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Cosne, plein gaz au Garage !

Du 26/08 au 01/09, à Cosne-sur-Loire (58), le Garage Théâtre organise la 5ème édition de son festival. En la cité bourguignonne, Jean-Paul Wenzel et sa fille Lou entretiennent depuis 2020 un original feu de planches. Attisé par une bande d’allumés, sous la conduite de Jean-Yves Lefevre… Une décentralisation réussie pour une programmation de haute volée.

Jean-Paul Wenzel n’est point homme à s’effondrer devant l’adversité ! Que la Drac Île-de-France lui coupe les subventions et l’envoie sur la voie de garage pour cause d’âge avancé ne suffit pas à l’intimider… Avec le soutien de sa fille Lou et d’une bande de joyeux drilles, il retape alors « au prix de l’énergie de l’espoir, et de l’huile de coude généreusement dépensée » selon les propos du critique Jean-Pierre Léonardini, un asile abandonné pour voitures en panne : en 2020, les mécanos nouvelle génération inaugurent leur nouvelle résidence, le Garage Théâtre ! Loin des ors de la capitale, au cœur de la Bourgogne profonde, à Cosne-sur-Loire, bourgade de 10 000 habitants et sous-préfecture de la Nièvre…

Wenzel est connu comme le loup blanc dans le milieu théâtral. Comédien, metteur en scène et dramaturge, avec une bande d’allumés de son espèce, les inénarrables Olivier Perrier et Jean-Louis Hourdin, il co-dirige le Centre dramatique national des Fédérés à Montluçon durant près de deux décennies. Surtout, il est l’auteur d’une vingtaine de pièces, dont Loin d’Hagondange, un succès retentissant, traduite et représentée dans plus d’une vingtaine de pays, Grand prix de la critique en 1976. Depuis quatre ans maintenant, le Garage Théâtre accueille donc à l’année des compagnies où le public est convié gratuitement à chaque représentation de sortie de résidence. À l’affiche également un printemps des écritures où, autour d’un atelier d’écriture ouvert aux habitants de la région, sont conviés des auteur(es) reconnus comme Michel Deutsch, Marie Ndiaye, Eugène Durif… Enfin, du 26/08 au 01/09, se tient le fameux festival organisé par la Louve, du nom de la compagnie de Lou Wenzel : au programme théâtre, musique et danse avec des spectacles accessibles à tout public.

Dès l’ouverture des portes, aux nouveaux mécanos se greffe l’association Les Amis du Garage dont Jean-Yves Lefevre, le local de l’étape, assume désormais la présidence. Fort de sa soixantaine rugissante, l’ancien informaticien et pilote d’engins en tout genre survole l’événement et anime avec doigté et convivialité la joviale bande d’allumés ! Derrière un faux air débonnaire, l’homme cache en fait moult compétences, « j’ai piloté à peu près tous les types d’engins volants, du parapente à la montgolfière en passant par l’avion, l’ULM, l’hélico… Mes seuls diplômes professionnels étant dans le domaine de l’arboriculture, je côtoie les nuages » ! Après un double choc existentiel tant merveilleux que douloureux (la naissance de sa fille, plus tard le décès de sa compagne), il quitte la Savoie pour rejoindre la Nièvre, « terre d’une partie de mes ancêtres » et plus précisément Cosne-sur-Loire, « lieu dans lequel j’ai la chance et l’honneur de rencontrer la famille Wenzel et son Garage ».

Ayant bourlingué à Paris et en région parisienne, l’homme avait eu l’occasion de fréquenter parfois le monde du théâtre. « Habitant à proximité du bois de Vincennes, j’ai eu la chance d’assister aux spectacles d’Ariane Mnouchkine : grande révélation quand on a plutôt assisté à du théâtre de boulevard… ». Lors de son installation en bord de Loire, c’est la découverte du premier festival d’été du Garage, la rencontre avec le comédien Denis Lavant, Jean-Paul et Lou Wenzel. « Nous tombons en amitié, on se voit désormais plusieurs fois par semaine ». Au printemps 2021, ils décident à plusieurs de monter l’association Les amis du Garage Théâtre. L’objectif ? « Aider et seconder nos amis artistes dans les tâches extérieures aux spectacles (travaux, communication, billetterie, gestion du bar et de la restauration durant les deux festivals annuels) », confie Jean-Yves, « notre association est devenue, je le pense, indispensable au bon fonctionnement de ce bel espace de culture ». Un bel espace assurément, professionnels du spectacle vivant et critiques dramatiques en attestent, où plaisir du vivre ensemble et partage d’émotions fortes transpirent de cour à jardin !

Avec son enthousiasme communicatif, le chef de bande le reconnaît, « depuis notre premier contact, que d’émotions, que de belles rencontres ! Une foultitude de spectacles de qualité tout au long de l’année avec la présence sur scène de grands noms du théâtre, de la danse, de la littérature… Et l’énorme chance pour moi de partager des moments rares autour d’une assiette avec tous ces artistes qui ont tant à raconter et à partager ». Aujourd’hui, l’apport culturel et artistique du Garage Théâtre déborde au-delà de la sphère nivernaise. Frontalière du Cher, de l’Yonne, du Loiret et proche de Paris, la petite entreprise Wenzel et consorts attire des spectateurs en provenance de toute la France ! « La ministre de la Culture annonçait, au lendemain de sa nomination, qu’il fallait défendre la culture en milieu rural », se souvient Jean-Yves Lefevre, « force est de constater que les mots étaient vains, le budget de la culture en 2024 ayant été divisé par deux ! ».

« Ici pourtant, on ne baisse pas les bras, on y croit, les spectateurs sont de plus en plus nombreux. Moult représentations se donnent à guichet fermé et nous avons de plus en plus de propositions de bénévoles pour soutenir la structure. Ici on se connaît tous, pas moyen de faire vingt mètres sans saluer quelqu’un, les retours sur le plaisir et l’émotion ressentie par les spectateurs locaux nous donnent envie de nous investir encore et encore. Ce théâtre est un poumon nécessaire à de nombreuses personnes, dont je fais partie, sans le Garage Théâtre j’aurais quitté la région ».

Outre l’organisation de deux festivals (été et Printemps des Écritures), le Garage Théâtre propose tout au long de l’année différents spectacles. Et régulièrement des sorties de résidence avec entrée gratuite, ce qui offre la possibilité à certains, persuadés que le théâtre « c’est pas pour nous », de constater que le théâtre contemporain est à la portée de tous, qu’il n’est nullement besoin d’être un intellectuel pour comprendre et apprécier. Seul ou en meute, rendez-vous donc en bord de Loire, osez hurler ou chanter votre ralliement à la Louve compagnie. C’est acquis, vous en repartirez libérés et conquis ! Yonnel Liégeois

Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire (Tél. : 03.86.28.21.93/le.garage.theatre@gmail.com). Pour tout savoir sur le Garage et son festival, un petit clic pour le grand choc : Jean-Yves Lefevre et les Amis du théâtre vous disent tout !

Chantez, Dansez, Jouez : moteur !

Lundi, 26/08 : La surprise du jardin, à 19h. Un grand singe à l’académie d’après Franz Kafka, par la compagnie Singe debout à 21h.

Mardi, 27/08 : La surprise du jardin, à 19h. Ma distinction, récit de vie d’un fils d’ouvrier devenu artiste, par Lilian Durriau à 21h.

Mercredi, 28/08 : la surprise du jardin, à 19h. Musicalopithèque, du paléolithique à aujourd’hui en acoustique, par Jean-Jacques Lemêtre à 21h.

Jeudi, 29/08 : La surprise du jardin, à 19h. Extra visibilia, voyage intemporel-peinture et danse, par Sylvie Cairon et Céline Gayon à 21h.

Vendredi, 30/08 : La surprise du jardin, à 19h. Le nain de Pär Lagerkvist, avec Denis Lavant dans une mise en scène de Laurent Laffargue à 21h.

Samedi, 31/08 : La surprise du jardin à 19h : « Ça va trinquer ! » dans le jardin et même encore plus loin, des vignes du Sancerre aux côtes africaines…avec les inénarrables et fantasques Jean-Pierre Bodin et François Chattot. Les coloniaux d’Aziz Chouaqui, avec Hammou Graïa dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli à 21h.

Dimanche, 01/09 : L’auberge espagnole ouverte à toutes et tous, à partir de 13h. Un ultime moment de partage dans le jardin entre quiches et salades, tartes et gâteaux… Avec une très belle surprise, un secret bien gardé !

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À lire ou relire, chapitre 10

En ces jours d’été, entre agitation et farniente, inédits ou rééditions en format poche, Chantiers de culture vous propose sa traditionnelle sélection de livres. De la République sur les planches à l’amour de l’humour (André Désiré Robert et Jean-Loup Chiflet), d’un manuscrit enfin accouché aux bébés d’Himmler (Claude McKay et Caroline de Mulder)… Pour finir entre pingouin et mikado en provenance d’Ukraine (Andreï Kourkov) et d’Italie (Erri De Luca).

Chaque président a ses petites faiblesses : une visite à Disneyland pour Sarkosy, une balade en scooter pour Hollande, des papouilles aux médaillés olympiques pour Macron… Un point commun les réunit, avec plus ou moins de passion : leur fréquentation des planches, des classiques du répertoire au banal théâtre de boulevard ! Avec humour et érudition, dans son Théâtre des présidents le critique dramatique et patenté universitaire André Désiré Robert s’est donc amusé à collecter les penchants des uns et des autres, les amours avouées ou secrètes des présidents de la Vème République avec le théâtre.

