Archives de Catégorie: Cinéma

Les sans-voix de Russell Banks

Le 7 janvier, Russel Banks est décédé à l’âge de 82 ans. L’auteur états-unien laisse une œuvre majeure. Un portrait protéiforme d’un pays où ses héros sont les oubliés du rêve américain.

Il est né prolo, dans le Massachusetts. Il est mort écrivain reconnu dans le monde entier, maintes fois récompensé. Mais il n’a jamais trahi les siens. Dans ses romans, on croise des gens de peu, des hommes et des femmes fatigués et malmenés par la vie, au parcours cabossé, des histoires d’amour qui finissent mal, des rêves inaboutis, des trahisons. Mais pourtant, quel plaisir de partager l’itinéraire de ces enfants peu gâtés par la vie, qui se débattent dans une société qui vend du rêve à vil prix, coincé entre le rayon de lessives et de jouets dans ces Walmart qui pullulent aux abords des villes. La périphérie, la marge, l’histoire mouvementée de son pays, comme ces grands espaces au bout du monde qu’il avait arpentés dans sa jeunesse, étaient la marque de fabrique de cet auteur qui ne s’est sûrement jamais posé la question du « transfuge ». L’ancien prolo qui fut tour à tour plombier, placeur de livres, vendeur de chaussures n’a eu de cesse d’écrire sur les sans-voix de son pays, tous ces laissés-pour-compte pour qui le rêve américain n’était qu’un mirage.

« La vie des gens ordinaires m’attire »

Russell Banks, l’écrivain, leur a redonné ce droit au rêve. En les incarnant, en en faisant des héros ordinaires qui se débattent dans des abîmes de contradictions mais tiennent bon et retrouvent un semblant de dignité. « La vie des gens ­ordinaires m’attire, confiait-il dans nos colonnes. On n’écrit pas un roman parce qu’on a de l’affection pour une classe, une origine ou un genre, mais parce qu’on est lié à un individu. À mesure qu’on s’en approche, on le comprend. Alors, inévitablement, sa classe ­sociale finit par entrer en ligne de compte. Chaque être trimballe son histoire dans le contexte économique, racial et social dans lequel il vit.  » Il était parvenu à inventer une voix narrative, «  loin des préjugés bourgeois », s’amusait-il à préciser, pour parler « pour ceux qui n’ont pas de voix ».

Lorsque paraît, en France, Continents à la dérive (1987), le rêve américain en prend un coup. On découvre un écrivain qui ne craint pas de regarder dans les yeux les frustrations et le désespoir d’un père de famille ordinaire, réparateur de chaudières, qui gagne quelques centaines de dollars par mois et rêve d’une vie plus confortable pour les siens. Départ pour la Floride où il retrouve son frère. Plus dure sera la chute tant le rêve n’est qu’un mirage qui s’éloigne chaque fois qu’il pense l’atteindre. Dans Pourfendeur de nuages (1998), roman historique puissant, épique, qui se déroule lors de la guerre de Sécession, Banks trace le portrait de John Brown, fermier abolitionniste de l’Ouest américain. Une réflexion politique d’envergure sur les fondements de l’esclavage aux États-Unis, sur l’engagement poussé jusque dans ses retranchements.

Un récit narratif, « loin des préjugés bourgeois »

De beaux lendemains (1993) met en scène une tragédie, la mort de plusieurs enfants d’une même communauté à la suite d’un accident de car scolaire. Quatre voix vont porter tour à tour ce récit pour dire la douleur des familles à travers des flash-back qui vont au plus près des questionnements intimes. Quatre voix pour raconter, après la colère, le sentiment d’impuissance face à une justice de classe et une résilience collective et solidaire. Ce roman a été porté à l’écran par le réalisateur canadien Atom Egoyan, en 1997, et le film a remporté le grand prix au Festival de Cannes, ainsi qu’au théâtre, dans une belle mise en scène d’Emmanuel Meirieu. Parmi les nombreux romans et nouvelles, citons American Darling (2005), l’histoire d’une femme, Hannah, qui fuit son pays, les États-Unis, en raison de ses engagements dans les années 1970, et se réfugie au Liberia. L’occasion pour l’auteur de mener de pair un récit introspectif sur l’Amérique, mais aussi sur ce petit pays africain, où retournèrent d’anciens esclaves des plantations américaines.

Son dernier roman, Oh Canada (2022), est un récit crépusculaire. Celui d’un homme en phase terminale, ­­cinéaste réfugié au Canada parce qu’il avait refusé de faire le Vietnam et qui se confie avant de mourir. On ne sait plus ce qui est vrai ou faux dans ce texte tout en tension et sans concession. Banks semble regarder dans son propre passé comme dans celui de son pays avec ses parts d’ombre et de lueurs d’espoir, nous rappelant que le chemin n’est jamais droit, qu’il se fait en marchant. Russell Banks se situe dans la lignée des Mark Twain, Melville, Faulkner, Jim Thompson. Il aimait la littérature russe et française du XIXe siècle. Il admirait Joyce, Beckett, Garcia Marquez. Écrivain et citoyen, il était de tous les combats progressistes dans son pays, contre la guerre en Irak, le Patriot Act, contre la politique des Reagan, Bush et Trump. Il aura présidé, de 1998 à 2004, le Parlement international des écrivains créé par Salman Rushdie. Un type bien sous tous rapports. Marie-José Sirach

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Littérature

Godland, au cœur de l’Islande

Depuis le 21 décembre, s’affiche sur les écrans Godland. Présenté à un Certain regard lors du dernier Festival de Cannes, le film de Hlynur Palmason est une traversée insensée de l’Islande à la fin du XIXe siècle. Un western venu du froid, étrange et fascinant.

C’est un film étrange et fascinant. Un western venu du froid. Un voyage en milieu hostile, dans un paysage lunaire balayé par les vents et la pluie, secoué de spasmes volcaniques venus des entrailles de la Terre. Un pasteur danois, Lucas (Elliott Crosset Hove), est mandaté par ses supérieurs en Islande, alors sous colonisation de la couronne danoise. Il a pour mission de construire une église et de photographier la population. Il aurait pu arriver directement à bon port en bateau mais, on ne saura jamais pourquoi, il décide de débarquer à l’opposé de sa destination et de traverser l’île.

Flanqué d’un interprète et d’un guide, un petit groupe de quelques individus, tous islandais, se forme pour ce voyage. Lucas ne parle pas l’islandais. La langue va s’imposer comme une barrière naturelle mais aussi, imperceptiblement, comme un signe de domination. Conçu comme un diptyque, dans un format carré qui évoque celui des daguerréotypes dont se sert Lucas pour photographier, Godland se déploie dans la première partie comme une succession de peintures sur le motif, hypnotisantes ; puis, dans un second mouvement qui marque une rupture radicale, la nature passe alors au second plan, laissant entrevoir des relations humaines complexes, rudes. Hlynur Palmason filme cette fable au rythme lent de cette traversée, ne nous épargnant rien de la violence des éléments naturels comme des rapports humains. On éprouve dans notre chair cette pluie glacée qui s’abat sur les hommes et la terre ; ces rafales de vent qui soufflent et s’engouffrent par tous les pores de la peau ; la puissance des torrents qui emportent hommes et chevaux.

Conte philosophique et mystique, Godland est un film au réalisme magique, où les personnages apprennent à côtoyer la mort dans un mano a mano impitoyable avec la nature. Le réalisateur a réuni des acteurs dont le jeu atypique, énigmatique, ajoute une dimension mystérieuse à l’ensemble. Le bras de fer entre Lucas et Ragnar (Ingvar Sigurosson), entre ce prêtre et ce vieux loup des mers et des terres islandaises, est troublant, entre attirance et répulsion. Chez Palmason, les bêtes meurent parce qu’elles se perdent dans ces contrées infinies. Il filme alors leur décomposition au long cours, et l’on pense à cette pomme flêtrie filmée par Peter Greenaway dans Zoo… Marie-José Sirach

Trois questions à Hlynur Palmason

– En quoi parler ou ne pas parler l’islandais ou le danois, refuser de parler l’une ou l’autre langue, à la fin du XIXe siècle, révèle-t-il les rapports de domination, de colonisation ?

– Jusqu’à très récemment, les Islandais devaient obligatoirement apprendre le danois. Si la plupart d’entre eux comprennent le danois, la réciproque n’est pas vraie. Les Danois ne s’intéressent pas à l’islandais, c’est une langue qui leur est étrangère. J’avais envie d’explorer cette question, avec les malentendus que cela peut provoquer. Si l’on pense à la colonisation et à l’indépendance de l’Islande, l’histoire est beaucoup moins terrible que pour d’autres pays colonisés. Il n’y a pas eu d’effusion de sang, rien de spectaculaire. Mon film est à l’image de cette histoire : c’est un drame, mais sans grand spectacle.

– Vous filmez une nature puissante, hostile et pourtant spectaculaire. Comment le climat, en Islande, influence-t-il la terre et les hommes ?

– Si l’on remonte dans le passé, on mesure combien les gens autrefois étaient proches de la mort, de la nature. Les montagnes, le paysage, les hommes et les bêtes étaient façonnés par tous les éléments climatiques. Je voulais intégrer ce paramètre dans le film, que l’on ressente le tempérament de ce pays, que l’on mesure aussi le passage du temps, combien il affecte tous les éléments de la nature comme la nature des hommes.

– La poésie est souvent présente dans la littérature islandaise, en particulier dans les romans noirs, tout comme dans votre film. Quels rapports entretiennent les Islandais avec la poésie ?

