Festivals, Avignon et les autres

Le 04 juillet, la Cité des Papes (84) frappe les trois coups de la 80ème édition de son festival. Durant trois semaines, le théâtre va squatter la capitale du Vaucluse. Et déborder hors les remparts pour le meilleur et le pire… Un feu de planches hors norme, d’Avignon à d’autres festivals d’été : Bussang, Châteauvallon, Cosne-sur-Loire, Île de France, Paris, Pont-à-Mousson, Sarlat, Grignan.

« Pour célébrer sa 80e édition, le Festival d’Avignon brandit le drapeau des questions. Questions poétiques et politiques, intimes et collectives, théâtrales ou chorégraphiques, en français ou en coréen », souligne son directeur Tiago Rodrigues, « cette utopie culturelle fondée par Jean Vilar, qui se répète et se réinvente depuis 1947, est une fête célébrant le partage des questions entre artistes et public ». Et de poursuivre : « Dans une époque minée par de mauvaises réponses, parfois trop simplistes pour mieux diviser une société déjà dramatiquement polarisée, il est plus que jamais nécessaire de se rassembler pour cultiver l’amour des questions et la beauté du doute ». Lors de cette 80ème édition, il est donc proposé une programmation composée d’une pluralité de voix artistiques, reflétant la diversité des visions du monde dans le respect absolu de la liberté d’expression et de création… « À Avignon, les gens se rassemblent, de plus en plus nombreux, pour découvrir les multiples questions portées par les artistes et ils s’unissent à travers des échanges nourris par une pensée libre et critique », conclue le dramaturge portugais et ordonnateur de la manifestation. Une déclaration d’intention que nous faisons nôtre, pour la proclamer d’emblée hors les remparts et affirmer sa pérennité toute l’année !

C’est la raison d’être des Chantiers de culture, formulée autrement par Antonin Artaud, « extraire, de ce qu’on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim ». Avec le théâtre, parmi tous les arts comme expérience privilégiée, rencontre inattendue et parfois improvisée du vivant avec des vivants, qui a le don de transformer une foule en peuple, des consciences isolées en communautés d’esprit, des interrogations individuelles en émotions partagées. Quand la force d’une réplique passe la rampe, ce n’est plus une troupe de saltimbanques qui fait face à une masse de spectateurs, c’est l’humanité qui fait spectacle ensemble : qu’il soit « dégénéré » ou avant-gardiste, l’art est fondamentalement expression de l’humain en construction ou en interrogation de son devenir. Que cet art se nomme littérature, peinture, théâtre ou autre, peu importe, il importe juste que la rencontre de l’un se fasse avec l’autre, que l’un et l’autre prennent conscience de leur irréductible nécessité pour exister en humanité. D’où l’enjeu de se remémorer les propos de Jean Zay et d’affirmer haut et fort que demeure d’une urgente actualité le renouveau de la réflexion autour de ce que l’on nommait éducation populaire en des temps pas si reculés ! Sans céder aux sirènes de l’opposition factice entre populaire et élitaire : le populaire recèle les ressources de l’élitaire, l’élitaire s’offre sans retenue au populaire !

Avignon, in et off

Ainsi en va-t-il du IN d’Avignon. Des noms de metteurs en scène, des titres d’œuvres peuvent guider le festivalier en perdition sur le pont de cette 80ème édition : Thésée, sa vie nouvelle – Guy Cassiers avec Valérie Dréville (Vedène, 12-24 juillet), Un procès – après l’ennemi du peuple – Christiane Jatahy avec Wagner Moura (Gymnase du lycée Aubanel, 11-22 juillet), 1, 2, 3 Poquelin avec le tg STAN (Carrière de Boulbon, 13-25 juillet), The Last Hamlet – Ben Duke (Cloître des Célestins, 17-24 juillet), Le Pas du monde – Collectif XY (Cour d’Honneur du Palais des Papes, 22-25 juillet), Cuckoo, The History of Korean Western Theatre et Haribo Kimchi – trois mises en scène du coréen Jaha Koo (Gymnase du lycée Mistral, 5-15 juillet), CAPRA (Une Chèvre) – Jeanne Candel (Gymnase du lycée Mistral, 19-25 juillet)… Un choix forcément partiel et partial qui n’oblige en rien, sinon de ne point chuter aveuglément dans la fosse aux artistes !

Et le risque est multiplié par cent et mille face au catalogue pléthorique du Off qui déploie aussi ses festivités du 04 au 25/07. Où le beau côtoie le laid, l’exigence esthétique le banal divertissement, l’engagement citoyen la platitude consumériste… Aussi, vaut-il mieux d’abord s’attarder sur la programmation de quelques lieux emblématiques où prime le choix de l’art avant celui de la recette : Avignon-Reine Blanche, le Théâtre des Halles, la Bourse du travail, La Chapelle du verbe incarné, le Théâtre des Doms, Présence Pasteur, Le chêne noir, Le Théâtre des Carmes, Le chien qui fume, Espace Alya, 11*Avignon, Le petit Louvre, l’Artéphile, La Manufacture, La Rotonde, la Scala, les Lila’s, Au coin de la lune, les Corps saints, Contre courant, Les Lucioles… Dans ce capharnaüm des planches (1780 spectacles, 1432 compagnies, 7 000 artistes, 600 techniciens. 141 théâtres, 248 salles), tout à la fois charme et déplaisir de l’événement, il est jouissif d’oser aussi le saut dans l’inconnu : en se laissant porter par le bouche à oreille, en se laissant convaincre par le prospectus offert en pleine rue !

D’un festival à l’autre…

« Il y a exactement 60 ans naissait une Utopie réaliste nommée Châteauvallon ; aujourd’hui, sur la colline, elle continue de vibrer comme une réalité flamboyante« , clame Charles Berling, le directeur de la Scène nationale. Jusqu’au 28/07 à Châteauvallon (83), entre musique, sauts périlleux, mots doux ou furieux, repas au clair de lune… Pour un dépaysement garanti, du 16/07 au 13/09, rendez-vous est pris à Bussang (88) au cœur de la forêt vosgienne où, cathédrale laïque en bois qui a fêté ses 130 ans, le Théâtre du Peuple arbore fièrement sur son fronton sa devise légendaire « Par l’art, pour l’humanité » depuis 1895 !

Un site mythique, célébré par Romain Rolland, où chaque année la foule s’enthousiasme de la prestation des comédiens amateurs entourant les professionnels, marque de fabrique du lieu, s’émerveille à la traditionnelle ouverture des lourdes portes du fond de scène à chaque représentation. Au programme de l’été 2026, parmi moult propositions, Hériter des brumes, un feuilleton théâtral en six épisodes… « C’est l’histoire d’une troupe de théâtre, composée d’acteurices et d’auteurices d’aujourd’hui, qui tentent de reconstituer l’aventure du Théâtre du Peuple, cent trente ans après sa création. C’est une quête pour essayer de comprendre ce qu’est une utopie et ce que peut l’utopie, pour nous, aujourd’hui. Il y a dedans beaucoup d’amitiés et de passions, des fantômes, deux guerres mondiales, le village de Bussang, des histoires d’amour, des histoires de famille, d’innombrables crises, d’innombrables réconciliations, des arbres, des paysages… et des spectacles, beaucoup de spectacles ».

Quant au Garage Théâtre (58) où s’invitent chaque année de grosses cylindrées, la sixième édition de son festival se déroulera du 26 au 30/08. Sous la conduite de Jean-Paul Wenzel et de Lou, la directrice artistique des lieux, s’affichent à nouveau quelques sacrés comédiens, prompts à dépoussiérer les planches ! Le 26/08, Jean-Louis Martinelli mettra en scène Les coloniaux d’Aziz Chouaki avec le comédien Hammou Graïa. Le lendemain, Jacques et Léon Bonnaffé squatteront l’espace et le 27/08, Sylvain Maurice présentera son fabuleux Projet Barthes interprété par Vincent Dissez. Le samedi, Jean Paul Wenzel et Jean Yves Chir proposeront une œuvre musicale de Mauricio Kagel (une critique assez acerbe du fascisme) interprétée par un grand et reconnu chef d’orchestre, trois musiciens professionnels et des musiciens de l’harmonie de Cosne-sur-Loire. Le 30/08 à 18h, « Les diablotines » feront leur entrée : un texte écrit par Jean-Paul Wenzel, interprété par cinq comédiens amateurs, dont quatre jeunes femmes ayant participé à des ateliers théâtre.

S’annonce aussi la fameuse Mousson d’été, le rendez-vous incontournable pour qui veut partir à la découverte des écritures contemporaines ! Au cœur de la Lorraine, à Pont-à-Mousson (54), le superbe et prestigieux site de l’Abbaye des Prémontrés ouvre ses portes aux auteurs dramatiques, aux metteurs en scène, aux universitaires, aux comédiens et au public pour venir écouter le théâtre d’aujourd’hui. Du 21 au 27/08, un authentique terrain de rencontres nationales et internationales avec lectures, mises en espace et spectacles, un temps comme suspendu en bord de Moselle où s’écoulent et s’écoutent joyaux et pépites qui irrigueront les scènes du futur.

