Au studio des Mathurins (75), Ismaël Saidi présente Jérusalem. La pièce, mise en scène et interprétée par l’auteur, est un plaidoyer pour la paix. Dans la lignée de Djiad, son précédent spectacle à succès.
Sur le plateau nu, un homme se lamente. Il a perdu son procès, il doit dans quelques minutes remettre les clés de la demeure à sa nouvelle propriétaire. La vieille petite maison se trouve à Sheikh Jarrah, quartier de Jérusalem-Est. Shahid et Delphine Lachance (Ismaël Saidi et Inès Weill-Rochant en alternance avec Fiona Lévy) sont des inconnus l’un pour l’autre. Et chacun se dit convaincu de ses droits car il s’agit, clament-ils en chœur, de la maison de leurs ancêtres. Sur ce canevas souvent drôle, Ismaël Saidi a imaginé, à l’occasion d’une éclipse du soleil, une aventure assez fantastique. Le texte est de 2022, mais le drame actuel qui plonge cette partie du monde dans une actualité incertaine, dans le désespoir, lui confère une force supplémentaire.
Sur la scène, le dialogue permet de se comprendre, de s’entendre. Et du passé jaillit la lumière du présent. Voilà que deux revenants prennent la parole. Ruth et Al Qodsi, par la bouche de Delphine et Shahid, donnent à comprendre le passé sombre qui d’une certaine façon les unit. Tous deux se souviennent de la bonne entente des hommes et des femmes d’alors, qui partageaient les mêmes terres à défaut d’avoir épousé la même religion. Mais le respect de chacun faisait que tous vivaient en bonne harmonie.
Shoah et Nakba
Ruth est une rescapée de la Shoah, et Al Qodsi un exilé de la Nakba (l’exode palestinien de 1948). Tous deux ont souffert, et espéré la paix et la fraternité humaine. À travers ces personnages, explique l’auteur, « deux douleurs s’affrontent mais ne se hiérarchisent pas ». Loin de toute « compétition victimaire ». Né en 1976 à Bruxelles, Ismaël Saidi a été policier avant de se laisser séduire par l’écriture. Son premier grand succès dans les pays francophones, Djihad en 2014, mettait en présence trois garçons enrôlés par des fanatiques et se retrouvant armes au poing à Homs en Syrie, sans comprendre grand-chose à leur aventure. Agissant au nom, tentaient-ils de dire, de la défense d’un coran… qu’ils n’avaient jamais lu.
Avec un humour dévastateur, Saïdi démontait la mécanique. Ont suivi d’autres temps forts de cette saga, comme Géhenne ou encore Tribulations d’un musulman d’ici. Avec Jérusalem, la visée est toujours la même : contribuer à dire avec conviction combien le dialogue et la connaissance sont nécessaires, mais aussi que « sans mémoire il ne peut y avoir de paix ». Gérald Rossi
Jérusalem, Ismaël Saidi : Jusqu’au 31/12, les mercredi et jeudi à 19h. Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, 75008 Paris (Tél. : 01.42.65.90.00).
Le 11 novembre, Montreuil (93) et d’autres villes rendent hommage aux animaux morts pendant la Première Guerre mondiale. Une plaque, sculptée par l’artiste Virgil, fut apposée en 2021 dans le cimetière de la cité. Retour sur une hécatombe
Ils n’ont eu d’autre sépulture que les champs de la Somme et de la Marne sur lesquels ils sont tombés, les carnassiers les débarrassant de leur chair pour s’en nourrir. Ils furent les derniers auxiliaires vivants des armées en guerre. La Grande Guerre a tué, les deux camps confondus, 9,7 millions de militaires et 8,9 millions de civils. En marge de ces destinées humaines tragiques, on estime à 11 millions d’équidés, à une centaine de milliers de chiens et à 200 000 pigeons le nombre de victimes animales du conflit.
Une hécatombe bestiale
Quel souvenir aurait-on de « cet autre cheval, un allemand, une bête de selle, un alezan clair, presque doré, aux attaches déliées et pures, une encolure gracieuse et souple, des yeux ardents qu’une buée triste commençait à éteindre… La fusillade crépitait… Lui était debout, au milieu de la chaussée, seul dans la pleine clarté… Une de ses jambes de devant, déchirée à hauteur du poitrail, ruisselait jusqu’au sabot. Par une artère ouverte, un flot rouge affluait sans trêve, inépuisable, et tachait la route à ses pieds. Quand se coucherait-il dans ce sang, cheval mort au milieu de la route ? » Quel souvenir en aurait-on sans Maurice Genevoix l’ancien combattant qui, après Ceux de 14 consacré aux hommes, y associa avec Bestiaire sans oublile sort des animaux de guerre.
Côté français, on a enrôlé 1,8 million de chevaux, et réquisitionné puis importé des ânes et des mulets, à hauteur de 570 000, des États-Unis lorsque les écuries du pays ont été taries. Des importations qui sont une source de mortalité avant même d’avoir atteint les champs de bataille. Sur le pont des bateaux, les animaux traversant l’océan Atlantique affrontent le froid et les vagues. Entassés dans les cales, ils subsistent dans leurs excréments et crèvent sans que l’on puisse évacuer les cadavres. La France, qui paie comptant les vendeurs pour passer les commandes à moindre coût, enregistre 40% de pertes à l’arrivée. Les Anglais, eux, ne paient qu’à réception et déduisent les pertes de la facture, ce qui ramène les pertes à 20 %.
Chevaux et mulets, chiens et pigeons
Les équidés se répartissent les rôles : aux chevaux de tirer charrettes et canons, aux ânes et mulets d’être bâtés de provisions et de munitions. Si pas moins de 700 000 chevaux français sont morts, tous ne sont pas tombés sous la mitraille. Qu’il soit de trait ou de selle, un cheval est incapable de parcourir les 50 à 80 km quotidiens qui lui étaient parfois imposés. Nombre d’entre eux sont morts d’épuisement. Et puis, il y a ceux qui, dans les plaines de Flandre, se sont enfoncés jusqu’à l’étouffement dans les trous de bombes dissimulés par la boue.
Les chiens sont impartis d’un rôle plus noble que celui de la traction ou du portage. À commencer par les « sanitaires » chargés de retrouver morts et blessés. « Avant de se concentrer sur les tranchées, le front de la Marne s’étendait sur plus de 50 km au long desquels il fallait repérer les blessés », rappelle Éric Baratay, historien et professeur à Lyon III, spécialisé dans les relations homme-animal. Nobles encore les tâches de chien messager ou de garde pour éviter les intrusions ennemies chargées de faire des prisonniers lorsque la guerre se confinera aux tranchées.
Cité à l’ordre de la Nation
En revanche, il en est qui seront sacrifiés à la détection des mines. À partir de 1917, aux chiens messagers chargés des missions à courte distance s’ajouteront les pigeons pour le long cours. Il en est un, le pigeon Vaillant, doté d’un numéro de matricule comme chaque soldat, qui s’est vu cité à l’ordre de la Nation pour avoir porté un message capital en traversant les nuages de gaz toxiques et au mépris des tirs.
Un honneur dont l’armée française fut avare au point d’avoir détruit dans les années 1930 les registres militaires qui mentionnaient les interventions des animaux. À l’inverse, ces auxiliaires de troupes ont été honorés à l’étranger. Un imposant monument de 18 mètres de large sur 17 de profondeur, nommé « Animals in War », a été érigé à Hyde Park, à Londres.
« Ils n’avaient pas le choix »
Australiens et Canadiens en ont fait de même dans des dimensions plus modestes, suivant en cela ce qui est sans doute un tropisme anglo-saxon. L’Australian War Animal Memorial Organisation a ainsi inauguré en 2017 un mémorial aux animaux à Pozières, dans la Somme. Sur le monument de Londres, une phrase d’Erich Maria Remarque extraite d’À l’Ouest rien de nouveau: « Ils n’avaient pas le choix ». Pas davantage que ceux des tranchées. Alain Bradfer
Aux éditions du Campus ouvert, Scarlett Wilson-Courvoisier publie Le matrimoine, ce que nous ont transmis les pionnières de l’ESS. À l’aide d’une centaine de portraits de femmes engagées du XIXe et du XXe siècles,l’auteure met à l’honneur ce combat émancipateur au cœur de l’économie sociale et solidaire. Femmes pionnières, combattantes, affranchies et décideuses…
Il y a quelques années, les journalistes s’interrogeaient sur le sujet : « Pour être dirigeant de l’économie sociale et solidaire (ESS), faut-il être mâle sexagénaire et gaulois ? ». Aujourd’hui, Scarlett Wilson-Courvoisier nous propose le fruit d’un engagement de quarante années pour l’ESS et un long et passionnant travail, Le matrimoine, ce que nous ont transmis les pionnières de l’ESS (1830-1999). Ce sont plus de 100 portraits de femmes engagées du XIXe et du XXe siècles que l’autrice classe en « pionnières, femmes combattantes, femmes institutionnelles, affranchies et décideuses ».
Pédagogue et féministe
Certaines ont marqué durablement leur temps. Il y a les grandes pédagogues et militantes de l’éducation des filles et des femmes, Marie Pape-Carpantier et Élisa Lemonnier. Il y a l’écrivaine et militante Flora Tristan. Il y a les héroïnes de la Commune, Louise Michel et Nathalie Le Mel. Plus récemment, il y a Marie-Andrée Lagroua Weil-Hallé, fondatrice du Mouvement pour le planning familial, ou Geneviève de Gaulle-Anthonioz, qui présidera ATD-Quart monde. Mais on en retrouve (ou découvre) tant d’autres qui, le plus souvent dans le silence, ont, aux côtés des grands fondateurs, jeté les bases de l’économie sociale, structuré la société civile, mené le combat féministe.