– C’est un poète qui m’a inspiré pour ce voyage, notamment ces vers : « Me voici abandonné de tout, sauf de Dieu… Même si Dieu n’existe pas. » L’Islande est effectivement un incroyable terreau littéraire. La littérature y a beaucoup plus la cote que le cinéma, les écrivains y sont bien plus admirés et vénérés que les cinéastes. Il n’existe aucune émission de cinéma à la télévision ou à la radio. En revanche, il en existe énormément qui sont consacrées à la littérature. Cela vient de notre très grande tradition de sagas et de récits, et les Islandais y sont particulièrement attachés. Propos recueillis par M-J. S.

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Pages d'histoire, Rencontres

Euzhan Palcy, une Martiniquaise à Hollywood

Cinéaste antillaise, Euzhan Palcy a reçu en novembre un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Première réalisatrice à décrocher un César avec Rue Cases-Nègres en 1984, elle reste méconnue en France. Dans la série « Un jour avec », un article paru dans le quotidien L’Humanité.

« Mes histoires ne sont ni noires, ni blanches, elles sont colorées ». Avec ces mots, Euzhan Palcy, cinéaste française, martiniquaise et noire, recevait, des mains de la comédienne Viola Davis, un Oscar d’honneur, le 19 novembre. C’est rare pour une réalisatrice de notre pays puisque seule Agnès Varda l’a devancée. C’est inédit pour une réalisatrice noire. Déjà, en 1984, à peine âgée de 26 ans, elle est la première à décrocher un César. Celui de la meilleure première œuvre pour Rue Cases-Nègres. La première noire aussi à obtenir le Lion d’argent de la meilleure première œuvre à Venise, avec ce même film. Mais, rendons à César ce qui lui appartient. « Je suis la première femme cinéaste à avoir obtenu un César mais pas la première femme noire. La grande monteuse martiniquaise Marie-Josèphe Yoyotte, qui a travaillé avec Truffaut, Corneau et a monté Rue Cases-Nègres et Simeon, en a eu un avant moi ». Elle ajoute : « Je n’en tire aucune fierté. Dans un monde normal, respectueux des cultures des autres, je n’aurais pas dû être la première ».

L’aide de François Truffaut, l’appui d’Aimé Césaire

À sa sortie, en 1983, Rue Cases-Nègres, adapté du roman homonyme de Joseph Zobel, tranche dans le paysage du septième art français. Le récit prend racine dans la Martinique de 1930. Le choix du créole, un casting de comédiens noirs rebutent beaucoup de producteurs. L’obtention de l’avance sur recettes du CNC, passeport quasi indispensable pour boucler le financement d’un long métrage, n’y change rien. L’aide de François Truffaut, l’appui d’Aimé Césaire – décisif pour tourner à Fort-de-France – et son immense détermination lui permettent de trouver les partenaires pour réaliser son rêve de cinéma. Mieux, ce film d’apprentissage où Man Tine, incarnée par la septuagénaire Darling Légitimus, se bat pour que son petit-fils José aille au collège afin d’éviter l’épuisant travail au champ de cannes, est un succès. Avec plus de 1 400 000 entrées à sa sortie, il devance Zelig (Woody Allen), Outsiders (F. F. Coppola), les comédies populaires d’Eddie Murphy, comme 48 Heures et Un fauteuil pour deux, et Vivement dimanche de François Truffaut. Pourtant, les portes se referment. Hollywood lui fait les yeux doux. Elle résiste. « Je ne voulais pas y aller mais, en France, les projets que je proposais n’intéressaient personne ».

Elle rêve d’un film sur les Martiniquais partis rejoindre la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale. Le projet n’aboutit pas. « En Martinique, des milliers de jeunes filles et de jeunes garçons sont partis, à l’appel du général de Gaulle. C’est comme si cette France-là n’avait jamais existé. » Elle répond alors positivement aux sirènes d’Hollywood, où elle devient la première Noire à réaliser un long métrage, en 1989. Un statut qui lui vaut le respect des cinéastes africaines-américaines qui ont émergé par la suite. Alors que l’apartheid est encore en vigueur, elle adapte le roman du Sud-Africain André Brink, Une saison blanche et sèche. Au casting, elle réunit notamment Donald Sutherland, Susan Sarandon et Marlon Brando, qui sort d’une retraite de dix années.

Une figure incontournable de la scène artistique créole

En 1992, elle est de retour en France pour Simeon, une œuvre hybride mêlant fantastique et musique, où l’on retrouve Jacob Desvarieux et Jocelyne Béroard, du groupe Kassav’. Le film peine à trouver son public. Sans bruit, elle continue son petit bonhomme de chemin. Et travaille surtout pour la télévision. En 1995, elle signe un documentaire sur Aimé Césaire, puis, en 1999, Ruby Bridges, un téléfilm sur la discrimination raciale produit par Disney. Elle réalise en 2001 The Killing Yard, un téléfilm sur un meurtre dans une prison de haute sécurité. En 2006, son projet de fiction sur les Martiniquais engagés dans la France libre devient un documentaire, Parcours de dissidents.

Méconnue dans l’Hexagone, elle est en revanche une figure incontournable de la scène artistique créole. Elle n’est pas oubliée par ses pairs, puisque la SACD (la société des auteurs) lui a remis sa médaille d’honneur, en juin. « J’en suis particulièrement honorée car cette médaille a été créée en 2011 pour récompenser Nelly Kaplan, cette cinéaste si spéciale. Depuis, seuls des hommes l’avaient reçue. Je suis la deuxième femme », se réjouit-elle. Et l’avenir dans tout ça ? « Je vais continuer à nourrir les esprits avec des films qui honorent la mémoire, notre mémoire, celle qu’on a étouffée, falsifiée et assassinée pendant des siècles ». En espérant qu’Euzhan Palcy redevienne enfin prophète en son pays.

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Littérature

Guy Régis Jr et ses frères haïtiens

Jusqu’au 11/12, au Théâtre de la Tempête, Guy Régis Junior propose L’amour telle une cathédrale ensevelie. L’auteur et metteur en scène haïtien signe le deuxième volet de sa Trilogie des dépeuplés, sur la dislocation de son pays et la dispersion des familles. Un uppercut poétique et politique.

Nous avons déjà recensé L’amour telle une cathédrale ensevelie. Toutefois, devant la puissance et la beauté du spectacle, c’est avec grand plaisir que nous publions la chronique de notre consœur, et contributrice à Chantiers de culture, Marina Da Silva. Y.L.

Lorsqu’on pénètre dans la petite salle du Théâtre de la Tempête, à Paris, on arrive sur un autre rivage. Un sol de sable doré, délimité par une frontière d’eau. En fond de scène, la mer et ses vagues comme une grande langue qui vient lécher le sable. À jardin, le guitariste et compositeur haïtien Amos Coulanges ne quittera pas le plateau, accompagnant de ses rythmes et de son chant envoûtants l’oratorio douloureux de L’amour telle une cathédrale ensevelie, écrit et mis en scène par son compatriote Guy Régis Junior. Le spectacle a été créé fin septembre aux Francophonies de Limoges, au Théâtre de l’Union, et trouve ici un écrin qui le place dans un contact rapproché et puissant avec le public.

C’est le deuxième volet de la Trilogie des dépeuplés, une épopée sur l’arrachement et l’exil où Guy Régis poursuit sa radiographie poétique et non documentaire de l’effondrement de son pays et de la dislocation des familles. L’écran, si loin, si proche, nous fait pénétrer dans le salon d’un couple mal assorti,­ habitant au Canada. Lui, le retraité Mari (Frédéric Fahena et François Kergoulay, en alternance) ; elle, la Mère du fils Intrépide, magnifique et bouleversante Nathalie Vairac. Elle se tord de colère et de douleur. Elle a fui son pays dont la nostalgie l’empêche de vivre pour atterrir dans ce qui est censé être une vie meilleure, confortable, dans un appartement de Montréal. Elle a tenté d’accepter ce mari plus vieux qu’elle, qui l’achetait en quelque sorte, dans la perspective de faire venir son plus jeune fils. L’Intrépide. Celui-là même qui l’avait poussée à quitter l’île, douce mais misérable, qui n’est jamais nommée. Toutes les démarches administratives n’ayant pas abouti, il a pris la mer avec ses compagnons d’infortune.

Alors, « l’amour, monté haut comme une cathédrale, s’est pulvérisé comme poussière ». On passe de ce huis clos où une histoire intime se raconte à bas bruit pour revenir à la mer où les images vidéo de Dimitri Petrovic se mêlent à celles plus vraies que vraies du combat collectif des damnés de la terre sur des embar­cations à la dérive. Des images tournées par Guy Régis et Fatoumata Bathily, et des extraits du film Fuocoammare, par-delà Lampedusa, de Gianfranco Rosi. Une petite foule d’hommes, de femmes et d’enfants y sont ­agglutinés au-delà de l’irreprésentable. Dans l’espace de sable des comédiens-chanteurs, Derilon Fils, Déborah-Ménélia Attal, Aurore Ugolin, Jean-Luc Faraux accompagnent leur lutte à mort dans un chœur créole de toute beauté. Leur chant dit à la fois le désespoir et la résistance. Lorsqu’ils scandent « Canada, Canada, Canada », le mantra du fils pour cette traversée, on ­mesure la détermination de ces êtres qui ont derrière eux « leur vie à effacer » et pour horizon cette projection dans un futur et un ailleurs. Marina Da Silva

Jusqu’au 11/12, au Théâtre de la Tempête (la Cartoucherie), route du Champ-de-Manœuvres, 75012 Paris (Tél. : 01 43 28 36 36). La Trilogie des dépeuplés est publiée aux Solitaires intempestifs.