En Île de France Les Tréteaux de France, le Centre dramatique national dirigé par Olivier Letellier, seront présents du 03 au 06/07 sur l’île de loisirs de Créteil (94), du 21 au 26/07 sur celle du Port aux cerises de Draveil (91), du 31/07 au 05/08 sur celle de Cergy-Pontoise (95). Entre ateliers et lectures, ils présenteront moult spectacles de diverses formes tout à la fois virtuoses, esthétiques, parfois bordéliques et acrobatiques ! Sans oublier le festival Paris l’été qui, du 11/07 au 04/08, propose cirque-danse-musique et théâtre aux quatre coins de la capitale, ni le Théâtre de verdure dans le bois de Boulogne jusqu’au 27/09. Lyon (69) organise ses Nuits de Fourvière jusqu’au 25/07, Sarlat (24) son 74e Festival des Jeux du Théâtre du 18/07 au 03/08, le plus ancien de France après Avignon, Grignan (26) ses Fêtes nocturnes jusqu’au 22/08 !

Quelles que soient vos destinations vacancières, à chacune et chacun, lecteur des Chantiers de culture, bel été, folles escapades et superbes évasions culturelles. Yonnel Liégeois

Une sélection de RDV en Avignon

Exposition : Au cœur de la Maison Jean Vilar, Antoine de Baecque présente Les clés du Festival : une sélection exceptionnelle de photographies, films, enregistrements sonores, témoignages, affiches, programmes, notes et correspondances inédites, décors emblématiques, dessins originaux, maquettes et costumes de légende… Une exposition pour revivre la grande aventure du Festival d’Avignon des origines à nos jours, l’occasion d’en explorer l’histoire, d’en comprendre les enjeux et les grandes étapes. C’est tout le premier étage de la Maison Jean Vilar qui est squattée pour l’occasion ! Pour s’immerger, cœur et corps, dans les créations qui ont fait les grandes heures du festival : du Prince de Hambourg signé Jean Vilar au Mahabharata de Peter Brook, de L’école des femmes de Didier Bezace au Cesena d’Anne Teresa de Keersmaeker… À travers un itinéraire bis, Julien Gosselin ouvre les coulisses de sa création pour la Cour d’honneur et partage son regard d’artiste et de spectateur du Festival.

Débat : Le 14/07 à 16h30 au Cloître St Louis, le Syndicat de la critique organise ses Conversations critiques. Un moment privilégié où critiques et spectateurs débattent des spectacles du Festival, de l’avenir du IN et du OFF. Un temps fort aussi pour s’interroger sur l’art et le contenu de la critique, son rôle et sa place dans le paysage médiatique (à lire : Qu’ils crèvent les critiques ! de Jean-Pierre Léonardini, paru aux Solitaires intempestifs).

Media : Le 18/07 à 23h30, Arte présente Maldoror. Dans la cour d’honneur du palais des Papes, Julien Gosselin fait dialoguer l’œuvre de Roberto Bolaño et le lyrisme noir de Lautréamont. Dix ans après son adaptation de 2666, il s’engouffre à nouveau dans les textes de l’un et de l’autre. À travers ces deux auteurs, qui ont sondé chacun à leur manière, à plus d’un siècle d’intervalle, la violence humaine, ses origines et ses zones d’ombre, le metteur en scène s’interroge sur les liens qu’entretiennent la littérature et le mal, l’art et le crime…De l’Uruguay, qui vit grandir Lautréamont, au Chili de Pinochet, dont Bolaño subit la violence, du Paris des poètes maudits aux nuits de Mexico en passant par les chambres d’écrivain de Barcelone, Julien Gosselin compose un théâtre-monde où s’enchevêtrent les époques, les langues et les continents.

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Les gros cartonnent fort !

Au festival des Tombées de la nuit, à Rennes (35), Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan présentent Les gros patinent bien. Molière 2022 du meilleur spectacle de théâtre public, une comédie hilarante qui ne quitte plus l’affiche ! Une histoire de cartons loufoque et inénarrable, d’une originalité déconcertante, à l’humour inégalé.

D’abord, ils ne sont pas si gros qu’on le dit, l’un d’eux offre même l’image d’un grand échalas, avec pas grand chose sur la peau sinon son slip de compétition, d’une élégance approximative ! Quant à l’autre, s’il paraît quelque peu empâté, c’est qu’il ne quitte pas son siège de fortune durant toute la représentation… Et les deux, Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan cartonnent fort, d’une énergie débordante sans une minute de répit. Envahis, dépassés, submergés par des centaines de cartons, petite ou grande taille, dans un spectacle à l’originalité déconcertante !

Récompensé en 2022 du Molière du meilleur spectacle de théâtre public, depuis lors Les gros patinent bien n’a jamais quitté l’affiche, écumant toutes les salles de Paris et de Navarre, plébiscité par un public conquis par son esprit de créativité, la qualité de son interprétation réglée au cordeau, sa dose d’humour inégalée ! L’histoire ? Loufoque et inénarrable, en raison de dialogues distillés au compte-goutte et dans une langue absconse, à cause de multiples rebondissements sans queue ni tête (enfin, pas tout le temps…) à la suite de la pêche inattendue d’une sirène dans les eaux du grand nord, au final un amour éperdu pour la belle aux senteurs poissonnières qui entraîne son amoureux d’un continent l’autre, de conquêtes en défaites, d’illusions en déboires, de rebondissements plus abracadabrantesques les uns que les autres… Pour tout décor et expression, des bouts de carton qui défilent à grande vitesse, dessus leur signification et destination inscrites à l’encre noire : de quoi « seicher » l’imaginaire du public… En fin de représentation, une grande marée de pâte à papier submerge la scène !

Cartoonesques sans limite, hilarants jusqu’au débordement en rires pleureurs, les deux compères, Laurel et Hardy des temps modernes, ne reculent devant aucune excentricité, offrant aux spectateurs une pochade jubilatoire qui, sous couvert de gags dignes des plus grands fantaisistes, ne manque pourtant point de poésie. Vraiment à ne manquer sous aucun prétexte, pour petits et grands qui s’en souviendront longtemps, promesse de poissonnier ! Yonnel Liégeois, photos Fabienne Rappeneau

Les gros patinent bien, Pierre Guillois et Olivier Martin-Seban. En alternance avec Pierre Thionois, Jonathan Pinto-Rocha, Clément Deboeur, Alexandre Barbe, Édouard Penaud et Félix Villemur-Ponselle : les 02-03-04/07, 20h. Les tombées de la nuit, Square Lucien Rose, 35000 Rennes (Tél. : 02.99.32.56.56).

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Sous le jupon des filles

Au théâtre du Lucernaire (75), Gwenhaël de Gouvello présente Les petites femmes de Maupassant. Conçu par Roger Défossez, un montage de plusieurs nouvelles de l’écrivain : sous les robes de dentelles au charme désuet, se nichent des secrets d’alcôves d’hier et d’aujourd’hui. Un souffle de vent frais pour tout l’été.

Avec Les Petites femmes de Maupassant, on découvre une face cachée de l’auteur, plus connu en coureur de jupons que comme « féministe » avant la lettre. Nous sommes en bord de mer dans la maison de Céleste, baronne de Grangerie et veuve épanouie (Alexandra Sarramona). Elle a convié sa meilleure amie, la gentille et avenante marquise Hortense de Renneton (Karine Pinoteau) à passer quelques jours sans hommes, ou plutôt loin d’eux : elles ne crachent pas sur la bagatelle, on le verra ! Débarque Coralie, la nièce de Céleste (Eurydice El-Er) nouvellement mariée, avide des conseils de sa tante. Se joint au trio une invitée surprise, la piquante Zoé Tambour, jeune comédienne à la gouaille communicative (Marie Grach). De son salon à la décoration surchargée, dans l’attente de ses convives, Céleste épie à la longue vue un peintre et son épouse invalide. Ses commentaires sur le couple, dont l’histoire a défrayé la chronique, donnent le ton. Entre cancans, anecdotes salaces et secrets d’alcôve qui s’échangeront au cours de la pièce.

Femmes en goguette

Comédien (étonnant Mr Smith dans La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco) et dramaturge, Roger Défossez (1932-2024) signa moult dramatiques radiophoniques et télévisées au cours de sa longue carrière, souvent adaptées de maitres de la littérature : Tchekhov, Gogol, Eugène Sue, Alexandre Dumas, Verlaine. On lui doit aussi une comédie musicale dédiée à Offenbach. Guy de Maupassant l’a particulièrement inspiré. Après une version théâtrale de la Maison Tellier, il s’amuse à rassembler des portraits de femmes puisés dans diverses nouvelles et à les réunir sous les traits des quatre personnages emblématiques des Petites femmes de Maupassant. En l’absence de la gent masculine, la parole des femmes se libère, révélant derrière la société corsetée de préjugés qui fut la leur, un esprit frondeur. Au rythme enlevé de la prose de l’écrivain, elles ont le verbe leste, truffé de mots d’esprit à double sens. On cerne peu à peu leurs histoires de cœur respectives, souvent en dehors du mariage (généralement arrangé à l’époque).

