Brigitte Giraud, à grande vitesse !

Lauréate du Goncourt 2022 pour Vivre vite, Brigitte Giraud est sous les feux de la rampe, et c’est tant mieux ! L’écrivaine lyonnaise gagne à être connue tant pour ses écrits que pour ses engagements.

« Si je n’avais pas voulu vendre l’appartement./Si je ne m’étais pas entêtée à visiter cette maison./ Si mon grand-père ne s’était pas suicidé au moment où nous avions besoin d’argent./Si nous n’avions pas eu les clés de la maison à l’avance. (… )» : Brigitte Giraud multiplie les « si » pour démêler les causes possibles de l’accident de moto qui a tué son homme le 22 juin 1999 à Lyon. Et c’est avec ces « si » qu’elle nous raconte la douleur mais aussi – et c’est la force de son récit – la vie qui passe et la société qui se transforme.

Des exemples ? La gentrification et la spéculation quand les locataires se font expulsés et que les canuts lyonnais sont de plus en plus prisés, la bande son qui évolue des Sex Pistols à Oasis puis à PJ Harvey, les tarifs élevés des communications, les premiers portables, les anciens pères et les nouveaux, le business des marchands de motos. Vivre vite est un superbe récit qui nous embarque au-delà de la tristesse et de la nostalgie. C’est forcément lié à la finesse de l’autrice, à ses convictions et à son âge. A 62 ans, elle en a déjà parcouru du chemin pour se souvenir des bouleversements.

« Il revient à ma mémoire… »

Née en Algérie, elle passe son enfance à Rillieux-la-Pape qu’elle évoque dans ses premiers livres. Écrivaine, éditrice, dramaturge, fan de rock, elle rend hommage à Rachid Taha mort à l’automne 2018, en signant et en déclamant La brûlure l’année suivante. Il s’agit alors pour elle de ne pas oublier les membres de son premier groupe Carte de séjour, issu lui aussi de la banlieue lyonnaise. « Le terrain est prêt pour que je ne rate pas ce feu qui bientôt embrasera tout. C’est maintenant que ça commence vraiment, j’ai dix-sept ans, la météorite Rachid Taha et son groupe Carte de séjour entrent en scène. Il combine une étrange alchimie, alliage entre un rock incisif et un grain de sable inattendu en provenance d’Algérie, celui qui titille la France depuis des lustres ». Un texte très fort qu’elle livre notamment à la Maison de la Poésie de Paris, en compagnie du guitariste Christophe Langlade (1).

Brigitte Giraud s’est aussi engagée pour faire vivre la Fête du livre de Bron, en banlieue lyonnaise, comme conseillère littéraire durant de longues années. « Avec Colette Gruas, elle a transformé cette fête de banlieue en événement attendu », rappelle Le Progrès, le quotidien régional. Si l’écrivaine n’avait pas reçu le prix Goncourt, on ne l’aurait peut-être pas découverte et on en serait assurément moins riche. Amélie Meffre

(1) Spectacle enregistré par Radio Nova, toujours écoutable en ligne, en recherchant « la brûlure » : www.nova.f

Vivre vite, de Brigitte Giraud (éd. Flammarion, 208 p., 20€).

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Classé dans Littérature, Musique et chanson

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