mieux cerner leur quotidien. Au cœur de ces barres, à deux pas de la forêt, il n’est pas rare de croiser des hérissons, des sangliers et des renards ! Rien d’incongru donc à ce que la fresque du Brésilien Ramon Martins sur l’immeuble Norwich nous montre une femme pensive en boubou coloré, tenant un renard par le col… Une œuvre splendide qui dit la diversité des lieux. Un peu plus loin, on rouen1croisera encore un sanglier multicolore peint par l’Aveyronnais Bault, ou une vache entourée de deux jeunes filles, imaginée par le Polonais Sainer. Grâce au parcours imaginé par la mairie, Rouennais et touristes viendront voir du beau sur les façades des barres. Ces dernières se distingueront enfin et pour longtemps. Les peintures sont suffisamment solides pour tenir le coup une dizaine d’années. À voir ces sept œuvres magistrales, on se dit que nombre d’édiles banlieusards seraient bien inspirés de mener pareil chantier.

En revenant au centre-ville, ne loupez pas « L’apparition » de Gaspard Lieb, un artiste de la ville qui a fait surgir un danseur en noir et blanc sur le mur du Conservatoire et surtout rouen4l’extraordinaire fresque du Polonais Robert Proch à l’arrière du cinéma Omnia. Là, l’artiste a respecté le rouge brique du bâtiment latéral pour le faire évoluer vers le bleu du ciel. Il a su mettre à profit les moindres recoins de la façade, comme les ventilos, pour y glisser des visages à la Bacon. C’est tout bonnement époustouflant !

Poussez ensuite sur les quais de Seine et plantez-vous devant le hangar 23 où l’Allemand Satone a opté pour une abstraction chatoyante pour dire la circulation alentour, quand des rouen3dizaines de milliers de voitures empruntent le pont Flaubert chaque jour. Remontez enfin pour admirer le calamar géant qui s’étale sur les 400 m2 du hangar 11, imaginé par le Français Brusk. Attardez-vous devant l’œuvre faite entièrement à la bombe qui évoque la mer, Nuit debout et dissimule messages d’amitié et d’antipathie, comme le « Fuck Sarko » en beau lettrage bleu… Amélie Meffre

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Thérèse Clerc, comme une eau… de vie !

Thérèse Clerc, disparue le 16 février dans sa maison de Montreuil en Seine-Saint Denis (93), n’était pas une sainte, elle était beaucoup mieux : une femme engagée, gaie et pugnace. Qui a lutté pendant quarante ans et a porté à bout de bras de nombreux projets.

 

 

 

Thérèse Clerc, une femme extraordinaire dans l’ordinaire d’une vie, vécut deux existences, l’une et l’autre bien différentes mais aussi bien remplies : la première, très sage quand elle se marie à 20 ans, fort ignorante et vierge évidemment comme il se doit à l’époque… Elle aura 4 enfants en 10 ans. C’est une femme au foyer dans les conditions ordinaires du Paris des années 50 : eau sur le palier, WC communs et lavage des couches dans une Therese-Clerc-In-Memoriam-2grosse lessiveuse qu’elle descend vider dans la cour. Sous la lessiveuse, pourtant, couve un tempérament qui ne supporte pas l’injustice, et notamment celle faite aux femmes.
Thérèse Clerc ne se satisfait pas des réponses des prêtres-ouvriers qui ne dénoncent que l’exploitation des hommes au travail, comprenant à demi-mot que la femme est bien la prolétaire de l’homme. Elle refuse la soumission que lui préconise le vieux curé de la paroisse. L’ouragan de 68 dispersera les dernières timidités de la jeune bourgeoise, lectrice et vendeuse de « Témoignage chrétien », l’hebdo des « Cathos de gauche ».

Dès lors, elle sera de tous les combats humanistes et féministes. Elle milite pour le Mouvement de la Paix, le P.S.U. et s’investit à fond au M.L.A.C, le Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception fondé en 1973. Dans une ivresse de liberté nouvelle, elle est alors divorcée et travaille comme vendeuse. La belle Thérèse découvre les joies de l’engagement collectif, le goût du débat d’idées et les plaisirs du corps. Plaisirs qui riment alors trop souvent pour les femmes avec angoisse de la grossesse, douleurs et risque d’avortement. En juin 2008, à la veille de recevoir des mains de Michèle Perrot, l’historienne du féminisme, sa médaille de Chevalière de la Légion d’honneur en présence de Simone Veil, elle évoque cette période avec Jacky Durand pour un portrait capture_decran_2014-09-25_a_09.49.22_1dans le quotidien Libération. « … J’allais aux réunions à Jussieu. C’est la première fois que j’entendais le mot « patriarcat ». On parlait aussi des avortements clandestins qui étaient à l’époque la première cause de mortalité des femmes entre 18 et 50 ans. Elles subissaient l’aiguille à tricoter, le curetage à vif, parfois la septicémie ». Elle pratiquera de nombreuses interruptions de grossesses clandestines chez elle, dans son appartement de Montreuil, « on se formait les unes les autres… ».

