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Téhéran, de l’exil à l’asile

Au Studio Marigny (75), Aïla Navidi propose 4211 km. Entre Téhéran et Paris, la distance qui sépare de ses proches une famille contrainte à l’exil. De la dictature sous le règne du chah à la torture sous le joug du régime islamique, à l’heure de l’intervention israélo-américaine, le dilemme entre l’amour d’un pays et l’espoir d’un retour.

Le plateau recouvert d’un immense tapis persan, la fête peut commencer : Yalda donne naissance à son premier enfant, ses parents Mina et Fereydoun rayonnent de bonheur ! Il n’en fut pas toujours ainsi du temps où, épris de démocratie et de liberté, ils combattaient le régime du chah d’Iran. Prison et torture déjà jusqu’à la chute et à la fuite en Egypte des Pahlavi en 1979, torture et prison encore au lendemain de leur révolution avortée et confisquée par l’ayatollah Khomeini avec l’instauration de la République islamique… Face à la répression programmée, l’exil obligé en 1980 par instinct de survie !

Entre humour et tragédie, Yalda raconte et se raconte. Avec passion, en un langage fleuri et coloré : sa propre naissance en France, ses années de jeunesse en banlieue parisienne, sa découverte d’un pays que ses parents ne cessent de lui décrire et louer, leur confiance chevillée au corps en un avenir radieux, l’accueil incessant de réfugiés iraniens dans le petit appartement… Des scènes fortes de la vie au quotidien loin des leurs et de leurs racines, ponctuées de musique et de chants, entrecoupées de flashbacks où reviennent en mémoire les atrocités commises par les mollahs et leurs affidés, les gardiens de la révolution. « Quand nous sommes partis, nous pensions que c’était pour six mois, ça fait trente-cinq ans », raconte un jour son père à Aïla Navidi, l’auteure et metteure en scène de 4211 km (deux Molière en 2024 : meilleur spectacle dans le théâtre privé, révélation féminine pour Olivia Pavlou-Graham). D’où cette envie d’écrire, vite transformée en nécessité « pour mettre en lumière le destin d’une famille déracinée et d’une fille en quête d’identité », confesse-t-elle.

Hommage d’une jeune femme à ses parents, Aïla Navidi donne à comprendre, voir et entendre la douleur du partir de tout exilé, l’attachement viscéral à une terre d’origine, l’espérance ancrée dans le cœur et les tripes d’un possible retour. De parcours individuels en saga universelle, une pièce qui bouscule nos certitudes et ravive nos convictions en la liberté sauvegardée à l’heure où des milliers d’hommes et femmes, d’Iran en Ukraine, de Palestine en Afghanistan, combattent et meurent pour la défense de leur droit à la parole et à la vie. Au tableau final, pour mémoire, défilent en fond de scène les noms des victimes torturées, assassinées ou pendues, depuis la mort de la jeune Mahsa Amini en septembre 2022 pour avoir mal porté son voile ! Au bilan de l’ultime répression, l’ampleur du massacre en janvier 2026 : de 30 000 à 50 000 morts, un bilan très provisoire, 100 000 blessés… Qu’en sera-t-il demain, à l’heure de l’intervention guerrière israélo-américaine ? Des cris de désespoir aux lueurs futures, un spectacle de toute beauté et d’une profonde humanité. Yonnel Liégeois

4211 km, Aïla Navidi : jusqu’au 03/05, du mercredi au samedi à 21h00, le dimanche à 15h00. Théâtre Marigny, Carré Marigny, 75008 Paris (Tél. : 01.86.47.72.77).

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Estelle Meyer, contre la fatalité !

Aux mythiques Bouffes du Nord, à Paris, Estelle Meyer propose Niquer la fatalité. Un hymne passionné à la mémoire de Gisèle Halimi, un plaidoyer passionnant en faveur de l’égalité femme-homme. Du théâtre à la chanson, un spectacle électrique, une comédienne et chanteuse envoûtante au propos percutant.

Entre piano et batterie, en la salle à l’ambiance surchauffée du théâtre Berthelot à Montreuil (93), Estelle Meyer s’avance face à la foule des hommes et femmes, toutes générations confondues, qui ont répondu à l’appel… Longue crinière noire et lèvres rouge sang, elle s’apprête à chanter, rire et pleurer à l’évocation de la relégation féminine au fil de l’histoire ! Révolte en bouche, main sur le cœur et chanson de douleur pour toutes celles qui l’ont précédée : maltraitées, répudiées, violées, assassinées, condamnées à ne pouvoir disposer de leur corps sous le diktat de la gente masculine. Au nom de la déesse grecque Niké-Victoire, l’heure est donc venue de Niquer la fatalité. La preuve est là, clamée et certifiée, « depuis des millénaires, le deuxième sexe a accouché le premier, le deuxième sexe a accouché l’humanité » ! D’entre les cuisses d’une femme, de tout temps, l’homme est né.

Lovée en un large fauteuil, dans son micro cravate, la femme soliloque. D’abord à mots couverts puis, levant les yeux, pudique, directement avec le public… Pour nous conter l’enfance de Gisèle Halimi, la célèbre avocate et féministe née en Tunisie, née femme et condamnée à servir, à obéir. Et d’emblée, enfant pourtant, la rébellion, la révolte, le refus de perpétuer les traditions et de consentir aux injonctions d’une société inégalitaire. Plus tard, jeune femme inscrite au barreau, s’adressant au général de Gaulle, le président de la République qui l’interpelle sur le « Madame ou Mademoiselle ? », elle lui répond avec aplomb « appelez-moi Maître » !

Estelle Meyer le confesse, en parole et chanson, « le combat de Gisèle Halimi, sa route, ses forces me devancent, me donnent du courage et du sang pour faire battre mes pas ». Et de la voix, tantôt langoureuse tantôt plantureuse, clins d’œil et battements de paupière au rythme de la batterie, s’élève un chant d’espoir, caressant et enveloppant homme-femme, main dans la main. Du vieux monde pourtant, il faut secouer les oripeaux, que le mâle conquérant laisser advenir sa part féminine, oser croire et reconnaître que le corps peut être beau, que la sexualité peut être belle, qu’il ne faut avoir peur ni de l’un ni de l’autre…

En dialogue constant avec son auditoire, Estelle Meyer s’avoue sœur complice de l’inoubliable Halimi, l’avocate et la femme. De la plaidoirie pour l’une à la partition pour l’autre, de mots en notes, une militante confiante hier pour l’aujourd’hui et une artiste rayonnante scandant ces lendemains, beaux jours d’humanité où chacune, chacun, enfin, trouvera et prendra place, toute sa place. « Tout le travail de Gisèle part d’une cause intime pour faire avancer le tout. Le combat, la défense d’une femme devenant celui de toutes les femmes et faisant avancer la société entière », déclare-t-elle de sa voix lumineuse et ensorceleuse. Qui en joue, autant que de son corps virevoltant en surprenant derviche tourneur, une interprète à la parole libérée, déshabillée mots autant que de ses vêtements carcans.

