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Non à la mort du spectacle vivant !

À l’initiative des organisations professionnelles et syndicales, comédiens – techniciens et personnalités du monde de la culture dénoncent les coupes budgétaires. Pour la survie du spectacle vivant, contre la politique d’austérité du gouvernement, ils adressent une lettre ouverte à la ministre de la Culture

Madame la Ministre,

Nous sommes des professionnels du théâtre et du spectacle vivant. Chaque jour, nous faisons vivre la culture sur l’ensemble des territoires, dans de grandes comme de petites salles, partout avec la même exigence artistique. Chaque jour, nous sommes au contact de toutes les populations, sans distinction d’âge ni de milieu social. À la campagne comme en ville, dans les festivals comme sur l’ensemble des territoires, nous avons la chance d’offrir à nos publics une diversité de création unique.

Mais à quelques semaines du début du festival d’Avignon, nous sommes contraint·es de sonner l’alerte quant aux baisses drastiques qu’a subi le fonds d’aide à l’emploi pérenne, le FONPEPS, si indispensable pour nos secteurs.

Une fois de plus, ce sont les artistes qui vont particulièrement pâtir de la situation. Nous nous alarmons particulièrement, Madame la Ministre, de la fragilisation du dispositif de soutien à l’emploi du plateau artistique pour les salles de petite jauge (APAJ) qui a été réduit de moitié par un décret pris le 30 décembre dernier en catimini, sans aucune concertation.

Depuis 2016, l’APAJ a permis à des milliers de spectacles – théâtre, cirque, musique, danse, etc.- de se créer, en assurant aux artistes et aux technicien·nes des rémunérations conformes à nos conventions collectives, et engendrant ainsi une amélioration majeure des conditions sociales dans notre secteur.

Aujourd’hui, il y a urgence car la remise en cause de ces dispositifs emporte des réalités concrètes et fait peser un risque immédiat, une menace directe pour l’emploi au Festival Off d’Avignon et au-delà. En effet, rien que pour le festival Off d’Avignon, c’est plusieurs centaines de compagnies qui bénéficient de l’APAJ.

La réduction de cette aide de moitié, représente une économie équivalente à moins 0,2 % du budget du Ministère, mais constitue une véritable catastrophe pour nos professions à quelques semaines du festival. Cette décision brutale, prise sans concertation, risque de réduire fortement le nombre de représentations et d’artistes présents sur scène… ce sont des milliers d’emplois qui sont en jeu ! Il y a donc urgence à agir et à nous entendre.

Aujourd’hui, il est plus que jamais essentiel d’affirmer que la culture est une source d’inspiration, d’espoir et parfois de réconfort. Elle crée du lien, elle nous rassemble, et elle permet de faire société. Jour après jour, nos conditions de travail se dégradent, et il devient de plus en plus difficile de proposer la diversité culturelle qui fait pourtant la richesse de notre pays. Il est temps d’écouter la profession dans l’ensemble de ces difficultés.

Ici, nos demandes sont simples, madame la Ministre : l’ouverture rapide d’une concertation sur les critères du FONPEPS et plus largement la modification de ce décret avant le 1er juillet et avant le début du Festival d’Avignon ; ainsi que l’engagement qu’au moins 15 millions d’euros soient consacrés à l’APAJ comme les années précédentes.

Madame la Ministre, vous qui débutez votre mandat, allez-vous permettre à des milliers de spectacles de se produire décemment et à des milliers d’artistes de vivre dignement ?

Lettre ouverte à signer ici

Les premiers signataires

Youssouf Abi-Ayad, Vincent Acampo, Mohamed Adi, Christophe Alévêque, Louis Arene, Véronique Ataly, Marion Aubert, Jean-Philippe Azéma, Gregori Baquet, Charles Berling, Audrey Bertrand, Bernard Blancan, Jean-Paul Bordes, Thierry Bosc, Christophe Botti, Elisabeth Bouchaud, Leslie Bourdin, Anne Bouvier, Magali Braconnot, Didier Brice, Vincent Caire, Ivan Calberac, Florence Camoin, Anne Cantineau, Jil Caplan, Jessie Chaton, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Samuel Churin, Annelise Clément, Elodie Colin, Catherine Corsini, Guy-Pierre Couleau, Olivier Coulon-Jablonka, Laurence Courtois, Françoise Cousin, Anne Coutureau, Claire Dabos, Jean-Philippe Daguerre, Harold David, Alexandre De Dardel, Guillaume De Tonquédec, Zazie Delem, Thomas Dolié, Laurent Domingos, Julia Duchaussoy, Gabriel Dufay, César Duminil, Laurent Eyraud-Chaume, Claire Faugouin, Antoine Formica, Cécile Fraisse-Bareille, Alain Fromager, Céline Fuhrer, Christine Gagnepain, Fabien Gorgeart, Raphaëline Goupilleau, Sabine Grislin, Aurélia Guillet, Baptiste Guiton, Eric Herson-Macarel, Frédéric Hocquard, Bérangère Jannelle, Heloise Jouary, Sam Karmann, Nathalie Kousnetzoff, Emmanuelle Laborit, Ludovic Laloy, Eric Laugérias, Jeanne Lazar, Benjamin Lazar, Lazare, Marie Le Cam, Cyril Le Grix, Clémentine Lebocey, Aymeric Lecerf, Sophie-Anne Lecesne, Pierre-Yves Lenoir, Françoise Lépine, Anne-Laure Liégeois, Bernard Malaka, Laura Mariani, Agnès Marietta, Fabio Marra, Olivier Martinaud, Blandine Masson, Rousseau Mathilde, Elizabeth Mazev, Blandine Métayer, Guillaume Meurice, Chloé Morin, Anna Mouglalis, Clotilde Moynot, Didier Mugica, Olivier Neveux, Rose Xanh NguyễN TiếT-Millot, Johanna Nizard, Emmanuel Noblet, Claire Nollez, Cédric Orain, Jean Luc Palies, Etienne Parc, Dominique Parent, Lucas Partensky, Lea Passard, Marie Payen, Richard Pierre, Julie Pietri, Marianne Pommier, Louise Prieur, Rémi Prin, Bruno Putzulu, Olivier Rabourdin, Jean Yves Ravoux, Marie Remond, Pauline Ribat, Laurent Richard, Martine Ritz, Caroline Rochefort, Ivan Romeuf, Aurélien Rondeau, Stanislas Roquette, Hugo Roux, Alain Sachs, Joachim Salinger, Stéphanie Schwartzbrod, Mikaël Serre, Jean-François Sivadier, Frédéric Sonntag, Anne-Élodie Sorlin, Alexandre Steiger, Nicolas Struve, Olivier Talpaert, Sophie Tellier, Bertrand Thamin, Julie Timmerman, Roland Timsit, Charles Tordjman, Panchika Velez, Sara Veyron, Régis Vlachos, Gérard Watkins, Olivier Werner, Émilie Wiest, Lisa Wurmser…

 

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Mozart, en voyage à Paris

Au théâtre de l’Essaïon (75), Camille de Léobardy présente Mozart, le dernier voyage à Paris. En quête de reconnaissance, un séjour à la capitale que le célèbre compositeur entreprend au printemps 1778.

