Archives de Catégorie: Documents

Sarah Bernhardt, sacrée destinée

Jusqu’au 22/12, au théâtre du Palais Royal (75), Géraldine Martineau présente L’extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt. Une pièce qu’elle a écrite et met en scène, avec Estelle Meyer dans le rôle-titre qui brûle les planches. Une joyeuse troupe de sept comédiens chanteurs accompagne les aventures de la diva.

Un vrai roman populaire que cette vie, même si c’était mal parti pour la petite Sarah : loin de sa famille, parmi les bonnes sœurs, à 14 ans elle se montre déjà impertinente et mutine ! Sa mère, une demi mondaine, veut la marier. Plutôt le couvent que dépendre des hommes. Et pourquoi pas le Conservatoire ? Ses débuts à la Comédie-Française sont catastrophiques, son attitude rebelle débouche sur sa démission. Mais à l’Odéon, la voilà bientôt en haut de l’affiche malgré chagrins d’amour, démêlés familiaux et un enfant qui nait sans père… On voit George Sand lui donner une leçon de diction, Victor Hugo lui confier le rôle de la Reine dans Ruy Blas : un triomphe. Elle devient alors la star internationale passée à la postérité, en témoigne le film de ses funérailles projeté discrètement en fond de scène. 400.000 personnes y assistent. Au-delà de l’icône, du « monstre sacré » selon Jean Cocteau, la pièce nous plonge dans l’intimité d’une femme non- conformiste, en lutte contre les préjugés de son temps.

Une femme en rupture avec son époque

La pièce dépeint aussi une époque où, peu avant le cinématographe, le théâtre était encore l’art populaire par excellence où les acteurs s’écharpaient pour un rôle, où le public sifflait, huait ou s’enflammait pour une actrice, comme pour une vedette de la pop aujourd’hui. Le théâtre du Palais Royal, avec ses ors et ses cramoisis, nous en rappelle l’ambiance. Cette Extraordinaire destinée brosse surtout le portrait d’une femme libre, qui voulait s’affranchir du joug patriarcal. Sans compter son engagement politique. Elle transforme l’Odéon en hôpital miliaire pendant le siège de Paris par les Prussiens en 1870, n’hésite pas à se produire sur le front devant les poilus en 1914- 1918 malgré sa récente amputation. Elle s’engagera dans la lutte contre l’antisémitisme au moment de l’affaire Dreyfus… Il y a l’envers du décor : déconvenues amoureuses, grossesse non désirée, famille dysfonctionnelle, perte de sa mère et de ses deux sœurs, fils joueur et fantasque. Des blessures d’amitié aussi, notamment avec son amie Marie Colombier qui, à l’issue d’une tournée théâtrale de huit mois aux Etats Unis et au Canada, écrit deux pamphlets, dont Les Mémoires de Sarah Barnum, grossièrement antisémite. Un scandale à l’époque.

L’air de rien, Géraldine Martineau révèle la modernité de son héroïne : « Sarah est une femme forte, ambitieuse, libre et jusqu’au-boutiste. Elle ne s’est pas construite grâce aux hommes ou dans l’ombre d’un homme. Elle n’est pas devenue une icône, parce que les hommes se la sont appropriée. Elle l’est devenue parce qu’elle a travaillé́ sans relâche toute sa vie, qu’elle a pris des risques et qu’elle s’est constamment réinventée. Elle a toujours refusé qu’on la contraigne ou qu’on l’enferme. » Après un préambule un peu malvenu, la pièce trouve son allure de croisière dès la première scène avec un joli trio pour chanter les funérailles d’une belette : « Ma petite belette est tombée sur la tête/ (…) morte d’un coup sec … ». Forence Hennequin (violoncelle) et Bastien Dollinger (piano et clarinette), omniprésents, rendent sensible l’atmosphère des différents tableaux, comme avec les mélodies klezmer, lors du mariage de Sarah Bernhardt, rappelant les origines juives de la comédienne. Simon Dalmais et Estelle Meyer signent la musique, l’actrice est aussi autrice compositrice interprète. Elle joue le rôle titre dans le Dracula de l’Orchestre National de Jazz dont elle a écrit le livret avec Milena Csergo (2019). À partir de ses chansons, elle a créé un spectacle aux Plateaux sauvages en 2019. Et en 2023, elle crée Niquer la fatalité, chemin(s) en forme de femme, un spectacle mis en scène par Margaux Eskenazi.

Un casting à la hauteur

En courts tableaux et une heure cinquante, Estelle Meyer nous entraine avec élan dans la vie tumultueuse de son héroïne. D’abord elle campe une jeune première empruntée, à la voix incertaine, puis elle prendra de l’aisance jusqu’à nous faire entendre quelques morceaux de bravoure, dont une tirade de l’Aiglon d’Edmond Rostand. Sans singer son modèle, la comédienne porte avec vigueur ce personnage éruptif, volontaire dont la devise reste « Quand même », titre d’un des songs du spectacle. Mais elle ne manque pas de nuances quand elle chante la mort de sa cadette « Ma petite sœur mon amour mon cœur… ». À ses côtés, la présence discrète d’Isabelle Gardien en fidèle gouvernante apporte un contrepoint. Il faut saluer l’habileté des sept comédiennes et comédiens qui se déploient autour d’elle, se partageant une trentaine de rôles dans les somptueux costumes de Cindy Lombardi. Quelques éléments de décor et accessoires rapidement déplacés suffisent à la scénographe Salma Bordes à situer les différents épisodes, aidée par des projections vidéo suggestives.

Géraldine Martineau confirme ici ses talents d’autrice et de metteuse en scène. Dès 2018, elle jouait à la Nouvelle Seine Aime-moi, son premier texte, écrivait et réalisait La Petite Sirène d’après Andersen à la Comédie Française (Molière du Jeune Public). Elle intègre le Français en tant que pensionnaire en 2020, où elle adapte, met en scène et joue La Dame de la Mer d’Ibsen. Avec l’Extraordinaire destinée, elle rend grâce à celle qui « a visité les deux pôles, qui de sa traîne a balayé de long en large les cinq continents, qui a traversé les océans, qui plus d’une fois s’est élevée jusqu’aux cieux » selon Tchekhov. Mireille Davidovici

L’extraordinaire destinée de Sarah Bernhard, Géraldine Martineau : jusqu’au 22/12, du mardi au dimanche, en alternance avec la pièce Edmond à partir du 11/10. Le texte de la pièce est publié à L’Avant-Scène théâtre.Théâtre du Palais-Royal, 38 rue de Montpensier, 75001 Paris (Tél. : 01.42.97.40.00).

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Le conservatoire de Mireille, Musique/chanson, Pages d'histoire, Rideau rouge

Bélâbre dit oui au CADA !

En 2023, s’est constitué à Bélâbre (36) le collectif « Oui au CADA » ! En faveur de la création d’un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile sur la commune, en soutien à la municipalité qui fait face à une opposition venue d’ailleurs. Pour l’ouverture à l’autre, le vivre ensemble et l’acceptation de la différence.

Un collectif « Oui au CADA » s’est constitué en 2023 à Bélâbre, une petite commune de l’Indre. Un soutien à la création d’un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile, répondant aux manifestations de rejet du projet par une partie de la population du village. Une opposition entretenue par l’intervention de nombreux militants d’extrême droite, extérieurs à la commune, qui entendaient ainsi médiatiser cette affaire pour faire valoir leur rejet de toute forme d’immigration.

Aujourd’hui, le projet demeure malgré plusieurs mois d’extrême tension et pression exercée sur le maire et les élus. La municipalité maintient sa volonté d’avancer sur la mise en place d’un dossier qui doit désormais tenir compte d’un certain nombre de réalités : l’attente de décisions de justice dues à deux recours au Tribunal Administratif, un changement de lieu d’implantation sur le territoire de la commune en raison du coût des travaux, des renégociations avec de nouveaux interlocuteurs en charge de l’opération, une répartition différente des demandeurs d’asile sur les points d’accueil. En tout état de cause, le maire Laurent Laroche a bon espoir de finaliser le projet.

Le droit d’asile, une protection internationale

C’est en février 2023 que le conseil municipal de Bélâbre décidait de vendre les locaux d’une ancienne chemiserie en réponse à un projet de Viltaïs, une association qui agit pour l’insertion sociale. Au cas précis, son action vise à accueillir des demandeurs d’asile. Elle se porte acquéreur du bâtiment pour créer un centre d’une capacité maximale de 38 personnes. Laurent Laroche, maire de Bélâbre, et le conseil municipal ont rappelé le sens et l’ambition de l’opération : faire tout simplement preuve d’humanisme ! « Un demandeur d’asile (selon le communiqué adressé à la population) est une personne qui sollicite une protection internationale hors des frontières de son pays, mais qui n’a pas encore été reconnue comme réfugiée.(…) Un être humain qui cherche à survivre dans un autre pays, qui est déraciné, parce que dans son pays c’est l’enfer, qu’il y est exposé à un risque de préjudice grave (insécurité, persécution, menaces, guerre, etc…)« .