Éclairée et émancipatrice
Émanation du collectif des femmes pour l’économie sociale et solidaire FemmESS, que Scarlett Wilson-Courvoisier a contribué à créer, Le Matrimoine permet de rendre justice aux anciennes et à toutes celles qui leur ont succédé et qui continuent de le faire. Le combat de FemmESS était nécessaire au sein d’une ESS qui se veut éclairée et émancipatrice, mais qui reproduit trop souvent des modèles patriarcaux. Une grande majorité des salariés de l’ESS sont des femmes, mais avec le plafond de verre et les distorsions hiérarchiques, elles se voient trop souvent confinées à l’exécution. Combien d’années Maguy Beau demeura seule au sein des instances dirigeantes de la Fédération nationale de la Mutualité Française ? Quelle est la place des femmes dans les présidences associatives ou coopératives ?
Avec Scarlett Wilson-Courvoisier qui fut longtemps l’une des très rares femmes au sein de la délégation interministérielle à l’économie sociale, sortent enfin de l’ombre des figures attachantes et impressionnantes par leurs réalisations. Si une civilisation se juge à la place qu’elle fait aussi aux femmes, il est grand temps que l’ESS se penche sur son histoire et sur sa réalité actuelle. Jean-Philippe Milesy
Le matrimoine, ce que nous ont transmis les pionnières de l’ESS, de Scarlett Wilson-Courvoisier (éditions Campus ouvert, 2 volumes, 500 p., 36€).
Le 20/11 à 18h, l’association Alpesolidaires organise à la Maison de la vie associative et citoyenne de Grenoble (6 rue Berthe de Boissieux, tél. : 04.76.87.91.90) une conférence, rencontre-débat, animée par Scarlett Wilson-Courvoisier.
Résidant en Creuse (23) depuis deux décennies, le réalisateur britannique Peter Watkins est décédé le 31/10. Auteur d’un cinéma engagé et pacifiste mêlant fiction et documentaire, dont La Commune en 2000, le cinéaste avait reçu un Oscar en 1967 pour La bombe. Disponible sur les réseaux sociaux, un article d’Abbas Fahdel.
Peter Watkins est mort, et avec lui s’éteint l’une des dernières consciences du cinéma occidental. Non pas un réalisateur parmi d’autres, mais un réfractaire. Un insurgé de l’image. Un homme qui aura passé toute sa vie à refuser la domestication du réel par les appareils du pouvoir, qu’ils soient médiatiques, politiques ou esthétiques. Né en 1935, il aura bâti une œuvre à contre-courant de tout ce que le cinéma institutionnel a produit. Dès The War Game (1965), son faux documentaire sur les effets d’une attaque nucléaire en Grande-Bretagne, il s’attaque à la première des hypocrisies modernes : celle des images “objectives”. En mêlant la forme documentaire à la fiction, Watkins invente une écriture nouvelle — une “reconstruction critique” — qui met à nu la manière dont les médias façonnent la perception du monde. Le film, jugé trop subversif par la BBC, sera interdit de diffusion pendant vingt ans. Ce bannissement préfigure tout le destin de Watkins : l’exil, le refus, la marginalisation.
Avant The War Game, Watkins avait déjà expérimenté cette hybridation radicale dans Culloden (1964), reconstitution de la dernière bataille livrée sur le sol britannique, en 1746, entre les troupes jacobites écossaises et l’armée anglaise. Filmée comme un reportage de guerre contemporain, avec interviews fictives et caméra à l’épaule, cette œuvre pionnière dénonce la barbarie du pouvoir impérial et la manipulation de l’histoire nationale. En transposant le langage télévisuel au XVIIIᵉ siècle, Watkins y démontre déjà la continuité entre les violences d’hier et celles d’aujourd’hui, entre la colonisation et la communication. C’est justement dans cette mise à l’écart que s’affirme son génie. Punishment Park (1971) transpose la répression du mouvement anti-guerre américain dans un désert californien devenu camp d’entraînement de la violence d’État. Watkins y déploie un dispositif implacable : les protagonistes, militants ou policiers, s’affrontent sous l’œil d’une fausse équipe de télévision — métaphore glaçante du spectacle contemporain, où tout devient image, même la souffrance. La caméra n’est plus l’instrument d’un récit : elle est le lieu même du conflit.
Cette mise en cause du médium, Watkins l’étend à toute l’histoire moderne. La Commune (Paris, 1871), tourné en 2000, est peut-être son œuvre la plus radicale. Avec des centaines de participants non-professionnels, il ressuscite l’expérience de la Commune, tout en la confrontant aux codes médiatiques du direct et du reportage. Le résultat est un film fleuve, d’une liberté presque insoutenable : un cinéma collectif, participatif, politique au sens le plus noble — non pas celui du pouvoir, mais celui du partage de la parole. Watkins refuse la séparation entre le spectateur et le sujet, entre la fiction et le réel, entre le passé et le présent. Tout est ici processus, débat, mémoire active. Entre Punishment Park et La Commune, une œuvre charnière condense la profondeur de sa démarche : Edvard Munch (1974). Watkins y explore la vie du peintre norvégien à travers un dispositif de fausse archive et de témoignages anachroniques, où les acteurs s’adressent directement à la caméra. Plus qu’un biopic, c’est une méditation sur la création, la douleur et l’aliénation de l’artiste dans une société bourgeoise qui transforme la sensibilité en marchandise. Edvard Munch devient ainsi le portrait de Watkins lui-même : un créateur en guerre contre les institutions culturelles, cherchant dans l’art un espace de résistance au conformisme des images.
Ce qui rend son œuvre unique, ce n’est pas seulement son courage politique, mais sa lucidité théorique. Watkins n’a cessé de dénoncer ce qu’il appelait le “Monoform”, cette grammaire audiovisuelle standardisée imposée par le cinéma et la télévision dominants : rythme rapide, montage autoritaire, narration fermée, émotion programmée. Contre cette forme totalitaire de l’image, il proposait un cinéma de la lenteur, de la contradiction, du dialogue — un cinéma où les spectateurs sont invités à penser, à discuter, à contester. Watkins fut ainsi l’un des rares cinéastes à faire du cinéma un espace démocratique réel, et non un simple reflet de la démocratie proclamée. En cela, il se rapproche de Brecht, de Godard, de Marker — mais avec une rigueur presque monastique, un refus absolu du compromis. Il a vécu en exil, loin des circuits commerciaux, tournant avec des moyens dérisoires, mais avec une fidélité rare à une idée : celle que l’image peut encore libérer, à condition qu’elle cesse de séduire.
Dans un monde saturé de flux, de contenus et de simulacres, Peter Watkins restera une balise : celle d’un cinéma qui ne cherche pas à “représenter” le réel, mais à le rendre à la parole, à le rendre au peuple. Ignorée ou censurée par les institutions, son œuvre continuera de hanter tous ceux qui refusent l’endormissement des consciences. Watkins n’a pas seulement filmé l’histoire, il a filmé la lutte contre la façon dont on nous empêche de la penser.Abbas Fahdel, cinéaste franco-irakien
Le 29 octobre 1981, disparaissait Georges Brassens. En compagnie de Rémi Jacobs, coauteur avec Jacques Lanfranchi de Brassens, les trompettes de la renommée, une petite balade amoureuse dans l’univers du grand poète et chanteur populaire. Sans oublier les deux conférences musicales, le 15/11 et 06/12, initiées par Philippe Gitton, contributeur aux Chantiers de culture.
« Auprès de mon arbre », « Fernande », « La cane de Jeanne », « Le gorille », « Une jolie fleur » : pour l’avoir fredonnée un jour, qui ne connaît au moins une chanson du répertoire de l’ami Jojo ? De son vivant déjà, nombreux sont encore aujourd’hui les interprètes qui s’amourachent des rengaines finement ciselées de Brassens. Une pléiade de textes toujours d’actualité, vraiment pas démodés qui font mouche là où ils touchent : les cocus, les cons, les curés, les pandores, les juges… En décembre 2021, pour le centième anniversaire de sa naissance, Sète, la ville natale du poète, organisait de nombreux événements. En particulier sur le bateau du centenaire, Le Roquerols. Compositeur et interprète, Brassens a marqué son époque par son regard incisif sur notre société. Avec, en fil conducteur, deux mots qui lui étaient chers : fraternité et liberté !
« Je fréquente Brassens dès mon plus jeune âge », avoue Rémi Jacobs, « je me souviens encore du scandale que ma sœur déclencha à la maison le jour où elle rentra avec le 45 tours du « Gorille » en main ! ». Le ver est dans le fruit, à cette date et en dépit des interdits familiaux, le coauteur de Brassens, les trompettes de la renommée ne cessera d’écouter le signataire de la « Supplique pour être enterré à la plage de Sète ». C’est en cette bonne ville du Sud, marine et ouvrière, que Georges Brassens naquit en octobre 1921. D’une mère d’origine italienne et fervente catholique, d’un père maçon farouchement laïc et libre penseur : déjà un curieux attelage pour mettre le pied à l’étrier, une enfance heureuse cependant pour le gamin à cheval entre règles de vie et principes de liberté, qui connaît déjà des centaines de chansons par coeur (Mireille, Misraki, Trenet…). Une rencontre déterminante au temps du collège, celle d’Alphonse Bonnafé, son professeur de français qui lui donne le goût de la lecture et de la poésie, Baudelaire – Rimbaud – Verlaine, avant qu’il ne découvre Villon, Prévert et bien d’autres auteurs… « On était des brutes à 14-15 ans et on s’est mis à aimer les poètes, tu mesures le renversement ? » confessera plus tard à des amis « Celui qui a mal tourné ».
