Créée en 1923 sous l’impulsion de l’écrivain Romain Rolland, la revue littéraire Europe a consacré un récent numéro à Marivaux. Loin de tout batifolage, nombreux sont-ils à le reconnaître comme un élégant génie ! Et plus que jamais, comme notre contemporain.
La revue Europe, dont le rédacteur en chef avisé est le poète Jean-Baptiste Para, a consacré l’essentiel de son numéro 1117 à Marivaux. Dans la longue histoire de cette revue littéraire mensuelle (née en 1923), ce n’est pas la première fois qu’il est question de Marivaux (1688-1763) et des appréciations saisonnières sur son œuvre. La catégorie restrictive du marivaudage, compris comme un caquètement de volaille mondaine (Claudel disait jadis : « Voir Marivaux, c’est bouffer de la poudre de riz pendant une heure »), a peu à peu cédé le pas à la reconnaissance approfondie d’un génie, certes élégant (du Watteau par écrit), qui apparaît désormais, sous l’action conjuguée d’hommes de théâtre et de chercheurs universitaires à l’esprit affûté, proprement avant-coureur. Sur l’amour, ses subterfuges et ses travestissements, sur ses élans du cœur parmi les contradictions de classes et les désirs suggérés des femmes, que de complexité enfin démasquée et mise au net. Patrice Chéreau, montant en 1973 la Dispute, lever de rideau dont il fit un manifeste éclatant, ne nous avait-il pas dit, à propos de cette expérience d’hominisation sauvage : « Marivaux tient la porte, Sade fait son entrée » ?
Michel Delon, en ouverture, synthétise parfaitement les enjeux des études actuelles sur l’auteur de la Double Inconstance et autres fleurons de son répertoire. On explore attentivement ses romans, ses journaux, sa correspondance, ce que dirent de lui les autres de son temps et ceux qui vinrent après. Jacques d’Hondt, dans « Le philosophe travesti », trace un parallèle avec Descartes. Nicolas Fréry, dans « L’âme et le rang », s’attache à « être aimé pour soi-même », tandis que Marc Escola, sous le titre « Sexe, genre et comédie » dans le cas de la Fausse Suivante, analyse toutes les arguties de l’aveu amoureux. Jean-Paul Sermain traite de l’oppression et de la révolte des femmes chez Marivaux. D’autres précieuses études (Sophie Marchand, Christophe Martin, Nathalie Rizzoni, Pierre Franz, Conception Pérez-Pérez…) à leur tour passent au crible, sous une infinité d’angles, la galaxie Marivaux, lequel semble ainsi, fût-ce à distance, plus que jamais notre contemporain. Par ailleurs, avant le cahier de création et les chroniques, dans des textes majeurs choisis par Jean-Louis Jacquier-Roux, sont évoquées la figure et l’œuvre du romancier et résistant italien Beppe Fenoglio (1922-1963). Il reste à découvrir à sa juste hauteur, jusque dans son pays. Jean-Pierre Léonardini
Jusqu’au 30/07 en Avignon (84), Julie Timmerman met en scène deux spectacles : Un démocrate et Bananas (and Kings). Du théâtre documentaire et citoyen de belle facture, une dénonciation sans appel du capitalisme international. Entre mensonges et manipulation.
C’est une histoire authentique que nous conte Julie Timmerman avec Un démocrate à la Condition des soies. Celle de l’américain Edward Bernays, le neveu de Freud, qui inventa au siècle dernier propagande et manipulation… S’inspirant des découvertes de son oncle sur l’inconscient, il vend indifféremment savons, cigarettes, Présidents et coups d’État. Goebbels lui-même s’inspire de ses méthodes pour la propagande nazie. Pourtant, Edward l’affirme, il est un démocrate dans cette Amérique des années 20 où tout est permis ! Seuls comptent la réussite individuelle, l’argent et le profit. Quelles que soient les méthodes pour y parvenir… Entre cynisme et mensonge, arnaque et vulgarité, la parfaite illustration du monde contemporain : de la Tobacco Company à Colin Powell et les armes de destruction massive de l’Irak. Du théâtre documentaire de belle facture quand l’humour le dispute à l’effroi, tout à la fois déroutant et passionnant, une totale réussite. Yonnel Liégeois
Bananas (and Kings), au théâtre de l’Oulle, prend bille en tête l’histoire délétère de l’United Fruit Compan fondée en 1899. Devenue la Chiquita Brands, coupable de coups d’État meurtriers en Amérique du Sud, de déforestation, spoliation et mise en esclavage de populations, de pollution par les insecticides… Ils sont quatre comédiens à donner corps à une foule de personnages (capitalistes, généraux félons, hommes de main, Indiens surexploités), sur un ton satirique grinçant qui rappelle les exercices de lucidité de Brecht. Le texte tire son nerf d’une documentation minutieuse et d’un sentiment d’indignation bénéfique. Le jeu, souple, mobile, ironique, vitaminé, concourt haut la main à la compréhension concrète d’une fable parfaitement aiguisée, qui touche au cœur d’un monde perdu dans l’entropie. Après Un démocrate, qui démontait le mécanisme de la propagande comme publicité mensongère au profit des plus louches intérêts, Julie Timmerman, loin du sociologisme en vogue, porte le fer dans le cœur dur de la politique. Jean-Pierre Léonardini
Programmée initialement jusqu’au 26/07, la pièce Le cas de Lucia J. cesse toute représentation à l’Artéphile pour cause d‘expulsion ! Le motif de la direction ? La dégradation des murs de scène…
Alexandre Mange, le directeur de l’Artéphile, s’explique : « J’ai demandé plusieurs fois à Karelle Prugnaud (la comédienne, ndlr) de prendre des mesures conservatoires pour éviter l’accumulation de trous dans les murs du théâtre. Elle m’a plusieurs fois répondu qu’elle ferait attention. Mais on a constaté qu’il n’y avait pas d’amélioration, et aucune réaction de la compagnie. J’ai été obligé de prendre cette mesure pour protéger mon théâtre ».
« À croire que l’actrice à elle toute seule avait démoli le théâtre ! », commente avec humour le critique dramatique Jean-Pierre Thibaudat sur son blog. « Certes, il y a une scène, au demeurant magnifique, où l’actrice danse avec une chaise et la balance. D’où l’encoche citée plus haut. De là à parler d’une « accumulation de trous »… Le directeur du lieu avait vu le spectacle, sans doute lors d’une petite série de représentations parisiennes à la Reine Blanche, la folle danse avec la chaise y figurait », conclut le journaliste.
Choqué par la décision, Éric Lacascade, le metteur en scène, a fait part de son incompréhension et de son indignation :
« La violence libérale de certaines salles du off n’a pas de limites !
Le propriétaire de cette salle de théâtre décide de nous expulser (le terme est important : expulsé) de son espace sous prétexte que deux murs furent abîmés. La compagnie était bien évidemment prête à rembourser les dommages et avait déjà contacté son assurance. Mais bien loin de toute démarche artistique, le propriétaire du lieu, qu’il considère comme son « appartement », a décidé de nous expulser. La violence de ces propriétaires est sans limites. Un exemple ? Après une représentation, le directeur est entré dans la loge de la comédienne, sans frapper ni prévenir, alors que celle-ci était nue !
