Archives de Tag: Chanson

Quand le PIB prend l’ascenseur, Avignon 2019

Si le Off du festival d’Avignon 2019 tire sa révérence le 28 juillet, il est encore temps d’aller applaudir quelques pépites : Paysage intérieur brut à Présence Pasteur et J’arriverai par l’ascenseur de 22h43 au Théâtre Arto. Sans oublier une ultime sélection de spectacles.

Le PIB de Marie Dilasser n’est pas l’indicateur économique mesurant la production de richesse d’un pays, le produit intérieur brut ou, s’il l’est, c’est au travers de ce qu’elle nous en propose dans son Paysage Intérieur Brut à Présence Pasteur. Un titre d’une particulière justesse et très éclairant, puisqu’il est effectivement question de paysage (une thématique que l’on retrouve dans toute son œuvre et qui fait également allusion à sa manière d’écrire « là où elle vit », en Bretagne), de monologues intérieurs qui isolent les personnages évoqués. Quant à la brutalité, ou plutôt la radicalité, elle est plus qu’évidente, mêlée ici à une sorte d’humour noir ravageur. Cela donne dans PIB, une commande de Roland Fichet et de son Théâtre de Folle Pensée à

Saint-Brieuc dans le cadre d’une série de Portraits avec paysage, un texte étonnant.

Portrait d’une certaine Bernadette, effectivement, mais aussi évocation des personnes de son entourage : mère qui aime à vagabonder la nuit sur les routes, mari éleveur et expérimentateur de génétique bovine, et même son chien très affectueux, Rumex, chacun prenant la parole l’un après l’autre dans des monologues au bord du délire. Un délire et des hallucinations activés par la prise de Lexomil de l’intéressée qui sort d’un petit séjour à l’hôpital psychiatrique… Tout un monde de la ruralité est là, « plus vrai que nature », si on ose dire. Avec ces gens dont Marie Dilasser a saisi des traits de caractère après les avoir rencontrés, ici et là. Dans l’étroit espace d’une salle de classe, la figure de Bernadette et de ceux qu’elle évoque sont pris en charge avec une belle assurance par Line Wiblé, qui passe avec beaucoup de délicatesse d’un personnage à l’autre, d’un registre à l’autre, du paysan au chien, du chien à la mamie, avant de redevenir une Bernadette écorchée vive. C’est Blandine Pélissier qui est à la barre et mène la barque dans le décor forcément minimaliste, mais bien géré de So Beau-Blache. « Quatre planches et pas grand-chose » : tout l’art du théâtre, aurait dit Roger Vitrac !

Avec juste le temps de quitter la ferme et de ne pas rater au Théâtre Arto celui qui l’a promis : J’arriverai par l’ascenseur de 22 h 43 ! Et d’espérer illico que l’auteur et interprète Philippe Soltermann (l’un et l’autre, d’aussi belle facture) ne nous tienne pas rigueur si nous lui avouons ne pas être un inconditionnel de Hubert-Félix Thiéfaine puisque, paraît-il, son spectacle est « une chronique d’un fan » du chanteur, lui en l’occurrence… Cette « chronique » d’ailleurs n’intervient que comme sous-titre, le titre principal étant de beaucoup plus intéressant. Dans l’attente de cette bienheureuse heure, à savoir 22h43, le comédien a le bon goût de nous entretenir, de Thiéfaine donc, mais pas que. Et c’est heureux, car il nous embarque dans les méandres d’une pensée (et d’une vie) vagabonde, guidé par le très subtil Lorenzo Malaguerra qui fait mine de lui laisser la bride sur le cou mais qui, en

réalité, l’emmène dans des endroits pour le moins obscurs et improbables.

C’est d’une drôlerie et d’une force incroyables pour peu que l’on y prête attention. C’est que le comédien a du bagout, passant sans coup férir d’un registre à l’autre, d’un délire à l’autre, a-t-on envie d’ajouter. Bien sûr, le spectacle a un côté presque documentaire, nous présentant les affres et autres tourments d’un aficionado d’un « grand » chanteur, mais il y a bien d’autres choses dans cette confession, c’en est véritablement une. Un regard sur le monde et la vie sans doute. Interprété, vécu par Philippe Solterman, cela prend des allures d’une véritable épopée, le tout livré avec une maîtrise de tous les instants. Attendons donc l’ascenseur de 22 h 43, après le train de 8 h 47 de Courteline… Jean-Pierre Han

À voir aussi :

– Chacun sa famille ! : Laurent Viel et Enzo-Enzo, Théâtre le Casteban. Sur des chansons originales de Pascal Mathieu et Romain Didier (le poète-parolier du regretté Allain Leprest), accompagnés à la guitare par Thierry Garcia, les deux interprètes s’en donnent à cœur joie. Au menu, la famille orchestrée sous tous les angles… Un spectacle musical à l’humour corrosif, mordant et émouvant.

– Les Chatouilles ou La danse de la colère : Un texte d’Andréa Bescond, mis en scène par Éric Métayer, Théâtre du Chêne Noir. L’histoire d’Odette, une petite fille dont l’enfance a été volée par un « ami de la famille ». Avec Déborah Moreau, magistrale, pour brandir le flambeau de cette ode à la vie.

– La Machine de Turing : Un texte de Benoit Solès, mis en scène par Tristan Petitgirard, Théâtre Actuel. L’incroyable destin d’Alan Turing, père de l’informatique moderne et mathématicien de génie. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il a brisé le code secret de la machine Enigma, le système de cryptage réputé inviolable de l’armée allemande. Poursuivi et condamné ensuite par la justice pour son homosexualité, il se suicide en 1954.

– Les Filles aux mains jaunes : Une pièce de Michel Bellier, mise en scène de Johanna Boyé, Théâtre Actuel. Dans les usines d’armement, les femmes remplacent les hommes partis à la guerre de 14-18. Face à des conditions de travail déplorables, aux injustices salariales, quatre femmes solidaires ! Combatives et révoltées, libertaires et féministes avant l’heure… Une histoire d’émancipation, toujours d’actualité, pour conquérir l’égalité homme-femme. Au travail comme au foyer.

– Le Syndrome du banc de touche : Texte et jeu Léa Girardet, mise en scène de Julie Bertin, Théâtre du Train bleu. Une mise en perspective ludique entre Lionel Charbonnier, l’ancien joueur d’Auxerre et gardien remplaçant des Bleus en 1998, et une comédienne en mal de reconnaissance ! L’une et l’autre, seconds couteaux dans leur aire de jeu, mal aimés des planches ou des vestiaires mais animés d’une sacrée envie de gagner… Décalé et plein d’humour, un spectacle qui touche au but.

Yonnel Liégeois

Poster un commentaire

Classé dans Les frictions de JP, Rideau rouge

Latifa et la dignité humaine, Avignon 2019

Jusqu’au 26 juillet, se donne au 11*Gilgamesh Belleville Le Rouge éternel des coquelicots de François Cervantès. Avec Catherine Germain, dans une mise en scène de l’auteur. Sans oublier Melle Camille Claudel à l’Atelier florentin, Santa Muerte à LaScierie et Dimey Père&Fille au Cabestan.

Les quartiers Nord de Marseille, François Cervantès les connaît plutôt bien. Pas loin de la Scène nationale du Merlan avec laquelle il a une relation privilégiée, c’est là qu’il a rencontré Latifa Tir qui tenait un snack-bar, juste avant que celui-ci ne soit démoli comme le reste du quartier, l’héroïne du Rouge éternel des coquelicots. Il a beaucoup échangé avec cette femme dont les parents sont arrivés à Marseille dans les années cinquante au moment même où justement les quartiers Nord commençaient à être construits. Latifa Tir lui a donc raconté à sa manière son roman familial, avec notamment la généreuse

figure de son père qui, après maintes péripéties, a créé et géré le snack.

L’histoire de cette femme est étonnante et forte, elle nourrissait déjà l’Épopée du grand Nord que l’auteur-metteur en scène présenta en 2017 au Merlan. Quinze personnes, amateurs issus du quartier et professionnels mêlés, évoquaient la vie du lieu. Catherine Germain faisait partie de l’aventure dans laquelle elle interprétait le personnage de Latifa. Les deux femmes se sont donc rencontrées à cette occasion, ont noué des liens qui n’ont pas échappé à François Cervantès qui a donc décidé de faire spectacle de ce moment particulier entre les deux femmes, Latifa acceptant d’apparaître sous les traits de la comédienne. Voici aujourd’hui ce spectacle, deuxième épisode de l’Épopée du grand Nord, dans lequel est évoquée avec précision la lutte des habitants et de Latifa pour sauvegarder son instrument de travail, ou accepter son expulsion dans des conditions décentes.