En robe d’avocate ou tenue légère, debout ou à genoux, féline ou mutine, battant tambour Estelle Meyer bat le rappel. Avec grâce, sensuellement, poétiquement, une invite à chanter et changer la vie, commun commune ! Yonnel Liégeois, photos Emmanuelle Jacobson Roques/Caroline Deruas Peano

« Niquer la fatalité est un récit parlé, chanté, hurlé, sur le chemin qu’est vivre (…) Avec Gisèle Halimi pour miroir, pour Mère, pour amie, pour protectrice et puissance de vie, nos chemins s’entrelacent pour créer une multitude de témoignages sur ce qu’est être femme, sur la façon dont tout ce continent a été transmis et vécu, sur comment survivre et renaître. Avec pour issue la liberté. La liberté d’être. Pour les hommes et les femmes ». Estelle Meyer

Niquer la fatalité, chemin(s) en forme de femme : Estelle Meyer, mise en scène de Margaux Eskenazi. Piano et clavier : Grégoire Letouvet, Thibault Gomez. Batterie et percussions : Pierre Demange, Maxime Mary. Du 02 au 11/04, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Théâtre des Bouffes du Nord, 37bis boulevard de La Chapelle, 75010 Paris (Tél. : 01.46.07.34.50). Disponible, la version radiophonique du spectacle, réalisée par Laurence Courtois.

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De case en case…

Au Studio Hébertot, à Paris, Jean-Claude Cotillard présente Les p’tites cases. La pièce de Joël Chalude illustre avec humour et bon sens comment la société méprise les personnes souffrant d’un handicap, telle la surdité. À bon entendeur, salut !


Voilà une aventure (presque) vraie portée au théâtre. Histoire dans laquelle le spectacle n’est pas forcément où on le croit. Les dernières minutes, que l’on ne révélera pas (avec la voix de Christine Murillo), sont en fait la clé de cette petite énigme. Les p’tites cases démontre par l’absurde et le comique combien il est difficile de ranger les individus dans de petites définitions administratives. C’est l’histoire d’un homme qui se présente dans un service officiel pour obtenir un document certifiant sa qualité de travailleur handicapé. Il est, comme l’on dit avec pudeur : malentendant.

Joël Chalude, l’auteur qui tient le rôle de « monsieur Szaludowski », est lui-même sourd. « Ma longue histoire d’éducateur, d’enseignant, de militant et d’artiste s’est principalement construite sur l’inaptitude chronique du plus grand nombre à communiquer, autrement dit à être en empathie avec autrui » dit-il. Sur le plateau, il est en compagnie d’Elliot Jenicot, et Benoît Cassard, qui interprètent respectivement le rôle d’un psychiatre et de son assistant. La mise en scène est de Jean-Claude Cotillard. Une porte, étrangement installée et des panneaux indicateurs muets font partie de cet univers étrange.

Monsieur Szaludowski, le malentendant, semble avoir de bonnes raisons, concrètes, d’être là. Las, les deux autres ne l’écoutent pas vraiment, ils semblent poursuivre leur but dicté par un « protocole » qui leur échappe de minute en minute. Il ne suffit pas d’être sourd pour ne pas s’entendre, rappelle cette pièce qui, comme le souligne le metteur en scène, « est un bel éclairage de la bêtise humaine ». À bon entendeur salut, avec bonne humeur s’entend ! Gérald Rossi, photos Sophie Recompsat-Monnier

Les P’tites cases, Jean-Claude Cotillard : jusqu’au 12/04, du jeudi au samedi à 21h, le dimanche à 14h30. Studio Hébertot, 78 bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris (Tél. : 01.42.93.13.04).

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Le saut de la mort

Au théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie de Paris, Delphine Hecquet présente Requiem pour les vivants. Face aux jeunes de Marseille qui risquent leur vie en sautant dans la mer du haut des falaises, l’auteure et metteure en scène explore le traumatisme de la mort. Entre danse et chant, une réflexion intime de haute intensité.

Le soleil et la mer, les calanques de Marseille… Comme à leur habitude, une bande de jeunes a pris possession des falaises. Leur objectif ? Sauter dans les vagues, dix ou douze mètres plus bas, éprouver le vertige du vide et du vent, vaincre la peur et éprouver l’invincibilité. Au risque permanent de s’écraser sur les rochers, la mort au rendez-vous des embruns ! Ce jour-là, effroi et stupeur, Jonas rate son envol. Vision atroce à l’arrivée des pompiers, il venait de fêter ses vingt printemps.

Sur scène, une maison et un rocher : l’appartement de la mère de Jonas et le toit comme tremplin pour les jeunes, le gros caillou comme rappel du danger. Les questions sautent à l’esprit : comment affronter la mort ? Comment l’annoncer aux parents ? Comment faire son deuil ? Delphine Hecquet s’empare de la rythmique du requiem, « un chant que j’écoute depuis très longtemps, qui me trouble à la fois par sa beauté, mais aussi par son adresse aux défunts », danse et chant envahissent alors le plateau. Pour exprimer douleur et finitude, libérer des émotions qui se partagent ainsi plus fort et autrement. Une autre gestuelle des corps qui relie symboliquement les uns les autres parmi les vivants, une autre voix que de simples paroles impuissantes à circonvenir le noir du deuil et le poids de l’absence.

Mots et dialogues se font précieux, impétueux ou consolants, la prestation collective l’emporte sur la performance individuelle. En vagues rugissantes ou flots lancinants, entre vie et néant, saut de la mort et chute existentielle vont et viennent. Curieusement, s’inspirant du roman de Maylis de Kérangal, Corniche Kennedy, émouvant, le spectacle se révèle étrangement apaisant. En solo ou en chœur, l’inconscient libéré, la beauté du chant supplante la violence refoulée, au pied des rochers l’étreinte des corps renoue les liens désarticulés. Yonnel Liégeois, photos Simon Gosselin

Requiem pour les vivants, Delphine Hecquet : jusqu’au 12/04, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Théâtre de la Tempête, route du Champ de manœuvre, 75012 Paris (Tél. : 01.43.28.36.36).

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La jeunesse au lever de rideau

Ferme de Bel Ébat, à Guyancourt (78), Ahmed Madani présente Entrée des artistes. Sept jeunes comédiens, gars et filles, expriment colères et joies de vivre, leurs difficultés surtout à pratiquer un métier qui se veut passion. Un bel hommage aux plaisirs de la scène.