Si De Gaulle avait un faible pour le Cyrano de Rostand, l’ancien professeur de français Pompidou appréciait assurément Molière en sa maison rue Richelieu. Mitterrand, à la culture raffinée, court d’Avignon à la Cartoucherie de Vincennes, fréquente Sobel à Gennevilliers, côtoie anciens et modernes. Il se dit qu’entre deux combats de sumo Chirac aurait pu apprécier le théâtre nô, tandis que Sarko étale son inculture en ce domaine au profit de la chansonnette familiale. Nous ne dévoilerons rien sur les récentes têtes d’affiche, Hollande et Macron, et de leurs compagnes entre la comédienne reconnue et l’ancienne professeure de lettres, leurs liaisons secrètes sont à découvrir au fil de pages émoustillantes et joliment bien instruites.

Si l’humour se glisse parfois entre les pages du précédent ouvrage, il en est substantifique matière dans le Dictionnaire amoureux que lui consacre le truculent Jean-Loup Chiflet. L’auteur nous avait déjà fait Le coup, On ne badine pas avec l’humour… D’abord, une précision d’importance, ne pas confondre humour avec humeur, telles la bile ou l’atrabile, selon la définition héritée du Moyen Âge ! Pour sa part, Wolinski se demande s’il ne serait pas le plus court chemin d’un homme à un autre, alors que Tristan Bernard pose une question de fond : l’humour ne viendrait-il pas d’un « excès de sérieux » ? En tout cas, en plus de 700 pages, d’Allais à Devos, de Blondin à Queneau, au contraire de tout avare de pensées qui est un penseur radin selon Pierre Dac, Jean-Loup Chiflet confesse que son ouvrage relève plus d’une anthologie que d’un dictionnaire. D’une page l’autre, s’imposent satire et invective disparues de nos jours, l’éloge du rire au détriment du ricanement formaté, le triomphe de la plume et de l’esprit. Et preuve est faite, sans rire : si l’humour peut être léger, il n’est vraiment pas à prendre à la légère !

Il nous faut l’avouer d’emblée, Romance in Marseille ne manque ni d’humour, ni de déraison ! Après moult péripéties, Lafala débarque à Marseille amputé des deux jambes, mais nanti d’un joli magot. Ce qui autorise donc l’ancien docker africain a mené belle vie et bonne chair sur les quais, à fréquenter toujours le monde interlope des bas quartiers de la cité phocéenne. L’auteur de ce roman social, sous les chaleurs méditerranéennes ? L’américain Claude Mckay, natif de Jamaïque, globe-trotter entre l’URSS et la France, écrivain et militant politique, ardent défenseur de la cause noire aux États-Unis comme en Europe. Un livre écrit en 1932, le manuscrit disparu jusqu’en 2010, enfin publié en 2021 par un éditeur… marseillais ! Un retour aux sources bienvenu, un formidable roman entre légèreté et gravité, une peu banale photographie du Marseille des années 30 et de la condition sociale dans les quartiers ouvriers et interlopes. Chez le même éditeur, est disponible Un sacré bout de chemin, l’autobiographie de Mckay.

De la re-naissance d’un manuscrit à la couvaison de bébés sous haute protection nazie, l’accouchement littéraire n’est pas sans risques. Pourtant, avec La pouponnière d’Himmler, l’auteure belge Caroline de Mulder réussit une magistrale opération littéraire. S’appuyant sur des documents historiques de première main, la romancière trace par le menu l’extravagante entreprise du haut dignitaire du Reich, créateur et patron du réseau de maternités en charge de la sélection « aryenne » des bébés, futurs héros de la nation. De l’arrivée de Renée, une jeune Française enceinte d’un soldat allemand, dans l’un de ces centres médicaux jusqu’à son démantèlement à l’approche des Alliés, une bouleversante plongée dans cette fabrique d’enfants au sang pur, choyés au détriment des nouveaux-nés atteints d’une quelconque déficience et éliminés d’office. Un roman d’une palpitante écriture, d’une foudroyante vérité, d’une sidérante cruauté.

En manque de progéniture et en mal d’écriture, l’écrivain-journaliste Victor Zolotarev cohabite avec Micha, un pingouin recueilli au lendemain de la fermeture du zoo de Kiev. Las, il lui faut gagner quelques subsides pour acheter le poisson nécessaire à la survie du volatile qui déambule avec nostalgie de la baignoire au frigo ! Les récits et nouvelles de Zolotarev n’emballent plus trop les éditeurs, sa plume se tarit, son imagination se dessèche jusqu’à ce jour où le rédacteur en chef d’un grand quotidien ukrainien lui fait une étrange proposition… Nous n’en dirons pas plus sur Le pingouin, ce roman d’Andreï Kourkov au succès intercontinental, plongez avec délectation dans cette aventure rocambolesque qui navigue entre comique de situation et absurde de propos. De l’humour déjanté au réalisme social et politique tourmenté, au coeur d’un pays en proie au chaos, un romancier de grand talent, lauréat du prix Médicis étranger en 2022 pour Les abeilles grises, dont les autres récits d’une même veine sont aussi à déguster ( L’oreille de Kiev, L’ami du défunt, Laitier de nuit…), tous disponibles aux éditions Liana Levi.

D’un étrange et improbable duo, il en est aussi question dans Les règles du mikado, de l’auteur italien Erri de Luca, espérons-le prochainement prix Nobel de littérature ! Entre mer et montagne, Italie et Slovénie, un roman intimiste à l’échelle du monde où un vieil homme et une jeune tsigane s’apprivoisent sous couvert d’une tente. L’une décrypte les lignes de la main et dialogue avec les ours, l’autre dompte les mouvements des montres et se révèle expert au jeu du mikado. Du silence au dialogue, de la sauvagerie de l’une au mutisme de l’autre, le récit feutré de deux solitudes qui échangent en profonde liberté et à l’horloge du temps sur la fragilité de la vie, la beauté de la nature, la grandeur des sentiments partagés. Une fine ligne d’écriture à déchiffrer sans trembler, comme le bâtonnet du mikado à retirer sans bouger, la quête pour chacun du chemin à emprunter en pleine vérité. Yonnel Liégeois

Le théâtre des présidents, d’André Désiré Robert (La rumeur libre, 312 p., 18 €). Dictionnaire amoureux de l’humour, de Jean-Loup Chiflet ( L’abeille PLON, 736 p., 13 €). Romance in Marseille, de Claude Mckay (J’ai lu, 255 p., 8 €). La pouponnière d’Himmler, de Caroline De Mulder (Gallimard, 287 p., 21€50). Le pingouin, d’Andreï Kourkov (Liana Levi, 270 p., 11 €). Les règles du mikado, d’Erri De Luca (Gallimard, 154 p., 18 €).

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Ramona, femme et combattante

Sorti début juillet sur les écrans, Matria constitue à la fois un portrait de mère ouvrière et une chronique sociale, presque documentaire. La vie cabossée de Ramona, María Vazquez dans le rôle-titre. Le premier long-métrage de l’espagnol Álvaro Gago, un film coup de poing bouleversant de sincérité.

De nos jours, un village côtier de la Galice, au Nord-Ouest de la péninsule ibérique… Une ouvrière cumule les emplois pour survivre et gagner l’argent nécessaire aux études de sa fille, une jeune adulte émancipée. Quand un nouveau repreneur impose une baisse des salaires à l’usine où elle travaille, elle ne peut s’empêcher de hurler d’indignation et se fait virer. Matria le confirme, Ramona est une grande gueule, une battante, pas le genre à se laisser faire, pas le genre à se laisser abattre.

Précarité économique

Conditions de travail pénibles, rareté de l’emploi, salaires de misère, cumul des petits boulots de la mer… Le parcours de cette ouvrière que l’on découvre travaillant à la chaine dans une usine de sardines, à la pêche sur un bateau et qui cumule les petits boulots pour joindre les deux bouts, révèle la précarité économique des petits bourgs d’une région laminée par la désindustrialisation des années 2000. Les hommes licenciés des chantiers navals (cf. Les Lundis au soleil de Fernando Léon de Aranoa, 2003), et les femmes devenues les petites mains en deuxième ligne. Pour tordre le cou à cette réalité, il ne reste plus que l’énergie, la course permanente, la solidarité, l’humour. Jusqu’à ce que se profile un moment de répit, lorsque Ramona décroche un emploi inespéré d’aide-ménagère chez un veuf du voisinage.

L’occasion de porter un regard sur son existence, sur soi. Car c’est bien le portrait d’une guerrière que brosse Álvaro Gago dans ce premier long-métrage dont le titre, Matria, ne laisse aucune ambigüité. C’est son rôle de mère qui compte. L’existence de Ramona est tout entière tendue vers un objectif : sauver sa fille de l’atavisme ouvrier dont elle est prisonnière. Quitte à l’obliger à suivre des études qu’elle se saignera pour financer. Quitte à devoir camoufler l’argent dans une boîte à biscuit sous l’évier, dans l’appartement qu’elle partage avec son compagnon – une vie à deux qui est moins l’objet d’un désir partagé qu’une colocation nécessaire à l’économie du couple. Se dessine un portrait de femme invisibilisée, constamment à l’ouvrage, biberonnée au devoir, élevée pour servir. Et dont les désirs intimes sont tus depuis des siècles au profit des sacrifices. Violent, le choc générationnel entre mère et fille fait l’effet d’une chaîne qui se casse et résonne avec le vent de féminisme libérateur qui bouscule un modèle encore marqué par le machisme et le patriarcat. Mené tambour battant, sans misérabilisme et à hauteur de femme, ce récit bouleverse par la sincérité de son regard – à la fois proche et distancé – sur ce personnage à la fois rêche et généreux.