Pour se convaincre de la dureté du vécu des demandeurs d’asile, il suffit de lire les articles de presse consacrés aux parcours d’un certain nombre d’entre eux. En 2023, la Nouvelle République, le quotidien régional, a relaté l’histoire d’Alhassane. Ce jeune papa a fui la Guinée avec sa petite fille de 3 ans. Après un périple à travers l’Algérie, le Maroc et l’Espagne, le voilà enfin posé depuis le 4 août à la résidence de la Roche-Bellusson, à Mérigny. « Avoir la paix et la tranquillité après tout ce qu’on a traversé, c’est tout ce qu’on demande. On se sent bien ici. En sécurité. On est tous venus chacun de son côté mais maintenant on est comme une famille », confie le jeune homme, qui ne peut s’empêcher d’avoir un mot de gratitude pour Cynthia Rochet, l’intervenante sociale de Viltaïs, chargée du centre d’accueil temporaire de Mérigny.

L’intranquilité, prétexte au rejet de l’étranger

Des portraits émouvants, tel que celui d’Alhassane, les journaux en ont publié bien d’autres. Montrant à la fois les épreuves surmontées et la farouche volonté de s’intégrer. Les témoignages sont particulièrement parlant à Buzançais où la plupart des demandeurs d’asile participent pleinement à la vie locale. Un reportage du Monde à Sommières-du-Clain dans la Vienne, en apporte les mêmes conclusions. Mais d’affirmer que ces accueils se déroulent sans problème, ne semble pas dissiper les peurs d’une partie des habitants de Bélâbre. Les craintes d’un trouble de la tranquillité, due à l’arrivée d’une quarantaine de personnes ne devraient pas résister longtemps à la réalité des faits, une fois les demandeurs installés. Autre chose est le rejet de l’étranger, traduit à Bélâbre par un tag affirmant : « Pas de CADA chez les gaulois ».

Un slogan aux relents des thèses nauséabondes d’un Le Pen, revendiquant la supériorité des Français dits de souche. L’actualité démontre pourtant que l’assimilation des individus de diverses horizons est une chance pour la France. Ainsi, parmi les Français qui ont fait vibrer le pays dans les épreuves des Jeux Olympiques, nombreux sont celles et ceux qui ne sont pas descendants directs du peuple de Vercingétorix. Peut-être qu’au milieu de la foule qui acclame ces sportifs, à Bélâbre comme ailleurs, il y en a qui ont glissé un bulletin RN ou Reconquête lors des dernières élections. Deux partis animés par la haine de la différence qui opposent et divisent les humains entre eux, cultivent le rejet de l’autre et contestent une évidence.

La nationalité est une affaire de sol et non de sang. Le vivre ensemble se cultive dans la fraternité et l’ouverture à l’autre, non dans le rejet et le repli sur soi. Philippe Gitton

Poster un commentaire

Classé dans Documents, La Brenne de Phil, Pages d'histoire

La meilleure façon de courir

Tandis que s’élance ce 10/08 le marathon hommes des Jeux olympiques de Paris, Andrea Marcolongo publie Courir. De Marathon à Athènes, les ailes au pied. Italienne de passeport, Française d’adoption et helléniste de formation, l’auteure s’est frottée à ce mythe grec. Paru dans le mensuel Sciences Humaines (N°370, juillet-août 2024), un article de Jean-Marie Pottier.

En matière de course à pied, l’humanité a mis deux millénaires à gagner quatre cents mètres. Ceux qui séparent les très codifiés 42,195 kilomètres du marathon olympique des 41,8 kilomètres parcourus, paraît-il, au 5e siècle avant notre ère par le messager nommé Philippidès (ou Euclès selon certains) venu annoncer aux Athéniens leur victoire contre les Perses à Marathon : « Nous avons gagné ! », s’exclama-t-il avant de s’écrouler, épuisé à en mourir. Italienne de passeport, Française d’adoption et helléniste de formation, Andrea Marcolongo s’est frottée à ce mythe grec en s’entraînant, des mois durant, pour courir un marathon à Marathon – d’une certaine manière, juge-t-elle, « l’expérience la plus “grecque” » d’une carrière déjà riche de plusieurs ouvrages sur cette « langue géniale ».

Publié en italien sous le titre De arte gymnastica, qui est aussi celui d’un célèbre traité du philosophe Philostrate, son livre alterne récits intimes d’entraînement et chapitres thématiques explorant ce qui a changé dans la course à pied (la participation des femmes, le régime des coureurs, le rôle de la technologie…) et ce que nous venons y chercher d’immuable. Qu’est-ce qui nous pousse à enfiler nos baskets pour accomplir des trajets qui nous ramènent le plus souvent au point de départ ? C’est, selon elle, que la course, malgré les contraignantes routines d’entraînement, nous libère. Elle nous fait sentir le temps, dans toute sa consistance, plutôt que bêtement l’occuper ou le perdre. En sortant notre corps de sa confortable immobilité, elle apaise notre esprit. Elle nous inflige une « douleur immense », certes, mais qui nous protège « des éclats violents de l’existence ». Bref, elle nous aide à combattre l’angoisse de mourir : je cours, donc je suis en vie.

« L’instant après le marathon, nous devons immanquablement cesser de jouer à la course et marcher enfin bien sagement, au pas toute la vie jusqu’à la tombe ». Le mérite de ce livre enlevé et érudit est de nous donner envie de méditer cette leçon avant, après, voire pendant quelques kilomètres de course. Jean-Marie Pottier

Courir. De Marathon à Athènes, les ailes au pied, Andrea Marcolongo (Gallimard, 256 p., 22 €).

Décoiffant, le dossier du numéro 370 de Sciences Humaines frappe fort : Avoir la niaque, une psychologie de la persévérance. Avec, aussi, une analyse du vote en faveur du Rassemblement national lors des élections européennes, l’ethnographie d’une lame de fond. Sans oublier l’entretien de Frédéric Manzini avec la philosophe Fabienne Brugère qui s’interroge sur le désamour avec son Manuel d’un retour à la vie. Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Un excellent magazine dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Sciences

Les arts, discipline olympique ?

Chez Grasset, Louis Chevaillier publie Les Jeux olympiques de littérature. On l’a oublié, les arts furent au programme des Jeux de 1912 à 1948. Comment y sont-ils entrés, pourquoi en sont-ils sortis ? Paru le 24/07 dans le quotidien L’humanité, l’article d’Alain Nicolas.

De la poésie aux jeux Olympiques ? Cela remonte, dit-on, à l’Antiquité, quoiqu’un certain flou règne sur la question. Un des plus grands poètes de la Grèce, Pindare, était célèbre pour ses Olympiques, odes chantées à la gloire des vainqueurs. Et souvent commandées par eux ou par leur cité d’origine. Se tenant à Delphes sous le patronage d’Apollon et des Muses, seuls les Jeux Pythiques avaient à leur programme musique et poésie, bien avant les épreuves athlétiques. Mais à Olympie ? Rien… Il fallut attendre huit siècles depuis leur fondation pour que Néron y fasse entrer – « contrairement aux usages », précise l’historien Suétone – la poésie. L’empereur y fut couronné, il était d’ailleurs le seul concurrent. Même palmarès pour la course de chars qu’il remporta haut la main, malgré de nombreuses chutes !

Pierre de Coubertin avait donc un certain handicap à remonter pour faire admettre dans les jeux Olympiques modernes des épreuves culturelles. Mais l’esprit du temps l’y poussait. Venue de la Renaissance, cultivée dans l’enseignement anglais, la devise « Mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain, était en faveur. Le refondateur des Jeux partageait totalement cet idéal aristocratique de l’« homme complet ». Il s’agissait d’abord, évidemment, de « rebronzer » la jeunesse française, de la rendre apte aux exercices guerriers. De plus, ne jamais l’oublier, « le sport (fait) des hommes ayant le respect de l’autorité, au lieu de révolutionnaires aigris, toujours en rébellion contre les lois ». Raison de plus, pour le père des J.O., de lier arts et lettres aux activités physiques, à l’image des jeunes Grecs s’exerçant le jour au gymnase et passant la nuit à discuter avec Socrate ou Platon, à applaudir Sophocle ou Euripide. Toutes proportions gardées, c’est ce programme qu’il se fixe. Louis Chevaillier, dans Les jeux olympiques de littératuredétaille avec humour et érudition cette part ignorée de l’aventure olympique contemporaine.

Si personne n’est ouvertement contre, l’affaire ne se monte pas aisément. À Athènes, en 1896, on se concentre sur le volet sportif, bouclé à grand-peine. Les Jeux de Paris et de Saint-Louis, en 1900 et 1904, sont adossés à des expositions universelles au programme chargé. Mais le baron ne désarme pas. En 1906, il convoque une conférence pour « unir à nouveau par les liens du mariage légitime d’anciens divorcés : le Muscle et l’Esprit ». Cinq concours sont instaurés : architecture, sculpture, peinture, littérature, musique, dessinant la « véritable silhouette de l’olympiade moderne ». Il est trop tard pour Londres en 1908, c’est donc en 1912, à Stockholm, que se tiennent les premiers jeux Olympiques des arts. Disons-le, les résultats furent décevants. Participation maigrichonne, qualité moyenne. Les premiers champions olympiques de poésie, récompensés pour une ode au sport, sont d’obscurs inconnus, Georges Hohrod et Martin Eschbach, pseudo-double de Coubertin lui-même… C’est en 1924 qu’un concours digne de ce nom aura lieu, avec un jury prestigieux où figurent Giraudoux, Claudel, D’Annunzio, Valéry, Edith Wharton, les prix Nobel Maeterlinck et Lagerlöf, et que préside Jean Richepin. Cette fine fleur des lettres accouche d’un champion, un certain Géo-Charles. La littérature se survivra pendant quelques olympiades, sans rien accoucher de bien glorieux.