En expulsant la compagnie alors que toutes les représentations sont complètes, que de nombreux professionnels ont signalé leur présence aux prochaines représentations, alors que la compagnie a engagé des frais importants jusqu’à la fin du festival (logements, attachée de presse, attaché de production, etc…), cela nous place dans une situation financière dramatique.
Par ailleurs, le propriétaire du lieu connaissait le spectacle puisqu’il l’avait vu en tournée, il savait donc à quoi il s’engageait.
Nous sommes sidérés par la violence de cette décision. Celle-ci reflète le comportement d’un certain nombre de lieux avignonnais qui, bien loin de tout engagement ou démarche artistique, ne voient qu’un intérêt purement financier et économique ». Éric Lacascade
Directeur de Frictions-Théâtres/Ecritures, Jean-Pierre Han a ouvert les colonnes de la revue à Eugène Durif. Il est membre du comité de rédaction depuis sa création. Dans Le mur et les trous, l’auteur décrypte le cynisme de la décision, il y exprime autant sa colère que son désarroi.
À l’heure où nous publions ces lignes, aucune déclaration de la direction du Off d’Avignon, aucune réaction du SNMS (Syndicat national des metteurs en scène) ni du Syndicat professionnel de la critique (Théâtre, Musique et Danse), aucune proposition d’un autre lieu pour reprendre les représentations… Hormis l’affaire qui bruisse sur toutes les lèvres en Avignon, hormis les messages de solidarité qui affluent en faveur de la compagnie L’envers du décor, le silence est complice sur le pont : pour mieux noyer le poisson ! Yonnel Liégeois
Sise à Roubaix (59) et consacrée aux rapports culture et travail, l’associationTravail&Culturea répertorié spectacles et rencontres qui abordent la question du travail au Festival d’Avignon. Une initiative à saluer, une invitation à découvrir des spectacles hors des sentiers convenus. Ancrés sur paroles et réalités ouvrières, souvent de belle facture et d’une puissante intensité dramatique.
Forte de sa démarche d’éducation populaire, l’association initie de nombreux projets culturels et artistiques (spectacles, lectures, expositions, ateliers, films, résidences d’écriture…) entre créateurs et milieux populaires. Elle est reconnue par le ministère de la Culture comme référent national sur les questions culture/monde du travail. Yonnel Liégeois
Rvi – Spectacle mis en scène par Maryse Meiche (Cie Combines) – Théâtre de la Bourse du Travail CGT, Avignon (84) – du 07/07/22 au 17/07/22 – 15h en savoir plus
La R’vue – Création collective de et par la Compagnie Théâtre de L’Aventure ! – Théâtre de la Bourse du Travail CGT, Avignon (84) – du 07/07/22 au 17/07/22 – 21h en savoir plus
Chambre 2 – Spectacle mis en scène par Catherine Vrignaud Cohen (Cie Empreinte(s)) – Théâtre Golovine, Avignon (84) – du 07/07/22 au 25/07/22 – 16h10 en savoir plus
Dépôt de bilan – Spectacle de et par Geoffrey Rouge-Carrassat (Cie La Gueule Ouverte) – Avignon-Reine Blanche, Avignon (84) – du 07/07/22 au 25/07/22 – 22h30 en savoir plus
À la ligne (Feuillets d’usine) – Spectacle mis en scène par Mathieu Létuvé (Cie Caliband Théâtre) – Théâtre de la Manufacture, Avignon (84) – du 07/07/22 au 26/07/22 – 13h50 en savoir plus
Le geste – Spectacle mis en scène par Hélène Tisserand (Cie Le plateau ivre) – Artéphile, Avignon (84) – du 07/07/22 au 26/07/22 – 17h15 en savoir plus
Cartable – Spectacle mis en scène par Vincent Toujas (Cie Toujours Là) – L’Espace Alya, Avignon (84) – du 07/07/22 au 28/07/22 – 20h45 en savoir plus
Paying for it – Création collective mise en scène par le Collectif La Brute – Théâtre des Doms, Avignon (84) – du 07/07/22 au 28/07/22 – 21h30 en savoir plus
Grès (tentative de sédimentation) – Spectacle mis en scène par Guillaume Cayet (Cie Le désordre des choses) – 11 • AVIGNON, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 10h35 en savoir plus
Pourquoi les lions sont-ils si tristes ? – Spectacle mis en scène par Karim Hammiche (Cie de L’Œil Brun) – 11 • AVIGNON, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 12h en savoir plus
Étienne A. – Spectacle mis en scène par Florian Pâque (Cie Le nez au milieu du village) – La Scala Provence, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 15h25 en savoir plus
Des femmes respectables – Pièce chorégraphique de Alexandre Blondel (Cie Carna) – Avignon-Reine Blanche, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 18h15 en savoir plus
Leurs enfants après eux – Spectacle mis en scène par Hugo Roux (Cie Demain dès l’Aube) -11 • AVIGNON, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 22h15 en savoir plus
Bartleby – Spectacle mis en scène par Bruno Dairou (Cie des Perspectives) – Théâtre Le Casbestan, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 11h10 en savoir plus
Le prix de l’ascension – Spectacle de et avec Antoine Demor et Victor Rossi (Les créations manta) – Théâtre des Béliers, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 12h55 en savoir plus
Jules – Spectacle mis en scène par Mickaël Allouche (Carrelage Collectif) – Théâtre des Barriques, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 13h05 en savoir plus
Dream job(s) – Spectacle mis en scène par Alice Safran (Cie du Théâtre de l’Oiseau-Tonnerre) – Théâtre Tremplin, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 13h45 en savoir plus
Gueules noires – Spectacle mis en scène par Ali Bougheraba (Cie Rentrez dans l’art) – Théâtre Le Grand Pavois, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 13h50 en savoir plus
On vous rappellera – Spectacle mis en scène par Christophe Lavalle (Cie des Recruteurs) – Les Étoiles, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 14h10 en savoir plus
Petit boulot pour un vieux clown – Spectacle mis en scène par Virginie Lemoine – Théâtre du Balcon, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 16h en savoir plus
RISE (et si on transformait le monde ?) – Spectacle mis en scène par Ariane Boumendil (Cie Les Vagues Tranquilles) – Théâtre des Béliers, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 17h40 en savoir plus
Petit paysan tué – Spectacle mis en scène par Yeelem Jappain (Cie Cipango) – Théâtre des Lucioles, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 21h45 en savoir plus
Débrayage – Spectacle mis en scène par Nikson Pitaqaj (Cie Libre d’Esprit) – La Chapelle des Italiens, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 21h45 en savoir plus
La Mâtrue – Adieu à la ferme – Spectacle de et par Coline Bardin (Cie La Mâtrue) – Théâtre du train bleu, Avignon (84) – du 08/07/22 au 24/07/22 – 16h15 en savoir plus
Élémentaire – Spectacle mis en scène par Clément Poirée (Théâtre de la Tempête) – Théâtre du train bleu, Avignon (84) – du 08/07/22 au 27/07/22 – 10h en savoir plus
La passe imaginaire – Pièce chorégraphique mis en scène et interprétée par Etcha Dvornik (Cie Etcha Dvornik) – Théâtre Tremplin, Avignon (84) – du 08/07/22 au 30/07/22 – 20h30 en savoir plus