Thérèse n’arrête pas là son combat, ou plutôt ses combats : elle fonde à Montreuil « La Maison des Femmes », qui ouvre ses portes en 2000. Une maison destinée à toutes celles qui sont notamment victimes de violence, y compris la douleur permanente consécutive à l’excision ou l’infibulation… Quelques semaines avant sa mort, la maison a été rebaptisée à son nom. En sa présence.

Entretemps, cette joyeuse « grand-mère indigne » de 14 petits-enfants découvre une situation qui la scandalise : celle de nombreuses femmes âgées qui survivent à peine avec une retraite minuscule, rançon de salaires faibles et de carrières professionnelles souvent en pointillé à cause des maternités… Qui, de plus, souffrent souvent d’un isolement social. Elle veut les aider et, avec deux amies, elle lance un projet très innovant. Avec quelques idées fortes : mieux vieillir ensemble mais surtout vieillir libres, autonomes, solidaires et citoyennes ! Voilà notre infatigable combattante qui enfourche un nouveau cheval de bataille nommé « Babayagas », du nom imagesdes sorcières des vieilles légendes russes… La chevauchée sera très longue, près d’une quinzaine d’années, pour sauter enfin les obstacles du financement du projet. La « Maison des Babayagas », utopie réaliste s’il en est, sera inaugurée en fanfare le 28 février 2013. Avec, comme refrain pour toute ligne de vie, « Vivre vieux, c’est bien. Vivre bien, c’est mieux ! ». Satisfaite, malgré la tristesse d’une dissension dans le groupe fondateur, Thérèse continue sa vie de femme libre, assumant ses amours saphiques devant la caméra de Sébastien Lifshitz pour « Les invisibles », un documentaire consacré aux homosexuels nés entre les deux guerres.

C’est une sacrée femme, une « flamme forte » qui s’est éteinte à 88 ans. Qui aurait pu adouber cette maxime à sa propre vie : « Vivre et aimer librement, vieillir et mourir debout ». Chantal Langeard

A lire : « Thérèse Clerc, Antigone aux cheveux blancs  » par Danielle Michel-Chich. La biographie de l’initiatrice de la « maison des Babayagas », inaugurée à Montreuil (93) en février 2013.

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Le Méliès à Montreuil, premier cinéma d’Europe

Le 19 septembre 2015, fut inauguré à Montreuil (93) le « Méliès », agrandi et rénové. Qui s’affiche, au lendemain de sa nouvelle implantation, comme le plus grand cinéma d’Europe classé « Art et essai » : six salles et 1120 fauteuils offerts aux passionnés du septième art.

 

 

Dans le vaste hall lumineux, suspendue au plafond, une gigantesque planète s’offre à la vue… Un clin d’œil appuyé au génie du cinéma qui fit de Montreuil sa terre d’élection, Georges Méliès, et à son fameux film « Le voyage dans la lune » réalisé en 1902 !
Melies2En cette mi-septembre, après une longue bataille juridique et technique, la vaste coque translucide du nouveau Méliès trône donc au cœur de ville, place Jean-Jaurès, entre la mairie et le Centre dramatique national. Un pôle culturel de grande ampleur pour cette ville de banlieue, sise en Seine-Saint Denis, au riche passé industriel et artistique, une alternative crédible et osée aux multiplexes commerciaux qui proposent popcorn et pellicules à profusion… Des tarifs attractifs, une programmation diversifiée et surtout un label « Art et Essai » qui en fait la grande originalité ! « Dans ces moments de crise, nous avons plus que besoin de la culture », déclarait Patrice Bessac, le maire de la cité ouvrière, lors de l’inauguration, « le Méliès est un flambeau de l’esprit de Montreuil et une œuvre collective ».

Et Stéphane Goudet, le directeur artistique du cinéma, de confier combien distributeurs et réalisateurs sont enthousiastes à l’ouverture de ce nouveau lieu, « ils veulent tous passer leurs films au Méliès ». Un « cinéma public », tel qu’affiché à la devanture du nouveau complexe, le plus grand cinéma « Art et essai » d’Europe, confronté à un pari osé : attirer entre 250 000 à 300 000 spectateurs à l’année pour assurer sa pérennité !