Quatre filles et trois garçons, dernière promotion de l’école supérieure de théâtre des Teintureries de Lausanne qui a définitivement fermé ses portes… Le metteur en scène Ahmed Madani, sollicité pour mettre en partition leur spectacle de sortie, est habitué à travailler avec la jeunesse. Après Incandescences et F(l)ammes, sa dernière création Entrée des artistes n’échappe pas à la règle ! Lui qui n’a jamais fait d’école de théâtre, lui pour qui l’art n’a jamais eu place dans la famille, lui le metteur en scène aujourd’hui reconnu sur la place publique s’est autorisé une seule question à la rencontre de cette bande de jeunes : comment et pourquoi devient-on artiste dramatique ? De leurs réponses, diverses et complexes, il a écrit et composé cette ode à l’art théâtral, l’a mise en scène et en lumières avec tact et talent.

Ils s’appellent Jeanne et Aurélien, Dolo et Rita, Côme et Igaëlle, Lisa. Chacune, chacun y va de son monologue, par groupe de deux ou ensemble ils témoignent, revendiquent, dénoncent, tempêtent. Sur les profs, les metteurs en scène, les castings, les copains de jeu… Tous pourtant convaincus que l’art, la scène, le théâtre les ont sauvés de la banalité du quotidien, des carcans sociaux et familiaux, leur ont ouverts les portes de la culture et de l’acceptation de soi. Malgré craintes et espoirs d’un avenir incertain, ils explosent de conviction sur scène, dévoilant toutes les facettes de leur jeu. De la parole au geste, déclamant, dansant, chantant… C’est frais, ensorcelant, parfois d’une naïveté déconcertante dans le texte comme dans la mise en scène, pourtant toujours convaincant face à une jeunesse en devenir. Yonnel Liégeois

Entrée des artistes, Ahmed Madani : le 24/03, 20h. La Ferme de Bel Ébat, 1 place de Bel Ébat, 78280 Guyancourt (Tél. : 01.30.48.33.44). Théâtre Rutebeuf à Clichy (92), les 26 & 27/03. Espace Sarah Bernhardt à Goussainville (95), le 31/03. Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN (78), les 02 & 03/04. L’Avant-Seine à Colombes (92), le 14/04. Théâtre de Cahors (46), le 05/05. Scène nationale de Narbonne (11), le 07/05. Théâtre de Charleville-Mézières (08), le 19/05. Le texte est disponible aux éditions Actes Sud-Papiers.

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Dreyfus, Alfred et Lucie

Au théâtre Essaïon, Éric Cénat met en scène Si tu veux que je vive. De la plume de Marie-Neige Coche et Joël Abadie, une pièce d’histoire contemporaine qui redonne aux femmes une place souvent occultée et dénonce l’antisémitisme ambiant.

Dix-neuf septembre 1899. Ce jour-là, Émile Loubet, président de la République, signe la grâce d’Alfred Dreyfus. Mais il faudra attendre 1906 pour que l’officier d’artillerie natif d’Alsace soit définitivement reconnu pleinement innocent. L’affaire, qui suscita des passions vives dans tout le pays, aura duré douze années. Pendant lesquelles le militaire a été emprisonné puis déporté au bagne de l’île du Diable en Guyane. Accusé à tort parce que juif, accusé de trahison, il aurait pu être condamné à mort, mais cette peine avait été abolie pour les actes considérés comme « crimes politiques ». Une chance, si l’on peut dire. La correspondance entre Alfred et Lucie Dreyfus, son épouse, est la base de cette pièce écrite par Marie-Neige Coche et Joël Abadie, mise en scène par Éric Cénat.

Les auteurs affirment leur volonté de regarder cette tranche d’histoire à travers les yeux de l’épouse fidèle que rien ne prédestinait à ce rôle particulièrement engagé. Mère de famille, fille d’un négociant en diamants à Paris, Lucie Dreyfus a été un soutien sans faille, sauvant Alfred d’une profonde dépression qui aurait pu le conduire au suicide. Une autre femme est aussi sollicitée par le metteur en scène, la journaliste Séverine. Un personnage à peu près oublié aujourd’hui mais qui participa activement à la campagne en faveur de Dreyfus le calomnié. Carolina Rémi pour l’état civil, proche de Jules Vallès (homme politique journaliste et écrivain de gauche), à la mort de ce dernier en 1885, elle a dirigé le Cri du peuple, journal qu’il avait fondé. Sur la scène, elle commente et précise les points essentiels. Séverine, qui fut la première femme à diriger un quotidien d’envergure, fut contrainte à la démission face à une rédaction machiste comme on peut l’imaginer. Cela ne l’empêcha pas de poursuivre son métier dans diverses publications, ni d’adhérer au Parti socialiste en 1918 puis au Parti communiste en 1921.

Avec leur compagnie du Théâtre de l’imprévu, Joël Abadie, Lucile Chevalier et Claire Vidoni donnent chair et passion à cette aventure qui a mobilisé nombre d’écrivains et d’intellectuels en faveur de Dreyfus. Comme Charles Péguy, Marcel Proust et bien sûr Émile Zola, dont le texte sobrement titré « J’accuse » publié dans le quotidien l’Aurore du 13 janvier 1898 fit grand bruit. Au fil du temps, il est apparu que le dossier d’accusation était un coup monté, additionnant des ragots mais vide de preuves, et transpirant l’antisémitisme de l’époque. Le lieutenant-colonel Picquart, alors chef du service des renseignements militaires, est convaincu que l’armée se trompe. Il est alors muté loin de Paris. Le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy est le véritable auteur du message de trahison attribué primitivement à Dreyfus. Mais il est acquitté par ses pairs le 10 janvier 1898, à l’issue d’un procès à huis clos. La Grande Muette sait aussi être aveugle. « Notre vie, notre futur à tous sera sacrifié à la recherche du coupable. Nous le trouverons, il le faut », a écrit Lucie Dreyfus. Gérald Rossi, photos Clémence Grenat

Si tu veux que je vive, Éric Cénat : jusqu’au 26/03, les mercredis et jeudis à 19 h. Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris (Tél. : 01.42.78.46.42).

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Dans les blés et sous les ponts

Au Théâtre du Soleil pour l’un, au Théâtre de Nesle pour l’autre, deux spectacles qui titillent l’oreille et réjouissent les esprits : À tous ceux qui de Noëlle Renaude, Nuit, un mur, deux hommes et Deux tibias de Daniel Keene. Deux exquises petites formes.

Dans le mirobolant massif des textes de Noëlle Renaude, Timothée de Fombelle a choisi À tous ceux qui, une pièce qui bouscule fièrement les règles de la représentation. Une petite foule de personnages prend la parole à tour de rôle, sans autres situations que celles qu’ils désignent, en de brèves séquences monologuées. Elles constituent autant d’autoportraits incisifs à l’encontre des autres. Un village français se raconte ainsi à la fin des années 1940, par les voix successives de plusieurs générations (de 4 à 100 ans). Sur la petite scène du Théâtre du Soleil, Laetitia de Fombelle les incarne successivement, avec une exquise espièglerie qui rend tout le sel de l’écriture de Noëlle Renaude : familière et pittoresque, populairement vacharde et sophistiquée, comique et tragique en sourdine, concrète, semée de franche poésie. Bref, un précis de langue française à un moment donné.