Roger Défossez glisse habilement dans son texte des allusions à Madame Bovary de Gustave Flaubert, symbole pour le public contemporain de la bourgeoise aliénée. Non que l’auteur du Horla soit un tenant de la libération de la femme mais en 1993, date de création de la pièce, ses héroïnes ont pris un coup de jeune à l’aune du féminisme sous la plume de l’adaptateur. Dans le contexte de #metoo, les Petites Femmes renvoie à l’actualité. Pour autant, le metteur en scène a su garder la saveur désuète du XIXème siècle grâce à un décor daté, sans se priver de petites touches anachroniques, tel un poste de radio qui diffuse des tubes des années 1930, des musiques d’Offenbach ou plus récentes. On pense aux univers picturaux d’un Auguste Renoir ou Eugène Boudin, filmiques d’un Max Ophuls (La Maison Tellier ) ou Jean Renoir (Une partie de campagne). Par contraste, franc et direct, le jeu des actrices est en prise avec le public d’aujourd’hui. Sur scène, ça chante, joue du piano, improvise une bouffonnerie. Ambiance délurée garantie, surtout après un petit coup de blanc au retour du bain ou d’une visite au poulailler où s’affaire le factotum de la Baronne.

Maupassant et les femmes

On sait Maupassant grand consommateur de prostituées autant que de femmes du monde ou d’intellectuelles. « Un petit taureau breton » selon Flaubert, « un taureau triste » commente Taine. Toute médaille a son revers. Quand il se sait atteint de la syphilis, maladie qui le rendra fou, il plastronne. Ultime défi, « je baise les putains des rues, les roulures des bornes et, après les avoir baisées, je leur dis : « J’ai la Vérole ». Et elles ont peur et moi je ris, ce qui me prouve que je leur suis bien supérieur », écrit-il. « Maupassant est misogyne parce que, sorti des prouesses de son sexe, il a finalement peur des femmes », remarque sa biographe Nadine Satiat, « aussi ne faut-il pas s’étonner de ses décrets misogynes jusque dans ses effervescences priapiques. « Le cul des femmes est monotone », note-t-il. Maupassant se masque et ce qu’il veut éviter de livrer, c’est l’éventuelle inclinaison amoureuse ».

Roger Défossez ne prétend pas être fidèle au point de vue de l’auteur. Il fait son miel de morceaux choisis qui révèlent un écrivain non conventionnel se plaisant à regarder la gent féminine par le trou de la serrure, voire à leur accorder quelque accroc aux normes matrimoniales. Il les voit rouées ou naïves et ne boudant pas leurs désirs…. Un peu à son image, mais en mode mineur et opérant en secret, contrairement à lui. Ces Petites Femmes de Maupassant nous racontent en fait une époque à la lumière de la nôtre. La mise en scène de Gouvello et les comédiennes s’y emploient avec talent, sous le signe du plaisir. Mireille Davidovici, photos Le catogan

Les Petites Femmes de Maupassant, Gwenhaël de Gouvello : jusqu’au 23/08, du mercredi au samedi à 18h30, le dimanche à 15h. Le théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.57.34).

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Caroline et Simone, la jeune fille

Au Théâtre de Poche-Montparnasse (75), Caroline Silhol présente les Mémoires d’une jeune fille rangée. L’adaptation du livre de Simone de Beauvoir, une lecture superbement orchestrée sous la baguette d’Anne Bourgeois et les lumières d’Yves Angelo.

Du bureau au lutrin, elle vaque avec insouciance. Toute de grâce et de beauté, sans peur ni reproche de réduire un gros bouquin de 500 pages, au succès mondialement reconnu, en un spectacle d’un peu plus d’une heure… Gamine, son bourgeois de père la trouve moche, peu lui importe, certes Une jeune fille rangée que cette Simone de Beauvoir, pourtant dès l’enfance elle affiche et affirme son désir de se démarquer, de s’affranchir d’un milieu corseté. Sur la scène du Poche-Montparnasse, Caroline Silhol nous conte la jeunesse de l’auteure du Deuxième sexe, des premières années jusqu’à sa rencontre avec Sartre à l’aube de ses vingt ans.

De ses camaraderies estudiantines à ses amitiés féminines, de la gamine studieuse à l’agrégée de philosophie, du cousin Jacques à l’amoureuse de celui qui la surnommera le « Castor », nous est offert le portrait attachant d’une femme en quête d’identité et de liberté, avide d’émancipation familiale, sociale, intellectuelle. Livres sur le guéridon, manuscrit en main, Caroline Silhol ne lit pas, ou fait magnifiquement semblant, elle est Simone, lui donne esprit, cœur et corps. L’auditoire subjugué, avide et assoiffé d’en savoir plus : mieux qu’une lecture, une parole vivante qui, en ces temps troublés pour l’avenir du deuxième sexe, se révèle toujours aussi vivifiante. Yonnel Liégeois, photos Sébastien Toubon

Mémoires d’une jeune fille rangée, Caroline Silhol : jusqu’au 09/07, du mardi au jeudi à 19h. Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.50.21).

Mémoires, morceaux choisis

Je faisais des caprices ; je désobéissais pour le seul plaisir de ne pas obéir. Sur les photos de famille, je tire la langue, je tourne le dos ; autour de moi on rit. Ces menues victoires m’encouragèrent à ne pas considérer comme insurmontables les règles, les rites, la routine ; elles sont à la racine d’un certain optimisme qui devait survivre à tous les dressages.

Il y avait un point sur lequel mon éducation m’avait profondément marquée : en dépit de mes lectures, je restais une oie blanche… Je ne savais rien faire de mon corps, pas même nager ni monter à bicyclette.

La littérature prit dans mon existence la place qu’y avait occupée la religion. Ma mère me blâma de gaspiller avec Mauriac, Radiguet, Giraudoux, Larbaud, Proust, des heures que j’aurais pu employer à m’instruire sur le Béloutchistan, la princesse de Lamballe, les mœurs des anguilles, l’âme de la femme ou le secret des Pyramides. Mon père jugea mes auteurs favoris prétentieux, décadents, immoraux ; le conflit qui couvait entre nous s’exaspéra.

« À partir de maintenant, je vous prends en main », me dit Sartre quand il m’eut annoncé mon admissibilité (à l’agrégation de philosophie, ndlr). […] Quand je le quittai au début d’août, je savais que plus jamais il ne sortirait de ma vie.

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Sartrouville, un CDN en danger

Avec un budget artistique qui se réduit, le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines-CDN va-t-il perdre son label ? Le personnel du théâtre s’en inquiète et un Collectif des spectateurs et amis du théâtre de Sartrouville a lancé une pétition. S’ajoute à cela l’avenir incertain de son directeur, Abdelwaheb Sefsaf, que Chantiers de culture assure de tout son soutien, alors que le maire souhaite son départ.

Chantiers de culture invite lectrices et lecteurs à soutenir la pétition, dont les références sont notées en pied d’article. Yonnel Liégeois

Le metteur en scène Abdelwaheb Sefsaf a fait les comptes pour la saison 2026/2027, et sa marge artistique est de 60 à 80 000 euros. Avec la baisse de subvention de 350 000 euros du Département des Yvelines et celle de 41 000 euros de l’État, il se retrouve dans l’impossibilité de financer des créations, dont le coût moyen est de 240 000 euros. « Je ne peux pas remplir le cahier des charges qui est celui d’un Centre Dramatique National », affirme celui qui, ces trois dernières années, a signé des spectacles qui ont été salués par la presse et le public, ont tourné dans toute la France, Kaldûn en 2023 et Alif cette année. « Je n’ai même pas les moyens de faire une création. Je ne peux plus mener de coproductions pour accompagner d’autres artistes. Nous sommes bloqués, et tout est lié, car nos actions culturelles sont liées aux créations. Et si je ne crée pas, je ne peux plus tourner. »

Le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines est soutenu par son public. La pétition qu’il a lancé explique qu’un « nouveau public qui ne fréquentait pas jusqu’alors le théâtre a découvert une programmation qui lui parle, en particulier de nombreux habitants des quartiers populaires du plateau de Sartrouville. L’ouverture d’ateliers de pratique amateur a été une formidable occasion pour de nombreuses personnes de découvrir le théâtre comme un moyen d’expression sans pareil. » Ce collectif s’inquiète de « la forte diminution des moyens accordés au service public de la culture ».

Pour maintenir le label CDN, le financement doit impérativement venir d’au moins une collectivité territoriale en plus de l’État. Si le Département n’est plus là, il y a encore la Ville. Lors du conseil municipal qui s’est tenu cette semaine, le maire (LR) de Sartrouville, Pierre Fond, a affirmé publiquement qu’il souhaitait la conservation du label et qu’il s’engageait à maintenir la subvention de la Ville. Mais, lors de cette même séance, il a publiquement souligné que Abdelwaheb Sefsaf n’avait jamais été son candidat. D’ailleurs, l’actuel directeur ne sait toujours pas s’il sera encore en poste au 1er janvier 2027. Les partenaires publics devaient lui notifier son renouvellement avant le 31 mars 2026, mais il n’a toujours rien reçu à ce jour, ce qui inquiète le personnel du théâtre qui s’en est ouvert dans un communiqué. « Cette attente nous empêche de mener à bien nos missions, nos projets et ne nous permet pas d’avoir des perspectives claires pour cette fin de saison et pour la saison prochaine. Certaines actions prévues dans des structures municipales ont été annulées sans motif. Nous n’avons toujours pas de nouvelles de la rénovation énergétique prévue de longue date, et qui devient plus que nécessaire au vu du changement climatique, en hiver et en été, comme nous pouvons le constater aujourd’hui. »

Dans un courrier envoyé à Catherine Pégard, la ministre de la Culture, ainsi qu’aux élus des Yvelines, le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) demande « à la municipalité de Sartrouville et au Département des Yvelines de clarifier leur position concernant la reconduction du mandat d’Abdelwaheb Sefsaf […] en motivant leur décision sur la base du document d’autoévaluation remis à tous les partenaires publics en novembre dernier ». Le bilan du premier mandat du directeur du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines montre que les objectifs demandés sont largement atteints : 82% de taux de remplissage en moyenne, huit créations, 556 représentations en tournée, onze coproductions, dont sept avec les quatre artistes associés, un partage de l’outil avec de nombreuses compagnies en résidence, et un volume important d’actions culturelles et d’EAC sur le territoire.