Alexie Lorca l'adjointe à la culture, Patrice Bessac le maire de Montreuil avec l'arrière petite-fille de Georges Méliès.

Alexie Lorca l’adjointe à la culture, Patrice Bessac le maire de Montreuil avec l’arrière petite-fille de Georges Méliès.

« Ce n’est pas gagné d’avance », reconnaît le fin connaisseur du septième art. « Nous allons être un contrepouvoir à un système qui donne la visibilité à deux films par semaine tout en en jetant quinze à la poubelle. Nous voulons toucher toutes les couches de la population, tous les publics sont bienvenus au Méliès ».

Lors de l’inauguration, François Aymé, le président de l’A.F.C.A.E., l’Association française des cinémas Art et Essai, n’a pas manqué de souligner publiquement l’enjeu de l’événement. Selon lui, un « Méliès » rénové, modernisé et aux capacités d’accueil surmultipliées contribue au renforcement des missions qu’un tel label cinématographique s’est assigné : la défense du pluralisme des lieux de diffusion cinématographique d’abord, indispensable au maintien de la diversité de l’offre de films et à l’aménagement culturel du territoire, le soutien du cinéma d’auteur ensuite, la formation des publics enfin, notamment des plus jeunes.

Six salles pour trois objectifs majeurs, le Méliès est désormais en orbite pour décrocher la lune ! Loïc Maxime
Cinéma Le Méliès, 12 Place Jean-Jaurès, 93100 Montreuil (Tél. : 01.48.58.90.13).

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Didierlaurent, liseur du RER

Jean-Paul Didierlaurent a été récompensé du « Prix du roman d’entreprise et du travail » 2015 pour son premier roman, « Le liseur du 6h27 ». Un conte moderne sur la magie de la lecture qui sublime nos vies.

 

 

Chaque matin, Guylain Vignolles répète le même rituel. Il s’assied dans le RER de 6h27 et, sans même jeter un œil à ce qui l’entoure, il entame à voix haute sa lecture du jour. Travailleur sans relief ni contours, « ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre » écrit l’auteur, laissant le champ libre à notre imagination, Guylain sublime un quotidien cafardeux en lisant aux passagers de la rame qui l’emmène à l’usine des pages de livres arrachées au pilon. Un antidote à l’écœurement et une échappatoire pour cet ouvrier dont la tâche quotidienne est de livrer à l’autodafé des milliers de livres condamnés pour cause d’invendus.

liseurPremier roman d’un nouvelliste confirmé, récompensé à deux reprises du prix Hemingway, Jean-Paul Didierlaurent ne s’attendait pas à ce que le bouche à oreille des libraires, qui a devancé la parution du livre, crée une telle sensation autour de sa sortie. Le succès de ce petit livre ? Il tient sans doute à sa capacité à réinsuffler de la poésie et à réenchanter des vies d’apparence pourtant si ordinaires. Porté par des personnages en décalage avec le monde qui les entoure – un prince charmant qui s’ignore aux ordres d’un petit chef autoritaire, une dame pipi croquant le quotidien vu de ses toilettes sous forme de feuilleton aussi caustique qu’énigmatique, un vieux gardien d’usine dont le malin plaisir est de ne s’exprimer qu’en alexandrin – ce conte de fée moderne s’apprécie comme un remède à la résignation quotidienne et à la maussaderie.

A y réfléchir, il y a dans ce livre un peu de Muriel Barbery, l’auteur du réjouissant « L’élégance du hérisson » : l’histoire de cette concierge férue de littérature qui fait le choix de passer pour une inculte auprès de ses locataires. Avec en commun une même délicatesse à ébranler les certitudes sociales. Et à nous rappeler que le monde intérieur est bien souvent plus riche que ce que veulent bien laisser paraître nos vies. Cyrielle Blaire

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Daniel Forget, le cirque et la cité

« Le plus petit cirque du monde, une aventure humaine » de Daniel Forget, nouvellement paru aux éditions de l’Atelier, raconte la genèse d’une structure, éducative et créative, dont l’histoire conduira  à l’inauguration d’un cirque « en dur » à Bagneux en 2015. Nous sommes en Ile de France, tout près de Paris.

 

 

Bagneux ? Une de ces banlieues que les politiques de la ville désignent trop souvent de « zones » difficiles, prioritaires ou urbaines sensibles. Nous acceptons trop nous-mêmes ce langage stigmatisant qui porte l’abaissement. Eh bien non, ce coin de banlieue, la cité des Cuverons dans le quartier des Blagis, Cirque2relève pour nous de l’appellation non contrôlée de quartier exceptionnel ! Nous le couronnons ainsi après avoir lu « Le plus petit cirque du monde, une aventure humaine » où se produit un miracle, c’est-à-dire quelque chose d’inattendu qui surgit de l’aléatoire de « succession de rencontres, d’émerveillements, de discussions, d’interrogations, de conflits » et qui résulte pourtant d’une volonté commune inextinguible, d’un désir, de l’obtenir ! Un équipement circassien va naitre de cette conjonction.

