Archives de Catégorie: Rideau rouge

Wenzel, sur la « voix » de garage !

À Cosne-sur-Loire, une bourgade de la Nièvre (58), Jean-Paul Wenzel a inauguré le Garage Théâtre ! En compagnie de sa fille Lou, comédienne, et d’une joyeuse bande de passionnés… Un lieu original qui redonne sens à la décentralisation.

 

Jean-Paul Wenzel a inauguré, à Cosne-sur-Loire (58), un lieu magnifiquement original qui abrite la compagnie La Louve, animée par sa fille Lou, et la Dorénavant Cie, qu’il dirige (1). Il a acquis un ancien garage, avec l’habitation attenante. Au prix de l’énergie de l’espoir et de l’huile de coude généreusement dépensée, le Garage Théâtre a offert son premier festival du 31 août au 6 septembre. Arrivé le 3 septembre, je n’ai pas pu voir, le regrettant, la mise en espace, de et par Lou Wenzel, de Max Gericke, pièce de Manfred Karge. Je n’ai pas vu l’Arbre monde, une ode au monde végétal conçue et interprétée par Sylviane Simonet. Je n’ai pas vu et entendu Gérard Morel dans ses chansons douces-amères. Je n’ai pas vu, en hommage au sol nourricier, Terre arable, qu’a écrit et interprété Lorène Menguelti, escortée par le musicien Pierre Wolff. Pour un envoyé spécial, ça la fout mal d’avouer ce qu’il n’a pas vu. Croyez-moi sur parole, je les connais, ceux que je n’ai pas vus. J’en réponds les yeux fermés...

En revanche, j’étais à la lecture surprise, par la jeune Nina Le Poder et Lou Wenzel, de la Fleur de pissenlit, formidable nouvelle noire de Wolfgang Borchert. Le soir même, c’était, par Hovnatan Avédikian, Mounir Margoum, Lorène Menguelti et le joueur d’oud syrien Hassan Abd Alrahman, une très belle mise en espace de Tout un homme, de Jean-Paul Wenzel, si fraternelle plongée dans l’existence des immigrés maghrébins, naguère encore envoyés au charbon. Le 4, ce fut la surprise de la lecture, par Lorène Menguelti, de la Récolte des hannetons, un texte sien, d’une belle coulée de prose poétique dans la quête de ses origines berbères. Le soir, Denis Lavant, acteur de génie, acteur d’air et de feu, a révélé à un public littéralement soulevé, l’écriture foudroyante de Jean-Pierre Martinet, auteur de la Grande Vie, partition tragico-obscène qui semble un peu, pour l’esprit, d’un Beckett avec trop de mots et d’un Céline en proie à l’opium. Samedi 5, il y eut, sous un grand arbre, pour clore le bal des mots dits, une offrande plurielle d’ordre poétique, au gré des goûts des artistes toujours présents. À la nuit, la mise en espace d’Oma, texte puissant d’Arlette Namiand sur une allégorie de femme mère de toutes les guerres du siècle dernier, était jouée par Martine Bertrand, Lou Wenzel et Anne-Gabrielle Lia-Aragnouet au violoncelle.

Au Garage Théâtre, en toute rigueur et intégrité, se dessine une relance de l’œuvre de décentralisation qui refait sens. Jean-Pierre Léonardini

(1) Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères-Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire, le.garage.theatre@gmail.com

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Bussang, un oratorio électro-rock

Suite à l’annulation de la saison estivale du Théâtre du Peuple de Bussang (88), Simon Delétang propose, jusqu’au 06/09, un oratorio éléctro-rock. Adaptant à la scène un court essai philosophique de l’écrivain danois Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier : un hymne à la vie, sensible et fragile.

Avec l’aimable autorisation de notre confrère et ami Olivier Frégaville-Gratian d’Amore, créateur du site L’œil d’Olivier, Chantiers de culture se réjouit de publier son article.

 

Au cœur des Vosges, fier et rural, le Théâtre du Peuple se dresse. Sa structure en bois, soumise au rude climat de la région, se patine avec le temps, s’abîme parfois mais jamais ne perd son inaltérable singularité. Vétuste autant que chaleureux, le lieu accueille chaque année en été près de 30 000 spectateurs. La plupart sont des habitués, qui reviennent toujours découvrir de nouvelles créations théâtrales dont la spécificité est de faire appel à une distribution mixte mêlant professionnels et amateurs. Cette année, la crise sanitaire a eu raison de la saison. La salle, créée en 1895 par Maurice Pottecher, est restée désespérément vide.

Un brin de philosophie

Triste de ne pouvoir accueillir festivaliers et bénévoles qui, de juillet à septembre, donne au lieu des airs de ruche, Simon Delétang, le directeur artistique de l’institution depuis 2017, a eu l’idée de mettre en scène un texte qu’il avait lu alors qu’il était encore apprenti-comédien à l’ENSATT, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig DagermanDans cet essai philosophique paru en 1952, le journaliste libertaire danois questionne l’importance de la vie, de la mort et de la liberté individuelle. Dubitatif parfois, pessimiste le plus souvent, il cherche à trouver sa place sur terre, à définir ce qui fait de lui un homme. Oscillant en permanence entre ténèbres et lumière, ce farouche défenseur du libre-arbitre se veut porteur d’un espoir fragile autant que mélancolique.

Un style dépouillé, percutant

Porté par la musique électro-rock du groupe Fergessen, les mots de Dagerman résonnent étonnement justes, précis, dans la salle vide du théâtre du Peuple – le public étant installé sur scène. La musicalité du texte dit avec retenue par Simon Delétang, le lieu rappelant quelques vieux châteaux médiévaux, quelques contes de des frères Grimm, invite(nt) à la rêverie, à la médiation. Les riffs de guitare, les sonorités itératives du synthé hypnotisent et tendent parfois à faire perdre le fil de la réflexion. Loin d’en pâtir, le spectateur en profite pour s’évader, questionner sa propre destinée.

À chacun son avenir

Avec sobriété, Simon Delétang s’empare des pensées de l’auteur pour les faire siennes, pour leur donner une autre dimension, un sens moins noir. Se servant du cadre magique qu’offre ce théâtre vosgien, il distille en cette période morose et anxiogène, une lumière chaleureuse, diffuse. Certes, Stig Dagerman fait le choix de la mort pour se délivrer de ses tourments, mettant fin brutalement à l’écriture de cet essai, mais c’est son indéfectible amour de la liberté que le metteur en scène et comédien souligne vivement.

Hymne à la vie, combat permanent entre abattement et joie, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier réveille doucement mais sûrement jusqu’au 06/09, le temps de quelques après-midis, le Théâtre du Peuple. Et c’est bien le plus important ! Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Théâtre du Peuple, 40 rue du théâtre, 88540 Bussang. Jusqu’au 6/09, du jeudi au dimanche à 17h et 19h. Avec Simon Delétang, création musicale et interprétation de Fergessen (Michaëla Chariau et David Mignonneau).

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Auzet, osons Koltès !

Après le parvis de l’Institut du monde arabe et le stade Didot en juillet, Roland Auzet recrée Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès. Le 2 septembre à 21h, sur l’esplanade de la BNF, les 3 et 4/09 aux Plateaux Sauvages. Avec Anne Alvaro et Audrey Bonnet, un spectacle d’une grande intensité et d’une rare beauté.

 

La « dealeuse » et sa « cliente » en 2015 déjà, non dans un théâtre, au cœur du centre commercial la Part-Dieu à Lyon… Cinq ans plus tard, Roland Auzet récidive, accompagné des deux mêmes comédiennes, Anne Alvaro et Audrey Bonnet. En divers lieux de la capitale, dont l’esplanade de la Bibliothèque nationale de France cette fois, dans un dispositif sonore à l’identique.

Sur le parvis de l’Institut du monde arabe en juillet, à la nuit tombée, une voiture approche tout phares allumés. Devant la façade au décor oriental, casque aux oreilles des spectateurs, une voix se fait entendre : le dialogue est entamé, le combat engagé. Sauvage, brutal, suintant la haine et la violence, distillant amour et  compassion… Jamais nous ne saurons ce que propose la dealeuse, jamais nous ne saurons ce qu’est venu chercher la cliente ! Les deux protagonistes se toisent, courent et s’échappent entre les groupes de voyeurs disséminés sur la place, s’égarent dans les ruelles adjacentes, se posent en sentinelles rebelles au pied des immeubles alentour. Dans la nuit noire, Dans la solitude des champs de coton, spectacle total, envoûtant, déroutant, inquiétant… De temps à autre, un filet  de lumière éclaire l’une et l’autre. L’une, d’une voix rauque, sensuelle et puissante, lance ses offres de service à la cantonade, l’autre exténuée entre deux courses effrénées, d’un souffle haletant et hoquetant, débat et décline ses avances. Toutes deux lointaines et proches à l’oreille des spectateurs, devant, derrière, ailleurs, seules musique et voix guident l’œil des intrus convoqués à ce marché de dupes.