À la ligne – Spectacle mis en scène par Katja Hunsinger (Collectif Artistique du Théâtre de Lorient) – Théâtre du train bleu, Avignon (84) – du 09/07/22 au 27/07/22 – 10h en savoir plus
Camille et la grève des boucher·ères – Spectacle mis en scène par Guillaume Fulconis (Cie Ring Théâtre) – Festival Villeneuve en scène, Villeneuve lez Avignon (30) – du 10/07/22 au 20/07/22 – 22h en savoir plus
Ma prof ? – Pièce chorégraphique de Émilie Buestel et Marie Doiret (Cie Sauf le dimanche) – La Cour du spectateur, Avignon (84) – du 11/07/22 au 27/07/22 – 13h30 en savoir plus
Infirmière, sa mère ! – Spectacle de et par Caroline Estremo – Théâtre Le Paris, Avignon (84) – les 12/07/22 et 13/07/22 – 21h15 en savoir plus
Éducation nationale – Lecture et présentation de la création de Jeanne Lepers et François Hien, mise en scène par Jeanne Lepers (Cie Bloc / Harmonie Communale) – Théâtre du train bleu, Avignon (84) – le 14/07/22 – 10h30 en savoir plus
Libr’ – Spectacle mis en scène par Isabelle Starkier (Cie Poupette et Cie) – Théâtre de la Rotonde, Avignon (84) – du 19/07/22 au 28/07/22 – 16h en savoir plus
Cordialement, – Spectacle mis en scène par Aurélia Ciano (Cie Donc du coup) – La Factory – 3-Chapelle des Antonins, Avignon (84) – du 19/07/22 au 30/07/22 – 10h en savoir plus
Europe Connexion – Spectacle mis en scène par Pablo Dubott (Cie La Mala) – Théâtre Tremplin, Avignon (84) – du 19/07/22 au 30/07/22 – 10h15 en savoir plus
À SAVOIR AUSSI :
–Travailler dans le spectacle ! Sens, engagement, expérience – Forum animé par Catherine Courtet (ANR) et Claire Guillemain (Thalie Santé) – Cloître Saint-Louis, Avignon (84) – le 13/07/22 – 10h à 13h
– Quelle politique sociale pour le spectacle vivant ? – Avec la mutuelle Audiens, en partenariat avec la CGT spectacle – Cloître Saint-Louis, Avignon (84) – le 13/07/22 – 16h30 à 18h
Au lendemain des élections, l’historienne Martine Riot-Sarcey commente l‘actualité politique. Par la spécialiste du féminisme et des révolutions du XIXe siècle, une analyse hors des propos convenus. La professeure émérite à l’université Paris-VIII-Saint-Denis plaide pour une vraie démocratie, celle qui s’organise de bas en haut.
Difficile d’aller à l’encontre des espoirs d’un grand nombre d’entre nous, mais il me semble plus que nécessaire d’ouvrir une brèche critique dans l’enthousiasme mesuré au soir du second tour des élections législatives. Tout d’abord, un constat d’échec accablant dont les effets délétères sont à venir : l’entrée en force de l’extrême droite à l’Assemblée quand la victoire électorale revient aux abstentionnistes ! La honteuse propagande du représentant de la France de Vichy, fascinant les médias pendant des mois, a banalisé le rejet de l’autre, et permit ce score inédit de l’extrême droite. Certes la majorité présidentielle a subi un désaveu. Mais force est de constater que la démocratie électorale se révèle telle qu’en elle-même, non représentative, tous partis confondus. La vraie démocratie reste à construire. Or, pas plus que les autres, la Nupes, par l’intermédiaire de son leader, ne s’est engagée vers la participation réelle et immédiate de la population : elle a imposé ses candidats sans la moindre consultation des électeurs à la base dans chaque circonscription. Et l’élection de Rachel Kéké ne suffira pas à provoquer un bouleversement. La vraie démocratie reste à construire.
La catastrophe écologique, en cours désormais, nous oblige à rompre avec les illusions d’hier. Comment imaginer possible une réduction urgente et drastique de la consommation d’énergie sans l’assentiment puis la collaboration étroite de tous et de chacune ? Comment imaginer réalisable la réorientation de l’économie vers une production, non pas guidée par la technique ou la technologie, mais vers un mieux-être de l’ensemble de l’humanité si la prise en charge directe des individus n’est pas engagée ? Comment mettre un terme aux discriminations, sans l’horizon d’une justice sociale partagée, et mise en œuvre par tous, comme nos prédécesseurs n’ont cessé d’en réclamer la réalisation ? Il ne s’agit plus de surseoir aux tâches incontournables en brandissant un illusoire programme de transition, il s’agit tout simplement de renouveler un processus maintes fois entravé en donnant la priorité au « progrès de l’esprit humain » (Condorcet), au service du vivant comme des plus fragiles et de renoncer à la force des choses dont le primat nous a conduits à la catastrophe présente. Le fétichisme de la marchandise, au profit d’une minorité de privilégiés, est à l’origine, nous le savons, de l’exploitation de la nature, comme de l’exploitation de l’homme par l’homme, et donc responsable des inégalités sociales comme de la disparition de certaines espèces.
Tout est à repenser, de la réparation de la planète à l’élimination des différentes formes de domination. La tâche est immense et ne s’accomplira pas à coup de manœuvres parlementaires et de manifestations de rues. Rien désormais, on le sait, ne pourra se faire sans l’engagement de tous dans le respect de l’autre. Cette actualité est inéluctable et la difficulté ne se résout pas en occupant les places d’un pouvoir au service du libéralisme depuis le XIXe siècle, quelle que soit la couleur politique des dirigeants des différents pays. En France, une forme d’union de la gauche a été réalisée dans le cadre électoral, à l’écart de l’immense mobilisation de citoyens qui depuis plusieurs années non seulement réclamaient cette unité mais tissaient des liens avec le plus grand nombre d’habitants de ce pays. La France insoumise a imposé son rythme en suivant les directives de son leader. Aujourd’hui rien n’est prévu pour commencer collectivement cette lourde tâche que nous imposent les méfaits des dirigeants du monde entier. Après la Syrie, l’Ukraine, la domination des puissants par la guerre destructrice se poursuit, tandis que la famine menace de nombreux pays, et que la question sociale se pose partout. L’engagement pour une nouvelle Constituante ne suffit pas, l’expérience du Chili nous le montre.
Il est encore temps de réagir en organisant des débats au plus près du quotidien de chacun, afin d’apprendre à gérer ensemble la chose publique (res publica), laquelle nous concerne tous. Nous pourrions multiplier les universités populaires afin d’égaliser les connaissances en s’autoformant tout en réapprenant à débattre, collectivement, à condition de croire à la responsabilité collective. Dès décembre 2018, des collectifs de gilets jaunes ont opté pour l’apprentissage de la démocratie réelle. Ils nous ont montré le chemin. Il ne suffit pas de s’approprier leur chanson fétiche pour laisser croire que nous sommes de leur côté, encore faut-il, comme ils l’ont fait, mettre en œuvre la démocratie dans tous les lieux communs, en commençant par les mouvements, partis et syndicats etc. Le mode de gouvernement démocratique, en effet, ne se définit pas par la force « de convaincre », comme nous l’avons entendu au soir du premier tour, mais par l’écoute et le débat en cherchant à faire revivre la tradition de la gestion collective.