« Des auteurs qui nourriront l’imaginaire de Brassens et l’inspireront pour composer des textes splendides et indémodables », souligne Rémi Jacobs. « Une versification, une prosodie qui exigèrent beaucoup de travail, on ne s’en rend pas compte à l’écoute de ses chansons, et pourtant… Brassens, ce grand amateur de jazz et de blues, révèle une extraordinaire habilité à poser des musiques sur les paroles de ses chansons ». D’où la question au fin connaisseur de celui chez qui tout est bon comme « tout est bon chez elle », il n’y a « Rien à jeter » : Brassens, un poète-musicien ou un musicien-poète ? « Les deux, tout à la fois », rétorque avec conviction le spécialiste patenté ! « Brassens est un musicien d’instinct, qui a cherché ses mélodies et a parfois cafouillé, mais il est arrivé à un statut de compositeur assez original. Musicien d’abord ou poète avant tout : d’une chanson l’autre, le cœur balance, il est impossible de trancher. Historiquement, hormis quelques chansons, on ne sait pas ce qui précède, chez Brassens, du texte ou de la musique ».
« Sauf le respect que je vous dois », ne sont que mécréants et médisants ceux qui prétendent que Brassens se contentait de gratouiller son instrument… « De même qu’il a su créer son style poétique, il est parvenu à imposer un style musical que l’on reconnaît d’emblée. Il me semble impossible de poser d’autres musiques sur ses textes. Par rapport à ses contemporains, tels Brel ou Ferré, il m’apparaît comme le seul à afficher une telle unité stylistique. Hormis Nougaro peut-être, plus encore que Gainsbourg… Brassens travaillait énormément ses mélodies, fidèle à son style hors des époques et du temps qui passe. D’une dextérité extraordinaire à la guitare au point que ses partenaires musiciens avaient du mal à le suivre sur scène », note Rémi Jacobs.
Un exemple ? « La chanson « Les copains d’abord » dont nous avons retrouvé le premier jet de la musique. Très éloigné du résultat que nous connaissons, la preuve qu’il a cherché longtemps avant d’arriver à cette perfection ». Et le musicologue de l’affirmer sans ambages : « Les copains d’abord ? Le bijou par excellence où Brassens révèle tout son acharnement au travail pour atteindre le sommet de son art, où il révèle surtout son génie à faire accéder ses musiques au domaine populaire dans le bon sens du terme. Ses chansons ont pénétré l’inconscient collectif, elles y demeurent quarante ans après sa disparition, elles y resteront encore longtemps pour certaines d’entre elles, comme « Les copains » ou « L’auvergnat ». Des chansons finement ciselées, au langage simple à force de labeur sur le vers et les mots ».
D’où la censure qui frappa certaines de ses chansons, jugées trop subversives et interdites de diffusion. En attestent les « cartons » des policiers des Renseignements Généraux, notant cependant que ce garçon irait loin… Il est vrai que « Le Gorille » fait fort là où ça peut faire mal ! Libertaire, anarchiste Brassens ? « Il s’élève avant tout contre l’institution, toutes les institutions, le pouvoir, tous les pouvoirs : la justice, la police, l’armée, l’église. Il suffit de réécouter « La religieuse », un texte ravageur, destructeur… Un vrai scud ! », s’esclaffe Rémi Jacobs.
Celui qui célébra « Les amoureux des bancs publics » au même titre qu’il entonna « La complainte des filles de joie » est avant tout un humaniste, tolérant, défenseur du mécréant et de la prostituée. Avec, pourtant, des sources d’inspiration étonnantes parce que récurrentes dans son oeuvre (Dieu, la mort…) et l’appel au respect d’un certain ordre moral. « Brassens ? Un homme d’une grande pudeur, fidèle en amitié, pour qui la parole donnée est sacrée », affirme en conclusion notre interlocuteur, « un homme qui se veut libre avant tout, qui prend fait et cause pour les causes désespérées. à l’image de François Villon, le poète d’une grande authenticité et d’une grande liberté de ton qui l’inspira tout au long de sa vie ».
Georges Brassens ? Au final, un ami peut-être, un complice d’accord. Un copain d’abord qui, plus de quarante ans après, coquin de sort, nous manque encore ! Yonnel Liégeois
Le 15/11 à 16h, en la salle des fêtes de Mézières (36), Philippe Gitton et Sylvain Guillaumet proposent une conférence musicale en hommage à Georges Brassens : le rappel de quelques dates essentielles dans la vie de l’artiste par l’un, une douzaine de chansons interprétées par l’autre. Quarante-quatre ans après sa mort, le répertoire du Sétois suscite toujours autant d’intérêt y compris parmi les nouvelles générations. Grand prix de poésie de l’Académie française en 1967, Georges Brassens a mis en musique des poèmes de François Villon, Victor Hugo, Paul Verlaine, Francis Jammes, Paul Fort, Antoine Pol, Théodore de Banville, Alphonse de Lamartine ou encore Louis Aragon.
Le 06/12 à 16h30, à la salle polyvalente de la Résidence AVH, 64 rue Petit, 75019 Paris (Métro Ourcq, ligne 5). Philippe Hutet et Alain Martial interpréteront les chansons. Le rendez-vous musical est organisé par le GIPAA (Groupement pour l’Information progressiste des Aveugles et Amblyopes). Réservation indispensable auprès de Sylvie et Yves Martin (07.81.91.37.17).
Poète et musicien
Qu’il soit diplômé du Conservatoire de Paris en harmonie et contrepoint pour l’un, titulaire d’un doctorat d’histoire pour l’autre, les deux l’affirment : Brassens fut tout à la fois un grand poète et un grand musicien ! Avec Brassens, les trompettes de la renommée, Rémi Jacobs et Jacques Lanfranchi signent un ouvrage passionnant et fort instructif. Un livre à double entrée aussi, analysant successivement textes et musiques. Révélant ainsi au lecteur des sources d’inspiration littéraire inconnues du grand public (Musset, Hugo, Aragon, Montaigne…), au même titre que les filiations musicales de celui qui voulait bien « Mourir pour des idées », mais de mort lente : l’opérette qui connaissait encore un grand succès dans les années 30, les musiques de films, le comique troupier et surtout le jazz, celui de Sydney Bechet et de Django Reinhardt…
Un essai qui permet véritablement de rentrer dans la genèse d’une œuvre pour assister, au final, à l’éclosion d’une chanson. Deux autres livres à retenir, à l’occasion du 40ème anniversaire de la mort de Georges Brassens : Le libertaire de la chanson de Clémentine Deroudille qui narre par le menu la vie du poète, le Brassens de Joann Sfar qui illustre avec talent et tendresse le texte des 170 chansons écrites et enregistrées par celui qui souffla plus d’une « Tempête dans le bénitier ». Y.L.
Elle est à toi, cette chanson…
Diffusé en exclusivité à la Fnac, le coffret de quatre albums Georges Brassens, elle est à toi cette chanson… conçu par Françoise Canetti surprendra les oreilles de celles et ceux qui pensent avoir écumé l’ensemble de l’œuvre.
Le premier album permet, explique Françoise Canetti « de découvrir Brassens autrement, à travers ses interprètes », pour damer le pion à celles et ceux persuadé·es qu’avec Brassens, deux accords de guitare et un « pom pom pom » final suffisent. « Mon père disait que ceux qui pensaient ça avaient vraiment des oreilles de lavabo, sourit Françoise Canetti. C’était en fait un immense mélodisteet les arrangements jazz, rock ou encore blues d’Arthur H, Sandra Nkake, Olivia Ruiz, Françoise Hardy ou encore Nina Simone révèlent toute la force de ces mélodies. »
Le deuxième album est consacré aux années Trois baudets, ces fameux débuts dans lesquels Brassens doit être littéralement poussé sur scène par Jacques Canetti. « Mon père a créé le phénomène d’artistes-interprètes, poussant les auteurs de chansons à interpréter leurs textes, parce qu’il croyait en eux, explique Françoise Canetti. Brassens, Brel, Vian : tous étaient à la base très mal à l’aise de se donner en spectacle mais mon père les encourageait avec bienveillance, parce qu’il avait vu leur immense potentiel. C’était un accoucheur de talent, qui ne dirigeait pas ses artistes comme d’autres dans le show business mais préférait suggérer en posant des questions, du type : Georges, pensez-vous que cette chanson soit à la bonne tonalité ? De fait, Brassens, qui aimait donner des surnoms à tout le monde, l’appelait Socrate. » Dans cet album, au milieu des classiques sont intercalées des morceaux d’interviews de l’artiste particulièrement émouvants.