Développé à partir d’un court-métrage homonyme réalisé en 2017, où Francisca Iglesias Bouzón jouait son propre rôle, Matria s’inscrit dans la veine d’un cinéma en prise directe avec le réel. Le portrait intime, cru et la chronique sociale presque documentaire s’entremêlent naturellement dans un récit proche de ceux des frères Dardenne et de Ken Loach. Encore plus des récits de Carla Simon, figure de proue de la nouvelle vague du cinéma social et féministe espagnol. Entièrement tourné en galicien sur les lieux qui l’ont inspiré, porté par la comédienne María Vazquez en mode ouragan, au-delà de ses apparences Matria sonde l’émancipation intime de son personnage. Dominique Martinez

Matria, de Álvaro Gago : avec Maria Vazquez, 1h39. Sortie nationale, le 03/07/24.

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Tiziano Cruz, l’indigène

À la veille de la clôture du festival d’Avignon (84), il est bel et bon de revenir sur une initiative artistique marquante de cette 78e édition. Originaire du nord de l’Argentine, Tiziano Cruz a présenté jusqu’au 14/07 deux volets d’une trilogie démarrée il y a deux ans. En langue quechua, Wayqeycuna signifie « mes frères ».

On est à la veille de la fin de cette 78e édition qui s’achève le 21 juillet. L’espagnol étant la langue invitée cette année, on a pu retrouver des artistes du Vieux Continent – Angelica Liddell ou La Ribot – et découvrir des voix venues de plus loin, du Chili, du Pérou, d’Uruguay ou d’Argentine. Après le spectacle de l’Argentine Lola Arias, Los dias afuera (lire notre édition du 8 juillet), ce fut au tour de Tiziano Cruz d’entrer sur scène. Qu’il soit face au public ou qu’il embarque les spectateurs dans une parade le long des remparts d’Avignon, Tiziano Cruz au Festival fait soudain entendre la voix des sans-voix, des sans-terre, des « sans-dents ». « Tout ce que vous voyez, je le suis. Vide de langue, vide de territoire. J’ai quitté ma maison pour fuir la pauvreté et la violence, j’ai tout quitté, absolument tout, pour appartenir à quelque chose. Je me suis laissé violer par les institutions du pouvoir », dit-il dans Soliloquio, adresse au public qu’il va réitérer dans Wayqeycuna.

Indigène et artiste

Wayqueycuna raconte le retour au pays natal, dans un village perché quelque part dans la cordillère des Andes, dans la province de Jujuy au nord de l’Argentine, là où Tiziano Cruz a passé son enfance. Et les souvenirs enfouis dans sa mémoire refont surface, tissent la trame d’une œuvre protéiforme où les mots, la musique, la danse laissent éclater une parole poétique et politique d’une beauté et d’une puissance incommensurables. De cette mémoire enfouie au plus profond de son être, il fait théâtre. Il y est question du sort réservé aux Indigènes, à la culture indigène, de la violence du pouvoir colonial qui perdure encore aujourd’hui. Dans ce monde globalisé où l’art est aussi un marché, Tiziano Cruz met en jeu les contradictions inhérentes qui l’assaillent, entre sa condition d’Indigène et son statut d’artiste, quand une partie de son moi est assignée à la marge tandis que l’autre se produit dans les théâtres du monde entier.

On mesure combien les artistes (mais aussi tous les migrants d’hier et d’aujourd’hui), combien ces artistes venus d’ailleurs ne prennent pas mais donnent. Ils apportent dans leurs bagages un petit plus d’humanité qu’ils nous offrent, remettent le mot solidarité au cœur d’une Europe ethnocentrée. Tiziano Cruz décentre notre regard, et les questions qu’il soulève sur le plateau, d’aussi loin qu’elles proviennent, de ce petit village perdu dans la cordillère, sont aussi les nôtres. Cette invitation à partager sa réflexion oblige le spectateur à sortir de sa zone de confort, à ne pas se contenter de s’abriter derrière sa bonne conscience quand le monde est un volcan dont les secousses sismiques crachent des laves de haine et de peur.

Qu’est-ce qui est populaire ?

« Il n’y a pas de place dans l’art pour les pauvres », balance Tiziano Cruz. Les pauvres ne fréquentent pas, ou plus, ou si peu les œuvres d’art, pourrait-on ajouter. Au fond, qu’est-ce qui est populaire ? Où doit-on placer le curseur du mot populaire ? « Il existe une institutionnalisation de l’indigénisme qui dépolitise notre condition en tant que culture indigène, la transformant en patrimoine de classe d’un groupe limité, une gauche lettrée qui parle bien mais ne sait pas parler à mon peuple. » C’est dit sans acrimonie, sans violence, et ça nous percute de plein fouet. Dans son bleu de travail d’un blanc immaculé, Cruz revient chez les siens que, au fond, il n’a jamais quittés.

Il se tient droit pour nous donner en partage les fruits de sa réflexion sur cette humanité déchirée qui s’ignore, sur les dégâts provoqués par l’ultralibéralisme. Ce que veut le pouvoir, ajoute-t-il, c’est « que nous nous divisions, que nous nous victimisions ». Il sait qu’il sera toujours cet Indigène, ce « bâtard » dans une Amérique où « le pouvoir est blanc », et cela le rend suspect. Alors il danse, brandissant un tissu joyeusement coloré de pompons multicolores. Là-bas, dans ces paysages balayés par le vent, les hommes respectent la terre, la nature, les animaux.

Jouer, c’est résister

Il y a un savoir-faire ancestral qui a perduré malgré la colonisation, malgré le libéralisme, malgré ce grand marché mondial où tout s’achète et se vend. Jouer, pour lui, c’est résister, c’est raconter la mort de sa sœur à 18 ans, faute de soins, qui ne souriait plus car elle n’avait plus de dents. C’est montrer les visages burinés de cette communauté qui ne demande qu’à vivre. Alors, Tiziano Cruz danse comme chantait Atahualpa Yupanqui, cet autre poète argentin. Et tous deux nous parlent d’un monde où la terre, les étoiles, le soleil sont notre bien commun, le plus beau capital face au capitalisme ravageur. Marie-José Sirach, photos Christophe Raynaud de Lage.

Soliloquio fut joué au Gymnase du Lycée Mistral d’Avignon, le spectacle débutant par une déambulation dans l’espace public (du 05 au 13/07). Wayqeycuna en ce même lieu, du 10 au 14/07.

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Khatib, pour l’amour des vieux

Jusqu’au 19/07, à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon (30), Mohamed El Khatib présente La vie secrète des vieux. Les voix d’hommes et de femmes qui, à 80 ans passés, n’ont pas leur langue dans la poche. Une histoire de gens ordinaires, extraordinaires.

« Compte tenu de leur âge, les personnes sur scène sont susceptibles, comme Dalida, de mourir sur scène », peut-on lire sur un écran au début du spectacleNous voilà prévenus. Sur les planches, Annie, Micheline, Salimata, Marie-Louise, Chille, Martine, Jean-Pierre, Jacqueline et Jean-Paul, moyenne d’âge, 85 ans environ, s’amusent eux aussi de la réaction du public à l’heure de nous conter leur Vie secrète. Un brin d’autodérision, une pincée d’ironie, et les premiers rires fusent. Qu’on les aime, ces vieilles et ces vieux ! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont sans filtre, non par goût de la provocation mais parce qu’à leur âge, ils n’ont plus rien à perdre ni à prouver. Toutes et tous ont roulé leur bosse, aimé, eu maris, femmes et/ou amants. Ils n’ont peut-être pas toute la vie devant eux, mais ils vivent intensément l’instant présent, sans se soucier du qu’en-dira-t-on. Malgré leur assignation à résidence dans un Ehpad.

Des picotements quand vous tombez amoureux

Alors, pour une fois qu’on leur donne le premier rôle, ils ne vont pas se priver. Tour à tour, parfois interrompu par un ou une partenaire qui rouspète à voix haute, ils se racontent et leurs récits croisés s’aventurent dans les méandres de leur mémoire. Ils parlent pourtant au présent car ils sont vivants, bien vivants, et provoquent chez le spectateur des émotions de montagnes russes, où l’on passe du rire aux larmes, sans crier gare. Ils parlent d’amour et de désir. Et rien de plus formidable, de plus revigorant que de les entendre évoquer ces picotements qui vous saisissent quand vous tombez amoureux. Ils ont 80 piges au compteur et toujours un cœur d’ado.

À leurs côtés, dans un jeu d’équilibriste parfaitement maîtrisé entre son rôle de metteur en scène et d’acteur, Mohamed El Khatib orchestre délicatement cette partition, avec la complicité de Yasmine Hadj Ali, « française d’origine aide-soignante » dont la présence pétillante provoque des étincelles. Et un feu d’artifice en guise de bouquet final. El Khatib met en lumière des histoires de gens ordinaires. Chez lui, les gens normaux sont décidément extraordinaires. Marie-José Sirach

La vie secrète des vieux, Mohamed El Khatib : Jusqu’au 19/07, 18h. La Chartreuse, 58 rue de la République, 30400 Villeneuve-lès-Avignon (Tél. : 04.90.27.66.50).