À l’heure actuelle, Abdelwaheb Sefsaf et son équipe ne peuvent plus rien engager au-delà de janvier 2027. « Je n’ai engagé aucun artiste associé, je ne peux prendre aucune décision, je ne peux rien mettre en place », confie, dépité, le metteur en scène, qui se demande ce qu’il a fait pour être traité de la sorte. Stéphane Capron, in sceneweb

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines–Centre dramatique national, direction Abdelwaheb Sefsaf : Place Jacques-Brel, 78500 Sartrouville (Tél. : 01.30.86.77.79).

Pour soutenir et partager la pétition : https://c.org/qGF8qVSKPG

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1947, Jean Vilar et Avignon

En septembre 1947, naît le festival d’Avignon lors de l’exposition Une semaine d’art en Avignon. Futur directeur du TNP à Chaillot (75), Jean Vilar propose trois créations, dont le Richard II de Shakespeare dans la Cour du Palais des papes… Paru dans le mensuel Sciences Humaines, un article de François Dosse.

Jean Vilar, comédien et metteur en scène, veut, dans l’après-guerre, dépasser la frontière de classe qui subsiste au plan culturel entre l’élite et le grand public. Au Théâtre national populaire (TNP), il cherche à concilier le répertoire avec une mission de divertissement capable d’attirer un nouveau public. Son ambition : réunir ceux qui ont déjà le goût et la pratique du théâtre et ceux qui n’ont pas encore sauté le pas. Pour lui, le théâtre « ne prend sa signification que lorsqu’il parvient à assembler et à unir ». En 1955, une polémique éclate entre Jean-Paul Sartre et Vilar : le premier, qui défend l’idée d’un théâtre à thèse, politiquement engagé dans une stratégie de rupture idéologique, reproche au second sa pratique d’un théâtre bourgeois. Jean Vilar lui répond indirectement : « Pour moi, théâtre populaire, cela veut dire théâtre universel ».

C’est fortuitement que Jean Vilar a trouvé le lieu idéal pour réaliser son projet et créé le Festival d’Avignon qui émergera comme rendez-vous incontournable, avec des manifestations théâtrales des plus diverses. À l’origine, il n’est question que de programmer trois spectacles pour accompagner, en 1947, une exposition d’arts plastiques : « Avignon devient, dans l’imaginaire de l’équipe du TNP, un berceau, un tremplin, un puits de jouvence », écrivent Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (1). Le Festival s’impose rapidement comme un site privilégié d’expérimentation, d’aventure créative avant de rejoindre le théâtre de Chaillot à Paris, qui accueille les représentations après l’été. Il est encore aujourd’hui le creuset séminal de la création théâtrale.

En ces années 1950 des débuts du Festival d’Avignon, l’expression théâtrale se renouvelle radicalement. Le théâtre de l’absurde d’Eugène Ionesco et de Samuel Beckett a déjà pris ses distances avec le psychologisme. En attendant Godot, la pièce du second, parue en 1952, met en scène l’isolement des individus et leur incapacité à communiquer dans un monde dénué de sens. C’est aussi le succès du principe de distanciation de Bertolt Brecht, qui rompt avec le procédé classique d’identification, et dont Roland Barthes se fait le fervent défenseur. Il soutient le TNP de Jean Vilar et contribue à travers ses articles à élargir son public. Dans le cadre de son activité de critique théâtral, il assiste, enthousiaste, à une représentation par le Berliner Ensemble de Mère Courage de Bertolt Brecht au Théâtre des Nations en 1955 : il voit dans le dramaturge allemand celui qui réalise au théâtre ce qu’il a l’ambition de faire en littérature.

À l’été 1968, la contestation de mai perdure et se radicalise encore en se déplaçant vers le Festival d’Avignon, faisant cette fois le procès de la politique incarnée par Jean Vilar. On l’accuse de s’être transformé en valet de la culture bourgeoise. Alors qu’il a concocté un programme particulièrement moderne avec le Ballet du 20e siècle de Maurice Béjart et la troupe du Living Theatre dirigée par Julian Beck et Judith Malina, il est la cible d’attaques virulentes. Jean Vilar voit fleurir sur les murs de la ville les affiches qui s’en prennent à lui, le « Papape » : « Les échauffourées dans les rues et sur la place de l’Horloge se multiplient, les CRS chargent à plusieurs reprises. Le Festival est devenu un meeting permanent (1) ». De la place de l’Horloge à la place des Carmes, l’effervescence est à son comble. Le public est appelé à investir la scène et le théâtre se déplace dans la rue, donnant naissance à un Festival parallèle, le Off. On revendique un théâtre gratuit, populaire, innovant, spontané et critique. Comme l’écrit Claude Roy, le 21 août 1968 dans Le Monde, les contestataires font payer à Jean Vilar l’échec politique et social de Mai 68. François Dosse

(1) Histoire du Festival d’Avignon, d’Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (Gallimard, 648 p., 42€).

Le théâtre, service public, de Jean Vilar, 80 textes rassemblés par Armand Delcampe (Gallimard, 568 p., 35€90). Le théâtre citoyen de Jean Vilar, d’Emmanuelle Loyer (PUF, 260 p., 18€). Avignon, le royaume du théâtre, d’Antoine de Baecque (Découvertes Gallimard, 128 p., 15€80). Le festival d’Avignon 2026 se déroule du 04 au 25/07.

Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel Sciences Humaines sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Un excellent magazine dont nous conseillons vivement la lecture.

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Châteauvallon, un bel été

Depuis le 26 juin et jusqu’au 28 juillet, Châteauvallon (83) inaugure la nouvelle édition de son Festival d’été. Une scène magique entre salle couverte et amphithéâtre, pinède et cigales. Pour la dernière année sous la férule de Charles Berling, son emblématique directeur.

Charles Berling découvre le théâtre à quinze ans en jouant au sein de l’atelier théâtre, créé par son frère aîné, Philippe Berling, au lycée Dumont-d’Urville de Toulon. Après son baccalauréat et une formation de comédien, il intègre le théâtre national de Strasbourg dirigé par Jean-Louis Martinelli. En parallèle à une carrière théâtrale, aux côtés des plus grands metteurs en scène (Moshe Leiser, Jean-Pierre Vincent, Bernard Sobel, Claude Régy, Alain Françon, Jean-Louis Martinelli, Ivo van Hove etc…), il se fait connaître du grand public par le film Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet et surtout, en 1996, Ridicule de Patrice Leconte. Cinquante rôles au théâtre, tout autant au cinéma, diverses mises en scène, la publication de trois romans : une carrière exceptionnelle !

En 2010, la ville de Toulon confie à Charles et Philippe Berling la direction du Théâtre Liberté qui ouvrira ses portes au public en 2011. En 2015, le Liberté, alors co-dirigé par Charles Berling et Pascale Boeglin-Rodier, et Châteauvallon dirigé par Christian Tamet, obtiennent ensemble le label Scène nationale, sous le nom de Châteauvallon-Liberté. En 2018, ces deux institutions culturelles majeures de l’agglomération toulonnaise sont réunies par une même direction, assurée depuis 2020 par Charles Berling seul, tout en poursuivant son activité artistique.

Il adapte au théâtre avec Philippe Collin et Violaine Ballet le podcast à succès de France Inter, Léon Blum, une vie héroïque, écrit et réalisé par Philippe Collin. Cet évènement théâtral participatif suscite un immense engouement. Récidivant avec la même équipe cet été, avec Les Résistantes. En 2025, travaillant sur l’œuvre de Lars Norén, il met en scène pour la première fois en France C’est si simple l’amour à Châteauvallon-Liberté. Qu’il présente en diptyque avec Lost and Found au théâtre de l’Atelier à Paris, jusqu’au 28/06. Au fil des jours d’un bel été chaud à Châteauvallon, Chantiers de culture se fera grand plaisir à revenir sur tous ces événements. Yonnel Liégeois

Châteauvallon, festival d’été : jusqu’au 28/07. Châteauvallon, 795 Chemin de Châteauvallon, 83190 Ollioules (Tél. : 09.80.08.40.40).

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Football, plumes et crampons

À l’heure de la Coupe du monde de football 2026, auteurs et éditeurs visent aussi le titre suprême dans le cœur des lecteurs. Pour tenter de faire la fête de la tête aux pieds, en dépit d’un tournoi gangréné avant même son ouverture, regard sur quelques livres gagnants.

« Pourquoi la France a-t-elle eu l’idée saugrenue en 1998 de siffler à domicile le coup d’envoi de la Coupe du monde de football ? », s’interroge la ménagère de quarante ans ou moins dont les enfants et le mari déjà peu assidus aux tâches domestiques foulent des heures durant la moquette du salon et rivent leurs yeux à la lucarne du téléviseur ? Allons droit au but et… déroulons le tapis vert de l’histoire sportive dont Jean-Yves Guillain nous rapporte les exploits dans L’œuvre de Jules Rimet (éditions Amphora). C’est au congrès d’Amsterdam de 1928 que le franc-comtois et président de la FIFA (Fédération internationale de football) de 1921 à 1954, signera d’une passe décisive la création d’un tournoi international ouvert à tous les joueurs de la planète.