Le troisième album est consacré aux artistes des premières parties de Brassens (Boby Lapointe, Maxime Le Forestier, Barbara, Rosita…) pour souligner le grand sens de l’amitié du chanteur. « Il s’est toujours rappelé que Patachou en premier puis mon père lui avaient tendu la main vers le succès et a mis un point d’honneur à faire de même pour de nombreux artistes débutant en retour. » Quant au quatrième CD, il rend grâce à son inséparable meilleur ami, le poète René Fallet. Une série de textes amoureux inédits de l’homme de lettres, mis en musique, à la demande de Brassens, par la mère de Françoise Canetti Lucienne Vernet, sont interprétés par Pierre Arditi. Exquis ! Anna Cuxac, in le magazine Causette (21/10/21)
Aux éditions Honoré Champion, sous la direction d’Henriette Levillain et Catherine Mayaux, est paru Saint-John Perse 1975-2025, priorité à la poésie. Cinquante ans après la mort du poète, prix Nobel de littérature en 1960, cet ouvrage collectif montre l’attraction qu’il exerce aujourd’hui auprès des chercheurs et créateurs. Un article d’Henriette Levillain, professeur à l’université de la Sorbonne.
Le 10 décembre 1960, Saint-John Perse reçut le prix Nobel de littérature à Stockholm. L’obtention du prix avait été le résultat d’une campagne longue de six années, au milieu desquelles l’attribution du prix à Albert Camus en 1957 parut compromettre définitivement la candidature de Perse. Le jury avait préféré un prosateur à un poète. En outre, il était devenu improbable qu’un candidat de nationalité française pût être à nouveau lauréat avant quelques années. Mais que la campagne ait été longue ne constitue pas la véritable singularité de l’attribution du prix à Saint-John Perse. L’enjeu symbolique du Nobel est tel qu’il est nécessairement précédé de tractations laborieuses et incertaines, au cours desquelles les considérations de politique mondiale ont un rôle prépondérant. En revanche, il est plus rare que le combat, au lieu d’avoir été engagé en France, ait été mené aux États-Unis où résidait Alexis Léger, après avoir été congédié du poste de secrétaire général du Quai d’Orsay en juin 1940.
Depuis son refus en 1942 de rallier le général de Gaulle, sa position de conseiller occulte du président Roosevelt, sa décision de ne pas rentrer en France dès la Libération alors qu’il avait été réintégré dans la plénitude de ses droits de citoyen français et de diplomate, Alexis Léger s’était enfermé dans la posture de poète exilé. Il y avait de fameux précédents ! Il était fâché avec les gaullistes qui le lui rendaient bien, observait non sans une certaine inquiétude le succès des jeunes écrivains existentialistes qui, de leur côté, l’ignoraient. Mis à part Claudel qui avait rédigé une belle étude sur Vents en 1949 et Jean Paulhan qui avait rassemblé avec ténacité quelques voix importantes dans un hommage international des Cahiers de la Pléiade (1950), peu de lecteurs prêtaient attention à ce poète lointain, dans tous les sens du mot. Le grand massif de son œuvre poétique avait pourtant été écrit entre 1941 et 1959 et publié chez Gallimard à partir de 1945. Lui-même, se sentant étranger aux milieux littéraires parisiens, affirmait ne plus rien attendre de toutes les formes de reconnaissance provenant de sa patrie.
C’est à Henri Hoppenot, ami de longue date, poète lui-même et diplomate de carrière, que revint l’initiative de chercher à obtenir le Nobel pour Saint-John Perse. En 1952, il avait été nommé chef de la délégation française auprès de l’ONU à New York. Son appui auprès du jury de Stockholm était tout trouvé. En 1953, Dag Hammarskjöld était nommé Secrétaire général de l’ONU. Il était suédois, venait d’être nommé membre de l’Académie suédoise et du comité Nobel de celle-ci, cultivait la poésie en secret, partageait avec Léger le goût du nomadisme ainsi que ses réticences vis-à-vis du général de Gaulle ; ceci a fortiori après le retour au pouvoir du général en 1958, puisqu’il devra s’affronter à l’anti-atlantisme de celui-ci. Or, en 1953, un important massif de l’œuvre de Saint-John Perse avait été réuni sous la couverture blanche des éditions Gallimard (Éloges, La Gloire des Rois, Anabase, Exil, Vents). Et, à cette même date, le précédent ensemble était accessible aux lecteurs anglophones grâce aux traductions de T.S. Eliot (Anabase), Denis Devlin (Exile and other poems), Hugh Chisholm (Winds), et au remarquable travail éditorial de la fondation américaine Bollingen.
Une poésie à valeur universelle
Convaincu de la valeur « universelle » de la poésie de Saint-John Perse, Hammarskjöld se fit donc l’intermédiaire entre le comité Nobel et la fondation américaine Bollingen ; parallèlement, il s’entremit pour obtenir du poète suédois Erik Lindegren qu’il traduise rapidement Exil, Vents et Amers, ce qu’il fit, et alla jusqu’à le doubler en s’attribuant lui-même la traduction de Chronique (1959) ; à partir de 1955, sans se décourager, il sollicita les recommandations des anciens Nobel, Martin du Gard et Mauriac, qui s’exécutèrent. La correspondance régulière qu’il entretint tout au long de ces années avec Saint-John Perse est un témoignage de ténacité autant que de science diplomatique. (Cahiers SJP, n° 10, Gallimard, 1993).
De son côté, Saint-John Perse accueillit l’initiative de Hoppenot avec une évidente fausse modestie, soutint les efforts de Hammarsjköld avec une évidente fausse indifférence et invita T.S. Eliot à entreprendre une nouvelle édition anglaise de ses œuvres avec une fausse innocence. S’étant posé la question d’un éventuel retour en France après la Libération, au fur et à mesure de la rédaction de Vents, le poète s’était persuadé qu’il ne connaîtrait jamais ailleurs que dans le Nouveau Monde l’énergie qui lui avait permis de respirer des poèmes de longue haleine. Dix ans plus tard, à l’approche de ses soixante-dix ans, il avait certes le sentiment d’avoir accédé à l’âge de la maturité poétique (Amers), mais aussi de pressentir celui de la défaillance du langage, du déclin des forces physiques, du bilan de vie : À d’autres d’édifier, parmi les schistes et les laves. À d’autres de lever les marbres à la ville (Chronique VIII). Si grand que fût son ressentiment vis-à-vis des milieux politiques et littéraires français, il ne perdait pas l’espoir d’être reconnu comme un des grands créateurs de ce temps. Mais ne pouvant l’être à partir de la France, il lui fallait se faire connaître de l’extérieur. La gloire du Nobel lui permettrait, pensait-il, de faire un pied de nez à la critique parisienne, de prendre sa revanche sur l’opinion des gaullistes et de s’imposer au-dessus des factions littéraires et politiques comme le poète « de l’universel ».
Réconcilier l’homme avec lui-même
Encouragés dans cette direction par l’efficace parrain suédois, les membres du jury avaient motivé l’affectation du prix « pour l’envolée altière et la richesse imaginative de sa création poétique, qui donne un reflet visionnaire de l’heure présente. » Face à l’œuvre de Saint-John Perse, le comité Nobel n’avait pas évité la tentation trop fréquente de la grandiloquence. Néanmoins il avait saisi que, en dépit de son éloignement géographique et d’une solitude revendiquée, le poète était un contemporain ; et que sa poésie, en dépit d’une tendance à l’intemporel et à l’impersonnel, cherchait à réconcilier l’homme de « l’heure présente » avec lui-même.
Dans l’allocution qu’il prononça à Stockholm, devant la cour, Saint-John Perse rendit tout au long hommage à la poésie. Précédée d’une majuscule, celle-ci en est tout à la fois l’intitulé, le sujet et l’objet. L’enregistrement vaut la peine d’être écouté (INA) : la haute tenue oratoire du discours, faisant écho aux panégyriques du siècle classique, souligne la solennité de l’événement ; l’intonation déclamatoire et les ravalés de l’accent créole accentuent l’impression insolite d’une voix venue de loin : que la poésie puisse éclairer la conscience de l’homme et, mieux encore, le relier à la circulation de l’énergie spirituelle dans le monde, était à l’époque une révélation de taille dont l’intention était de discréditer les philosophies du néant. Au vu de l’usage et de la fréquence des citations du Discours de Stockholm, il peut être déduit sans risque que la révélation est encore d’actualité. Henriette Levillain, in FranceArchives.
Saint-John Perse, 1975-2025, Priorité à la poésie montre l’influence d’une œuvre au fil des générations. De jeunes lecteurs livrent des approches nouvelles, graves ou teintées de drôlerie. Ensuite, des spécialistes plus âgés relisent l’œuvre dans un contexte littéraire et critique tout autre que celui des années 70, au miroir de notre époque menacée des mêmes spectres qu’au XXe siècle. Enfin, écrivains antillais, poètes et artistes proposent leur rencontre stimulante avec un aîné qui, s’interdisant de s’abandonner à la tristesse, n’a cessé de chanter « l’émerveillement d’être au monde » (éditions Honoré Champion, 258 p., 42€).
La fondation Saint-John Perse : Elle rassemble le patrimoine littéraire et politique dont l’écrivain a fait don à la ville d’Aix-en-Provence. Les objectifs de la fondation ? Valoriser le fonds (plus de 14 000 documents), développer la recherche, organiser divers événements. Bibliothèque Méjanes, 8/10 rue des Allumettes, 13100 Aix-en-Provence (fondationsaintjohnperse@orange.fr).