La musique est un jeu : au théâtre de l’Essaïon, Camille de Léobardy s’investit plaisamment dans ce jeu en donnant corps au divin Mozart. À Paris, on avait vu, quinze ans auparavant, le prodigieux enfant, présenté par son père. Le voici de nouveau, en 1778 pour un Dernier voyage à Paris, jeune homme en quête de reconnaissance comme compositeur. Nul ne sait, alors, qu’il ne reviendra pas, et qu’il aura une vie brève, de 35 ans seulement. Interpréter Mozart sur scène, c’est déjà balancer entre les convenances salonnardes et les enjeux de notoriété, dans cette société nobiliaire dans laquelle l’artiste n’est qu’un valet.

C’est surtout, dans les catacombes du théâtre, faire vibrer sa musique ! Au piano, au chant et à la danse, Camille de Léobardy déroule les thèmes et variations qui subliment les mélodies naïves de cette époque de galanterie. Son chant jubilatoire fait exulter et magnifier la créativité du salzbourgeois, la reprise de ses lettres abondantes raconte les heurs et malheurs de la vie, ajoutant à la joie si naturelle comme une touche de mélancolie. Toute cette existence, vouée au beau, est déployée avec une riche gestuelle et une voix vibrante. Pour les mélomanes, de la comédie bien jouée, et une page d’histoire qui rend presque intime le bel Amadeus, si jeune, si génial. Pierre-Marie Turcin

Mozart, le dernier voyage à Paris, Camille de Léobardy : jusqu’au 06/06, les jeudi-vendredi-samedi à 21h. Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris (Tél. : 01.42.78.46.42).

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C’est arrivé à Vienne

Au studio Hébertot (75) pour l’une, à la Reine Blanche (75) pour l’autre, Lisa Wurmser propose Nage libre et Hervé Dubourjal Freud dernier combat. Au cœur de Vienne, la capitale autrichienne qui sombra hier sous le joug nazi, l’épopée de trois nageuses juives et les souvenirs tourmentés du célèbre psychanalyste.

Lisa Wurmser (Cie de la Véranda) a écrit et mis en scène Nage libre. À Vienne, Autriche en 1995, trois femmes se retrouvent au cabaret L’Enfer, après plus d’un demi-siècle d’exil. Il s’agit de nageuses juives autrichiennes, privées de leurs titres pour avoir refusé de participer aux jeux Olympiques de Berlin en 1936. Vienne doit les honorer en restituant leurs médailles. Un mystérieux maître d’hôtel les accueille… C’est une comédie enlevée autour d’un sujet tragique. Les dialogues sont vifs, semés de saillies humoristiques. On songe à l’esprit impayable de Billy Wilder, cité en passant, juif viennois qui fit des étincelles à Hollywood. Trois actrices d’instinct et de métier sûr (Flore Lefebvre des Noëttes, Francine Bergé, Bernadette Le Saché), chacune dans son registre, mènent le bal des mots dits avec brio.

Le maître d’hôtel (Nicolas Struve), devient directeur du cabaret puis conseiller municipal, chargé de réparer l’infamie historique. Les femmes, en robes rutilantes (costumes de Marie Pawlotsky), montent sur le podium. Sur un voile blanc tombé des cintres apparaît le visage d’Yzoula et s’entend la voix d’Anne Fischer dans une chanson d’autrefois. Dans Nage libre, on danse et on chante (musique d’Éric Slabiak), comme au cabaret de jadis, avant la terreur nazie qui fit dire à Brecht : « Et tout d’un coup, seules les femmes blondes auraient le droit de vivre… ? »

Sigmund Freud dut quitter Vienne par force le 4 juin 1938. Dans la pièce Freud dernier combat, dont il a signé le texte avec Aude de Tocqueville, Jean-Marie de Sinety, psychiatre et psychanalyste, l’imagine en 1934. Vieux, malade, bougon, soigné par sa fille chérie, Anna, il vaticine sur l’épouvante née de la situation politique et, surtout, il revient sur la figure énigmatique de son père Jacob, qui le hante. Hervé Dubourjal, le metteur en scène, incarne un Freud crédible en langue française, face à Moana Ferré qui joue Anna avec une élégance sensiblement vengeresse car, jadis analysée par ce père sévère et génial entre tous, elle va jusqu’à contester les fondements théoriques du complexe d’Œdipe. Un dispositif bi-frontal sert de cadre à ce biopic scénique qui met en jeu deux figures de l’exploration sans merci de la dynamique de l’inconscient. Jean-Pierre Léonardini

Nage libre, Lisa Wurmser : jusqu’au 31/05, du jeudi au samedi 19h, le dimanche 17h. Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris (Tél. : 01.42.93.13.04).

Freud dernier combat, Hervé Dubourjal : jusqu’au 03/05, le 30/04 à 21h, le 02/05 à 20h et le dimanche 03/05 à 18h. La Reine blanche, 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris (Tél. : 01.40.06.96).

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Mères et filles, regards croisés

Au Théâtre du Nord (59), Wang Jing présente Moi, Elles. Un spectacle qui interroge, à travers les relations mère-fille, l’exil et l’absence. Trois comédiennes-danseuses d’origines différentes, autant de destins pour une histoire aux dimensions universelles.

Elles viennent d’autres ailleurs, d’autres continents, elles sont là, parmi nous, étranges étrangères qui vivent ici. Elles viennent de Chine, d’Iran, du Mali, elles sont Moi, Elles. Quelles que soient leurs motivations, ou leurs raisons, elles sont ont conquis leur autonomie dans un pays qui ne sait plus accueillir. Elles sont les témoins de ces évolutions imperceptibles à l’œil nu, de ces valeurs humanistes qui s’estompent peu à peu. Elles se racontent avec pudeur, avec une économie de mots qui laisse au spectateur le soin d’imaginer la suite après les points de suspension. Des récits qui se distinguent par leur singularité, entremêlant à certains moments les langues maternelles et gagnant en puissance collective jusqu’à tisser un récit universel. Si le retour au pays natal n’est pas à l’ordre du jour, ni leur préoccupation, c’est le lien avec la figure maternelle qui leur permet de ne jamais sombrer, renoncer, de dépasser leurs angoisses existentielles.

Le récit entremêle six voix qui vont parfois se superposer, parfois se répondre, et chacune des trois comédiennes-danseuses, Yelu Bao – Tishou Aminata Kane – Alice KudlakBao, va arpenter la scène, se dédoubler, se défier dans une chorégraphie hypnotique d’Ata Wong Chun Tat. En 15 tableaux imaginés par Éric Soyer, balayés de rais de lumière qui effleurent délicatement les corps et les visages, chacune d’elles apporte sa pierre à cet édifice intime et vertigineux conçu par l’autrice et metteuse en scène Wang Jing. Évitant le piège de l’autofiction, elle fait cause commune avec les deux autres récits dont elle endosse l’écriture, les relations mère-fille étant l’épicentre silencieux qui provoque des secousses telluriques intimes. Cela n’est en rien un plaidoyer mais une façon d’entrelacer les différences pour vaincre l’indifférence qui nous guette ; de sublimer, à travers la pluralité des voix, des corps et des histoires, l’humanité.