« Moins vite, moins haut, moins fort »

Alors faut-il remettre la poésie au programme des J.O. ? Rappelons d’abord que la Ville de Paris propose, au-delà de toute idée de compétition, des « Jeux poétiques » dont le point d’orgue sera un « marathon poétique » où elle fera entendre toute sa diversité pour un public tout aussi divers. C’est le Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt qui prend en charge cette manifestation. Ce sera la suite des rencontres Art et Sport, et des Olympiades culturelles dont le Paris Université Club, le PUC, est maître d’œuvre. Il n’est pas de sujet indigne ni de lieux tabous. Les J.O. restent le moment où la joie des corps, la célébration des efforts, l’émotion de la confrontation peuvent se dire haut et fort. La poésie, qui s’incarne de plus en plus dans la performance, le chant, la musique, peut y vivre, si elle le veut. Sans forcément s’aligner sur les systèmes ultraperformants du sport, Louis Chevaillier propose donc au final une autre formule à méditer : « Moins vite, moins haut, moins fort ». Pourquoi pas ? Alain Nicolas

– Les jeux olympiques de littérature, de Louis Chevaillier (éditions Grasset, 272 p., 20€).

– Le 07/09, la veille de la fin des J.O., bouquet final du Marathon poétique Paris-Los Angeles (de midi à minuit, sur la place du Châtelet et au Théâtre de la Ville) qui transmettra la flamme poétique à la ville de Los Angeles pour les J.O. de 2028.

Jusqu’au 08/09, se déroule l’Olympiade culturelle. Sur tout le territoire hexagonal et en Outre-mer, elle se veut une grande fête populaire à travers des milliers d’événements (majoritairement en accès libre et gratuit) au croisement de l’art, du sport et des valeurs olympiques.

1924, Jeux olympiques de Paris : médaille d’or en littérature pour Géo-Charles

« Ce poète oublié fut le vainqueur du concours de littérature avec sa pièce Jeux olympiques. Les polémiques autour du paradis à l’ombre des épées ont-elles lassé les jurés ? Ont-ils voulu récompenser un livre moins célébré, pas encore publié ? Aux dissertations guerrières de Montherlant, ils ont préféré une apologie de la paix ; à son classicisme revendiqué, un art de l’image héritier des symbolistes : la veine Cocteau, cette autre grande source d’inspiration de la génération de l’entre-deux-guerres. Cette victoire française s’ajouta aux treize médailles d’or remportées par les tricolores en cyclisme, en escrime, en haltérophilie (…) La France ne remporta pas d’autre épreuve artistique. Aucun titre ne fut attribué en architecture et en musique. Aux côtés du Grec Dimitriadis en sculpture, un artiste luxembourgeois, Jean Jacoby, gagna le concours de peinture » (Les jeux olympiques de littérature, Louis Chevaillier, extraits).

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Littérature, Pages d'histoire

De Gaulle connaissait Cyrano par cœur

Aux éditions La rumeur libre, André Désiré Robert publie le Théâtre des présidents. Un ouvrage riche en informations révélatrices, et anecdotes parlantes, sur les représentations théâtrales prisées par les successifs locataires de l’Élysée, de 1959 à 2022. L’auteur, universitaire-archiviste-critique dramatique, offre toutes les garanties quant au sérieux de sa recherche.

À tout seigneur, tout honneur : Charles de Gaulle, c’est « dix ans de théâtre national » (1959-1969) ; la Comédie-Française avec Tête d’or, de Claudel, Racine, Marivaux, garde républicaine au garde-à-vous dans les soirées offertes aux chefs d’État étrangers, entre autres, Bokassa, ce « soudard » dit le général, dont on apprend qu’il connaissait par cœur Cyrano de Bergerac. Sous Pompidou (1969-1974), agrégé de lettres, voilà le « théâtre embourgeoisé », de l’Avare de Molière au Français jusqu’au boulevard, avec Canard à l’orange et Oscar…

Du côté de Giscard d’Estaing (1974-1981), on a une « pincée de théâtre » ; Hernani, d’Hugo, par Robert Hossein à Marigny, par le Français, dont la salle Richelieu est en travaux. Plus tard, il y aura Eugène Scribe, Marivaux, Musset. C’est François Mitterrand (1981-1995) à « l’éclectisme novateur », qui récolte la palme du spectateur éclairé. Il se rend au Festival d’Avignon, fréquente le Théâtre du Soleil, apprécie Cripure, de Louis Guilloux, par Marcel-Noël Maréchal ; assiste, à Gennevilliers, à une représentation de Nathan le Sage, de Lessing, mis en scène par Bernard Sobel…

Les quatre autres présidents (1995-2022) sont regroupés dans une sorte de filet garni. Si l’on sait que Chirac cachait avec soin sa dilection pour les cultures asiatiques, l’auteur n’a pas trouvé sur lui de traces propres au théâtre, sauf à lui prêter, sans preuve, une connaissance du théâtre nô, Japon oblige.

De Nicolas Sarkozy, manifestement peu enclin à une culture classique ou pas du tout, à part la chanson, par alliance, on apprend néanmoins qu’il a pu voir, à l’Atelier, la pièce médiocre de Bernard-Henri Lévy, Hôtel Europe, à laquelle François Hollande assistera à son tour. Du moins, ce dernier se rendra-t-il au Festival d’Avignon et deviendra familier du Théâtre du Rond-Point, dirigé par son ami Jean-Michel Ribes. Emmanuel Macron, qui put tâter du théâtre sous le regard de sa future épouse, s’il sut rendre hommage à Michel Bouquet, c’est dans les salles privées qu’il se rend volontiers (Jean-Marc Dumontet, son conseiller en langage corporel en 2017, en possède six).

Le livre d’André Désiré Robert, écrit d’une main sûre dans le ton de l’humour feutré, reproduit maintes critiques sur les pièces citées, en propose de précieux résumés et se clôt sur les spectacles consacrés aux figures des présidents en question. Jean-Pierre Léonardini

Le théâtre des présidents, André Désiré Robert (préface de Bernard Faivre d’Arcier) : La rumeur libre, 310 p., nombreuses illustrations (photos, dessins de presse et repros de documents officiels), 18€.

Poster un commentaire

Classé dans Documents, La chronique de Léo, Pages d'histoire, Rideau rouge

Jean Moulin, un destin

Jusqu’au 21/07, au Palace d’Avignon (84), Mathieu Touzet propose Jean Moulin, d’une vie au destin. Une pièce qui retrace la vie d’un des héros de la Résistance, préfet de la République et assassiné par les nazis. Une page d’histoire, entre liberté et solidarité.

Pas de pathos ni de commémoration policée. Les acteurs (Léo Gardy, Pauline Le Meur, Thomas Dutay, Manon Guilluy et Elie Montane) ont presque l’âge des jeunes gens dont ils parlent. Leur costume est aussi passe-partout : jeans et tee-shirts noirs. Ils seront ainsi un personnage puis un autre et ainsi de suite. Il y a beaucoup de monde et du rythme dans cette aventure. Des anonymes et des hommes politiques connus, des militaires comme le Général de Gaulle… Un seul ne changera pas d’emploi, son nom est inscrit sur son dos : Jean Moulin.

Pour répondre à une commande du musée de la Libération, Mathieu Touzet, qui dirige avec Édouard Chapot le Théâtre 14 à Paris, a écrit et mis en scène cette pièce Jean Moulin d’une vie au destin. Il y a quatre-vingt-un ans, le 8 juillet 1943, le préfet de la République et résistant était torturé à mort par les nazis. Son nom était peu connu jusqu’à la cérémonie d’entrée de ses cendres au Panthéon, avec le discours du ministre André Malraux (« Entre ici… »). Mathieu Touzet retrace la vie de Jean Moulin depuis son passage du bac en 1917, jusqu’à l’arrestation à Lyon, à la suite d’une dénonciation. Ce parti pris lui permet de dérouler le fil de cette existence tumultueuse. Moulin est un jeune homme qui dévore la vie par tous les bouts. Il est ambitieux. Vise le costume de préfet. Et il l’obtient. Mais ce n’est pas pour la gloire.

Lors d’un voyage à Londres, où se trouve le quartier général du Général de Gaulle, il reçoit la mission de coordonner les forces de la résistance intérieure. Ce qui n’est pas une opération simple, chaque réseau défendant, à juste titre d’ailleurs, son autonomie d’action mais aussi politique. La mise en scène est alerte, dynamique et légère. L’humour est aussi au rendez-vous. L’ensemble permet de comprendre à la fois l’histoire en marche mais aussi de mieux saisir comment la Résistance s’est construite dans un idéal de liberté et de solidarité. La pièce Jean Moulin, d’une vie au destin ? Un vrai spectacle utile. Gérald Rossi

Jean Moulin, d’une vie au destin : Jusqu’au 21/07, 11h45. Au Palace, 38 cours Jean-Jaurès, 84000 Avignon (Tél. : 04.84.51.26.99).

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Les flashs de Gérald, Pages d'histoire, Rideau rouge

D’os et Dac, quel micmac !