Ici et maintenant, il ne s’agit point d’une affaire de came. Les dialogues ciselés de Koltès transcendent tout propos mercantile, comme le titre de la pièce le suggère, solitude et angoisse sont au cœur de l’échange, seuls les mots partagés sont marchandises de précieuse valeur. Dialogues philosophiques aux paroles crues où sexe, caresse, tendresse s’affichent à la une, dialogues poétiques au cœur de la violence verbale… Les répliques, Dans la solitude des champs de coton, sont cris désespérés au visage de l’autre, douleurs jamais cicatrisées. Le manque, réel et insondable ? L’amour et le partage impossibles, condamnés à la déshérence à perpétuité. « Il est inquiétant d’être caressé quand on devrait être battu », dit l’une. « Il n’est pas d’autres choix que de se frapper avec la violence de l’ennemi ou la douleur de la fraternité », répond l’autre. Bêtes blessées, indomptables, elles se croisent sans jamais se rencontrer, elles se frôlent sans jamais se toucher.

Deux comédiennes exceptionnelles, Anne Alvaro et Audrey Bonnet, pour un metteur en scène, chorégraphe et musicien, qui l’est tout autant… Un Koltès revisité pour une approche sensorielle, qui cogne au cœur et au corps du public. Une parole errante qui, du casque aux oreilles, hérisse la peau et glace la chair, cabre aussi le désir et chauffe les sens. Comme Auzet, osons Koltès ! Yonnel Liégeois

 Le 02/09, à 21h : Esplanade François-Mitterrand, BNF Paris. Les 3 et 4/09, à 21h : Les Plateaux Sauvages, hors les murs. Entrée gratuite, sur réservation (nombre de casques limité).

Roland Auzet, propos :

Bernard-Marie Koltès met en scène un dealer et son client. Deux femmes, étranges et étrangères, entraînées dans la violence du désir. Ne se dévoilant qu’à demi-mot, chacune est possédée par le besoin de prendre le pouvoir sur l’autre et de jouir de sa défaite. Elles n’ont pour seules armes que l’espace à occuper, la parole et le silence. L’intérieur de l’autre, qu’il s’agit d’obliger à se dévoiler, à se mettre à nu. En poussant son adversaire à désirer, c’est la mort symbolique de l’autre qu’elles poursuivent.

Lorsque cette transaction du désir est portée par deux femmes, le questionnement de la relation à l’autre offre un autre versant. Et avec les splendides et singulières Anne Alvaro et Audrey Bonnet, un versant vertigineux.

 

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La Mousson, une moisson de lectures

Jusqu’au dernier jour, de jour en  jour à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson (54), la Mousson d’été n’a cessé de livrer ses pépites ! Des lectures servies par une bande de comédiens fidèles, un festival incontournable au service des auteurs contemporains. D’ici et d’ailleurs.

 

Chaque journée, de l’après-déjeuner jusqu’à tard la nuit tombée, entrecoupées d’entretiens ou de conférences, trois ou quatre lectures/mises en espace à l’affiche : sur les pelouses ou sous les arcades de l’abbaye des Prémontrés, comme en son amphithéâtre ou au gymnase ! Ainsi file le temps sous le soleil mosellan, au fil des mots et des notes venues d’ici et d’ailleurs, de France ou de lointains continents… La Mousson d’été ? « Le lieu de culte des fanatiques du texte contemporain », avoue le metteur en scène David Lescot. « C’est là que je suis venu voir comment on pouvait refaire du théâtre avec rien, juste la base : des acteurs et quelque chose à dire ».

Des choses, il s’en est dites encore à la Mousson en cette année du XXVème anniversaire, du 21 au 27/08 ! Parfois pas toujours abouties, mais peu importe, le plus souvent de vraies perles et pépites dans l’audace et l’urgence de dire : bonheur du texte, merveille de la découverte, qualité de l’interprétation ! L’imaginaire en éveil, néophyte ou averti, amateur ou professionnel, chacun est le bienvenu à la Mousson d’été. L’art le plus novateur est vraiment à la portée de tous dans une authentique ambiance de partage. Ainsi en va-t-il avec Chien-fusil, le texte de l’anglais Simon Longman, « une tragédie pour quelques hommes et de nombreux moutons ». Dirigée par Charlotte Lagrange (avec Etienne Galharague-Romain Gillot-Emma Meunier-Charlie Nelson et Alexiane Torrès, tous épatants), la mise en espace d’un monde rural en pleine déshérence, en totale décadence… Comme aucun agneau ne survit à l’heure de la délivrance, les filles et fils de la ferme couchent alors leurs illusions sur un tas de paille couleur sang. Vendre, tout quitter, partir ? Fort est l’attachement à la terre, peu enthousiasmantes les lumières de la ville.

Un texte dérangeant, au  même titre que Gloria Gloria du jeune auteur français Marcos Caramès-Blanco. L’histoire d’une femme qui, entre deux clopes, pète les plombs, met le feu aux poubelles, tue mari et vieille dame dont elle s’occupe pour terminer la nuit dans les bras de sa meilleure amie et s’enfuir au final à Paris… La « sortie de route » d’un être las d’une existence routinière, quand « les choses se passent dans le même ordre que tous les jours, dans le même sens que tous les jours et dans le même silence que tous les jours ». Avec Frédérique Loliée, éclatante de présence dans le rôle de Gloria, une lecture dirigée par Laurent Vacher. Pour nous retrouver plus tard, dirigé par François Berreur, « À l’ouest de mes trois sœurs », un texte désopilant quoique mortifère de l’argentine Laura Cordoba, une variation de la pièce de Tchekhov au lendemain de la dictature militaire ! De la fin de règne des tsars à l’après Videla, les désillusions de trois vies demeurées cloîtrées dans la banalité du quotidien, la terreur de l’inexistence, la noirceur de l’à venir… D’où les trois alternatives proposées au spectateur en point final, le suicide de chacune des sœurs, Olga-Macha-Irina (Maud Le Grevellec, Odja Llorca, Alexiane Torrès), le saut dans le vide et l’inconnu !

Cette année encore, sous la conduite éclairée de Michel Didym  et de toute son  équipe, la Mousson a confirmé sa place essentielle, indispensable, dans le paysage festivalier français et européen. Au service des auteurs contemporains, pour aiguiser l’imaginaire du public et réveiller la frilosité des metteurs en scène et directeurs de théâtre qui n’osent, par facilité ou peur de l’échec, risquer le pas de la nouveauté. Yonnel Liégeois

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À la Mousson, les textes se soulèvent et grondent !

Jusqu’au 27 août, à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson (54), le festival La Mousson d’été s’impose encore comme un événement majeur : de découverte, de formation et de promotion des nouvelles écritures dramatiques. Une manifestation qui donne le signal de la rentrée théâtrale.

« Leslie : six lettres qui glissent dans ma tête comme le bonheur, c’est le plus beau des prénoms et de tous les mots que je puisse connaître… ». C’est l’histoire d’un coup de foudre. Et de bien plus que cela. Les personnages de Valérian Guillaume sont totalement hors norme. À la fois réalistes et sortis d’un imaginaire débridé. Michel Didym a saisi l’essence de Nul si découvert, un long et saisissant monologue repéré et primé par Artcena en 2019 et publié aux éditions de l’Olivier en 2020, qu’il a réduit pour la mise en espace de la Mousson d’été. Confié à Charles Berling qui en donne une interprétation chorale absolument magistrale, on est sous le charme et l’émotion. « Il a bien fallu que je lui explique que j’avais un Démon dans le ventre qui parfois me torturait l’âme et me rongeait l’esprit que ce Démon était goulu et ne laissait aucune place à mon plaisir ni à mon choix… » Le Démon qui colonise le protagoniste, dont on ne connaîtra pas le prénom et qui pourrait être tout un chacun, blessé et cassé, va faire échouer sa passion naissante. Auparavant, dans un déchaînement furieux, il a renversé l’urne funéraire de sa mère. Il se manifeste anarchiquement dans des éruptions volcaniques qui ruinent toute possibilité de vie paisible. Alors, son besoin de consolation étant impossible à rassasier, le héros malheureux cherche le plaisir dans les hypermarchés et la débauche d’objets de consommation qui lui permettent d’échapper à ses tristesses.

De longues phrases sans ponctuation qui explorent métaphores et associations d’images font le délice de cette écriture audacieuse qui mélange moquerie, tendresse et cruauté. Un paysage dans lequel Charles Berling, accompagné par la musique de Philippe Thibault, nous entraîne comme dans un envoûtement. Pour cette vingt-sixième édition, la Mousson d’été a construit un programme qui veut « faire danser les mots » et « faire en sorte que le théâtre reparte de plus belle avec des langues toutes neuves, toutes fraîches, toutes écorchées de vigueur ». Le magnifique espace de l’abbaye des Prémontrés, avec ses jardins ombragés au bord de la Moselle, se révèle propice au déploiement de ces ambitions.

Appétit palpable

L’appétit et la joie des auteurs, directeurs de lecture, comédiens, musiciens et du public sont palpables. On retrouve avec bonheur les acteurs fidèles du lieu : dans Feu la nuit, de Laura Tirandaz, orchestrée et mise en ondes pour France culture par Pascal Deux, Christophe Brault et Odja Llorca. Dans Sur la côte sud, de Fredrik Brattberg (Norvège), dirigée par Véronique Bellegarde, Catherine Matisse et Charlie Nelson… et tous les autres, anciens et nouveaux, ils donnent vie aux mises en scène de demain.