Nous héritons de deux siècles de délégation de pouvoir, c’est pourquoi la tâche est ardue, et sera longue, mais la conjoncture nous commande d’ouvrir les yeux sur la réalité écologique et sociale dont la dégradation est irréversible si chacun d’entre nous ne prend pas sa part de responsabilité.Rien de « révolutionnaire » ne peut se faire concrètement par de simples décisions gouvernementales, excepté sous les régimes autoritaires dont nous ne sommes pas à l’abri, loin s’en faut. Il est temps que les différents « représentants », se réclamant de la tradition populaire, cessent de faire croire que l’occupation des postes du pouvoir d’Etat détiendrait les clés de l’avenir. L’histoire a été suffisamment éloquente à ce sujet. De l’Urss à la Chine en passant par le Venezuela jusqu’aux mesures d’après-guerre en Europe, les nationalisations ne sont en rien la garantie d’une gestion démocratique.
Au XIXe siècle les ouvriers définissaient la liberté en ces termes : « le pouvoir d’agir dans tous les domaines ». Reprendre à notre compte cette tradition est la nécessité du moment en ouvrant dès maintenant la voie de la vraie démocratie, laquelle, n’en doutons pas, n’advient pas de haut en bas, mais s’organise de bas en haut.Michèle Riot-Sarcey
Spécialiste de la romancière George Sand, Christophe Grandemange publie Une vie inachevée. La biographie consacrée à Solange, la fille de l’auteure de La mare au diable. Une femme à forte personnalité, qui signera elle-même divers ouvrages, dont trois romans.
Solange Sand ne bénéficie pas de la renommée de sa mère, George Sand. Un personnage devenu emblématique du Berry, connu pour ses engagements et sa personnalité, autant que pour son œuvre littéraire. Les ouvrages ne manquent pas pour relater l’existence de l’écrivaine.
Passionné par l’auteure de « La mare au diable », Christophe Grandemange a fondé Corambé, une association qui lui est dédiée. Il consacre alors une grande partie de son travail à George Sand et aux membres de sa famille. C’est donc tout naturellement qu’il s’intéresse à Solange. En 2017, il publie une première biographie la concernant. En 2021, il écrit Une vie inachevée, un ouvrage nourri d’extraits de l’abondante correspondance qu’elle rédige à destination de sa mère. Ces lettres permettent de mieux connaître la vie de cette femme à très forte personnalité, marquée par une relation conflictuelle avec sa génitrice affirmant que sa fille « est gaie, folle, fantasque, aimable et détestable au suprême degré ».
Le parcours chaotique de Solange l’a conduit dès l’âge de 19 ans à un mariage contesté par son entourage. Elle épouse le sculpteur Jean-Baptiste Clésinger, un homme qui se montre violent et alcoolique. Le couple sera expulsé de Nohant, la célèbre résidence de la famille Sand. Solange se séparera de son époux quelques années plus tard. Sa vie tourmentée sera marquée très tôt par la disparition de ses deux enfants et par la souffrance psychologique née des rapports avec sa mère. Elle réalisera de nombreux voyages et l’écriture de plusieurs ouvrages, dont trois romans. Philippe Gitton
Jusqu’au 1er juillet, la médiathèque d’Azay-le-Ferron (36) présente une exposition de photographies consacrée à la famille Sand.
Chaque semaine, du lundi au vendredi à 12h30, France Inter ouvre son antenne à d’insolites Carnets de campagne. Parole est accordée aux initiatives citoyennes sur les territoires. En accord avec notre confrère Philippe Bertrand, le créateur de l’émission, Chantiers de culture se réjouit d’en relayer la diffusion. Yonnel Liégeois
L’histoire qui ouvre le premier chapitre de cette édition en Côte-d’Or, est d’une grande humanité et d’une reconversion professionnelle qui ne tenait qu’à un fil. Le fil de l’histoire se déroule à Arnay-sous-Vitteaux avec Aurélien Pitaval, ingénieur du son devenu meunier auMoulin du Foulon. Vous me direz entre le blé, le son et la farine, il y a des liens qui nous échappent… Ils sont tous aussi jeunes les uns et les unes que les autres à l‘image de Baptiste passionné par les médias, Christelle par la typographie, Benoît par l’image et Manon, jeune journaliste. Ensemble ils ont inventé une revue rare par son format et son contenu qui s’appelle tout simplement Pays. Une première publication portait sur Saint-Malo, une seconde sur le Vercors et une troisième sur le quartier de Belleville.
Le défaut des campus ? Être parfois implantés en périphérie des villes et non au cœur de celles-ci… C’est le cas à Dijon, même si l’urbanisation a tendance à encercler petit-à-petit ces territoires du savoir et de la formation. Longtemps s’est posée la question des activités étudiantes en lien avec la communauté urbaine. Le problème est résolu depuis un moment à l’image du GNUB, le groupe naturaliste universitaire de Bourgogne. Cette association, créée en 2006 et basée sur le campus de Dijon, est l’exemple même de l’ouverture sur le monde et sur la nature. Parmi les initiatives du GNUB, il y a inévitablement des sorties naturalistes (brame du cerf, sorties botaniques ou prospections nocturnes) mais aussi des opérations de sauvetage du crapaud que la presse locale relaie régulièrement. Elles se réalisent avec les habitants, comme les suivis de populations du Hibou Grand-Duc ou de la Salamandre tachetée. Je retiens plus particulièrement l’inventaire participatif que les étudiants montent depuis avril dernier dans le cadre du programme Campus biodiversité afin de sensibiliser à la biodiversité sur le campus. L’association est ouverte à tous les publics.
Fanny et Gwendoline, quant à elles, ont achevé leurs études pour se lancer dans une petite entreprise établie à Dijon sous le nom de Druydès. Souffrant d’allergies aux cosmétiques conventionnels, elles ont ouvert un laboratoire de shampoings solides 100% naturels. Le plus dans leur démarche est l’emballage utilisé qui est une boîte de papier ensemencé. Il suffit après déballage du produit de laisser l’emballage s’imbiber d’eau avant la mise en terre de ce qui donnera naissance à une belle variété de coquelicot bio. Elles ont mis au point plus récemment un shampoing solide naturel pour les animaux qu’elles ont baptisé Dahü. Philippe Bertrand
Comptant parmi les plus anciennes publications de France, créée en 1909, la Vie Ouvrière s’offre un coup de renouveau ! Hebdomadaire durant plus d’un siècle, ensuite mensuel, le magazine de la CGT devient une revue trimestrielle.Un ultime défi à relever !
Crise du syndicalisme conjuguée à celle de la presse, le magazine de la CGT La Vie Ouvrière (la V.O.) se devait de réagir à défaut d’une mort annoncée. Un paradoxe pour le plus fort tirage de la presse française dans les années 60 (plus de 600 000 exemplaires, mieux que Paris Match…), le journal des plus grands photographes en ses heures de gloire (Bloncourt, Doisneau, Ronis), le titre qui célébra le Front Populaire avec liesse et fut le seul à paraître durant les événements de mai 68, l’unique publication syndicale qui ouvrit durablement ses pages à la culture et afficha en Une des figures marquantes de la scène et du grand écran, de Jean Vilar à Michel Piccoli. Sans oublier Gérard Philipe et Jean-Paul Belmondo, deux emblématiques responsables du syndicat CGT des acteurs… Ah, nostalgie, quand tu nous tiens !