Saint-John Perse, poète et diplomate : Jusqu’au 30/12/25, une grande exposition se tient à Pointe-à-Pitre.Poète de l’exil, diplomate de la République, prix Nobel de littérature, Saint-John Perse a porté haut le nom de la Guadeloupe et de Pointe-à-Pitre, sa ville natale. Son œuvre, exigeante et visionnaire, a su puiser dans la lumière des Caraïbes, ses paysages et son souffle créole, les ressources d’un lyrisme souverain et ouvert à l’universel. Pavillon de la ville, angle des rues Alexandre Isaac et Bebian, 97110 Pointe-à-Pitre (entrée libre, du lundi au vendredi).
Saint-John Perse, à lire : Œuvres complètes (La Pléiade Gallimard, 1472 p., 67€). Dictionnaire Saint-John Perse, sous la direction d’Henriette Levillain et Catherine Mayaux (éditions Honoré Champion, 664 p., 60€).
Au théâtre de La reine blanche (75), Laurène Marx présente Jag et Johnny. L’auteure et metteure en scène inaugure un style théâtral nouveau genre, le « stand-up triste ». Où l’on rit cependant en compagnie de Jessica Guilloud, lors de retrouvailles avec son chien Johnny et sa famille d’origine rurale.
Jessica, dite Jag, préfère ne pas prévenir ses parents lorsqu’elle décide de leur rendre visite à la ferme familiale. Pour éviter les refus ou remontrances, juste un coup de fil à sa mère pour qu’elle la récupère en voiture… Le dialogue entre les deux femmes se réduit au minimum, l’état de santé du cousin ou de la grand-mère, les potins du village… Jessica retrouve frère et sœur sans émotion particulière, ravie surtout de batifoler avec son chien Johnny malade du cœur. Une « famille de beaufs », comme elle la qualifie elle-même, sa famille dont l’immersion en épisodiques allers-retours lui permet de mesurer décalage et distance entre ce qu’ils sont et ce qu’elle est devenue.
Une transfuge de classe, selon l’expression consacrée, qui se remémore l’ambiance familiale dont elle est l’héritière : un beau-père qui ne cesse de la harceler, une grand-mère raciste et une tante homophobe… Elle raconte aussi l’alcoolisme d’un cousin, la maladie mentale d’un autre, les fêtes d’anniversaire à la salle communale, les rires grossiers et les histoires insipides narrées par les uns les autres. Un univers terne entre bouses de vaches et chemins boueux, sans éclaircie ni lueur d’avenir, des hommes et des femmes engoncés dans un quotidien sans relief. La seule embellie pour Jessica ? La tendresse et l’amour dans les yeux de son chien au cœur trop gros, qui va bientôt en crever. Un texte âpre, violent, sans concession, qui frappe là où ça fait mal : le désespoir d’une ruralité abandonnée des gouvernants et des pouvoirs publics, le mépris affiché à l’encontre des classes populaires, la misère sociale et la déchéance morale d’une population sans perspectives d’un ailleurs autre.
Laurène Marx orchestre la partition avec justesse. Seul un micro sur pied, des gestes mesurés, de judicieux clins d’œil au regard du public, quelques chansons fredonnées, Johnny le chien très présent dans l’imaginaire de la récitante… Le rire, bienvenu, évite de sombrer dans le pathos le plus morbide, la flûte traversière de Jessica Guilloud scande avec grâce ce « seule en scène » qui donne fort à penser. Sur le désir de « raconter toutes les histoires et pas juste celle qui nous arrange », sur les questions de classe et de féminisme, sur l’enjeu impérieux de ne point oublier d’où l’on vient sur le chemin où l’on va. Yonnel Liégeois
Jag et Johnny, Laurène Marx : jusqu’au 15/11, les mardi et jeudi à 21h, le samedi à 20h. La reine blanche, 2bis passage Ruelle, 75018 Paris (reservation@scenesblanches.com). Le 16/04/26, au théâtre Jean Vilar de Montpellier.
Du 24/10 au 11/11, à Villerupt en Lorraine (54), se déroule le Festival du cinéma italien. La 48ème édition met à l’honneur le réalisateur Andrea Segre pour l’ensemble de son œuvre. Avec Berlinguer la grande ambition, son dernier film actuellement en salles.
En passant par la Lorraine, chaque automne, on peut y déguster entre frimas et pasta les meilleurs crus cinématographiques transalpins. L’histoire débute en 1976, la MJC de Villerupt organise une Semaine du cinéma italien, sous l’impulsion d’un groupe de jeunes cinéphiles amoureux de leur péninsule d’origine. Le succès est immédiat, la région est terre d’immigration depuis la fin du XIXème siècle jusqu’aux années cinquante. La plaisanterie à l’époque ? L’annuaire téléphonique est entièrement italien !Presque vrai, plus de 60 % de la population de Villerupt est alors d’origine transalpine. En hommage à tous ces « ritals » qui ont largement contribué à la force de leurs bras à l’essor sidérurgique de la Lorraine, avant d’être sacrifiés sur l’autel du profit industriel, une imposante machine, provenant du site minier de Micheville et sauvée de la casse, est installée Place de la mairie en 1988.
Au début, le festival reflètera l’âge d’or du cinéma italien avec moult réalisateurs de grand talent et de nombreux chef-d’œuvres. Puis vint la crise, de mauvaises langues prétendaient le cinéma italien à l’agonie… À Villerupt pourtant, l’équipe continue et déniche la relève année après année avec la découverte des films de Giuseppe Tornatore, Gabriele Salvatores, Pupi Avati et tant d’autres… Ainsi qu’une nouvelle génération de comédiens talentueux. Peu à peu, le festival s’est professionnalisé pour s’étendre aux communes avoisinantes jusqu’au Luxembourg. Il accueille désormais plus de 35.000 spectateurs à chaque édition. La programmation est variée avec les rétrospectives des trésors du patrimoine. Elle se veut aussi panorama de la production cinématographique italienne contemporaine et tremplin pour les premières œuvres et des films inédits.
En outre, les spectateurs sont friands des rencontres-débats avec les réalisateurs et les acteurs, souvent surpris de s’entendre interpelés dans la langue de Dante… Le 06/11, Andrea Segre se prêtera au jeu à la suite de la projection de son film Berlinguer, la grande ambition. Celui-ci retrace l’épopée politique et humaine du chef du Parti communiste italien, le plus puissant d’Europe en 1975. Il propose une évocation d’Enrico Berlinguer, intelligemment incarnée par Elio Germano, qui montre avec sensibilité et énergie le combat de cet homme de conviction. En dépit des menaces, il prend ses distances avec le grand frère soviétique puis tente de mettre en place le fameux compromis historique avec la Démocratie Chrétienne.
On y découvre aussi son humanité en famille, face à ses enfants adolescents et déjà très politisés qui s’opposent parfois à lui. La réalisation de Segre, assez classique mais bien rythmée, laisse la part belle aux débats d’idées, aux doutes et finalement à la solitude de l’homme face à son destin historique. Chantal Langeard
Festival du film italien de Villerupt, 48ème édition : Du 24/10 au 11/11, pas moins de 70 films projetés. Hôtel de Ville de Villerupt, 6 rue Clémenceau, 54190 Villerupt (Tél. : 03.82.89.40.22). À ne pas manquer le spectacle Roberta, « la plus italienne des Parisiennes et la plus parisienne des Italiennes » (au théâtre de La Boussole à Paris, du 30/10 au 04/12, le jeudi à 20h) : le 10/11 à 20h30, l’Arche, 1 Esplanade Nino Rota, 54190 Villerupt.
Au théâtre de l’Essaïon (75), Alexandre Tchobanoff présente Cendres sur les mains. D’après le texte de Laurent Gaudé au titre éponyme, paru en 2001 chez Actes Sud-Papiers… Deux fossoyeurs et une rescapée, la mort en face et la vie en prime.
Quelque part sur terre, au pays de la Grande Boucherie, deux individus sans état d’âme, fossoyeur I et fossoyeur 2, entassent les corps des morts et entretiennent le feu qui les réduit en poussière. Parmi ces victimes de la barbarie, d’une lutte armée dont on ne saura rien de plus, une femme se relève, une rescapée. Vivante parmi les défunts. Fantôme de chair et de sang. Mais muette, volontaire ou non.
Les deux hommes, personnages absurdes et pitoyables, interprétés par Arnaud Carbonnier et Olivier Hamel, accomplissent leur mission sans se poser la moindre question au-delà de la pénibilité de leur tâche. Mais sans jamais en concevoir l’horreur. Ils sont au bout de la chaine de l’extermination de masse, et s’ils se plaignent, c’est de leurs yeux qui piquent et de leurs membres qui démangent. Leur totale absence de conscience les amène quand même à donner à manger à la femme (Prisca Lona), avant de l’employer à les aider. Ce qu’elle fait à sa façon, redressant les corps entassés, les habillant, les coiffant, fermant leurs yeux ouverts sur les étoiles.
La mise en scène d’Alexandre Tchobanoff permet au texte de Laurent Gaudé de déployer sa démesure. Cendres sur les mains est un voyage dont on ne sort pas indemne. Les fossoyeurs, n’en reviendront pas. Le corps brulé par les vapeurs du feu, et la conscience humaine détruite par leur fonction. Pour Laurent Gaudé, « la scène doit avoir cette ambition-là : s’ouvrir aux fureurs du monde ». Avec la rescapée, il fait une démonstration clinique de l’injustice de ce temps, et des horreurs absolues de toutes les guerres. Avec les mots qui résonnent en elle-même seulement, la survivante, emportée par ce poème sombre, rejoindra les vivants, au-delà de l’anéantissement de masse. Gérald Rossi
Cendres sur les mains, Alexandre Tchobanoff : jusqu’au 06/11, les mercredi et jeudi à 19h. Essaïon théâtre, 6 rue Pierre-au-Lard (à l’angle du 24 rue du Renard), 75004 Paris (Tél. : 01.42.78.46.42). Le texte est disponible chez Actes Sud.