Jusqu’au 21/07, au Petit Chien d’Avignon (84), Anne-Marie Lazarini propose L’os à moelle. La mise en voix des annonces parues dans l’hebdomadaire loufoque lancé en 1938 par Pierre Dac. Le saut dans un grand bain d’humour entre absurdité et délire assumé.

Divers numéros grand format de l’hebdomadaire en fond de scène, deux petits bureaux d’où émergent les têtes des trois protagonistes, rédacteurs éphémères de ce journal insolite au succès inattendu : en une seule journée, cent mille exemplaires vendus du quatre pages ! Un titre incongru déjà, L’os à moelle, qui attise la curiosité, soulève questions et soupçons. « Pourquoi ce titre ? et pourquoi pas… », répond Pierre Dac du tac au tac, sans autre explication. Une révolution journalistique en fait, ce 13 mai 1938, jour de parution du premier numéro : d’apparence austère, un véritable brûlot qui, sous couvert d’absurdité et de loufoquerie, renverse l’esprit cartésien, sème le trouble et le doute dans la tête des lecteurs. Avec une dose d’humour à décrocher la mâchoire d’un kangourou égaré sur la banquise, des articles de fond (que l’on râcle…), des recettes de cuisine (forcément épicée…) ou des petites annonces déjantées (la plupart rédigées par un débutant, Francis Blanche) : vente de pâte à noircir les tunnels, de porte-monnaie étanches pour argent liquide, de trous pour planter les arbres…

On demande cheval sérieux connaissant bien Paris pour faire livraisons seul

Il vaut parfois mieux passer hériter à la poste que passer à la postérité

Ce n’est pas une raison, parce que rien ne marche droit, pour que tout aille de travers

Quand on prend les virages en ligne droite, c’est que ça ne tourne pas rond dans le carré de l’hypoténuse

Tout avare de pensée est un penseur de radin

Le fait d’avoir la tête en feu n’exclut pas, toutefois et néanmoins, d’avoir le feu au cul

« Organe officiel des loufoques », chaque semaine l’hebdomadaire fait le bonheur de ses lecteurs, un canard déchaîné avant l’heure… D’autant plus qu’il n’a de cesse de rappeler régulièrement dans ses colonnes qu’Hitler n’a toujours pas réglé son abonnement ! En cette année des accords de Munich et de l’entrée des troupes allemandes à Vienne, Pierre Dac ne rate jamais l’occasion d’apostropher, voire de vilipender, les dictateurs en puissance. Jusqu’à passer une petite annonce significative : « Recherchons, mort ou vif, le dénommé Adolf. Taille 1m47, cheveux bruns avec mèche sur le front. Signe particulier : tend toujours la main, comme pour voir s’il pleut… Énorme récompense ». Le 31 mai 1940, une semaine avant que les Allemands n’envahissent Paris, paraît le 108ème et dernier numéro : « Il est bien connu que l’os à moelle se décompose au contact du vert de gris ». Après un long périple (Espagne, Portugal, Algérie) et diverses incarcérations, Pierre Dac rejoint alors la capitale anglaise. Pour animer les ondes de Radio Londres, incarner la célèbre voix des Français qui parlent aux Français : « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » !    

Il vaut mieux prendre ses désirs pour des réalités que de prendre son slip pour une tasse à café

Le crétin prétentieux est celui qui se croit plus intelligent que ceux qui sont aussi bêtes que lui

Si rien n’est moins sûr que l’incertain, rien n’est plus certain que ce qui est aussi sûr

Les pommes sautées par la fenêtre sont des pommes de terre qui se suicident

Celui qui dans la vie est parti de zéro pour n’arriver à rien dans l’existence n’a de merci à dire à personne

Un amour débordant, c’est un torrent qui sort de son lit pour entrer dans un autre

En ces jours d’imbroglios politiques, un tel spectacle a l’outrecuidance de nous signifier que le rire, l’humour peuvent être de formidables armes de résistance ! Le non-sens éclaire d’un puissant feu de projecteur les aberrations et désastres d’un monde en totale déshérence. Sur le plateau du Petit Chien, puisant dans l’imagination débridée d’Anne-Marie Lazarini, les trois comédiens (Cédric Colas, Emmanuelle Galabru et Michel Ouimet) s’y emploient avec force talent. Faisant vivre, rebondir et exploser sur scène les calembours et autres élucubrations du « Maître 63 », du Pape de l’absurde ! Entre humour et désespoir, tragique et dérision, derrière le bon mot perce la lucidité d’un homme qui, envers et contre tout, tenta de garder confiance en la force rédemptrice de l’humanité. De la seconde guerre mondiale aux conflits contemporains, la transposition s’impose, jeux de mots et sautes d’humour affichent leur cinglante actualité. Dérisoires signaux d’alarme, nous alertant qu’aux éclats d’obus sont préférables les éclats de rire ! Yonnel Liégeois

L’os à moelle, Anne-Marie Lazarini : jusqu’au 21/07, 16h. Théâtre Le petit chien, 76 Rue Guillaume Puy, 84000 Avignon (Tél. : 04.84.51.07). Les Pensées qui jalonnent l’article sont extraites de l’album Les pensées de Pierre Dac, illustrées par Cabu (Le cherche midi éditeur, 202 p., 15€). Chez le même éditeur, est parue l’intégrale des Petites annonces de L’os à moelle.

Les temps sont durs, votez MOU !

Pierre Dac et Cabu sont nés à Châlons-en-Champagne, à des années d’écart mais à seulement quelques centaines de mètres de distance. Le roi des loufoques est resté jusqu’à l’âge de 3 ans dans une ville qui s’appelait alors Châlons-sur-Marne et que, origines juives obligent, il voulait faire rebaptiser Chalom-sur-Marne.

Le père du Grand Duduche et du Beauf y a grandi et commencé sa vie professionnelle dans le journal local. Pendant ses jeunes années, il a nourri son humour naissant en dévorant des numéros de L’Os à moelle conservés dans le grenier familial.

S’il est vrai, comme l’a écrit Guillaume Apollinaire, que sous le pont Mirabeau coule la Seine, il est non moins vrai, comme l’a écrit le préfet de la Seine, que sur le pont Mirabeau ne poussent pas les mirabelles

Le leader du MOU (le parti du Mouvement Ondulatoire Unifié, fondé lors de l’élection présidentielle de 1965) et Cabu se sont rencontrés qu’une seule fois, en 1969, à Paris. Les voici à nouveau réunis à travers Les Pensées du maître 63, devenues des classiques, illustrées par des dessins en noir et blanc mais résolument hauts en couleur. Pour le meilleur, mais surtout pour le rire.

1 commentaire

Classé dans Documents, Pages d'histoire, Rideau rouge

Les utopies d’Armand Gatti

Le 12/07, à la Maison Jean-Vilar d’Avignon (84), s’ouvre un débat sur l’œuvre d’Armand Gatti. Les nombreuses publications à l’occasion du centenaire de la naissance du dramaturge permettent de plonger dans l’univers théâtral vertigineux d’un poète frondeur, libertaire. En témoigne Armand Gatti Théâtre-Utopie, le livre d’Olivier Neveux.

Marie-José Sirach : Qu’entendez-vous par théâtre et utopie chez Armand Gatti ?

Olivier Neveux : Il n’y a pas vraiment de représentation de l’utopie chez Gatti. L’utopie se situe ailleurs : dans ce que le théâtre peut accomplir. Malgré son incessante critique du théâtre, il n’a jamais cessé d’écrire des pièces. Mon hypothèse est qu’il mise sur le théâtre pour produire des choses extraordinaires. Elle est là, l’utopie.

M-J.S. : La méfiance de Gatti à l’égard du théâtre est des plus paradoxales…

O.N. : Gatti est un fils de prolétaire. Il n’est pas à l’aise dans ce monde bourgeois. Il en critique le fonctionnement, se méfie des « acteurs et des actrices mercenaires », auxquels il va d’ailleurs substituer des interprètes militants, non-professionnels. Mais, au-delà même de cette critique, il formule une exigence plus essentielle : comment dire et jouer la vie sans la rétrécir ? Comment représenter la réalité, toute la réalité, c’est-à-dire aussi les possibles qu’elle n’arrête pas d’empêcher ? Peut-on changer le passé ?

M-J.S. : Vous parlez d’un théâtre de la résurrection des morts…

O.N. : À sa manière, Gatti applique la proposition « révolutionnaire » du philosophe Walter Benjamin : c’est le présent qui détermine l’interprétation du passé. S’il arrive, par exemple, à réaliser aujourd’hui ce qui a été précédemment écrasé, il modifie la teneur des défaites qui nous précèdent. Quand Gatti dit qu’il faut changer le passé, cela ne signifie pas qu’il faut le réécrire et le rendre conforme à ce que l’on a espéré, mais que le présent doit prendre en charge les utopies défaites du passé. Convoquer aujourd’hui, sur scène, des noms calomniés ou effacés. Walter Benjamin avertit : « Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté. » Le score actuel de l’extrême droite rend cet avertissement brûlant. Avoir le souci de la sûreté de nos morts…

M-J.S. : Rosa Luxemburg est une des figures récurrentes chez Gatti…

O.N. : Aux côtés de Rosa, Gatti convoque régulièrement d’autres grandes figures historiques, mais il ne le fait pas dans un rapport héroïsant. Il ne s’agit pas pour lui d’élever des stèles. Quand il écrit Rosa collective, il est en Allemagne après que la censure gaulliste a interdit sa pièce sur Franco à Chaillot (la Passion en violet, jaune et rouge, 1968). Il interpelle : « Avez-vous vu Rosa ? » Il sait bien que Rosa est morte depuis cinquante ans. Mais, par là, il interroge : qui, aujourd’hui, dans une conjoncture différente, poursuit le combat initié par Rosa ? Il ne s’agit pas, on le voit, d’une commémoration. Le fascisme avec ses « Viva la muerte » a le goût de la mort. L’œuvre de Gatti, elle, au contraire, fait advenir la vie qui déborde la mort, et cette vie, c’est l’utopie non réalisée des morts.