Organisée autour d’un dossier d’une cinquantaine de pages au titre sans surprise décliné sous diverses entrées, Les riches profitent, on trinque, la revue est d’un abord attirant : colorée, aérée, rythmée, un graphisme soigné, une iconographie alléchante. Une idée plaisante ensuite, la signalisation des sujets sous un label générique qui s’affichera d’un numéro l’autre : Le lieu, L’objet, Vu de ma fenêtre, Le jour où… Des articles qui ouvrent à des regards pluriels sur une histoire du syndicalisme local, sur la vie d’artistes aux propos décalés, sur les choix de salariés engagés dans la transformation du monde : la visite édifiante à la Maison du Peuple de Limoges classée aux Monuments historiques en 2014, la rencontre émoustillante avec le graphiste Gérard Paris-Clavel instigateur de la « Rêve Générale », un dialogue éclairant avec les bénévoles de la cantine solidaire du quartier de l’Épeule à Roubaix.
Hors ses qualités formelles, le trimestriel livre une timide révolution éditoriale ! La matière à réflexion abonde pourtant : les nouvelles formes du militantisme, la déshérence des campagnes, les carences des élites syndicales, le travail éclaté, le dépérissement culturel des consciences… Pour toucher un lectorat autre que son public captif et assurer sa pérennité, un seul impératif : s’affranchir des sujets convenus, s’ouvrir à l’inattendu et risquer l’aventure en terre inconnue. Un défi à relever pour la Vie Ouvrière, nouvelle formule. Yonnel Liégeois
La Vie Ouvrière, 100 pages, 9€50. Case 600, 263 rue de Paris, 93516 Montreuil Cedex (Tél. : 01.49.88.68.50). Abonnement version papier et numérique (4 numéros par an, 60€) avec accès au site nvo.fr : abonnement@nvo.fr .
Le 14 avril, Vincent Bolloré lançait son OPA sur le groupe Lagardère : Hachette, le réseau Relay, Paris-Match et Europe 1… Dans les milieux de l’édition qui s’émeuvent de l’opération financière, la voix de Françoise Nyssen. Un appel de l’éditrice et présidente d’Actes Sud en faveur de la diversité éditoriale.
« En 2003, au moment où Lagardère voulait racheter ce qui était alors Vivendi Universal Publishing, les deux groupes étaient de tailles et de périmètres comparables. Depuis lors, Hachette s’est beaucoup développé. Avec cette acquisition, la famille Bolloré ne serait pas seulement à la tête d’un éditeur, mais d’un énorme conglomérat multimédia, avec Canal Plus et tout un empire de presse, une agence de communication et de publicité, Havas, des salles, un studio de production cinématographique, un éditeur de musique, des jeux vidéo, des entreprises Web et tout un ensemble d’éditeurs étrangers. Ajoutons un réseau de distribution très étendu, et c’est tout l’écosystème de la création avec sa déclinaison sur différents supports qui est en jeu.
C’est une distorsion de concurrence manifeste. Ils ont des moyens financiers, des médias, ils peuvent dérouler un plan com. C’est ainsi qu’un livre de Michel-Yves Bolloré (frère de Vincent) a pu bénéficier d’une promotion et d’une mise en place en librairie sans précédent et devenir un best-seller. On ne vit pas que de best-sellers, mais si un livre peut dégager suffisamment de marges, il pourra en faire vivre d’autres. Si nous allons vers une économie de best-sellers, seul le groupe Bolloré Hachette sera rentable. Il y a un vrai souci quant à la préservation de la « biodiversité éditoriale ». Aujourd’hui, nous lançons l’alerte. Nous nous sommes rapprochés de la Commission à Bruxelles dès l’annonce de ce projet d’OPA et tenons à continuer de nous mobiliser pour faire entendre notre voix d’éditeur indépendant. Sur le fond, j’ai toujours été favorable à une régulation qui permette à chacun d’agir. C’est le cas de la loi Lang ou du droit voisin des éditeurs de presse. L’édition nécessite cette pluralité, dans tous les secteurs.
Bolloré, devant, le Sénat s’est posé comme le champion français contre les Gafa. Mais Amazon n’a qu’une faible partie du marché du livre. Contre lui, il faudrait soutenir la diversité et de la proximité. On est toujours plus fort à plusieurs. Je pense à ce dessin des petits poissons qui se mettent tous ensemble et forment un gros requin ». Françoise Nyssen
Les 26 et 28 mai, situé en région Centre-Val de Loire, le château d’Azay-le-Ferron (36) dévoilera une partie de ses secrets. Deux visites, dites « insolites », offriront au public une approche différente de cet édifice de la Renaissance.
Chaque année, le château d’Azay propose au public des visites qui se distinguent du programme classique. Diverses, insolites… Le jeudi 26 mai, place à la « ballade chantée » : le guide accompagne ses explications habituelles de pauses mélodiques. Il interprète plusieurs chansons, de la Renaissance à nos jours, symbolisant sans doute l’histoire de ce château étalée sur plusieurs siècles. Le samedi 28 mai, « Trésors cachés » ouvre les portes de pièces ordinairement interdites au public. Ambiance nocturne et torche allumée pour pénétrer dans la salle des jeux, l’office, la chambre du docteur, et bien d’autres endroits fréquentés par les maîtres des lieux.
Des rendez-vous insolites avec le château, sont ainsi prévus durant toute la saison. « Dans les pas d’un domestique » révèle un aperçu du quotidien des gens de maison. Les visiteurs emprunteront les couloirs et les escaliers de service. Le personnel les utilisait pour accéder à telle ou telle pièce à vivre, sans pour autant en traverser d’autres. L’occasion est donnée au public de découvrir coins et recoins, chambres et salles ignorées probablement des invités. Des lieux parfois surprenants, marqués pour certains de quelques innovations techniques, étonnantes pour l’époque. « Scandales au château » livre enfin les petites histoires de la demeure et de ses occupants : affaires plus ou moins sordides, squelettes retrouvés emmurés, espionnage, secrets en tout genre….
Les plus jeunes (entre 5 et 12 ans), quant à eux, ont droit à leur visite costumée. Le déguisement est toujours de rigueur pour une balade en extérieur ! « Il était une fois un jardin » offre aux promeneurs une petite virée d’un autre temps, au cœur du très beau parc paysager. Ses parterres, son jardin, ses vergers : on se laisse aller facilement à la flânerie… On profite aussi de la vue intégrale sur le château, les différentes phases de sa construction y apparaissent. Il fut érigé, pour l’essentiel, du XVe au XIXe siècle. La galerie qui relie le château aux anciennes dépendances date de 1926. Un haut lieu chargé d’histoire, le premier seigneur connu et occupant du château était le Chevalier Turpin de Crissé en 1250.
Six siècles plus tard, la famille Luzarche devient propriétaire. En 1951, Madame Hersent, née Luzarche, lègue la propriété à la ville de Tours et demande qu’elle soit ouverte au public, en préservant chaque pièce aménagée du temps des Hersent et des Luzarche. Raison pour laquelle il est possible désormais de découvrir les appartements, les décors, les meubles, de connaître les modes de vie et tout leur environnement. Philippe Gitton
Ouverture du château, parc et jardins : tous les jours, jusqu’au 13/11.Initiatives et visites insolites sont proposées durant toute la saison, suivies d’une dégustation de produits locaux (Tél. : 02.54.39.20.06).
Jusqu’au 21/05, au Centre d’art contemporain de Montreuil (93), s’expose Tignous Forever. Un hommage à Bernard Verlhac, dessinateur de Charlie Hebdo assassiné en 2015, à travers 400 dessins dont 60 inédits. Une œuvre joyeuse et vivante.