Au théâtre des Gémeaux parisiens, Morgane Lombard présente Danton Robespierre/Les racines de la liberté. Sur un texte d’Hugues Leforestier, le dialogue puissant et intempestif entre les deux géants de 1789 à l’heure de la Terreur. Du théâtre historique de belle facture, qui ose interpeller nos sociétés contemporaines.
Tels deux monstres à la puissance verbale insoupçonnée, Danton et Robespierre se font face. Se disputant la parole, s’interpellant, vitupérant, gesticulant autour d’une longue table au bois nu… Presque une rencontre entre amis, dans l’intimité d’une folle époque, loin de leurs partisans qui deviendront prochainement de féroces opposants ! L’un, tel un roc, ne démord pas de son bon usage de la guillotine, l’autre ne cache point le choc à l’idée d’une démocratie bâtie entre mort et sang. Le débat s’engage, d’une haute intensité politique et philosophique.
Fusent alors les arguments de l’un et l’autre. Robespierre en est convaincu, les adversaires de la Révolution sont trop puissants, trop imbus de leurs privilèges et de leur pouvoir de droit divin pour tenter de les convaincre : c’est peine perdue, dialogue et persuasion sont d’emblée voués à l’échec ! Danton doute de l’efficacité d’une telle vision, d’autant que la peur gagne les rangs du petit peuple, artisans du bouleversement politique en cours. La preuve est là, d’aucuns ont déjà grimpé les marches vers l’échafaud. Personne ne semble épargné, personne ne peut se prétendre à l’abri de la sentence. Sous couvert d’une répression ciblée, tombent les têtes pensantes qui ont l’outrecuidance de s’opposer à la ligne de celui qui dirige le Comité de Salut public. Dictateur et réformateur ? Les termes sont trop lourds de sens pour différencier aussi radicalement Robespierre et Danton.
Le texte d’Hugues Leforestier joue intelligemment de la nuance, la complexité d’approche est au rendez-vous. L’un se sent contraint par les difficultés du temps présent pour imposer durablement le changement de régime, l’autre a le regard déjà tourné vers l’avenir, le bien-être et le bien vivre de chaque citoyen. Plus fort encore, sachant que tous les mots prononcés sont authentifiés de la bouche de l’un et l’autre, des thématiques d’une brûlante actualité envahissent alors l’espace théâtral : quid de la démocratie directe, quid de la place et du rôle des femmes, quid d’une économie de proximité à l’heure où le mot écologie n’a pas encore effleuré les mentalités ? Des questions-réponses qui se multiplient à l’envie au risque de la répétition, une mise en scène à la gestuelle sobre et efficace, une joute verbale qui rebondit par-delà les siècles pour interpeller le piteux spectacle démocratique qui se joue, ici et maintenant, sous nos yeux…
Nathalie Mann (Robespierre) et Hugues Leforestier (Danton) incarnent à la perfection les caractères opposés de leur personnage qui colorent leur rapport à la réalité. L’un, l’une devrait-on dire (!), spartiate et solitaire, l’autre jovial et bon vivant… Deux ogres à la personnalité bien différente, immergés dans la grande histoire en train de s’écrire, qui subiront au final le même sort. Une mise en perspective qui gagnerait peut-être force et vigueur dans un espace plus intimiste, en plus grande proximité avec le peuple-public. Une leçon d’histoire à laquelle il est bon de prêter l’oreille en ces temps controversés. Yonnel Liégeois, photos Francis Grojean
Danton Robespierre/Les racines de la liberté, Morgane Lombard : jusqu’au 03/01/26, le mardi à 19h et samedi à 15h30. Les Gémeaux parisiens, 15 rue du Retrait, 75020 Paris (Tél. : 01.87.44.61.11).
Au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (93), Julie Deliquet présente La guerre n’a pas un visage de femme. L’adaptation de l’ouvrage de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature : les témoignages précieux de femmes jeunes qui s’étaient engagées pour combattre le nazisme.Un travail colossal de démontage-montage pour dix actrices formant un chœur, un oratorio au féminin.
L’ouvrageLa guerre n’a pas un visage de femmeparaît en 1984, dans la revue Octobre. Pendant une petite dizaine d’années, entre 1975 et 1983, Svetlana Alexievitch a parcouru l’Union soviétique pour collecter les témoignages de femmes engagées dans la « guerre patriotique », celle qui fit plus de 20 millions de morts en Union soviétique contre le nazisme. Elle rencontre des centaines de femmes, recueille précieusement leur parole qu’elle consigne. Beaucoup d’entre elles étaient des gamines à peine sorties de l’adolescence quand elles se sont engagées dans l’Armée rouge pour combattre le fascisme. Elles vont occuper tous les postes : brancardières, infirmières, conductrices de tank, aviatrices, tireuses d’élite… Dans des habits militaires beaucoup trop grands pour elles, elles vont faire preuve d’un courage incroyable. Mais la guerre finie, la victoire célébrée, elles vont se taire, rester dans l’ombre, invisibilisées par un récit historique écrit par et pour les hommes.
Svetlana Alexievitch a tout juste 30 ans quand elle rencontre ses interlocutrices, qui ont alors la cinquantaine. Elle parvient à établir une relation de confiance, peut-être parce qu’elle est une jeune femme, peut-être parce qu’elle est la première à s’intéresser à elles, ou les deux. Trente ans ont passé depuis la fin de la guerre et leur mémoire est intacte, leur parole d’une grande liberté. Elles se confient et racontent sans filtre les déflagrations intimes provoquées par la guerre : la peur qui vous tenaille, la douleur, l’euphorie, la mort partout, à chaque instant, à chaque pas, l’odeur putride des cadavres en décomposition, l’absence de règles, l’angoisse de se faire violer y compris par leurs camarades, la honte parfois de gestes de survie qu’elles sont incapables d’expliquer, les corps traversés de tremblements à l’heure de tirer, de tuer, leur sens de la débrouille, la solidarité et la sororité, cette « fraternité » qu’elles conjuguent au féminin sans le savoir.
Héroïnes de l’ombre, parole libérée
Elles écrivent un autre récit, un récit intime, incroyablement vivant, le récit d’une guerre terrible vécue par des jeunes filles qui ne regrettent rien et qui ne sont dupes de rien. Communistes de cœur et d’esprit, elles se sont battues contre le fascisme. Le livre de Svetlana Alexievitch a été publié, malgré des coups de ciseaux imposés par la censure, et connaît immédiatement un succès retentissant en URSS. On est en pleine perestroïka, la parole se libère. Gorbatchev saluera l’ouvrage et rendra hommage à ces héroïnes de l’ombre. En témoignant à cœur ouvert, elles ignoraient qu’elles accomplissaient là un travail mémoriel précieux. Directrice du TGP et metteuse en scène, Julie Deliquet a réalisé un travail de démontage-montage colossal qui réunit sur le plateau dix actrices. Dans un décor à l’identique jusqu’au moindre détail de ces appartements collectifs où s’entassaient des familles entières dans l’après-guerre, elles vont former un chœur, un oratorio au féminin.
Chacune des comédiennes joue sa partition avec précision, l’émotion à fleur de peau. Peu à peu, les confessions se métamorphosent en échanges vifs qui débordent. Les repères historiques se télescopent, l’Ukraine, la Russie, la grande famine sous le régime de Staline et la guerre de Poutine. Marie-José Sirach, photos Christophe Raynaud de Lage
La guerre n’a pas un visage de femme, Julie Deliquet : jusqu’au 17/10, du lundi au vendredi à 19h30, le samedi à 17h et le dimanche à 15h. Théâtre Gérard-Philipe, 59 boulevard Jules Guesde, 93200 Saint-Denis (Tél. : 01.48.13.70.00).
Théâtre National de Nice, CDN Nice Côte d’Azur, les 8 et 9/01/26. MC2-Maison de la Culture de Grenoble, Scène nationale, les 14 et 15/01. Les Célestins, Théâtre de Lyon, du 21 au 31/01. Comédie de Saint-Étienne, CDN, les 4 et 5/02. Théâtre de Lorient, CDN, les 10 et 11/02. Comédie de Genève, du 18 au 20/02. Malraux, Scène nationale Chambéry Savoie, les 25 et 26/02. Théâtre Dijon Bourgogne, CDN, du 3 au 7/03. Comédie de Caen, CDN de Normandie, les 11 et 12/03. Le Grand R, Scène nationale, La Roche-sur-Yon, les 18 et 19/03. L’Archipel, Scène nationale, Perpignan, le 27/03. Théâtre de la Cité, CDN Toulouse Occitanie, du 31/03 au 3/04. Comédie de Reims, CDN, du 8 au 10/04. La Ferme du Buisson, Scène nationale, Noisiel, le 14/04. Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge, le 17/04. Nouveau Théâtre de Besançon, CDN, les 22 et 23/04. La Rose des vents, Scène nationale, Lille Métropole Villeneuve d’Ascq, les 28 et 29/04. Équinoxe, Scène nationale, Châteauroux, le 5/05.