Cette année, il faut noter la présence de Stanislas Nordey, qui intervient sur le thème « Mettre en scène et programmer les textes contemporains » et présente, avec de jeunes comédiens de l’école du Théâtre national de Strasbourg, Ce qui (nous) arrive, six textes d’une commande de formes brèves à douze auteurs et autrices, ainsi qu’ Un sentiment de vie, de Claudine Galea. Très attendue aussi, Isabelle Carré dans Never Vera Blue, d’Alexandra Wood (Royaume-Uni). Enfin, Bruno Ricci et le musicien Taha Alami clôtureront la fête dans la bonne humeur, le 26/08 à 18h, avec la savoureuse parodie de Fellag, Comment réussir un bon petit couscous, une nouvelle version coproduite par la Manufacture, le CDN de Nancy-Lorraine. Juste avant Le drame de Düsseldorf, en soirée : un texte de l’uruguayen Sergio Blanco, une lecture dirigée par Véronique Bellegarde avec Nicolas Chupin, Frédérique Loliée et Charlie Nelson.

On ne soulignera jamais assez cette qualité première de la Mousson : faire entendre, avec invention et renouveau depuis vingt-cinq ans, des textes qui ont déjà pris vie au plateau et font de la sublime abbaye des Prémontrés, à Pont-à-Mousson, un véritable laboratoire de création aux niveaux national et international. Marina Da Silva

Isabelle Carré, et les autres…

Un texte finement ciselé, un accompagnement musical de belle facture signé Philippe Thibault, une lecture de haut vol : avec Never vera blue, le texte de l’anglaise Alexandra Wood, Isabelle Carré a fait sensation à la Mousson ! Avec un naturel désarmant dans sa robe rouge, foulant la scène pieds nus, l’héroïne confesse au public son amour inconditionnel pour ses deux filles, mais aussi sa passion irraisonnée pour quelques plantes et fleurs avec lesquelles elle entretient un dialogue soutenu. Une évocation tendre et sensible qui contraste avec les aveux de violence conjugale qu’elle subit au quotidien et qu’elle distille au fil d’un monologue poignant. « Écrite à la suite d’entretiens avec des rescapées de violence domestique, la pièce retrace les méandres, mentaux et physiques, d’une femme qui doit se retrouver pour se sauver, préserver son intégrité mentale et physique ». Une comédienne de grand talent, une lecture conduite avec tact et retenue par Michel Didym, un texte que l’on a hâte de retrouver sur un plateau de théâtre.

Une pépite parmi d’autres en ce cru 2020, sur les pelouses ou sous les arcades de l’abbaye des Prémontrés, comme en son amphithéâtre ! Par leur humour grinçant ou décalé, la peinture d’êtres paumés, abandonnés ou rejetés de la société, l’absurdité des situations ou des dialogues, Barouf en automne de l’allemand Dirk Laucke (une lecture dirigée par Émilie Capliez avec Christophe Brault, Sébastien Eveno et Catherine Matisse) et Privés de feuilles, les arbres ne bruissent pas de la hollandaise Magne van den Berg (une lecture dirigée par Michel Didym avec Marie Sohna Condé et Catherine Matisse, Vasssia Zagar à la musique) ont véritablement conquis, envoûté le public. Yonnel Liégeois

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Bussang, à l’heure électro-rock !

Se profilait à Bussang (88) un été exceptionnel autour de la figure d’Hamlet. En lieu et place, crise sanitaire oblige, un oratorio électro-rock du 29/08 au 06/09… Simon Delétang, le metteur en scène et directeur du Théâtre du Peuple a dû annuler la saison estivale. Une première depuis 1945 !

Jean-Philippe Joseph – Que pensez-vous du plan pour la culture présenté le 10 mai par Emmanuel Macron ?

Simon Delétang – La prolongation jusqu’à fin août 2021 des droits à l’indemnité chômage des intermittents était très attendue. C’était le minimum. Les comédiens que j’avais au téléphone étaient angoissés à l’idée que le festival puisse être annulé. Bussang, c’est trois mois d’engagement, et près de 500 heures sur les 507 nécessaires à l’ouverture de droits. Là où j’ai été consterné, en revanche, c’est quand j’ai entendu le président nous proposer d’aller faire de l’animation dans les quartiers cet été. C’est réduire la culture à un passe-temps…

J-P.J. – Et l’idée de commandes publiques?

S.D. – On y est plus habitué dans les arts plastiques, l’opéra, la création numérique. Si cela peut offrir aux jeunes artistes et techniciens privés de spectacles une visibilité, pourquoi pas?

J-P.J. – Le festival d’été, qui accueille environ 25000 spectateurs par an, devait se tenir du 1er août au 5 septembre. Comment avez-vous réagi ?

S.D. – Les pièces, Hamlet de Shakespeare et Hamlet-machine de Heiner Müller, ont été reportées à 2022. Ce que nous craignions le plus, c’était de ne pas pouvoir payer les salaires des 80 intermittents et saisonniers. Heureusement, mi-mai, notre dossier de demande d’activité partielle a été validé. Nous prendrons en charge les 16% restants du salaire net. Si nous avions fini l’année en déficit, nous n’aurions pas pu redémarrer l’an prochain.

J-P.J. – Comment est financé le festival?

S.D. – Bussang a une activité à l’année, autour d’une équipe de six permanents Mais les subventions ne couvrent pas l’activité de l’été. Sachant que nous prenons à nos frais le logement et la restauration de ceux qui travaillent sur le festival. Les productions sont financées par la billetterie. Nous attendions 350 000 euros de recettes et 100 000 euros de bar. Pour l’heure, nous maintenons les stages prévus cet automne, ainsi que Vie de Joseph Roulin, un spectacle adapté du texte de Pierre Michon. J’espère également pouvoir reprendre les marches itinérantes (un vœu exaucé, ndlr) à travers les Vosges, avec Lenz, de Georg Büchner.

J-P.J. – Quel impact l’annulation du festival aura-t-elle sur l’économie ?

S.D. – J’ai peur que les conséquences soient catastrophiques. C’est toute l’économie locale qui va être touchée. Je pense aux hébergeurs, à nos fournisseurs : le brasseur, le fromager, le charcutier. Une étude réalisée en 2012 montrait qu’un euro investi dans le festival d’été générait quatre euros de retombées pour le territoire. Bussang se situe dans une vallée qui a beaucoup souffert de la désindustrialisation. Elle ne s’en est jamais vraiment remise. Les métiers du bois font ce qu’ils peuvent, mais, depuis un an, sous l’effet du réchauffement climatique, les arbres subissent des attaques de parasites.

J-P.J. – La crise entraînera-t-elle de grands changements pour le tissu culturel ?

S.D. – C’est un peu tôt pour le dire. Nous sommes dans l’expectative. Le point positif du confinement est que les structures théâtrales du Grand Est ont été en lien comme jamais. L’initiative est venue d’Alexandra Tobelaim, la nouvelle directrice du Nest, à Thionville. Assez tôt, elle a lancé un appel pour qu’on réfléchisse ensemble à « l’après ». Nous avions une visioconférence par semaine. L’occasion de partager nos inquiétudes – certaines collectivités locales annoncent déjà des économies sur le budget culture l’an prochain –, d’échanger sur la manière dont on gérait le chômage partiel, dont on envisageait la réouverture, les répétitions à venir. Ce serait bien que cette solidarité survive au confinement. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph

Un oratorio électro-rock

Pour la première fois dans l’histoire de Bussang, le public sera placé côté forêt face aux portes ouvertes sur la belle et grande salle en bois des Vosges…Un point de vue inédit pour rappeler aux spectateurs la situation exceptionnelle que nous vivons (les bancs vides) et respecter les normes sanitaires en vigueur ! Et  d’offrir ainsi au public, du 29 août au 6 septembre (jeudi au dimanche – 17h00 et 19h00), un oratorio électro-rock « pour le plaisir de se retrouver malgré tout » : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, le texte de Stig Dagerman avec Simon Delétang pour récitant et le groupe Fergessen pour la création musicale.

Un texte court et de grande beauté : un hymne à la vie, une ode à la liberté ! « Je crois beaucoup à la spontanéité des formes imaginées sur le vif, dans la nécessité de s’exprimer coûte que coûte », confie le directeur du Théâtre du Peuple. « S’il y a bien quelque chose qui ne s’éteindra jamais, c’est la foi en l’art et sa rencontre avec un public ».

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Fellag, une bonne graine !

Dans une mise en scène de Michel Didym, du 16 au 29/08, Bruno Ricci interprète Comment réussir un bon petit couscous. Un texte de l’humoriste algérien Fellag, créé en 2008 sur la scène de Châteauvallon. Entre humour et ironie, un regard contrasté sur les relations entre Algériens et Français de souche !

 

Si l’habit ne fait pas le moine, comme chacun sait, il n’empêche que l’art culinaire est à l’humain ce qu’est la fourchette à la bouche : un signe de reconnaissance ! Pour preuve, l’Italien gratine ses macaronis, l’Anglais surcuit son rosbeef, l’Espagnol tartine ses tapas, le Polonais bisonne sa vodka, le Belge se fend la frite… Le couscous, quant à lui, est fierté nationale pour tout Maghrébin qui se respecte. Qu’il soit mouton, poulet ou poisson ! Sauf que depuis quelques années, sondage à la clef, il est devenu le plat préféré des Français.