On rit, on pense, on réfléchit ! Se rendre au 116 rue de Paris à Montreuil (93), étonnant Centre d’art contemporain au cœur de la banlieue ouvrière, n’est point pèlerinage mortifère… D’une salle d’expo à l’autre, d’un dessin l’autre, la bonne humeur, les légendes policées et l’éclat des couleurs nous accueillent à bras ouverts. Les impressions se confirment, la rumeur s’affirme : Bernard Verlhac, alias Tignous ? Un sacré bonhomme, « un mec bien », un grand dessinateur ! « Un grand artiste qui était à n’en point douter un humaniste, ce qui émane de chacun de ses dessins », commentent Nicolas Jacquette et Jérôme Liniger, les deux scénographes de l’exposition.
Nombreux sont-ils à se remémorer les tragiques événements de janvier 2015, l’assassinat de douze personnes dans les locaux de Charlie Hebdo dont Cabu-Charb-Honoré-Tignous-Wolinski au nombre des dessinateurs, les images fortes de l’après-attentat : la « marche républicaine » qui rassemble plus d’un million et demi de personnes sur les boulevards parisiens le 11 janvier, les mots forts du maire et de la garde des sceaux, Patrice Bessac et Christiane Taubira au cours del’hommage rendu en l’Hôtel de ville de Montreuil le 15 janvier (depuis trente ans Tignous en était citoyen, fortement engagé dans les collèges et lycées), le cercueil bariolé de moult dessins des copains et voisins à la sortie de la mairie sous les applaudissements de la foule rassemblée !
« Tignous dessinait partout, tout le temps, même pendant les vacances », témoigne Cloé Verlhac, son épouse et commissaire de l’exposition. « Sur les galets qu’il ramassait à la plage, sur les bras des enfants et même sur mes jambes, créant des meubles avec des caisses à pommes, des sculptures avec des canettes et des bouchons » ! Au fil des œuvres exposées, s’affiche un artiste à la fine pointe du crayon, sachant d’un trait baliser une intuition, d’un coup de plume colorier ses impressions, d’une incise percutante formuler ses intentions. Un regard acéré, engagé sur notre société, ses dérives et contradictions, Tignous ne faisait pas semblant, enfant de la banlieue il l’était demeuré, jamais il n’oublia que le dessin le sauva des « conneries » qui furent fatales à ses copains d’enfance et de quartier.
Ici, un ours blanc tend un pinceau noir, proposant à son copain de se peinturlurer en panda : « C’est notre seule chance si tu veux que le WWF nous vienne en aide ». Un peu plus loin, un homme au sourire vorace en tient un autre à bout de bras : « Il y a 8,5 millions de pauvres en France, offrez en un à Noël » ! « Tout est drôle », glisse une jeune femme, face aux dessins de Tignous. « Plus c’est noir, plus ça me fait rire », rapporte la journaliste Elsa Marnette dans les colonnes du Parisien. Effectivement, ce n’est pas triste de flâner d’un dessin l’autre, d’un panda hilare becquotté par deux charmantes damoiselles à « Un nichon guidant le peuple », selon un tableau célèbre ! Outre des dessins originaux, des photographies, des vidéos, les écrits et témoignages des amis et complices de plume !
Une œuvre joyeuse et vivante, une exposition festive et « bordélique » à l’image de ce croqueur d’images jamais rassasié qui avait ses thèmes de prédilection : le travail, l’écologie, le social, l’amour et le sexe… Une geste artistique qui en appellera certainement d’autres à la découverte de plus de 20 000 dessins enfouis dans les chemises, dossiers et cartons de ce grand plasticien et coloriste que fut Tignous. Yonnel Liégeois
Jusqu’au 21 mai, Tignous Forever. Centre d’art contemporain, 116 rue de Paris, 93100 Montreuil (Tél. : 01.71.89.28.00). Du mercredi au vendredi de 14h à 18h, le samedi de 14h à 19h. Nocturne le jeudi, jusqu’à 21h.
Grand homme de culture, fondateur du Théâtre de La Commune à Aubervilliers (93), Gabriel Garran est décédé le 6 mai à Paris. D’une incroyable puissance de vie, ce petit d’homme a inspiré moult créateurs, auteurs et artistes. Un héraut de la francophonie, du Maghreb au Québec, de l’Asie à l’Océanie.
Metteur en scène, écrivain et poète, Gabriel Garran était un homme d’une courtoisie exemplaire. C’est toujours avec le sourire qu’il accueillait d’une poignée de main chaleureuse en son TILF, le Théâtre international de langue française qu’il fonda en 1985 au Parc de la Villette, critiques, amis et public grand ou petit. Vingt ans plus tôt, éminent défricheur et baroudeur, avec la complicité du maire communiste Jack Ralite, il créait à Aubervilliers le premier théâtre populaire permanent en banlieue, le Théâtre de la Commune depuis lors devenu Centre dramatique national.
De son vrai nom Gabriel Gersztenkorn, l’œuvrier des planches est né en 1927 à Paris d’un couple de juifs polonais. Lorsque la guerre éclate, son père est déporté à Auschwitz, où il meurt. « Après ces années noires, le théâtre sera sa planche de salut », écrit notre consœur Armelle Héliot. Rappelant aussi que, du TILF au Parloir contemporain sa dernière compagnie, il n’aura de cesse d’arpenter les territoires de la francophonie. Prenant fait et cause pour les auteurs d’Afrique, du Québec, d’Haïti, du Maghreb… « De Sony Labou Tansi à Nancy Huston, en passant par Normand Chaurette, Marie Laberge, Koffi Kwahulé, tous ceux que l’on connaît aujourd’hui, que l’on retrouve à Limoges et partout ailleurs, sont là », constate l’ancienne critique dramatique du Figaro.« La disparition de Gabriel Garran laisse orphelins tous ceux qui se sont autoproclamés les « enfants d’Aubervilliers » ainsi que plusieurs générations d’artistes qui ont pu trouver auprès de lui une filiation artistique et populaire profonde », notent avec une infinie tristesse ses proches et complices de longue date. En 2015, il était récompensé de la grande médaille de la francophonie par l’Académie française. Sa devise ? « L’avenir du théâtre appartient à ceux qui n’y vont pas » !
Auteur de deux pièces de théâtre et de centaines de poèmes édités à tirage restreint, Gabriel Garran signait en 2014 une poignante biographie. Géographie françaisenous révélait le périple d’un enfant, fils d’immigrés polonais, au cœur de la tourmente et de la débâcle des années 40, au cœur surtout de la déportation ou de la clandestinité pour les juifs de France. Avec force émotion et une mémoire à fleur de peau, il nous livrait ses fragments de jeunesse qui le marqueront à tout jamais. En errance sur les routes de l’hexagone, un bel hymne à la révolte et à la liberté de tout temps menacée et, à la vie à la mort, sans cesse à reconquérir. Yonnel Liégeois
Chaque semaine, du lundi au vendredi à 12h30, France Inter ouvre son antenne à d’insolites Carnets de campagne. Parole est accordée aux initiatives citoyennes sur les territoires. En accord avec notre confrère Philippe Bertrand, le créateur de l’émission, Chantiers de culture se réjouit d’en relayer la diffusion. Yonnel Liégeois
Dans les Landes nous avons été alertés à plusieurs reprises sur un cinéma Art et Essai assez peu attendu dans la toute petite station balnéaire de Contis Plage. Le cinéma de Contisexiste depuis 1996 et propose des séances quasi à la demande du public. Le film ne vous plaît pas, alors on change de bobine. J’ai entendu un habitué des lieux dire que même avec deux spectateurs les séances étaient maintenues. En général, ils sont bien plus nombreux dans cette vaste salle de 290 places qui privilégie les films d’auteur en version originale sous-titrée. Au mois de juin, le cinéma met en lumière durant 5 jours son festival international qui comprend des long-métrages en avant-première nationale et une compétition de courts-métrages. Sa 27ème édition se tiendra du 22 au 26 juin. Le cinéma de Contis a trois labels : Jeune public, Répertoire et Patrimoine, Recherche et découverte. Enfin, il est membre du réseau Europa Cinemas.