Parmi les dizaines d’ouvrages consacrés au ballon rond qui promeuvent nos libraires en nouveaux gardiens du temple, Guillain signe un livre sans envolée lyrique ni « ola » dont la seule vertu est de glorifier le français qui engagea la partie, il y a bientôt cent ans ! Avec Pierre-Louis Basse, le Football, d’un monde à l’autre (éditions Mango) fait son entrée sur le stade sous des couleurs plus chatoyantes. Si le grand reporter à Europe 1 ouvre ses colonnes au journaliste et écrivain Jean Lacouture et au dessinateur Enki Bilal, respectivement admirateurs du joueur brésilien Leonidas et du club de l’Etoile Rouge de Belgrade, dans la foulée il tend aussi son micro aux nombreux supporters à remplir les stades qui refusent d’honorer la mémoire d’un Jules Rimet congratulant Mussolini en 1934 et applaudissent l’équipe des Pays-Bas n’allant pas chercher sa médaille dans la tribune présidentielle où parade Videla en 1978, général argentin et capitaine tortionnaire…

Compromission politiques, scandales financiers, dopage et salaires mirobolants de certaines vedettes, morale sportive assassinée sous l’enjeu d’intérêts économiques : sur la pelouse ou hors-jeu, la saga du foot ne cesse d’alimenter la chronique sulfureuse des médias. Dans Passions et terres de foot, du paysan d’Auxerre au mondial de Platini (éditions Amphora), Roland Passevant s’autorise l’ouverture des dossiers gênants que d’aucuns, encouragés par le mutisme et le dirigisme si peu démocratique des instances internationales, se plairaient à botter en touche. Avec ses Mordus du foot (le Cherche-Midi éditeur), le regretté Piem préférait en rire. Croquant finement tous les travers et ridicules d’une balle de cuir dont « la présence d’un deuxième exemplaire sur le terrain éviterait bien des affrontements ». Qu’il soit joueur ou supporter, sponsor ou arbitre, femme ou homme de « Téléfoot », le lecteur s’écroule d’humour dans la surface de réparation.

Plus jeune dans l’art de la caricature ou de l’ironie mais tout aussi talentueux, Bruno Heitz nous propose les savoureuses aventures de Monsieur Antibut (éditions Mango) : une histoire désopilante qui nous raconte la fuite rocambolesque d’un individu qui a « toujours eu horreur de CA » et trouve asile sur une île peuplée exclusivement de femmes qui ont fui la même chose que lui. Las, au terme de son exil, il foule à nouveau le sol de sa terre natale à la veille d’une nouvelle catastrophe sportive : le départ du Tour de France ! Un album destiné au jeune public que les grands ne manqueront pas de détourner d’une main litigieuse dans leur propre camp !

Du fantastique à l’étude sociologique

Concocté par Christine de Montvalon, Le dico du foot (éditions de l’aube) est un autre régal de l’esprit. A chaque terme plus ou moins usité dans le jargon footballistique où le « café-crème » côtoie la « savonnette » ou la « bicyclette », elle ponctue ses définitions de citations d’auteurs, célèbres adorateurs ou pourfendeurs du ballon rond. Plus noire est la vision du football que nous offrent Eric Remus et le regretté Didier Roustan. L’intrigue ? À l’heure où la fédération française, en vue de sa Coupe du monde, discute de l’attribution des marchés pour la rénovation des stades, les spécialistes de l’arnaque financière chaussent les crampons et sortent des vestiaires. Polar de la meilleure veine, d’un tacle par derrière assassin à des méthodes encore plus expéditives, Les bleus en noir (éditions Belfond) n’hésite pas à brandir le carton rouge à l’encontre de ces notables du foot-business qui font bon ménage avec les pègres locales. Dans un genre qui relève plus du fantastique que du classique roman policier, Alexandre Dumal promène son héros sur tous les stades de La coupe immonde (éditions Fleuve noir) avec « footons le cirque » et « Cacarico » pour seul chant des partisans contre la FIFA de Fred Blatteur et l’ordre républicain du préfet Broutard !

Membre du comité de rédaction de la revue Esprit, Patrick Mignon nous soumet ses réflexions de sociologue sur La passion du football (éditions Odile Jacob). Avec pertinence il nous révèle combien ce sport, d’un pays à l’autre, reflète les modes de construction des identités nationales et illustre les rapports contradictoires entre classes sociales. Plus qu’un jeu, le football devient sous sa plume le terrain de décryptage par excellence du fonctionnement de nos sociétés. Aux éditions fayard, L’équipier de François-Guillaume Lorrain nous propose le roman d’une vie à la trajectoire bien singulière… L’histoire d’un enfant né à « une portée de ballon du Parc des Princes », initié au jeu par un grand-père ancien gardien de but du Red Star. Un enfant à la carrière contrariée qui n’oubliera jamais ses premiers émois et ses premières victoires balle au pied. Un roman à la nostalgie douce-amère qui marque certes le passage de l’enfance à l’âge adulte mais incite chacun à ne jamais étouffer ses rêves inachevés au fil du temps qui passe.

Pour s’en convaincre, lisons Brésil, pays du ballon rond (éditions de l’aube). Native de Sao Paulo, Betty Milan nous offre le plus chaud plaidoyer en faveur d’un sport qui, chez elle, se joue autant dans les plus grands stades du monde que sur les plus minables terrains vagues. Une terre de contrastes où l’enfant des bidonvilles peut devenir un génie adulé de la planète. Un petit livre riche d’enseignements qui vous met à l’école de la samba, qui vous apprend à faire « beau jeu » de votre vie et vous révèle pourquoi des hommes et femmes, petits ou grands, des peuples ont élu le ballon rond pour passion. Yonnel Liégeois

LES PLUS BELLE ENVOLÉES

Par leur qualité littéraire, leur originalité ou leur sens critique, quatre livres sont susceptibles de rallier sans conteste les suffrages des « intellectuels » et des « footeux ». Tels des virtuoses du ballon rond, leurs auteurs manient la plume avec génie et délectation :

Le football, ombre et lumière : le romancier uruguayen Eduardo Galeano nous offre l’un des plus beaux livres inspiré par le ballon rond. D’une écriture magique, l’auteur scande les temps de sa passion au rythme des événements petits ou grands qui ébranlent le monde (éditions Lux, 320 p., 20€).

Le treizième but : le livre le plus original. Daniel Picouly avoue pourquoi sa mère déserta le domicile familial en 1958 et révèle pourquoi Just Fontaine demeure le meilleur buteur de la Coupe du monde. Hilarant (éditions Hoëbecke, en bouqinerie).

La vie est un ballon rond : orphelin très tôt de sa Yougoslavie natale et fondateur des éditions L’âge d’homme, Vladimir Dimitrijevic manie le ballon comme sa plume, avec passion et intelligence. Un superbe texte sur la nostalgie des pelouses d’antan (éditions de La table ronde, 128 p., 7€10)

Football et littérature, une anthologie de plumes et crampons : qu’ils soient pour ou contre le football, Patrice Delbourg et Benoît Heimermann ont rassemblé les textes d’auteurs les plus divers. De Camus à Montalban, de Pasolini à Desproges. La « bible » indispensable (éditions de La table ronde, 420 p., 8€70).

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L’intelligentsia et son insupportable suffisance

Au théâtre du Rond-Point, à Paris, Jean-François Sivadier met en scène Tout est calme dans les hauteurs . Une pièce de Thomas Bernhard, où sont poussées loin l’ironie et l’humour pour dénoncer une idéologie toujours vivace. Avec Nicolas Bouchaud et Norah Krief, époustouflants dans leur rôle respectif.


Anne Meister aurait pu devenir une grande pianiste. Mais, « deux artistes dans le même couple, cela aurait fait beaucoup », dit-elle tout naturellement, le rire aux lèvres. Alors, elle se contente d’être la compagne de Moritz, qui lui-même reconnaît qu’il aurait pu être chanteur d’opéra ou quelque chose d’autre de bien brillant encore. Il se contente du rôle qu’il s’est donné, et que d’autres semblent lui concéder, celui d’être tout simplement « le plus grand romancier de la deuxième moitié du siècle ». Dans ce texte de 1980, publié en France par l’Arche en 1994 sous le titre de Maîtrel’écrivain et dramaturge autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) met en lumière l’insupportable suffisance d’une intelligentsia réactionnaire. Laquelle entretient avec furie et conviction les vieux démons du nazisme qu’elle garde toujours bien au chaud au fond de sa poche. Comme d’autres s’économisent une poire pour la soif. D’ailleurs quelques dizaines d’années plus tard, la droite la plus extrême campe toujours à la porte du pouvoir autrichien.

Anne et Moritz ne sont pas des militants. Mais pas des progressistes non plus. D’évidence, avec Tout est calme dans les hauteurs, Bernhard jubile en construisant l’image de ce couple surréaliste à la parole libérée. Nicolas Bouchaud et Norah Krief sont excellents dans leur rôle. Acteurs fétiches du metteur en scène (et adaptateur) Jean-François Sivadier, ils usent de la roublardise et de la drôlerie involontaire de leurs personnages avec une adresse remarquable. Leurs visiteurs, une doctorante photographe, un journaliste, un éditeur, un jardinier, interprétés avec talent par Frédéric Noaille, Juliette Bialek et Valérie de Champchesnel subissent leur avalanche de mots, de poncifs, d’idées reçues et nauséabondes, mais aucun ne relève le défi.