C’est pourquoi Nasreddine, titulaire d’une maîtrise en céréales et d’un master en cuisson vapeur de semoule, s’improvise conférencier pour le bonheur des Gaulois : en tenue traditionnelle et fez rouge sur la tête, il s’évertue à leur enseigner Comment réussir un bon petit couscous, cette spécialité d’origine berbère. Précisant par  exemple que, disposée entre poulet et mouton, « la merguez est une invention des juifs d’Algérie, elle symbolise les peurs ancestrales des circoncisions ratées »… Chacun le sait aussi, la tchatche, le bagout, la parlouze ne sont pas spécificités marseillaises. Comme tout authentique méditerranéen, Nasreddine maîtrise l’art de la parole. Dont il va user et abuser, de digressions en digressions, pour le plus grand bonheur de son  auditoire ! Créé en 2008 sur la scène de Châteauvallon, au lendemain d’un combat épique contre la municipalité FN de Toulon, le texte de l’humoriste algérien Fellag n’a rien perdu de sa verve et de son humour caustique.

Au fil du temps, « le couscous ne serait-il donc pas devenu un concret signe d’affection des autochtones envers les maghrébins ? », s’interroge Nasreddine, le porte-parole de Fellag. Déroulant et détournant alors, sous couvert de métaphore culinaire et dans un grand éclat de rire, tous les clichés et poncifs qui lient depuis des générations « français de souche et souches françaises d’origine maghrébine », raillant et brocardant sans vergogne les uns comme les  autres : la « pigeot » du voisin, l’épicier du coin, le beauf pas très malin, les discours républicains…Un regard décalé sur l’histoire mouvementée de l’immigration comme de l’intégration, entre deux blagues parfois un peu usées, une leçon de « vivre ensemble » rafraîchissante, sans poncifs ni langue de bois.

Un théâtre de tréteaux joliment agrémenté de l’oud  du musicien Taha Alami, dans une mise en scène guillerette de Michel Didym. Avec un Bruno Ricci, le Rital d’origine, confondant de naturel devant son plat de semoule. Comme tout droit sorti de son « Djurdjurassique bled » ! Yonnel Liégeois

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Le Lavoir sauvé des eaux !

Le mardi 21 juillet, la Ville de Paris annonce qu’elle préempte le Lavoir moderne parisien. Un ancien lavoir décrit par Zola et aujourd’hui théâtre pour la jeune création, dans le quartier de la Goutte d’Or (18e arrondissement). Un article de notre confrère Stéphane Capron, journaliste à Radio France et créateur du site Sceneweb, que Chantiers de culture se réjouit de publier.

 

La ville de Paris, le 21 juillet, a préempté l’immeuble de la Rué Léon dans le quartier de la Goutte d’or qui abrite le théâtre. Il avait été mis en vente pendant le confinement par son propriétaire, une holding luxembourgeoise. Le Lavoir Moderne Parisien, lieu de création dirigé par Julien Favart, va pourvoir ainsi poursuivre son travail de dénicheurs de talents.

La municipalité dirigée par Anne Hidalgo « s’engage pleinement aux côtés des acteurs culturels pour sauvegarder ce bâtiment historique et maintenir son ambition culturelle», selon le communiqué de la Ville de Paris, « elle proposera un projet ambitieux pour ce lieu devenu mythique de par les combats qui y sont rattachés». Une initiative portée par Christophe Girard, alors adjoint à la culture, Ian Brossat, adjoint au logement et Eric Lejoindre, maire PS du 18e. Décrit par Émile Zola dans son roman l’Assommoir, le mythique lavoir de la rue Léon, construit en 1870, fut exploité jusqu’en 1953. « La préemption permettra de sauvegarder ce bâtiment représentatif de l’architecture faubourienne. (…) Elle permettra également la réalisation à cette adresse de logements» en plus de la partie artistique, annonce la mairie.

Cet hiver, juste avant le confinement, Etienne A, la pièce de Florian Pâque et Nicolas Schmitt créée au Lavoir Moderne Parisien a créé le buzz, à tel point que la pièce est reprise dans le privé au Théâtre La Scala. C’est aussi dans ce théâtre que Lisa Guez a créé Les femmes de Barbe-Bleue qui a remporté depuis le prix Impatience 2019 et qui devait être programmé cet été au 73e Festival d’Avignon. Le Lavoir Moderne Parisien sert à cela : permettre à de jeunes compagnies de montrer leur spectacle. C’est une source créatrice.

Devenu théâtre en 1986, le LMP reste à ce jour l’unique théâtre du quartier de la Goutte d’Or. Il est géré par l’association Graines de soleil qui fonctionne avec deux salariés permanents et des intermittents, qui vont pouvoir souffler ! Tout comme son directeur, Julien Favart : il va pouvoir continuer « à dénicher des pépites », même s’il sait qu’il va falloir encore « se battre pour faire vivre l’équipe et convaincre tous les subventionneurs de la structure ».

La préemption du bâtiment par la ville de Paris est un premier pas. « Ce théâtre est un symbole de la lutte pour l’indépendance de la culture. Nous ouvrons aujourd’hui une nouvelle page, ambitieuse et sereine, de son histoire » écrivait sur son compte twitter Christophe Girard, l’ex-adjoint d’Anne Hidalgo. Le bâtiment sera rénové par un bailleur social qui en deviendra le propriétaire. La direction du LMP et la Ville de Paris doivent désormais se revoir pour évoquer le fonctionnement de l’association. Stéphane Capron

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Valletti, le rire et l’injure en Avignon

Un cycle de lectures a suppléé l’absence forcée du Festival d’Avignon. Qui s’achevait le jeudi 23 juillet avec deux pièces de Toutaristophane, auquel Serge Valletti s’est attelé durant des années. Six volumes à découvrir aux éditions de l’Atalante.

 

C’était jeudi dernier, dans le cloître du Palais des papes, la soirée de clôture du cycle de lectures intitulé « Le souffle d’Avignon » ouvert le 16 juillet. Une initiative lancée par Les Scènes d’Avignon, le groupement de cinq théâtres permanents et conventionnés de la ville : le théâtre du Balcon, celui des Carmes, du Chêne Noir, du Chien qui fume et le théâtre des Halles qui proposaient la découverte de divers textes d’auteurs contemporains.

Au cœur de la ville inanimée, belle endormie, passé la Cour d’honneur sans gradins, rendue à sa nudité initiale, on débouche en plein air sur un vaste demi-cercle de sièges prudemment espacés devant une scène en longueur. Puis il faut descendre quelques marches pour assister sur des fauteuils rouges, toutes distances gardées, à la réjouissante lecture, dirigée par Nadjette Boughalem, d’extraits de Las Piaffas, pièce que Serge Valletti, natif de Marseille, désormais citoyen d’Avignon, a composée d’après les Oiseaux d’Aristophane (né vers 450 avant J.-C.). Platon a pu dire que « les Muses, en cherchant un temple qui ne disparut jamais, trouvèrent l’âme d’Aristophane ». Serge Valletti a passé des années sur son Toutaristophane. Travail de Romain !

Las Piaffas donc. Grands sifflets très drôles, Mourad Boulhali et Omar Dhamane figurent les deux citoyens d’Athènes, las de payer des impôts, qui passent par les nuages pour fonder une cité idéale au royaume des créatures à plumes, lesquelles (Hadria Cheraga, Boris San-­Miguel, Véronique Couder, Ayse Baska, Djalem Assia, issus d’une troupe d’amateurs), toutes en noir, en postures de volatiles divers avec les cris qui vont avec, forment un chœur strident escorté par le musicien Denis Brailleur. Belle et bonne mise en jambe.

C’est le tour des Marseillais. Serge Valletti l’a tirée des Cavaliers. Voilà une grosse satire sur les mécontentements rassis des classes moyennes du bord de mer, en butte au clientélisme, aux pots-de-vin, à la prévarication, aux combines juteuses (Talleyrand, un expert, les nommait « douceurs diplomatiques »). Cela se donne autour d’un brelan d’as constitué par Philippe Caubère dans le rôle d’Artus Tartagueule, marchand ambulant de pieds-paquets, concurrent putatif de Rastaquouère (Bruno Raffaelli), intendant véreux de Madame Marseille, vivante allégorie dont la partition est livrée avec une grâce aiguë par Ariane Ascaride. Marius (Serge Barbuscia) et Olive (Laurent Montel) ouvrent le bal des invectives contre Rastaquouère, que Raffaelli dessine en formidable matamore débraillé qui va se livrer, avec Caubère, à une lutte homérique truffée de bravades poivrées, dans un concours d’imprécations tordantes avec l’accent, qui fait tout le sel d’une entreprise verbale sans peur et sans reproche, dont la vis comica infaillible peut faire chavirer les délicats à la bouche en cul-de-poule. Le Marseillais en moi est comblé. Et pas tout seul !

C’est d’une invention raffinée dans l’injure, le mot cru, la malédiction grandiose. Coluche, personnage aristophanesque, ne disait-il pas : « Toujours grossier, jamais vulgaire » ? Tiens, j’en connais une, qui me revient depuis l’école : « Qu’il te vienne la gale, les bras trop courts et le trou du cul plein d’abeilles ! » Tout est de cette verve dans la lecture guidée par l’auteur, à laquelle ont participé Charlotte Adrien, Gilbert Barba, Jean-Marie Cornille, Vanina Delannoy, Anthéa Sogno et la jeune Théodora Sogno-Caubère. Jean-Pierre Léonardini

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David Lescot, de retour en classe !

Dans le cadre du festival « Un été solidaire », se joue jusqu’au 29/07 au Théâtre de la Ville-Les Abbesses (75) J’ai trop d’amis ! Dans la mise en scène de David Lescot, l’auteur et artiste associé du lieu. Les états d’âme d’un jeune collégien, entre humour et tendresse.