M-J.S. : Une histoire de passation…

O.N. : Oui, un passage de témoin. Walter Benjamin écrit : « Nous avons été attendus. » Se savoir attendu, ce n’est pas rien. Cela signifie que, au moment de la défaite, des individus ont probablement espéré que d’autres viendraient après. Benjamin parle d’un « rendez-vous tacite entre les générations ». Comment être à la hauteur de ce rendez-vous ? Pour cela, il y a les luttes, bien sûr, et l’art ne saurait les remplacer. Et il y a ce que le théâtre peut, à sa façon, pour les luttes. Gatti investit cette aire de jeu, composée de corps, de voix, de mots, de langages.

M-J.S. : L’écriture dramaturgique de Gatti semble difficilement transposable sur un plateau…

O.N. : L’œuvre de Gatti n’a jamais cessé de lancer des défis à la scène. Il refuse d’écrire en fonction de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas. Tout est possible et surtout l’impossible. C’est au théâtre de se débrouiller pour trouver des formes scéniques hospitalières à l’écriture. À ce titre, il est au plus près de certaines expériences des avant-gardes du XXe siècle. Comme si, à ses yeux, le théâtre en était encore à sa préhistoire. C’est un point récurrent, presque de méthode, chez Gatti : ne jamais se satisfaire de ce qui a été concédé. Vouloir plus encore, élargir, conquérir d’autres ampleurs, changer d’échelle. Cela a des conséquences politiques : dans les années 1980, on a tant reproché aux militants politiques d’avoir voulu changer le monde. On a ricané : l’histoire ne se change pas. Gatti admet l’échec. Mais il ne l’associe pas à la même cause. Si l’on a échoué, c’est non d’avoir visé trop grand, mais d’avoir encore manqué d’ambition ! La révolution nécessite, à la façon d’un Blanqui, de formuler quelques hypothèses cosmiques.

M-J.S. : On en revient à l’utopie, à l’idée, la nécessité d’un théâtre politique…

O.N. : Le théâtre-utopie me permet de désigner une veine souvent négligée dans l’histoire du théâtre politique. On a beaucoup insisté, et légitimement, sur la force du théâtre réaliste avec, par exemple, l’œuvre majeure de Brecht. Je crois qu’il y a une autre voie, moins reconnue, probablement plus hétérodoxe, qui peut regrouper des artistes aussi éloignés que Jean Genet ou Armand Gatti et qui considère que la scène n’est pas tant l’espace d’une représentation critique de la réalité que l’expérience d’une utopie. Chez Genet, c’est écrire des œuvres si fortes qu’elles « illuminent » le monde des morts. Chez Gatti, c’est refuser aux vainqueurs l’éternité de leur victoire. C’est leur contester le « dernier mot » de l’histoire.

M-J.S. : Peut-on caractériser le théâtre de Gatti ?

O.N. : Oui et non. Non car il a convoqué tant de genres que son théâtre est impossible à stabiliser dans une forme fixe et reproductible. Mais, oui, cette œuvre témoigne du projet inlassable d’agrandir le théâtre à l’égal de la vie, de lui donner des dimensions démesurées, de rendre justice à l’invraisemblable, de traverser tous les langages, avec, pour s’y aventurer, la « parole errante » et pour horizon la quête du « mot juste ». Gatti n’invente pas des formes par plaisir d’esthète mais, au contact des batailles du siècle, il cherche à produire d’autres représentations de la réalité que celles qui nous sont imposées. À ce titre, ce théâtre peut être une source d’inspiration puissante pour celles et ceux qui viennent buter, à leur tour, sur l’apparente contradiction qu’il y a à inviter, dans l’espace délimité du théâtre, l’immensité de ce qui s’est pensé, de ce qui a été essayé et de ce qui continue, aujourd’hui, à s’espérer. Propos recueillis par Marie-José Sirach

Armand Gatti, « Une œuvre du XXe siècle pour le XXIe siècle » : Le 12/07, 18h30. Rencontre avec Olivier Neveux, Catherine Boskowitz et David Lescot. Maison Jean Vilar, 8 Rue de Mons, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.59.64). Le livre d’Olivier Neveux a obtenu le prix du meilleur livre sur le théâtre décerné par le Syndicat de la critique.

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Festivals, Rencontres, Rideau rouge

Marguerite et Hadrien

Jusqu’au 13/07, au Théâtre de Poche (75), Renaud Meyer met en scène Mémoires d’Hadrien. L’adaptation du roman historique de Marguerite Yourcenar, superbement interprété par Jean-Paul Bordes. Un spectacle sans artifice, mais empreint de poésie.

Au loin, la rumeur des vagues. L’empereur Hadrien (76-138), au bout de son chemin, à l’heure de choisir un successeur, fait face à son passé, sans rien renier. Dans la petite salle du théâtre de poche, l’excellent Jean-Paul Bordes fait, lui, face à son public. Lequel, forcé à cette proximité, n’en partage que davantage les questionnements de celui qui préféra pendant son règne la paix à la guerre, qui consolida les rouages de l’administration romaine.

Hadrien est devenu célèbre pour sa gouvernance de l’empire, mais aussi, et bien plus récemment, grâce au roman historique publié en 1951 par Marguerite Yourcenar. Première femme a être élue à l’Académie Française en 1980, l’écrivaine a imaginé ce récit, conçu comme une longue lettre de souvenirs, et vraisemblablement proche de la réalité historique, selon des avis de spécialistes. Renaud Meyer, qui a adapté et mis en scène ce texte copieux, a voulu, dit-il, « un spectacle dépouillé de tout artifice ». Et cela fonctionne parfaitement avec au centre de l’espace un seul vestige d’inspiration romaine. Mais surtout, ajoute-t-il, il s’agit de tendre une sorte « de miroir des interrogations des spectateurs concernant l’amour, la mort et les beautés du monde ».

L’empereur finissant, tout en préparant le trône pour Marc Aurèle, son petit fils adoptif, évoque avec une tendresse infinie son amour pour Antinoüs, qui périt noyé dans le Nil, âgé de vingt ans seulement, et dans des circonstances demeurées obscures. Il ne renie rien non plus de ses actes pour pacifier ses territoires. Dans ce paysage scénique dépouillé, on retiendra la grande fresque peinte de Marguerite Danguy des Déserts qui, comme une toile naïve raconte les contrées traversées par Hadrien et la démesure de l’empire à l’heure des premiers siècles après JC. Cette toile souple, portée parfois comme une toge, contribue au respect de la poésie qui se dégage de tout l’ouvrage. Gérald Rossi

Mémoires d’Hadrien, Renaud Meyer : Jusqu’au 13/07, du mardi au samedi à 19h. Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.50.21). Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar (Folio Gallimard, 480 p., 8€90).

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Littérature, Pages d'histoire, Rideau rouge

Cannes, festival et luttes sociales

Aux éditions de l’Atelier, Tangui Perron publie Tapis rouge et lutte des classes, une autre histoire du Festival de Cannes. Le récit du lien étroit et méconnu qui unit le cinéma français, le mouvement ouvrier et les batailles politiques qui ont donné naissance à l’un des événements majeurs de l’industrie cinématographique mondiale. Paru dans La vie ouvrière/Ensemble, un article de Marine Revol.

Marine Revol – Pourquoi ouvrir votre livre avec le discours engagé de Justine Triet recevant la Palme d’or en 2023 ?

Tangui Perron – J’étais à Cannes à ce moment-là, en tant que cinéphile et adhérent CGT, et nous cherchions une porte d’entrée pour soutenir nos revendications. Ce discours fut la bonne surprise, il portait nos valeurs. On lui a dit qu’elle avait craché dans la soupe, que c’était une faute de goût, que Cannes n’était pas le lieu pour ce type de revendications. C’est tout le contraire et c’est le propos que je développe. L’existence de son film est le fruit de tout un écosystème vertueux d’aides qui résultent de mobilisations historiques, politiques et syndicales, et c’est peut-être ce qui a été le moins compris dans son discours. Mon ambition est de rappeler que ce qui fait le cinéma français, aujourd’hui, ce sont en partie des lois issues de luttes sociales.

M.R. – Rappelons que la CGT siège au Conseil d’administration du festival…

T.P. – Initialement, le festival était prévu en 1939 pour concurrencer la Mostra de Venise de l’Italie fasciste. En raison de la guerre, la première édition a été reportée en 1946. Il fallait se débarrasser du fascisme et reconstruire une démocratie sociale et culturelle en France. Cannes était alors la conjonction de professionnels qui voulaient défendre le cinéma français et d’un formidable élan patriotique. Ces espoirs se ressentaient jusque dans le palmarès de la première édition où figure en haute place La bataille du rail de René Clément, hymne à la résistance cheminote. C’est aussi à Cannes qu’a commencé la mobilisation contre les accords Blum/Byrnes, qui permettent la libre pénétration du cinéma américain en France contre des avantages financiers, qui a abouti à la loi d’aide au cinéma votée en 1948.