Et pourtant il y aurait matière à empoignade. Par exemple lorsque, l’air de n’y toucher que du bout d’un crayon, Moritz commente à propos de la Shoah : « Il faut dire que les Juifs eux-mêmes en sont largement coupables… mais on n’aurait pas dû faire ce qu’on a fait. » Le couple infernal occupe, dans cette région offrant le panorama extraordinaire des Préalpes bavaroises, une vaste maison mise gratuitement à sa disposition par la municipalité. Demeure qui appartenait jadis à un négociant juif, manifestement spolié et réfugié aux États-Unis. Tout est calme dans les hauteurs, proclame le titre. Tout n’est qu’apparences. En fait, cette pièce au titre si doux affiche tout du long une ironie mordante.

On rit beaucoup mais avec effroi. Jean-François Sivadier ne s’est pas embarrassé de convenances inutiles ou de faux-semblants. Ses personnages sont bruts, nature. Et en cela effrayants. Tout comme l’empilement de peintures de paysages et de portraits qui apparaissent au final en fond de scène, et que l’on imagine avoir appartenu à la famille dont c’était la maison heureuse avant que le fascisme ne répande sur terre et dans bien trop d’esprits sa boue brune et fétide. Gérald Rossi, photos Jean-Louis Fernandez

Tout est calme dans les hauteurs, Jean-François Sivadier : jusqu’au 04/07, du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 19h et le dimanche à 15h. Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris (Tél. : 01.44.95.98.21). Les 24 et 25/09 à Annemasse, du 6 au 8/10 à Béthune, les 14 et 15/10 à Poitiers, du 4 au 13/02/27 à Villeurbanne.

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Alice Mendelson, l’ivresse du vivre

À la Maison de la poésie (75), Catherine Ringer présente L’érotisme de vivre. Professeure de lettres et conteuse, Alice Mendelson s’est éteinte le 4 janvier 2025. Publiés pour la première fois en 2021, ses vers voyagent comme de puissants antidotes contre le blues.

En raison d’une extinction de voix de Catherine Ringer, la Maison de la Poésie alerte que la représentation est annulée. Reportée à une date ultérieure… Chantiers de culture vous tiendra informé.

Tant d’hommes m’ont plu/Même ceux qui ne me plaisaient pas/Sauf ceux qui étaient beaux, trop beaux, juste à regarder/Excepté toi… et toi…/Même toi, et toi/Surtout toi... Ce soir de février 2022, au Théâtre d’Auxerre (89), la chanteuse Catherine Ringer, longue tresse sur le côté, déclame des poèmes d’Alice Mendelson avec la poétesse Violaine Boneu en robe somptueuse, accompagnées au piano par Grégoire Hetzel. Au milieu du public venu en nombre, l’autrice, 96 ans, assiste à la création de L’érotisme de vivre, une performance tirée du premier recueil de ses poésies au titre éponyme qui vient d’être publié aux éditions Rhubarbe. La découverte est jouissive, tant l’écriture d’Alice Mendelson est une ode aux plaisirs de la vie. Dès lors, le spectacle du duo Ringer-Hetzel, mis en scène par Mauro Gioia, peut tourner. De Montréal à Genève, Sète à Mulhouse, Bischwiller à Istres, Paris…

Tes mots, tes bras, loin de moi, bien en cercle./Debout, je m’y glisse./Le monde y est bien rond. Alice Mendelson écrit des poèmes depuis sa jeunesse et voilà qu’à plus de 90 ans, certains sont édités, joués et chantés. Il faut dire qu’elle a le talent d’aller de l’avant. Une fois à la retraite, la professeure de français qui a écumé bien des lycées se forme à l’art du conte auprès de Pascal Quéré. Il devient son confident d’un passé pas toujours joyeux. Il exhume avec elle documents et photos pour élaborer un album en 2017, La petite qui n’est pas loin, découvre ses poèmes et les fait connaître. Des amitiés croisées relaieront la découverte, telle celle de la comédienne et chanteuse Catherine Ringer dont le père Sam Ringer, ancien déporté, était copain avec Alice. L’an passé, c’est avec son ami l’historien Laurent Joly, spécialiste de l’antisémitisme sous Vichy, qu’elle signe Une jeunesse sous l’Occupation.

C’est l’histoire d’un drame et d’un miracle, écrit-elle. Et de nous raconter son enfance dans le 18e arrondissement de Paris. Fille unique de parents juifs polonais qui ont fui les pogroms, elle grandit rue Damrémont au-dessus du salon de coiffure familial. Son père Icek, sympathisant communiste, s’occupe des hommes. Sa mère, Sura-Laya, qui rêvait d’être cantatrice, coiffe les femmes. La boutique tourne bien jusqu’à ce que le gouvernement de Vichy pourchasse les juifs. Dénoncé par un concurrent (on découvre les courriers envoyés au Commissariat général aux Questions Juives), son père, arrêté en 1941, périt à Auschwitz. Avec sa mère, elle échappe à la Rafle du Vel’d’Hiv de juillet 1942, alertées par des voisines. Elles se cacheront en zone libre. Alice, du haut de ses 18 ans, entre en résistance à Limoges. De retour sur Paris à la Libération, sa mère, très affaiblie, bataille pour récupérer ses biens, tandis que le délateur de son mari est acquitté. Dans son épilogue, Alice Mendelson écrit : Vivre pour tous ceux qui n’ont pas eu le droit de vivre, telle a été ma philosophie de vie, de ma longue vie, pleine et heureuse.

Dans mon appartement, mon Ermitage, sans sortir ou presque, je m’amuse à vivre. Dans l’entretien Alice Mendelson, une façon de vieillir, diffusé sur You Tube, son ami Pascal Quéré l’interroge. Alors âgée de 91 ans, Alice nous fait visiter son appartement, nous révèle ses deux postes d’observation tels la grande fenêtre de sa salle de bain : c’est le grand Rex ! Elle nous livre non sans humour ses recettes pour parer les difficultés liées au grand âge : monter dans une voiture, se laver les doigts de pieds… Elle n’occulte pas les moments de flottement mais souriante, elle évoque son capital : son ivresse de vivre. Comme dans son poème, À mes petits :

J’ai mal à l’épaule droite, au rein à droite, au genou droit, au talon droit…
Quelle chance d’avoir un côté gauche !

Le coeur est à gauche.
Quelle chance d’avoir un côté droit !
Mes yeux voient mal, mais encore…
Mon nez reçoit les arômes.
Ma main emboîte ton épaule.
Mon sourire accueille ta silhouette dans la porte…
Quelle chance d’avoir un corps tout entier !

« Vivre, parler et écrire, peut-être même aimer aussi. Avec ça, je crois que je fais le plein. (…) C’est être aux aguets de ce qui va pouvoir être vécu et écrit autrement pour que l’étonnement fondamental soit constamment renouvelé. Là, j’ai livré mon secret final », lâche-t-elle dans un grand éclat de rire. Alice Mendelson a une sacrée philosophie de vie : pour bien vieillir, il faut avoir le vice de la joie. « Sa joie de vivre, son sourire lumineux, son espièglerie ne seront pas oubliés », assure Catherine Ringer. L’érotisme de vivre ? « Ses mots, ses poèmes vibreront encore dans les pages de ses livres et par ma bouche ». Amélie Meffre

L’érotisme de vivre, Catherine Ringer, Grégoire Hetzel au piano et Mauro Gioia à la mise en scène : Le 27/06, 20h. La maison de la poésie, Passage Moliėre, 157 rue Saint-Martin, 75003 Paris (Tél. : 01.44.54.53. 00).

Une poésie fougueuse, espiègle, sensuelle et joyeuse

« Sensuelle et résolument joyeuse, la poésie d’Alice Mendelson est un manifeste éclatant de la poésie comme acte de vie, d’amour et d’audace. De ses textes irradie un chant passionné qui célèbre l’érotisme, le goût des hommes, des couleurs, des instants et des mots. Une poésie fougueuse, espiègle, du désir et de la volupté » (L’érotisme de vivre et autres poèmes : textes choisis et présentés par Catherine Ringer. Points poésie, 156 p., 10€80).

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Olivier Hanne, l’islam des lumières

Aux éditions Tallandier, Olivier Hanne publie L’islam des lumières. Une fresque de quatorze siècles pour mettre en lumière les courants humanistes de la civilisation musulmane. Paru dans le magazine Sciences Humaines (n°389, 06/26), un article de Tigrane Yégavian

Dans un contexte où le débat public sur l’islam oscille entre fascination orientaliste et rejet catégorique, Olivier Hanne, islamologue et chercheur associé à l’université d’Aix-Marseille, ouvre dans cet ouvrage une perspective aussi nécessaire qu’audacieuse. Loin des clichés, l’auteur déploie une fresque de quatorze siècles pour mettre en lumière les courants humanistes de la civilisation musulmane. Le choix du titre tient d’un pari historiographique, car évoquer un « islam des Lumières » revient à défier les narratifs qui opposent raison occidentale et obscurantisme musulman.