Le résultat est une totale réussite, parce que François Cervantès ne s’est pas borné à se documenter auprès de Latifa et à retranscrire son histoire telle quelle. Il y a là un véritable travail d’écriture. Cervantès, il n’est pas inutile de le rappeler, est l’auteur de très nombreux textes. Il possède dans le domaine de l’écriture, comme dans celui de la mise en scène, une belle et impressionnante expérience qui dépasse très largement le simple témoignage de Latifa, aussi bouleversant soit-il, pour devenir objet et parole théâtrale. C’est fait avec une belle habileté, jouant même – pur plaisir – d’une certaine mise en abîme théâtrale. Tout cela au service d’une comédienne, Catherine Germain, qui a délaissé ses habits de clown, pour interpréter le rôle de Latifa, pour accueillir ses paroles dans son propre corps, avec un minimum de gestes et de déplacements. Ce qu’elle réalise là est exceptionnel d’intelligence et de rigueur : il n’en fallait pas moins pour rendre compte du combat de Latifa Tir au nom de la dignité humaine. Jean-Pierre Han

À voir aussi :

– Melle Camille Claudel : De et par Sylvie Adjedj-Reiffers, L’Atelier

florentin. Un fil, quelques documents et lettres suspendus, une femme en robe et tablier du quotidien… Ainsi nous apparaît Mlle Claudel, dans un dénuement presque absolu, sans fioritures scéniques pour éviter que ne se disperse la parole de l’artiste ! Ainsi nous est contée de sa propre bouche bonheurs et émerveillements, errements et tourments de la géniale Camille dans sa fulgurance créatrice. Dans la simplicité nue du plateau, entre archives et missives, revivent par la seule voix de la comédienne tous les protagonistes et contemporains : son frère Paul, autorités de tutelle et marchands, amis et créanciers, surtout Rodin… « Camille Claudel n’est pas une folle, elle est une femme mal née », affirme avec conviction Sylvie Adjedj-Reiffers. « Le quotidien de Camille Claudel, le quotidien de la femme, hier, aujourd’hui : les mots sont les mêmes, les maux sont les mêmes ». Un spectacle à la force tranquille, l’émotion au cœur même de l’acte de création. Yonnel Liégeois

– Santa Muerte : Avec Yumi Fujitani et Stan Briche, dans une mise

©Jimmy Boury

en scène de Marine Mane, LaScierie. Danse élégiaque, danse de mort, danse païenne ? Sous leurs masques venus d’ailleurs, quand le masculin le dispute au féminin dans leurs énigmatiques et splendides costumes, se posent-s’exposent-s’opposent-reposent les deux danseurs-comédiens : qui est l’homme, qui est la femme ? Peu importe au final, pour l’une et l’autre la mort s’invite au pas chaloupé, au chassé-croisé des mouvements finement ciselés : paradoxalement bienveillante, accueillante, reposante ! « Du kitsch, du bizarre, du baroque », commente la metteure en scène Marine Mane. Le spectateur ne peut que confirmer, envoûté par cette cérémonie mortuaire d’une étrange beauté, apte à redonner ses couleurs à la vie. Dans la même soirée, mêlant théâtre et danse, musique et vidéo, la compagnie In Vitro propose aussi deux autres spectacles, À mon corps défendant et Atlas. Yonnel Liégeois

– Bernard Dimey Père&Fille, une incroyable rencontre : De et par Dominique Dimey, Le Cabestan. Quand la gamine de Châteauroux monte à Paris pour faire l’artiste, elle croise souvent un type de grande stature. Sympa ce Bernard, avec lequel elle se lie… Pour découvrir, au fil du temps et des rencontres, que ce Dimey, l’auteur de la fabuleuse Syracuse chantée par Henry Salvador, n’est autre que son propre père dont elle ignorait l’existence ! Une rencontre incroyable, que l’une et l’autre poursuivront et nourriront de tendresse et d’émotion. Un spectacle musical au goût étrange et particulier, chargé de sentiments partagés. Un spectacle témoignage, un spectacle hommage au poète et parolier qui, trop méconnu du grand public, fut clamé par les plus grands noms de la chanson française : Charles Aznavour, Yves Montand, Serge Reggiani, Henri Salvador, Juliette Greco, Mouloudji, Michel Simon… Émouvant, poétique, tendre et percutant, un spectacle salué à l’unanimité par la critique. Yonnel Liégeois

Poster un commentaire

Classé dans Festivals, Les frictions de JP, Musique/chanson, Rideau rouge

Un moment rare, Avignon 2019

Jusqu’au 23/07, se donne Amitié d’Eduardo De Filippo et Pier Paolo Pasolini. Un spectacle itinérant dans les villes autour d’Avignon, mis en scène par Irène Bonnaud. Avec un trio d’acteurs, François Chattot – Jacques Mazeran et Martine Schambacher, qui se régale et nous régale ! Sans oublier Jean-Pierre – Lui, Moi à Villeneuve en scène et On voudrait revivre à La Caserne.

 

Est-ce une volonté délibérée des organisateurs du Festival ? Le constat que l’on peut faire de la première partie de la programmation, c’est qu’il appartient au spectacle donné hors remparts et proches quartiers de la ville, d’être le plus fidèle à l’esprit même de la manifestation et à son créateur Jean Vilar. Un spectacle qui, donc, tourne dans différentes petites villes plus au moins éloignées d’Avignon, dans un véritable geste de décentralisation qui recouvre ici tout son sens. Et comme le dit joliment le programme, « afin de favoriser l’accès au public de chacune des communes, nous vous rappelons qu’aucune navette n’est affrétée par le Festival pour ces représentations » ! Le prix des places a été abaissé à 20 euros, contre 40 ou 30 pour la Cour d’honneur et les autres lieux du « In »…

Tant mieux pour ce spectacle de tréteaux donné en plein air, dans une cour d’école ou dans un gymnase, une ancienne salle des fêtes, ou même un petit théâtre comme c’était le cas l’autre soir, à Sorgues, ce qui n’a pas manqué de désarçonner, dans un premier temps vite surmonté, les trois comédiens qui assument la représentation. Des comédiens, François Chattot, Jacques Mazeran et Martine Schambacher qui savent ce que le terme de décentralisation veut dire et agissent ici et comme souvent en toute amicalité, avec un plaisir évident et en toute rigueur. Amitié est d’ailleurs le très juste titre du spectacle initié et réalisé par Irène Bonnaud qui a souvent œuvré en complicité avec les trois comédiens. Mais Amitié fait d’abord référence à celle qui

unit autrefois Pier Paolo Pasolini et Eduardo de Filippo.

Le spectacle, en effet, a été conçu par Irène Bonnaud qui revient sur l’amitié unissant Pasolini et De Filippo, lesquels devaient tourner ensemble un film intitulé Porno Théo Kolossal, autrement dit en français, Film pornographique à grand spectacle sur lequel le cinéaste avait écrit une quarantaine de pages à partir desquelles il devait bâtir son scénario, laissant le soin à De Filippo d’inventer les dialogues, connaissant parfaitement les talents d’improvisation de son ami. Une amitié à première vue surprenante si l’on persiste à se faire de Pasolini une image conventionnelle d’écrivain et de cinéaste intellectuel, alors que De Filippo est un homme de théâtre jouissant en Italie d’une popularité touchant à la ferveur. On rappellera tout de même que Pasolini avait déjà tourné avec un autre acteur populaire, Toto, dans Uccellacci e uccellini (Des oiseaux petits et grands)… Malheureusement, avec l’assassinat de Pasolini, le film restera à tout jamais à l’état de projet.

À partir des éléments du film dont elle a eu connaissance, et en allant piocher dans les pièces et les textes de De Filippo, Irène Bonnaud a construit un spectacle d’une incroyable drôlerie qui laisse filtrer souvenirs et émotions. L’histoire inventée par Pasolini faisait état d’un roi mage qui partait de Naples (ô la savoureuse évocation de la ville !), suivait l’étoile vers Bethléem à travers toute l’Europe – nous sommes comme souvent chez lui – dans une sorte de « road movie » à l’italienne. Arrivé à destination, le Christ est mort depuis belle lurette… Entre farce (deux vieux chanteurs d’opérette essayent de vendre leur interprétation de la Veuve joyeuse condensée en dix minutes, dialogue entre une sœur et son frère à qui elle a caché pendant près d’un an la mort de sa femme, etc.) et poésie, car il y a de la poésie et de la douceur dans ce spectacle. Le trio d’acteurs se régale et nous régale, ils sont parfaitement à leur aise et d’une totale maîtrise de leur art. Jean-Pierre Han

À voir aussi :

– Jean-Pierre, Lui, Moi : Écriture et jeu Thierry Combe, spectacle en

© Helene Dodet

plein air au Verger de Villeneuve en scène. Clos d’une belle palissade de bois où sont accrochés bouts de ficelle et petits papiers, entre ciel bleu et chant des cigales, le terrain de jeu de Thierry Combe est dessiné au sol : l’espace de Jean-Pierre le frère déficient mental, celui des parents, celui des intervenants (médecin, psy, éducateur)… Et le comédien d’évoluer d’un espace à l’autre, d’un personnage l’autre, avec un humour et un naturel confondants ! Nul voyeurisme ni pleurnicherie, de la délicatesse et une profonde tendresse pour ce frère bien réel dont il nous dresse le portrait et la vie au quotidien, de la naissance à l’enfance jusqu’au foyer où, adulte, il réside aujourd’hui. « Fiction et réalité, une frontière avec laquelle je m’amuse avec malice depuis plusieurs créations et que j’avais envie de questionner une fois de plus avec ce spectacle », commente Thierry Combe, le plainoisien d’adoption et complice de Franck Becker, l’ancien directeur de Scènes du Jura. Et nous aussi de nous amuser et rire vraiment, follement, de Jean-Pierre et lui, sans crainte, ni honte et fausse pudeur. D’une scène à l’autre, entre situations cocasses et dialogues intimes, Combe redouble d’énergie et de talent pour emporter le public dans cette aventure singulière : accueillir l’autre dans sa différence, faire fi de la norme et du handicap, laisser place à la dignité humaine de chacun ! Entre humour et émotion, un spectacle de haute teneur et riche en surprises de tout genre. « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui », affirmait l’humoriste Pierre Desproges. Avec Thierry Combe, ce n’est pas seulement permis, c’est fortement recommandé ! Yonnel Liégeois

