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Yeug Faï et la Chine au travail

Issu d’une grande famille de marionnettistes, Yeug Faï présente au Théâtre Sylvia Monfort, du 04 au 15/02, « Blue jeans ». Entre gaines et chiffons, réalisme et poésie, un spectacle fort émouvant et dérangeant qui donne à voir la réalité du travail des enfants dans les usines chinoises de textile.

 

 

 blue1Si le jeans est traditionnellement de couleur bleue, la petite fille ne quittera que rarement son manteau rouge. Rouge sang, rouge douleur, rouge misère pour Jasmin, cette enfant honteusement exploitée sur les chaînes textile des grandes usines étrangères, et de leurs sous-traitants, implantées en Chine pour produire à bas prix : près de 70% de la production mondiale du célèbre pantalon est réalisée dans la région de Canton… Aussi, ils sont des millions à quitter leur campagne et leur mode de vie traditionnel pour rejoindre ces diverses « villes champignons » où sont implantés les immenses complexes industriels. Une lourde responsabilité pour les donneurs d’ordre, les grandes marques occidentales, qui apprécient le bas coût de la main d’œuvre, bafouent les règles de l’O.I.T., l’Organisation Internationale du Travail, et ferment les yeux sur cet esclavagisme des temps modernes.

Avec ses marionnettes à gaine hautement expressives, le metteur en scène Yeung Faï nous donne donc à voir dans « Blue Jeans » la face cachée de cette exploitation mondialisée pour le plus grand profit du commerce international. Une main d’œuvre au coût le plus bas, des conditions de travail moyenâgeuses, des journées de labeur interminables : tel est le sort de milliers d’enfants en Chine, en particulier des filles, qui s’en vont grossir les bataillons d’ouvrières des grandes villes ! Jasmin, comme tant d’autres, n’échappe pas à ce triste sort. Sa famille, des paysans courageux et aimants mais sans moyens pour faire face à des récoltes catastrophiques,  se voit contrainte de vendre leur fille à des rabatteurs qui écument villages et campagnes.

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Après le succès de son premier spectacle, « Hand stories », Yueng Faï plonge son regard au cœur de son pays d’origine. Pour en explorer la cuisante actualité sociale, à partir des documentaires du réalisateur américain Greg Conn Jr. dévoilant à la face du monde comment étaient fabriqués les jeans. Une problématique de la réalité du travail quotidien que le marionnettiste chinois saisit à bras le corps pour offrir au public une fable visuelle à grande portée réaliste, d’une implacable force politique et en même temps d’une rare densité poétique. La réalité ouvrière élevée au rang de la tragédie antique.

blue3D’un tableau l’autre, d’une poignante beauté et d’une forte intensité dramatique, les poupées de chiffon nous plongent dans un univers industriel digne du XIXème siècle où tout est dit, montré, dénoncé. Sans didactisme, bien au contraire, avec force poésie et sensibilité, voire avec humour comme dans cette fameuse scène de combat de kung-fu, pour pleurer et s’émouvoir encore plus fort du destin tragique de la jeune Jasmin et de ses consoeurs. Un spectacle d’une rare qualité visuelle, qui allie prouesses techniques et audaces dramaturgiques, pour alerter chacun sur la face cachée d’une exploitation et d’une mondialisation industrielles qui sacrifient avenir et jeunesse au nom d’une rentabilité à outrance. Yonnel Liégeois

Mon_combat_pour_les_ouvriers_chinois_hdVient de paraître aux éditions Michel Lafon « Mon combat pour les ouvriers chinois », le livre-témoignage de Han Dongfang. Plus qu’un récit de vie, l’ancien employé des chemin de fer et fondateur du premier syndicat indépendant de Chine y raconte surtout par le menu la condition ouvrière dans son pays. Emprisonné durant deux ans au lendemain des événements tragiques de la place Tiananmen auxquels il prend part en 1989, transféré aux États-Unis pour raison médicale puis exilé à Hong Kong, il poursuit le combat en faveur des travailleurs chinois en fondant le China Labour Bulletin et en animant une émission sur Radio free Asia.

Un homme et un militant intègre aux solides convictions, d’une sérénité et d’un sens de l’écoute extraordinaires au cœur des épreuves et des contradictions, tiraillé entre le désir urgent de changements radicaux et la nécessité d’agir en s’appuyant sur les règles et lois édictées par le PCC. Un leader charismatique qui affirme sa foi en l’avenir et en la capacité de mobilisation de ses concitoyens et de la classe ouvrière chinoise. Un document de première main, émouvant et captivant, lucide et sans concession, sur la réalité sociale de l’une des plus grandes puissances du monde économique et industriel.