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Julie Timmerman, double scène

Outre sa présence à la Reine blanche d’Avignon (84) avec L’affaire Rosalind, jusqu’au 21/07 Julie Timmerman propose Zoé et Un démocrate à la Factory. Une double scène, l’une parlant de psychose maniaco-dépressive, l’autre traitant propagande et manipulation… Sans oublier lectures et débats, de la Chapelle du Verbe incarné à celle des Italiens en passant par le Cloître Saint-Louis.

Julie Timmerman (Cie Idiomécanic Théâtre) a écrit et mis en scène Zoé, une œuvre, de son propre aveu, dictée par son histoire personnelle. Le sujet en est grave. Il s’agit de l’émancipation progressive d’une fillette, devenant femme et mère sous nos yeux, au sein d’une famille dont le père, aimé, aimant, est atteint de variations pathologiques de l’humeur. On le dirait aujourd’hui bipolaire. Il y a peu encore, on parlait de psychose maniaco-dépressive. Sublimant ses souvenirs, après s’être fortement documentée sur l’affection chronique en question, Julie Timmerman a su, avec une rare élégance, théâtraliser une délivrance chèrement conquise. La partition verbale est vive, inventive, riche d’une sorte de folklore familial plausible, dans un climat électrique où se mêlent le goût partagé de la poésie et les paroxysmes de crise, du dynamisme déchaîné à l’abattement. Les beaux coups de théâtre abondent entre les bouffées d’un délire incoercible et le lavage musical à grande eau de Wagner, quand Zoé-Siegfried brandit l’épée pour symboliquement tuer un père accablé. Julie Timmerman révèle ainsi, avec une grâce nerveuse, un talent d’écriture parfaitement joint à celui de mettre en scène. Jean-Pierre Léonardini

Zoé, Julie Timmerman : jusqu’au 21/07, 11h. Théâtre de l’Oulle, 19 Place Crillon, 84000 Avignon (Tél. : 09.74.74.64.90).

C’est une histoire authentique que nous conte Julie Timmerman avec Un démocrate au théâtre de l’Oulle. Celle de l’américain Edward Bernays, le neveu de Freud, qui inventa au siècle dernier propagande et manipulation… S’inspirant des découvertes de son oncle sur l’inconscient, il vend indifféremment savons, cigarettes, Présidents et coups d’État. Goebbels lui-même s’inspire de ses méthodes pour la propagande nazie. Pourtant, Edward l’affirme, il est un parfait démocrate dans cette Amérique des années 20 où tout est permis ! Seuls comptent la réussite, l’argent et le profit. Quelles que soient les méthodes pour y parvenir… Entre cynisme et mensonge, arnaque et vulgarité, une convaincante illustration du monde contemporain : de la Tobacco Company à Colin Powell et les armes de destruction massive de l’Irak. Du théâtre documentaire de belle composition quand l’humour le dispute à l’effroi, tout à la fois déroutant et passionnant. Yonnel Liégeois

Un démocrate, Julie Timmerman : jusqu’au 21/07, 19h10. Théâtre de l’Oulle, 19 Place Crillon, 84000 Avignon (Tél. : 09.74.74.64.90).

Entre lectures et débats

Conversations critiques : Le cloître Saint-Louis, le 15/07 à 17h30. Les critiques dramatiques, membres du Syndicat de la critique (Théâtre, Musique et Danse), passent en revue les spectacles à l’affiche du Festival. Ils confrontent en public analyses et points de vue, dialoguent avec les spectateurs. Une rencontre animée par Marie-José Sirach (présidente du Syndicat, journaliste au quotidien l’Humanité) et Olivier Frégaville-Gratian d’Amore (vice-président de la section « Théâtre » et rédacteur en chef du magazine en ligne L’Œil d’Olivier). Y.L. 

Quand le travail entre en scène : La Chapelle des Italiens, le 16/07, de 10h à 19h. Dans le cadre de ses rencontres Culture-Art/Travail, en partenariat avec Motra, l’association Travail&Culture organise propositions artistiques et tables rondes entre artistes, chercheurs et acteurs du monde du travail. Une journée scandée en trois temps : Dans l’intimité du geste du travail, Le meilleur des mondes du travail, La comédie humaine du travail… De la place du travail sur la scène théâtrale, deux questions centrales au coeur des débats : pourquoi le dialogue entre artistes et monde du travail demeure trop souvent un territoire inexploré ? Les artistes ont-ils un rôle à jouer dans la narration contemporaine des réalités professionnelles ? Y.L.

Claude McKay, lecture à trois voix : La chapelle du verbe incarné, le 18/07 à 10h00. Claude McKay est un auteur afro-américain d’origine jamaïquaine. Figure phare de la Harlem Renaissance dans les années 20, précurseur de l’éveil de la conscience noire, il a inspiré Aimé Césaire et son concept de négritude. Christiane Taubira, le conteur-comédien Lamine Diagne et le poète-slameur afro-américain Mike Ladd lisent textes et poèmes. Marseille, où McKay vécut de 1924 à 1929, lui inspira deux romans, Banjo et Romance in Marseille ( à lire aussi : Retour à Harlem et Un sacré bout de chemin). Le 17/07 à 20h30, au cinéma Utopia, sera projeté le film Claude McKay de Harlem à Marseille, suivi d’échanges avec le réalisateur Matthieu Verdeil et Lamine Diagne. Y.L.

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Jaulin, en tracteur par les villages

Jusqu’au 24/07, de la Vendée au Poitou-Charentes, Yannick Jaulin et les musiciens du Projet Saint-Rock battent la campagne. Un concert joué sur une scène mobile et repliable, remorquée par un tracteur. Un voyage au cœur de parlers oubliés.

Le comédien et conteur Yannick Jaulin revendique haut et fier ses origines poitevines et le parlanjhe dit aussi poitevin saintongeais,une langue d’oïl comme le gallo ou le picard. Lui qui n’a découvert le français qu’en arrivant à l’école se bat pour garder sa langue vivante, ainsi que tous les parlers en voie d’extinction sur ce territoire ou ailleurs. Ses créations s’inspirent librement de collecte des musiques, chants, danses et contes populaires. Dans Ma langue maternelle va mourir, il dénoue les fils de la domination que cache l’histoire des langues non nationales. Des parlers estampillés minoritaires et méprisés, des oralités menacées de mort annoncée.  « Toute sa vie, mon grand-père a baissé sa casquette devant son maître, un noble loqueteux et dégénéré », dit-il. « Adolescent, je n’étais qu’un belou de la campagne, avec mes pat’d’éph et ma Flandria, sans aucune réflexion critique. On disait : « C’est d’même qu’ol aet », c’est comme ça ». La langue est donc devenue son cheval de bataille face aux langues dominantes qui, comme le soulignait Pierre Bourdieu, symbolisent un pouvoir qui ostracise l’autre. Il réinvente les classiques du conte populaire, interroge l’actualité et aborde des thèmes comme la mort (J’ai pas fermé l’œil de la nuit), les religions (Comment vider la mer avec une cuiller), la domination culturelle (Le Dodo), et plus récemment Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour.

Une ferme pour jardiner la langue

Le Projet Saint Rock a choisi d’entamer La Tournée mondiale locale à Saint-Jean de Monts, dans le marais Nord Vendéen chez de vieux complices de l’artiste : l’association A.R.EX.C.PO, depuis les années soixante-dix s’est attelée à la collecte des langues et traditions du Marais Breton pour constituer un patrimoine vivant. Elle dispose aujourd’hui d’une bibliothèque de 12 000 ouvrages et 9 800 heures d’enregistrements sonores, 2400 heures de films ainsi que de fonds d’autres régions (Flandres françaises, Jura) … Un fond énorme qu’on peut trouver sur internet ! Yannick Jaulin a conduit son gros tracteur vert et déplié son plateau mobile à la Ferme du Vasais, rescapée du lotissement voisin. Les bâtiments ont été rénovés par des bénévoles, dans le cadre d’un partenariat avec la Mairie. Une belle écurie transformée en salle de conférence ou de spectacle, des granges et des annexes neuves permettent à A.R.EX.C.PO d’abriter ses collections et de mener ses activités : spectacles, cinéma, concerts, bals, initiation à la langue maraichine. 

Comme à chaque étape de la tournée, une causerie autour de l’artiste précède le concert. Ici, elle est animée par les membres d’A.R.EX.C.PO. Il est question « la survie de la culture maraichine face à l’économie touristique ». Là où les « ébobés » demandent de la couleur locale, il faut proposer une culture vivante, loin de la caricature du paysan, dit Jean-Pierre Bertrand, l’un des fondateurs de l’association. « Pour qu’une culture existe sur un territoire, il faut de la création et non de la reproduction folklorique », acquiesce l’artiste : « I’est à vous de vous laisser crever ou pas ; si vous ne transmettez pas, vous êtes criminels, vous tuez votre langue ».

Il ne prêche ici que des convaincus : « Il faut que les patois portent sur des problèmes contemporains : foncier, luttes sociales, etc. », dit l’un d’eux. Car l’association s’acharne à créer des « cafés patois », proposer des comptines dans les écoles, à diffuser des jeux de la région, baptiser les rues de noms locaux, établir des lexiques… Depuis plusieurs années, Yannick Jaulin, lui, accompagne et parraine une nouvelle génération de conteurs et conteuses qui explorent d’autres formes de l’oralité. Il a, entre autres, fondé le Nombril du Monde, célèbre festival du conte de Pougne-Hérisson. Il se présente parfois comme faisant du « stand-up mythologique ». Un mélange de légèreté et d’érudition, de rappels historiques et d’anecdotes amusantes, hymne à la diversité et à la différence.