M.R. – Concrètement, quel fut le rôle du mouvement ouvrier dans la création du Festival de Cannes ?

T.P. – Il faut prendre le mouvement ouvrier dans sa pluralité : syndiqués, partis, coopératives, les militants d’un jour ou de toujours. Il a joué un rôle déterminant au sein du conseil d’administration, pour faire en sorte que l’événement ait lieu. La CGT a activement contribué, via le syndicat des acteurs, à faire venir les vedettes françaises qui lui préféraient la Mostra de Venise. Enfin, il y a eu une mobilisation locale extraordinaire, des habitants des quartiers populaires, d’anciens résistants, de militants, pour construire en seulement quatre mois, en 1947, le Palais Croisette, siège du festival.

M.R. – Le symbole d’un cinéma capable de rassembler au-delà des classes sociales et des intérêts partisans ?

T.P. – Sans vouloir nier la lutte des classes, je crois beaucoup à « l’être ensemble« , qui transcende les particularités au sein d’une salle de cinéma ou d’une manifestation. On prétend souvent que la France a inventé le cinéma, alors que ça n’est pas forcément vrai, mais elle a peut-être inventé cette façon de regarder des films ensemble et de créer la possibilité d’un débat, d’une contradiction, de penser ensemble.

M.R. – Estimez-vous que le Festival de Cannes a perdu cette fibre populaire ?

T.P. – L’histoire du Festival de Cannes, ce sont des travailleurs qui l’ont écrite et ce sont maintenant les riches que l’on invite à table. Les prix de l’immobilier ont aussi fait que ce festival, qui était une grande célébration populaire, est devenu excluant. Mais il existe encore des moyens d’entraide qui permettent d’y avoir accès. Cannes peut encore muer et cela reste une fête du cinéma. Propos recueillis par Marine Revol

Tapis rouge et lutte des classes, une autre histoire du Festival de Cannes, de Tangui Perron (éditions de L’Atelier, 144 p., 16€).

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Documents, Festivals, Pages d'histoire

Terrasses, la terreur en acte

Jusqu’au 09/06, au théâtre de la Colline (75), Denis Marleau met en scène Terrasses. Un texte choral de Laurent Gaudé, la chronique des attentats de novembre 2015. Vivants et morts, témoins et proches des victimes, sauveteurs et soignants revivent la sanglante soirée. Dans une chronologie qui mêle présent et futur annoncé, les événements défilent : des prémices d’une belle journée ensoleillée au règne de la terreur, surgissent enfer et violence aveugle qui frappe au hasard.

Une jeune femme (Moi), a hâte de revoir son amoureuse (Toi), pour une nuit de tendresse : rendez-vous au café. Telle autre se réjouit de retrouver bientôt sa jumelle, venue spécialement de Barcelone pour fêter leur anniversaire commun au restaurant. Une jeune mère va faire la fête au Bataclan après une dispute avec son compagnon. Un garçon rejoint des amis à la terrasse… Ils et elles se racontent en longs monologues adressés au public sur le vaste plateau nu… Rien que du banal en apparence. Leurs destins, croisés avec ceux de figures plurielles au gré des événements, seront le fil rouge de la pièce, le chœur en écho.

Les chants du hasard

Comme un leitmotiv, les déplorations polyphoniques du chœur, âmes errantes, rythment les chapitres de cette tragédie annonçant que le pire a eu lieu et va encore avoir lieu sous nos yeux : « Il est là. Le Hasard. Il s’avance, descend la rue/ de son pas irrégulier, murmurant entre ses dents une chanson au refrain effrayant : « Toi, oui…/Toi, pas… » Mais qui l’entend pour l’instant ? / Qui se doute qu’il est venu pour régner/ et que c’est lui, désormais, qui va décider de nous, décider de tout ». Le temps est suspendu, du groupe se détachent des individus, à chacun son histoire… S’appuyant sur une solide documentation (sur ces événements du 13 novembre, la littérature ne manque pas), Laurent Gaudé a composé des personnages emblématiques. Il a brodé les mots de la tragédie sur la réalité brûlante et nous plonge dans le ressenti d’une multitude d’hommes et de femmes.

Il donne voie aux sensations et sentiments intimes des morts, blessés, rescapées des fusillades. On éprouve leur terreur, on entend à travers leurs dire les balles siffler, « ça tire, ça tire », les cris, les pleurs… On entend le premier policier arrivé sur les lieux, un pompier et une pompière dépassés par les événements, une infirmière affairée, un standardiste du centre d’appel bouleversé, des passants sidérés, des parents de victimes pressentant le pire, un membre du Raid qui sauve les otages du Bataclan, un médecin qui trie entre qui sera soigné ou laissé pour mort. La sidération de tous…

La parole se déploie, le sol se dérobe

À travers le chaos, dans des temps suspendus, jaillissent des phrases (souvent des monologues, quelques bribes de dialogues) dignes et simples, au-delà de la violence qui a avalé les vies. Laurent Gaudé infuse de la lumière et oppose à l’horreur l’indestructible résilience de l’humain, en consolation. « Nous resterons tristes longtemps mais pas terrifiés. Pas terrassés », fait-il dire à ces personnes réunies à jamais dans le malheur. Aucune outrance, ni larmoiements dans ces mots à flots tendus, déversés à n’en plus finir, endigués mais pas toujours. La mise en scène, très sobre, ne sombre pas dans le pathos. Le plateau qui se disloque petit à petit, par larges pans, mettant les acteurs en déséquilibre, suffit à marquer le naufrage. Discrète, la musique s’accorde aux ambiances, à l’instar des images projetées sur le vaste écran en fond de scène qui se contentent de suggérer. 

À éviter le spectaculaire et le sensationnel, le rythme cependant devient étale, au risque de rester à la surface des mots et de produire une certaine lassitude dans le public. Fort heureusement, se détachent des pépites, purs moments d’émotion, comme ce passant qui recueille le dernier souffle d’une jeune mourante, ou cette mère morte résolue à hanter le Bataclan en attendant d’y voir danser sa petite Lila qu’elle a abandonnée à deux ans à son père, ou cette mère éplorée qui reste pourtant debout… Les spectateurs sortent partagés au final de ces deux heures quinze de représentation. Certains émus jusqu’aux larmes par cette traversée de la terreur à fleur de peau, quand d’autres sont restés extérieurs à cette tragédie, présentée sans pourquoi ni comment au plus près du vécu de ses accidentelles victimes. Ce, en dépit des comédiennes et comédiens qui nous entraînent avec force conviction dans cette histoire terrible en résonnance avec l’actualité la plus immédiate. Mireille Davidovici, photos Simon Gosselin

Terrasses, Laurent Gaudé et Denis Marleau : Jusqu’au 09/06, du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 16h. Théâtre national de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris (Tél. : 01.44.62.52.52). Le texte est paru aux éditions Actes Sud-Papiers.

Du 24/05 au 16/06, toujours à la Colline, Denis Marleau met en scène Le tigre bleu de l’Euphrate, un autre texte de Laurent Gaudé disponible aux éditions Actes Sud-Papiers.

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Le conservatoire de Mireille, Littérature, Rideau rouge

Marilu Marini, portrait vivant

Comédienne et cinéaste, Sandrine Dumas a tourné Marilú Marini, Rencontre avec une femme remarquableElle l’est, en effet, cette actrice rayonnante filmée à bout touchant, sous le sceau manifeste d’une affection réciproque. Un magnifique portrait, où le modèle évoque son métier comme art de vivre.

Née en Argentine – d’une mère allemande et d’un père italien – Marilú Marini, d’abord danseuse, créait en 1973, à Buenos Aires, le groupe TSE avec Alfredo Arias et quelques autres. Fuyant la dictature militaire, les voici à Paris. Je me rappelle l’enchantement que ce fut, en 1977, que de découvrir Marilú Marini dans les Peines de cœur d’une chatte anglaise, d’après un conte de Balzac, au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis dont René Gonzalez venait de prendre les rênes. Dans le chatoiement des costumes, sous son masque animalier, nous entendîmes pour la première fois sa voix exquise, délicatement caressée par un léger accent d’ailleurs. Avec Arias, il y eut bien d’autres aventures mémorables, mais Marilú Marini fut aussi élue avec ferveur par d’autres metteurs en scène, tant au théâtre qu’au cinéma, en France et dans son pays natal, après qu’elle y est parfois revenue.

Sandrine Dumas filme Marilú Marini à bout touchant, sous le sceau manifeste d’une affection réciproque. Cela donne un portrait extrêmement vivant, où le modèle se révèle spontanément en toute confiance, évoque son métier comme art de vivre. On la voit revenir au pied de la scène au Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis, où pour elle tout commençait si brillamment en France. On la voit également dans le sous-sol du décor de la pièce Oh les beaux jours, de Beckett, mise en scène d’Arthur Nauzyciel, à l’Odéon, ou encore dans la Femme assise, de Copi, où elle incarnait, en quelques traits en relief, un dessin mobile inénarrable. Du grand rire païen à la tension tragique en passant par l’humour délicieux, le visage de Marilú Marini, au-dessus d’un corps souple, n’affirme-t-il pas l’essence entière du théâtre ?