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Juliette, madame Nour

Après trente ans de carrière et quelques « Disque d’or » à son actif, Juliette n’en poursuit pas moins sa quête chansonnière. Signant de son nom pour la première fois son dernier CD, sillonnant aujourd’hui les routes de France et de Navarre  avec « Nour ».

 

Juliette1La signification de « Nour » ? « Un nom arabe venu d’un grand-père kabyle, Noureddine, un beau nom qui signifie Lumière de la religion », commente Juliette. Et la lumière, la chanteuse la fait au fil de dix chansons qui mélangent pêle-mêle amour et rébellion, humour et poésie pour compatir avec toutes ses consœurs, femmes battues dans « Une petite robe noire », louer sans souci « L’éternel féminin » autant que la fille « Belle et rebelle », ne pas rougir de honte d’avoir « Les doigts dans le nez » et se moquer sans vergogne des contes de fée et autre « Légende »… Un bel album ciselé au fil de l’actualité, Nour justement, pour chanter le droit de mourir dans la dignité ou bien celui d’aimer qui vous voudrez. Des paroles et des musiques alertes servies par sa bande de musiciens et de copains, dont l’inénarrable François Morel. De belles chansons, mieux encore des chansons « re-belles », comme toujours…

Salle comble en cette soirée parisienne. Le public accueille l’une de ses divas, toute en rondeurs dans son costume de scène. Comme le nez de Cyrano, Juliette au micro, c’est un pic, c’est un roc, c’est un véritable phénomène : faisant son numéro entre chaque chanson, interpellant le public de sa gouaille poétique avec humour ou émotion en fonction de son inspiration, prenant véritablement plaisir à communier ainsi avec la salle. En totale complicité avec sa bande de musiciens qui jouent le jeu à la perfection… « Plus que tout, j’aime la scène et la rencontre avec « les gens » ! », confesse la gamine qui fit ses gammes à Toulouse, « c’est là que la création prend tout sons sens, puisqu’elle se renouvelle chaque soir selon les ambiances, les envies, l’énergie ».

juliette-4En 2006, « Mutatis Mutandis », un précédent album, l’avait couronnée d’une Victoire de la Musique, mais Juliette n’est pas femme à se reposer sur ses lauriers. Deux ans plus tard, elle nous offrait ses « Bijoux et babioles » qui, d’un titre à l’autre, dérapait sans prévenir entre la rigolade des « Lapins » de François Morel, l’humour noir de la « Tyrolienne haineuse » de Pierre Dac et le sérieux d’un « Aller sans retour »… En 2011,  » enfant de Thorez et de Jacques Duclos « , enfant de la  » Rue Roger Salengro « , elle nous l’affirmait pourtant sans détour, elle était  » No Parano « . Un album de douze chansons où faisaient bon ménage Salvatore Adamo, Serge Gainsbourg, Jacques Prévert et Victor Hugo, un album qui mêlait encore une fois frivolité et autodérision dans une polyphonie de styles musicaux.

« Il y a tout à la fois continuité et rupture entre mes divers albums, des thèmes communs qu’ils soient musicaux ou textuels », commente l’envoûtante Juliette. « Mutatis Mutandis était plus « brillant », plus latin, dans tous les sens du terme ! Même s’il reste dans la même veine – il y a encore de la bossa, de la milonga, des sons pseudo-orientaux -, « Bijoux et babioles » se révélait d’une facture plus intimiste ». Et « Nour », le dernier né ? « Un opus plus contrasté que d’habitude », confesse Juliette. Un rythme de funk pour « Belle et rebelle », de la musique celtique sur « Jean-Marie de Kervadec », des touches de hard rock avec « L’éternel féminin »… « J’ai une large palette de goûts, j’aime tous les styles et je n’hésite pas à en user pour colorier mon univers ».

Promo-2Juliette ? Une auteure-interprète qui ne se gêne pas, tant par ses propos que par ses chansons, d’afficher la couleur, revendiquant simplement une conscience politique comme tout citoyen… A gauche, résolument à gauche ! Ainsi en allait-t-il déjà pour son émouvant et superbe « Aller-retour » dans le précédent album, un hommage à tous ces exilés contraints de quitter leur terre comme le fit son grand-père kabyle quelques décennies plus tôt. « J’ai été fort touchée par les reportages montrant les exilés en attente de passer en Angleterre, à Calais et dans sa région.  » Le racisme est une réalité intolérable « , confie Juliette, « la bêtise et la haine sont toujours présentes et bien vivantes. Je crois qu’il n’y a que de réelles volontés politiques pour tenter d’arranger un peu les choses. Et l’éducation devrait être au centre de toutes les préoccupations de notre monde en déglingue ».