Le 6 octobre à 19h, Paris rend hommage en l’Hôtel de Ville à Jacques Martial, décédé le 13/08. Immense comédien, tant par le talent que par la taille, il a quitté la scène sans retour, lui qui ne cessa de feuilleter et clamer le Cahier d’Aimé Césaire ! Créateur de la compagnie La Comédie Noire dans les années 2000, ancien « patron » du parc et de la grande halle de la Villette puis président du Mémorial ACTE à Pointe-à-Pitre, en novembre 2022 il était nommé maire adjoint chargé des Outre-mer.
« Combat pour plus de justice, d’égalité et d’humanité, devenant, dans toute l’histoire de la municipalité parisienne, le premier adjoint spécifiquement chargé de ces sujets » déclarait Anne Hidalgo au lendemain de sa disparition. « Il avait ainsi permis de faire vivre et de porter les préoccupations des Parisiennes et des Parisiens ultramarins et l’ancrage citoyen des actions menées par un soutien aux associations, la coopération avec les nombreuses collectivités territoriales des Outre-mer, sans oublier son combat, le travail de mémoire sur l’esclavage et ses abolitions, et surtout, de la visibilité des grandes figures de l’Outre-mer dans l’espace public parisien ».
Natif de Saint-Mandé (94), mais enfant de la Guadeloupe par ses parents, Jacques Martial demeure l’inoubliable interprète du Cahier d’un retour au pays natal, le poème-manifeste d’Aimé Césaire. Au côté de Christiane Taubira lors de l’inauguration à Montreuil (93) de la place dédiée à l’écrivain, ancien maire de Fort-de-France et député de la Martinique, de sa magistrale voix il en déclama quelques longs et sublimes extraits devant une foule et une jeunesse conquises.
En mémoire de l’acteur et citoyen à l’humanité engagée, Chantiers de culture remet en ligne l’article qu’il lui consacrait en septembre 2022. À l’affiche du théâtre de L’épée de bois à la Cartoucherie de Vincennes (75), Jacques Martial s’emparait à nouveau de l’œuvre phare du grand poète antillais. Une langue flamboyante, le vibrant poème à la plume exaltée déclamé avec puissance et conviction par un noir colosse. Pour la liberté et l’émancipation des peuples, la voix envoûtante d’un Nègre conquérant.
Césaire et Martial, la fulgurance d’un Cahier
Il apparaît, godillots pesants, lourd de ses trois sacs de guenilles. Le dos courbé sous la misère du monde, les haillons des exclus de la terre pour tout bagage… Le Nègre à la parole indomptée, libéré de ses fers aux pieds, est de retour au pays, en terre afro-américaine. La terre des champs de canne au soleil brûlant, du corps mutilé et des coups de fouet du maître de l’habitation, des sombres nuits au cachot et des morsures du chien Molosse aux trousses du nègre-marron… Accostant au rivage rougi sang des traites négrières, désormais il se revendique avec fierté « la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche » ! Sa voix ? « La liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».
S’avançant d’une intime conviction en devant du public, pour cette poétique traversée Jacques Martial a troqué le bois du navire aux puanteurs suffocantes à celui, odorant et chaleureux, d’un mythique théâtre sis à la Cartoucherie, celui de L’épée de bois. Une tenture aux couleurs chatoyantes en fond de scène, quelques nippes éparpillées sur le plateau, la voix s’élève. Tantôt impérieuse et tumultueuse, tantôt sourde et caverneuse, elle n’est point banale récitation du luxuriant poème d’Aimé Césaire publié en 1939, elle psalmodie corps et maux à l’empreinte des mots de cet emblématique Cahier d’un retour au pays natal ! Visage et peau ruisselants sous la chaleur tropique, roulent en larmes argentées les noirs sanglots de l’identité créole autant que la poétique flamboyance d’une langue archipélisée. Criant en un suprême et ultime souffle d’humanité liberté, dignité, fraternité pour les peuples humiliés et enchaînés, ceux des Antilles et d’ailleurs, sans haine pour les colonisateurs, les tueurs et violeurs, les exploiteurs…
Aimé Césaire n’a que 26 ans lorsque, brillant étudiant à Paris adoubé par Senghor, son compère en littérature, il se jette à corps perdu dans l’écriture du Cahier.La prise de conscience d’une couleur, d’une histoire, d’une culture qui unifie dans un même souffle racines africaines et déportation négrière. Au cœur de la flamboyance du dire, d’une phrase l’autre, il faut entendre la force du retournement intérieur dont est agité le poète à l’évocation de la cellule de Toussaint Louverture emprisonné sans jugement au fort de Joux dans le Doubs par le perfide Napoléon premier Consul, l’un des endroits les plus froids de France, et de « Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité ».
En 1941, fuyant la France occupée et débarquant en Martinique sous le joug de l’amiral Robert, sinistre serviteur du gouvernement de Vichy, André Breton , le pape du surréalisme, n’en croit pas ses yeux. À la recherche d’un ruban pour sa fille, il découvre chez une mercière de Fort-de-France un exemplaire de la revue Tropiques, fondée par Césaire de retour au pays. Qui lui offre le Cahier, et voici ce qu’en écrit Breton dans sa préface en l’édition de 1947 :
« Défiant à lui seul une époque où l’on croit assister à l’abdication générale de l’esprit (…), le premier souffle nouveau, revivifiant, apte à redonner toute confiance est l’apport d’un Noir (…) Et c’est un Noir qui est non seulement un Noir mais TOUT l’homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases et qui s’imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité ». Et de conclure : « Cahier d’un retour au pays natal est à cet égard un document unique, irremplaçable ».
Pourquoi ce cri d’un Nègre eut alors tant d’échos ? Parce que « j’entends de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquètements des mourants, le bruit d’un qu’on jette à la mer… » Parce que, proclame-t-il alors en 1939 à la veille d’un autre génocide aussi mortifère, « ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes, que les pulsations de l’humanité s’arrêtent aux portes de la négrerie, que nous sommes un fumier ambulant hideusement prometteur de cannes tendres et de coton soyeux et l’on nous marquait au fer rouge et nous dormions dans nos excréments et l’on nous vendait sur les places et l’aune de drap anglais et la viande salée d’Irlande coûtaient moins cher que nous, et ce pays était calme, tranquille, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes ».
« La langue d’Aimé Césaire demande à être dite autant qu’elle est faite pour être entendue. Une poésie vivante, riche, luxuriante et tout à la fois précise, tranchante », confesse le comédien. En mémoire de la traite et de son abolition, de l’esclavage comme crime contre l’humanité, un spectacle d’une beauté et d’un verbe incandescents. Proféré avec émouvante gestuelle, époumoné de la voix envoûtante d’un Nègre conquérant du haut de sa magistrale stature : un dénommé Jacques Martial, créateur de la compagnie La Comédie Noire dans les années 2000, président du Mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre et locataire patenté de la Rue Cases-Nègres chère à Zobel, Bernabé, Damas, Gratiant, Pépin, Confiant, Condé, Pineau, Glissant et Chamoiseau.
Autant d’hommes et de femmes qui, poètes ou romanciers, compagnons de route de Césaire ou dans sa trace, signent de leur nom la singularité d’une littérature antillaise, voire caribéenne, dans le concert des écritures francophones et afro-américaines… Baptisé Bain-Marie dans la série policière Navarro, compère Lapin pour les uns et infatigable conteur pour d’autres, Jacques Martial est assurément un grand frère de cœur de Sanite Belair, Rosa Parks, Harriet Tubman, Mulâtresse Solitude ou Tituba la sorcière. Yonnel Liégeois
Aux Presses universitaires de Rennes, Laure Pitti publie Algériens au travail, une histoire (post)coloniale. Fondant son enquête sur une somme d’archives et d’entretiens, la sociologue illustreles liens étroits entre capitalisme et colonialisme. Paru dans le mensuel Sciences humaines (N°381), un article de Frédérique Letourneux.
Centrée sur les travailleurs algériens embauchés par Renault dans son usine de Billancourt du début des années 1950 jusqu’à la fin des années 1970, cette enquête sociologique est une contribution importante à l’historiographie critique des Trente glorieuses. En s’appuyant sur une importante somme d’archives du personnel, de tracts syndicaux et d’entretiens biographiques, la sociologue Laure Pitti rejoint les ambitions de la micro-histoire : illustrer à partir d’une enquête restreinte à un groupe d’ouvriers au sein d’une usine, les liens étroits entre le capitalisme et le colonialisme. Avec Algériens au travail, une histoire (post)coloniale, elle éclaire ainsi la manière dont la phase d’expansion industrielle que connaît la France durant ces années-là va de pair avec une hiérarchisation raciale de la main-d’œuvre ouvrière qui va perdurer bien après l’indépendance de l’Algérie en 1962.
Une main d’œuvre à bas prix
Il faut dire que l’usine Renault de Billancourt est à plus d’un titre emblématique : elle concentre à elle seule une part importante des migrants algériens. Au milieu des années 1950, elle emploie près du dixième des « Nord-Africains » au travail dans le département de la Seine. Pour les dirigeants de la Régie de l’époque, le choix est jugé rationnel d’un point de vue économique : la main d’œuvre immigrée coûte moins cher que l’automatisation. La sociologue montre ainsi de quelle manière ces travailleurs algériens sont cantonnés à des postes d’ouvriers spécialisés, affectés systématiquement aux ateliers réputés les plus pénibles (tôlerie-emboutissage, fonderie, etc.) au nom de prédispositions jugées naturelles, voire biologiques.