 

Mains dans les poches et casquette vissée sur le crâne, dans la cour de récréation de son nouvel établissement il fait front ! Il n’en mène pas large, pourtant, celui qui joue au gros  dur… Face à lui, le directeur du collège égrène les noms des élèves qui composeront les diverses classes de sixième : se retrouvera-t-il avec sa bande de copains du CM2 ?

Las, pas de chance, il est projeté seul dans cette maudite classe de 6ème D, au milieu d’une bande d’irréductibles anonymes conduite par Clarence, le fort en gueule mais nul en thème… Un grand moment de solitude pour le jeune gamin qui va devoir gagner sa place en terre inconnue ! D’autant que les déboires s’accumulent en cette fin de journée de rentrée scolaire : sa petite sœur nouvelle élue en maternelle qui accapare l’attention de ses parents, le complot qui l’a propulsé délégué de classe sans même qu’il soit candidat. Pire encore : pas de chaussures de marque aux pieds, ni de téléphone portable en poche… Il y a vraiment de quoi en perdre ses repères, et le moral. Pendant près d’une heure de spectacle, dans un soliloque subtilement entrecoupé des babillements du plus bel effet de sa sœur et des commentaires pas très éclairés de son voisin de table, le jeune promu dans la cour des grands va capter l’attention du public, non sans humour et tendresse.

Un dispositif scénique d’une extrême simplicité, mais très ingénieux avec un coffre de bois qui devient en un tour de main table d’école, chambre ou salon familial, une écriture ciselée au cordeau, au plus près du langage des enfants de ce troisième millénaire…  Avec J’ai trop d’amis, sa nouvelle création à la demande d’Emmanuel Demarcy-Mota, le patron des lieux, David Lescot se la joue fort et juste ! D’abord dans sa prise au sérieux des interrogations et doutes à hauteur d’enfant, ensuite par sa maîtrise des dialogues qui plonge tout son monde, petits ou grands, jeunes et leurs parents, sans mise au coin ou au piquet, dans l’imaginaire d’un temps révolu pour les uns et à venir pour les autres. Une mise en jeu fort ludique et inventive des interprètes, toutes féminines même dans les rôles masculins, entre rire et émotion pas une seule once d’ennui jusqu’à ce que la cloche sonne l’heure de la récré ! Yonnel Liégeois

La pièce sera reprise, du 4 au 14/11 au Théâtre de la Ville, espace Cardin-Studio

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Wajdi Mouawad, retour au Littoral

Sur la scène du Théâtre de la Colline (75), Wajdi Mouawad reprend dans l’urgence sa première pièce, Littoral, écrite en 1997. Les retours à l’origine d’une œuvre, instructifs et passionnants. Sans oublier Le cas Lucie J (Un feu dans sa tête), au Théâtre 14.

 

Après quatre mois de privation de plateau et de spectateurs en chair et en os, bref de l’un des éléments constitutifs de l’action théâtrale – une vérité quelque peu oubliée que la pandémie a soudainement fait réapparaître –, Wajdi Mouawad reprend dans l’urgence sa première pièce, Littoral, écrite en 1997. Geste non prémédité, jeté sur la vaste scène du théâtre de la Colline qu’il dirige, le tout dans une nouvelle et inventive configuration : soit deux semaines de répétition, et une double et jeune distribution, l’une à dominante féminine, l’autre à dominante masculine (celle que je n’ai pas choisie, mais vue), autour de la personnalité affirmée depuis longtemps des interprètes du rôle du père, Patrick Le Mauff et Gilles David (formidable), les incarnations du père de Wilfrid autour duquel s’enroule et se dévide la pièce.

Une pièce de jeunesse donc, dont s’empare avec fougue la jeune distribution, avec sans doute parfois une certaine maladresse (ce qui est normal vu le temps de répétition), mais sans aucune importance au regard de la nécessaire prédominance du mouvement impulsé. Les retours à l’origine d’une œuvre, sa nouvelle appréhension nourrie de la connaissance de ce qui a été créé à sa suite, sont toujours instructifs. Retrouver Littoral avec en tête et dans le regard ce que l’auteur (metteur en scène) a ensuite produit est passionnant. La tentation est grande de chercher dans la première œuvre les linéaments de ce qui a été créé par la suite. La vision de cette reprise de Littoral n’échappe pas à cette règle. Mais on retiendra surtout la ligne plus nette et tranchante de la pièce, même si elle se joue sur différents plans, réel et imaginaire, que celles que Wajdi Mouawad inventera par la suite. Cela lui confère une véritable force, et on remarquera que l’univers, entre bruit, fracas et fureur, dans lequel évolue le jeune « héros », Wilfrid et ses camarades d’infortune qu’il trouve au fil de son trajet vers le littoral, suivi de son père, mort, et qui se décompose petit à petit, n’a, lui, guère changé en plus de vingt ans. Wilfrid et Wajdi Mouawad peuvent poursuivre leur quête…, avec la même trouble énergie.

C’est cette énergie que l’on retrouve sur le plateau de la Colline, un plateau et son arrière salle dénudés à l’ouverture du spectacle avant que les silhouettes qui sont venues hanter le lieu, finissent par dessiner les contours d’une aire de jeu dans laquelle elles pourront se transformer en personnages et se mettent à vivre avec acharnement. On se sera rendu compte que l’ouverture du spectacle permet au spectateur de prendre conscience que c’était peut-être cela, ces quelques planches de bois, qui lui avaient le plus manqué durant ces quatre mois d’abstinence théâtrale… Le geste du metteur en scène et de ses interprètes balayera très vite ce temps « blanc ». Jean-Pierre Han

 

À voir aussi

 Le cas Lucie J (Un feu dans sa tête) d’Eugène Durif. Mise en scène d’Éric Lacascade, au Théâtre 14 dans le cadre de ParisOFFestival :

Qui était cette Lucia Joyce née en 1907 à Trieste et disparue en 1982 à l’hôpital psychiatrique de Saint-Andrew’s à Northampton ? Le titre du spectacle a le mérite de poser clairement les termes de la question : Le cas de Lucia J. (Un feu dans la tête). À voir le déroulé de la vie de Lucia J., on peut effectivement parler de « cas » avec l’image du « feu dans sa tête », allusion au fait que la fille de l’écrivain James Joyce passa la plus grande partie de sa vie, dès les années 30, d’un hôpital psychiatrique (à Zürich) à un autre (Saint-Andrew’s) avec une halte à Ivry où mourut Artaud en 1948… Feu dans sa tête, mais sans doute aussi feu dans son corps, ce que Karelle Prugnaud exprime sur scène avec une belle fureur toujours maîtrisée. Guidée par Éric Lacascade elle est prête à jouer, de toutes les tonalités et de tous les registres qu’il lui demande. Lui, tout comme Durif qui finira par apparaître physiquement, rôde aux alentours de ce qui tient lieu de plateau. Un lieu hanté par ces trois personnages et que balaye un authentique souffle poétique. J-P.H.

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Vitez, un Soulier à son pied !

Antoine Vitez s’est éteint le 30 avril 1990 à l’âge de 59 ans. Cela fait trente ans et trois mois. En ce mois de juillet, l’Ina lance la réédition du DVD qui restitue sa mise en scène du Soulier de satin de Paul Claudel. Un spectacle-monde éblouissant.

 

Ce que nous vivons ces jours-ci ne nous fait pas oublier que le temps n’est pas un, mais plusieurs. Nous le vivons contradictoire et éclaté. Pour ceux qui ont connu Antoine Vitez, il est donc loisible de revoir l’artiste, l’homme et le citoyen tel qu’il fut, de le remémorer dans la levée d’images du souvenir : son théâtre, sa pensée née d’une intelligence si vive, ses sentences devenues proverbiales (« Un théâtre élitaire pour tous », « On peut faire théâtre de tout… ») . Entre le 12 et le 16 juillet, devaient avoir lieu, à la Maison Jean-Vilar d’Avignon, deux journées à lui consacrées, tandis que le 7 aurait déjà vu là-bas, sous l’égide de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), le lancement du DVD tant attendu qui restitue sa mise en scène du Soulier de satin, de Paul Claudel, sans conteste un spectacle-monde éblouissant, à l’échelle du génie pléthorique du poète. L’INA a maintenu néanmoins la sortie du DVD, sans toutefois l’inauguration officielle.

Il est prévu que plus tard, au gré d’un mieux envisageable des circonstances sanitaires, une plus grande visibilité médiatique soit rendue possible pour la promotion de ce film, qui permettra à d’autres générations d’en être émues à leur tour. Ces informations émanent de la Société des amis d’Antoine Vitez, qu’animent avec ferveur ses filles, Jeanne et Marie. Elles font également savoir que la traduction en langue russe de textes d’Antoine, regroupés sous le titre l’École, vient d’être achevée par Elena Naoumova. Elle doit être envoyée pour relecture au Gitis (Institut national des arts du théâtre), la grande école moscovite. L’Institut français de Russie soutient cette traduction et son édition. En France, nous disposons chez Gallimard d’un fort ouvrage (612 pages), Le théâtre des idées, constituant une anthologie d’écrits d’Antoine Vitez proposée par Danièle Sallenave et Georges Banu.