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Documents, Musique/chanson, Rideau rouge

Haïti, pleurs et fureurs

Jusqu’au 11/12, au Théâtre de La Tempête (75), le metteur en scène haïtien Guy Régis Jr propose L’amour telle une cathédrale ensevelie. Un émouvant poème, épique et lyrique, pour conter pleurs et douleurs d’une mère, fureur et terreur de la mer. Dans le ressac des océans, d’Haïti au Canada, d’Afrique en Europe, ami, entends les cris sourds qui montent à l’écume des jours.

En bord de scène, la guitare du talentueux Amos Coulanges égrène ses lignes mélodiques. Tantôt piquantes, tantôt cinglantes à l’heure où la colère explose sur le plateau… Se tenant à bonne distance l’un de l’autre, un homme et une femme, épouse et mari, s’insultent et s’invectivent, se crachent au visage haine et désespoir. Pas de dialogue, réconciliation impossible, des cris à la puissance crescendo comme les doigts pinçant les cordes de l’instrument de musique, une litanie de reproches hystériques et définitifs… Un amour brisé, noyé à l’image de ces gouttes de pluie qui saturent l’écran.

Femme, elle a quitté son île, Haïti, pour s’en aller fleurir les vieux jours d’un Canadien argenté. C’est son fils qui lui a déniché la perle rare sur les réseaux sociaux : adieu bidonville, misère et insécurité, bonjour l’aisance et l’appartement cossu à Montréal, contre échange d’un peu de tendresse l’assurance d’un bien-être convenu ! Pas de coups portés, sinon deux claques au visage de l’homme contrit et incompris, la violence des mots suffit. Qui emplit l’espace, sans espoir de fuite, il nous faut l’entendre et la supporter, la douleur et la souffrance de cette femme. De cette mère, avant tout. Un amour dévasté, anéanti, enseveli, en ruines comme la cathédrale de Port-au Prince toujours à terre… Ah, Notre-Dame, ici nous ne sommes pas à Paris, nous sommes en Haïti !

La nouvelle s’affiche à l’écran : de frêles embarcations à la dérive, hommes-femmes et enfants, fuient les côtes caribéennes pour atteindre l’eldorado canadien ! Depuis des semaines, le couple est sans nouvelle du fils, les autorités locales lui ont interdit l’exil légal. Il s’est embarqué pour rejoindre sa mère, clandestinement. Le naufrage guette, le naufrage est imminent. S’avancent alors au devant de la scène deux femmes et deux hommes, tout de noirs vêtus, s’élève alors la complainte poignante de quatre conteurs au chanter créole. Quatre voix d’une beauté sidérante, déchirante : « Un boat-people, c’est comme un caveau au cimetière… Un sans-manman, il ne sait pas ce qui l’attend… De grosses vagues nous fracassent, le petit voilier tangue… Sur ce bateau-sauve-qui-peut, celui ou celle qui se laisse plonger se noiera tout seul, pour ses propres yeux… Au beau milieu des mers qu’on va périr, au beau milieu des mers qu’on va mourir ». Le fils est mort, le corps du fils est devenu soupe pour les requins.

Les gouttes d’eau, cette fois, tombent des cintres. La mer engloutit tout, espoir et devenir. Pour celles et ceux qui sont restés à terre, spectateurs nantis mais anéantis devant tel spectacle aussi émouvant que percutant, la question demeure : l’exil, la fuite, la mort sont-ils seuls ressorts de ces peuples en mal d’humanité ? Lors de sa création aux Francophonies de Limoges en septembre sur la grande scène du Centre dramatique national du Limousin, le Théâtre de l’Union, la pièce triompha. En la petite salle parisienne du théâtre qui porte bien son nom, la tempête fait rage en toute proximité avec comédiens, chanteurs et musicien : à voir expressément, absolument ! Yonnel Liégeois

L’amour telle une cathédrale ensevelie : jusqu’au 11/12, au Théâtre de La Tempête. Avec des images tournées par Fatoumata Bathily et Guy Régis Jr et des extraits du film documentaire Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi. Second volet de La trilogie des dépeuplés, la pièce est publiée aux Solitaires intempestifs.

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Musique/chanson, Rideau rouge

Deliquet et Fassbinder au travail !

Du 28/09 au 09/10, au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis (93), Julie Deliquet reprend Huit heures ne font pas un jour. On ne pourra guère reprocher à la directrice du CDN de ne pas avoir de la suite dans les idées. Elle adapte cette fois-ci une œuvre signée Rainer Werner Fassbinder, écrite et filmée pour le petit écran.

Après Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman et Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, voilà donc Fassbinder… Mieux, elle reprend son dispositif scénique établi – en général autour d’une grande table autour de laquelle s’agitent ses comédiens – dès ses premiers pas avec la Noce (chez les petits bourgeois) de Brecht, puis avec Nous sommes seuls maintenant ou même avec Vania d’après Tchekhov. Surtout, avec son noyau dur constitué de comédiens de son collectif, In Vitro, et avec le renfort d’aînés de talent comme Evelyne Didi ou Christian Drillaud, elle fait évoluer tout ce beau monde en groupe de manière chorale, dans un jeu qui se veut le plus réaliste possible – on fait comme si on était dans la vie et que l’on ne jouait pas – Bis repetita de spectacle en spectacle à tous les niveaux donc, c’est peut-être un style après tout !…

Le rythme ici est donné par l’alternance et l’entremêlement de scènes intimistes – l’histoire d’un jeune couple, de la rencontre des protagonistes à leur mariage – à des scènes de groupe, familial et de travail, et à la naissance de l’idée d’autogestion puis à ses débuts de réalisation dans l’usine qui emploie le personnage principal incarné par Mikaël Treguer (le jeune ouvrier) issu comme quelques-uns de ses camarades du plateau de l’École de la Comédie de Saint-Étienne. Un authentique feuilleton (c’en était d’ailleurs un à la télévision !), plongé dans un bain d’optimisme un rien idéaliste : cela se passe chez Fassbinder dans les années 1970 en Allemagne. Cette fiction dramatique de l’époque réagencée par Julie Deliquet elle-même, avec le concours de Julie André et de Florence Seyvos, à partir de la traduction de Laurent Mulheisen, n’est pas sans rappeler Les Vivants et les morts de Gérard Mordillat qu’avait mis en scène il y a plus d’une dizaine d’années Julien Bouffier. Dans le monde ouvrier, le monde n’a guère changé.

D’un texte foisonnant le trio d’adaptatrices, même en ne présentant que cinq épisodes de l’ensemble de l’œuvre de Fassbinder, a dû couper dans le vif, pour notamment mieux braquer les projecteurs sur le jeune couple interprété par Mikaël Treguer et Ambre Febvre, et présenter ainsi un axe dramatique plus clair. Sans doute auraient-elles pu aller plus loin encore, le spectacle souffrant, surtout dans la première partie, de longueurs et de redites. C’est un mince reproche au regard de la réussite de l’ensemble porté par une distribution sans faille, jouant dans le registre évoqué plus haut. Retrouver Évelyne Didi dans son rôle de composition de la grand-mère est un vrai bonheur. Jean-Pierre Han

Le 14/10/22, Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge. Du 19 au 21/10, Domaine d’O, Montpellier. Du 8 au 11/11, TnBA, Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine. Les 17 et 18/11, Théâtre Edwige Feuillère, Vesoul. Les 01 et 02/12, Théâtre de Lorient. Les 13 et 14/12, La rose des vents, Lille Métropole Villeneuve d’Ascq

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Les frictions de JP, Rideau rouge

Limoges, capitale de la francophonie

Du 20/09 au 01/10, à Limoges (87) et alentour, se déroulent les Zébrures d’automne ! Sous la férule du metteur en scène et directeur, Hassane Kassi Kouyaté, un hymne à la francophonie dans une myriade de propositions artistiques et culturelles… De la Haute-Vienne à l’archipel caraïbéen, de l’ouest africain aux territoires ultra-marins, un festival aux saveurs épicées et aux paroles métissées.

« En ces temps identitaires, où certains remontent obstinément le cours du temps à la recherche d’une source « pure », où la complexité du monde n’a jamais provoqué de réponses aussi simplistes », commente Alain Van der Malière, le président des Francophonies, « il ne faut pas manquer ce rendez-vous de septembre à Limoges » ! Au menu, rencontres, débats, expos, musique, lectures, cinéma et théâtre : autant de propositions artistiques pour célébrer la francophonie, une langue et son pouvoir de création, dans une riche palette multiculturelle. Comédiens et musiciens de Guadeloupe et de Martinique, du Mali et de Guinée, de France et de Belgique, de La Réunion et de Haïti, femmes et hommes de toutes couleurs, ils sont au rendez-vous de cette nouvelle édition des Zébrures d’automne. Pour donner à voir et entendre, danser et chanter une humanité métissée et une fraternité partagée…

« Les Francophonies sont par excellence le lieu d’ouverture au monde. L’endroit où l’on peut côtoyer la différence qui nous fait autre », proclame avec enthousiasme Hassane Kassi Kouyaté, metteur en scène et directeur du festival. « La création d’expression française est d’une incroyable fraîcheur, qui mérite bien mieux qu’un simple clin d’œil. Déjà, pour la seule France, il faut savoir qu’en moult lieux d’Outremer on n’y trouve ni conservatoire, ni école artistique, parfois même pas de salle de théâtre ou de concert ». Selon l’homme de théâtre, il devient donc urgent d’insuffler une politique volontariste en ce domaine, se réjouissant que par leur existence les Francophonies bousculent les consciences dans le bon sens ! Qui ouvre ensuite son propos à un horizon plus large encore : veiller à ce que la francophonie ne se limite pas aux anciens pays colonisés ou aux membres de l’O.I.F, l’Organisation internationale de la francophonie. « L’Algérie n’en fait pas partie, on y parle encore français, à ce que je sache ! Mon parti pris ? Élargir la francophonie à tous les artistes créant en langue française ».