Ce sont d’ailleurs des petites histoires de France, où passent les ombres de Pétain et de de Gaulle, au milieu des confidences d’une femme mal mariée, des plaintes d’une gamine de 11 ans mordue par un chien ou des doléances d’un homme qui a perdu un bras… La liste n’est pas limitative, s’agissant d’une communauté contradictoire remuant ses hontes, ses griefs et ses désirs secrets un jour de libations commémoratives. Une très belle idée est d’avoir implanté en scène des blés hauts, dans lesquels peut se réfugier l’actrice. En off, une voix d’homme annonce l’identité et l’âge du personnage à venir. Cette mise en scène de À tous ceux qui…, un oratorio sans merci sur la France d’après la guerre, contribue haut la main à la reconnaissance élargie de la dramaturgie si heureusement singulière et inventive de Noëlle Renaude.

Sur la scène du Théâtre de Nesle, Mouss Zouheyri met en scène et joue, avec Nicolas Roussillon Tronc, deux pièces de Daniel Keene, Nuit, un mur, deux hommes et Deux tibias. Dans un même souffle, deux pièces courtes où l’auteur australien met en jeu une paire de vagabonds en dialogues trébuchants, dans la forte traduction de Séverine Magois, avec sautes d’humeur, querelles bourrues et réconciliation au bout des malheurs partagés. C’est constamment juste dans le ton, vraiment hors de toute facilité dans l’ordre du pathos, au cœur de la rude lignée d’une commisération humaniste de bon aloi. Voilà donc du bon théâtre réaliste, serti dans une petite forme irréprochable. Jean-Pierre Léonardini

À tous ceux qui, Timothée de Fombelle : jusqu’au 22/03, du mercredi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Théâtre du Soleil, 2 route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris (Tél. : 01.40.13.84.65). Le texte est disponible aux éditions Théâtrales.

Nuit, un mur, deux hommes et Deux tibias, Mouss Zouheyri : jusqu’au 29/03, les vendredi et samedi à 21h, le dimanche à 17h. Théâtre de Nesle, 8 rue de Nesle, 75006 Paris (Tél. : 01.46.34.61.04).

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Un festival très Marto !

Du 13 au 29/03, dans les Hauts de Seine (92), se déroule le festival Marto. Avec 18 spectacles de marionnettes et d’objets détournés qui promettent de belles découvertes. Dont Mons la girafe, un conte proposé par une troupe ukrainienne en provenance de Kharkiv.

L’aventure commence aux confins du cercle polaire, dans l’île d’Hyperborée. À défaut d’une rencontre avec le peuple mythique de l’Antiquité qui y demeurait, la compagnie Ersatz propose une exposition immersive dans un glacier. Camille Panza, concepteur et metteur en scène, a imaginé des séances de vingt minutes, accessibles dès 8 ans. Et l’entrée est gratuite dans la petite salle du Théâtre des Gémeaux, à Sceaux. Cet impressionnant moment de sons et de lumières est ouvert, avec deux séances de vingt minutes par jour, pendant toute la 26e édition de Marto, le festival de marionnettes et d’objets détournés. Jusqu’au 29 mars dans les Hauts-de-Seine, pas moins de dix-huit spectacles sont ainsi à l’affiche, dont plusieurs créations. Des spectacles, aussi et souvent, destinés à un public adulte.

Ainsi, la compagnie Morbus Théâtre propose avec Sillages une aventure singulière aux limites des possibilités humaines. Guillaume Lecamus met en scène un texte de Faustine Noguès, avec sur le plateau la comédienne Sabrina Manach, la danseuse Cécilia Proteau et le marionnettiste Cand Picaud. Le texte s’inspire des prouesses de l’Américaine Steph Davis, l’une des meilleures grimpeuses à mains nues sur les parois les plus difficiles d’accès. Avec cette « escalade libre », sans protection aucune, le danger est de tous les instants. Effroi garanti. Le Morbus Théâtre, créé en 2001, a pour principe, dans chacun de ses spectacles, de placer « l’humain face à la brutalité du monde ». En 2021, il a décortiqué l’endurance d’un coureur cycliste dans 54 x 13, l’année suivante 2 h 32 suivait l’engagement physique d’une marathonienne poussée au maximum de ses capacités humaines.

Marionnettistes venus d’Ukraine

Autre incontournable de la scène internationale cette année, Mons la girafe, un conte pour la paix proposé par l’Académie de théâtre de marionnettes de Kharkiv, en Ukraine. Les cinq jeunes comédiens marionnettistes, en tournée en France jusqu’au 8 avril, racontent comment une girafe blessée lors du bombardement russe du 24 février 2022 (premier jour de l’invasion de l’Ukraine) devient amie avec le docteur venu la soigner. « Il n’est pas facile pour les artistes ukrainiens de sortir de leur pays en guerre », soulignent les organisateurs du festival Marto, « c’est l’occasion de leur témoigner notre solidarité ». Le texte, en français surtitré, est d’Oleg Mykhaylov et la mise en scène d’Oksana Dmitrieva.

C’est un autre univers que propose Yngvild Aspeli avec Trust Me for a While, la dernière création de la marionnettiste et metteuse en scène norvégienne, née dans le petit village de Hamar en 1983. On se souvient par exemple de son impressionnant Dracula Lucy’s Dream, inspiré de l’œuvre de Bram Stoker. Cette fois, il s’agit « d’une histoire d’amour tendre mais tragique mettant en scène un magicien raté et un personnage possédé armé d’un couteau ». Pour la première fois, Yngvild Aspeli introduit un personnage ventriloque dans une histoire loufoque. « Je veux utiliser la marionnette comme support pour l’inconnu et l’innommable », ajoute la fondatrice de la compagnie Plexus polaire, en rapport au terme qui désigne en médecine la zone de la poitrine jouant le premier rôle dans la gestion du stress. Gérald Rossi

Festival Marto : du 13 au 29/03, dans dix lieux des Hauts-de-Seine. Pour en savoir plus et réserver : festivalmarto.com

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Quichotte, à perdre raison

Au théâtre Gérard Philipe, à Saint-Denis (93), l’auteure et metteure en scène Elsa Granat présente Papy Quichotte. Une pièce qui aborde la question de la vieillesse et de la maladie neurologique : avec humour, c’est toute une famille qui résiste.

Quelque chose ne tourne pas rond dans la famille, plus précisément dans la tête fatiguée de Papy. Le dossier médical évoque une affection neurodégénérative. La famille entre en résistance. Le grand-père n’ira pas en EHPAD. Papy Quichotte, sa dernière pièce qu’Elsa Granat met en scène avec Laure Grisinger, s’adresse à tous et principalement au public adolescent. Sacha (Maëlys Certenais) est en CE 2. Elle dit « ça sent le renfermé chez moi ». Pourtant, son père (Antoine Chicaud), plutôt individualiste, tente de s’aérer le corps et l’esprit en se noyant dans la pratique sportive. Et la mère (Esther Lefranc) finit par plonger la tête dans les fleurs du vase… L’autrice a choisi la veine humoristique, cela fonctionne très bien. La compagnie Tout un ciel confirme « travailler un théâtre qui relie les publics entre eux et les questions humaines entre elles ».