Hanne ne verse cependant pas dans l’apologie. Avec la rigueur qu’on lui connaît, il documente les moments où la pensée musulmane a épousé des valeurs humanistes : le mutazilisme rationnel des 9e et 10e siècles, la philosophie d’Averroès, le soufisme d’Ibn Arabî, jusqu’aux réformateurs de la Nahda et aux intellectuels contemporains, comme Mohammed Arkoun. L’ouvrage montre comment des penseurs musulmans ont défendu l’exégèse contextuelle contre le littéralisme, la raison contre le dogme, l’ouverture universaliste contre le repli identitaire. Ces courants, loin d’être marginaux, ont profondément marqué l’histoire intellectuelle de l’islam.

Le livre déconstruit l’idée d’une incompatibilité essentielle entre islam et humanisme. Particulièrement stimulante est la manière dont Olivier Hanne établit des parallèles entre les débats théologiques en terre d’islam et ceux de la chrétienté. Foi et raison, liberté individuelle et autorité religieuse, interprétation et texte sacré : ces questionnements ont travaillé les deux civilisations simultanément. Cette histoire croisée sort du piège de l’exceptionnalisme comme du relativisme culturel. L’ouvrage manque parfois de profondeur sur certaines périodes, notamment le XXème siècle. Néanmoins, L’islam des lumières s’impose comme une contribution majeure. Olivier Hanne offre les outils pour penser un islam compatible avec les valeurs humanistes, non par concession mais par fidélité à ses propres traditions intellectuelles trop souvent oubliées. Tigrane Yégavian

L’Islam des Lumières, histoire de l’humanisme musulman (VIIe-XXIe siècle), d’Olivier Hanne (éditions Tallandier, 368 p., 23€90)

« Faire de Sciences Humaines un lien de savoir à un moment où l’histoire s’opacifie et où les discours informés se trouvent recouverts par un brouhaha permanent », Héloïse Lhérété, la directrice de la rédaction, s’en réjouit ! Le numéro 389 consacre sa une aux Nouvelles élites, portrait de classe, célébrées (rarement) et critiquées (souvent)… Sans oublier un imposant dossier sur Marc Bloch panthéonisé ce 23 juin, l’historien qui fera de sa discipline une science sociale à part entière ! Avec, enfin, un émouvant portrait de Rosalind Franklin à qui l’on vola les découvertes scientifiques (à voir dans le off du festival d’Avignon 2026, la pièce que lui consacre Elisabeth Bouchaud). Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel en ouverture de ses pages au titre des Sites amis. Un remarquable magazine dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois

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Quatre femmes en selle

Au théâtre Paris-Villette (75), Isabelle Lafon propose Cavalières. Quatre femmes libérées et impertinentes qui excellent dans l’art de se raconter et de nous conter de fantasques histoires. Entre légèreté et gravité, l’art dramatique en ses sommets !

Sur scène, la liberté a élu domicile : liberté de parole, liberté de ton, liberté de pleurer ou de rire, liberté d’aller et venir ! D’ailleurs, elles ont de l’espace sur le vaste plateau du théâtre pour vaquer à leurs petites affaires, chevaucher leurs désirs et hobbys : quatre femmes en selle, libres, libérées, impertinentes et Cavalières qui n’hésitent pas, si besoin, à monter sur leurs grands chevaux… Seul un trait de lumière marque leur entrée dans notre univers, trois tabourets dans l’immensité nue, l’art dramatique en son plus simple appareil, une heure trente de plaisir inégalé ! Denise (Isabelle Lafon) l’avoue d’emblée, l’entraîneuse de trotteurs préfère les chevaux aux enfants. Pourtant, elle a accepté la tutelle de la jeune Madeleine, handicapée.

Pour l’aider dans la gestion quotidienne, elle lance un appel à d’autres femmes : venir cohabiter chez elle. Les conditions, surprenantes mais indiscutables ? Avoir un rapport proche ou lointain au cheval, s’occuper sans faillir de l’enfant, habiter l’appartement pour un loyer avantageux mais y venir sans meuble… Saskia (Johanna Korthals Altes) l’ingénieure en bâtiment, Nora (Karyll Elgrichi) l’éducatrice spécialisée et Jeanne (Sarah Brannens) la serveuse de bar relèvent le défi. Chacune est porteuse d’une histoire singulière avec ses succès et ses échecs, des sauts d’obstacle réussis ou manqués. À tour de rôle, par petits mots déposés ou lettres interposées qui marquent sur scène décalage et proximité, elles soliloquent ou dialoguent entre elles. Sur l’attention à porter à Madeleine que nous ne verrons jamais, surtout à propos de leur existence de femme en quête d’un futur, d’une utopie peut-être à conquérir, en tout cas à construire.

Entre les quatre femmes, si incroyablement différentes dans leur parcours de vie, se nouent des liens forts de familiarité, de complicité. Ce qui n’exclut pas les prises de tête ou coups de colère, les embardées et foulées de traverse ! Les protagonistes s’exprimant toujours face au public, de la scène à la salle se tisse alors un étrange sentiment de connivence. Renforcé par les doutes, hésitations dont sont porteuses les quatre comédiennes oscillant en permanence entre l’improvisation et la trame de leur texte. Entre mots oubliés, usurpés, changés, la vie est là dans toute sa complexité, tout à la fois fluide et solide entre affirmations et contradictions : les choix individuels sont-ils frein ou moteur à un projet commun ? Sur quels critères se fondent la réussite ou l’échec du vivre ensemble ? Avec le seul poids des mots, du bel et bien-fondé nom de sa compagnie, Les Merveilleuses, Isabelle Lafon et ses trois comparses en font la démonstration. Sous couvert de peu ou de presque rien, l’essentiel au sens premier du terme, elles nous offrent un instant de théâtre à nul autre pareil, tout à la fois aride et lumineux,.

Le spectacle semble se construire devant nous, avec nous, complices de ce quatuor qui tente un possible autre, de faire cause commune en ne masquant rien de leurs aspérités. Elles comme nous, à cheval entre illusions et aspirations, certitudes et doutes… Sommes-nous au théâtre ou dans la vraie vie ? Prenante, émouvante, la question surgit devant un tel enchantement qui descend des cintres et se propage sur l’immensité désertique de la grande scène. Pourtant étonnamment, magnifiquement, extraordinairement habitée par quatre frêles silhouettes habillées d’un simple rayon de lumière. Mais quelle lumière, yeux écarquillés, pour éclairer ce chemin d’émancipation qui nous est proposé ! Yonnel Liégeois, photos Laurent Schneegans

Cavalières, Isabelle Lafon : Jusqu’au 27/06, les mardi-mercredi-jeudi et samedi à 20h, le vendredi à 19h. Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris (Tél. : 01.40.03.72.23).

Isabelle Lafon présente une pièce malicieuse, drôle et tendre, qui ouvre la réflexion sur la fabrication d‘une démocratie par et avec des femmes. Joëlle Gayot, Le Monde

Isabelle Lafon met en scène une histoire extraordinaire de femmes qui se tiennent debout et manient le verbe avec une maladresse touchante. Laurent Goumarre, Libération

Une odyssée envoûtante sur l’utopie d’une vie commune improvisée. Laurence Péan, La Croix

Une écriture intime, dense et sans concession. Callysta Croizier, Les Echos

Simplicité du dispositif, improvisation calculée, liberté des comédiennes … La metteuse en scène fabrique sous les yeux du spectateur ébahi l’éloge du doute et de l’impertinence. Un théâtre nu qui invite à se laisser désarçonner. Fabienne Pascaud, Télérama

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En avant, la musique !

Dans les colonnes du journal Politis, un appel à la « résistance » face à l’extrême droite et à la concentration est lancé par plus de 1200 acteurs du monde de la musique. Parmi les premiers signataires Voyou, November Ultra, Médine, Yann Tiersen, IAM, Planète Boom Boom, MC danse pour le climat, Les Fatals Picards, Renaud, Bernard Lavilliers, Barbara Pravi, Les Ogres de Barback ou encore Ebony…

Après l’édition, la presse, ou la culture avec la publication de la tribune contre la main mise de Vincent Bolloré lors du Festival de Cannes, c’est au tour du monde de la musique de se mobiliser. Plus de 1 200 artistes, techniciens, travailleurs ont lancé un appel à la « résistance » face à l’extrême droite et à la concentration, publié par Politis le 18 juin. « Nous regardons l’élection présidentielle de 2027 avec inquiétude, nous nous alarmons vivement du risque de basculement officiel du pays à l’extrême droite dans une poignée de mois », écrivent les signataires, parmi lesquels des artistes comme Voyou, November Ultra, Médine, Yann Tiersen, IAM, Planète Boom Boom, MC danse pour le climat, Les Fatals Picards, Renaud, Bernard Lavilliers, Barbara Pravi, Les Ogres de Barback ou encore Ebony.

Et pour cause, « la musique est un champ de bataille démocratique », estiment-ils dans ce texte intitulé « La musique en résistance : l’Appel des 1 000 », dans lequel ils refusent de laisser « s’imposer des représentations fondées sur l’exclusion, le repli et la hiérarchie des vies » et de courir « le risque d’une mise au pas ». Un danger qui se double, affirment-ils, d’une concentration « devenue une réalité structurante, où une poignée de groupes occupe une position dominante ». Pour faire face, « l’heure n’est plus à la simple résistance »« Nous avons besoin d’un projet commun : une culture fondée sur la coopération plutôt que la concentration, sur la proximité plutôt que le gigantisme, sur les communs plutôt que les monopoles », plaident ces acteurs du monde de la musique.