– On voudrait revivre : Léopoldine Hummel et Maxime Kerzanet sur

©félix taulelle

les chansons de Gérard Manset, dans une mise en scène de Chloé Brugnon, La Caserne. Les chansons de Manset, quel univers ! Poétique, musical, intimiste dont s’emparent avec conviction les deux jeunes comédiens, récitants-chanteurs et musiciens… Plus et mieux qu’un spectacle hommage, en musique et poésie une plongée profonde dans l’univers de celui qui ne boit ni gin ni café ni bière mais qui se « shoote à l’accord parfait : do-mi-sol » ! Mêlant enregistrements, entretiens et paroles des chansons de Manset, le duo parfait entremêle verbe poétique et ligne mélodique pour nous faire ressentir émotions, pulsions, sensations d’un artiste trop méconnu du grand public. La scène devient studio, les planches intimité d’un local où s’amoncellent outils de création pour tout décor. Une mise en scène superbement orchestrée par Chloé Brugnon, un espace de jeu superbement agencé, éthéré, onirique où se jouent, se chantent et défilent paroles et musiques d’une vie, de la vie : celle de Manset, la nôtre aussi baignée parfois de solitude et de nostalgie, avec ce trop plein de tendresse parce que perce l’envie, même « si loin de son enfance, (de) refaire peut-être encore le grand parcours », de vouloir revivre. Avec un désir, fort : se laisser porter et emporter, encore et toujours, loin de toute mer agitée et des faux succès médiatiques, par cette vague déferlante de notes et de mots envoûtants. Léopoldine Hummel et Maxime Kerzanet ? Avec Gérard Manset, un trio de belle composition. Yonnel Liégeois

Poster un commentaire

Classé dans Festivals, Les frictions de JP, Rideau rouge

CrossBorder, le blues sans frontières

Ils forment un sacré trio : Kennedy au chant, Milteau à l’harmonica et Segal au violoncelle ! Pour explorer et magnifier le blues, par-delà les frontières. De reprises en impros, avec CrossBorder Blues, une pépite au firmament musical.

 

«  N’en déplaise à Donald Trump, aux empereurs chinois voire à Édouard Maginot, une frontière n’est pas un mur, bien au contraire ! », clame d’emblée Jean-Jacques Milteau, l’humour toujours aux lèvres, lorsqu’il n’a pas l’harmonica en bouche… Tels de vieux compères en musique, entre reprises et impros,  Harrison Kennedy, Jean-Jacques Milteau et Vincent Segal s’autorisent toutes les audaces avec CrossBorder Blues ! N’hésitant point, d’une mélodie l’autre et en douze compositions, à franchir les ponts, sauter les murs et braver les frontières en toute impunité… Le blues chevillé au corps, notes et complaintes surgies des plantations esclavagistes du Sud américain : Harrison Kennedy, petit-fils d’esclave aujourd’hui naturalisé canadien, n’oublie rien, et surtout pas ses racines du Mississipi et du Tennessee.

Le blues ? Une musique, un style que Jean-Jacques Milteau tient vraiment en haute « Considération », selon le titre éponyme d’un précédent CD enregistré en compagnie de Manu Galvin, Michael Robinson et Ron Smith. Parce que « la musique noire a été la plus grande claque culturelle des cent dernières années » aux dires de l’harmoniciste, « non seulement une nouvelle lecture des timbres, des rythmes et des harmonies mais plus largement une nouvelle manière de considérer l’expression et la relation à l’autre ». Selon le musicien, le blues est une musique intéressante à plus d’un titre. « Dans son histoire d’abord, parce qu’elle est avant tout une histoire d’humanité : une musique où la liberté de chacun assure la survie de l’autre ! Une musique libératrice, avec ce registre inégalé de l’impro héritée de l’église noire. A son arrivée en France, dès les années 14-18, ce fut pour beaucoup de nos concitoyens la découverte d’un continent certes, d’un peuple surtout. Une musique simple au premier abord, qui attire et envoûte ».

Avec CrossBorder Blues, la bande des trois en apporte une nouvelle preuve ! Se risquant à mélanger les sons et les tons, la voix âpre et profonde de Kennedy se posant sur les cordes inattendues d’un surprenant violoncelle et les vrilles toujours envoûtantes d’un génial harmonica… Dénonçant génocides et goulags, de l’Arménie à Kigali dans No monopoly on hurt, appelant chacun à tendre la main et à cesser d’être les prisonniers du monde dans Prisoners in the open air… « On regrette souvent que le blues n’évolue pas davantage. Alors quand trois musiciens se décarcassent pour en proposer une interprétation nouvelle, on salue l’initiative », note à juste titre Frédéric Péguillan dans le magazine Télérama, « une collaboration bluffante sur disque qui n’en sera certainement pas moins renversante en live ». Et Milteau d’ajouter, « tous les trois on s’est reconnus, avec respect et même tendresse ». Des valeurs, une complicité qui suintent d’un morceau à l’autre, allant jusqu’à oser une reprise, une recréation devrait-on dire, d’Imagine de John Lennon… « Le plaisir est palpable, autant que l’envie de briser les frontières », souligne ainsi Eric Libiot dans les pages de L’Express. « Plage 10, un magnifique mariage musical : Imagine de Lennon réinventé en blues. Et, tout à coup, la chanson frappe avec la force de l’évidence : écrite en 1971 par Lennon et Yoko Ono, elle n’est rien d’autre qu’un cri au calme rageur qu’auraient pu pousser les esclaves des champs de coton qui célébraient le blues comme preuve de l’identité et de leur combat commun ». Un trio d’exception !

Comme l’affirme Jean-Jacques Milteau avec la force de l’évidence, « l’humain a toujours besoin de s’asseoir quelque part et de regarder l’horizon, par-delà la frontière ». Aussi, n’hésitez point, prenez place, asseyez-vous et rythmez le concert de vos mains, rien de tel pour se faire du bien en ces temps incertains ! Yonnel Liégeois

Le vendredi 05/04, à Brno (République Tchèque). Le samedi 6/04, au Festival de Blues de Salaise sur Sanne (38). Le dimanche 7/04, au Diapason de St Marcellin (38). Le jeudi 04/07, au Festival « Cognac passion » à Cognac (16). Le samedi 28/09, à Rueil Malmaison (92). Le mardi 01/10, à Marseille (13). Le mardi 08/10, à Villefranche (69). Le mardi 12/11, à Montigny (78). Le jeudi 14/11, à Beaucourt (90). Le samedi 23/11, à Neuilly-sur-Seine (92). Le dimanche 24/11, à Beaumont sur Oise (43).

Poster un commentaire

Classé dans Festivals, Musique/chanson

Jacques Brel, citoyen de Montreuil

De 1955 à 1958, Jacques Brel vécut à Montreuil (93), 71 rue du Moulin à vent. Il y composa une vingtaine de chansons. Dont Quand on n’a que l’amour, en 1956, l’un de ses premiers grands succès. Aujourd’hui un classique de la chanson française, un incontournable.

 

C’était au temps où Montreuil était encore une banlieue ouvrière et Paris déjà un mirage pour les bourses plates des « artistes en devenir », contraints de cachetonner dans les cabarets. Parmi eux, un dénommé Jacques Romain Georges Brel pour l’état-civil, fils d’une famille de la bourgeoisie industrielle bruxelloise qui a choisi de gratter la guitare plutôt que le papier dans l’entreprise paternelle qui l’emploie de 1947 à 1953. Mais l’employé du service commercial des cartonneries Vanneste& Brel se sent très tôt pousser l’âme d’un poète. Il écrit, compose et livre ses œuvres dans des cabarets bruxellois. C’est ce jeune homme de 24 ans au physique efflanqué que Jacques Canetti, le découvreur de talents de la chanson française et propriétaire du théâtre des Trois Baudets, tire des limbes en 1953. Ce n’est pas encore une consécration, tout juste une reconnaissance qui lui ouvre quelques scènes parisiennes et les premières tournées.

Le début de carrière du jeune Brel ressemble à tous les autres, fut-il adoubé par Canetti. Il aligne les prestations dans les cabarets parisiens, jusqu’à six dans la même soirée. Il est plus souvent à Paris qu’à Bruxelles où vivent Thérèse Michielsen (« Miche » pour les intimes), épousée en 1950 et ses deux filles. Une vie déchirée que la mère de Brel tente de recoudre en 1955 et suggère à « Miche » de s’installer à Paris. « Alors que son mari est en tournée en Afrique, Miche se présente dans une agence immobilière qui lui trouve, malgré les ressources réduites dont elle dispose, une maisonnette à Montreuil », raconte Ivan Aveki, un artiste belge qui a retracé la vie parisienne de Brel. Une « maison-wagon », de ces maisons de bois avec un bout de jardin comme il en existait à l’époque. La famille Brel s’installe au 71 de la rue du Moulin-à-vent. C’est au retour d’Afrique que le grand Jacques découvre la maison après un épisode cocasse. Tel qu’Ivan Aveki le raconte, il prend un taxi en pleine nuit et donne au chauffeur une adresse notée sur un papier. Un chauffeur qui, à un moment de la course, demande à Brel de le guider dans les rues à peine éclairées et mal signalées. S’ensuit une réplique surréaliste : « Navré, mon vieux ! Je rentre chez moi, mais je ne sais pas où c’est et j’y vais pour la première fois ».

Pierre, frère de Jacques, se souvient des lieux avec la condescendance qui sied au bourgeois bruxellois : « Je n’y suis allé qu’une seule fois… La maison était en bois comme toutes celles qui l’entouraient dans le quartier et qui se ressemblaient. La voiture était une 4 CV garée devant la porte. À l’intérieur de la bicoque, la décoration était simple : il y avait peu de meubles, vu les maigres finances. Notre mère se lamentait parfois sur le sort de Jacques et Miche. Elle est intervenue pour les aider à acheter un frigo… ». Prenant son frère à contrepied, Jacques se sent privilégié lorsqu’il déclare en 1958 à un hebdomadaire belge : « Il m’est nécessaire de vivre ici. Savez-vous que je suis le seul du quartier à avoir l’eau courante ? L’hiver, quand la fontaine du coin est gelée, mes voisins viennent chercher de l’eau chez moi. À une dizaine de kilomètres de Paris, n’est-ce pas une honte ? Beaucoup n’ont pas le gaz, ni même l’électricité. Et pourtant, ce sont d’honnêtes gens qui travaillent et seraient en droit d’avoir une existence plus facile. Pour moi qui suis privilégié et qui vis dans un milieu, il faut bien le dire, souvent artificiel, il est bon que je me retrempe dans la réalité. En vivant ici, je ne risque pas de l’oublier ! ».