À l’heure où le théâtre dans son ensemble, qu’il soit public ou privé, du haut en bas de l’échelle, se trouve frustré du droit de cité, n’est-il pas juste de ranimer la flamme des maîtres ? Vitez en fut un, comme Jouvet et Vilar, à ce titre digne d’être lu, médité, dorloté dans la mémoire nationale de l’art dramatique, qu’il a dûment enrichi et rénové, au fil d’expériences joueuses et graves qui ont engendré une dynastie d’acteurs souplement aguerris, infiniment libres qui, à leur tour, essaiment. Jean-Pierre Léonardini

Un coffret d’anthologie

Le chef d’œuvre incontournable, les douze heures de la mise en scène historique du Soulier de satin de Paul Claudel. Pour la première fois, audacieux Vitez, la pièce était montée en intégrale : une nuit magique, Cour d’honneur du Palais des papes, en juillet 1987 ! Signée Yves-André Hubert, la captation fut réalisée au Théâtre national de Belgique en 1988. Une mise en scène lumineuse, une magistrale interprétation, des comédiens inoubliables : Ludmila Mikaël, Didier Sandre, Robin Renucci, Jean-Marie Winlig, Anne Benoît, Valérie Dréville… (Un coffret de quatre DVD, avec un livret de 36 pages. 39,95 €).

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Culture, le flou d’un plan de relance

Vague et sans ambition pour l’avenir, le « plan culture » d’Emmanuel Macron inquiète autant les intermittents du spectacle que le silence qui l’a précédé. Comme d’autres salariés et privés d’emploi, ils refusent d’être précarisés. État des lieux

 

Qu’auraient été nos jours confinés en l’absence des artistes ? Sans l’Orchestre de Radio France « à la maison », le ballet des danseurs de l’Opéra de Paris en visioconférence ou bien encore les très virales Goguettes… Et sans France.tv qui a renoué pour l’occasion avec la culture : documentaires, théâtre, cinéma… Las ! Pendant tout ce temps, les tournages étaient à l’arrêt, les salles de répétition et de spectacle fermées, les festivals annulés, des projets abandonnés… En raison du risque sanitaire, le spectacle fut l’un des premiers secteurs mis à l’arrêt, il comptera parmi les derniers à retrouver des conditions d’activité normales. D’où l’inquiétude à propos de la reprise puisque – et c’est une lapalissade –, afin de créer, tout artiste doit pouvoir vivre.

Depuis que les salles furent contraintes de fermer leurs portes début mars, les syndicats, en particulier la CGT spectacle, n’ont cessé d’alerter sur la situation précaire des auteurs et des intermittents, des techniciens et des artistes. Outre la tenue régulière de manifestations, ils ont contribué à la signature d’une pétition par plus de 200 000 personnes, ils ont participé à l’écriture de « propositions pour la continuité des droits à l’assurance-chômage des artistes et techniciens intermittents du spectacle ». Celles-ci ont été transmises à l’Élysée, faute de réponse du ministère de la Culture. Ajoutant leurs voix à celle de la CGT, des collectifs ont été créés, des tribunes publiées, la colère du comédien Samuel Churin – une figure historique de la lutte des intermittents – diffusée sur YouTube… Mais, tel qu’en lui-même, Emmanuel Macron, président de la République, ne sortira du bois que lorsque les stars s’en mêleront.

Droits sociaux incertains pour la reprise

« Aux artistes qui se sont exprimés, je veux dire que je les entends. L’État continuera de les accompagner, protégera les plus fragiles, soutiendra la création», twitte le chef de l’État le 2 mai suite à la tribune publiée dans Le Monde signée par près de trois cents personnalités : Jeanne Balibar et Catherine Deneuve, Jean Dujardin et Omar Sy… : « Comment feront les intermittents pour pouvoir continuer à acheter à manger après la prolongation [de la durée des droits à l’allocation chômage jusqu’au 30 juin 2020, ndlr] qui a été décidée ? Comment feront les auteurs qui ne bénéficient même pas de ce système ? » Dédaignant une fois de plus la place des syndicats, Emmanuel Macron s’entretient le 6 mai avec douze artistes avant de dévoiler son « plan pour la culture ». Il annonce que les droits des intermittents du spectacle seront « prolongés d’une année » au-delà des six mois où leur activité aura été « impossible ou très dégradée », soit jusqu’à fin août 2021.

Ce qui introduit incertitudes et oublis : vu le contexte, peu d’intermittents parviendront à travailler les 507 heures requises sur douze mois pour obtenir l’assurance-chômage (ARE). D’où la revendication CGT d’un report d’un an de toutes les dates anniversaires qui interviendraient avant la date butoir du 31 août 2021. Par exemple, quelqu’un qui a ses droits à l’assurance-chômage ouverts jusqu’en janvier 2021 pourrait les voir prolonger jusqu’en janvier 2022. Si le projet de texte élaboré début juin par le gouvernement semble répondre à cette demande, il oublie encore du monde : les femmes de retour de congé maternité, les nouveaux entrants dans le régime de l’intermittence, ceux qui sont en rupture de droits… « Je redoute qu’il ne leur soit proposé qu’une indemnité forfaitaire de 1000 euros », s’inquiète Denis Gravouil, le secrétaire général de la CGT Spectacle, « c’est le cas pour les auteurs, une aumône ! ».

Du chômage et des luttes

Dès le mois de mars, le syndicat a bataillé pour que les intermittents bénéficient de l’activité partielle comme leurs collègues permanents. De grandes entreprises privées, tel Disney, ont ainsi fini par s’y résoudre quand, en dépit de la demande du gouvernement, des institutions subventionnées comme l’Opéra de Bordeaux ont refusé. « De toute façon, même si on obtient des avancées sur l’assurance-chômage pour les intermittents », précise le syndicaliste, « dans les métiers de la culture, des tas de gens ne sont pas à ce régime ». Ce sont les CDD et ils n’ont pas eu droit à l’activité partielle. « Nous mènerons des luttes pour que tous ceux qui devaient bosser sur les festivals en bénéficient », prévient-il.

La mise à l’arrêt du spectacle impacte aussi les activités connexes. « Comment feront tous ceux dont l’emploi est, comme le nôtre, discontinu : travailleurs engagés en extra (restauration, hôtellerie, nettoyage, commerce), tous les secteurs d’activité qui se déploient autour des événements culturels ? », interrogeait aussi la tribune des personnalités. En cas de maintien de la « réforme » de l’assurance-chômage, le durcissement des règles d’indemnisation les mènera au RSA. Alors, en amont des discussions avec le ministère du Travail, la CGT « fait monter la pression ». Fédérations du commerce et du spectacle, union des syndicats de l’intérim, comité des privés d’emploi et précaires, à l’instar de divers collectifs, dont celui des saisonniers CGT, ont multiplié les initiatives, telle la pétition pour l’abandon de la réforme ou l’organisation de manifestations inopinées…

Relance… Quelle relance ?

Les intermittents du spectacle sont au croisement de deux sujets, l’assurance-chômage avec leur régime spécifique et la culture puisqu’ils la font vivre au quotidien. Selon le site du ministère, le secteur contribue pour 2,2% au PIB du pays. Pourtant, bien que celui-ci soit probablement sinistré pour longtemps, les annonces présidentielles concernant sa relance se révèlent pingres, vagues et sans ambitions. Les intermittents sont ainsi incités à mener des actions dans les écoles. « Une tartufferie ! », s’agace Denis Gravouil. « Les artistes et techniciens le font déjà, une augmentation de leurs interventions ne fera pas la maille en volume d’emplois ». Autre chose serait une politique sur le long terme visant à développer l’éducation artistique et culturelle avec des enseignants spécialisés.

Le cinéma va bénéficier d’un fonds d’indemnisation temporaire pour les séries et tournages annulés, le nouveau Centre national de la musique d’une dotation de 50 millions d’euros. Un grand programme de commandes publiques est aussi prévu pour les plasticiens, le spectacle vivant, les métiers d’art… sans précision quant à l’enveloppe allouée. « Du saupoudrage quand il faudrait des milliards, un budget triennal et une loi de programmation pour relancer le secteur », juge le syndicaliste. La crise sanitaire pourrait accentuer en effet le phénomène de concentration qui, depuis une dizaine d’années, mine la diversité du tissu culturel et l’emploi (Fimalac pour les Zénith, Live Nation pour la production de festivals, de concerts ou d’artistes…) en raison de l’amoindrissement des politiques publiques.

Autre point important : la mise à contribution des Google, Amazon et autres Netflix. « La transposition de la directive européenne sur les droits d’auteur s’impose comme une priorité », souligne Denis Gravouil. Ce serait une première avancée concrète : de la valeur créée par la diffusion des œuvres sur Internet, la directive en prévoit le partage avec les auteurs et les artistes. Christine Morel

Roselyne Bachelot, rue de Valois

La main sur le cœur, Roselyne Bachelot l’avait promis et juré sur toutes les ondes et les écrans : la politique, plus jamais ! La native de Nevers, ancienne ministre de la santé de Nicolas Sarkosy et fringante égérie des Grosses têtes, prend donc la direction de la « maudite » rue de Valois, comme la qualifie le quotidien Le Monde : depuis 1995, la douzième locataire du ministère de la Culture !