C’est dans la maison familiale que se déroule toute l’action. La scénographie de James Brandily le permet avec aisance, c’est là que Papy peut gentiment délirer. Certes, il perd la boule, par moments, et même souvent. Sagement, il lit Miguel de Cervantes, et plus précisément le roman le plus célèbre de l’écrivain espagnol, publié en 1605, L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, communément appelé Don Quichotte. Papy, joliment interprété par Dominique Parent file au salon pourfendre les moulins à vent qu’il prend pour des géants guidés par des magiciens maléfiques. Géants qui ne sont ici qu’un ventilateur. Toute la famille se prend au jeu, enfile cotes de mailles et s’harnache d’accessoires. Le cheval Rossinante n’est pas loin, des oiseaux animés par Geraldine Zanlonghi passent dans le ciel, ajoutant une note de poésie en un temps qui regarde la vieillesse avec une bienveillance apaisante. Gérald Rossi, photos Christophe Raynaud de Lage

Papy Quichotte, Elsa Granat : Du 11 au 14/03. Théâtre Gérard Philipe, 59 boulevard Jules-Guesde, 93200 Saint-Denis. Du 26 au 28/03, au Théâtre des Îlets – CDN de Montluçon.

Don Quichotte, Histoire de fou-histoire d’en rire : jusqu’au 30/03, une superbe exposition au Mucem de Marseille (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, 7 promenade Robert Laffont, esplanade du J4, 13002 Marseille. Rens. : 04.84.35.3.13).

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Femmes et drogues

Sur la scène de la Criée, à Marseille (13), Maurin Ollès présente Hautes perchées. La pièce interroge la prise en charge des usagères de drogues par les institutions de santé, de justice et de recherche. Un spectacle qui mêle théâtre, musique et humour : très fort !

Le metteur en scène Maurin Ollès, à la tête de la compagnie La Crapule, aime questionner les marginalités – jeunes délinquants, personnes autistes… – et le fonctionnement des institutions publiques à leur égard. Nouvel angle pour sa pièce de théâtre Hautes perchées : les addictions conjuguées au féminin. « Où sont les femmes usagères de drogues ? Elles sont minoritaires dans les lieux de soins : on compte environ une femme pour cinq hommes, en France. Consomment-elles réellement moins ? Quels obstacles rencontrent-elles ? » Telles furent les questions à l’origine de sa dernière création.

Avec son équipe artistique, il est allé à la rencontre des différents acteurs travaillant sur la problématique pour mieux rendre compte de sa complexité. Le sujet est sérieux. Le spectacle le traite avec intelligence et sous bien des angles autour de quatre personnages féminins principaux : Marie-Fleur, consommatrice de drogue (incarnée par Mélissa Zehner), Zouzou, directrice d’une structure de soins (Émilie Incerti-Formentini), Mona, juge de l’application des peines (Clara Bonnet) et Astrid, chercheuse sur les questions de drogues (Mathilde Edith Mennetrier). Aux côtés des comédiennes qui jouent plusieurs rôles, un trio de musiciens-acteurs. Plus de deux heures durant, les séquences s’enchaînent, entrecoupées de musiques et de chansons.

« J’ai pris que des acides. »/« Y a deux frizzy pazzy, un goût pêche, un goût citron »… Quatre gamines, dont Marie-Fleur, se lancent des défis à coup de bonbons dans l’arrière-salle d’une église. Elles se placent ensuite derrière le curé qui prêche contre les addictions, concluant par un « laisse-toi aimer », repris en chœur alors qu’une musique techno s’amplifie et que l’église se transforme en boîte de nuit. Le coup d’envoi donne le la : la question de l’usage des drogues peut être traitée avec humour et en musique. Maintenant, place au tribunal où comparaît Marie-Fleur pour avoir agressé un client dans un bar et les policiers dépêchés sur place. La présidente lui rappelle ses écarts passés : état d’ivresse et consommation de stupéfiants.

Rappels à l’ordre et prise en charge

Elle la condamne à six mois de prison qui seront aménagés par un juge de l’application des peines (Jap). Ce sera Mona qui vient de flirter avec Astrid, chercheuse. On retrouve cette dernière en train de livrer en visio-conférence un cours sur la législation anti-drogue et sur la prévention, citant le sociologue Howard Becker. L’exposé est fouillé, plongeant le spectateur au cœur du sujet. Elle conclue par la politique de réduction des risques (la RDR) qui entend « accompagner les personnes dans leurs vies, dans leurs usages plutôt que de les punir ». Et d’informer les étudiants sur l’ouverture prochaine dans la ville d’une salle de consommation à moindre risques, une HSA : Halte Soin Addiction, improprement appelée « salle de shoot ».

Au Caarud (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques), Zouzou explique à Elie qui débute au travail, les missions du lieu : distribuer des seringues propres, organiser des activités, parfois exclusivement réservées aux femmes, « sinon elles viennent jamais. En vérité, elles viennent surtout pour se reposer, la plupart sont à la rue, elles ne peuvent jamais dormir tranquille ». Sacrément impliquée, la directrice du centre mâchonne des Nicorettes qui la rendent nerveuse. Dans le bureau de Mona, ce sont les condamnés pour usage de stupéfiants qui se succèdent. La Jap tente d’aménager au mieux leurs peines en écoutant leurs parcours. Le soir, elle se pinte au vin blanc pour ne plus penser aux gens cabossés dont elle a la charge. Les drogues légales provoquent aussi des addictions… La pièce se termine en musique, en fanfare ! Elle nous aura fort surpris, bien divertis et sacrément instruits. Amélie Meffre, photos Christophe Raynaud de Lage

Hautes perchées, Maurin Ollès : Du 10 au 13/03, la Criée-CDN de Marseille. Du 02 au 05/06, la Comédie, CDN de Reims. 

La France à la traîne

Depuis de nombreuses années, associations et collectifs se battent à Marseille pour l’ouverture d’une Halte Soin Addiction. Il n’en existe que deux en France (Strasbourgs et Paris) quand la ville de Berlin en compte sept, celle d’Hambourg, quatre. Alors que l’ouverture du lieu marseillais semblait imminente, l’État a récemment fait machine arrière. Divers rapports, pourtant, attestent de son utilité : réduction des risques de contamination par le HIV et l’hépatite C, d’overdose et d’hospitalisation. En d’autres termes, la prévention est bien plus efficace que la répression en matière d’addiction.

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Donne-moi la main, maman…

Sous l’égide du théâtre Durance (04), Florian Pâque propose Dans le silence des paumes. Le portrait d’une mère de famille dont les années de labeur ont usé le corps, surtout les mains. Un hommage à toutes ces femmes qui ont consacré leur vie à l’avenir de leur progéniture.