Une gueroée de musiciens et quelques parsouneïs

Jaulin et le Projet Saint Rock, sur leur tracteur-scène nous offrent un savoureux tour de chant d’une heure, qui oscille entre le folk, le rock, et le blues. Pascal Ferrari à la guitare électrique ou acoustique, Nicolas Meheust aux claviers et accordéon, ils développent un gros son qui laisse la part belle aux paroles de Yannick Jaulin, dans sa langue maternelle. En préambule, il se moque de ceux qui disent « Mais je ne vais rien comprendre !!! » et leur rétorque que personne ne se pose la moindre question en allant écouter du rock en anglais, langue mondiale et dominante.

Avec force diphtongues, il martèle les paroles répétitives de Faire la fête, réitérationsde sonorités d’un autre temps, à la façon du parler croquant des comédies de Molière. Après une transition à propos du SRAS (Syndrome Répétitif d’Attitude de Soumission), l’artiste se lance dans un Blues du beucheur de mougettes en hommage aux Maraichins de Vendée qui ont émigré dans les Deux-Sèvres pour travailler dans les plantations de haricots blancs. Les mots se glissent en douceur dans les mélodies, non sans rappeler les airs du répertoire québécois des années 70. Pas étonnant quand on sait que le saintongeais et le poitevin ont fortement influencé l’acadien, le cadien ou le québécois. « Le français de France se parle sphincter serré », plaisante Yannick Jaulin, « il n’est pas fait pour chanter le rock’n roll ! ». I’ame, (J’aime) passe en revue avec tendresse les petits et les grands bonheurs de l’amour et de la vie, et le chanteur nous explique que, dans sa langue il n’y a pas de « je » ni de « nous » pour conjuguer les verbes. Le poitevin se contente d’un « i » qui signifie il, elle, je et nous… Toute une mentalité.

L’universel, c’est le local moins les murs

Il y a dans ces chansons, tous les mots « qui ne voulons pas mourir » et que le projet Saint Rock sauve de l’oubli, quand le poitevin saintongeais est répertorié, dans l’Atlas Unesco, parmi les langues en danger dans le monde. Ce spectacle redonne une fierté à ceux qui ont dû faire un trait sur leur patois et leur culture, avec les résultats que l’on sait dans ces périphéries abandonnées des services publics. Dans une ambiance chaleureuse, baignée par la fraicheur des grands arbres, chacun d’où qu’il vienne se souvient qu’il a des racines. « L’universel, c’est le local moins les murs », disait l’écrivain portugais Miguel Torga (1907-1995). Pour lui, au-delà de tout localisme, c’est au sein d’une fraternité faite de convictions et d’échanges que naît la culture. Une philosophie que ces généreux artistes partagent avec le public, le temps d’un soir d’été. Mireille Davidovici

La tournée se poursuit jusqu’au 24 juillet (Informations, dates et réservations sur la page La Tournée). Livre CD : Jaulin et le Projet saint Rock (manuel de résistance en langue rare).

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Le droit de rêver

Jusqu’au 21/07, au théâtre Présence Pasteur d’Avignon (84), Juliet O’Brien propose Rêveries. Entre danses et violences, en un XXème siècle finissant, l’histoire d’un peuple qui a vécu la guerre et moult transformations sociales. Qui a gagné le droit de rêver.

Hommes et femmes, en leur for intérieur, ils n’en ont jamais douté : la vie ? Qu’elle est belle, entre paix et fraternité ! Las, en ces années 50-60, il faut bien vite déchanter. Lendemains de seconde guerre mondiale, ruines et misère à la ville comme à la campagne… En terre bretonne, le gamin marche encore en sabots, il a obligation de parler français à l’école. L’usine accapare les jours et les nuits des citadins, beaucoup squattent des abris de tôle et de carton en périphérie des villes. Une vie nouvelle, ils en rêvent entre guerre d’Algérie et absence de contraception.

Julie O’Brien, l’auteure et metteure en scène de ces Rêveries, a bâti le spectacle à partir de témoignages divers recueillis autour d’une simple question : à quoi rêviez-vous au temps de votre jeunesse, que sont devenus vos rêves ? Les réponses se matérialisent sur les planches entre valses effrénées et dialogues prestement relevés, du sortir de la guerre à l’entrée dans les Trente glorieuses. Un tour de piste au bal populaire, un baiser deci delà, un poupon à naître… Au fil des décennies, les costumes évoluent, changements à vue des spectateurs avec quatre porte-manteaux pour seul décor, du béret à la casquette mai 68 est passé par là, la parole se libère, la femme conquiert de nouveaux droits, l’ouvrier aussi… Trois générations se relaient ainsi, entre coups de colère, grands bonheurs et petites misères.

Un rythme soutenu, musique et lumières appropriées, quatre comédiens pour jouer moult personnages… Le propos est convaincant, entraînant. Du théâtre populaire qui ne sombre pas dans le populisme, une épopée historique qui chavire du frisson à l’émotion, de la rêverie au rêve. Une plongée dans le passé pour interpeller notre présent : et vous, à quoi rêvez-vous aujourd’hui ? Yonnel Liégeois

Rêveries, Juliet O’Brien : jusqu’au 21/07, 19h45.  Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.74.18.54).

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Les utopies d’Armand Gatti

Le 12/07, à la Maison Jean-Vilar d’Avignon (84), s’ouvre un débat sur l’œuvre d’Armand Gatti. Les nombreuses publications à l’occasion du centenaire de la naissance du dramaturge permettent de plonger dans l’univers théâtral vertigineux d’un poète frondeur, libertaire. En témoigne Armand Gatti Théâtre-Utopie, le livre d’Olivier Neveux.

Marie-José Sirach : Qu’entendez-vous par théâtre et utopie chez Armand Gatti ?

Olivier Neveux : Il n’y a pas vraiment de représentation de l’utopie chez Gatti. L’utopie se situe ailleurs : dans ce que le théâtre peut accomplir. Malgré son incessante critique du théâtre, il n’a jamais cessé d’écrire des pièces. Mon hypothèse est qu’il mise sur le théâtre pour produire des choses extraordinaires. Elle est là, l’utopie.

M-J.S. : La méfiance de Gatti à l’égard du théâtre est des plus paradoxales…

O.N. : Gatti est un fils de prolétaire. Il n’est pas à l’aise dans ce monde bourgeois. Il en critique le fonctionnement, se méfie des « acteurs et des actrices mercenaires », auxquels il va d’ailleurs substituer des interprètes militants, non-professionnels. Mais, au-delà même de cette critique, il formule une exigence plus essentielle : comment dire et jouer la vie sans la rétrécir ? Comment représenter la réalité, toute la réalité, c’est-à-dire aussi les possibles qu’elle n’arrête pas d’empêcher ? Peut-on changer le passé ?

M-J.S. : Vous parlez d’un théâtre de la résurrection des morts…

O.N. : À sa manière, Gatti applique la proposition « révolutionnaire » du philosophe Walter Benjamin : c’est le présent qui détermine l’interprétation du passé. S’il arrive, par exemple, à réaliser aujourd’hui ce qui a été précédemment écrasé, il modifie la teneur des défaites qui nous précèdent. Quand Gatti dit qu’il faut changer le passé, cela ne signifie pas qu’il faut le réécrire et le rendre conforme à ce que l’on a espéré, mais que le présent doit prendre en charge les utopies défaites du passé. Convoquer aujourd’hui, sur scène, des noms calomniés ou effacés. Walter Benjamin avertit : « Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté. » Le score actuel de l’extrême droite rend cet avertissement brûlant. Avoir le souci de la sûreté de nos morts…

M-J.S. : Rosa Luxemburg est une des figures récurrentes chez Gatti…

O.N. : Aux côtés de Rosa, Gatti convoque régulièrement d’autres grandes figures historiques, mais il ne le fait pas dans un rapport héroïsant. Il ne s’agit pas pour lui d’élever des stèles. Quand il écrit Rosa collective, il est en Allemagne après que la censure gaulliste a interdit sa pièce sur Franco à Chaillot (la Passion en violet, jaune et rouge, 1968). Il interpelle : « Avez-vous vu Rosa ? » Il sait bien que Rosa est morte depuis cinquante ans. Mais, par là, il interroge : qui, aujourd’hui, dans une conjoncture différente, poursuit le combat initié par Rosa ? Il ne s’agit pas, on le voit, d’une commémoration. Le fascisme avec ses « Viva la muerte » a le goût de la mort. L’œuvre de Gatti, elle, au contraire, fait advenir la vie qui déborde la mort, et cette vie, c’est l’utopie non réalisée des morts.

M-J.S. : Une histoire de passation…

O.N. : Oui, un passage de témoin. Walter Benjamin écrit : « Nous avons été attendus. » Se savoir attendu, ce n’est pas rien. Cela signifie que, au moment de la défaite, des individus ont probablement espéré que d’autres viendraient après. Benjamin parle d’un « rendez-vous tacite entre les générations ». Comment être à la hauteur de ce rendez-vous ? Pour cela, il y a les luttes, bien sûr, et l’art ne saurait les remplacer. Et il y a ce que le théâtre peut, à sa façon, pour les luttes. Gatti investit cette aire de jeu, composée de corps, de voix, de mots, de langages.