À l’annonce de sa nomination, la férue d’opéra et coqueluche des média confie qu’elle sera « la ministre des artistes et des territoires ». Une déclaration qui réjouira le chef du gouvernement, ajoutant vouloir « approfondir les liens avec les élus locaux, les acteurs économiques » et « décloisonner le public et le privé ». Des propos qui ont plu à Jean-Marc Dumontet, l’influent producteur et ami des époux Macron, propriétaire de six théâtres à Paris et en province ! « Le théâtre est une nourriture aussi indispensable que le pain et le vin… », déclarait Jean Vilar quelques décennies plus tôt, « le théâtre est donc, au premier chef, un service public, tout comme le gaz, l’eau, l’électricité ». Yonnel Liégeois

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Avignon 2020, le trou noir

En ce 3 juillet, Avignon ne lèvera pas le rideau sur la 74ème édition du festival ! Le cœur du spectacle vivant, auquel Jean Vilar donna en 1947 un élan vital avec un bel idéalisme, demeurera inerte cette année à cause du virus. Qu’en sera-t-il dans l’avenir, en un  temps où le théâtre de service public, tout comme la culture dans son ensemble, ont de plus en plus la part maudite ?

 

Le doute n’est plus permis. Le « monde d’après » sera celui d’avant en plus moche, quand bien même le fléau semble battre en retraite sous nos climats. Quand le pire s’améliore, c’est qu’il empire encore. Les symptômes abondent d’un retour à la « normale » sous les auspices d’une politique néo-libérale revancharde, résolue à ne rien concéder dans l’ordre d’un progrès social ardemment souhaité par ceux qui souffrent le plus. Licenciements sous le prétexte de la relance économique, allongement de la durée de travail, réduction des salaires, plans sociaux gratinés, suppression de postes d’apprentissage, surveillance généralisée au motif de veiller sur la santé publique, passablement bafouée par les atermoiements – confinant par instants à la bouffonnerie lugubre – d’un gouvernement affolé qui ne sait où donner de la tête. Un semblant de vie réapparu (gestes barrières et masques toujours de rigueur), l’urgence consiste, pour le MEDEF, à moudre l’individu de plus en plus fin pour en tirer le maximum de profits. On se rappelle une sentence d’Ambroise Croizat (1901-1951), secrétaire général de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, député communiste puis ministre du Travail de novembre 1945 à mai 1947, à ce titre cheville ouvrière de la création de la sécurité sociale. Ne disait-il pas : « Ne parlez pas d’acquis sociaux, mais de « conquis » sociaux, car le patronat ne désarme jamais » ?

L’enlaidissement du monde ne va-t-il pas bon train ?

Il est bien des aspects surprenants (même si l’on s’habitue à tout) à la situation bizarre où nous sommes, surtout si l’on garde un soupçon d’état d’esprit internationaliste, à l’heure des nations repliées sur elles-mêmes. L’enlaidissement du monde ne va-t-il pas bon train, sous la férule de dirigeants d’une vulgarité crasse aux pratiques de malfrats, Trump et Bolsonaro, entre autres, qu’il faut bien nommer dans un haut-le-cœur ? Les plages se repeuplent sous conditions, l’apéro et le bœuf bourguignon retrouvent droit de cité en gardant leurs distances, le bâtiment va un peu mieux, les coiffeurs recoupent les cheveux en quatre, les bagnoles neuves rouillent sur les parkings des constructeurs mais ça va rouler, bref la sacro-sainte consommation reprend cahin-caha. S’il est un domaine auquel échoit toujours la part maudite, c’est bien celui du « spectacle vivant ».

Les chaînes d’information en continu, si fertiles en débats oiseux, ne traitent jamais du désastre qui frappe le théâtre public, dont aucun représentant digne de ce nom n’est cité à comparaître. Tout se passe, sur le petit écran, comme si le théâtre en France n’avait d’existence réelle que dans le champ restreint de la propriété privée. C’est à ce titre qu’on a pu entendre et voir M. Jean-Marc Dumontet, proche déclaré du président Macron, chef d’entreprise et producteur de spectacles (il possède le Théâtre Antoine, le Théâtre Libre, le Point-Virgule, le Grand Point-Virgule, Bobino et le Sentier des Halles), afficher ses réflexions et doléances. Et l’on ne peut guère attendre de M. Franck Riester, président du parti Agir dont il est membre fondateur après son exclusion des Républicains, vendeur de voitures héréditaire à Coulommiers, sacré ministre de la Culture transparent, qu’il affirme haut et fort ne fût-ce qu’un zeste de compassion sur l’actuelle hécatombe subie par la politique culturelle nationale, laquelle est le fruit d’une longue histoire contrastée impliquant l’État au fil du temps.

Sans remonter jusqu’au Roi Soleil et à l’Empire (c’est à Moscou, du haut de son cheval, que Napoléon dicta le statut de la Comédie-Française) puis au rôle des républiques successives, on se suffira d’en revenir à l’immédiate après-guerre, dans le droit fil des préconisations du Conseil national de la Résistance. En septembre 1951, sur proposition de Mme Jeanne Laurent (1902-1989), sous-directrice des Arts et Lettres, chartiste, qui fut résistante auprès de Germaine Tillion, Jean Vilar (1912-1971) est nommé à la tête du Théâtre national de Chaillot, qu’il dirigera jusqu’en 1963. En 1947, sous le parrainage du poète René Char et du critique d’art Christian Zervos, avec l’accord du Dr Pons, maire communiste d’Avignon, il y crée une « Semaine d’art », antichambre de ce qui deviendra le plus grand festival de théâtre in the world quant à l’exigence artistique. Débuts spartiates : les spectateurs du cru apportent les sièges, le général commandant le Génie prête ses hommes pour l’édification de gradins dans la cour d’honneur du Palais des papes. Délices des commencements idéalistes.

Avignon et festivals d’été, out !

Cette année, la 74ème édition du Festival d’Avignon, comme la totalité des festivals d’été à l’échelle du pays, a dû être annulée en raison de l’état d’urgence sanitaire lié à l’épidémie de covid-19. Il y aurait bien, retour forcé aux sources, une « semaine d’art » envisagée à l’automne. Olivier Py, acteur, auteur, metteur en scène, qui dirige le festival depuis 2013, parle de « déchirement ». C’est en effet un véritable crève-cœur de saisir que des mois de travail, de conception et d’élaboration d’actes artistiques sont ainsi brutalement annihilés. Cela touche aussi bien les équipes officiellement programmées dans le In que les compagnies, de plus en plus nombreuses, qui avaient prévu de se proposer dans le Off. La déception artistique va de pair avec d’incalculables dommages sociaux et économiques. Quantité de petites et moyennes structures ne pourront survivre. Quant à la ville d’Avignon, dont le festival constitue de longue date le poumon financier, elle va cruellement manquer d’air.

Faut-il rappeler l’importance symbolique du Festival d’Avignon ? En trois quarts de siècle, que ce soit sous la conduite de Paul Puaux, d’Alain Crombecque, de Bernard Faivre d’Arcier, de Vincent Baudriller, d’Hortense Archambault ou d’Olivier Py, Avignon est demeuré le socle vivant d’un « théâtre d’art » susceptible de prêter le flanc à débats, controverses et polémiques, qui sont le lot bénéfique d’une institution démocratique des goûts mis en contradiction. Et que d’œuvres mémorables on doit à cette manifestation née de la vocation affirmée du « théâtre populaire », notion elle-même, dès l’aube vilarienne, sujette à d’interminables discussions ! Quelques noms d’artistes glorieux suffisent, au passage, à ce prodigieux palmarès : de Tadeusz Kantor à Roméo Castellucci, d’Antoine Vitez  à Peter Brook, de Robert Wilson à Pina Bausch, de Maurice Béjart à Iouri Lioubimov, de Frank Castorf à Christoph Marthaler, d’Ariane Mnouchkine et Patrice Chéreau au Living Theatre de Julian Beck et Judith Malina, sans omettre l’immense légion des comédiens et danseurs, célèbres ou pas, et la multitude des talents spécifiques d’artisans et techniciens incorporés, au fil des ans, dans cette si importante confrontation estivale que Vilar, pensant à la Grèce, voulut installer au cœur de la Provence, en une cité puissamment frottée par l’Histoire.

En France, le secteur culturel (expression consacrée), cela signifie au bas mot 700 000 emplois, dont 500 000 salariés. Le coronavirus va y faire de sacrés dégâts, tout en révélant crûment la maltraitance endémique à laquelle il est depuis beau temps soumis. C’est la première fois, depuis son origine, que le Festival d’Avignon n’aura pas lieu. En 2003, quand Bernard Faivre d’Arcier fut contraint à l’annulation par l’impétueux mouvement de rébellion dit des intermittents, lequel révélait déjà un malaise criant dans l’espace d’un « spectacle vivant » massivement sous-prolétarisé, Avignon devint du moins le théâtre d’une lutte exemplaire aux acteurs résolus. Cette fois, c’est le vide, un trou noir béant, le silence abyssal de l’absence. Le besoin et le désir de théâtre – fût-ce, par défaut, pour ceux qui le méconnaissent – sont sans doute, même inconsciemment, aussi ardents que chez les supporteurs privés de football. Pasolini ne disait-il pas que « le théâtre est une forme de lutte contre la culture de masse » ?