Dans le fracas du monde actuel, ce récit poétique diffracté devient l‘un de ces petits grains de sable qui grippent la machine à alimenter la haine et la peur de l’autre. La partition musicale, exécutée à vif sur le plateau par Uriel Barthélémi, alterne percussions orageuses et rugueuses avec des plages musicales murmurées qui s’échappent d’un clavier ou d’une flûte. Les trois interprètes impressionnent par leur jeu délicat et puissant, leur engagement performatif qu’elles partagent sur le plateau. Chaque séquence, si elle nous emporte dans un univers différent, semble être le prolongement de celle qui précède. Cela tient à la fluidité des déplacements, à ces arrêts sur image qui se prolongent dans l’ombre, dans un hors-champ palpable, à ce langage corporel et musical en parfaite osmose. Marie-José Sirach, photos Gwénola Bastide

Moi, Elles, Wang Jing : du 28 au 30/04, 19h30. Théâtre du Nord, 4 place du Général de Gaulle, 59000 Lille (Tél. : 03.20.14.24.24). Du 27 au 29/05 au Théâtre Dijon-Bourgogne. Les 12 et 13/06 au centre culturel Anis Gras d’Arcueil. Le 27/11 au Centre d’art et de culture de Meudon. Le 10/12 au Théâtre d’Auxerre.

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Phèdre !, avec point d’exclamation

Sur la scène de L’Archipel, à Perpignan (66), François Gremaud présente Phèdre !. D’après Jean Racine, avec un point d’exclamation et Romain Daroles en formidable vulgarisateur : de la pédagogie théâtrale d’excellence ! Une manière pernicieuse, et délicieuse, de nous apprendre les subtilités de la langue française.

François Gremaud, par la bouche de son interprète Romain Daroles, a bien raison de nous prévenir qu’il y a dans son spectacle deux Phèdre distinctes, celle de Racine, bien évidemment, à laquelle ensuite il rajoute un point d’exclamation au titre et devient ainsi celle de sa propre proposition. Côté Phèdre de Racine, Romain Daroles s’empare tranquillement de tous les rôles, dresse leur portrait physique au point qu’on les reconnaît aisément sans qu’il soit besoin d’entendre une seule de leur parole. C’est à mourir de rire avec Théramène en vieillard cacochyme, Oenone en manipulatrice marseillaise, Phèdre en grande évaporée et Thésée en fier à bras. Le prodige ? Avec cette galerie de personnages hauts en couleurs, nous sommes quand même piégés. Nous nous retrouvons pris dans les rets de la tragédie.

Le texte, à la fois raconté et lui aussi gentiment caricaturé, est régulièrement mis en perspective et donné dans une énonciation des vers parfaitement correcte et conforme à la manière de les faire chanter. Il ne manque pas le moindre petit pied aux alexandrins ! Rien de plus naturel, puisque l’orateur nous aura fait un fort savant cours sur la question (sur l’hémistiche, la rime féminine et la rime masculine, etc., qu’il aura redéfini…). De même qu’il aura auparavant disserté sur la généalogie des protagonistes. Une mise au point ou mise à niveau de nos connaissances sur la question qui se révèle fort utile. Tout cela finalement réalisé de la manière la plus pédagogique possible. Une pédagogie qui ne dit pas son nom, mais quand elle en arrive à ce point d’excellence (liée à la drôlerie), on est prêt à en redemander. Ce que réalise Romain Daroles, gaillard longiligne avec le sourire aux lèvres et à l’articulation soignée afin que nous ne perdions pas une miette de ce qu’il est en train de nous apprendre, tout cela est prodigieux, parfaitement pédagogique en fin de compte !

L’Éducation nationale devrait le recruter. Romain Daroles n’aurait pas devant lui des élèves bâillant d’ennui, mais des jeunes spectateurs en redemandant toujours plus pour parcourir le répertoire, contemporain et classique… François Gremaud et Romain Daroles ou une manière pernicieuse, et délicieuse, de nous apprendre rudiments et subtilités de la langue française. Jean-Pierre Han


Phèdre !, François Gremaud  : Les 28/04 à 20h30 et 29/04 à 19h. L’archipel, Scène nationale, avenue du Général Leclerc, 66000 Perpignan (Tél. : 04.68.62.62.00). Le 07/05 au Théâtre de L’usine, Saint-Céré. Du 13 au 16/05, au Théâtre de Namur (Belgique). Le 19/05 à la Scène de Bayssan, Béziers. Le 21/05 à l’Espace James Chambaud, Lons. Le 26/05 aux Arts, Théâtre-Cinéma de Cluny. Du 28 au 31/05 au Douze dix-huit, Le Grand-Saconnex (Suisse).

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Phèdre, dans tous ses états !

Au théâtre du Gouvernail (75), Stéphane Raveyre présente Le monde est Phèdre. Entre humour et dérision, l’auteur et comédien Alberto Lombardo décline le sort tragique de l’épouse de Thésée sur tous les modes et tous les tons. Original et détonant.

Sur la scène du Gouvernail, un petit théâtre niché dans le 19ème arrondissement de Paris, l’homme fait son apparition. Les yeux lourdement cernés de noir, couleur de la tragédie dont nombre d’auteurs ont rendu compte d’hier à aujourd’hui, le comédien soupèse leurs écrits entre ses mains : Euripide, Sénèque, Racine, Tsvetaëva, Ristos, Minyana et… Alberto Lombardo ! Qui ose tout, et plus encore, pour encenser ou démystifier la figure de Phèdre, surtout pour interpeller, déplorer ou louer ce qui anime l’humaine condition : le désir de l’autre, à la vie à la mort.

L’obsédé textuel se lance alors dans une entreprise originale et détonante, une conférence gesticulée, jouée et chantée qui n’hésite pas à prendre le public à partie. L’objectif ? Décliner l’obscur objet du désir sur tous les modes et tous les tons : d’un verbe vif et alerte sur d’emblématiques extraits littéraires, d’une voix mélodieuse posée sur des musiques alléchantes et guillerettes, entre théâtre et cabaret les frontières s’estompent. Le tragique fait place à l’humour, entre l’alexandrin racinien et le verbe poétique du grec Ritsos, au gré des changements de costume le transformiste patenté explose d’énergie pour illustrer sa quête amoureuse. En dépit parfois, d’une scène l’autre, à forcer le trait dans la peinture de son personnage, un spectacle follement atypique. Yonnel Liégeois

Le monde est Phèdre, Stéphane Raveyre : Le 28/04 à 19h, les 06-13 et 20/05 à 19h. Le Théâtre du Gouvernail, 5 passage de Thionville, 75019 Paris (Tél. : 01.48.03.49.92).

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À la recherche de Meyerhold

Aux éditions Deuxième époque, Béatrice Picon-Vallin publie Vsevolod Meyerhold, Écrits sur le théâtre. Un passionnant ouvrage sur un homme de théâtre révolutionnaire, accusé de trotskysme et assassiné en prison sur ordre de Staline. Un monument d’érudition, étoffé de multiples photographies.