Le festival ouvrira les réjouissances le 20/09 par un hommage appuyé, et mérité, à Monique Blin disparue en janvier 2022. Une soirée en mémoire de celle qui, avec Pierre Debauche alors directeur du Centre dramatique national du Limousin, créera le premier festival des Francophonies en 1984 et le dirigera jusqu’en 1999 ! Sous sa houlette, émergeront des talents aujourd’hui reconnus : Robert Lepage, Wajdi Mouawad… Pour se clore, le 01/10, avec une « conversation » en compagnie de Daniel Maximin, le poète et romancier antillais qui partagera son regard sur les mondes artistiques et littéraires contemporains. Entre ces deux dates, dans un florilège de créations, quatre spectacles qui s’attarderont sur le territoire métropolitain : La cargaison du 22 au 24/11 au Théâtre du Point du Jour à Lyon, Anna, ces trains qui foncent sur moi les 13 et 14/10 à l’Opéra-Théâtre de Metz, Mon Éli du 09 au 13/05 au Glob Théâtre de Bordeaux, L’amour telle une cathédrale ensevelie du 11/11 au 11/12 au Théâtre de la Tempête à Paris. Yonnel Liégeois

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Expos, Festivals, Littérature, Musique/chanson, Rencontres, Rideau rouge

Mouloudji, l’impardonnable oubli

Il y a cent ans, le 16 septembre 1922, naît à Paris Marcel Mouloudji. Depuis la mort du chanteur, peintre et comédien, plane un profond silence. Brisé avec Mouloudji, Athée ! Ô grâce à Dieu… Un livre écrit par Annabelle et Grégory, ses enfants.

Ils ont réussi un émouvant portrait croisé de ce père très aimé mais trop souvent absent avec lequel ils n’ont pleinement vécu ni l’un ni l’autre. L’aîné Grégory, dit Gricha, est né en 1960 d’une jeune danseuse de 22 ans, Lilia Lejpuner, qui travaillait à l’époque au Drap d’Or, le même cabaret que son père. Il lui ressemble de façon troublante. Annabelle, de sept ans sa cadette, a la blondeur et les yeux bleus de sa mère Nicolle Tessier. Dans Mouloudji, Athée ! Ô grâce à Dieu…, ils alternent leurs confidences, forcément différentes puisqu’ils ont vécu chacun avec leur mère respective. Annabelle, plus à fleur de peau, s’adresse souvent directement à lui tandis que Gricha, plus distancié, raconte son père à la troisième personne et laisse percer le regret d’avoir été parfois délaissé au profit de ses conquêtes (ses « émouvantes » comme il les appelait). L’ouvrage est abondamment illustré de photos, mais aussi de reproductions de documents, de courriers et de quelques unes de ses nombreuses toiles, il dresse un portrait intime de l’artiste, chaleureux mais sans complaisance. Selon Laurent Balandras, l’éditeur musical qui a collaboré à l’ouvrage, « Mouloudji ne sait prendre les rênes ni de sa vie privée ni de sa vie professionnelle. Il engendre des chansons, des livres, des films, des tableaux et deux enfants avec la même inconscience. Il va lui falloir du temps pour se rapprocher de sa progéniture et tisser des liens avec ces chairs de sa chair si dissemblables ».

Cet ouvrage n’étant pas une biographie à proprement parler, il nous faut retracer l’itinéraire incroyable de ce gosse des Buttes Chaumont parti de rien… Du passage Puebla dans le XIXème arrondissement de Paris où il naquit en 1922, il ne reste plus trace. Seuls les anciens plans de Paris révèlent ce lieu à l’angle de l’avenue Simon Bolivar et de l’avenue Mathurin Moreau. Fallait-il voir dans l’action des bulldozers un funeste présage de l’invisibilité à laquelle est condamné le souvenir de cet artiste aux dons multiples ? De fait, il embrassa bien d’autres formes d’expression que la chanson : le théâtre, le cinéma, la peinture surtout qu’il ne cessa de pratiquer.

Il fut le premier « beur » du show-biz et le chanteur le plus romantique de sa génération. Tenant le micro comme une fleur, « Comme un p’tit coquelicot.. », il égrenait ses textes avec une diction parfaite et, selon Antoine Blondin, une troublante « voix de velours côtelé ». Le plus tourmenté aussi, sans doute, irrémédiablement marqué par la misère sociale et surtout affective de son enfance entre son père Saïd, maçon kabyle analphabète, et surtout sa mère Eugénie, bretonne et catholique qui fut internée pour troubles mentaux lorsqu’il n’avait que 11 ans . Il eut à subir la violence de ses crises d’hystérie. Nul doute que ce manque d’amour maternel explique en partie ses relations amoureuses chaotiques, autant que son incapacité à construire un couple durable et une carrière rigoureuse.

Une fée s’était pourtant discrètement penchée sur le berceau du petit Moulou, celle des « bonnes rencontres »… « Comme tous les enfants du monde, tu veux faire plaisir à ton père et chantes le dimanche à la Grange-aux-belles pour les Pionniers rouges du parti communiste. Au cours d’un spectacle, tu te fais remarquer par Sylvain Itkine, comédien et metteur en scène », raconte Annabelle… « Il te présente à Jean-Louis Barrault, chez qui tu habiteras au 7, rue des Grands Augustins. Barrault vous engage au théâtre, ton frère André et toi, pour jouer dans « Le Tableau des merveilles » de Cervantès, adapté par Jacques Prévert. Tu apprends ton métier auprès de Charles Dullin…Tu rencontres Louis Jouvet, Colette, croises de nombreux artistes, noues des amitiés avec les membres du groupe théâtral Octobre. Tu côtoies les surréalistes : André Breton, Raymond Queneau, Robert Desnos et Marcel Duhamel, fondateur de la Série noire chez Gallimard, à qui tu aurais soufflé le titre de « Série Noire pour nuits blanches ».
Tout est dit, la bonne fée a fait son œuvre. Marcel Duhamel hébergera à son tour le jeune garçon qui, en dépit d’une scolarité brève et chaotique, avait le goût des mots. Il fréquente Saint-Germain des Prés et le Café de Flore, Simone de Beauvoir qui le qualifie « d’adorable petit monstre », l’encourage dans son désir d’écrire. Elle corrigera même les épreuves de son premier roman, « Enrico », qu’il écrit à 22 ans et qui obtiendra le Prix de la Pléïade en 1944. Il en écrira bien d’autres, avant d’entreprendre sa biographie en1989.
A l’âge de 16 ans,, il joue notamment dans « Les disparus de Saint-Agile », le film de Christian-Jaque, plus tard il interprète magnifiquement le condamné à mort dans « Nous sommes tous des assassins » d’André Cayatte. Sa filmographie se poursuit jusque dans les années 60,  dont « La maison Bonnadieu » où il chante « La complainte des infidèles ». En parallèle, il écrit des pièces de théâtre, expose ses premières toiles.

En 1950, il débute sa carrière de chanteur professionnel avec un premier disque au Chant du Monde, sur des textes de Queneau et Prévert. Refusé par Maurice Chevalier et Yves Montand, « Comme un p’tit coquelicot » lui vaudra la gloire et sera doublement primé : Prix de l’Académie Charles Cros en 1952, Grand Prix du disque en 1953 ! Par la suite, il interprète ses propres textes, tel « Un jour tu verras », sa chanson la plus célèbre et la plus reprise dans nombre de pays. Il se met aussi au service de ceux de Boris Vian et de Jacques Prévert. Sa version des « Feuilles mortes » est infiniment plus vibrante et romantique que celle d’Yves Montand, trop mielleuse pour être réellement émouvante. À cette époque, il connaît la célébrité mais, hanté par son enfance miséreuse, il est obsédé par la peur du manque. « Toute grande vedette de la chanson qu’il est, il dit avoir beaucoup de mal à joindre les deux bouts (…) il a des oursins dans les poches », note Gricha.
Fondamentalement nonchalant, épris de liberté et d’ indépendance, l’homme n’en est pas moins sensible au sort des plus humbles. Il ne craint pas de prendre quelques risques pour ses convictions. Preuve en est avec sa décision, en 1954, de créer « Le Déserteur » de son ami Boris Vian. Il accepte, à la condition de modifier la fin de la dernière strophe pour être en accord avec ses convictions : au lieu de la version de Vian « Prévenez vos gendarmes que j’emporte des armes et que je sais tirer », il chante « Prévenez vos gendarmes que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer ». Hélas pour Mouloudji, le jour même de la création, l’armée française tombe à Diên Biên Phu… ! La chanson sera interdite d’antenne jusqu’en 1962, néanmoins Boris Vian valide définitivement la version antimilitariste de son ami Moulou.