Aussi spartiates soient-elles, les conditions du logement n’affectent pas la veine poétique de l’artiste. C’est au cours des trois ans passés dans cette maison-wagon qu’il compose une vingtaine de chansons dont Quand on n’a que l’amour en 1956, son premier grand succès, et Au printemps qui confirme en 1958 la vedette en devenir. Jacques Brel quitte Montreuil en 1958 pour une chambre d’hôtel proche de la place Clichy, à deux pas des cabarets de Montmartre. Et de revenir, vingt après et la gloire acquise, à quelques encablures de Montreuil. À Bobigny, pour y mourir en octobre 1978. Alain Bradfer

Voir : « Brel, ne nous quitte pas – 40 ans déjà », un film composé des deux concerts légendaires, « Brel à Knokke » et « Les adieux à l’Olympia », image et son restaurés pour le cinéma. Le petit film réalisé par Ivan Aveki : https://youtu.be/AmcvffYfROo

Lire : Le voyage au bout de la vie de Fred Hidalgo, Brel, la valse à mille rêves d’Eddy Przybylsi, On ne vit qu’une heure de David Dufresne.

Applaudir : « Viel chante Brel », un spectacle de Laurent Viel avec Thierry Garcia aux guitares, mis en scène par Xavier Lacouture. Chaque mercredi à 21h30 au théâtre L’Essaïon, jusqu’au 30/01/19.

Découvrir : la Fondation internationale Jacques Brel à Bruxelles, dirigée par sa fille France.

 

Poster un commentaire

Classé dans Musique/chanson, Pages d'histoire, Propos d'Alain, Rideau rouge

Brel de retour, avec Viel et Lacut

Ce n’est pas seulement la Mathilde, mais aussi et surtout Brel, le grand Jacques, qui nous reviennent ! Sous les traits de Laurent Viel et d’Olivier Lacut, l’un à l’Essaïon (75) et l’autre aux Déchargeurs (75)… Une double plongée dans l’univers de celui qui s’est à jamais envolé aux Marquises.

 

Le risque est grand, toujours, pour le connaisseur ou l’amoureux de l’univers d’un créateur. Que penser de l’insolent, voire de l’impertinent qui s’empare ainsi sans vergogne des musiques et des textes de l’autre : de quel droit ? Au nom de quel talent ? Si l’exercice est délicat, Laurent Viel et Olivier Lacut s’en sortent avec les honneurs ! Pour l’un, rester soi-même au fil d’un récital qui reprend quelques titres emblématiques, Vesoul ou La chanson des vieux amants bien connus du public, mais pas seulement, pour l’autre évoquer sans fioritures  les réflexions et modes de pensée du citoyen Brel à travers quelques morceaux choisis.

Laurent Viel a pris le temps de s’imprégner des chansons du grand Jacques, « des bijoux, des merveilles, surtout celles de son dernier disque ». Et, avec la complicité de Xavier Lacouture le metteur en scène, de trouver le sens de son récital, de poser sa voix dans les pas de L’homme de la Mancha, partir en voyage dans les chansons de Brel comme Don Quichotte s’en va défier les moulins à vent ! En quête de l’absolu, de l’inaccessible étoile, croire en ses rêves, aimer, aimer peut-être mal mais aimer jusqu’à la déchirure… Et sur la scène du théâtre de l’Essaïon, le miracle se produit. Viel éclaire de son sens du jeu et de la comédie les chansons choisies, il impose véritablement sa voix et sa présence pour nous donner à voir et à entendre, différemment mais avec authenticité, l’univers de Brel. À l’écouter, le public savoure autrement les mélodies, redécouvre les paroles de chansons ciselées comme de véritables poèmes. Oui, Fernand est bien là et nous derrière son corbillard, pour la Mathilde nous irons encore changer les draps… Et La Fanette n’en finit plus de nous tirer une larme, tant

Co, Yann Rossignol

l’interprétation de Viel, au sortir de la vague mourante, est nourrie d’intense poésie et de juste sensibilité.

Plus modeste, Olivier Lacut se fait récitant du grand Jacques, « ce marathonien et sprinteur de la scène ». À partir de ses chansons et de l’entretien « Brel parle » réalisé à Knokke en 1971, il entreprend donc de nous « dire » Brel, pas de le chanter, « c’est lui le chanteur, je suis un passeur de mots ». Des mots forts, puissants, décalés, souvent subversifs, sévères sur le milieu de la chanson, injustes sur les femmes et doux pour son public, amoureux sur la poésie (ah, Baudelaire !) et humbles devant le succès… Accompagné de François Bettencourt au piano et parfois de Julie Sévilla-Fraysse au violoncelle, dans la lumière tamisée de la cave voûtée des Déchargeurs, Lacut nous plonge avec retenue dans l’intimité pensante de l’artiste. Deux mots et trois petites notes de musique, il en faut peu pour que notre imaginaire prenne la mer ou les airs : Brel le chanteur, Brel l’aventurier, Brel le poète, surtout Brel l’enfant.  Fils de bourgeois, Jacques Brel n’a jamais renié ses racines, il en a toujours assumé les contradictions, il n’est qu’un fait qu’il n’ait jamais pardonné à son milieu : le vol de son enfance, l’interdiction au droit de rêver ! « Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns (…) Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfant ».

Dans les pas, les chansons et les mots de l’artiste, Laurent Viel et Olivier Lacut nous invitent à laisser libre cours à nos rêves. « De rêver un impossible rêve », plus fort encore, « de ne jamais renoncer à l’aventure, à la vie, à l’amour ».  À l’image de l’incessante quête de Jacques Brel, fragile et désespérée, en cet absolu accroché à nos rêves d’enfant. Yonnel Liégeois

 

De Vesoul à Varsovie…

À promener « son cul sur les remparts de Varsovie », Viel y trouve assurément du plaisir ! Et nous aussi, lorsqu’il interprète la chanson avec l’évidente complicité de Thierry Garcia. Un bonheur renouvelé, à mourir d’un rire acidulé lorsqu’ils font « Les singes » ou s’en reviennent de « Vesoul », à retenir son émotion lorsque les amants se séparent à « Orly », avec ou sans Bécaud, encore plus à « Voir un ami pleurer ». De la belle ouvrage, un spectacle à ne vraiment pas manquer pour (re)découvrir ce monde des « gens de peu » chanté par Jacques Brel.

Jusqu’au 30/01/19, chaque mercredi à 21h30, au Théâtre de l’Essaïon.

… et de Bruxelles à Paris

De mots en mots, d’une confession l’autre, posé derrière son pupitre, Oliver Lacut se fait économe de gestes et d’émotions. Seule la parole de Brel ruisselle entre les tables rondes du petit cabaret improvisé, de ses rêves d’artiste à ses rêves d’aventure. De Bruxelles à Paris, de la cartonnerie familiale au mythique Trois Baudets sous la houlette de Jacques Canetti… Le piano s’emballe ou s’alanguit au gré de célèbres mélodies, la voix se fait chuchotante ou traversière au gré de confidences bien senties. « Brel, je l’ai écouté adolescent, j’ai été fasciné par la puissance de ses textes, par la force de son incarnation sur scène », confesse Lacut. Un hommage sensible.

Jusqu’au 15/12, chaque samedi à 17h, au Théâtre Les Déchargeurs.  

Poster un commentaire

Classé dans Musique/chanson, Rideau rouge

Marivaux, quand la classe parle…

Jusqu’au 21 octobre, le Théâtre de l’Aquarium présente à la Cartoucherie Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Dans une mise en scène de Benoît Lambert, le directeur du CDN Dijon-Bourgogne. Giraudoux notait, des personnages, que « leur fantaisie ne doit pas nous tromper ». Sans oublier Eh bien, dansez maintenant au Mouffetard, Laïka au Rond-Point et L’occupation à L’oeuvre.

 

Benoît Lambert dirige, depuis janvier 2013, le Théâtre Dijon Bourgogne – Centre dramatique national. Il présente en ce moment sa mise en scène de la comédie en trois actes de Marivaux le Jeu de l’amour et du hasard (1730) à l’Aquarium (1). Fondée sur un double subterfuge, la pièce, modèle canonique d’un époustouflant jeu de rôle, jette ses personnages dans un imbroglio amoureux, résolu in fine par deux unions socialement logiques, suivant les ressorts de ce que le poète Michel Deguy qualifie, chez notre auteur, de « machine matrimoniale ». Silvia, fille de M. Orgon, ignorant que Dorante a agi de même en prenant l’état de Bourguignon-Arlequin, son valet, fait mine d’être sa femme de chambre Lisette, celle-ci endossant le costume de sa maîtresse… Silvia et Dorante, travestis en domestiques, se reconnaîtront donc dans l’amour vrai,

Co Vincent Arbelet

tout comme leurs subalternes, car on ne peut manquer à sa classe, qui parle non sans lutte…

De la plus parfaite escrime dans la langue du XVIIIe, si claire et vive – le désir n’existe que par elle – quatre jeunes comédiens (Rosalie Comby, Edith Mailaender, Malo Martin et Antoine Vincenot) donnent une version allègre et souple, non sans ce soupçon d’humeur sombre propre aux personnages de Marivaux, dont Giraudoux notait justement que « leur fantaisie ne doit pas nous tromper ». Cela se joue dans une scénographie qui envisage les Lumières, celles-ci également dues, en jouant sur les mots, à Antoine Franchet, qui a planté des arbres côté jardin, c’est la nature, et installé, côté cour, un petit cabinet de curiosités cher à M. Orgon, père noble un tant soit peu farceur (Robert Angebaud), et à son fils aîné Mario (Etienne Grebot), sacrément taquin, qui ne ménage pas sa sœur Silvia. C’est que nous

Co Vincent Arbelet

sommes dans le registre de l’expérimentation humaine. Marivaux y excella.