Béatrice Picon-Vallin, chercheuse émérite en théâtrologie au CNRS, publie le premier tome des Écrits sur le théâtre (années 1891-1917) de Vsevolod Meyerhold (1874-1940). C’est l’apogée d’un travail éminent, entamé dès les années 1990, qui a révélé en France, aussi bien qu’en Italie et au Brésil – où les ouvrages de Béatrice Picon-Vallin ont été traduits –, la vie, l’œuvre et la pensée d’un homme qui fut grand acteur, metteur en scène révolutionnaire et théoricien visionnaire. Il connaîtra un sort tragique. Accusé de trotskysme et d’espionnage, assassiné en prison, le 2 février 1940 sur ordre de Staline, ses derniers mots seront « Je meurs en communiste ». N’anticipons pas. Après une éloquente introduction, qui synthétise l’esprit des textes de Meyerhold dans la période envisagée, on les découvre avec passion. Il y a notamment de ses lettres à Stanislavski, d’admiration puis de distance prise, et d’autres, d’affection émue, à Tchekhov.

Au crible de la critique...

Signe prémonitoire, c’est Meyerhold qui tient le rôle de Treplev, le jeune metteur en scène épris de nouveauté, lors de la création de la Mouette au Théâtre d’art de Moscou. Plus tard, au plus fort de sa quête de formes inédites, en s’éloignant du naturalisme et du « théâtre d’âmes » de Tchekhov, il prône abondamment, dans son journal et maints textes à valeur de manifestes, une scène symboliste épurée, puis s’inspire du théâtre de foire, de la commedia dell’arte, des jongleurs, de la mimique, du nô japonais, des atellanes romaines aux bouffonneries oubliées… Il passe au crible de la critique ses nombreuses mises en scène, en faisant preuve de connaissances et d’aptitudes intellectuelles inouïes.

C’est avec « fanatisme », de son propre aveu, que Meyerhold organise ses thèses successives. Sur la scène, « rien ne doit être fortuit » et priorité doit être donnée à « l’acteur qui possède l’art du geste et du mouvement ». Il recommande l’improvisation, privilégie le rythme au détriment de la psychologie et glorifie les aptitudes organiques du corps en jeu. Le 17 avril 1917, il écrit que « les paysans, les soldats, les ouvriers et l’intelligentsia » vont pouvoir enfin goûter les auteurs nés de la situation historique, tel Maïakovski. L’ouvrage de Béatrice Picon-Vallin, vrai monument d’érudition, s’étoffe de multiples photographies, entre autres sur le cinéma, là où ce diable d’homme s’est également illustré. Jean-Pierre Léonardini

Vsevolod Meyerhold, Écrits sur le théâtre (tome I : 1891-1917), traduction, introduction et notes de Béatrice Picon-Vallin (éditions Deuxième Époque, 591 p., 30€).

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Le monde, de Césaire à Diop

Au théâtre du Rond-Point (75), Adama Diop propose L’apocalypse d’Adam et Aimée. De la fin d’un monde à l’éclosion d’une nouvelle ère, de Césaire à l’aujourd’hui, la poésie messagère d’une humanité autre. En compagnie du musicien Dramane Dembélé et de Jessica Martin-Maresco au chant, un trio magique et ensorcelant.

Dans la pénombre, de la scène couleur ocre la voix s’élève. D’abord légère, caressante, envoûtante, un père s’adresse à sa fille, Adam à Aimée. C’est L’apocalypse, le monde se meurt, « le monde s’est exilé, le soleil ne se lève plus, la terre ne tourne plus ». En sa tenue blanche, pieds nus, Adama Diop clame la noirceur du temps présent, il se rappelle « les affronts et les guerres, les dictateurs et leurs pulsions génocidaires ». Flûte et kora scandent les propos du griot-récitant. En toile de fond, des images mortifères qui alternent entre paysages dévastés par la pollution et sanglants affrontements policiers ou soldatesques…

Comédien aujourd’hui reconnu et adoubé par ses pairs, campé derrière son pupitre, Adama Diop déclame son adresse au public d’une voix posée, chantante et incisive. Le natif de Dakar sait conter, dans l’écume rouge sang des vagues de l’esclavage il a fait escale à Gorée, dans la trace d’Aimé Césaire et de son Cahier d’un retour au pays natal. Le puissant chant poétique découvert à l’adolescence, il le fait sien. D’une langue métissée, du créole au wolof, la même bouche pour crier la déchéance autant que la beauté du monde, la noirceur autant que la grandeur de l’humaine condition ! Dans le souffle du poète antillais, il se veut à son tour « la bouche des malheurs de ceux qui n’ont pas de bouche », sa voix « la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».

Aux doigts fantasques de Dramane Dembélé sur son ancestral kora, aux notes gouleyantes de sa flûte se mêle le chant hypnotique de Jessica Martin-Maresco. La fille, la femme, le monde en devenir, Aimée de son prénom, aimée de son père qui lui lègue la nature à protéger, l’humanité à remodeler, qui nous l’intime d’un cri primal autant que final « Réveillez-vous » ! De sa voix cristalline, presque éthérée, une mélopée d’une beauté sidérante, une invite à semer le futur et à ensemencer l’avenir, « soyons la sœur et le frère, la terre et la mer, soyons l’infiniment petit et l’infiniment grand ». Une supplique pour les vivants, la poésie incarnée. Réveillons-nous, soyons masculin et féminin en chacune et chacun, soyons le vent et les océans, soyons l’autre ! Yonnel Liégeois, photos Simon Gosselin

L’apocalypse d’Adam et Aimée, Adama Diop : jusqu’au 18/04, le jeudi 19h30, le samedi 18h30 et le dimanche 15h30. Le Rond-Point, 2bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris (Tél. : 01.44.95.98.21). Le texte est paru aux éditions Actes Sud (59 p., 9€80).

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Khatib, pour l’amour des vieux

Au théâtre du Rond-Point (75), Mohamed El Khatib présente La vie secrète des vieux. Les voix d’hommes et de femmes qui, à 80 ans passés, n’ont pas leur langue dans la poche. Une histoire de gens ordinaires, extraordinaires.

« Compte tenu de leur âge, les personnes sur scène sont susceptibles, comme Dalida, de mourir sur scène », peut-on lire sur un écran au début du spectacleNous voilà prévenus. Sur les planches, Annie, Micheline, Salimata, Marie-Louise, Chille, Martine, Jean-Pierre, Jacqueline et Jean-Paul, moyenne d’âge, 85 ans environ, s’amusent eux aussi de la réaction du public à l’heure de nous conter leur Vie secrète. Un brin d’autodérision, une pincée d’ironie, et les premiers rires fusent. Qu’on les aime, ces vieilles et ces vieux ! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont sans filtre, non par goût de la provocation mais parce qu’à leur âge, ils n’ont plus rien à perdre ni à prouver. Toutes et tous ont roulé leur bosse, aimé, eu maris, femmes et/ou amants. Ils n’ont peut-être pas toute la vie devant eux, mais ils vivent intensément l’instant présent, sans se soucier du qu’en-dira-t-on. Malgré leur assignation à résidence dans un Ehpad.