Deux-trois tables basses avec leurs jolies lampes de chevet, tout autour des chaises éparpillées dans le salon, dans un coin un imposant fauteuil d’un vert criard… L’ambiance est calme, détendue, les invités s’installent avec curiosité. Plongée dans une intimité sereine, quelques places demeurent libres, réservées probablement aux hôtes des lieux !

Maman, pourquoi que tu me donnes jamais la main ?

Je suis resté sans réponse jusqu’au jour de sa mort. C’est au creux de ses paumes que j’ai entendu l’histoire qu’elle tentait de me cacher

La lumière se fait plus discrète en cet appartement où nous accueillent les trois enfants devenus grands : une fête, un anniversaire, un deuil ? Nul ne sait le motif des retrouvailles, ils sont bien là en tout cas, s’adressant à l’absente, l’inconnue, la distante qui ne leur a jamais donné la main : la mère, dont ils vont nous narrer l’existence, brisant les non-dits et le silence des paumes. En direct ou descendue des cintres en off, à tour de rôle leur voix va décrire leur colère et frustration, d’abord, devant cette génitrice qui n’a jamais daigné poser ce geste de tendresse, prendre son enfant par la main, au contraire de toutes les mamans venues conduire ou rechercher leur progéniture à l’école. Incompréhension, désillusion devant ce fauteuil toujours vide…

« Nous sommes restés sans réponse jusqu’au soir de sa vie », témoignent fille et garçons avec une certaine pointe d’amertume. Jusqu’à ce jour, où là devant nous, spectateurs captifs d’une histoire prégnante et embuée d’émotion, « dans ce salon sans souvenirs, nous avons glissé notre visage dans les mains de notre mère »… Des mains crevassées, usées par le travail, parcheminées par le quotidien ménager, honteuses et indignes à caresser de peur de blesser, surtout d’être rejetées et remisées au rang d’intouchables ! Au passage à la vie d’adulte pour les trois protagonistes, au soir de la vieillesse pour l’absente dont la présence se fait de plus en plus vivifiante au creux du vert fauteuil, la tristesse fait place à la tendresse, le rejet à l’amour filial.

Les flacons de produits d’entretien deviennent lumières d’espoir et de reconnaissance à toutes ces femmes dont la vie exemplaire demeure reléguée dans l’anonymat le plus mortifère. Pourtant héroïnes jour après jour pour que l’enfant grandisse et s’épanouisse, leurs mains toujours disponibles pour servir et protéger. Du théâtre hors les murs, au plus près du public qui communie à la respiration des trois comédiens, un texte et une mise en scène de Florian Pâque qui transpire de poésie et de sensibilité. Un vibrant hommage à ces oubliées de l’histoire, mères et travailleuses contraintes à la double peine, usine – bureau/maison, chevalières de l’amour silencieux. Yonnel Liégeois, photos Narjesse Medjahed

Dans le silence des paumes, Florian Pâque : le 06/03, à 19h. Le théâtre Durance, Scène nationale Les Lauzières, 04160 Château-Arnoux-Saint-Auban (Tél. : 04.92.64.27.34). Du 26 au 28/03 au Maïf Social Club, 37 rue de Turenne, 75003 Paris (Tél. : 01.44.92.50.90). Le texte (72 p., 12€) est disponible aux Éditions Lansman.

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Ionesco, la mortelle leçon

Au théâtre du Bois de l’Aune d’Aix-en-Provence (13), Robin Renucci présente La leçon. La célèbre pièce de Ionesco, sous couvert d’humour, se révèle une démoniaque et macabre entreprise. De l’usage du savoir comme outil de domination aux violences faites aux femmes, une magistrale et convaincante adaptation.

Sur l’immense scène de la Criée, le théâtre national de Marseille où fut créée la pièce, dont les projecteurs réduisent à bon escient la focale, le sol tapissé d’un antique tableau d’école noirci à la craie blanche, trônent moult mobiles colorés : trapèze, rectangle, cube, carré… Normal, nous sommes dans le salon du professeur, qui a élevé les mathématiques au rang de science parfaite et absolue ! Celle qui permet de tout mesurer, contrôler et calculer, de la multiplication la plus complexe jusqu’à l’acte le plus abject.

Quelques coups de sonnette insistants, enfin la porte s’ouvre, la demoiselle se présente pour sa Leçon. Sportive et guillerette la jeune fille, ravie de rencontrer pour quelques cours particuliers ce nouveau professeur, d’un âge avancé certes mais dont la notoriété est bien établie. La bonne ayant débarrassé le plancher (au propre, comme au figuré…), l’éminente tête chercheuse s’avance. Fière, altière, raide comme une barre d’équation, sûre de son algorithme… Aux propos mielleux aussi, convaincants et rassurants. Jusqu’à ce que le dialogue déraille, l’élève s’essouffle et s’épuise, son corps devenu souffre-douleur à la parole autoritaire et dominatrice du maître, jusqu’au geste fatal, le quarantième de la journée qui n’étonne plus la bonne de retour pour faire bon ménage. L’ambiance, glaciale et terrifiante, s’est propagée insidieuse, masquée par l’humour de la pièce quasi omniprésent et l’absurdité de réparties fourbies de non-sens.

Avant les bonimenteurs contemporains, avant MeToo, dès les années 50 Ionesco, le fieffé roumain, joue cartes sur table : libérateur, le langage peut aussi devenir outil d’asservissement, conciliante, la figure masculine peut aussi devenir instrument de prédation. Sous des apparences trompeuses, violence des mots et violence des actes dont la femme, le faible, l’esprit confiant ou innocent deviennent goûteuses victimes… Sobre, efficace, une mise en scène calculée au cordeau, où la noirceur de l’intrigue fait obstacle aux couleurs du plateau, un trio d’acteurs à la belle prestance : Inès Valarcher en joyeuse élève qui se livre au pas de gymnastique, Christine Pignet en bonne affairée et regard complice, Robin Renucci en maître despote et redoutable assassin. Une leçon d’une riche modernité, à ne jamais oublier. Yonnel Liégeois, photos Vincent Beaume

La leçon, Robin Renucci : Les 03 et 04/03  au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence. Le 05/03 au Théâtre d’Arles. Le 08/03 au Scène et Ciné, Istres. Le 10/03 au  Théâtre du Chêne Noir, Avignon. les 12 et 13/03 au  Théâtre des Trois Ponts, Castelnaudary. Le 17/03 au Théâtre Olympe de Gouges, Montauban. Le 19/03 au Théâtre Ducourneau, Agen. Le 24/03 à La Halle aux Grains, Bayeux. Le 31/03 au Préau, CDN de Vire. Le 02/04 au Théâtre municipal de Domfront. Les 07 et 08/04 à Châteauvallon- Liberté. Du 09 au 11/04 au Théâtre national de Nice.