M-J.S. : L’écriture dramaturgique de Gatti semble difficilement transposable sur un plateau…

O.N. : L’œuvre de Gatti n’a jamais cessé de lancer des défis à la scène. Il refuse d’écrire en fonction de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas. Tout est possible et surtout l’impossible. C’est au théâtre de se débrouiller pour trouver des formes scéniques hospitalières à l’écriture. À ce titre, il est au plus près de certaines expériences des avant-gardes du XXe siècle. Comme si, à ses yeux, le théâtre en était encore à sa préhistoire. C’est un point récurrent, presque de méthode, chez Gatti : ne jamais se satisfaire de ce qui a été concédé. Vouloir plus encore, élargir, conquérir d’autres ampleurs, changer d’échelle. Cela a des conséquences politiques : dans les années 1980, on a tant reproché aux militants politiques d’avoir voulu changer le monde. On a ricané : l’histoire ne se change pas. Gatti admet l’échec. Mais il ne l’associe pas à la même cause. Si l’on a échoué, c’est non d’avoir visé trop grand, mais d’avoir encore manqué d’ambition ! La révolution nécessite, à la façon d’un Blanqui, de formuler quelques hypothèses cosmiques.

M-J.S. : On en revient à l’utopie, à l’idée, la nécessité d’un théâtre politique…

O.N. : Le théâtre-utopie me permet de désigner une veine souvent négligée dans l’histoire du théâtre politique. On a beaucoup insisté, et légitimement, sur la force du théâtre réaliste avec, par exemple, l’œuvre majeure de Brecht. Je crois qu’il y a une autre voie, moins reconnue, probablement plus hétérodoxe, qui peut regrouper des artistes aussi éloignés que Jean Genet ou Armand Gatti et qui considère que la scène n’est pas tant l’espace d’une représentation critique de la réalité que l’expérience d’une utopie. Chez Genet, c’est écrire des œuvres si fortes qu’elles « illuminent » le monde des morts. Chez Gatti, c’est refuser aux vainqueurs l’éternité de leur victoire. C’est leur contester le « dernier mot » de l’histoire.

M-J.S. : Peut-on caractériser le théâtre de Gatti ?

O.N. : Oui et non. Non car il a convoqué tant de genres que son théâtre est impossible à stabiliser dans une forme fixe et reproductible. Mais, oui, cette œuvre témoigne du projet inlassable d’agrandir le théâtre à l’égal de la vie, de lui donner des dimensions démesurées, de rendre justice à l’invraisemblable, de traverser tous les langages, avec, pour s’y aventurer, la « parole errante » et pour horizon la quête du « mot juste ». Gatti n’invente pas des formes par plaisir d’esthète mais, au contact des batailles du siècle, il cherche à produire d’autres représentations de la réalité que celles qui nous sont imposées. À ce titre, ce théâtre peut être une source d’inspiration puissante pour celles et ceux qui viennent buter, à leur tour, sur l’apparente contradiction qu’il y a à inviter, dans l’espace délimité du théâtre, l’immensité de ce qui s’est pensé, de ce qui a été essayé et de ce qui continue, aujourd’hui, à s’espérer. Propos recueillis par Marie-José Sirach

Armand Gatti, « Une œuvre du XXe siècle pour le XXIe siècle » : Le 12/07, 18h30. Rencontre avec Olivier Neveux, Catherine Boskowitz et David Lescot. Maison Jean Vilar, 8 Rue de Mons, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.59.64). Le livre d’Olivier Neveux a obtenu le prix du meilleur livre sur le théâtre décerné par le Syndicat de la critique.

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Élise Noiraud a de la ressource !

Jusqu’au 21/07, au théâtre 11*Avignon (84), Élise Noiraud présente Ressources humaines. Une adaptation réussie du film de Laurent Cantet au titre éponyme, sorti en salles en 1999. Le monde de l’entreprise au devant de la scène, avec deux mots-clefs sous le feu des projecteurs : honte et dignité.

Il se souvient de la maison de la presse où il achetait ses vignettes Panini, il se souvient du lever tôt de ses parents au partir pour l’usine du bourg… Il est de retour justement en sa chambre d’adolescent, Franck, après de brillantes études il est embauché pour un stage à la direction des Ressources humaines dans l’entreprise où travaille son père. Toute la famille est fière du parcours de l’aîné, des parents à la petite sœur : il affiche une belle réussite professionnelle, il est parvenu à troquer le bleu de travail contre le costume-cravate !

Au lendemain d’un premier plan de licenciements douloureux, l’entreprise doit désormais mettre en œuvre la réforme des 35 heures. Une tâche dont s’acquitte le jeune stagiaire avec zèle, proposant une enquête interne avec l’objectif de forcer la main au syndicat et le contraindre à s’asseoir à la table des négociations… Le patron n’en demandait pas tant, prétextant du dialogue social rénové pour fomenter encore un mauvais coup ! De la vie dans les ateliers où les bleus de travail s’épuisent en gestes répétitifs aux réunions directoriales auxquelles participe Franck, la machinerie est formidablement bien orchestrée. Élise Noiraud signe une mise en scène fluide et sans temps mort, usant juste de quelques tables et chaises manipulées à vue pour promener le spectateur de la maison familiale au cœur de l’usine. La dame des planches ne nous est point étrangère. Nous l’avions déjà fichée au tableau des femmes fréquentables pour l’avoir pistée avec grand bonheur et plaisir au fil de son Champ des possibles, texte et interprétation.

Autant qu’une illustration du monde du travail au prise avec les rapports de force du quotidien, Ressources humaines nous propose avant tout un récit de vie fort édifiant et émouvant : comment un jeune homme, issu des milieux populaires, authentique transfuge de classe, se retrouve écorché entre les valeurs familiales et les impératifs managériaux ? De la honte de ses origines d’un individu à la dignité retrouvée d’un collectif… Un mal-être certain, à l’image des parcours de vie évoqués avec talent par des écrivains, tels Didier Eribon dans Retour à Reims ou Annie Ernaux, le prix Nobel de littérature 2022, dans nombre de ses ouvrages. D’un plan séquence à l’autre, sans manichéisme ni prise de tête, entre humour et drame, tout est dit, montré, superbement joué dans des rôles magnifiquement incarnés : du père taiseux (François Brunet) à la syndicaliste survoltée (Julie Deyre), du patron obséquieux (Guy Vouillot) au fils écartelé (Benjamin Brenière). Vraiment, du beau travail ! Yonnel Liégeois

Ressources humaines : jusqu’au 21/07 à 18h50, relâche les 08 et 15/07. Théâtre 11*Avignon, 11 boulevard Raspail, 84 000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10)..

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De ruines en périls

Jusqu’au 21/07, au 11*Avignon (84), Bertrand Sinapi présente Après les ruines. Échoué dans un pays dont il ne comprend pas la langue, un homme demande l’asile. Un dialogue de sourds issu de rencontres avec des réfugiés, des travailleurs sociaux ou des gens croisés au hasard des rues. Pour parler frontières géographiques et mentales.

Metz, où la compagnie Pardès Rimonim s’est implantée il y a dix-neuf ans, est une terre d’asile où se sont installés de nombreux réfugiés. Les artistes, engagés à éveiller les consciences, axent aujourd’hui leurs créations sur des collectes de paroles qui viennent nourrir une « écriture de plateau ». Dans ce contexte, ils présentent un diptyque sur l’exil dont le premier chapitre À Vau l’eau est tiré du roman éponyme de Wejdan Nassif. L’écrivaine syrienne, réfugiée à Metz, mêle à la sienne les histoires de ses voisins du quartier Borny où elle a pris racine : ils sont koweïtiens, irakiens, marocains, pakistanais, soudanais, afghans, syriens… Amandine Truffy, que l’on retrouve dans Après les ruines, y incarne l’autrice et se fait la passeuse de leurs récits, en construisant au sol un décor miniature et en dessinant une carte du monde. Ce premier spectacle joué dans les écoles ou les centres sociaux, a été la matrice d’Après les ruines.

Le second volet s’ouvre sur l’un des récits d’À Vau l’eau, en voix off et arabe surtitré : l’histoire cauchemardesque d’un homme naufragé qui en a réchappé avec sa femme et son fils, il ne sait comment… Suivra une série de questions posées par les trois comédiens. Quel asile et quel secours, fuyant guerre et misère, trouvent dans nos riches contrées ceux qui ont tout quitté ? Comment sont-ils accueillis en Europe ? Que peut faire le simple citoyen ? Pourquoi criminaliser ceux qui portent secours aux migrants ? Que ferions-nous à la place de ces fugitifs ? Le monde est-il en train de tomber en ruine ?

Et comment en parler au théâtre ? « Les témoignages affluent, abondent, se ressemblent … nous savons », dit Bertrand Sinapi. « Nous les avons déjà entendus, ou nous choisissons de les ignorer et poursuivre nos vies. Depuis nos territoires, comme au fond de la caverne de Platon, nous apercevons les ombres du monde ». Dans cette caverne, une boîte aux parois immaculées, les ombres des acteurs se projettent, s’allongent ou disparaissent grâce un savant jeu de lumières créé par Clément Bonnin.  Amandine Truffy, la narratrice, nous adresse des salves de questions, en marge des errances d’un réfugié (Bryan Polach) aux prises avec les absurdités administratives d’un pays dont il ne comprend pas la langue et ne connait pas la culture. L’employée qui le reçoit (interprétée en allemand par Katharina Bihler) ne peut pas faire grand chose pour l’aider. La comédienne venue d’outre-Rhin nous rappelle par ailleurs que le traitement de l’immigration dans son pays n’est pas le même qu’en France. Une bonne leçon pour nos édiles !