Il y a surtout qu’elle possède la grâce, cette entité si malaisée à définir, que Peter Brook décelait en elle, lui confiant le rôle d’Ariel, génie des airs, dans la Tempête de Shakespeare. Et ne pas oublier non plus qu’en 2011, sous la direction d’Yves Beaunesne, elle fut éblouissante dans le Récit de la servante Zerline, le texte, si riche d’ambiguïté affective, de l’écrivain autrichien Hermann Broch. Il apparaît nettement que l’année 2024 est l’année Marilú Marini, puisque, en même temps que le film de Sandrine Dumas, sort un livre d’Odile Quirot, Marilú Marini, chroniques franco-argentines. Jean-Pierre Léonardini

Marilú Marini, rencontre avec une femme remarquable : le film est projeté à Paris dans les salles MK2 Beaubourg, Arlequin, Saint-André-des-Arts, Épée de bois, ainsi qu’à Cavaillon (la Cigale), Hérouville-Saint-Clair (Café des images) et Valence (le Lux).

Marilú Marini, chroniques franco-argentines, par Odile Quirot (Les Solitaires intempestifs, 160 p., 14,50€).

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Documents, La chronique de Léo, Rideau rouge

Jack Ralite, double hommage

Le 14/05, au théâtre Zingaro d’Aubervilliers (93), se déroule une soirée en hommage à Jack Ralite. Le 16/05, à Bobigny (93), Christian Gonon présente La pensée, la poésie et le politique. Théâtre, cinéma, littérature : la culture fut au cœur des préoccupations de l’ancien maire et ministre ! Au lendemain de sa mort en 2017, un entretien avec Denis Gravouil, alors secrétaire général de la CGT Spectacle.

Christine Morel : Quelle fut la place de Jack Ralite dans le milieu du spectacle ?

Denis Gravouil : Nous le connaissions à plus d’un titre. D’abord parce que Jack Ralite s’est   intéressé aux questions de culture, ensuite parce qu’il fut un soutien très fort dans les batailles contre les remises en cause du régime d’assurance chômage des artistes et techniciens intermittents du spectacle. Il a toujours été présent à nos côtés sur ces deux terrains, les orientations de notre ministère de tutelle et la défense des droits sociaux. Si les deux sujets sont liés, il avait compris qu’il ne faut pas les confondre. Le combat politique pour la culture concerne tous les acteurs du secteur, les professionnels (artistes, techniciens, agents du ministère de la culture…) comme le public. Et le public, c’était son grand souci ! Lui-même n’était pas un professionnel de la culture, même s’il fut administrateur dans plusieurs établissements culturels. Il était un infatigable spectateur, passionné de spectacle. Il allait quasiment tous les soirs au théâtre ou au concert, on le croisait tous les étés au festival d’Avignon et cela jusqu’en 2016 alors qu’il était déjà très fatigué… Féru de cinéma, Jack Ralite était aussi un habitué du festival de Cannes.

C.M. : Quel rôle a-t-il joué dans la lutte pour les droits sociaux des intermittents du spectacle ?

D.G. : Dès sa création en 2003, il a fait partie du comité de suivi de la réforme du régime d’indemnisation chômage des intermittents à l’Assemblée nationale, instance de discussion entre parlementaires et organisations qui avaient lutté contre la réforme et la forte réduction des droits qu’elle induisait. Il en était d’ailleurs l’un des piliers avec Etienne Pinte (député UMP) et Noël Mamère (député écologiste). Si la capacité de Jack Ralite à faire le lien entre des gens de divers bords et de bonne volonté a été incontestablement utile, ses interventions et ses écrits furent également un grand soutien dans la lutte des intermittents. Quand il parlait, tout le monde se taisait pour écouter ! Le 16 juin 2014 à l’occasion d’une très grosse manifestation,  il nous a adressé un texte de soutien. Intitulé « Avec vous fidèlement », il commençait par un petit extrait du poème La Rage de Pasolini et il se terminait par « Vous êtes souffleurs de conscience et transmettez une compréhension, une énergie, un état d’expansion, un élan. Adressez-vous à ceux qui rient, réfléchissent, pleurent, rêvent à vous voir et vous entendre jouer. Surtout que le fil ne soit pas perdu avec eux. « L’homme est un être à imaginer », disait Bachelard. A fortiori les artistes et techniciens de l’art que vous êtes. Solidarité, frères et sœurs de combat et d’espérance. Avec vous, comme disent beaucoup de personnages de Molière : « J’enrage ». Avec lui, c’était toujours de beaux textes, d’une grande culture, magnifiquement écrits et qui disaient les choses avec une grande justesse. C’est cela aussi la culture, les beaux textes !

C.M. : Quel fut son apport sur le volet de la politique culturelle, lui qui ne fut jamais ministre de la culture ?

D.G. : Jack Ralite est connu pour les États généraux de la culture qu’il a lancés en février 1987 au Théâtre de l’Est Parisien pour réagir à la marchandisation de la culture. Non seulement il réagissait, il voulait aussi proposer autre chose. Tous ceux qui étaient intéressés ont donc été conviés à en débattre aux États Généraux de la Culture, « un sursaut éthique contre la marchandisation de la culture et de l’art, et contre l’étatisme. Une force qui veut construire une responsabilité publique sociale, nationale et internationale en matière de culture », écrivait-il. Rapidement, ils ont essaimé à travers la France, puis l’Europe : en 1989, la Commission Européenne adopte la directive « télévision sans frontière » (60% d’œuvres européennes et nationales dans les télévisions, si possible) et en décembre 1994, avec l’appui de l’exécutif français, les négociations du GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), qui remettaient notamment en cause les politiques de soutien au cinéma, aboutissent à la création de « l’exception culturelle ». Mais la contre-offensive ne tarde pas, selon les propres mots de Jack Ralite, « peu à peu, l’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit dans la visée des deux grands marchés d’avenir, l’imaginaire et le vivant ».

C.M. : En 2014, il s’est associé à l’appel qui dénonçait le désengagement de l’État de la politique culturelle…

D.G. : Oui, en février 2014 Jack Ralite fut la plume de l’appel « La construction culturelle en danger » adressé à François Hollande et signé par des centaines d’artistes de toutes disciplines, mais aussi des chercheurs, des syndicalistes (CGT, CFDT, FSU, UNSA et SUD-Solidaires). Pour dénoncer la vision comptable du budget du ministère de la culture (en chute de près de 6% entre 2012 et 2014), les baisses de subventions aux collectivités territoriales, etc… « La politique culturelle ne peut marcher à la dérive des vents budgétaires comme la politique sociale d’ailleurs avec qui elle est en très fin circonvoisinage. « L’inaccompli bourdonne d’essentiel », disait René Char », ainsi se terminait l’appel. Sous l’égide du metteur en scène Gabriel Garran et de Jack Ralite, le théâtre d’Aubervilliers, devenu le Théâtre de La Commune, fut en 1971 le premier Centre dramatique national créé en banlieue. C’est tout l’esprit de la décentralisation que viennent mettre en péril les politiques actuelles de restriction budgétaire et de désengagement de l’État.

C.M. : Ce que prépare l’actuelle ministre de la culture semble achever de tout balayer en matière de politique culturelle ?

D.G. : Tout ce qui a fait la décentralisation culturelle est nié : non seulement des compétences, soit-disant redonnées aux régions, en réalité voient leurs budgets se réduire, mais la pluralité des modes de financements qui permettait la diversité de spectacles serait empêchée par le guichet unique des subventions… En 2014, nous écrivions, avec Jack Ralite « Beaucoup de ce qui avait été construit patiemment se fissure, voire se casse et risque même de disparaître. Le patrimoine dans sa diversité, le spectacle vivant dans son pluralisme, l’écriture, les arts plastiques, les arts de l’image et l’action culturelle sont en danger. Le ministère de la culture risque de n’être plus le grand intercesseur entre les artistes et les citoyens. Il perd son pouvoir d’éclairer, d’illuminer ». Aujourd’hui, nous pourrions écrire exactement la même chose sauf que là, ce qui nous attend est pire qu’en 2014 : la destruction du tissu culturel est programmée, sans autres raisons qu’idéologiques !

C.M. : Héritière d’une tradition fondée sur une relation forte à l’émancipation, la CGT s’est engagée « pour une démocratie culturelle ». Qu’en est-il aujourd’hui ?

D.G. : Selon la CGT, la culture n’est pas réservée à une élite. Comme l’énoncent Jean Vilar et Vitez, elle estime qu’«  il faut faire du théâtre élitiste pour tous ». C’est important qu’une confédération syndicale affirme que la culture n’est pas une affaire de spécialistes. Elle est pour tout citoyen le moyen de réfléchir et d’échanger, de mettre en mouvement nos intelligences et nos sensibilités, de s’approprier ce que nous voulons faire de nos vies… La culture devrait être un investissement politique dans tous les sens du terme, par et pour tout le monde, comme l’expression de ce qui fait société. Propos recueillis par Christine Morel

Hommage à Jack Ralite : Le 14/05, à partir de 18h30, Paroles artistiques et citoyennes. Théâtre Zingaro, 176 avenue Jean-Jaurès, 93300 Aubervilliers (Inscriptions : amis.jack.ralite@gmail.com).