Des picotements quand vous tombez amoureux

Alors, pour une fois qu’on leur donne le premier rôle, ils ne vont pas se priver. Tour à tour, parfois interrompu par un ou une partenaire qui rouspète à voix haute, ils se racontent et leurs récits croisés s’aventurent dans les méandres de leur mémoire. Ils parlent pourtant au présent car ils sont vivants, bien vivants, et provoquent chez le spectateur des émotions de montagnes russes, où l’on passe du rire aux larmes, sans crier gare. Ils parlent d’amour et de désir. Et rien de plus formidable, de plus revigorant que de les entendre évoquer ces picotements qui vous saisissent quand vous tombez amoureux. Ils ont 80 piges au compteur et toujours un cœur d’ado.

À leurs côtés, dans un jeu d’équilibriste parfaitement maîtrisé entre son rôle de metteur en scène et d’acteur, Mohamed El Khatib orchestre délicatement cette partition, avec la complicité de Yasmine Hadj Ali, « française d’origine aide-soignante » dont la présence pétillante provoque des étincelles. Et un feu d’artifice en guise de bouquet final. El Khatib met en lumière des histoires de gens ordinaires. Chez lui, les gens normaux sont décidément extraordinaires. Marie-José Sirach

La vie secrète des vieux, conception et réalisation Mohamed El Khatib : Jusqu’au 18/04, du mercredi au vendredi à 20h, les samedi et dimanche à 15h. Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris (Tél. : 01.44.95.98.21).

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Jean-Louis Hourdin, bouleversant

Au Garage Théâtre, à Cosne (58), Jean-Louis Hourdin présente Le malheur innocent. Une « parlerie grave et joyeuse » où le comédien évoque la vie de Marianne, sa petite sœur trisomique. Un moment rare et beau, un « tombeau » de fraternité et d’amour.

C’est un lieu atypique que ce Garage Théâtre, en sortir de ville et bordure de campagne, où s’affairent à la mécanique le dramaturge Jean-Paul Wenzel et sa fille Lou. Loin des ors de la capitale, au cœur de la Bourgogne profonde, à Cosne-sur-Loire, bourgade de 10 000 habitants et sous-préfecture de la Nièvre…

Lorsque l’on pénètre dans cet « atelier » désormais consacré au Verbe et à la Musique, on aperçoit un homme, assis au fond, dans le coin gauche. On reconnaît ce visage, cette silhouette, cette haute figure du théâtre, Jean-Louis Hourdin qui se risque là à un exercice très personnel et touchant. Sous le titre Le Malheur innocent, il se livre à une « parlerie grave et joyeuse » en mémoire, en l’honneur de sa petite sœur Marianne. La dernière d’une fratrie composée en deux mouvements : les années trente, les années quarante. Jean-Louis Hourdin est l’avant dernier. Ses parents voulaient absolument une fille pour remplacer leur aînée, tuée par le bombardement américain des usines de Billancourt, plusieurs années auparavant, alors qu’elle venait de mettre à l’abri ses frères et sœurs dans la cave de la maison.

Marianne, enfant de remplacement, naît trisomique. Si le médecin de la famille s’en rend compte immédiatement, il n’éclaire les parents qu’un an plus tard. Ils ont eu le temps de se rendre compte… Dès lors la petite fille est prise en mains avec patience, conscience, amour. Sa mère va lui apprendre à lire et à écrire, elle est intégrée dans une famille profondément catholique. Georges Hourdin, le père, est un grand homme de presse qui a fondé des journaux, un groupe très fertile. Un homme de foi, également. On ne dévoilera pas ici ce que nous dit Jean-Louis Hourdin. Il faut que chacun reçoive ses confidences au plus profond de son cœur. Il y a des documents, des films, et même une émission de télévision. Jean-Louis Hourdin lit des lettres, parle de sa mère, de son père. De Marianne. Une jeune fille des années 60 qui rêve d’écrire des chansons, lit Mademoiselle Ange Tendre et Salut les copains. Qui rêve aussi de se marier, d’avoir des enfants.

N’en disons pas plus. Ce serait abîmer ce moment extraordinaire d’une grande pudeur par-delà la « parlerie ». Marianne a vécu jusqu’à 78 ans. Pour les plus jeunes spectateurs, rappelons-le : Jean-Louis Hourdin appartient à la grande génération de l’école du TNS. Il a joué dès le milieu des années 60, notamment sous la direction d’Hubert Gignoux et signé des dizaines de mises en scène depuis le milieu des années 70. En Avignon, on n’oublie pas Léonce et LénaLiberté à Brême. Pour Marianne, ce « tombeau » de fraternité et d’amour ! Armelle Heliot, in Le journal d’Armelle

Le malheur innocent, Jean-Louis Hourdin : le 17/04, 20h30. Entrée libre, participation au chapeau. Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire (Tél. : 03.86.28.21.93).

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Sarah Pèpe, le dire ou pas ?

Au Local des autrices (75), Sarah Pèpe présente Celle qui ne dit pas a dit. Superbement orchestrée, la parole libératrice de trois femmes face à des parcours de vie au travail trop bien ordonnés. Une pièce emblématique, à l’affiche d’un lieu consacré aux écritures féminines.

Un même lieu de travail, trois blouses aux couleurs différentes, trois femmes au discours clairement identifié : celle qui dit, celle qui dit après, celle qui ne dit pas… Qui a pouvoir et devoir à interpeller le patron ? Comment exprimer mécontentement et revendications ? Les réparties fusent, échanges serrés entre trois femmes au profil qui ne trompe pas : la taiseuse toujours en retrait, la suiveuse au propos sans risque, l’allumeuse au tempérament bien trempé. Une étrange impression, toute aussi réjouissante que déconcertante, à l’heure où s’allument les dialogues sur scène : dans la joute verbale entre les enjeux de dire et les raisons de ne point dire, superbement écrite et orchestrée, on se croirait plongé dans un sketch à la Raymond Devos !

Avouons-le d’emblée, une jolie rencontre que celle avec l’imaginaire de Sarah Pèpe, découverte lors de son « seule en scène » Croî(t)re ? Ou la fulgurante chute de Mme Gluck… et son irrésistible ascension. La comédienne et metteure en scène excelle dans le maniement des mots et la gestuelle des corps. Une écriture sobre, efficace, une construction fine et équilibrée de dialogues qui touchent leur cible en flèches acérées, un esprit qui se nourrit d’humour et de réparties follement décalées, un travail au plateau où dansent les mots quand le jeu des comédiennes métamorphose le trio d’interprètes en corps de ballet : avec Celle qui ne dit pas a dit, une bluffante incarnation de figures féminines qui, au travail ou à la maison, osent la transgression.

Avec ce coup de théâtre fracassant, au détour d’une scène anodine : elle a osé ! Sans informer ses collègues et copines, celle qui ne dit pas a osé : parler, dire au petit ou grand chef ce qui ne va pas, s’exprimer, se libérer de ses peurs et de ses souffrances. De son silence, surtout… C’est émouvant, fort, poignant quand la parole se libère, quand trois femmes au bord de la crise de nerfs se retrouvent unies, complices, solidaires pour affronter l’à-venir. Un superbe moment d’authenticité et de parler vrai, du sérieux et de l’humour intelligemment conjugués, face aux conditions de travail avilissantes un subtil regard « décalé » qui préserve de la prise de tête sur l’aliénation capitaliste.