Dans cette réalisation, qui s’appuie sur une réflexion dramaturgique manifestement poussée, la visée intellectuelle ne mutile en rien les figures imaginées par Marivaux, ici habitant des corps jeunes fièrement présents, sans perruques ni poussières académiques. Patrice Chéreau, jadis, avait ouvert la voie avec La Dispute et La fausse suivante. Ainsi interprété, le théâtre de Marivaux retrouve sa fraîcheur initiale sans afféterie. La preuve en est à la fin l’enthousiasme de lycéens, l’autre soir, au spectacle d’une œuvre qui ne connut que quatorze représentations du vivant de son auteur. Jean-Pierre Léonardini

(1) À la Cartoucherie, route du Champ- de-Manœuvre, Paris 12ème (tél. : 01.43.74.72.74). Jusqu’au 21 octobre, avant une longue tournée en France jusqu’au 4 avril 2019.

 

À voir aussi :

– Eh bien, dansez maintenant : jusqu’au 17/10 au Mouffetard, avant une longue tournée en France jusqu’à fin mai 19. Ilka Schönbein, l’incroyable artiste qui fait de son corps une marionnette vivante, s’empare des contes traditionnels pour narrer à sa façon l’histoire de la cigale, de l’araignée, du petit chat ou de la petite vieille… Autant de personnages emblématiques surgis d’entre ses jambes ou derrière son dos, sous ses jupes ou entre ses doigts ! Un spectacle qui donne à voir avec talent et poésie, humour et gravité, la beauté ou la cruauté de la vie. Sublimé par les performances de Suska Kanzler et Alexandra Lupidi, ses deux complices chanteuses et musiciennes. Derrière ces figurines à la représentation troublante et une femme d’une imagination débordante qui excelle dans cet art d’avancer masquée, une ode à la vie qui n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Yonnel Liégeois

– Laïka : jusqu’au 10/11, au Théâtre du Rond-Point. Pauvre mec, pauvre diable, il l’affirme, il n’est ni Marx ni Zola, juste un pauvre type qui rêve d’accrocher les étoiles comme Laïka, la chienne que les Russes projetèrent dans l’espace en 1957 ! Alors, il raconte le monde des gens de peu, mal aimés et tous déclassés, la putain ou le SDF, les grévistes ou les vieux, les exclus et paumés de la planète, qui méritent plus et mieux que le mépris ou le rejet : un regard, un sourire, un mot, un bonjour, un bon jour… Sans misérabilisme ou charité nauséabonde, mais avec beaucoup d’humour et de tendresse, David Murgia s’empare avec conviction des mots d’Ascanio Celestini. Contre vents et marées, le Belge et l’Italien font corps pour chanter l’humanité qui habite chacun, que tu sois pas grand chose ou moins que rien sous le regard des voisins. Qu’il parle ou chante, accompagné des interludes musicaux de l’accordéoniste Maurice Blanchy, qu’il rappe ou slame, Murgia est des nôtres ! Fort, puissant, convaincant ! Yonnel Liégeois

– L’occupation : jusqu’au 02/12, au Théâtre de L’Oeuvre. Romane

Co Marion Stalens

Bohringer s’empare des mots d’Annie Ernaux, la grande romancière aux textes finement ciselés. Adaptée et mise en scène par Pierre Pradinas, l’histoire vraie de la passion jalouse d’une femme à l’égard de l’homme qu’elle a pourtant décidé de quitter. La comédienne avoue avoir été impressionnée par cette « écriture flamboyante qui dit « je » mais parle de nous tous. Une langue magnifique qui m’accompagne, me grandit et m’a rendue à moi-même ». Seule en scène, la parole d’Ernaux juste entrecoupée par les séquences musicales de Christophe « Disco » Minck, Romane Bohringer joue de toutes les émotions, du visage-de la voix-du corps, pour exprimer la palette de sentiments et de réactions que lui inspire cette rupture prétendument assumée. Plus son ancien amant fait secret de sa nouvelle vie, plus elle devient irascible et violente à l’évocation de cette supposée rivale. Une étrange plongée, au mitan de l’humour et de l’effroi, entre ce que chacun croit être et ce qu’il peut devenir au gré des événements. Yonnel Liégeois

Poster un commentaire

Classé dans La chronique de Léo, Rideau rouge

HK, sans les Saltimbanks

Kaddour Hadadi, alias HK, ne lâche rien ! Au terme d’une longue tournée avec L’empire de papier, son album solo, il évoque les combats de son groupe. Ainsi que la communauté de valeurs formée avec un public en quête d’une parole engagée.

 

Jean-Philippe Joseph – Cela fait quoi de voir une de ses chansons devenir un emblème de la contestation ?

Kaddour Hadadi – Il y a de la fierté à accompagner les mouvements sociaux, à faire partie de l’histoire de tous ces gens qui se battent pour nos droits. J’ai écrit On lâche rien sur un coin de table, dans un cagibi aménagé en studio, au 5ème étage d’un HLM où j’habitais, à Roubaix. On a balancé la chanson en téléchargement gratuit un 1er mai, pour le symbole, pour qu’elle voyage. On l’a ensuite retrouvée dans la rue, lors de la rentrée suivante en 2010, au moment des grandes manifs pour les retraites.

 

J-P.-J. – Le lien avec le mouvement social s’est-il fait à ce moment-là ?

K.H. – Le lien s’est fait de manière naturelle. Je suis issu de cette mouvance du rap français, avec NTM – Assassin.., qui parle de la condition dans les quartiers, de solidarité, de racines. Par la suite, j’ai coloré ma musique avec différentes influences : le reggae, la soul… Ce faisant, je me suis ouvert à d’autres questions, d’autres thématiques. L’idée est de dépasser sa propre condition, d’aller à la rencontre de gens qui ont une autre histoire. Chacun se reconnaissant, au final, dans l’autre.

 

J-P.-J. – Dans quel cortège peut-on vous rencontrer lors de manifestations ?

K.H. – CGT ou Solidaires, pour moi c’est la même famille ! Je n’ai pas envie que l’on me colle une étiquette. Lorsque tu rencontres des copains en manif, la moitié est chez les uns, l’autre moitié en face et il y en a qui, comme moi, ne sont pas syndiqués. Les partis politiques et les syndicats constituent des outils pour te sortir de ta condition, pas pour t’enfermer dans une autre.

 

J-P.-J. – Que pensez-vous de la séquence électorale qui s’est achevée avec l’élection d’Emmanuel Macron ?

K-H. – On vit un drame continuel : Sarkosy, Hollande, Valls, maintenant Macron… Et, en face, on n’arrive pas à se mobiliser de façon unitaire, collective, convergente. C’est désespérant et déprimant. Mais c’est aussi ce qui rend les victoires du quotidien si précieuses. Je pense aux copains de Fralib qui ont su créer quelque chose de nouveau à partir de leur outil de travail. Pas simple, leur principal concurrent était leur patron d’hier, Unilever, un mastodonte ! Ils sont dans le combat et l’alternative, ils incarnent les valeurs qui nous animent. C’est vital de réagir, mais il faut aussi de l’action et de la création.

 

J-P.J. – La chanson engagée paraît moins audible aujourd’hui ?

K.H. – Certaines émissions, à la radio ou  la télévision, rendaient compte d’une parole artistique alternative. À des horaires tardifs, d’accord, mais ce lien existait. Toutes ces émissions ont été déprogrammées. Du coup, les artistes comme nous ont dû se créer leurs propres espaces, sur les réseaux sociaux et ailleurs. 60 000 personnes nous suivent sur notre page Facebook. Ce sont autant de personnes qui, quand on sort un album ou que l’on donne un concert, sont réellement intéressées par ce qu’on fait. Il n’y a pas ce côté artistes et consommateurs qu’on voit souvent, ça va plus loin. Les gens qui nous suivent sont comme une « petite famille » avec qui on forme une communauté de pensée, de valeurs, de combats, qui pousse à être toujours plus exigeant dans le travail. Je ne dis pas qu’on n’a jamais rêvé de jouer dans des stades pleins, comme Bob Marley. On vit les choses à plus petite échelle, mais elles ont beaucoup de sens. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph.

 

Parcours

Né en 1976 à Roubaix, Kaddour Hadadi se lance dans la musique dès l’âge de 16 ans. En 2005, il monte avec un ami le groupe Ministère des Affaires Populaires, qui a pour ambition de porter l’identité d’une région ouvrière et métissée. En 2009, il crée HK et Les Saltimbanks. L’album Citoyen du monde, sur lequel figure la chanson On lâche rien, sort en 2011. L’empire de papier est le cinquième opus de Kaddour, le premier en solo, hormis la chanson Ce soir nous irons au bal où il retrouve Les Saltimbanks, un hommage aux victimes des attentats de novembre 2015. Kaddour Hadadi écrit aussi des romans : sorti en mars 2017 aux éditions Riveneuve, Le cœur à l’outrage est son troisième ouvrage.