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Au fond du couloir, le noir

Au théâtre Hébertot, Charles Tordjman présente Dans le couloir. Une pièce de Jean-Claude Grumberg servie par deux fabuleux interprètes, Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo. Le fils de retour à la maison, l’étrange dialogue entre père et mère octogénaires. Déroutant, poignant.

L’un en charentaises et pantalon à bretelles, l’autre en robe colorée et canne à la main… Lui est un ancien juge à la retraite pour qui droit et rigueur vont de pair, elle une inconditionnelle de la soupe au potiron, l’un et l’autre se sont probablement aimés il y a longtemps, demeure un fond de tendresse épicé de sautes d’humeur et répliques parfois cinglantes. Surtout que le fils, d’un âge avancé et « aux cheveux blancs », est de retour à la maison, cloîtré dans sa chambre d’enfant au fond du Couloir. Qui ne dit mot, n’en sort jamais, la vieille et le vieux l’oreille collée à la porte, inquiets et dubitatifs.

Il est donc revenu, l’enfant prodigue qui n’est plus un gamin. Pourquoi et depuis combien de temps : quelques jours, plusieurs semaines ou des années ? Nous ne le saurons jamais, nous ne l’entendrons ni le verrons jamais. Le dialogue s’éternise entre les parents. Qui se disputent, « mais parle-lui donc ! Mais non, toi », l’un frappe à la porte, l’autre y dépose le bol de soupe… Sans réponse, le silence. L’inquiétude unit le vieux couple, envahit le plateau. De querelles en chamailleries à l’évocation d’une vie commune plus terne qu’épanouissante, l’humour fait place à l’angoisse. Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo sont fabuleux de naturel en cet univers clos, cernés voire emprisonnés entre les hauts murs du couloir qui ferment l’angle sur la porte du fond. La mère balance entre irritation et humour lorsqu’elle débranche son appareil auditif pour ne plus rien entendre, le père entre reproches et regrets dans un long monologue chargé d’émotions.

L’écriture finement ciselée de Jean-Claude Grumberg fourbie de non-dits jusqu’à l’évocation de la tragédie finale, Charles Tordjman l’enrobe d’un puissant et envoûtant suspense. Comme à l’accoutumée, fidèle serviteur du dramaturge qu’il retrouve pour la sixième fois (L’être ou pas, Vers toi terre promise, La plus précieuse des marchandises…), une mise en scène sans fioritures, sensible au moindre mouvement où seules l’intonation, la force du verbe et la qualité d’interprétation importent. Fort de ce nouveau Godot que l’on attend encore et toujours, du théâtre cru et nu, de cour à jardin la beauté d’une parole vraie aux couleurs changeantes. Magistral, déroutant, poignant. Yonnel Liégeois, photos Bernard Richebé

Dans le couloir, Jean-Claude Grumberg et Charles Tordjman : du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30. Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris (Tél. : 01.43.87.23.23).

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Les héros de la petite reine

Au théâtre de la Concorde, à Paris, Jacques Vincey présente Forcenés. Seul en selle et à coups de pédale, Léo Gardy raconte l’épopée du cyclisme. L’adaptation à la scène des chroniques sportives de Philippe Bordas. Une prose héroïque à la Céline, aux accents de tragédie classique.

« Le cyclisme prend la mesure du monde dans ses excès. Il exige démesure de l’homme, une tension complète qui touche aux organes et au cerveau. C’est le lieu infernal du maximalisme », avertit Philippe Bordas, dans Forcenés. D’Anquetil à Hinault, c’est la geste du cyclisme que relate l’auteur, qui fut le chroniqueur sportif à L’Équipe (1984-1989) avant de devenir photographe en Afrique, d’où son sens de l’image et de la formule. Jacques Vincey, adepte lui aussi de la petite reine, découvre, grâce à une émission de radio, ce texte dont la qualité littéraire le frappe. Il l’adapte pour l’un des jeunes comédiens avec lequel il travaille. Léo Gardy, passionné de vélo, relève le défi et enfourche sa bécane pour un solo d’une heure quinze. Le metteur en scène a puisé à sa guise dans les chroniques fragmentaires qui composent l’opus de Philippe Bordas, portraits enflammés, dans une prose héroïque à la Céline, à la lisière de la poésie. Il y a des accents de tragédie classique dans son vocabulaire, et de l’alexandrin dans ses phrases.

Un comédien en mouvement

À cheval sur son destrier mécanique (un home trainer), il pédale sans relâche tandis que sur l’écran, derrière lui, défilent les paysages et des films d’actualité. Un dialogue constant s’établit entre le comédien en action, son texte et ces archives en noir et blanc puis, au fil du temps, en couleurs. Il n’est pas seul dans sa course : gros plans de cyclistes, maelstrom des pelotons, supporteurs en délire l’accompagnent, ainsi qu’une bande son qui fait entendre son souffle et les cliquetis du pédalier, comme s’il roulait lui-même sur la route dans des courses mémorables, en particulier le Tour de France, ou le Paris-Roubaix dit l’Enfer du Nord. Pour commencer, on voit Anquetil, « sang de reptile » et légèreté d’oiseau, « un blondin sans passé (… ) qui enroule un braquet sans exemple ». Et son exploit inouï, enchainer sans dormir le Critérium du Dauphiné Libéré avec un Paris-Bordeaux : « une Iliade suivie d’une Odyssée » dont on suit les étapes, sa lutte contre la douleur, ses moments de découragement, jusqu’à la victoire au Parc-des -Princes, avec 2 600 kilomètres dans les jambes, sous les vivats de la foule.

Raymond Poulidor le chouchou des Français, qui le talonne en éternel second, est, lui, à peine cité. Il y a aussi les grimpeurs célèbres, du temps où les dérailleurs étaient interdits. On reconnait « le roi de la montagne », René Pottier, à son calot blanc de pâtissier, Gino Bartali. Il y a son challenger acharné, le campionissimo Fausto Coppi « géant maigre ayant fui le salariat du lumpen milanais », vainqueur du Tour d’Italie en 1936, puis entré dans la Résistance contre Mussolini. « Son style tient du récitatif et illustre le théorème sur l’énergie mécanique de Rerverdy : “La vie est grave, il faut gravir“ »… D’autres suivront le chemin de la gloire : Robic «  un Iago nabot (…) pantin hydrocéphale (…) vilain », de 1947 jusqu’à la fin des années 1950. Et l’incandescent Charly Gaul qui bat le record du Ventoux. Il faudra attendre 40 ans et les progrès mécaniques pour qu’il soit égalé. De destinée en destinée plus ou moins rocambolesque, immergé dans la course des autres, dirigé au cordeau par Jacques Vincey, Léo Gardy fait entendre avec aisance l’ode de l’auteur à ces forcenés du bitume.