Trois filles inspirantes (Sonia Georges qui dit après, Mayte Perea Lopez qui ne dit pas, Sarah Pèpe qui dit) qui chavirent les à priori, dits et non-dits du public. Yonnel Liégeois

Celle qui ne dit pas a dit, texte et mise en scène Sarah Pèpe : Les 13 et 27/04, à 20h. Le local des autrices, 18 rue de l’Orillon, 75011 Paris (Tél. : 01.46.36.11.89). En juillet, la majorité des pièces programmées durant la saison au Local se retrouvent à l’affiche du Théâtre des Lila’s, sa version avignonnaise durant le festival Off.

Le local des autrices

Situé à Belleville, dans le 11ème arrondissement de Paris et porté par Sarah Pèpe, autrice, metteuse en scène et comédienne, le Local des autrices ambitionne de mettre en lumière les voix féminines, encore trop souvent invisibilisées. Avec sa programmation engagée, le lieu s’annonce comme un espace vivant, propice aux échanges et aux réflexions autour des thématiques féministes et sociales.

« Le monde artistique a historiquement été conçu par et pour les hommes. Quand on observe nos bibliothèques, nos musées, ou même les grandes scènes de théâtre, on voit principalement des œuvres d’hommes, des récits qui se nourrissent du point de vue et du désir masculins. Ces dernières ont façonné notre vision du monde, et nous avons été exclues de cette narration. Cela a conduit à la marginalisation de nombreuses voix, notamment celles des femmes, des personnes racisées et des minorités.

Mon objectif est de donner aux femmes la possibilité d’investir pleinement cet espace créatif. Et ce faisant, de réinventer l’imaginaire collectif, de l’enrichir en offrant une place centrale aux voix féminines et aux expériences diverses, celles qui ont été spoliées pendant des siècles. C’est aussi une manière de créer un monde plus riche et inclusif, où chaque histoire, chaque perspective a droit de cité. Cela s’inscrit dans une logique d’éducation populaire et de médiation culturelle, au-delà de la simple dimension théâtrale.

Mon ambition à long terme ? Faire de ce lieu un véritable espace de création et de réflexion, où chaque personne se sente légitime à prendre la parole, que ce soit en tant que spectateur.ice ou participant.e. Je souhaite que la voix des femmes et des minorités soit non seulement entendue, mais qu’elle devienne un moteur pour de nouveaux récits et débats. Le local des autrices doit être aussi un carrefour de rencontres humaines, où les gens viennent non seulement pour les spectacles, mais aussi pour rencontrer, échanger, discuter, oser l’altérité.

Enfin, puisque l’argent diminue, puisque tout est fait pour créer de la concurrence entre les compagnies, réinventons l’échange, la mutualisation, le partage des ressources. Une autre façon de faire vivre les lieux de culture ! » Sarah Pèpe, propos recueillis par Périne papote

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Roger Planchon, artiste et pionnier

Ses mises en scène du Tartuffe de Molière ou du Henry IV de Shakespeare ont bousculé l’art de la mise en scène. Penseur et acteur infatigable de l’art théâtral, il est au cœur de la décentralisation en créant, à Lyon, le Théâtre de la Cité, futur TNP (Théâtre national populaire). Avec la complicité de Patrice Chéreau, plus tard de Georges Lavaudant et d’Alain Françon, Roger Planchon a affirmé la vitalité d’un théâtre d’art et du service public. À l’initiative de l’ENS et de l’IHRIM, en partenariat avec le TNP dirigé par Jean Bellorini, un colloque s’est déroulé du 1er au 03/04. Il a permis de mesurer l’apport incommensurable de l’artiste et du citoyen Planchon.

« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », disait René Char. Ce vers du poète résistant, Roger Planchon (1931-2009), né dans une famille modeste, petit-fils de paysans ardéchois, s’en est emparé quand, au sortir de la guerre, il découvre le jazz et les poètes dans les nuits lyonnaises alors qu’il travaille comme simple employé de banque le jour. Autodidacte, il dévore tout ce qui lui tombe sous la main et, de poète en poète, s’intéresse au théâtre qu’il pratique, dans un premier temps, en amateur. À l’aube des années 50, il crée le Théâtre de la Comédie de Lyon. C’est le début d’une aventure artistique singulière, qui se prolongera avec la création du TNP de Villeurbanne, une aventure pionnière marquée par une effervescence théâtrale qui fait de Lyon l’autre épicentre d’envergure du théâtre avec Paris. Tenu du 1er au 03/04 sous l’égide de l’ENS (École normale supérieure) et de l’IHRIM (Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités), avec la présence précieuse de Michel Bataillon, collaborateur émérite de Planchon, le colloque a réuni un public nombreux et plus d’une dizaine d’universitaires dont les interventions pertinentes ont permis de mesurer l’apport toujours actuel et l’impact de cette ruche artistique, de cette histoire.

Articulé autour de Planchon, artiste, dramaturge, et de Planchon, directeur du TNP, ce colloque s’est tenu à un moment crucial, le nôtre, où le service public de la culture en général et du théâtre en particulier est attaqué de toutes parts, sommé d’appliquer dorénavant les critères de l’économie libérale pour pallier aux carences de l’État, à sa désaffection économique certes mais aussi politique. Se pencher sur la période Planchon, c’est saisir comment artistiquement, lui et sa génération ont bouleversé les esthétiques théâtrales à travers une relecture des classiques en repensant « la mise en scène comme une approche critique de l’œuvre ». La venue du Berliner de Brecht en France provoque un séisme dans le monde théâtral. Roland Barthes et Bernard Dort s’en mêlent. Les débats et controverses sont légion. Après avoir vu le Berliner, Planchon estime qu’il peut « annexer Molière jusqu’ici aux mains de la bourgeoisie ». La lecture critique de Planchon de Tartuffe permet de sortir Molière de mises en scène boulevardières.

En même temps qu’il met en scène, Planchon écrit, la Remise, pièce ancrée dans le monde paysan qui en ayant pour marqueurs la guerre de 14-18 et les guerres coloniales, s’inscrit dans l’Histoire du XXe siècle. De même que l’action du Cochon noir qui, pour se situer dans un village reculé de l’Ardèche, se déroule pendant les événements de la Commune. Planchon monte des classiques, Molière, Marivaux, Shakespeare ; mais aussi ses contemporains, Adamov, Vinaver… Directeur du Théâtre de la Cité qui deviendra le TNP, Planchon imagine un bâtiment au cœur de l’espace public où chacun peut y circuler. Ce qui frappe aujourd’hui encore, devant cette bâtisse aux formes brutalistes, ce sont ces enfants qui entrent et jouent sur le parvis et le perron, la piscine municipale dans les sous-sols du théâtre.