Poster un commentaire

Classé dans Littérature, Musique/chanson, Rideau rouge

Samuel Gallet et l’état du monde, Avignon 2018

Avec La Bataille d’Eskandar, le collectif Eskandar se saisit à bras le corps du texte de l’un de ses membres, Samuel Gallet. Sous couvert d’humour noir, une vision implacable du chaos de notre monde. Sans oublier Criminel, Lettre à un soldat d’Allah et Stand up, rester debout et parler.

 

Samuel Gallet, d’ailleurs, n’hésite pas à payer de sa personne sur le plateau, et cela avec un plaisir évident, comme s’il savourait ses propres mots. Pour l’accompagner dans cette entreprise – une véritable bataille comme le stipule le titre, La Bataille d’Eskandar – on retrouve Pauline Sales pour le jeu, Aëla Gourvennec et Grégoire Ternois pour la composition et l’interprétation musicale. Il n’en fallait pas moins pour parvenir à mener à bien la difficile mission de rendre justice à un texte qui oscille entre différents registres d’écriture. Qui passe de la narration dramatique aux envolées poétiques sans crier gare, se développe dans un imaginaire parfois débridé, voire extravagant, pour répondre avec une ardeur de tous les instants à une volonté de vie inexpugnable. Que l’on veuille ou non, et le personnage principal à qui Pauline Sales prête corps et âme avec une belle autorité l’avoue clairement, « La

©Tristan Jeanne-Valès

vie me prend à la gorge chaque matin. Me plaque contre les murs. M’agresse soixante fois par minute… ».

Tout est dit, le ton est ainsi donné dans sa rythmique et sa tension implacables. Une envolée dans un imaginaire débridé, seul refuge sans doute pour cette femme harcelée par les huissiers et qui s’en va donc explorer d’autres univers dans lequel, parmi les animaux d’un zoo laissé à l’abandon, on trouve un certain Thomas Kantor dont le nom évoque bien évidemment le grand metteur en scène polonais (Tadeusz Kantor) et sa Classe morte. Le quatuor d’Eskandar nous renvoie ainsi avec autorité, et subtilité, au chaos de notre monde. Une vision implacable qui sait faire la place à une sorte d’humour noir, le masque d’une douleur profonde. Jean-Pierre Han

Jusqu’au 29/07 à 21h15, Théâtre des Halles.

 

À voir aussi :

– Criminel : Jusqu’au 27/07 à 12h05, Théâtre Artéphile. Libéré après quinze ans de prison, Boris sort sans illusion, ni colère et rancoeur. D’un regard l’autre, les plus perturbés sont les amis, les proches, condamnés à le revoir, lui parler, se confronter… Un texte percutant, écrit et mis en scène par Yann Reuzeau, brûlant d’humanité et transcendant le fait divers. Yonnel Liégeois.

– Lettre à un soldat d’Allah : Jusqu’au 29/07 à 14h, Théâtre des Halles. Mis en scène par Alain Timar, le réputé patron des lieux, le texte de l’auteur algérien Karim Alouche est sous-titré « chroniques d’un monde désorienté ». Un jeune homme (convaincant Raouf Raïs) s’adresse à un ami d’enfance devenu djihadiste. Plus qu’un plaidoyer en faveur de la laïcité, le refus de l’intolérance, de l’obscurantisme et du fanatisme, la foi en des valeurs et des idéaux qui ont pour nom justice, raison, liberté, art et poésie. Yonnel Liégeois

– Stand up, rester debout et parler : Jusqu’au 27/07 à 20h20, Théâtre 11-Gilgamesh Belleville. Qu’elle parle ou chante, Alvie Bitemo n’est point femme à se taire face à l’injustice ou au racisme. Qui, entre trois notes de musique et la prise à partie du public, déclame haut et fort ses convictions : qu’est-ce qu’être une femme noire en France aujourd’hui, en outre actrice ? Avec humour et talent, l’artiste d’origine congolaise distille et suggère quelques gouleyantes réponses. Yonnel Liégeois

Poster un commentaire

Classé dans Festivals, Les frictions de JP, Rideau rouge

Gilles Defacque entre en piste, Avignon 2018

Directeur du Prato, cet étonnant Théâtre International de Quartier sis à Lille, Gilles Defacque entre en piste à La Manufacture d’Avignon. Le clown, poète et comédien s’excusant au préalable, puisque On aura pas le temps de tout dire ! Le récit d’une vie consacrée aux arts de la scène, contée avec humour et sensibilité, entre confidences retenues et passions partagées. Sans oublier Hedda, On n’est pas que des valises et Chili 1973, rock around the stadium.

 

Une chaise, un bandonéon, une partition, sans les moustaches une tête à la Keaton… Il s’avance dans la pénombre, hésitant et comme s’excusant déjà d’être là, lui l’ancien prof de lettres devenu bateleur professionnel, surtout passeur de mots et de convictions pour toute une génération de comédiens ! Rêve ou réalité ? Il faut bien y croire et se rendre à l’évidence, pour une fois le passionné de Beckett n’a pas rendez-vous avec l’absurde, c’est bien lui tout seul qui squatte la piste et déroule quelques instantanés de vie sous les projecteurs… Comme un gamin, Eva Vallejo, la metteure en scène et complice de longue date, l’a pris par la main et Bruno Soulier, aux manettes de l’acoustique, l’accompagne en musique.

Pas de leçon de choses ou de morale avec Defacque, il fait spectacle du spectacle de sa vie. Comme entre amis, sans jamais se prendre au sérieux mais toujours avec panache et sens du goût. Goût du verbe poétique, de la gestuelle sans esbroufe, du mot placé juste, de l’humour en sus, le sens profond du spectacle sans chercher le spectaculaire : simple ne veut pas dire simpliste, poétique soporifique, autobiographique nombrilistique. Un garçon bien que ce Gilles des temps modernes, plutôt Pierrot lunaire qui nous fait du bien, de sa vie à la nôtre, jouant du particulier pour nous faire naviguer jusqu’aux berges de l’universel : comme lui, croire en ses rêves, vivre de ses passions, sur scène pour quelques-uns et d’autres rives pour beaucoup…

Mes amours, mes succès, le désespoir et les heures de gloire…Éphémères peut-être mais des temps si précieux quand le plaisir de la représentation allume ou embrume l’œil du spectateur, d’aucuns l’ont chanté bien avant lui, il le déclame en un talentueux pot-pourri : les débuts de galère en Avignon, « M’man, peux-tu m’envoyer un petit bifton ? », la salle presque vide mais la tête pleine d’espoir puisque le copain a dit qu’il connaît une personne qui lui a dit « qu’elle allait parler du spectacle à une autre qu’elle connait et qui m’a dit que cette personne pouvait connaître quelqu’un que ça pourrait intéresser ». Il est ainsi Defacque, une bête de cirque qui se la joue beau jeu, habitué depuis des décennies à braver tempêtes et galères, ours mal léché mais jamais rassasié de grands textes ou autres loufoqueries qui font sens, pour que rayonne sa belle antre internationale de quartier ! Le Prato ? Une ancienne manufacture de textile, majestueuse, où l’on sait ce que veut dire remettre l’ouvrage sur le métier. Le poète a dit la vérité, le clown aussi, allez-y donc voir, il n’est pas encore mort ce soir ! Yonnel Liégeois

Jusqu’au 26/07 à 13h55, La Manufacture.

 

À voir aussi :

– Hedda : Jusqu’au 26/07 à 14h45, La Manufacture. Sur un texte de Sigrid Carré-Lecoindre, la violence conjugale se donne à voir et entendre sous les traits de Lena Paugam. De la presse presque unanime, « un spectacle sidérant dont le public sort en état de choc »… On y raconte l’histoire d’un couple qui observe, au fil des jours, la violence prendre place sur le canapé du salon, s’installer et tout dévorer. Y.L.

– On n’est pas que des valises : Jusqu’au 28/07 à 21h50, Présence Pasteur. Mise en scène par Marie Liagre, l’épopée extraordinaire des ouvrières de l’usine Samsonite d’Hénin-Beaumont. Sept anciennes salariées racontent leur lutte exemplaire contre la finance mondialisée. Un spectacle salué par la presse, du Monde à Télérama, sans oublier L’Humanité. Y.L.

– Chili 1973, rock around the stadium : Jusqu’au 23/07 à 19h15, Caserne des Pompiers. À l’heure des festivités de la Coupe du monde 2018, un spectacle pour se souvenir du 11 septembre 1973, quand Pinochet commet son coup d’état et que tombe le président Alliende. Le lendemain, le stade de football de Santiago, l’Estadio Nacional, devient camp de concentration : 12 000 personnes y seront internées et torturées, sur les airs des Rolling Stones et des Beatles diffusés par la dictature. Mis en scène par Hugues Reinert, un spectacle fort quand musique et football deviennent instruments de pouvoir. Y.L.

Poster un commentaire

Classé dans Festivals, Musique/chanson, Pages d'histoire, Rideau rouge

Loufoque Léopoldine HH, Avignon 2018

Couronnée de nattes et de multiples prix, Léopoldine Hummel nous offre un spectacle musical des plus enthousiasmants ! Avec ses deux acolytes, Maxime Kerzanet et Charly Marty, comédiens et musiciens, à l’Arrache-Cœur. Sans oublier Sang négrier au Théâtre Al Andalus, L’établi au Théâtre Présence Pasteur et Le mémento de Jean Vilar au Théâtre du Petit Chien.