Grandeur et décadence

Cet exercice d’admiration pour ces hommes qui ont sculpté notre imaginaire collectif ne va pas sans questions. « Le cyclisme, à l’instar de la tragédie antique et de l’épopée, est un genre aujourd’hui disparu ». La légende dorée du cyclisme n’aura duré qu’un siècle. Pour sombrer dans le spectaculaire, être pervertie par le dopage, l’appât du gain et le mercantilisme dans un monde faussé par la pollution, la génétique et la pharmacopée bio-énergique. Le sport a ses martyrs, ceux qui ont visé trop haut, trop grand comme le « pirate » Marco Pantani, victime d’une overdose de cocaïne : « Combien d’hommes sombrent dans une tristesse torride en cherchant à rattraper leur rêve », écrivait avant sa mort cet enfant pauvre, vainqueur des Tours de France et d’Italie entre 1994 et 2003. Il faut dire que la plupart de ces champions ne sont pas nés avec une cuillère d’argent dans la bouche. « Ces aristos du populo », selon Philippe Audiard, sont arrivés à la force du mollet.

Le spectacle convoque un monde perdu, un monde artisanal d’avant les diffusions télévisées mondiales. Il interroge l’ivresse de l’extrême qui pousse les corps à des exploits surhumains. Car le cyclisme est fait de démesure. On voit sur l’écran un vélo défier un cheval au galop. À l’instar des pratiques extrêmes d’aujourd’hui, aux consonances anglo-saxonnes (ultra trail, ultra cycling, iron man…), les champions de la petite reine cherchent l’extase kinesthésique, « l’émotion esthétique de la vitesse dans le soleil et la lumière » d’un Alfred Jarry, les « illuminations profanes » d’un Walter Benjamin. Sur scène, Léo Gardy réalise le rêve auquel il renonça pour des raisons de santé : devenir un professionnel du cyclisme. Il allie ici ses deux passions en faisant vibrer la prose de Philippe Bordas tout en alignant 24 kilomètres chrono dans la soirée. Au sortir du spectacle, il nous reste à enfourcher une bicyclette ou à nous plonger, par défaut, dans les romans de Philippe Bordas. Mireille Davidovici, photos Christophe Raynaud de Lage

Forcenés, Jacques Vincey : jusqu’au 28/02, à 20h. Théâtre de la Concorde, 1-3 avenue Gabriel, 75008 Paris (Tél. : 01.71.27.97.17). En juillet 2026, au festival d’Avignon. Le recueil de Philippe Bordas est disponible aux éditions Gallimard (Folio, 352 p., 9€20).

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Khemiri et Rauck, égaux et frères

Aux Amandiers de Nanterre (92), Christophe Rauck présente Presque égal, presque frère. Deux textes du suédois Jonas Hassen Khemiri, rassemblés en une seule partition. De l’humour d’un système économique qu’il dénonce à la noirceur d’un racisme ambiant qu’il démasque, un spectacle d’une rare puissance.

« SVP, une petite pièce pour que je puisse aller voir ma sœur à l’hôpital »… C’est ainsi que Peter, le sdf qui ne sent pas très bon, interpelle les passants. Que personne ne croit, surtout pas Andrej, nouvellement diplômé en Sciences éco et à la recherche d’un emploi à hauteur de sa qualification ! Qui finira, comme les autres, de petits boulots en petits boulots. Presque égal, presque frère met en branle une machine infernale, dont l’humour ne peut masquer la noirceur d’un système économique et social dont bon nombre d’auteurs ont déjà analysé avec pertinence les rouages mortifères. Sauf qu’ici Christophe Rauck ne nous propose pas un cours d’économie appliquée, mais trois heures d’un spectacle d’une rare puissance. Projections vidéo, incursions dans les gradins, téléphones portables mis à contribution, lumières judicieusement tamisées : tout au service du texte et du jeu des acteurs !

Pour l’heure cernés par les spectateurs, ils sont neuf comédiens encagés dans un ingénieux dispositif bifrontal. Qui disposent ainsi d’une grande liberté pour plonger, d’un bout à l’autre de ce vaste espace presque nu de décor, dans cette hypothétique chasse à l’emploi et respect de leur dignité ! L’un vacataire à l’université dont l’embauche ferme et définitive se révélera funeste mirage, l’autre employée dans un bureau de tabac alors qu’elle rêve de fonder une ferme bio, une autre encore licenciée qui poussera sa remplaçante sous les roues d’une voiture pour récupérer son boulot, un dernier hautement diplômé auquel l’agence pour l’emploi ne propose que des postes sous qualifiés… Loin d’une banale illustration du quotidien, entre destins brisés et amours contrariés, nous rions tout autant que nous tremblons lors de cette originale dénonciation d’un système économique carnassier et de cette atmosphère raciste clairement éprouvée ! Grâce à une mise en espace fluide et colorée, grâce à une troupe de comédiens excellemment convaincants !

« Tout comme Frankenstein, l’économie est un monstre », déclarait en 2019 Laurent Vacher, lors de la création de Presque égal à sur les planches de l’Espace Bernard-Marie Koltès de Metz. « Presque égal à parle du système économique, du mérite, de la réussite », commente pour sa part Christophe Rauck, « J’appelle mes frères aborde le rapport à l’autre, la suspicion ». D’où l’idée fort pertinente du directeur des Amandiers à proposer les deux textes dans un même acte créateur, l’un et l’autre questionnant « un monde libéral qui nous fait croire que tout est possible alors qu’en réalité il nous éloigne les uns des autres, empêche l’émergence d’un projet commun, fragmente la société en une multitude d’identités ». Sous couvert de mise en voix de théories économiques abracadabrantesques, sous couvert de traumatismes liés aux attentats terroristes, entre fracture sociale et racisme ambiant, Jonas Hassen Khemiri s’impose comme un maître de l’intrigue.

Un auteur encore trop méconnu en France, pourtant considéré en Suède comme l’un des plus importants de sa génération, une œuvre récompensée déjà par de nombreux prix. Romancier aussi, lauréat du prix August (l’équivalent du prix Goncourt en terre hexagonale) pour Tout ce dont je ne me souviens pas paru chez Actes Sud…  Presque égal, presque frère ? D’un mouvement l’autre, du canapé où croupit le désœuvrement à l’automobile sciemment piégée, au final se marient en finesse sur le plateau humour et plaisir du jeu, grands moments d’émotion et de tension, décryptage d’un système économique nauséeux et forte interpellation sociétale. Une ultime recommandation si vous croisez Peter en chemin lors de votre venue à Nanterre, n’oubliez surtout pas de lui refiler une petite pièce : il souhaite vraiment aller voir sa sœur à l’hôpital ! Yonnel Liégeois, photos Géraldine Aresteanu

Presque égal, presque frère, Christophe Rauck : jusqu’au 21/02, du mercredi au vendredi à 19h30, le samedi à 18h et le dimanche à 15h. Théâtre Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, 92000 Nanterre (Tél. : 06.07.14.81.40 ou 06.07.14.47.83).

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