Dans cette périphérie, mais ouvert sur tout l’environnement, noué à l’espace urbain de la localité, enkysté dans les grandes barres construites dans les années 1960, articulé au territoire régional plus large encore dont il participe, émergent aujourd’hui les fondations d’un cirque. Ce lieu si singulier, si particulier est ainsi celui de l’art le plus universel qui soit.

Là s’invente une action artistique et poétique, celle du cirque « ontologiquement » Cirque4populaire depuis la nuit des temps, qui sécrète sa toile, forme politique de rassemblement sans exclusive. Une telle composition ne se décrète pas administrativement. L’amalgame prend dans un mouvement, dans une marche… Des décisions, des appuis publics, institutionnels, il en faut et il y en aura, mais il faut surtout une idée juste de ce qu’on veut artistiquement et qui donne pugnacité irrésistible au vouloir commun qui se l’approprie et le modèle.
Mais alors, reprenons le livre qui nous conte l’aventure du « Plus petit cirque du monde » communément surnommé le « PPCM ». C’est une toute petite histoire, minuscule même, sans aucune prétention, simple comme bonjour. Nous la lisons, le regard écarquillé comme celui des enfants émerveillés au cirque, tiens justement. Et c’est pourquoi elle pourrait bien se révéler pour le lecteur d’un très grand intérêt, et souhaitons-le, d’une grande puissance de contamination. Elle s’offre à nous comme une poignée de mains cordiale, généreuse. Elle nous lave des pensées de certitudes et de systèmes désabusées, pessimistes ou défaitistes qui annoncent la fin du monde pour demain ! Ronchonnes quoi… Elle nous réconcilie avec le possible, voire avec l’impossible, avec l’audace d’agir, l’envie de bouger son corps, de danser, de rencontrer, d’échanger.

Nous embrayons là avec le moteur de l’utopie sur le vaste monde, le Cirque6merveilleux, l’enfance, le passé et l’avenir rendu présents. Le mouvement des astres ! Le ciel est en bas, la terre au ciel. L’espace est renversé. Nous ne baissons pas les bras, nous les tendons, les levons. Comme des séraphins, nous descendons et montons avec grâce le long de fils d’or. Nous ne sommes pas beaux, nous le devenons. Nos yeux sont des astérisques. La mort-même ne fait plus peur aux enfants que nous sommes. Voilà pourquoi nous sommes invincibles. Nous nous envolons. Nous jonglons avec culot. Nous avons tous les culots d’ailleurs. Nous marchons sur les mains. Bref, le cirque est bien la métaphore de ce livre qui retrace la fondation de celui qui se qualifie ici d’être le plus petit du monde. Manière de dire sa grande âme. Éloge de la faiblesse qui, au cirque, devient la force. Le fort perdant toujours. Ou alors sa force est dans la ruse, le malin, le souple, le délié, le naïf, le vrai naïf, pas le niais. Celui qui cultive la naïveté, triomphant toujours.
Ce livre ? Un fatras d’actions, oui parce que, comme le dit Péguy, un fatras vivant est mieux qu’un ordre mort. Pour dire autrement, c’est dans de telles entreprises entremêlées que se cherche un peuple, que se reçoit des exigences d’inouïes diversités. Ainsi, assurément, on qualifie et cultive l’homme dans le pauvre et l’on s’apitoie moins sur le pauvre dans l’homme.

Fatras oui, parce qu’on est au plus proche du vivant et que le vivant est fatras, pas Cirque5système. C’est relaté avec tellement de clarté d’écriture, une langue si simple et si sûrement établie que le sens se fait, se fouille, s’ajuste. Fatras peut être, mais enfin l’auteur sait ce qu’il veut et dit précisément l’aventure qu’il brûle de propager avec ardeur.
Fatras surtout, car l’aventure de ce cirque est tout, sauf linéaire. Son histoire n’était pas écrite d’avance. On n’avait d’ailleurs pas nécessairement l’idée même d’être en train de faire une histoire, alors de l’écrire, vous pensez bien ! Savoir où il allait ? Quand l’auteur, acteur principal de l’entreprise, a fait les premiers pas, il ne le savait pas… Pourtant, il n’était pas dans l’errance des convictions. C’est un homme de désir. Il a marché et jonglé seul, ou presque, puis ensuite à quelques-uns. Pas de protocole qui donne le but, pas de préalables ni de normes préétablies. Marchez et vous trouverez. Les idées justes viennent en marchant, voilà ce que montre ce livre ! On marche comme un équilibriste, jonglant avec les évènements, avec les forces, les tissant, les renversant, les détournant quand le vent est contraire. Quand on voit quelques photos de l’architecture, le livre en présente, ce cirque est un bateau, matures, voiles. On monte des constructions jusqu’au ciel, comme les maçons dans le temps à la corde à nœuds montaient en chantonnant dans le ciel par dessus le toit des immeubles, ou les lignards…