Planchon n’a jamais cessé de penser la question du public. Georges Lavaudant a rappelé combien cette question se posait à partir du plateau : « le plateau commande, après ça se diffuse partout », dans l’enceinte même du théâtre et au-delà. Mais « ne jamais oublier que la question du partage de cet acte poétique, la création théâtrale, convaincre les spectateurs relève de Sisyphe : il faut sans cesse recommencer pour convaincre les spectateurs de revenir. On n’y arrivait pas autant qu’on le désirait, mais je pense qu’on a rempli notre mission à plus de 70 % et c’est peut-être ce qui nous maintenait en alerte ». Aujourd’hui, il y a de quoi être en alerte quand on mesure combien il est facile de détruire tout ce qui a fondé le service public du théâtre. À l’heure où tous les signaux sont au rouge, retraverser cette histoire fondatrice s’avère indispensable pour continuer d’inventer, d’imaginer un théâtre d’art de service public renouvelé et se rappeler cette phrase de Planchon : « Pour éviter les risques qu’une étatisation ferait courir à la pensée, il est nécessaire de maintenir un libéralisme intellectuel en ne subventionnant que les créateurs. L’argent ne doit plus aller aux administratifs, aux gestionnaires de théâtre, aux commerçants ». Cette pensée n’est-elle pas d’actualité ? Marie-José Sirach

Le Théâtre National Populaire : 8 Place Lazare-Goujon, 69100 Villeurbanne (Tél. : 04.78.03.30.00).

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À l’ordre du jour, Vuillard et Bellorini

Au théâtre du Vieux-Colombier (75), Jean Bellorini propose L’ordre du jour. En adaptant le livre d’Éric Vuillard, le metteur en scène fait valoir l’écriture imagée de l’auteur et la pertinence de son point de vue historique sur l’implication du grand patronat allemand dans la prise de pouvoir d’Hitler. Un spectacle qui fera date

Le mariage entre grande industrie et nazisme commence dès 1933. Le spectacle, à l’affiche du Vieux-Colombier et interprété par les comédiens du Français, trouve des résonnances dans notre actualité. « Rire du pire, c’est s’armer contre lui », suggère Jean Bellorini, le metteur en scène et directeur du TNP. L’ordre du jour, c’est le plan d’Hitler pour prendre le pouvoir en Allemagne et annexer l’Autriche dans la foulée. On connaît la suite. Cette adaptation reprend textuellement le livre d’Éric Vuillard, en regroupant plusieurs chapitres. À commencer par la réunion de 20/02/1933, entre Goering, Hitler et 24 industriels convoqués pour financer la campagne électorale du parti nazi.

Rythme, précision et image poétique

À la croisée de la littérature et de l’essai, dans L’Ordre du jour comme dans la dizaine de titres publiés à ce jour, Éric Vuillard a l’art d’embrasser la grande histoire à la loupe. Avec forces documents détaillés, il évoque les événements dans une langue vive, sans fioritures, avec un sens du rythme, de la précision lexicale et de l’image poétique. Les descriptions des lieux, les caractères des personnages sont autant de didascalies pour une transposition théâtrale. L’acuité politique et la résonnance avec l’actualité de ce livre, prix Goncourt 2017, sont le support d’une mise en scène distanciée.

Sur l’air de valse Fliege mit mir in die Heimat (chanson composée par l’Autrichien Franz Winkler, connue en France sous le titre Étoile des neiges), trois acteurs et une actrice entrent en scène, en costumes trois pièces tristounets, longuement décrits. Ils représentent, à eux quatre, tous les participants, figurés par 24 paires de chaussures noires qui se reflètent dans un miroir. Grimés et masqués, ils semblent les pantins de Goering et Hitler. Ceux-ci sont joués par les mêmes interprètes, le corps surmonté de gigantesques têtes à leur effigie, ce qui fait ressembler les autres à une minuscule valetaille. La levée de fond est un succès : les Krupp, Opel, Siemens et 21 autres crachent au bassinet. Ils croient que les promesses du Führer, éloigner la menace communiste et rétablir l’ordre, permettront à chacun d’être « un Führer dans son entreprise ». Ce qui se réalisera, hélas, même pendant la guerre et au-delà. Ce préambule est suivi des épisodes qui mènent Hitler et ses complices à berner tout le monde, de Lord Halifax (président du Conseil de Grande-Bretagne) à Chamberlain et Daladier, pour aboutir à l’annexion de l’Autriche à la suite d’une série de chantages et de pressions exercés sur le chancelier autrichien Schuschnigg et son président Miklas.

Un quatuor bien orchestré

A la fois narrateurs et protagonistes, entre scènes dialoguées et récits, Laurent Stocker, Julie Sicard, Jérémy Lopez, Baptiste Chabauty font entendre cette triste saga. Ils sont tour à tour les grandes figures historiques de cette période cauchemardesque entre 1933 et 1938, à l’orée de la Seconde Guerre mondiale : Goering, Hitler, Ribbentrop, Chamberlain, Sir Cadogan Goering, Ribbentrop, Alderman Mussolini Chamberlain, Daladier… Pour ce récit choral, un jeu de masques, maquillages, coiffures conçus par Cécile Kretschmar. Elle a réalisé plusieurs types de masques qui se superposent comme autant de mues de serpent. Une tête en papier mâché un peu plus grosse que nature recouvre, par exemple, un masque en silicone puis un troisième en tulle, seconde peau plus réaliste mais tout aussi étrange. Costumes, maquillages et artéfacts sophistiqués qui tendent vers l’expressionnisme dans l’esprit du cabaret des années 1930, sont aussi terrifiants que les carnavalesques et rudimentaires grosses têtes en papier mâché. On pense à Guignol, aux caricatures de Daumier, ou au Dictateur de Charlie Chaplin et aux Producteurs de Mel Brooks …

Il y a quelque chose de brechtien dans la mise en scène de cette farce sinistre, avec des parties chantées, des images qui se reflètent dans l’immense miroir à inclinaison variable, multipliant les points de vue et les personnages. La musique originale de Sébastien Trouvé et Baptiste Chabauty et les airs d’époque viennent en contrepoint ironique, certains morceaux joués en direct au violoncelle ou au vibraphone par Baptiste Chabauty. Nombre de scènes tournent le tragique en dérision, comme l’apparition de Schuschnigg en tenue de sport d’hiver, quand il va se mettre dans la gueule du loup au Berghof de Berchtesgaden. Ou, le 12 mars 1938, la venue à Downing Street de l’ambassadeur Ribbentrop en tennisman. Il accapare la conversation du déjeuner avec Sir Cadogan et Chamberlain, ce dernier n’osant pas l’interrompre alors qu’une note du Foreign Office lui apprend l’entrée des troupes allemandes en Autriche.

Coucou, les revoilà

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En guise d’épilogue on retrouve Gustav Krupp au printemps 1944. Gâteux, il est hanté par les fantômes des milliers de travailleurs forcés fournis par les SS… L’a-t-il été en réalité ? Les « 24 » ne sont pas le passé. Ils sont plus florissants que jamais, les Krupp, Opel, Siemens et consorts qui étaient de la partie en 1933. Ils ont été épargnés après la guerre, alors qu’ils y ont gagné gros, alimentés par la main d’œuvre des camps de concentration. Et leurs héritiers continuent de prospérer… Comment ne pas penser, en voyant ce spectacle, à ce qu’Éric Vuillard pointe du doigt : « Et ce qui étonne dans cette guerre, c’est la réussite inouïe du culot, dont on doit retenir une chose : le monde cède au bluff. (…) S’il ne cède jamais à l’exigence de justice, s’il ne plie jamais devant le peuple qui s’insurge, il plie devant le bluff ».