Voici un métier qui risque peut-être de se développer en France, ne serait-ce qu’avec les changements climatiques qui touchent l’hexagone. J’ai nommé le métier de chamelier. Animaux de bât, les chameaux ont l’avantage de supporter les températures les plus extrêmes, qu’elles soient négatives ou positives. Dans les Landes, une association a donc été créée pour promouvoir cet animal qui peut autant participer au nettoyage de la côte Atlantique que s’activer au débardage ou encore à des activités touristiques.
Vous êtes nombreuses et nombreux à nous écrire régulièrement pour nous demander un conseil ou un renseignement suite à la diffusion d’une émission. Vu la difficulté à recenser les milliers de références présentées dans les carnets de campagne, un éditeur indépendant, les éditions Via tao, spécialisées dans les guides de voyage écolo et éthique, nous a sollicité afin de réaliser un guide des initiatives inspirées des seize saisons des Carnets. Classées par région et par thème (agriculture et alimentation, culture, économie sociale et solidaire, entreprises engagées et innovations, environnement, social et solidarités), 700 initiatives ont été sélectionnées et sont détaillées dans ce guide des alternatives et solutions. L’ouvrage, qui paraîtra début juin en coédition avec France Inter, vient d’être proposé en précommande sur la plateforme Ulule. Philippe Bertrand
L’écrivain italien Erri De Luca a participé à un convoi humanitaire. La destination ?Sighetu Marmatiei, une ville roumaine frontalière de l’Ukraine. Dans les colonnes du Monde, il a raconté comment cette guerre a transformé « des individus en peuple ».
Ce voyage en Ukraine me ramène forcément à ceux faits durant la guerre de Bosnie entre 1992 et 1995. J’avais alors la quarantaine, j’ai maintenant 71 ans, mais le désorientement du retour à la maison est toujours le même. Après les journées passées avec ceux qui ont tout perdu et qui campent dans des dortoirs de fortune, après la distribution de notre chargement et une fois nos camions vidés, le retour à la base de départ laisse aussi étourdis qu’alors. Et ça ne vient pas de la fatigue, ça vient d’un vide, le désarroi de celui qui peut revenir sain et sauf.
Aux réfugiés, il reste une valise et la caution d’être vivants, de pouvoir attendre. C’est leur conjugaison du temps, l’indicatif présent du verbe « attendre », sans regards tournés vers le passé ou le futur.
Après 1 350 kilomètres de voyage sur de bonnes routes, à travers la Slovénie, la Hongrie, la Roumanie, le convoi arrive à Sighetu Marmatiei, ville à la frontière de l’Ukraine. Parti de Modène, il est organisé par les bénévoles de [la fondation] Time4Life, qui interviennent dans plusieurs régions du monde, de la Syrie au Nicaragua. Je ne les connaissais pas. C’est une bénévole des années de Bosnie qui me les a signalés.
Sur le « pont des jouets »
Sighetu Marmatiei est la ville natale d’Elie Wiesel, qui a été enfant à Auschwitz, puis récompensé par le prix Nobel de la paix. Je n’en trouve aucune trace dans la ville. Sighetu Marmatiei est séparée de l’Ukraine par un fleuve, un pont les relie.
A l’arrivée, nous livrons notre chargement dans un hôpital pédiatrique qui accueille des enfants ukrainiens. Une femme vient d’y accoucher, après avoir retenu ses contractions jusqu’à l’hôpital. Elle a quitté Kiev par une ligne de chemin de fer encore en service menant au sud, à 3 kilomètres environ de la frontière roumaine, et de là a marché jusqu’au pont des frontières, où elle a aussitôt été accueillie par la Croix-Rouge roumaine.
Elle met son bébé dans les bras des bénévoles qui, après le déchargement, passent dans les services pour saluer. La guerre en Bosnie m’a appris l’immense besoin de chaleur humaine, de proximité, d’affection, nécessaire pour ne pas se sentir seul dans le chaos des pertes et des fuites.Il est bon d’être plusieurs pour se manifester, demander des nouvelles avec l’aide d’interprètes. Nous sommes une trentaine de bénévoles dans ce voyage.
Toute guerre a une forme fratricide, mais celle-ci encore plus, à cause du lien étroit de culture et d’histoire entre Ukrainiens et Russes. Gogol, Boulgakov, Nekrassov, Babel – mon préféré, qui m’a poussé à étudier sa langue – sont des écrivains ukrainiens en langue russe. L’alphabet cyrillique me permet de lire les noms des lieux, des enseignes, des panneaux. Nous traversons le pont entre les deux frontières. Le long des trottoirs, quelqu’un a laissé pour les enfants ukrainiens des poupées, des jouets qui seront là pour les accueillir. On appelle déjà ce pont le « pont des jouets ».
Union de destin et de condition
Au-delà de la frontière avec l’Ukraine, nous franchissons les voies de la ligne de Kiev et nous pénétrons dans le territoire d’un peuple envahi. Nous nous arrêtons dans un ensemble de bâtiments scolaires où les salles ont été transformées en logements. Chaque étage a une cuisine, une machine à laver, des toilettes. Plusieurs centaines de femmes ont trouvé une place ici. Elles ne veulent pas quitter l’Ukraine. Elles viennent de Marioupol, de Kiev, d’Irpine. Grâce à leurs téléphones portables, elles restent en contact avec les hommes restés au milieu des combats. Elles sont au courant des destructions, des saccages, des viols. Aucune ne se lamente, ne s’épanche. Elles ont un sang-froid de combattantes, renforçant celui des hommes qui se battent Dieu sait où. Les enfants aussi sont disciplinés, ils jouent sans s’exciter ; si on les appelle, ils répondent, obéissants. Ils ressentent la guerre qui les a projetés loin, entassés quelque part et transformés en petits soldats sans uniforme.
La transformation en peuple de personnes qui, peu de temps avant, avaient encore des vies individuelles, des projets, des nécessités propres, part de leur comportement. Brusquement, ils se taisent, plongés dans leurs pensées, leurs peurs, leurs préoccupations. Brusquement, ils parlent en disant les mêmes phrases, en faisant les mêmes gestes. C’est aux enfants qu’on voit la transformation des individus en peuple, union de destin et de condition.
Tandis que nous retournons en Roumanie, nous voyons trois hommes se jeter dans le fleuve frontière, pour le traverser à la nage. C’est bientôt le soir, le froid intense de la fin de l’hiver. Les hommes ne sont pas autorisés à quitter l’Ukraine. Ils le font en descendant dans le courant à un endroit étudié au préalable, en amont des rapides. De la rive, un soldat leur crie de s’arrêter, puis il tire des coups en l’air. Les trois sont sur l’autre rive, trempés, et ils courent vers un bosquet de hêtres.