Un seul moteur utopique : le cirque. Le cirque comme structurant les personnes, Cirque3artistes et pédagogues, le cirque est école. Et ici aussi, au fond, tout a commencé par la transmission, par la création d’une école circassienne inspirée de celles que sait forger l’éducation populaire. L’auteur se revendique très explicitement de cette famille active. En quelques pages, il inscrit sa réflexion dans l’histoire de l’éducation populaire dont il esquisse, avec beaucoup de justesse, l’histoire riche et complexe. Tout le monde peut faire du cirque, à condition de se former, « ce qui implique de dépasser l’apprentissage autodidactique », de s’allier l’apport de professionnels motivés qui « transmettent leurs compétences pour améliorer la technicité, l’aisance par rapport au public ». Pas des spécialistes étroits, des spécialistes en partage de savoirs : faire entrer dans la danse, dans le mouvement d’ensemble.
Bref, on joue de tout ! Et en marchant, à chaque étape, l’enthousiasme gagne, les idées viennent, les projets se consolident et s’affinent, des forces s’agrègent, de nouvelles solidarités actives se trament, des élus ou responsables politiques apportent le concours indispensable des collectivités au mouvement dont ils voient comment il « qualifie la vie et le bien-être de tous ».

L’origine de la passion de Daniel Forget ? Elle est d’abord à chercher dans cette « Cirque7mémoire de famille » avec, par exemple, ce grand-père, ami des artistes, également musicien amateur, peignant lui-même des roulottes Porte Brançion, là où passe actuellement le périphérique et où étaient les fortifs. Naissance de cette conviction en cet alliage étonnant de la culture populaire et de l’art exigeant mais jamais élitiste, modelant (pas modélisant) le politique. Il y sera fidèle toute sa jeunesse où, malgré une scolarité difficile – ce qui interroge collatéralement sur l’école ! -, il se frottera aux plus grands poètes. Compte aussi, dans l’expérience, son engagement de délégué syndical CGT à la RATP (machiniste, réseau ferré, ligne 10). En « bonus », il nous offre quelques délicieuses lignes enthousiastes de stratégies artistico-syndicales gagnantes, intelligentes, actives. Daniel Forget sait jongler. Jean-Pierre Burdin

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Olivier Adam, un écrivain à la peine

Avec « Peine perdue », son nouveau roman paru chez Flammarion, l’écrivain Olivier Adam signe le portrait d’une communauté désabusée. Un roman social qui nous plonge au cœur du désarroi français.

 

 

Cyrielle Blaire – Dans « Peine perdue« , défilent tour à tour 23 personnages désemparés, qui ont arrêté d’y croire. La peinture d’un certain état de la France ?
Olivier Adam – Je considère que les romans doivent à la fois traiter de l’intime et du adamcollectif, de la condition humaine, mais aussi de l’état de la société dans laquelle on vit. Ma mission est de parler de cette France là, qui est le cœur majoritaire de la société française. Le cœur du pays, ce ne sont pas des gens qui bossent à la télé, les traders, les patrons ! Ce sont les classes populaires et les classes moyennes. Cette communauté, qui va de la femme de ménage à l’hôpital au saisonnier, est traversée par un désarroi face à la précarisation et à l’accroissement des inégalités, par cette impression qu’ils ne sont ni représentés ni entendus et que, pour la première fois de l’histoire, la génération qui arrive vivra plus mal que celle qui l’a précédée.

C.B. – Vos personnages sont aide soignante, maçon ou encore gardien de nuit… Dans votre livre, la question du sens et de la relation au travail est tout, sauf anecdotique ?
O.A. – La réalité de nos vies, c’est que les gens bossent, essaient de boucler leurs fins de mois, s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants. Pour donner à voir cette vérité, on ne peut pas faire l’impasse sur les questions liées au travail, aux frictions et à la violence sociale. L’usure d’une vie de travail, c’est une usure intime. A travers ce livre, mes personnages racontent ce qu’ils font de leurs propres difficultés, comment ils essaient malgré tout d’être de bons pères, de bons fils, les solidarités qui peuvent se déployer.