Après plusieurs décennies où il se partage entre galas, enregistrements, écriture de livres et ses chers pinceaux qu’il n’a jamais abandonnés, vient une période moins faste comme en témoigne Gricha. « L’hiver 1981/1982, papa tombe malade, sorte de forte grippe dont il ressort amoindri… Lorsque je reviens (des U.S.A, ndlr) au printemps 1982, je le retrouve désorienté… à bientôt 60 ans, il n’a plus la voix qui jusqu’ici lui assurait le succès sur la scène, lui offrant ainsi d’être toujours en partance… ». Chanteur lui-aussi, Gricha aide alors son père dans les galas, parfois en duo avec lui pour la plus grande joie des spectateurs qui ont l’impression troublante de voir et d’entendre deux Mouloudji pour le prix d’un ! Hélas, une pleurésie en 89 l’affaiblira encore davantage.

Il meurt le 14 juin 1994, aussi discrètement qu’il a vécu… Il n’eut droit qu’à un court hommage sur Arte. Depuis ? Aucune évocation sonore ni visuelle de sa très longue carrière, à l’exception de Philippe Meyer, le grand amoureux de la chanson à texte (et à voix !) qui le diffusa parfois dans son émission « La prochaine fois je vous le chanterai » sur France Inter. Pourtant, en cet après-midi du 13 octobre 2006, une foule se presse aux abords de la salle 7 de l’Hôtel Drouot pour la « dispersion de l’atelier Mouloudji » : si la formule est d’usage, elle n’en sonne pas moins cruellement, vu le silence fait à la mémoire de l’artiste et de l’homme. Une foule hétérogène, plutôt simple mais étreinte par l’émotion : certains l’avaient bien connu, la plupart l’avaient aimé de loin et un dialogue chaleureux s’était engagé. Étaient proposés plusieurs centaines de tableaux, dessins, gravures, enregistrements, photos, livres et objets plus personnels comme son chevalet et sa boîte de peinture. Les mises à prix ? Modestes, à son image… Chacun, ou presque, repartit avec un souvenir de cet artiste très atypique.

Le plus beau que nous pourrions garder de lui, par sa résonance dans le contexte mondial actuel ? Peut-être la première strophe, saisissante, de son auto-portrait: « Catholique par ma mère, Musulman par mon père, un peu Juif par mon fils, Bouddhiste par principe, Athée, Oh grâce à Dieu… ! ». Chantal Langeard

7 Commentaires

Classé dans Cinéma, Musique/chanson

Godard, le génie subversif

Le 13 septembre 2022, un géant du cinéma a déserté l’écran, Jean-Luc Godard est mort. « Qu’est-ce que l’art, Jean-Luc Godard ? » rimait Aragon à la une des Lettres françaises, le 9 septembre 1965, pour la sortie de Pierrot le Fou. Godard n’a jamais répondu qu’en brouillant sans cesse les codes, comme on dit.

Il a autopsié le cinématographe, pour voir et montrer ce qu’il avait dans le ventre. De cette opération, un autre art du film est né, infiniment libre, coupant, monté cut, semblable à l’improvisation du jazzman ou à Picasso réinventant la peinture après l’avoir déconstruite. Truffaut, avant leur brouille, disait : « Godard a pulvérisé le système, il a fichu la pagaille dans le cinéma… » À bout de souffle a tout changé.

Qu’est-ce que l’art ? Je suis aux prises de cette interrogation depuis que j’ai vu le Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, où le Sphinx Belmondo pose à un producteur américain la question : Qu’est-ce que le cinéma. Il y a une chose dont je suis sûr, aussi, puis-je commencer tout ceci devant moi qui m’effraye par une assertion, au moins, comme un pilotis solide au milieu des marais : c’est que l’art d’aujourd’hui, c’est Jean-Luc Godard. Louis Aragon, Les Lettres Françaises 1965

Il n’a jamais dérogé à sa règle d’« organisateur conscient du film », en maîtrisant tous les postes, de l’écriture à l’image, au son, à la musique et au sens toujours surprenant, fertile dans la culture du paradoxe, ce synonyme poli de la contradiction. En lui, le poète visuel se double d’un théoricien averti, d’un dialecticien aussi surprenant que Brecht, par exemple. En témoignent ses Histoire(s) du cinéma (1988-1998) éditées par Gallimard.

Subjuguant son monde, il a été adoré et haï. Les maoïstes français n’aimaient pas la Chinoise ; les juifs américains le jugeaient antisémite parce qu’il prenait fait et cause pour les Palestiniens… Il faisait face à toute polémique de la même voix inimitable, étrangement grave, un peu suisse, semée de blancs dans le discours avec un rien d’insolence pince-sans-rire.

Qu’est-ce que j’aurais dit, moi, si Belmondo ou Godard m’avait demandé : qu’est-ce que le cinéma ? J’aurais pris autrement la chose, par les personnes. Le cinéma, pour moi, cela a été d’abord Charlot, puis Renoir, Buñuel, et c’est aujourd’hui Godard. Voilà, c’est simple. On me dira que j’oublie Eisenstein et Antonioni. Vous vous trompez : je ne les oublie pas. Ni quelques autres. Ma question n’est pas du cinéma : elle est de l’art. Louis Aragon, Les Lettres Françaises 1965 

Nous traitons par ailleurs de son œuvre entier, fait de films phares et, à un moment donné, d’interventions d’agit-prop gauchistes. Rien à jeter, il faut tout prendre chez un artiste de cette trempe qui a su filmer avec une telle intensité les affres de l’amour et les vertiges politiques de la société de son temps. La Suisse n’est pas que le pays des coucous et du chocolat au lait. Elle produit, de temps en temps, un Marat et un Godard.

Pendant que j’assistais à la projection de Pierrot, j’avais oublié ce qu’il faut, paraît-il dire et penser de Godard. Qu’il a des tics, qu’il cite celui-ci et celui-ci là, qu’il nous fait la leçon, qu’il se croit ceci ou cela… enfin qu’il est insupportable, bavard, moralisateur (ou immoralisateur) : je ne voyais qu’une chose, une seule, et c’est que c’était beau. Louis Aragon, Les Lettres Françaises 1965

À l’ère du streaming et des blockbusters, l’effacement du génie subversif de Godard nous signale que le septième art du XXe siècle a définitivement mis la clé sous la porte. Jean-Pierre Léonardini

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, La chronique de Léo

Adieu, Godard !

Le 13 septembre 2022, un géant du cinéma a déserté l’écran, Jean-Luc Godard est mort. Dans la petite lucarne comme à la radio, les éloges pleuvent. En hommage à ce monument du 7ème art, Chantiers de culture vous propose la (re)lecture de l’article sensible, empreint de justesse et de passion, que signait Jean-Pierre Burdin dans ces colonnes en juin 2014, à l’heure de la sortie d’Adieu au langage. Yonnel Liégeois

Printemps 2014,  je sors d’un film de Jean-Luc Godard. Je suis allé écouter un film. Oui, je suis allé écouter hier le dernier film de Godard, son Adieu au langage, au cinéma du Panthéon. Chez Godard, on écoute. On écoute même les images. Ce film est une musique, un poème. Il n’est pas l’illustration d’un poème. Il EST poème. Il ne se donne pas, il faut en conquérir la vision de l’écoute. « Cet instant (qui) s’allonge (et) qui a sa profondeur », dont parle Guillevic, me remonte alors aux lèvres. La profondeur de l’instant perdu dans cette sorte de compétition, de sprint qui rend nos journées courtes.
Comment parler d’un tel film et le faut-il, d’ailleurs ? Parler d’Adieu au langage, n’est-ce pas prendre le risque de fermer, de clore précisément ce que Godard ouvre avec tant de force dans son exploration du réel ? Éclosion des fleurs, je note qu’elles sont sauvages, et même des nuages ouatés qui diffusent une lumière mouvante faite de nuées baroques prodiguant, en manne bénie, pluie, neige, vents traversés de rais furtifs du soleil. Présence de la nature et la nature peut être dans l’urbain. Et parfois du soleil blanc à la lumière fatigante, qu’on sent Godard ne pas aimer vraiment. Elle nie l’obscurité et ne permet pas de la traverser.

Nuit et Jour. Intérieur/extérieur. Saisons. Là-dessus, regard de la caméra au plus près de celui du chien Roxy. Impeccablement filmé, Roxy ! Comme les films animaliers me semblent ici poussiéreux, vieux… Ils paraissent projeter sur l’animal un tel anthropomorphisme. Godard cherche le contraire. Il fouille, scrute, colle au regard porté par le chien sur le monde dont nous avons besoin, rappelle-t-il, pour constituer le nôtre. Besoin de ce regard là, oublié. De Bussang à l’été 2011, j’ai de bonnes raisons de m’en bien souvenir maintenant, cette idée cousine me revient, trouvée chez Erri de Luca, et je nous revois lisant, mon épouse et moi, dans la petite chambre de l’hôtel, Le poids du papillon. Envie de rester dans cette béance du film. Dans l’interrogation portée par cette ouverture. Dans cette indétermination. Ne pas parler sur le film donc, mais de son travail en nous. De la force qu’il libère, de l’impression qu’il laisse en nous. Du silence qu’il instaure. Pas parler sur le film mais du film en nous. La révélation qu’il fait de nous en nous.