Pour autant, l’ouvrage de Laure Pitti montre dans une dernière partie de quelle manière, ces ouvriers dominés socialement et racialement investiront des espaces de résistance politique et syndicale. Leur répertoire d’action évoluera avec le contexte, d’abord en résistance anticoloniale jusqu’en 1962, puis en dénonciation des conditions de travail dans le mouvement de Mai 68. Frédérique Letourneux
Algériens au travail, une histoire (post)coloniale, Laure Pitti (PUR, 350 p., 25 €). À lire aussi, émouvant et passionnant, Atelier 62 : le témoignage de l’historienne Martine Sonnet, Son père, Armand, travailla seize ans aux forges de Renault-Billancourt.
« Sciences Humaines s’est offert une nouvelle formule », se réjouit Héloïse Lhérété, la directrice de la rédaction. L’objectif de cette révolution éditoriale ? « Faire de Sciences Humainesun lien de savoir à un moment où l’histoire s’opacifie et où les discours informés se trouvent recouverts par un brouhaha permanent ». Au sommaire du numéro 381, un remarquable dossier sur Pourquoi apprendre ? La curiosité, moteur de l’existence et deux passionnants sujets (Se former ou périr ? un article de Frédérique Letourneux sur l’accès à la formation professionnelle, Penser la banalité du viol le portrait de la chercheuse Manon Garcia par Martine Fournier). Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Un magazine dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois
Jusqu’au 20/12, au Théâtre de Belleville (75), Nicolas Lambert se joue de La France, Empire. Après Bleu-Blanc-Rouge, l’a-démocratie qui dénonçait les travers de la Vème République, le comédien s’attaque à « l’empire républicain », cette France coloniale écartée du récit national.
« Montrer en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne » : le sujet du brevet des collèges que l’ado doit rendre le lendemain fait bondir le paternel ! La France en paix depuis la deuxième Guerre mondiale ? D’abord, on ne dit pas la deuxième mais la Seconde, sinon ça veut dire que ce n’est pas la dernière… La gamine a beau le supplier de ne corriger que les fautes d’orthographe avant de partir se coucher, il va passer la nuit à cogiter sur la France coloniale, celle que l’on tait dans le récit familial comme national. Seul en scène, Nicolas Lambert va nous révéler des secrets camouflés depuis des lustres, en endossant tous les rôles : lui petit garçon ou lycéen, ses grands-parents picards, De Gaulle, un tirailleur sénégalais, Pierre Messmer et même maître Capello comme l’emblème de sa génération qui veillait à la justesse de la langue. Quand on s’attaque à lever le voile sur l’histoire de La France, Empire, entre les silences et les mensonges, il importe d’être précis.
La force de la pièce est de mêler les récits, ceux entendus dans sa famille ou dans les allocutions présidentielles, plus enclins à causer de 14/18 et de 39/45 que des tueries perpétrées en Indochine, en Algérie, à Madagascar ou au Sénégal. La chape de plomb est tenace depuis notre enfance jusqu’à aujourd’hui. Nicolas Lambert, deux heures durant, s’emploie à déboulonner les statues – celles de Faidherbe ou de Gallieni, administrateurs coloniaux – à rappeler les massacres comme celui de Thiaroye où le 1er décembre 1944, des tirailleurs sénégalais furent abattus par l’armée française pour avoir réclamer leurs soldes. En miroir de cette histoire coloniale effroyable, le comédien nous rejoue Sarkozy prononçant son discours à Dakar en 2007 : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ou Jean Castex en 2020 : « Nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore ! ».
Comme pour mieux nous montrer que notre histoire coloniale reste un enjeu politique, il nous raconte encore la colonisation des Comores et de Mayotte, histoire de remettre les pendules à l’heure. Un précieux spectacle durant lequel on s’indigne, on rit parfois et dont on ressort moins ignare. Amélie Meffre
La France, Empire : Du 13/09 au 20/12, le samedi à 15h30. Le Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, 75011 Paris (Tél. : 01.48.06.72.34).
Aux éditions la Bouinotte, Sylviane Van De Moortele publie Maternité(s) en colère, le combat pour la maternité du Blanc. En 2018, l’annonce de sa fermeture provoque une immense émotion parmi la population de la sous-préfecture de l’Indre (36). Entre heures glorieuses et moments d’épuisement, un récit palpitant.
Dans son ouvrage Maternité (s) en colère, le combat pour la maternité du Blanc, Sylviane Van de Moortele entraîne le lecteur au cœur d’une mobilisation, sans doute jamais connue dans la sous-préfecture de l’Indre. Elle décrit la succession des événements à partir de la création, en juin 2018, du collectif « cpasdemainlaveille », qu’elle suit pas à pas. L’existence de ce mouvement répond d’abord à une frustration. « Un constat s’impose : ce qui ne leur convient pas dans les manifestations statiques telles que celle du 18 juin, c’est que cela ne se voit pas. Il y a des discours mais rien ne permet aux participants présents d’exprimer leur colère. Seuls les élus et les organisateurs ont droit à la parole ». L’acte fondateur de la mobilisation ? L’invitation à la population d’assister à un simulacre d’accouchement sur la voie publique ! Une mise en scène provocatrice qui vise à marquer les esprits.
Dès lors le collectif n’aura de cesse de redoubler d’imagination pour inventer des formes d’actions percutantes. Un seul objectif : visibiliser la protestation, en attirant les médias. Parmi les expressions les plus frappantes, la très visuelle présence des Servantes Écarlates lors d’initiatives publiques. Des femmes défilent, vêtues de capes rouges, la tête baissée et couverte d’une coiffe. Des personnages inspirés d’un livre de science-fiction où les femmes sont des esclaves sexuelles, exclusivement réservées à la reproduction. Depuis, les Servantes Écarlates symbolisent la lutte pour la condition féminine. Assurer un service de qualité pour les accouchements relève en premier lieu du respect de la santé et du droit des femmes. Exigence pour la future maman, le bébé à venir, et… le papa ! Moult raisons pour que la défense d’une maternité de proximité soit une revendication portée tant par les femmes que par les hommes.
Aussi retrouvera-t-on les unes et les autres au coude à coude dans toutes les actions. Ensemble, elles et ils décideront d’investir les locaux de la maternité suite au cadenassage de la salle d’accouchement. Une occupation jour et nuit, qui durera onze jours. En décembre 2018, temps fort de la mobilisation avec la Marche des oreilles qui mènera les manifestants du Blanc à Paris. Symboliquement, les marcheuses et marcheurs veulent offrir à Macron des oreilles, puisqu’il ne les entend pas. « En trois semaines tout était prêt pour le départ. Les compétences des uns et les réseaux des autres ont été fortement sollicités. Il a d’abord fallu cerner un itinéraire qui passerait obligatoirement par Châteauroux et Orléans (les deux cités administratives de référence pour l’Indre) et le tronçonner en portion de vingt à trente kilomètres, distance journalière réalisable pour des marcheurs non émérites, trouver pour chaque journée de marche un lieu abrité pour la halte du déjeuner de midi et surtout, une ville ou un village qui accepte d’héberger l’équipée pour l’étape du soir ».
L’opération sera sans doute l’une des plus médiatisées, suscitant un vaste soutien de l’opinion publique et l’intervention de nombreux responsables politiques. Dans le livre de Sylviane Van de Moortele, elle reste cependant une action parmi tant d’autres. C’est précisément cette multitude d’interventions, relatées avec précision, qui donne toute sa force à un ouvrage enrichi de nombreux témoignages, pris sur le vif. Des personnes impliquées dans cette bataille expriment leur ressenti. Enthousiasme, colère, espoir, déception. Toute une palette de sentiments partagés par des hommes et des femmes fermement décidés à obtenir gain de cause.
Maternité (s) en colère montre à quel point ce mouvement a soulevé des enjeux dépassant le simple cas de la maternité du Blanc. Un collectif de citoyens sans « chef » a fait l’expérience d’un fonctionnement démocratique. Il a prouvé qu’il était possible de gérer des organisations lourdes, de se faire entendre des médias et des dirigeants, de porter des revendications touchant une grande partie de la population française ( développement des territoires ruraux, présence des services publics), de dénoncer les double langages et les mensonges des gouvernants, d’élaborer des propositions.
Si au final, la maternité ne fut pas réouverte, l’expérience accumulée tout au long de ce mouvement n’est pas sans suite. Elle a donné naissance à Carte Blanche qui « s’installe en lieu et place du quartier général de cpasdemainlaveille dont il est l’émanation directe. Ici naît un projet collectif et citoyen porté par des habitants à qui on a confisqué un service public majeur, mais qui n’ont jamais accepté la défaite ». Loin d’être l’album nostalgique d’une cause perdue, le livre ouvre des réflexions pour la construction d’une démocratie réinventée et d’une citoyenneté active. N’est-ce pas l’urgence du moment ? Philippe Gitton
Maternité (s) en colère, le combat pour la maternité du Blanc, Sylviane Van de Moortele (232 p., 21€). Éditions La Bouinotte, 26 rue de Provence, 36000 Châteauroux (Tél. : 02.54.60.08.06). Les photos sont issues de différents sites : Transrural intitiatives, Organisez-vous et le quotidien régional La Nouvelle République.