 

C’est peu dire que la chanteuse Léopoldine Hummel, portant le prénom d’une fille de Victor Hugo, baigne dans la littérature. Musicienne au départ comme ses parents, elle est devenue comédienne. D’ailleurs, c’est la compagnie de théâtre « Malanoche », pour laquelle elle travaille sur Besançon, qui a produit son CD « Blumen im Topf » (« Fleurs en pot » en allemand) avec l’aide d’une bourse de la Sacem. Un album dont l’originalité a été récompensée par le 1er Prix Saravah 2018, le Prix Georges Moustaki et le Coup de cœur de l’Académie Charles Cros en 2017. Surprenant d’inventivité, l’album met en musique treize titres dont une chanson cache-cache, tirés de romans ou de pièces de théâtres qui sont autant de surprises comme « Le garçon blessé » et « Dans tes bras » dont le dramaturge Gildas Milin lui a fait cadeau. Même emballement pour « Zozo Lala » – un texte de Roland Topor des plus délirants – et « Blumen im Topf » dont elle signe les paroles. « Cette chanson éponyme, c’est un peu le manifeste de l’album », confie-t-elle. Et ça promet : « Tchekhov, Ibsen, Cadiot, Bertold Brecht, Apollinaire… Ne me demande pas ce que j’ai dans la tête. Si tu ouvres un bouquin, tu me trouveras page 7 ».

Accompagnée de ses acolytes Maxime Kerzanet et Charly Marty, Léopoldine, jolie comme un cœur, nous offre un spectacle plein de fantaisie. Tous trois sont comédiens et ça se voit. Ils chantent à trois voix et s’accompagnent d’effets de guitare, de claviers-jouets ou de ukulélés, affublés de plumes d’indiens, de bretzel géant, de pompons multicolores et de maillots de bain. Puissance de la voix de la chanteuse qui pousse autant dans les aigus que dans les graves, grandeur des textes, ingéniosité de la mise en scène, la Colombine et ses deux compères savent nous embarquer dans des contrées insoupçonnées. Génial autant que drôle, Léopoldine HH est un groupe tout simplement épatant à découvrir de toute urgence. Amélie Meffre

Jusqu’au 29//07 à 15 heures, Théâtre de L’Arrache-Cœur.

 

À voir aussi :

– Sang négrier : Jusqu’au 29/07 à 13h15, Théâtre Al Andalus. L’adaptation d’un texte de Laurent Gaudé, dans une mise en scène de Khadija El Mahdi. L’ancien commandant d’un navire négrier se raconte : sa plongée dans la folie lorsque cinq esclaves, échappés de la cale, sont traqués à mort dans le port de Saint-Malo. Une histoire terrifiante, un vibrant plaidoyer pour la dignité humaine. Dans une stupéfiante économie de moyens, un masque – deux bouts de chiffons et trois morceaux de bois, la formidable interprétation de Bruno Bernardin. Yonnel Liégeois

– L’établi : Jusqu’au 29/07 à 12h50, Théâtre Présence Pasteur. L’adaptation à la scène de l’emblématique témoignage de Robert Linhart. L’histoire de ces étudiants, gauchistes et idéalistes qui, dans l’après Mai 68, se font embaucher en usine et « s’établissent » pour propager leur idéal révolutionnaire. Une épopée ouvrière narrée avec sincérité et conviction, plus une illustration linéaire qu’une mise en tension dramatique. Yonnel Liégeois

– Le mémento de Jean Vilar : Jusqu’au 29/07 à 14h10, Théâtre du Petit Chien. Sous les traits d’Emmanuel Dechartre, dans une mise en scène de Jean-Claude Idée, l’ancien directeur du TNP de Chaillot et créateur du festival d’Avignon, se conte et raconte. Ses joies, ses bonheurs, ses déboires aussi…Une évocation toute de sobriété, et d’humanité, à partir du Mémento, journal intime comme de combat, le carnet de bord d’un artiste enraciné dans son temps, tiraillé entre son amour pour les comédiens et son ironie mordante envers les tutelles au pouvoir. Yonnel Liégeois

 

Poster un commentaire

Classé dans Festivals, La mêlée d'Amélie, Rideau rouge

Higelin 75, en héritage

Jacques Higelin s’en est allé le 6 avril, plongeant des milliers d’admirateurs dans une profonde tristesse. Généreux jusqu’au bout, il nous console avec Higelin 75, un dernier album tout simplement génial, sorti en 2016.

 

À l’image des grands artistes, tel Léonard Cohen et son magnifique « You Want It Darker » sorti quelques jours avant sa mort en 2016, Jacques Higelin nous avait livré la même année son dernier album du haut de ses 75 ans. D’où le titre, « Higelin 75 ». Un délicieux testament où tourbillonnent la tendresse, la rage, l’humour, l’amour, la rébellion, la liberté dans des embardées poétiques sans limite. Sa voix est belle, forte, savoureusement grave, pour nous tirer une révérence majestueuse au fil de douces mélodies mais aussi de rock endiablé comme son « Loco, Loco ». Une pépite du genre : « Je suis la loco/Et j’entre en gare/Casse-toi de mes quais/Toquard » ! La course folle de sa locomotive semble défier la mort en saluant les prouesses des chemins de fer. L’écouter en pleine bataille cheminote, ça regonfle.

Une dernière taffe de provoc

À l’heure de campagnes incessantes du « Fumer tue », on salue encore sa liberté de chanter son amour immodéré pour la clope : « En attendant qu’une infirmière/Du pavillon des incurables/Aussi rusée que désirable/Me pique, me perfore,/Me ponctionne, me perfuse ». En digne rebelle, il aspirait à être jusqu’à son dernier souffle un mauvais garçon. Et il nous l’entonne sur des airs de folk : « J’ai toujours rêvé d’être un pionnier/Un fier aventurier/Fou de chevauchées sauvages/Lonesome bad boy ».

« Cet album est l’album d’un mec de trente ans qui s’appelle Jacques Higelin », déclare avec justesse Daniel Auteuil. Le délicieux troubadour nous rappelle à chaque morceau sa passion de la vie, qu’il décompte en saisons jusqu’en secondes, sachant bien que la faucheuse n’est pas loin. Alors il lui adresse un long et sublime « À feu et à sang » : « Dans les tremblements de terre/S’évader du trou noir/Par la voie des lumières/Et s’envoyer en l’air/Dans un brouillard/D’étoiles ». Il brille encore pour un moment, le beau Jacquot ! Amélie Meffre

Poster un commentaire

Classé dans La mêlée d'Amélie, Musique/chanson

Mai 68 : Dominique Grange, la voix des insurgés

En ce cinquantième anniversaire des événements du mois de mai 1968, fleurissent sur les écrans et dans les librairies moult documents et témoignages. Pour encenser ou disqualifier la révolte citoyenne, étudiante et ouvrière, qui embrasa la France durant plusieurs semaines… Un dossier chaud que Chantiers de culture revisite en laissant la parole, au fil des semaines, à divers acteurs ou personnalités emblématiques qui font retour sur ces temps troublés.

« Grève illimitée », « Chacun de vous est concerné », « Les nouveaux partisans »… Tous les acteurs de Mai 68 les ont fredonnées, ils se souviennent encore de ces chansons mythiques composées et interprétées aux portes des usines par Dominique Grange. Cinquante ans après les faits, la rebelle au cœur rouge nous conte pourquoi elle continue de lutter, guitare en bandoulière.

 

Je me souviens de la façon dont « ça » a commencé… Un appel du chanteur Lény Escudero à la radio : « Eh, les artistes, o.k., c’est la grève générale, mais vous ne croyez pas que nous, les chanteurs, sommes des privilégiés ? Si on mettait nos petites chansons au service de cette lutte… Une « grève active », en somme ! ».

Depuis plusieurs jours, ça chauffait au Quartier Latin et je me demandais ce qu’une chanteuse comme moi pouvait bien aller faire parmi les étudiants. Quelle était ma place dans ce mouvement naissant qui chaque jour s’étendait davantage ? À l’époque, je chantais dans des cabarets rive gauche, tel le mythique « Cheval d’Or », fondé par l’ami Léon Tcherniak qui y accueillit nombre de jeunes chanteurs devenus célèbres depuis. Je venais juste d’enregistrer un 45 Tours produit par Guy Béart chez Temporel. Mais lorsque j’ai entendu l’appel de Lény, ça n’a pas traîné : j’ai pris ma guitare et j’ai foncé à Renault-Billancourt, où déjà les soutiens commençaient d’affluer. Je ne devais plus rentrer chez moi ces quelques semaines qu’allait durer le « Mouvement « , saisie par l’élan révolutionnaire inattendu de ce joli mois de Mai 68.

À partir de là, du Comité de grève active à Bobino au Comité Révolutionnaire d’Agitation Culturelle à la Sorbonne (CRAC), je n’ai plus rien fait d’autre que chanter partout : usines occupées, tris postaux occupés, facs occupées…Bientôt, nous nous sommes retrouvés nombreux, « chanteurs rive gauche » pour la plupart, à répondre à l’appel des comités de grève, portant nos chansons d’une usine à une autre, loin de l’effervescence du Quartier latin, au fin fond des banlieues : Bois-Colombes, Issy-les-Moulineaux, Gennevilliers, Poissy, et d’autres… Lorsque le carburant venait à manquer, des grévistes nous offraient parfois un jerrycan de quelques litres d’essence. Pour que nous puissions repartir vers une autre usine en lutte. Solidaires.