Pas étonnant, donc, qu’aujourd’hui la dénommée Juliette Noureddine nomme « Nour » son dernier opus : que toute la lumière soit faîte sur la connerie de notre temps entre petits bonheurs et grands malheurs ! Entre rire et gravité, amour et colère, dérision et rébellion. Propos recueillis par Yonnel Liégeois

« Nour », par Juliette. Un CD Polydor/Universal, 17€. En tournée nationale à partir de janvier 2014.

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Classé dans Musique/chanson, Rencontres

La précarité, au bas de notre porte

Véronique Mougin a publié un témoignage émouvant. Celui de Brigitte, une femme bien sous tout rapport qui, peut-être, habite en bas de chez vous. Avant de se retrouver SDF, du jour au lendemain.

 

 

C’est une battante, Brigitte. Confiante et conquérante, parée de tous les atours de la réussite : la beauté, la santé, le travail et l’amour… Un salon de remise en forme où elle investit ses quelques économies, un patron qu’elle aime et soutient en vue d’agrandir sa petite affaire. Jusqu’au jour où la femme battante devient une femme battue et s’enfuit un soir, pour échapper aux coups de trop et se retrouver à la rue : sans papier, sans argent, sans toit.

brigitte“ J’habite en bas de chez vous ” n’est pas un énième témoignage complaisant sur la vie de ces hommes et femmes qui sombrent un jour au plus noir de la précarité. Une première nuit dans un commissariat, une seconde à l’abri d’un square, la troisième dans le centre d’hébergement d’un hôpital parisien : on en retrouve d’autres, on se sent moins seule mais on ne parle toujours pas, par fierté et honte mêlées. Et les jours passent, les semaines aussi, l’étau se resserre, la chute semble inexorable lorsque l’on se couche, corps usé et tête fatiguée, sur un grabat de fortune. Place des Vosges, sous une porte cochère des beaux quartiers. Et Brigitte de raconter alors les efforts incroyables à fournir, les stratégies à déployer : pour survivre d’abord au froid et à la faim, tenter de garder sa dignité face à l’adversité, se penser encore homme ou femme à part entière en dépit des regards apitoyés ou des conseils mal avisés des associations de solidarité…

Pêle-mêle, au nom des sans-abri dont elle a partagé le sort durant deux longues années, Brigitte dénonce autant la dureté de la vie dehors que l’incurie des services sociaux, l’indigence des politiques mises en œuvre autant que l’indifférence des élus en charge de les conduire. Avec cette conviction, chevillée au corps : pour espérer s’en sortir, avant de sombrer dans l’alcool ou le dégoût de soi-même, la drogue ou la prostitution, il faut une main tendue. Tout de suite, sans attendre… Un jour de plus, il est souvent trop tard. Si être SDF est un combat quotidien pour la survie au sens fort du terme, ne plus vouloir le rester s’avère une tâche presque insurmontable sans aide ni soutien permanents. Et pourtant, Brigitte en témoigne, elle était une battante, une citoyenne bien insérée comme nombre d’entre nous. Derrière une vie en lambeaux, elle l’atteste, “ dans la rue il y a beaucoup de gens normaux à qui le ciel est tombé sur la tête ”.

Aujourd’hui la jeune femme s’en est sortie, elle a retrouvé du travail.  Pas rassurée pour autant, “ je sais d’expérience que l’on peut avoir des papiers en règle, un travail, des amis, une famille et se retrouver à dormir dehors. Je ne suis pas à l’abri, vous non plus ”. En tout cas, jamais elle n’oubliera les autres. Toutes les autres : plus d’un sans-abri sur trois est une femme. Yonnel Liégeois

J’habite en bas de chez vous, par Brigitte, en collaboration avec Véronique Mougin (coédition France Info – Oh éditions, 268 p., 18€90).

 

Plume de femme

Ancienne journaliste à L’Express, Véronique Mougin est une femme de plume qui en use avec talent et conviction. Qui ose, surtout, servir la cause de toutes ces “ Femmes en galère ”, celles qui vivent avec moins de 600€ par mois, dont elle nous a conté le quotidien dans un précédent ouvrage ( La Martinière, 280 p., 17€). Et d’élargir son regard à l’ensemble de la population des sans-abri, avec “ Les SDF, idées reçues ” (Le cavalier bleu, 125 p., 9€).

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