Quand il s’agit d’« un projet à la fois poétique et politique »

Faisons un rêve. Et si la suspension obligée du festival, et au-delà la défection provisoire du « théâtre d’art », pouvaient amener à un véritable aggiornamento de sa sphère d’influence ? Jean-Marc Adolphe s’y emploie. Journaliste, conseiller artistique, il a dirigé pendant vingt ans l’importante revue Mouvement (arts & politiques), laquelle permit la découverte de maints artistes, tout en publiant de solides dossiers sur les politiques culturelles. Il a œuvré, depuis un demi-siècle, en qualité de conseiller et directeur de nombreuses manifestations internationales et a créé et animé des événements « atypiques ». Il se définit comme « penseur d’horizons ». Candidat à la direction du Festival d’Avignon, il entend lui « redonner une âme qu’il a perdue », avec un projet « à la fois poétique et politique ». Le festival étant actuellement subventionné (État, région, département, ville) à hauteur de 8 millions d’euros, il prône une forme de décroissance, en proposant que cela passe à 5 millions. Les 3 millions ainsi « économisés » seraient répartis en faveur du soutien aux initiatives d’éducation artistique et d’action sociale et culturelle dans les quartiers de la ville et sur l’ensemble du territoire du Vaucluse. La rémunération du personnel permanent (y compris à la direction) ne devrait pas excéder les barèmes de la convention collective. Les charges du personnel permanent (à présent 6 millions d’euros sur un budget de 10) seraient réduites. Le prix des places, durant le festival, n’excéderait pas 15 euros (5 pour les tarifs réduits). Certains événements seraient gratuits. Les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation actives (CEMEA) seraient associés à la direction. Après une consultation citoyenne, les dates pourraient être modifiées, en les étendant jusqu’en août, ce qui permettrait aux spectacles et aux équipes d’être davantage installés dans la durée.

Un tiers de la masse salariale permanente serait consacré à des écrivains, poètes, artistes. Il y aurait des « artistes en présence », œuvrant toute l’année à l’élaboration du festival, avec pour priorité des projets participatifs. Les principaux lieux du festival seraient confiés à des artistes qui pourraient, d’un à six mois selon les cas, les « occuper » à leur guise avant et pendant le festival (spectacles, répétitions ouvertes, invitation à d’autres artistes, lectures, projections, débats, etc.). La Fabrica, lieu de résidence du festival, serait transformée en « maison des quartiers ». Des projets émanant de ces quartiers pourraient être repris dans le festival. Les théâtres permanents de la ville seraient mobilisés, hors festival, pour accueillir des résidences de création. Une charte de bonnes pratiques communes serait proposée au festival Off. Une convention serait passée avec l’Université d’Avignon, autour des missions qui lui sont propres : culture, patrimoines et sociétés numériques, agroalimentaire et sciences. Jean-Marc Adolphe précise, qu’à ses yeux, « si le Festival d’Avignon est principalement « de théâtre », il doit inclure toute la diversité du « spectacle vivant » : danse contemporaine, arts de la piste, marionnettes, arts de la rue, mais aussi constituer une chambre d’écho pour la poésie vivante et la littérature et une agora ouverte aux philosophes, aux chercheurs et aux scientifiques ». Des coopérations internationales seraient organisées avec l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine. De surcroît, devrait être repris et mené à son terme, le projet, tel qu’élaboré en son temps par Alain Crombecque, d’une Cité du théâtre, soit un centre pérenne de ressources, de production et de diffusion de la mémoire du spectacle.

Ces propositions émanent d’un outsider convaincu, visiblement porteur d’une pensée utopique active. Outre ces quelques pistes essentielles que nous signalons ici, elles méritent manifestement d’être prises en compte, discutées et commentées. Jean-Pierre Léonardini

Trois citations fameuses de Jean Vilar :

– « Le théâtre est une nourriture aussi indispensable que le pain et le vin… Le théâtre est donc, au premier chef, un service public, tout comme le gaz, l’eau, l’électricité ».

– « Il s’agit de faire une bonne société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre ».

– « La culture, ce n’est pas ce qui reste quand on a tout oublié, mais au contraire, ce qui reste à connaître quand on ne vous a rien enseigné ».

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Que le théâtre recommence !

Depuis 1963, les Prix du Syndicat de la Critique saluent chaque année les spectacles et les personnalités artistiques, que ce soit en théâtre, en musique ou en danse. Malgré une saison brutalement interrompue en mars, pour l’année 2020 le Grand prix Théâtre a été attribué à Une des dernières soirées de carnaval, de Carlo Goldoni dans une mise en scène de Clément Hervieu-Léger… Celui de la meilleure comédienne à Ludmilla Dabo dans Une femme se déplace (de et mis en scène par David Lescot), du meilleur comédien à André Marcon dans Anne-Marie la Beauté (de et mis en scène par Yasmina Reza).

Après une saison brutalement mise à l’arrêt, la tristesse de voir tous les lieux de culture à peine veillés par une servante, les théâtres rouvrent progressivement. Rêver à demain sans nier hier, célébrer la vie tout en rendant hommage à ceux qui nous ont quittés, Jean-Laurent Cochet, Michel Piccoli, Guy Bedos, Marcel Maréchal, goûter à une humanité presque oubliée, laisser derrière soi le monde virtuel qui, le temps du confinement, nous a rappelé que les artistes savaient être inventifs, un peu partout, donc et ce malgré la crise à venir, le craquement des planches, le grincement des sièges redonnent vie à ces espaces laissés à l’abandon.

N’ayant pu imposer ses vues sur un renouveau de la comédie italienne, Carlo Goldoni quitte en 1762 sa belle Venise pour Paris, laissant derrière lui un hommage vibrant et drôle à sa patrie, Une des dernières soirées de Carnaval. Quelque 250 ans plus tard, Clément Hervieu-Léger monte avec une modernité classique autant qu’épurée, rappelant le travail ciselé de Patrice Chéreau, cette mise en abîme du théâtre, qui célèbre la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère incertaine mais riche de promesses. Il n’en fallait pas plus pour que cette comédie humaine prenne en cette période bien étrange une saveur particulière.

Avec la même volonté de donner aux mots toute leur force, Julie Duclos s’empare de Pelléas et Mélisande et imagine une mise en scène très cinématographique qui invite à découvrir ce texte poétique et sombre d’une manière plus intimiste. Texte chuchoté, jeu minimaliste, elle plonge dans les eaux troubles des passions contraires. Avec élégance, elle fait entendre autrement Maeterlinck.

Nos sociétés contemporaines changent. Notre regard sur le monde, sur le genre, sur l’égalité des sexes évolue. En s’emparant de ces sujets longtemps tabous, auteur.e.s et metteur.euse.s en scène interrogent nos consciences, nos certitudes. Ainsi, en retraçant l’histoire extraordinaire de la première équipe française de football féminin, Pauline Bureau touche juste et repousse dans leurs derniers retranchements les préjugés sexistes. Sa plume acérée, mordante, sa mise en scène précise, joyeuse, font mouche. Il en est de même avec l’étonnante marionnette transgenre de Johanny Bert. HEN n’a pas la langue dans sa poche. Elle a de la gouaille. Extravagante, cette poupée de bois et de chiffon transgresse les codes. Une bouffée d’oxygène bienvenue à l’heure de la morosité et du repli sur soi.

Toujours en démêlés avec la justice russe, l’artiste dissident Kirill Serebrennikov signe avec Outside, un troublant portrait en miroir du photographe chinois Ren Hang, qui s’est suicidé à l’aube de ses trente ans. S’appropriant son esthétisme qui sublime le nu tout en dénonçant le puritanisme et la pornographie politique de nos dirigeants, l’artiste s’identifie à ce plasticien et offre un spectacle total qui a coupé le souffle de nombreux festivaliers avignonnais.

Le théâtre ne serait rien sans les interprètes. Dans Une femme se déplace, la comédie musicale de David Lescot, la détonante Ludmilla Dabo brûle les planches et réinvente la figure féminine d’aujourd’hui. Elle joue, chante, danse avec une générosité sans faille. Une comédienne solaire, dont le talent est ici salué.

Se glissant avec naturel dans la peau d’une actrice jouant les faire-valoir, croquée par Yasmina Reza, André Marcon met en lumière les habitués du second plan et rappelle que chaque vie, même banale, est importante. En revisitant avec malice le Phèdre de Racine, François Gremaud transforme la tragédie classique en stand-up savoureux et offre au jeune Romain Daroles un rôle à sa démesure. Renouvelant la figure mythologique d’Électre dans le très féministe spectacle de Simon Abkarian, Aurore Frémont fait de la vierge bafouée, une amazone furieuse. S’appuyant sur les musiques rock balkaniques du trio Howlin’Jaws, elle joint sa voix à celles des femmes oppressées par nos sociétés patriarcales.

Naviguant dans les eaux noires d’une crise sanitaire sans précédent, qui rappellent la très belle scénographie de Stéphane Braunschweig dans son adaptation de Nous pour un moment d’Arn Lygre, les artisans du spectacle vivant font feu de tout bois pour reprendre le chemin des théâtres. À leurs côtés, en observateurs privilégiés, tout comme Jean-Pierre Han et sa revue Frictions, consacrée à la création théâtrale, nous nous tenons solidaires et leur offrons notre soutien indéfectible.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore (L’œil d’Olivier), vice-président Théâtre du Syndicat professionnel de la critique.

Meilleur livre sur le théâtre

Le Prix 2020 du meilleur livre sur le théâtre a récompensé Jean-Pierre Han, fondateur et directeur de la revue Frictions, Théâtre-Écritures. Pour le numéro hors-série, 30 éditos+1, célébrant les vingt ans de la publication. Devant les difficultés cumulées pour que perdure et rayonne telle initiative culturelle, un soutien amplement mérité et une invitation à découvrir une revue aussi riche dans sa forme que sur le fond (50€ pour 4 nos/an, 8 nos pour 80€)… Félicitations à notre confrère et ami, contributeur régulier à Chantiers de culture ! Yonnel Liégeois 

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