Éloge de l’objection en actes

Les 19 et 20/09, Matthieu Marie a donné lecture de La visite du chancelier autrichien en Suisse. Un texte de Michel Vinaver (1927-2022),écrit en 2000. Le 3 juin de cette année-là, le grand auteur dramatique y explique son refus de participer aux journées littéraires de Soleure organisées par les autorités culturelles helvètes.

Sans oublier, toujours au 100 (75), du 16 au 19/10 par Matthieu Marie et Valentine Catzéflis, Cher Franz, sous-titré Dialogue « amoureux » autour de Kafka.

Deux mois plus tôt, le chancelier Wolfgang Schüssel, allié au FPÖ, parti néonazi de Jörg Haider, était reçu à bras ouverts par les autorités helvétiques. Michel Vinaver expose à ses hôtes déçus son point de vue sur le ton de la courtoisie inflexible. Il ne se situe pas sur le terrain de l’engagement proprement dit. En 1951, avec le soutien d’Albert Camus, il publiait chez Gallimard son second roman, l’Objecteur. Son retrait est de cet ordre. Il rappelle que, lors de son service militaire, il s’était un jour assis au sol, à côté de son fusil. De la même façon, dirait-on, c’est plus fort que lui, il ne peut admettre d’agréer la cécité des gouvernants suisses sur la louche alliance de celui dont ils serrent la main.

Une certaine manière de voir en politique…

L’auteur donne alors des clés sur son autobiographie. Son père est né à Kiev, sa mère à Saint-Pétersbourg. En 1941, suite aux lois de Vichy sur les juifs, la famille doit quitter Annecy, où elle vit, pour les États-Unis. Il y poursuivra ses études. Un parallèle s’impose à lui, avec la montée du Front national et la progression du FPÖ en Autriche, pays qui se voit fallacieusement victime du nazisme. Il rappelle les étapes de l’accession de Hitler au pouvoir. Il argumente, en toute subtilité, sur son idée de voir les choses en politique, non pas en ayant recours à une opposition « frontale » (c’est son mot). Michel Vinaver se réclame, paradoxalement, d’une attitude « oblique », la même revendiquée et assumée dans son théâtre.

Ce texte, prémonitoire par la force des choses, d’une prodigieuse intelligence dialectique, Matthieu Marie le prononce livre en main, le plus simplement du monde. Des coupures de journaux sont projetées, ainsi que des tableaux bibliques de Chagall. En bonne logique civique, par les temps qui courent comme on dit, Matthieu Marie devrait être invité à révéler la Visite du chancelier dans les lycées, collèges, bibliothèques, librairies et théâtres. Jean-Pierre Léonardini

C’était les 19 et 20/09 au 100, établissement culturel solidaire (100 rue de Charenton, 75012 Paris. Tél. : 01.46.28.80.94). Du 16 au 19/10 à 20h, Matthieu Marie et Valentine Catzéflis joueront, toujours au 100, Cher Franz, sous-titré Dialogue « amoureux » autour de Kafka.

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