C.B. – Le récit s’ancre dans une station balnéaire de la Côte d’Azur, un lieu où vous écrivez que « le fric coule à flot ». Pas pour tout le monde…
O.A. – Je me suis établi en Bretagne, dans une ville de bord de mer où le contraste est saisissant entre ces familles très bourgeoises qui viennent l’été et les gens qui font tourner les stations. Une fois que les touristes sont partis, il reste ces femmes de chambre des hôtels, ces gens qui travaillent dans les bars, un monde réel de travail souvent manuel, de boulots sans gros salaires. Je suis issu de cette réalité. Mon grand père était cantonnier, mon père vient du prolétariat pur et dur, c’est ce qui m’a façonné et je n’ai jamais perdu le contact avec l’endroit où j’ai grandi en banlieue sud. Souvent, des gens me disent : continuez, car vous n’êtes pas nombreux à parler de nous.

C.B. – On parlait de désarroi… Dans « Les Lisières », votre précédent roman, le personnage du père de l’écrivain est tenté par le vote Front national.
O.A. – Je me suis inspiré de quelqu’un de très proche : ouvrier dans l’imprimerie,

Photo Daniel Maunoury

Photo Daniel Maunoury

syndiqué CGT et qui tient aujourd’hui des discours intégrant le « tous pourri » et l’idée que « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Dans une période de grande difficulté économique, il y a malheureusement des effets de crispation et de replis. Le sentiment actuel est qu’on demande aux gens des efforts insensés pour réduire une crise qui a été déclenchée par des instances invisibles guidées par la cupidité et le profit. A partir du moment où les hommes politiques qui avaient pour mission historique de réduire les inégalités sociales se sont trahis en professant qu’il faut « contrôler les chômeurs » ou qu’ils « aiment l’entreprise », je pense que cela participe aussi de ce désarroi. Propos recueillis par Cyrielle Blaire

 

Repères :
Olivier Adam a un style sec et tenu. Au fil de ces romans, il s’est fait le scribe d’une certaine France : celle des marges, des périphéries, mettant en scène avec justesse leur quotidien. Il a notamment publié « Je vais bien, ne t’en fais pas » (adapté au cinéma par Philippe Lioret), « A l’abri de rien », « Les Lisières ». Il a collaboré à l’écriture du scénario de « Welcome », un autre film de Philippe Lioret.

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Jours de fête, acte 2

En cette veille de 2014, Chantiers de culture vous propose son ultime sélection de cadeaux à s’offrir ou à offrir. Du roman noir et d’autres venus de contrées orientales ou sud-américaines, des livres d’art et beaux-livres, quelques documents encore mais aussi de la poésie, des CD et DVD.

 

Tout bon lecteur en est convaincu. Loin d’être un genre mineur, le roman noir se présente souvent comme l’un des meilleurs révélateurs des maux de notre société. purAinsi en va-t-il encore une fois de « Pur » d’Antoine Chainas, son cinquième roman à paraître à la Série Noire. Avec ce nouvel opus, l’auteur nous introduit dans un milieu urbain sous haute surveillance, comme nous le suggérait déjà « Le bloc », le roman de Jérôme Leroy. Des locataires triés sur le volet, une épuration ethnique qui ne dit pas son nom conduite par une municipalité complice et une police à sa solde, et des meurtres étranges que tente d’élucider le flegmatique et obèse inspecteur Durantal… La peinture d’une société à deux vitesses, avec ses quartiers résidentiels super protégés et ses banlieues déshéritées ! Quant à Marek Krajewski, il plonge son lecteur dans la Pologne des années 1945, pilonnée par l’armée soviétique du soir au matin. « La forteresse de Breslau » est le cinquième et dernier volume des enquêtes de l’énigmatique Eberhard Mock. Qui avance masqué au sens propre du terme, pour des raisons que nous ne révèlerons surtout pas, à la recherche de la vérité dans une ville à feu et à sang : entre un monde qui s’écroule et un autre qui peine à prendre figure civilisée, que sera l’humanité demain ? Une question à laquelle répond à sa façon Gianni Biondillo dans « Le matériel du tueur » : une plongée hallucinante dans l’Italie contemporaine entre peurs anciennes et terreurs nouvelles, à la poursuite d’un tueur à l’implacable vengeance, originaire de contrées africaines.