Comment accepter le « retour à la normale », après ces semaines de dialogue et de fraternité avec ceux qui toujours écrivent l’Histoire, prêts à lutter jusqu’à la mort s’il le faut, n’ayant rien à perdre, capables d’ébranler le pouvoir, voire de le prendre, parce qu’ils sont les véritables créateurs des richesses : les ouvriers ! Comment ne pas se souvenir qu’à la fin des concerts de soutien, souvent improvisés dans les cantines, nos conversations avec les grévistes se prolongeaient et qu’au-delà des revendications, c’étaient aussi leurs aspirations à la révolution prolétarienne et à l’abolition de la société de classes qui s’exprimaient…

Je ne peux pas ne pas témoigner du fait que ces échanges-là ne plaisaient guère aux permanents syndicaux…Certains nous désignaient même parfois la sortie de façon assez musclée, nous rappelant que nous étions venus pour chanter et non pour causer politique avec les grévistes ! Déjà la « reprise » s’amorçait, à l’horizon des Accords de Grenelle… Il fallait faire rentrer dans le rang les plus récalcitrants, j’entends par là les éléments les plus combatifs de la classe ouvrière, ceux qui, prêts à aller « jusqu’au bout », refusaient d’avance toute capitulation. Aussi, à force de participer avec ces « irréductibles » à des discussions qui mettaient en avant la lutte de classe et le renversement de l’état capitaliste, certain(e)s d’entre nous furent bientôt stigmatisés comme de dangereux « aventuristes » et interdits de séjour dans les usines occupées, via un petit communiqué venimeux publié dans l’Huma ! En 69, j’abandonnai ma « carrière » de chanteuse pour « m’établir » dans une usine de conditionnements alimentaires comme « O.S. » sur machine.

L’expérience vécue en mai 68 dans les usines en grève a fait basculer ma vie. Et si aujourd’hui j’ai repris ma guitare, c’est pour transmettre ce qui me paraît essentiel : la mémoire contre l’oubli, la résistance contre la soumission. J’ai choisi mon camp, « Guerrillera » de la chanson, engagée à perpétuité ! ». Propos recueillis par Yonnel Liégeois

 

À écouter

« Notre longue marche », un CD de 19 chansons, des anciennes aux plus récentes. « Des lendemains qui saignent », un CD de 10 chansons pour dénoncer « le grand abattoir de 14-18 » et dire encore une fois non à la guerre. « N’effacez pas nos traces », un CD de 15 chansons sorti pour le 40ème anniversaire de Mai 68. Avec livret et pochette illustrés à chaque fois par le dessinateur Tardi, son compagnon. Un florilège de chansons emblématiques, mais aussi de nouvelles compositions à découvrir, telles les superbes « Droit d’asile » ou « Petite fille du silence ». Des albums à offrir ou à s’offrir, bouches déliées et poing levé ! Y.L.

Poster un commentaire

Classé dans Musique/chanson, Rencontres

Sylvain Maurice, à coeur ouvert

Le pouvoir d’attraction du roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, ne se dément pas. Après sa création au CDN de Sartrouville, l’adaptation mise en scène de Sylvain Maurice s’offre une belle tournée à compter de février. À ne pas manquer

 

 

Après l’adaptation scénique effectuée et interprétée avec succès par Emmanuel Noblet, voici une autre version de Réparer les vivants, mise en scène par Sylvain Maurice (directeur du Théâtre de Sartrouville, centre dramatique national) avec pour interprètes le comédien Vincent Dissez et le musicien Joachim Latarjet. L’argument est connu. À la suite d’un accident, un jeune surfeur de 19 ans se trouve en état de mort cérébrale. Ses parents devront se résoudre à accepter le don de ses organes. Son cœur, transplanté, prolongera la vie d’une femme… Au fil du récit sont cités à comparaître les protagonistes (les secouristes, la mère, le père, les chirurgiens, la patiente en attente de greffe…). Maillons successifs d’une chaîne de solidarité, tous dûment nommés, décrits, caractérisés dans le texte, lequel devient, dans la bouche et le corps mobile de Vincent Dissez, une sorte de conte moral aux péripéties médicales.

Ce long jeune homme face à nous, les yeux dans les yeux, devient le messager de l’histoire, qui témoigne d’un humanisme chaleureux, à ce titre vecteur d’optimisme et de foi en un progrès salvateur. L’acteur, tantôt immobile, tantôt comme dansant sur un tapis roulant au risque d’être avalé, est escorté à l’étage au-dessus par le musicien-compositeur qui invente par à-coups des stridences parlantes ou de sonores rafales dramatiques. Éric Soyer (lumières et scénographie) a imaginé, au plafond pour ainsi dire, une batterie de projecteurs à l’horizontale qui pourrait évoquer, par métaphore, l’éclairage d’une salle d’opérations. Vincent Dissez pratique l’art de dire avec élégance, ne court pas après le pathos, servant ainsi au mieux la prose volontairement factuelle, néanmoins charnelle, de Maylis de Kerangal, épousée à la lettre par Sylvain Maurice. Il y a dans cette réalisation une belle et bonne franchise d’attaque, une sincérité partageuse et une morale d’espoir malgré tout qui touchent au cœur en somme, mettant ainsi le doigt sur la notion de progrès à usage proprement humain, sans une once de cynisme, avec respect entier pour tous, à quelque degré qu’ils soient sur l’échelle sociale.

C’est assez rare pour être souligné. Jean-Pierre Léonardini

Grande tournée, du 01/02 au 19/04/18 (Sénart, Saint-Ouen, Lannion, Eaubonne, Noisy-le-Sec, Épernay, pays de Montbéliard, Gap, Castelnau-le-Lez, Gradignan, Saint-Nazaire, Niort, Laval, Rezé, Morlaix).

 

À voir aussi :

– « Toute ma vie j’ai fait des choses que je ne savais pas faire », un texte de Rémi De Vos dans une mise en scène de Christophe

Co Simon Gosselin

Rauck. Allongé à terre, l’homme raconte. Son agression par un individu hystérique, sa fuite, sa mise à mort par une foule déchaînée… Une interprétation hors-norme par la comédienne Juliette Plumecocq-Mech qui donne corps, et parole, à une humanité traumatisée et terrorisée.

– « Dans la peau de Don Quichotte », l’œuvre de Cervantès adaptée par Métilde Weyergans et Samuel Hercule. Imaginé par la compagnie La Cordonnerie, un spectacle théâtro-cinématographique joyeusement maîtrisé qui nous donne à voir un chevalier des temps modernes épris de justice et d’idéal. Jusqu’au 10/02 au Centre dramatique national de Montreuil (93), avant une grande tournée nationale.

– « My ladies rock », une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta avec les danseurs du groupe Émile Dubois. Après « My Rock » où il convoquait Elvis Presley et consorts sur scène, Gallotta joue et danse avec les grandes voix féminines. De la première Wanda Jacson jusqu’à Tina Turner, des femmes libres et engagées, déchaînées et enragées. Un grand moment de danse et de musique sur des rythmes endiablés.

– « Hugo, l’interview », dans une mise en scène de Charlotte Herbeau. Le pari était risqué, donner force et vigueur aux propos de Victor Hugo en ce début de troisième millénaire à travers un entretien imaginaire… Un pari gagné, grâce à l’énergie et  la véracité du comédien Yves-Pol Deniélou. Qu’il s’agisse de politique ou de laïcité, de religion ou de liberté, les écrits du grand poète se révèlent d’une surprenante modernité sur les planches du théâtre de l’Essaïon.

– « Une aventure théâtrale, 30 ans de décentralisation », un film de Daniel Cling. A l’heure où la famille du spectacle vivant et les acteurs du monde culturel s’interrogent sur leur avenir, une plongée passionnante dans les premières heures de la décentralisation théâtrale au lendemain de la seconde guerre. Nourri d’entretiens d’archives, éclairé par les voix contemporaines, un document exceptionnel.

Une sélection de Yonnel Liégeois

 

1 commentaire

Classé dans Cinéma, La chronique de Léo, Musique/chanson, Rideau rouge

Les légendes de Jean Guidoni

En treize titres, Jean Guidoni nous livre ses « Légendes urbaines » où se côtoient l’orgueil blessé, les amours faciles, les doutes, le temps qui passe comme la rage de vivre. Un nouvel album plein de pépites, que le chanteur a offert en régal au public le 20 novembre à La Cigale. En prélude à une longue tournée nationale.

 

Après un beau voyage Paris-Milan en 2014, Jean Guidoni revient nous visiter. Cette fois, il déploie sa propre plume qu’il trempe dans des encres multiples pour nous livrer ses Légendes urbaines. Il le reconnaît, « écrire un nouvel album, j’en avais envie depuis longtemps, mais je n’osais pas encore coucher sur le papier les drôles d’idées qui me trottaient dans la tête… ». Il a bien fait de passer à l’acte. Son opus brille de mille vies comme autant de questions qui parcourent l’existence, comme autant de doutes qui la jalonnent. « Il vaut mieux quelquefois/Ne pas avoir le choix/Ne plus croire au destin/Ou s’en laver les mains », nous chante-t-il dans Visages, avant de danser et de se balancer « dans les salles d’attente des gares, des hôpitaux », « quand la nuit tombe sur les vies coupables/Sur les laissés-pour-compte/Les espoirs négligeables »

Ses morceaux sonnent comme des échos à sa carrière, qui a décollé en 1980 avec l’album Je marche dans les villes. L’artiste nous livre ses sentiments sur la vanité comme la violence de la vie qui passe et La patience du Diable qu’il faut avoir pour faire face. « Tu ne te reconnais plus/Ne dis pas c’est dommage/Ça ne servira à rien/Et rien ne change rien » : les envolées de La note bleue, comme de Dorothy qui contrebalance la haine, teintent subtilement un album où Jean Guidoni campe sa présence sur des textes comme des musiques subtiles, composées par Didier Pascalis. On l’attendait avec impatience sur scène, où il sait délivrer tous ses talents. Après moult concerts affichant complet et une belle tournée en province, il était de retour à Paris, à La Cigale le 20 novembre. Succès confirmé ! Si vous n’avez pas la patience d’attendre une nouvelle date pour rencontrer Jean Guidoni, dégustez dès maintenant ses Légendes urbaines sacrément fignolées, vous ne le regretterez pas. Amélie Meffre

Poster un commentaire

Classé dans La mêlée d'Amélie, Musique/chanson