C’est un film éminemment politique. Je n’entends pas par là l’analyse, la stratégie ou la tactique politiques. Je ne parle pas non plus ni du pouvoir, ni des hommes et des partis politiques. Nous ne sommes pas ici dans la pensée « calcul » où le politique s’abîme tellement aujourd’hui puisqu’il n’est plus porté par une vision, une écoute. Il s’agit de la vie de l’esprit, de la pensée sensible. Il s’agit ici du politique dans ce qui le fonde, et qui est pourtant déjà pleinement du politique, mais n’y est pas soumis, s’en soustrait un temps du moins. Du politique qui n’aurait pas dit « Adieu au langage ». Péguy a de belles pages là-dessus. Il est mal vu, je sais, de le citer, il parle de mystique… Jaurès aussi, autrement. Perte de cela par le politique et qui épuise la radicalité du Non dans la recherche éperdue, effrénée d’un bonheur fabriqué. Plat. Ce film nous rend insatisfait et nous montre dans quels assouvissements, assoupissements nous sommes englués, embourbés. Nous sommes comme aliénés dans notre désir même. Cet Adieu au langage explore l’oubli du langage, sa perte, en tout cas son déclin à l’horizon de tous. Dans son pessimisme, peut-être, il témoigne pourtant du chemin de résistance inouïe du poème. C’est pour cela qu’il est important. Il montre l’éclipse de la radicalité du NON lorsqu’elle s’épuise dans un bonheur idolâtré qui n’est pas vraiment le nôtre mais qui nous vient de la « bête sociale ». « Dire Non et mourir. Rien d’autre ».

Comme ils m’agacent, ceux-là, lorsqu’ils disent qu’ils ne comprennent pas. C’est abscons, ésotérique. C’est comme si c’était trop compliqué pour nous. « N’y allez pas, vous n’aimerez pas, vous ne comprendriez pas ! » Que d’abscons, que d’ésotérique dans ce regard porté sur les êtres, les choses ? Dans ces fragments d’une réalité diffractée dans une sorte de vue kaléidoscopique qui redistribue les cartes du réel ? Besoin de nouvelles formes. Un vrai regard. Ce film parle à tous. Il institue en tous un silence. En fait, Godard est clair, c’est nous qui sommes sourds et aveugles. Il est tellement clair. Si je dis limpide, on va se rire de moi ! Et pourtant, in petto, je le pense vraiment. Godard sature tout, les couleurs, la bande son, la 3 D même, qu’il malmène jusqu’à ce que du son elle rende la musique qui est en nous. Dehors/dedans. C’est un travail de peintre, nous obligeant à questionner ce que nous croyons voir ! Pour voir et entendre, il faut lâcher prise, passer par le regard de l’animal !

Savoir entendre et voir, et les êtres et les choses. Laisser venir en nous les paysages. C’est comme s’ils étaient fiers, ceux-là, de ne rien comprendre ! De ne rien entendre. Et pourquoi ne s’interrogent-ils pas d’abord sur eux-mêmes, sur leurs propres capacités d’écoute, de dépaysement, tous ceux-là qui, au revers d’une phrase, ne voient chez Godard que vains artifices factices, le trouvent snob, provocateur. Vieux patibulaire dont ils ne comprennent pas la jeunesse. Et si nous ne comprenons pas, n’est-ce pas parce que précisément nous avons déjà dit adieu au langage, ou que le langage nous a largués, abandonnés ? Que nous n’arrivons plus à parler, à se parler ? Que nous ne pouvons plus sortir du plat du langage, ou plutôt justement y entrer, n’est-ce pas cela même que nous vivons aujourd’hui au plus brûlant de l’actualité ?

Ce reflux du langage en nous, et donc de la pensée, n’a-t-il pas une histoire politique ? Qui remonte loin. Et dont Jacques Ellul, dont Godard fait un bel éloge, a entrevu la portée. Notons qu’à leur façon nombre de philosophes portent aujourd’hui cette question, c’est selon leur manière et leur esprit, Jean-Luc Nancy, Cynthia Fleury, Julia Kristeva… Mais ce film n’est en rien un cours de philosophie. Il ne manipule rien, ni idées ni personnes. Il est une métaphore de toute l’histoire de l’humanité saisie dans l’instant. Il est cheminement (méditation) donné à entendre. Il donne simplement à être « inquiet », à ne pas trouver le repos, a être insatisfait de l’état dans lequel l’on se trouve ». Et si obscurité il y a, c’est pour chercher la lumière. Métaphore de la salle de cinéma.
J’ai l’impression qu’on refuserait aux enfants d’aujourd’hui de lire Rimbaud ou Mallarmé, parce que chercher à comprendre serait désespérant ! Pourtant, il faut bien aller vers ce que l’on ne comprend pas et suspecter ce que l’on croit comprendre. « Le propos est simple », assure Jean-Luc Godard à force de citations. Mais les citations pour lui, comme pour Sollers, sont les preuves que ce qui est perdu existe pourtant, et dont probablement leurs auteurs sont des sortes de témoins. Mais son film ne laisse ni l’intelligence, ni l’âme en repos. Mais qu’est-ce que comprendre un poème, une musique ? Où voit-on que les choses se donnent spontanément à comprendre, à voir, à entendre ? Ne s’agit-il pas de les laisser venir à nous, nous envahir ?

Fermons les yeux et laissons venir les larmes. Elles coulent, inondent. Ce ne sont pas des larmes de bonheur, ni de souffrance, mais de joie. Joie de croiser aussi dans la salle à la même séance, lumière revenue, Michel Piccoli accompagné d’une amie. Être à l’écoute d’une même parole, celle de Jean-Luc Godard, avec Piccoli. Le Michel Piccoli du Mépris ! J’embarque dans mon souvenir Brigitte Bardot, puisque France Inter hier matin m’a appris qu’elle fêtait ces jours-ci ces quatre-vingts ans ! Jean-Pierre Burdin

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Pages d'histoire

Roustaee, l’Iran de Leila

Sorti en salles le 24 août, Leila et ses frères est le troisième film de Saeed Roustaee. Tout à la fois saga familiale et portrait de la société iranienne contemporaine… En 2h40, le jeune cinéaste brosse une fresque vertigineuse inspirée de la réalité sociale de son pays. Un cinéma qui a du souffle.

Saeed Roustaee avait été remarqué en 2019 lors de la sortie de son deuxième film, La loi de Téhéran. Ce thriller nerveux plongeait le spectateur dans les bas-fonds de la société iranienne et dans les coulisses des services de police et de justice iraniens avec une énergie et un sens de la photographie saisissants.

Leila a la trentaine et porte à bout de bras ses parents et ses quatre frères. Frappée de plein fouet par la crise économique, la famille croule sous les dettes et encaisse les déconvenues des uns et des autres. Il y a différents profils : le sensible qui vient de se faire virer de l’usine de métallurgie mise à l’arrêt, le magouilleur candide qui va de combine foireuse en affaire bidon, le père de famille obèse qui n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa famille nombreuse et le beau gosse, gentil mais sans cerveau. Pour les sauver du marasme, Leila voudrait acheter une boutique et lancer une friperie où ils travailleraient tous. Mais le patriarche a promis les 40 pièces d’or nécessaires à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, ce qui constituerait une reconnaissance sociale suprême. Entre poids des traditions culturelles et épanouissement individuel (ou simple pragmatisme économique), le scénario va emmener cette saga familiale dans une crise profonde, dont les ressorts s’avéreront plus complexes qu’une simple confrontation entre générations.

Crise économique et sociale

On se souvient de la spectaculaire scène d’ouverture de La loi de Téhéran : des milliers de drogués relégués dans de vastes terrains vagues et chassés par les forces de police. Ici, c’est la fermeture –  manu militari – d’une usine de métallurgie par des forces de sécurité qui agit comme un uppercut. En quelques instants, le gigantesque monstre de fer se vide de ses petites mains dans un flux continu. Sous la menace de violences physiques, les ouvriers sont sommés de quitter les lieux. Pas de passage prévu par le bureau de la DRH, pas de licenciement en règle. Dehors, et basta.

Tout au long de son récit, Saeed Roustaee dépeint une société iranienne en proie à une grande violence économique. « [En Iran], on a pu observer lors des dernières décennies un développement d’une classe moyenne. Y compris dans des petites villes de province où les familles commençaient à atteindre un certain confort de vie (…), ce qui en a peu à peu fait le noyau dur de cette société, explique-t-il dans le dossier de presse du film.  À partir de la présidence d’Ahmadinejad, cette structure a été totalement bouleversée. Cette classe moyenne a disparu au profit d’une fracture de plus en plus grande et d’un appauvrissement massif. À Téhéran, les gens qui vivaient dans des quartiers de moyenne gamme sont partis dans les périphéries, et, par effet mécanique, les gens très pauvres se sont retrouvés dans des endroits proches de bidonvilles. Seule une petite catégorie de personnes a réussi à s’enrichir ».

Les femmes, piliers sacrifiés

Leila est au cœur du titre, elle est aussi au centre du scénario. Ce personnage de femme, la trentaine, qui vit toujours chez ses parents et qui n’a d’autre vie que celle qu’elle met au service des siens, est à la fois un symbole de sacrifice et d’intelligence. Les comédiens  sont remarquables, et Taraneh Alidoosti, qui incarne Leila, est époustouflante de vérité dans son rôle de sœur dévouée. Elle incarne la disponibilité, l’énergie, la sagacité. Au début du film, les scènes de l’usine qui se vide sont entrelardées avec celles où on voit Leila recevoir des ondes de choc à l’épaule. Dans l’intimité d’un cabinet de kinésithérapie, le réalisateur indique déjà qu’elle aussi a du plomb dans l’aile, à porter sur son dos le poids des siens.