Déserteurs ou non, eux aussi se dirigent vers l’arrière-ligne de la guerre. Parce que telle est l’Europe aujourd’hui, la vaste arrière-ligne occidentale de l’Ukraine. Erri De Luca
Traduit de l’italien par Danièle Valin, la superbe plume des écrits d’Erri De Luca en langue française. Son dernier livre : Diables gardiens(Gallimard, 95 p., 16€).
Le 25 mars, la CGT organisait un échange web avec les syndicalistes ukrainiens. Sous l’égide d’Eva Emeyriat, rédactrice en chef du mensuel La vie ouvrière/Ensemble, les témoignages de Natalia Levystska et d’Olessia Briazgounova, respectivement vice-présidente et secrétaire internationale de la KVPU, la Confédération des syndicats libres d’Ukraine.
Cette guerre dure depuis huit ans dans notre pays, mais depuis le 24 février, le monde a changé, nous connaissons une agression terrible de la Russie. Malgré toutes nos difficultés, nous montrons à tout le monde que nous savons résister. Les syndicats continuent de fonctionner parfois en distanciel, parfois dans nos bureaux, la priorité étant d’aider les gens. Malheureusement, il y a peu de nos représentants à Kyiv [Kiev, NDLR], beaucoup se battent les armes en main. Certaines entreprises continuent de tourner, les mines sont opérationnelles. On essaie de maintenir les entreprises pour éviter les catastrophes écologiques. Aujourd’hui, nous luttons pour notre survie et pas pour nos conditions de travail ! On connaît depuis le début de la guerre des choses inimaginables, avec des bombes lâchées sur des civils…
Plus de 115 enfants sont morts
Plus de 200 écoles et hôpitaux ont été détruits, beaucoup de civils passent leur journée dans le métro, nos enfants doivent se cacher, se terrer, car une personne a pris la décision d’attaquer notre pays. Plus de 115 enfants sont morts, morts par ce que Poutine n’aime pas l’Ukraine, n’aime pas le fait que nous soyons indépendants, mais nous le sommes et nous le resterons ! Le soutien de nos partenaires syndicaux partout en Europe, dans le monde, est crucial et nous vous en remercions. Je suis originaire de l’est du pays, mes parents ont dû fuir le Donbass par le passé, c’est donc la deuxième fois que nous avons dû abandonner nos maisons, des millions de gens ont fui vers l’ouest de l’Ukraine, ce qui se passe est inimaginable au 21e siècle !
Ici, le droit international ne s’applique plus
Simplement, ce qu’il se passe n’est pas seulement le fait de Poutine, mais c’est aussi la faute de nombreux Russes qui ont peur de parler et de dire la vérité. J’estime que la Russie est responsable d’actes de guerre comparables à ceux commis pendant la Seconde Guerre mondiale. Voyez ce qu’il se passe dans les villes russophones Marioupol, Kharkiv ! Là bas, ils détruisent les livres, les manuels scolaires, comme les nazis ils menacent les profs, les obligent à faire cours en russe… Des personnes sont forcées à l’exil dans des régions éloignées de Russie, pour une durée de deux ans. Il s’agit ni plus ni moins de déportations, ce que notre peuple a déjà connu.
À Kharhiv, une personne qui a connu la Seconde Guerre mondiale et les camps nazis a été tuée il y a quelques jours. Poutine utilise des bombes au phosphore interdites par le droit international, mais ici, le droit international ne n’applique plus.
Ce pays [la Russie], qui se dit être un grand pays, se comporte comme un agresseur, un voleur ! Nous avons besoin d’aide, car c’est très difficile de travailler, de poursuivre notre activité syndicale, et nous sommes reconnaissants du soutien que vous nous apportez, ainsi qu’aux réfugiés. Mais nous avons aussi besoin d’aide militaire, car la situation est critique, surtout dans les villes assiégées. L’Ukraine a toujours été un pays paisible qui n’a jamais agressé personne, soyez conscients camarades que nous luttons ici et résistons pour protéger les valeurs démocratiques européennes qui sont aussi les vôtres !
De nouveau, je vous le demande, nous avons besoin de votre aide, de votre solidarité. Je sais que le monde nous voit lutter, je sais que nous allons vaincre. Ce que je veux, c’est voir la Russie disparaître de mon pays. Natalia Levystska
Femmes et jeunes, l’horreur et la violence
La guerre a pris une autre dimension. Elle se déroule au mépris des règles internationales. L’horreur est là, il y a les pillages, les meurtres, il faut aussi parler des conséquences terribles de la guerre sur les femmes et les jeunes. Il faut parler des viols, de la violence faite aux femmes. Des femmes qui vivent actuellement terrées dans les sous-sols depuis des semaines. Certaines accouchent sous les bombardements, dans le métro. Autant de femmes qui, autrefois, menaient une vie paisible, normale. Tout comme les jeunes qui, auparavant, travaillaient dans les mines, les transports, les centrales nucléaires, et dont beaucoup ont été tués sur la ligne de défense territoriale.
Des mères seules, sans rien
Beaucoup de gens ne peuvent plus travailler et sont privés de tout moyen de survie. Les travailleuses, quant à elles, ont énormément souffert, elles occupaient des emplois principalement dans le tertiaire, le tourisme, dans le secteur privé, là où plus rien ne fonctionne. Des mères seules sont sans rien. Heureusement, l’aide humanitaire et des bénévoles sont là…
Comme une partie de l’économie continue de fonctionner, d’autres femmes sont toujours au travail, mais dans des conditions périlleuses, sous les bombes, les missiles. Par exemple, le train entre Lviv et Kramatorsk qui devait évacuer des civils et cent enfants a été récemment bombardé. Des employées qui travaillent pour l’équivalent de la SNCF sont mortes. Par ailleurs, il faut aussi être vigilant sur les conditions dans lesquelles les femmes fuient les zones de guerre et arrivent dans d’autres pays. Il va falloir absolument contrôler la façon dont l’aide est apportée, le danger est grand de voir des criminels monter des réseaux d’exploitation, de traite sexuelle.
Une crise alimentaire internationale
Enfin, si cette guerre a pour objectif de toucher les enfants, les femmes, les civils, il faut aussi avoir conscience que la cible est également l’économie de notre pays. Marioupol, qui est quasiment rasée aujourd’hui, est une ville industrielle, tout comme Kharkiv. L’objectif des Russes ? Détruire nos infrastructures, afin que les jeunes Ukrainiens n’aient pas d’avenir. Car, quand on n’a pas de travail, on n’a rien à manger ! À ce sujet, il faut savoir qu’il y a d’ailleurs aussi des attaques contre les exploitations agricoles afin que l’on ne puisse plus rien semer et que cela nous conduise à une crise alimentaire.
Si on parle de crise alimentaire en Ukraine, il y aura en conséquence une crise alimentaire en Europe et en Afrique. C’est du terrorisme pur et dur, les conséquences seront mondiales ! Nous sommes très reconnaissants de l’aide qui nous est apportée et qui est cruciale pour nous. Celle-ci ne nous permettra pas de revenir à notre vie d’avant, alors il faut continuer d’exiger de la Russie qu’elle cesse cette guerre. Olessia Briazgounova