Le metteur en scène a apporté un grand soin à la scénographie et aux éclairages. Dans un espace épuré où les ombres jouent à cache-cache avec la lumière, un décor miniature se construit au fil de la pièce : assemblage de cubes, grilles, maquettes d’immeubles et d’arbres au ras du sol… Le contrebassiste allemand Stefan Schreib accompagne les comédiens avec une grande sensibilité, à ses notes se mêlent les compositions du Luxembourgeois André Mergenthaler enregistrées au violoncelle et les paroles d’exil égrenées en voix off tout au long du spectacle. Las, dans cet environnement sonore et esthétique cohérent, la trame dramatique reste peu lisible et les éléments, assemblés au plateau à partir d’improvisations, sont comme posés en vrac. Malgré ses imperfections, ce spectacle transnational (France, Allemagne, Luxembourg) reflète la volonté d’artistes européens d’aller sur le terrain pour faire du théâtre autrement…

Après les ruines interroge notre capacité à nous projeter, ou non, dans l’altérité. Quelles seraient nos réactions face à la brutalité de l’arrachement, aux procédures administratives complexes ? « C’est parce que nous ne l’affrontons pas que l’Histoire ne change pas », disait James Baldwin dans Je ne suis pas votre nègre, un documentaire du réalisateur haïtien Raoul Peck (2016). Mireille Davidovici

Après les ruines : Jusqu’au 21/07, à 13h55. Le 11*Avignon, 11 boulevard Raspail, 84 000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10).  À Vau l’eau est publié aux éditions Ile et Lettres de Syrie, sous le pseudonyme de Joumana Maarouf, aux éditions Buchet-Chastel.

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Justice et féminicide

Du 29/06 au 21/07, au Théâtre de l’Oulle d’Avignon (84), Hakim Djaziri présente Elle ne m’a rien dit. Une pièce écrite à partir du témoignage bouleversant d’Hager Sehili dont la sœur cadette, Ahlam, fut sauvagement assassinée par son mari en 2010. La restitution, sans outrance, de l’épouvante quotidienne vécue par une femme martyre qui s’est tue par excès de pudeur. Poignant, déchirant.

Hakim Djaziri est auteur, acteur, metteur en scène. Il anime le collectif le Point zéro, fondé en 2016.Il s’agit de créer des textes d’auteurs actuels qui mettent en relief des problèmes de société brûlants. Cela se double de « parcours culturels et artistiques dans des territoires où les besoins dans ce sens sont importants ». Le dernier exemple en date a pour titre Elle ne m’a rien dit. Hakim Djaziri a écrit la pièce à partir du témoignage bouleversant d’Hager Sehili. Sa sœur cadette, Ahlam, a été sauvagement assassinée par son mari le 9 mai 2010. Elle avait souffert en silence, des années durant. La veille du jour fatal, elle allait, enfin, porter plainte au commissariat central de Strasbourg. Le policier de service prit la chose à la légère… Le 17 mars 2021, au bout de dix ans d’une lutte administrative harassante, Hager a obtenu la condamnation de l’État par le doyen du tribunal pénal de Strasbourg pour « dysfonctionnement du service de la justice » et « faute lourde ».

C’est à partir d’un document d’une humanité déchirante que s’écrit et prend vie ce théâtre qui se donne pour mission d’alerter les consciences afin de panser les plaies, au sein du corps social, d’une réalité insupportable. N’est-il pas avéré que, pour la seule année 2021, 113 femmes ont été tuées par leur conjoint ? Importent alors, par-dessus tout, les vertus convaincantes de la scène. La représentation s’avance sous l’aspect de la plus sobre dignité dans l’exposé d’une vérité criante. Dans le rôle d’Hager, la sœur aimante et combattante, Sephora Haymann, déploie la ferme autorité qui convient. Elle peut s’adresser au public après avoir pris Ahlam (Lisa Hours) dans ses bras lors d’une très belle scène où elles dansent en riant aux éclats, quand bien même Ahlam, souffrant d’un handicap, est en fauteuil roulant…

Hakim Djaziri joue le mari buveur, menteur, violent avec un tact certain qui n’en fait pas un monstre, mais un homme au fond ordinaire : c’est pire. Corine Juresco (la mère, la juge) et Antoine Formica (le policier) complètent une belle distribution dont le jeu restitue sans outrance l’épouvante quotidienne vécue par une femme martyre qui s’est tue par excès de pudeur. Et c’est ainsi qu’avec force talent, Elle ne m’a rien dit accomplit sa mission civique. Jean-Pierre Léonardini

Elle ne m’a rien dit : jusqu’au 21/07, à 22h30. Relâche les mardis. Théâtre de l’Oulle, rue de la plaisance et 19 place Crillon, 84000 Avignon (Tél. : 09.74.74.64.90). Tournée : Mantes les 27 et 28/09, Nice le 25/11, Serris le 27/11 et Saint-Cyr-l’École le 8/03/25.

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Rassemblement National, danger !

La dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président de la République nous conduit au bord du précipice.  
Désormais, l’extrême-droite est aux portes du pouvoir. Cela n’est plus de l’ordre du fantasme.

Malgré ses tentatives de dédiabolisation, l’ADN raciste, xénophobe, homophobe, transphobe du RN demeure. Derrière le vernis social de son discours, sa politique sera destructrice pour le pays, pour le monde du travail. Le champ culturel ne sera pas épargné.

L’entreprise de démolition du service public de la culture a déjà commencé. Dans des mairies d’extrême-droite mais aussi dans des villes de droite comme au Blanc-Mesnil (93) ou dans la région Rhône-Alpes.

Renvoyer dos-à-dos Rassemblement national et Front populaire, c’est jouer avec le feu. C’est mettre en péril notre démocratie. Le RN rêve d’une culture asservie et docile. D’une culture fossilisée. Son modèle : du pain et des jeux, du son et lumière pour divertir le peuple.

Rassemblons-nous pour empêcher le pire. Quels que soient les résultats le 7 juillet au soir, nous devons rester unis pour défendre l’essentiel.

Le comité du syndicat de la critique Théâtre, Musique et Danse. Paris, le 24 juin 2024

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Femmes de Palestine

Les 08 et 09/06, au Printemps des Comédiens à Montpellier (34), le Théâtre national palestinien Al Hakawati a joué l’Assemblée des femmes, d’après Aristophane. Dans une mise en scène très habile, des témoignages de femmes rencontrées en Cisjordanie viennent percuter le texte original. Une façon autre de prendre le pouls d‘une société sous occupation israélienne.

À ciel ouvert, au cœur de la magnifique pinède du domaine d’O, la nuit tombe doucement quand résonnent des mots qui font mouche : « L’égalité entre les femmes et les hommes est une affaire de droits », « Non à la violence, aux mariages forcés », « Les politiciens sont des tricheurs et des corrompus ». Sur un plateau quasiment nu, sur trois draps en guise d’écrans, sont projetés des visages de femmes, interviewées seules ou rassemblées, rencontrées à travers toute la Cisjordanie. Cette Assemblée des femmes aujourd’hui, d’après le récit d’Aristophane écrit vers 392 avant J.-C., a gardé toute sa nécessité et sa puissance. Ils sont huit pour en témoigner (Iman Aoun, Fatima Abu Alul, Shaden Saleem, Ameena Adileh, Nidal Jubeh, Mays Assi, Firas Farrah et Nicola Zreineh), cinq comédiennes et trois comédiens du Théâtre national palestinien Al Hakawati (le conteur, en arabe).

Le spectacle est coréalisé par Roxane Borgna, Jean-Claude Fall et Laurent Rojol. On connaît les difficultés de création et de circulation des artistes palestiniens que la guerre a rendues encore plus phénoménales, mais tous ont pu faire le voyage jusqu’à Montpellier. Le théâtre Al Hakawati, seul théâtre de Jérusalem-Est, a été cofondé en 1984 par François Abou Salem, disparu en 2011, permettant à des acteurs palestiniens de se former et de travailler avec des metteurs en scène internationaux. Adel Hakim (1953-2017), codirecteur avec Élisabeth Chailloux du Théâtre des Quartiers d’Ivry, y avait notamment créé l’Antigone, de Sophocle, prix de la critique du meilleur spectacle en langue étrangère en 2013. Porté par la Manufacture Cie Jean-Claude Fall et Nageurs de nuit, avec le soutien de l’Institut français de Jérusalem, le projet de cette Assemblée de femmes a commencé en 2021, à travers des ateliers artistiques et la réalisation d’un film.

On retrouve ici des portraits et extraits d’entretiens réalisés à Jéricho, Bethléem, Naplouse, Ramallah, Hébron… Le recueil d’une parole rare dans une société où les femmes de toutes générations doivent affronter conjointement l’occupation, la discrimination israéliennes et les tabous de leur propre société patriarcale. Sur le mode des Athéniennes, elles décident à quelques-unes de se rassembler la nuit tombée pour prendre la place des hommes à l’Assemblée et construire une société où le travail salarié sera supprimé, où il n’y aura plus d’héritage, où « tout sera à tous ». Où la présidence du pays reviendra à une femme. Un programme politique qui passe par dérober les habits de leurs maris durant leur sommeil et les voilà méconnaissables, en pantalons et vestes noirs, avec chapeaux, barbes et moustaches postiches.