Tirerons nous des leçons de l’histoire ? On en doute face aux mensonges que nous déversent les propagandes d’aujourd’hui, les appétits expansionnistes et guerriers des dirigeants actuels. « Le bluff, c’est certain, a encore de beaux jours devant lui. On n’écrit pas dans l’éternité, mais exposé aux événements ». Ce que dit Éric Vuillard vaut aussi pour le théâtre, pour cette mise en scène en particulier, remarquablement servie par l’équipe artistique et les comédiens du Français. Un spectacle qui fera date et nous renvoie au livre. Mireille Davidovici, photos Christophe Raynaud de Lage

L’ordre du jour, d’après Éric Vuillard. Adaptation et mise en scène, Jean Bellorini : jusqu’au 03/05, le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h. Le Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris (Tél. : 01.44.58.15.15). L’ordre du jour d’Éric Vuillard est paru aux éditions Actes Sud (160 p., 7€30).

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La révolte des livres

Aux Bords de scènes d’Athis-Mons (91), Simon Delattre présente Vents contraires. D’après un texte de Mike Kenny, l’histoire d’une bibliothèque menacée de fermeture… Pour petits et grands, un spectacle de marionnettes qui en dit long sur l’enjeu de la lecture. Motivant, ludique et poétique

L’une fréquente assidument la bibliothèque de son quartier, l’autre pas vraiment, Mona et Oscar y font connaissance par hasard. L’une s’éclate entre les rayons des livres, l’autre est accro à son téléphone portable. « Je ne suis qu’une petite fille mais je sais lire, le monde me fait peur mais j’adore les histoires », confie-t-elle à son nouvel ami, toujours dubitatif. De visite en visite, Oscar se prend au jeu, commence à tourner les pages, à laisser courir son imaginaire ! Jusqu’à cette date où des Vents contraires se mettent à souffler insidieusement…

Les autorités prétendument compétentes exigent d’enlever certains ouvrages des rayons avant la fermeture définitive du lieu. De la censure clairement affichée, la culture mise au ban. Face à un tel diktat, dans la petite tête de Mona grandit l’incompréhension, Oscar complice et solidaire. Plus fort encore, désabusés et désemparés, les trois bibliothécaires constatent aussi de curieux bouleversements : des objets changés de place, des livres classés au mauvais rayon… Même si un public averti vaut mieux que des spectateurs incrédules, Chantiers de culture ne vous révèlera rien, rien de rien, de ces étranges chambardements, à chacune et chacun suspens et plaisir de la découverte en ces lieux bizarrement hantés !

L’extraordinaire envahit l’espace, entre rêves et réalités : les contes et légendes, histoires et épopées, jusqu’au corsaire à la découverte de nouvelles terres et civilisations, semblent avoir fui les pages des albums pour s’immiscer dans le quotidien des petits et grands. Des trois comédiens grandeur nature aux marionnettes superbement animées, costumes-décors-lumières et musiques font de ce spectacle un formidable moment de grâce et de suspens. De la poésie à chaque réplique, sans mièvrerie une invitation à combattre la censure à hauteur d’enfant et à accueillir l’autre au cœur de ses différences. Du pouvoir du livre à éveiller l’imaginaire de tout lecteur, un appel ludique mais puissant à faire acte de résistance et à plonger encore plus et mieux dans le monde des vivants. Un délice pour les yeux et les oreilles ! Yonnel Liégeois, photos Simon Gosselin

Vents contraires, Simon Delattre : le 10/04 à 10h et 14h15, le 11/04 à 18h. Les bords de scènes, Salle Lino Ventura, 4 Rue Samuel Deborde, 91200 Athis-Mons (Tél. : 01.69.57.81.10).

Les 13 et 14/10 à la Maison de la culture, Scène nationale de Bourges (18), les 13 et 14/11 aux Points communs-Scène nationale de Cergy-Pontoise (95), du 28 au 30/01/27 à la Manufacture-Centre dramatique national de Nancy (54), les 02 et 03//02 à l’Espace culturel Boris Vian des Ulis (91), les 12 et 13/04 au Théâtre d’Arles (13), du 11 au 13/05 à L’onde, Scène conventionnée de Vélisy-Villacoublay (78).

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Olympe, féministe au temps présent

Au théâtre Debussy de Maisons-Alfort (94), Rachel Arditi et Justine Heynemann présentent Olympe(s). Une tribune forte, et musicale, en l’honneur d’une figure féministe méconnue de la Révolution de 1789.

En ces journées fiévreuses de 1789, Olympe de Gouges tente de faire représenter par la Comédie-Française sa pièce « Zamore et Mirza ». Mais l’illustre institution n’est pas encore prête à considérer qu’un texte écrit par une femme est aussi estimable que celui d’un homme… Ainsi débute Olympe(s) de Rachel Arditi et Justine Heynemann, laquelle signe aussi la mise en scène. Rien n’est faux, mais tout est théâtre dans cette évocation« Loin d’un biopic en costumes d’époque, nous ne cherchons pas à raconter la vie d’Olympe, mais une histoire liée à sa vie », soulignent les autrices. C’est l’occasion de croiser des personnages aussi célèbres que Beaumarchais et Marie-Antoinette.

Une page d’histoire multiple

Pas moins de dix artistes (Rachel Arditi, Éléonore Arnaud, Valérian Béhar-Bonnet, Simon Cohen, Juliette Perret, Antoine Prud’homme, Marie Sambourg, Sylvain Sounier, Adrien Urso, Kim Verschueren) sont présents sur scène. À parité hommes et femmes, ils interprètent plusieurs personnages, dansent et chantent avec une bonne humeur communicative. Sinistrement guillotinée le 3 novembre 1793, Olympe de Gouges (de son nom de naissance Marie Gouze) a laissé de nombreux écrits dont la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », publiée en 1791. Elle a aussi milité en faveur de l’abolition de l’esclavage.

Sur scène, Olympe(s) porte haut les couleurs de ses convictions sur une société autre à propos du mariage, du divorce, des droits des enfants, des chômeurs… Elle dévoile une page d’histoire multiple qui se vit aussi au présent. Gérald Rossi, photos Julien Piffaut

Olympe(s), Rachel Arditi et Justine Heynemann : le 10/04, 20h30. Théâtre Claude Debussy, 116 avenue du Général de Gaulle, 94700 Maisons-Alfort (Tél. : 01.41.79.17.20). Le 28/04 au Palais des congrès de St Raphaël, Fréjus. En juillet à la Scala Provence, lors du festival d’Avignon. En octobre à Saint-Quentin, Herblay…

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges (Folio Gallimard, 112 p., 3€00). Olympe de Gouges, Olivier Blanc (éditions Tallandier, 256 p., 9€50). Olympe de Gouges : « Non à la discrimination des femmes », Elsa Solal (Actes Sud, 96 p., 9€90).

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