Christian Gonon, dans « La pensée, la poésie et le politique »

La pensée, la poésie et le politique : Le 16/05 à partir de 18h30, spectacle à 20h. Christian Gonon, de la Comédie Française, livre sur les planches les mots et réflexions de Jack Ralite, extraits du livre au titre éponyme de Karelle Ménine. Salle Pablo Neruda, 31 avenue du président Salvador Allende, 93000 Bobigny (Tél. : 01.41.60.93.93).

 Jack Ralite, un homme de parole

Jack Ralite s’est éteint le 12 novembre 2017, à l’âge de 89 ans. Ministre de la santé de François Mitterrand, délégué à l’emploi, maire d’Aubervilliers de 1984 à 2003, député (1973-1981) et sénateur (1995-2011) de Seine-Saint-Denis, l’homme et l’élu communiste fut, durant cinquante ans, une figure majeure de la vie politique française. Intime des textes, aimant à citer les auteurs, passionné de théâtre et de cinéma, de poésie et de toutes les formes d’arts… Infatigable spectateur, fidèle aux artistes mais aussi à la banlieue, militant de la décentralisation culturelle et de l’audiovisuel public, il n’aura jamais dérogé à ses convictions. Il fut administrateur de plusieurs établissements culturels : le Théâtre national de la Colline, le Théâtre du Peuple de Bussang, la Cité de la musique.

Deux réalisations-réflexions lui tenaient spécialement à cœur : la création des « Leçons du Collège de France » en sa bonne ville d’Aubervilliers, surtout son intense dialogue avec le chercheur-enseignant Yves Clot, titulaire de la chaire de psychologie du travail au CNAM, sur la thématique culture-travail. Quels que soient ses interlocuteurs, Jack Ralite n’engageait jamais le dialogue avec des certitudes préétablies. Solide sur ses convictions, il écoutait d’abord, se laissait interroger voire interpeller par le propos partagé. Jamais un feu follet qui fait une apparition ou dispense la bonne parole avant de s’éclipser, mais toujours présent du début à la fin de chaque débat-rencontre-colloque où il s’était engagé. Ralite ? Un homme de parole, au sens fort du terme.

« Je n’ai pu me résoudre à rayer son numéro de téléphone de mon répertoire. Je sais bien que Jack Ralite est mort le 12 novembre 2017 à Aubervilliers, mais j’entends toujours sa voix, ses appels du matin (couché tard, il se lève tôt) », témoigne Jean-Pierre Léonardini dans la préface du livre collectif, Jack Ralite, nous l’avons tant aimé, que lui consacre les éditions du Clos Jouve. La publication de trois textes de Jack Ralite, suivis d’écrits inédits (Catherine Robert, Etienne Pinte, Yves Clot, Laurent Fleury, Bernard Faivre d’Arcier, Julie Brochen, Jean-Claude Berutti, Michel Bataillon, Olivier Neveux…). Yonnel Liégeois

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Pages d'histoire, Rencontres, Rideau rouge

Gaza, la mort

L’actrice Leïla Bekhti s’est engagée auprès des équipes de l’Unicef pour alerter le monde sur le sort des enfants dans la bande de Gaza. Depuis le début de la guerre, plus de 12 300 d’entre eux sont morts. Paru dans le quotidien L’Humanité, un article d’Hayet Kechit.

« Je suis Leïla Bekhti et je m’engage aujourd’hui pour l’Unicef. » En plan serré, dans une vidéo d’une minute et demie sous-titrée en anglais publiée le 17 avril, la comédienne Leïla Bekhti explique, le ton grave et en quelques mots simples, les raisons qui l’ont poussée à rejoindre l’Unicef « pour les enfants de Gaza » et à médiatiser cet engagement. « La situation là-bas est tragique. Les enfants en sont les premières victimes », déclare l’actrice, César 2011 du meilleur espoir féminin pour son rôle dans le long-métrage Tout ce qui brille.

Gaza, l’endroit au monde le plus dangereux pour les enfants

Bombardements incessants, famine, destruction des hôpitaux, des maternités, des écoles, peur permanente… Leïla Bekhti pose les mots sur la tragédie en cours depuis le 7 octobre et la réplique israélienne contre l’enclave palestinienne, après l’attaque du Hamas. Pour l’actrice, « il faut que ça s’arrête. Plusieurs milliers d’entre eux sont séparés, non accompagnés ou orphelins ». « Le nombre de bébés et d’enfants blessés, tués, amputés ou malades est alarmant », alertant sur ce constat déjà formulé par l’ONU : « Gaza est devenu l’un des endroits au monde les plus dangereux pour les enfants. »

Face à cette situation humanitaire catastrophique, l’aide des ONG reste entravée par l’armée israélienne malgré la pression internationale insistante. Elle est pourtant « essentielle » et ses restrictions ont des conséquences meurtrières, alors que « les enfants et les populations civiles ont désespérément besoin d’avoir accès à la nourriture, à l’eau potable et à du matériel médical », pointe l’actrice qui invoque la nécessité pour l’Unicef de « continuer à agir pour pouvoir protéger chaque enfant à court et à long terme ».

12 300 enfants morts depuis le début de la guerre

Dans un rapport publié le 3 mars, l’Unicef avait déjà sonné l’alarme sur leur sort, appelant à un sursaut international pour éviter une famine généralisée, dont les enfants sont d’ores et déjà les premiers à payer le prix. Plus de 12 300 enfants sont morts depuis le début de la guerre à Gaza, qui a tué plus d’enfants en quatre mois qu’en quatre ans de conflits à travers le monde entier, selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa). Hayet Kechit

« À défaut de liquider le Hamas, la campagne israélienne a détruit la bande de Gaza comme espace de vie, dans tous les sens du terme, avec un bilan humain qui correspondrait, à l’échelle de la population française, à plus d’un million de tués, dont plus de QUATRE CENT MILLE ENFANTS. Ce champ de ruines, sur lequel la haine ne peut que prospérer, sera un terreau fertile à une résurgence de l’islamisme armé, d’autant plus que le Hamas dénoncera la passivité arabe et internationale pour mieux se disculper de sa responsabilité directe dans un tel désastre« . Jean-Pierre Filiu, professeur des universités à Sciences Po (Le Monde, 28/04/24).

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Documents, Pages d'histoire

Algérie, des maux pris au mot

Jusqu’au 12/05, au théâtre de la Bastille (75), du 21 au 24/05 à la Comédie de Saint-Étienne (42), auteur et interprète, Salim Djaferi présente Koulounisation. Entre humour et sérieux, il passe en revue le vocabulaire usité pour nommer le temps de la colonisation, des « événements » en France, de la révolution en Algérie. De maux en mots, quand le langage s’immisce dans le temps présent.

Né en Belgique, le jeune homme, Salim Djaferi formé au Conservatoire royal de Liège, ne comprend ni ne parle qu’une langue arabe héritée de ses parents, formatée à l’européenne. Aussi, désireux de connaître un peu plus l’histoire du pays de sa famille, est-il étonné et surpris lorsqu’il pose la question à sa mère : comment dit-on « colonisation » en arabe ? « Koulounisation », lui répond-elle ! Un mot qu’il accueille, avec humour certes mais surtout avec circonspection, qu’il récuse ensuite et l’incite à mener l’enquête. En Algérie, en Belgique, en France pour égrener alors un récit où le langage perd de son innocence, le vocabulaire de sa banale existence… En visite au bled, il reçoit la même réponse de l’une de ses tantes, décidé alors à dénicher des livres et des interlocuteurs aptes à percer l’énigme entre parler populaire et arabe classique. La surprise sera de taille !

Des plaques de polystyrène, trois bouts de ficelle et des épingles pour y accrocher photos et papiers administratifs, nous voilà embarqués dans un périple au long cours au pays des mots… D’abord, dans la plus grande librairie d’Alger, point de bouquins sur le sujet, les livres sur la colonisation et l’indépendance sont classés au rayon « révolution » ! Ensuite, son dialogue avec intellectuels et universitaires, experts en langue arabe, lui ouvre d’autres perspectives. Ici, le mot se traduit par « s’approprier sans autorisation », voire même « ordonner », ordonner que tout vous appartient, que vous avez le droit de changer le nom des rues, pire celui des gens. Un exemple ? « Celui de mon grand-père, Ahmed Ould Ahmed Ould Ahmed Ould Ahmed (Ahmed fils d’Ahmed fils d’Ahmed fils d’Ahmed) est devenu Ahmed Djellal. L’administration française a fait accoler son prénom à son lieu de naissance ! ».

Ni plainte ni ressentiment dans le propos de Salim Djaferi, l’humour met chacun à bonne distance pour bien comprendre comment les maux sont pris au mot, différemment selon les berges de Méditerranée d’où l’on parle. Une leçon fort éclairante et pertinente sur l’usage du langage, sans grammaire ni dictionnaire, qui donne à penser sur les difficultés à s’approprier une culture et une histoire par les enfants d’immigrés, deuxième ou troisième génération. Yonnel Liégeois

Koulounisation, Salim Djaferi : Jusqu’au 12/05 à 19h, les samedi et dimanche à 17h. Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, 75011 Paris (Tél. : 01.43.57.42.14). Du 21 au 24/05, à la Comédie, Place Jean Dasté, 42000 Saint-Étienne (Tél. : 04.77.25.14.14) .

Poster un commentaire

Classé dans Documents, Pages d'histoire, Rideau rouge