Pour prendre part à « lutte contre cette propagation réactionnaire en cours » et faire « converger (leurs) forces au-delà de (leurs) scènes, de (leurs) esthétiques et de (leurs) secteurs », un collectif baptisé « Cultures Futures » a été officiellement lancé en parallèle au Point Éphémère à Paris, selon Franceinfo.

Pour rejoindre l’appel, rendez-vous ici

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Massini, femmes et ouvrières

Au théâtre de L’épée de bois, à la Cartoucherie (75), Olivier Mellor présente 7 minutes (comité d’usine). Une pièce de Stefano Massini, interprétée par la Compagnie du berger. Au retour de négociations avec les repreneurs de leur entreprise, onze ouvrières débattent de leur avenir. Une œuvre originale et percutante qui porte le monde du travail au-devant de la scène.

Tension extrême sur la scène du Centre culturel Jacques Tati d’Amiens (80) là où fut créée la pièce en janvier 2026, branle-bas de combat au sein de l’entreprise de textile Picard & Roche ! Rassemblées dans le local du comité d’usine, très impatientes et inquiètes face aux heures d’attente qui défilent, dix femmes scrutent le retour de Blanche leur déléguée, représentante des salariées au conseil d’administration qui s’éternise en longueur.

Que fomentent les dirigeants de la multinationale qui vient de racheter leur usine : la fermeture ou la délocalisation d’une partie de la production, une vague de licenciements, une baisse des salaires ? Dès son arrivée, porte franchie, Blanche abat les cartes. Elle est porteuse d’une lettre couperet sur laquelle doivent se prononcer les membres du comité d’usine. Les nouveaux actionnaires, « les cravates » comme elles les surnomment, posent leurs conditions à la reprise de l’usine de confection. L’offre des dirigeants est sans appel : aucune réduction d’effectifs ni de diminution de salaire si les deux cents ouvrières renoncent à 7 minutes de leur pause journalière sur les 15 dont elles bénéficient encore. Doivent-elles ou non accepter cette offre, ce supposé « cadeau » ? Les onze élues disposent de peu de temps pour voter, et trancher, au nom de l’ensemble du personnel !

Le débat s’engage, rude, âpre, long entre celles qui sont favorables à la mesure, « pour sauver l’entreprise », et Blanche, la seule qui s’y oppose : 100 minutes de confrontation pour 7 minutes à brader ou à ne point lâcher. 100 minutes palpitantes, stressantes où les avis contradictoires s’affrontent, de bonne ou mauvaise foi, entre attaques personnelles et réflexions porteuses d’avenir. 100 minutes surtout où le monde du travail fait une entrée remarquée sur les planches.

À la Mousson d’été 2018, dans le cadre majestueux  de l’Abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson, le metteur en scène Michel Didym avait déjà proposé une lecture de la pièce de Stefano Massini, avant d’en créer une version lyrique à l’opéra Nancy-Lorraine. Captivante, et une pièce qui le demeurait sous la houlette de Maëlle Poésy en 2021 à la Comédie Française, sur la scène du Vieux Colombier… Pour l’heure, la mise en scène d’Olivier Mellor, sublimée par un excellent trio de musiciens, semble accentuer l’enfermement dans lequel sont plongées les protagonistes, elle donne toute la mesure du drame social qui se joue sous nos yeux. Comme dans la tragédie antique, des mots forts et puissants résonnent sous les cintres du théâtre : respect, vérité, dignité.

Hors le papier glacé des magazines féminins, c’est une équipe de femmes ordinaires qui squattent les planches de L’épée de bois à la Cartoucherie, des salariées ignorées et surexploitées comme tant en use et abuse le monde de l’entreprise, multinationale ou non. Des femmes confrontées à une vie de galère, souvent au bas salaire et statut précaire, parfois à leur condition d’étrangère… Ici, l’idéologie a déserté le haut du pavé, ici c’est l’humanité qui se fait chair.

Point de manichéisme dans le propos de Massini, point d’outrance dans la mise en scène de Mellor, les salariées de Picard & Roche s’expriment et bougent avec les mots et gestes du quotidien, leurs aspirations peut-être terre à terre mais ô combien salutaires : le besoin impérieux d’un salaire même de misère, le désir précieux de reconnaissance sociale avec un emploi même précaire. Accepter la réduction du temps de pause ? Une évidence, imparable pour l’une traumatisée de son précédent licenciement, incontournable pour l’autre immigrée qui reprend goût à la vie, un avis identique pour l’ancienne de l’atelier comme pour la petite jeune récemment embauchée… Magistrale Karine Dedeurwaerder, Blanche seule l’affirme, persiste et signe : non, c’est non !

Peu nombreux sont les dramaturges à s’emparer de la thématique du travail comme objet d’écriture : Michel Vinaver, Alexandra Badea, Rémi de Vos pour les plus reconnus et joués… L’auteur italien Stefano Massini s’est inspiré du conflit qui secoua en 2012 l’entreprise de lingerie Lejaby sise à Yssengeaux en Haute Loire. Une œuvre superbement construite sur la trame de Douze hommes en colère, le célèbre film de Sidney Lumet… Blanche parviendra-t-elle à convaincre ses dix collègues à refuser ce marché de dupes ? « L’usine est rentable, les comptes sont florissants. 7 minutes de pause rognées à chacune des salariées, ce sont à la fin du mois 600 heures de travail offertes aux actionnaires ». Et la déléguée de conclure, « notre décision sera symbolique pour les autres entreprises ».

Le propos de Blanche ne relève pas du discours militant. Juste un sursaut de résistance, un poignant cri de dignité, un incroyable saut dans l’inconnu pour passer d’un destin individuel à une aventure collective… C’est tout à la fois peu et beaucoup, un possible chemin de lutte ! « C’est une pièce sur les limites, les renoncements, la tension qu’il faut traverser pour rester unies », commente Olivier Mellor, « peu représentées sur scène, les luttes ouvrières au féminin se jouent ici sans héroïne ni cheffe mais à travers une parole collective, fragile et forte ». Et le directeur de la Compagnie du berger de poursuivre : « l’espace clos devient celui de l’épreuve : il faut s’écouter, argumenter, convaincre, faire un pas vers l’autre ».

Cent minutes de confrontation frontale, houleuse mais captivante entre les salariées de l’entreprise Picard & Roche, pour sept minutes de pause à brader ou à ne point lâcher. Le temps est compté, il est temps de voter… Haletant, émouvant, l’étonnant huis-clos féminin enflamme notre imaginaire, une pièce chorale pour magnifier la hauteur d’intelligence née de la réflexion collective ! Yonnel Liégeois, photos Alexandre Tourte

7 minutes (comité d’usine) de Stefano Massini, mise en scène d’Olivier Mellor : jusqu’au 28/06, du jeudi au samedi à 21h, le dimanche à 16h30. Théâtre de L’épée de bois, Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris (Tél. : 01.48.08.39.74). Le texte est disponible chez L’arche éditeur (traduction Pietro Pizzuti, 96 p., 13€50).

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Castres, le Passeport censuré

Au théâtre municipal de Castres (81), en février 2027 était prévue la représentation de Passeport, la pièce d’Alexis Michalik. Supprimée par la nouvelle municipalité RN de la ville. Une décision qui illustre les volontés de censure de certains élus.

La municipalité RN de Castres (Tarn) fait brutalement le ménage dans la programmation culturelle du théâtre municipal. Passeport, la pièce d’Alexis Michalik, l’auteur et metteur en scène, n’aura pas le droit d’être présentée au public. Elle était à l’affiche de la saison prochaine et devait se jouer en février 2027. La mairie, remportée en mars dernier par le RN, n’a pas tardé à imprimer sa marque. Sur Ici Occitanie, le maire Florian Azéma a tenté une justification, en insistant sur le fait qu’aucun accord contractuel n’avait été signé par la précédente municipalité. « C’est du rôle et des prérogatives des élus de faire une programmation culturelle. Nous avions la totale liberté de revenir sur cette programmation », a-t-il déclaré.

Après la municipalité de droite de Vanves, en région parisienne, qui voulait annuler la saison culturelle locale avant de faire machine arrière, la décision de Castres illustre les volontés de censure que certains élus tentent de mettre en œuvre. Passeport, joué dans de nombreuses villes depuis sa création en 2024, parle de la situation de réfugiés dans le port de Calais. « La pièce raconte des parcours d’exil, d’identité et d’intégration », explique Alexis Michalik. « Chacun est libre d’aimer ou pas la pièce. Mais chacun devrait aussi être libre de la voir. La liberté de création et l’indépendance de la programmation culturelle (…) constituent l’un des fondements de notre vie démocratique ».

Le metteur en scène dit s’inquiéter « pour toutes les œuvres, artistes et programmateurs, qui pourraient demain subir le même sort ». Il appelle à rester « vigilants face à toute tentative de faire de la culture un outil de sélection idéologique ». Gérald Rossi, photos Alejandro Guerrero

Selon La dépêche du midi, le Conseil départemental du Tarn envisage d’organiser une représentation de Passeport à Cap’Découverte (Tél. : 05.63.80.29.00), à proximité d’Albi, dans les prochaines semaines.

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