aslamRécemment disparu, Ibrahim Aslan nous offre un succulent « petit feuilleton domestique » à la lecture de « Deux chambres avec séjour ». Ancien employé des postes du Caire, le grand romancier et nouvelliste égyptien nous conte ici par le menu le quotidien d’un couple de personnes âgées. Sans fard, avec tendresse et chaleur, la description extraordinaire de la vie ordinaire de gens de peu qui en dit long sur la réalité cairote d’avant les révolutions arabes… Une lecture à poursuivre avec « Saint Georges regardait ailleurs » du libanais Jabbour Douaihy : l’histoire mouvementée de Nizam, natif de Tripoli mais échoué à Beyrouth, à la recherche d’un improbable avenir dans une ville rongée par la guerre civile, à la recherche surtout de sa propre identité pour l’enfant de confession musulmane élevé dans une famille chrétienne. Pour clore cette incursion en terre orientale, nul besoin d’en dire plus sur « Les filles d’Allah » de Nedim Gürsel, l’emblématique écrivain turc : à déguster sans coup férir, un livre nouvellement réédité en poche chez Points-Seuil ! Outre-Atlantique, deux romans à ne surtout pas manquer : « Coup de sang » du mexicain Enrique Serna et « La dette » du chilien Rafael Gumucio. Deux auteurs encore trop méconnus du public français où la faillite, tant psychologique que sociale de leurs héros de papier, en dit long, entre humour et cinglante dérision, échec personnel et fiasco collectif, sur la dérive des pays dont ils sont natifs.

De l’univers déjanté des précédents romans, il est aisé de plonger allègrement dans un autre qui l’est tout autant ! Celui que nous dépeint Didier Ottinger dans son « Dictionnaire de l’objet surréaliste »… surréalisteSpécialiste de cette époque artistique, le directeur adjoint du Musée national d’art moderne décline dans cet ouvrage sans préface, mais agrémenté de fac-similés d’époque signés Breton ou Max Ernst, l’alphabet de ces « objets » venus d’ailleurs entre inconscient et désir, érudition et loufoquerie : du fromage sous cloche de Magritte au « Loup-table » de Brauner, du « Téléphone-homard » de Dali à « La poupée » de Bellmer ! Autant d’œuvres à admirer jusqu’en mars 2014 au Centre Pompidou… D’une institution l’autre, « Le musée d’Orsay à 360 degrés » nous propose une visite inédite de ses galeries nouvellement rénovées sous la plume de son président Guy Cogeval. Une balade joliment orchestrée entre « les habits neufs d’une collection ancienne » qui nous présente ses plus beaux atours, de 1848 à 1914, « soit l’âge industriel, de l’impressionnisme et du postimpressionnisme, du symbolisme, de l’émergence du socialisme, du syndicalisme, des impérialismes, de la course aux armements, des progrès de la médecine ». Un ouvrage superbement illustré qui mêle les œuvres de toute nature (peinture, sculpture, photographies, œuvres lyriques et premiers films…) sans souci de hiérarchie : quand Debussy côtoie Camille Claudel, quand Méliès fait de l’œil à Signac !

En cette fin d’année 2013, il est un événement qui ne peut rester sous silence : le 40ème anniversaire de la mort de Salvador Allende, le président chilien démocratiquement élu, assassiné lors du coup d’état du général Pinochet le 11 septembre 1973. ChiliHDEn compagnie d’Isabel Allende Bussi, la fille cadette du Président, et du romancier Gérard Mordillat, le photographe Georges Bartoli lui rend un vibrant hommage dans un superbe album. Une plongée du nord au sud, en noir et blanc mais haute en couleurs, dans ce Chili aux multiples visages et paysages. Pour se souvenir mais aussi espérer en un retour sur le chemin de la démocratie en ce pays à jamais orphelin de l’illustre locataire de la Moneda. Et à défaut d’en appeler à Pablo Neruda, le grand poète et ami d’Allende, d’autres enlumineurs de mots nous tendent le verbe pour ré-enchanter la vie grâce à Bruno Doucey, fondateur d’une remarquable petite maison d’édition. Et qui a creusé son sillon en peu de temps, accrochant à son catalogue les plus jolis noms de la poésie contemporaine. Les derniers nommés ? La poétesse haïtienne Evelyne Trouillot et l’astrophysicien français Jean-Pierre Luminet qui nous offrent deux magnifiques recueils, « Par la fissure de mes mots » et « Un trou énorme dans le ciel » : pour danser avec l’une « entre soleils et épouvante » au lendemain du séisme de 2010, pour l’autre « faire chanter l’absence » au lendemain de la perte d’Amande, sa fille. Et les mots, de vie ou de mort, continuent de danser et de chanter sous la plume de Paul Léautaud en son titanesque « Journal littéraire » ! Un homme, libre de sa plume, nous parle de tout. De ses chats et de ses chiens, de ses maîtresses et des célèbres écrivains de son temps, de ses sempiternels soucis financiers comme de ses problèmes vestimentaires… leautaudUn homme de lettres, secrétaire et critique dramatique à la célèbre revue du Mercure de France, qui court à bride abattue sur l’humeur de son temps, de 1893 à 1956. A défaut d’en lire les dix-neuf volumes, dévorez le « choix de pages », mille trois cent quatre tout de même, qu’en ont extrait Pascal Pia et Maurice Guyot en 1968, judicieusement réédité en poche chez Folio : un régal, un bonheur de lecture entre érudition et cocasserie, chronique littéraire et fantasme polisson ! Alors, après vous être exercé à digérer un gros pavé de l’édition, vous n’aurez aucun mal à en ouvrir un autre, le « Saint Louis » de Jacques Le Goff, mille deux cent soixante quatre pages couchées à l’encre noire pour l’incontournable spécialiste du Moyen Âge… Un modèle d’érudition et de culture, une leçon d’histoire sur les traces du bon Louis pour les amateurs éclairés comme pour les historiens patentés.