Sans verser dans la caricature, le réalisateur charge parents et frères. Le père se comporte souvent comme un gamin, la mère se fait garante des traditions les plus patriarcales tandis que les frères, certes pas méchants, ne sont pas très futés non plus : une galerie de portraits attachante mais sombre. Action structurée par de nombreux rebondissements, récit tenu, personnages dessinés avec sensibilité, longs dialogues ciselés, sens des cadrages, plaisir d’une belle photographie… La réalisation de Saeed Roustaee est soignée, maitrisée, de bonne facture. Dominique Martinez

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Festivals

Magdala, entre fusion et passion

Dévoilé au festival de Cannes 2022, sort en salles Magdala réalisé par Damien Manivel. Mieux qu’un film sur les derniers jours de la vie de Marie-Madeleine, l’amie de Jésus, c’est de fusion dont il nous parle. Passion et fusion avec la nature, l’univers, l’universel !

Quel est ce corps qui se meurt ? Ces membres qui se meuvent avec lenteur ? Cette bouche qui absorbe avec délectation, bien que semblant sans appétit pour le présent ? De quoi sommes nous fait ? De quels désirs ? De quels rêves ? Ou, juste, de chair et d’os ?

Il peut être étonnant de débuter un propos sur une œuvre par des questions. Il me semble que l’on ne peut parler autrement de Magdala. Ce film n’est pas une thèse sur l’écologie ou sur le christianisme. Aucune réponse à quoi que ce soit, juste la proposition d’une expérience qui nous projette au plus profond de nous-même, au plus beau de ce que nous sommes. Et encore, aucune mièvrerie, pas plus d’autosatisfaction à bon compte, seulement la proposition de venir puiser-là la confiance qui permet de reprendre le chemin.

En nous offrant une lecture de ce corps au crépuscule de la vie, la caméra de Damien Manivel nous invite à la rêverie. Non pas les rêves qui endorment, ramollissent le corps autant que la pensée. Mais bien plutôt de ceux qui nous font être au monde plus que la réalité. L’image nous révèle comme pétris de la terre, à l’unisson de l’arbre, élément de la forêt et du monde qui la peuple. 

Admirable Elsa Wolliatson qui nous entraîne ainsi à la mesure de son pas qui tâtonne, de sa main qui se tend en tremblant, de son souffle qui se cherche. Les gestes sont lents, tout mouvement réclame l’effort et pourtant une énergie incroyable nous traverse. Sans doute musique et bruissement de cette nature environnante y contribuent fortement.

C’est de fusion dont nous parle ce film. Fusion du corps avec l’univers qu’il habite, avec l’universel vers lequel il tend. Fusion de l’amour, de la passion. Fusion comme celle au cœur du volcan ou encore, comme dans cette séquence extraordinaire, au creux de ce cœur ensanglanté que la main retient, préserve et offre tout à la fois.

Alors que le récit est si ténu, comment se fait-il que nous recevions non pas l’histoire d’une vie, mais de la Vie, le récit de toute création ? L’expérience que nous découvrons est des plus banales et, dans le même temps, des plus terrifiantes : celle d’une vie qui se termine sans drame ni mélodrame. Le drame précède !

C’est la magie de la caméra de Damien Manivel. Et il nous dit, dans la rencontre avec le public qui a suivi la projection, que cela pourrait être le dernier film qu’il fera ainsi. Trop difficile de trouver les financements pour un cinéma différent. Trop de frustrations de ne pouvoir payer correctement acteurs et techniciens.

Alors, courez ! Courez voir !

C’est un coup de fraîcheur à s’offrir par ces temps de canicule. C’est un geste militant pour celles et ceux qui cherchent à défendre des actes de création qui portent du sens, pour celles et ceux qui cherchent à défendre des formes d’écriture cinématographique qui ne s’enferment pas dans les conventions mais laissent jaillir une phrase sensible. C’est de la veine de Béla Tarr, les premières images nous plongent dans un univers proche du Cheval de Turin. Ou, encore, à cause de la caméra minimaliste qui traque le geste au plus près, on imagine une sorte de filiation avec l’œuvre de Pierre Creton.

Mais, alors que j’achève, je m’aperçois que j’ai peu évoqué l’histoire. À vrai dire, c’est à dessein. Il s’agit des derniers jours de la vie de Marie-Madeleine de Magdala. La seule femme présente au pied de la croix de Jésus avec Marie, sa mère. La première aussi qui découvrira Jésus ressuscité, selon les évangiles. Mais débuter par cela serait vous fourvoyer, vous faire craindre le film religieux et les bondieuseries. Rassurez-vous, de bondieuseries vous n’en trouverez pas. Cependant, bien qu’il ne développe aucune thèse, peut-être nous parle-t-il plus de spiritualité qu’il n’y paraît. Dans le sens où il interroge le fond de notre humanité, le sens de la vie, en plaçant son héroïne entre finitude et éternité. En cela, j’ose dire que c’est un très beau discours sur la religion chrétienne si l’on se rappelle que l’incarnation en est le cœur.

Un très beau témoignage comme savent en faire parfois ceux qui ne sont pas croyants, tel se définit Damien Manivel, bien mieux que ceux qui s’en réclament. Serge Le Glaunec

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma

Michel Bouquet, profession acteur

Le 13 avril, à l’âge de 96 ans, Michel Bouquet s’est éteint après une carrière d’une longévité exceptionnelle. Au théâtre, il a joué avec Vilar et Anouilh, interprété Molière, Beckett et Ionesco. Au cinéma, sa présence énigmatique lui a valu la gratitude de tous les publics.

On s’y attendait, certes, en voulant sourdement ne pas trop y penser. On savait le grand âge de Michel Bouquet. On redoutait d’apprendre le jour de sa disparition. Ce fut le 13 avril 2022. Il avait 96 ans. Il aurait bien voulu mourir en scène, dans Le roi se meurt, d’Eugène Ionesco, qu’il a joué tant de fois depuis 1994, en y mettant tellement du sien. Grand comédien au théâtre, grand acteur au cinéma, professeur vénéré au Conservatoire, admiré par les anciennes générations comme par les plus jeunes, Michel Bouquet laisse la trace d’une conception infiniment digne et altière de son métier, qu’il a exercé haut la main dans une infinité de peaux, d’où il sortait toujours tel qu’en lui-même. Il ne croyait pas à l’inspiration échevelée. Il n’avait foi qu’en le travail assidu. Ne pas se prendre pour Rimbaud, disait-il. C’est ainsi qu’il glorifiait le statut de l’interprète.

Encore adolescent, après avoir été apprenti boulanger, petit employé de commerce, il vainc sa timidité pour aller, au 190, rue de Rivoli, frapper à la porte de Maurice Escande, pensionnaire de la Comédie-Française. Il lui débite la tirade du nez du Cyrano de Rostand. Il entre au Conservatoire, dont il sera, en sa pleine maturité, un maître aussi recherché que Louis Jouvet en son temps. Tout est allé vite pour lui. En 1945, repéré au Conservatoire par Albert Camus, qui n’est pas encore écrasé par la célébrité, Michel Bouquet joue le poète Scipion, aux côtés de son condisciple Gérard Philipe, qui tient le rôle-titre dans Caligula. Avec Camus, il sera encore dans les Justes (1949), puis dans les Possédés (1959). En parallèle, ce sera l’aventure du Théâtre national populaire de Jean Vilar. Dans la Mort de Danton, de Büchner (1953), il incarne Saint-Just. D’un autre côté, c’est Jean Anouilh qui l’adopte, ce qui lui vaudra ses premiers succès grand public. Il sera donc dans Roméo et Jeannette et l’Invitation au château (1947), l’Alouette (1953, près de mille représentations !) et Pauvre Bitos (1958).

Sa voix si précisément sèche, à la diction millimétrée, fit merveille dans le théâtre de l’ambiguïté savante du Britannique Harold Pinter, successivement dans la Collection (1965), l’Anniversaire (1967), No man’s land  (1980). Le metteur en scène tchèque Otomar Krejca lui offrit le rôle de Pozzo dans En attendant Godot, de Samuel Beckett, lors d’une création mémorable au Festival d’Avignon en 1980. En 1984, au Théâtre de l’Atelier, il est le Neveu de Rameau, éblouissant dialogue philosophique de Diderot, à qui l’on doit l’essai sur le Paradoxe du comédien, qui va comme un gant à Bouquet, comédien par excellence qui se voit, se critique et se juge. La même année, dans la Danse de mort, de Strindberg, il est l’interprète du Capitaine, qui mène le « combat des cerveaux » dans le champ clos conjugal. Et puis, ce seront, de Molière, le Bourgeois gentilhomme et l’Avare, dont il tracera un inoubliable portrait brossé à l’encre noire. De l’auteur autrichien Thomas Bernhard, imprécateur impavide, Michel Bouquet a été, en 1997, à Louvain-la-Neuve, dans Avant la retraite, l’idéal fantôme féroce du nazisme. Dans Minetti, du même Bernhard, il magnifia le tragique du vieil acteur sur le retour.