Elles ont laissé au chevet des époux endormis leurs propres robes qu’ils n’auront pas d’autre choix que de porter, renversant ainsi les rôles dans des images fortes dont l’incidence n’est pas anodine, la pièce ayant tourné en Cisjordanie auprès de tous types de public. Cette construction très habile, de satire politique et de document anthropologique, se répercute sur scène entre les protagonistes, dans les relations nouées avec les femmes à l’image qui occupent aussi l’espace et la parole de la représentation. On y entend l’analyse des verrous d’une société dont « la liberté est entravée par l’occupation », où il y a des lois censées protéger les femmes mais « qui ne sont pas appliquées », où les violences familiales et sexuelles sont dissimulées. Au-delà de ce constat, on entend aussi l’espoir d’une population où « les mères donnent aujourd’hui plus d’espace à leurs filles pour s’exprimer ».

Émancipation et transmission, insoumission et combat sont les maîtres mots de ce programme politique et artistique dont les actrices, reléguant les acteurs au second plan, prennent les spectateurs à témoin, allant au plus près à leur contact, guettant leur réaction. « D’habitude, à la fin du spectacle, on danse, on chante, on fait la fête et on partage la soupe que nous avons faite avec les spectateurs. Avec ce qui se passe aujourd’hui en Palestine, on n’a pas le cœur à faire la fête ». Et Iman d’ajouter alors : « Dans notre société, lorsqu’il y a des morts, on partage le deuil avec un café noir, c’est ce café qu’on va vous offrir ». Plus que jamais le théâtre renvoie au réel. Marina Da Silva

Le Printemps des Comédiens : jusqu’au 21/06. Domaine d’O – Micocouliers, 178 Rue de la Carriérasse, 34090 Montpellier (Tél : 04.67.63.66.67).

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Châteauroux, flamme et femme

Jusqu’au 16/06, à Châteauroux (36), la scène nationale l’Équinoxe propose son festival Après le dégel. Entre salle et rue, événement exceptionnel oblige, une initiative sous-titrée « Femme olympique » avec une quarantaine de spectacles à l’affiche qui varient de la performance physique au théâtre et à la danse. Au grand bonheur des petits et grands, enfants et parents !

Jour de liesse à Châteauroux, en ce lundi 27 mai : la flamme olympique poursuit son périple dans les rues de la préfecture de l’Indre ! Logique, avec Lille-Marseille-Papeete, la cité berrichonne est élue ville olympique des J.O. d’été. Aux alentours, sur la commune de Déols, siège le Centre national de Tir sportif (CNTS), le plus grand d’Europe. Du 27/07 au 05/08, il accueillera les épreuves de tir sportif et les premières médailles des J.O. y seront décernées. Ensuite, du 28/08 au 08/09, s’y dérouleront les compétitions paralympiques. Pour l’heure, jusqu’au 16 juin, la Scène Nationale se donne en spectacle ! En dépit d’une météo capricieuse, la nouvelle édition de son festival Après le dégel déride et décoiffe les plus coincés entre pluie et froideurs.

Dans la superbe salle de l’Équinoxe où le public nombreux s’est rassemblé, tout le monde se met aux abris : de la carabine au pistolet, les balles sifflent ! Une image seulement, alors que Delphine Réau, la vice-championne olympique à Sydney 2000 et médaille de bronze à Londres 2012 au tir à la fosse olympique, s’avance sur les planches à la rencontre de Frédéric Ferrer… De la flamme à la femme, l’appellation est bienvenue, au final de sa prestation le comédien entame un dialogue impromptu avec la sportive de haut niveau. Au palmarès de son Olympicorama, il « met en jeu » diverses disciplines sportives : du 400 mètres au marathon, du sabre au handball… Chouchoutés, les Castelroussins auront pu applaudir les élucubrations-dissertations-digressions du médaillé en micro-cravate sur le tennis de table et, bien sûr, le tir sportif ! De vraies-fausses conférences illustrées, hilarantes et cultivées tout à la fois, entre le ping et le pong, entre pigeons en argile et sangliers courants…

En ce même lieu mais dans un registre autrement différent, se sont présentées Des femmes respectables. Au fil de moult entretiens, des épouses et mères reconnaissent avoir vécu de petits boulots, connu licenciements et contraintes managériales, subi maternités et violences conjugales. Elles ont parfois plié mais elles n’ont jamais rompu. Sur la scène, adossés aux propos recueillis, « les corps ploient sous la lourdeur de la tâche ou la force des coups », commente Alexandre Blondel, le chorégraphe de cette émouvante « danse documentée et militante », mais révolte et résistance se font éclaircies. Des corps aux mots, entre pas de danse et récits de vie, les quatre ballerines professionnelles se soutiennent pour ne pas sombrer et conquérir au fil de la représentation liberté et dignité.

Une performance, physique et humaine, qui fait écho à l’original parcours de Paul Molina ! Imaginez un jeune homme jouant avec un ballon, pour le seul plaisir de le maîtriser, sur le parvis de la scène nationale… Jusqu’à ce qu’il soit repéré par le directeur du lieu, que s’instaure un dialogue et que lui soit proposé un éventuel parcours artistique ! Aujourd’hui, sa pratique s’est muée en authentique et captivante danse footballistique. Son Portrait dansé, dialogue d’un freestyler avec son ballon et conçu avec la complicité de la chorégraphe Mélodie Joinville, est d’une extraordinaire inventivité. Le jeune artiste subvertit foncièrement son sport. Pour décliner devant l’assistance un nouvel alphabet où corps et ballon, geste et objet s’unissent, entre coups de pompes et finesses acrobatiques, en un étrange ballet fort poétique.

Pendant ce temps-là, les spectacles s’enchaînent et squattent la rue. Tous fondés sur la puissance athlétique revisitée en gestuelle esthétique et poétique… Hormis pour le GIGN nouvelle mouture, le Groupe d’Intervention Globalement Nul dont seul l’humour peut éclipser le prestige de la fameuse brigade gendarmesque ! La mission des quatre énergumènes vêtus de gilets pare-balles ? Secourir un panda en peluche égaré sur la façade du théâtre... Il va sans dire que l’expédition prétendue salvatrice, sous la conduite d’un petit chef dont l’autorité a sombré dans sa paire de rangers, réserve moult obstacles et ratages. Heureusement, haussant le ton et sauvant l’honneur, quoique cernés par la foule et affublés de leur maillot de bain, trois hommes plongent dans leur Baignoire publique : un espace bien petit et confiné pour les solides gaillards ! D’où leurs jeux de vilains, de pieds et de mains pour trouver sa place, trouver surtout le bouchon de leur éphémère réceptacle. Un spectacle de rue emprunt de poésie qui interpelle sur ce bien précieux qu’est l’eau, sur la place de chacun dans la société.

De la clarté du jour à l’obscurité de la Chapelle des rédemptoristes, il n’y a que faible encablure pour sombrer dans l’inconnu et l’inattendu. Les sons de la kora électrique, mélodieux, troublent seuls le silence religieux, à proximité un corps masqué au buste à peine éclairé… La voix de Nicolas Givran s’élève et la peau palpite au fil du récit et de la respiration, au fil des images projetées sur le ventre découpé d’un faisceau de lumière ! Sensations étranges, plongée surréaliste dans la vie d’un garçon qui vaque d’échec en échec, jusqu’à l’irréparable lorsque la jeune femme a refusé, n’a pas Dis oui à son criminel désir. Un spectacle d’une rare puissance, entre noirceur absolue et fascinante attraction, les yeux rivés sur une parcelle de corps qui parle !

L’évidence s’impose, entre propositions diverses et variées, Après le dégel manie avec succès fusion et confusion des genres. Du masculin au féminin, de la salle à la rue… Castelroussins, citoyens de la Brenne ou de contrées encore plus lointaines, osez vous risquer en terre inconnue et partir à la découverte de l’infinie richesse du spectacle vivant. De votre pas de porte au pas de tir, moult surprises vous sifflent aux oreilles, ne manquez pas la cible ! Yonnel Liégeois

Après le dégel, festival : jusqu’au 16/06. L’Équinoxe, avenue Charles de Gaulle, 36000 Châteauroux (Tél. : 02.54.08.34.34).

Olympicorama, Frédéric Ferrer : en tournée. Le 01/06, au Forum de Boissy-Saint-Léger (94) : le handball. Le 06/06, à la salle Pablo Neruda de Bobigny (93) : le fleuret, le sabre et l’épée. Le 13/06, à la salle Equinoxe de La Tour du Pin (38) : le marathon. Le 15/06, à l’Amérance de Cancale (35) : le marathon. Du 25/06 au 06/07, à la Villette de Paris (75) : rétrospective Olympicorama. Entre juin et juillet, tout l’Olympicorama en Seine-et-Marne (77) : les 15 épreuves dans 15 communes.

Des femmes respectables, Alexandre Blondel : le 09/10 à L’Arsenal – Cité musicale de Metz (57), le 12/01/2025 à l’Espace Culturel Les Justes – Le Cendre (63), le 08/03/2025 aux 2 Scènes – Scène nationale de Besançon (25), le12/03/2025 au Théâtre Ligéria – Sainte-Luce-sur-Loire (44).

Mouton noir, Paul Molina : les 04 et 05/06 à la Scène nationale d’Orléans.

GIGN, Carnage productions : le site de la compagnie.

Baignoire publique, le cirque Compost : le site de la compagnie.

Dis oui, Nicolas Givran : le site de la compagnie.

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