leprestUn autre bijou littéraire et poétique, en paroles et musique cette fois, avec le coffret « Allain Leprest » que nous offrent Didier Pascalis et sa maison de production Tacet… Ils sont cinq amis d’Allain, Romain Didier – Jean Guidoni – Yves Jamait – Claude Lemesle – Gérard Morel, à avoir conçu ce spectacle en hommage à Leprest, le chanteur et poète trop tôt disparu que Nougaro considérait comme le plus grand de notre temps ! Un superbe CD qu’accompagne un film d’Olivier Brunet, un entretien inédit et émouvant entre l’artiste et Jean-Louis Foulquier, le créateur des Francofolies. Et pour rendre parfaite l’adhésion au génie poétique de leur compère, le groupe Entre 2 caisses s’est emparé de ses chansons dédiées à l’enfance pour en faire aussi un spectacle de belle facture, mis en scène par Juliette. Pour réinventer notre propre jeunesse, se jouer du monde à tout âge ! Et l’amour dans tout ça, s’interrogent d’aucuns ? Il est bien présent entre toutes ces lignes, plus encore en ces « Quatre leçons de philosophie » sur l’amour que nous proposent les éditions Montparnasse. Un coffret de trois DVD où quatre philosophes patentés (André Comte-Sponville, Anne Dufourmantelle, Michel Erman, Nicolas Grimaldi) le conjuguent sur tous les modes et tous les tons : Amour & bonheur, Amour & désir, Amour & cruauté, Amour & passion & jalousie… Si l’amour se pose comme question philosophique essentielle, il est d’abord et avant tout le sel de la vie. Pour le meilleur comme pour le pire.

Et de l’amour, il en est encore question avec « D’une noce à l’autre, un metteur en scène en banlieue » de Didier Bezace. bezaceL’amour d’un homme pour son métier et la création, l’amour d’un homme pour le Théâtre de la Commune qu’il dirigea durant quinze ans, l’amour d’un homme pour sa ville Aubervilliers et ses citoyens de banlieue. « Exiger l’impossible de ceux qui attendent le possible, telle a été la pratique exigeante de Didier Bezace », témoigne l’ancien maire Jack Ralite, lui qui interpella le metteur en scène en 1996 pour qu’il prenne en main les destinées de La Commune… Il arriva avec une Noce, celle de Brecht, il en repart avec une autre, celle que lui inspira « Au diable Staline, vive les mariés ! », le film du roumain Horatiu Malaele. « Pendant quinze ans nous avons forgé, avec les outils de cette vieille machine à penser le monde qu’est le théâtre, quelques mensonges inédits pour dire notre vérité et celle, du moins je l’espère, du public auquel nous nous adressions », confesse l’artiste. Votre magnifique ouvrage-témoignage l’atteste, mission superbement remplie, Monsieur Bezace, devenu l’ami en connivence esthétique, le frère en humanité partagée, à qui je dis toujours « vous » après tant d’années de fréquentation sur et hors les planches. Par respect, par admiration, pour simple remerciement à tous ces bonheurs sur scène que vous nous avez offerts. Qui vont se poursuivre, du 4 février au 9 mars 2014, avec « Marguerite Duras, Les trois âges » que vous mettez en scène au Théâtre de l’Atelier cette fois : « Le square », « Marguerite et le Président », « Savannah Bay ».

A chacune et chacun, lecteurs et abonnés de ce blog, bonne et chaleureuse année nouvelle. Qu’elle soit riche de découvertes, de coups de cœur et coups de colère, de passions et de révoltes en tout domaine : social et artistique, culturel et politique. Y.L.

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