Claude Chabrol, le compagnonnage

Quant au cinéma, c’est peu dire que Michel Bouquet y a régné de façon singulière, depuis les Amitiés particulières (Jean Delannoy, 1964), jusqu’au Promeneur du Champ-de-Mars (Robert Guédiguian, 2006), où il a charge de se prêter au personnage de François Mitterrand au crépuscule de sa vie, en passant par le constant compagnonnage avec Claude Chabrol, au cours duquel Michel Bouquet assuma bon nombre de notables inquiétants de type balzacien, toujours terriblement reconnaissables dans une province française subtilement inchangée, ce qui constituait la hantise de Chabrol. Il y eut en effet, à partir du Tigre se parfume à la dynamite (1965), la Route de Corinthe (même année), la Femme infidèle (1969), la Rupture (1970), Juste avant la nuit (1970) et Poulet au vinaigre (1985). François Truffaut fit aussi appel à lui pour La mariée était en noir (1968) et la Sirène du Mississipi (1969). Il a de surcroît tourné avec Yves Boisset dans Un condé (1970) et l’Attentat (1972), avec Alain Corneau, dans France société anonyme (1974), Henri Verneuil dans le Serpent (1973), Édouard Luntz (le Dernier Saut, l’Humeur vagabonde), Francis Veber (le Jouet) et Claude d’Anna (l’Ordre et la Sécurité du monde)…

Son partenaire, l’auteur

Comédien à cent pour cent, formé à la rude école classique, Michel Bouquet s’est méfié de l’ère des metteurs en scène tout-puissants, qui pouvaient se substituer aux auteurs pour imposer leur univers. Pour lui, le texte était premier, à charge pour l’interprète d’en tirer, corps et âme, tous les sucs. Son véritable partenaire, son seul interlocuteur, au fond, c’était bel et bien l’auteur, dont, disait-il, « la ligne d’intention » se découvre peu à peu, au fil d’incessantes lectures intenses, profondément réfléchies. C’est le message qu’il a transmis à ses élèves du Conservatoire, auxquels il répétait que le vrai texte dramatique n’est pas explicatif, mais qu’il se fonde sur des cassures et que la composition d’un rôle doit, du coup, déboucher sur une structure élaborée de « coups de théâtre ». La voix de Michel Bouquet, d’un métal si rare, on n’est pas près de l’oublier. Dans les années 1950, à la radio, elle était consacrée aux poètes, qui lui rendaient bien l’amour qu’il leur portait. Son exigence, je ne sais si on a le droit de la dire d’un autre temps. Peut-être. En tout cas, l’artiste fut unique.

Le théâtre a même pu le sauver dans la vie courante. Un soir, tard dans une gare, dans un couloir peu éclairé, des jeunes gens plutôt malintentionnés le serrant de près, il se mit à crier, d’une voix de stentor « Qu’est-ce-que c’est que ce bordel ! », ils prirent peur et s’enfuirent. Jean-Pierre Léonardini

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, La chronique de Léo, Rideau rouge

Un chameau dans la lande !

Chaque semaine, du lundi au vendredi à 12h30, France Inter ouvre son antenne à d’insolites Carnets de campagne. Parole est accordée aux initiatives citoyennes sur les territoires. En accord avec notre confrère Philippe Bertrand, le créateur de l’émission, Chantiers de culture se réjouit d’en relayer la diffusion. Yonnel Liégeois

Dans les Landes nous avons été alertés à plusieurs reprises sur un cinéma Art et Essai assez peu attendu dans la toute petite station balnéaire de Contis Plage. Le cinéma de Contis existe depuis 1996 et propose des séances quasi à la demande du public. Le film ne vous plaît pas, alors on change de bobine. J’ai entendu un habitué des lieux dire que même avec deux spectateurs les séances étaient maintenues. En général, ils sont bien plus nombreux dans cette vaste salle de 290 places qui privilégie les films d’auteur en version originale sous-titrée. Au mois de juin, le cinéma met en lumière durant 5 jours son festival international qui comprend des long-métrages en avant-première nationale et une compétition de courts-métrages. Sa 27ème édition se tiendra du 22 au 26 juin. Le cinéma de Contis a trois labels : Jeune public, Répertoire et Patrimoine, Recherche et découverte. Enfin, il est membre du réseau Europa Cinemas.

Voici un métier qui risque peut-être de se développer en France, ne serait-ce qu’avec les changements climatiques qui touchent l’hexagone. J’ai nommé le métier de chamelier. Animaux de bât, les chameaux ont l’avantage de supporter les températures les plus extrêmes, qu’elles soient négatives ou positives. Dans les Landes, une association a donc été créée pour promouvoir cet animal qui peut autant participer au nettoyage de la côte Atlantique que s’activer au débardage ou encore à des activités touristiques.

Vous êtes nombreuses et nombreux à nous écrire régulièrement pour nous demander un conseil ou un renseignement suite à la diffusion d’une émission. Vu la difficulté à recenser les milliers de références présentées dans les carnets de campagne, un éditeur indépendant, les éditions Via tao, spécialisées dans les guides de voyage écolo et éthique, nous a sollicité afin de réaliser un guide des initiatives inspirées des seize saisons des Carnets. Classées par région et par thème (agriculture et alimentation, culture, économie sociale et solidaire, entreprises engagées et innovations, environnement, social et solidarités), 700 initiatives ont été sélectionnées et sont détaillées dans ce guide des alternatives et solutions. L’ouvrage, qui paraîtra début juin en coédition avec France Inter, vient d’être proposé en précommande sur la plateforme Ulule. Philippe Bertrand

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Documents, Rencontres

La culture, un art de vivre

Quelle politique culturelle pour ce troisième millénaire ? La culture est un domaine maltraité, voire ignoré, des débats médiatiques ou interventions publiques des candidats à la présidentielle. Avec ce constat alarmant, partagé par les acteurs des arts et lettres : la perte d’influence d’un ministère de la Culture, assujetti aux diktats de Bercy et de l’Élysée. Seuls deux candidats, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel, y consacrent un chapitre de leur programme, envisageant de porter le budget consacré à l’art, la culture et la création, à 1% du PIB. Paru dans le quotidien L’Humanité, un article de notre consœur Marie-José Sirach qui pose les termes du débat. Yonnel Liégeois

À quoi mesure-t-on la grandeur d’un pays ? À son économie, à son PIB, à sa puissance militaire, au nombre de ses milliardaires, soutiennent les technocrates et les va-t-en-guerre de tous les pays… À sa politique sanitaire, éducative et culturelle, revendiquent les citoyens. Pourtant, ce sont ces secteurs-là qui sont abandonnés, pillés, asphyxiés au nom de la concurrence et du capitalisme mondialisé.

L’absence de débat sur les enjeux de la politique culturelle lors des élections présidentielles n’est pas chose nouvelle. La valse des ministres de la Culture depuis vingt ans en dit long sur la place que nos dirigeants accordent au sujet. Or, un pays qui abandonne sa culture au marché fait l’impasse sur la création, sur l’éducation artistique, l’éducation populaire. Un pays qui menace le service public de l’audiovisuel, privatise l’imaginaire, tourne le dos à la créolisation inéluctable, est un pays en voie de récession, qui laisse le champ libre à l’obscurantisme, à la peur de l’autre et se replie sur lui-même.

Partout, ça sent la poudre : en Ukraine, au Mali, au Yémen ou en Syrie. Cet état du monde devrait nous alerter sur la nécessité de changer de grille de lecture. Reposons la question : à quoi pourrait-on mesurer la grandeur d’un pays ? À sa création, à son cinéma, à son théâtre, à ses musées, à ses bibliothèques, à ses librairies, à la liberté de la presse, à son audiovisuel public, à son réseau diplomatique et culturel partout dans le monde. À la capacité de la force publique de soutenir ses artistes, de leur permettre de créer librement, de vivre de leurs métiers. À la fréquentation des œuvres de l’esprit, à tous les âges de la vie, que l’on soit pauvre ou riche, que l’on habite une métropole ou un village.

Pendant les confinements, les artistes se sont mobilisés pour maintenir ce lien essentiel avec un public privé de culture. Depuis la guerre en Ukraine, ils se mobilisent encore, ouvrant grand les portes des théâtres, des cinémas, des opéras, des bibliothèques contre la barbarie. Les artistes montent au front. Marie-José Sirach

À lire : Une culture renouvelée

Au choc des confinements, face aux défis de ce troisième millénaire, il est vital de réhabiliter la culture, écrivent, dans Pour une politique culturelle renouvelée, Bernard Latarjet et Jean-François Marguerin. Le premier fut directeur du Centre national des arts du cirque, le second conseiller de Jack Lang au ministère de la Culture. Priorité effective enfin accordée à l’éducation artistique, création de petits lieux culturels dans les zones rurales et périurbaines, redéfinir le rôle des scènes et théâtres publics pour en faire des lieux de vie et pas seulement de représentation, instaurer une taxe sur le chiffre d’affaires des restaurants et des hôtels dans les zones festivalières…

Telles sont certaines des propositions et pistes d’action, étayées sur une analyse fine de la situation présente, que les auteurs versent au débat public. Pour une vraie démocratie culturelle, en réponse aux interrogations pertinentes de Catherine Blondeau, la directrice du Grand T à Nantes : « Sommes-nous en train de devenir obsolètes ? Des lieux réservés aux artistes et à un “public professionnel” d’habitués ? Pour qui existons-nous ? ». Aux urnes, citoyennes et citoyens, pour l’avenir de la culture aussi ! Yonnel Liégeois

Pour une politique culturelle renouvelée, de Bernard Latarjet et Jean-François Marguerin (éd. Actes Sud, collection Domaine du possible, 448 p., 22€).

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Expos, Festivals, Littérature, Musique/chanson, Rideau rouge