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De la bonté à la fureur

Jusqu’au 05/03 pour l’une au Lucernaire à Paris et le 17/02 au Garage Théâtre à Cosne-sur-Loire (58) pour l’autre, Ariane Ascaride présente Du bonheur de donner et Adrien Michaux Brûle, Narcisse. De Brecht à aujourd’hui, de la bonté à la fureur, deux spectacles au fougueux tempérament.

Ariane Ascaride présente Du bonheur de donner, un bel ensemble de textes de Bertolt Brecht, des poèmes pour la plupart (1). On pense toujours à l’auteur dramatique. On oublie l’homme au lyrisme froid, qui savait dissimuler sa bonté foncière sous l’affirmation paradoxale, le propre de la contradiction. Dans le florilège d’Ariane, on trouve d’ailleurs certain éloge de la dialectique comme facteur de plaisir, ainsi que bon nombre d’exemples de l’étonnante diversité d’inspiration de Brecht, qui a pu dire « Terrible est la tentation de la bonté » pour mieux se prémunir contre l’attendrissement, qui néglige les causes premières de l’injustice.

Ariane est assise devant un micro. Elle sourit et les mots du poète se mettent à couler de source, avec un soupçon de malice et d’autres fois une sainte colère, comme dans De l’infanticide Marie Farrar, la Médée de Lodz ou la Légende de la putain Evelyn Roe. Par endroits, elle chante. À son côté, David Venitucci dicte d’insolites respirations à son accordéon. La parole multiple du poète s’inscrit dans l’air avec un charme fort. Successivement apparaissent le philosophe épicurien, l’exilé nomade par force, le moraliste à rebours, l’infaillible dénonciateur de l’état du monde, le témoin fraternel, l’humoriste impavide, pour qui « l’homme est bon mais le veau est meilleur ». Walter Benjamin dit un jour à Brecht que « Kafka était le premier écrivain bolchevik ». À quoi l’autre répondit : « Dans ce cas, je suis le dernier écrivain catholique. »

C’est en toute véhémence qu’Adrien Michaux joue la pièce qu’il a écrite, Brûle, Narcisse, sous-titrée Mon destin sans nuage (2). Ce monologue consiste en la confession d’un chanteur qui fut une rock star, depuis le sommet de la gloire tonitruante jusqu’à la déchéance, l’âge venu, la voix perdue sans remède. Du Théâtre-Studio d’Alfortville au Garage Théâtre de Cosne-sur-Loire, le spectacle est mis en scène par Lou Wenzel, la directrice artistique de ce lieu si atypique et innovant. Ce texte a de la consistance, de la force, du nerf. Il insuffle, à l’auteur-acteur, un jeu spasmodique contrôlé. Du dynamisme déchaîné à l’abattement, l’éventail des affects est large, qu’Adrien Michaux parcourt, au fil d’une dépense d’énergie considérable, semblable, en somme, à celle de son héros entrant en majesté sur la scène, dans la clameur de foules survoltées. François Caffenne signe une création sonore à l’exacte hauteur qu’exige le sujet. Jean-Pierre Léonardini

(1) Jusqu’au 5/03 au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame- des-Champs, 75006 Paris (tél. : 01 42 22 66 87).

(2) Le 17/02 au Garage Théâtre, 235 rue des Frères Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire (tél. : 03.86.28.21.93). Le texte de la pièce est publié aux éditions Koïnè. Tournée en préparation.

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D’Ascaride à Loyon…

En ces heures troubles et troublantes, comédiens, musiciens et écrivains, plasticiens et magiciens ne cessent de rêver, chanter, créer. Régulièrement actualisée, une sélection de propositions que Chantiers de culture soutient et promeut. Yonnel Liégeois

– Jusqu’au 05/03/23, au Théâtre du Lucernaire, Ariane Ascaride présente Du bonheur de donner. Sagement assise derrière son pupitre, délicieusement accompagnée à l’accordéon par le talentueux David Venitucci, la comédienne lit, et chante parfois, les poèmes de Bertolt Brecht. Une facette trop méconnue du grand dramaturge allemand… C’est en présentant un extrait de La bonne âme du Se Tchouan qu’elle signa son entrée au Conservatoire, c’est encore sous la direction de Marcel Bluwal qu’elle devint la magnifique Jenny de Mahagonny ! Un compagnonnage au long cours avec Brecht, dont elle exhume aujourd’hui pour les jeunes générations beauté de la langue, musique des textes, sens des valeurs telles que fraternité et solidarité. « J’ai relu beaucoup de poésies de Brecht qui est toujours présenté comme un auteur austère, sérieux et théorique », confesse la comédienne, « on connaît moins sa bienveillance, son humour et son sens du spectacle ». Un joli récital, tout en délicatesse et finesse. Sur l’accueil de l’autre notre semblable, sur le bonheur d’être juste dans un monde qui ne l’est pas. Avec ce rappel, lourd de sens par les temps qui courent, pour clore la soirée : « Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu ».

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– Jusqu’au 24/01/23, au Théâtre de la Bastille, Samantha van Wissen interprète Giselle… Les trois points de suspension sont d’un intérêt capital : non pas le fameux ballet écrit par Théophile Gautier, mais la pièce de François Gremaud, cet inénarrable petit Suisse qui nous avait déjà enchanté avec sa désopilante Phèdre ! (ne pas oublier le point d’exclamation…) en ce même lieu ! Accompagnée de quatre jeunes musiciens virtuoses (violon, harpe, flûte et saxophone), la danseuse et comédienne nous conte avec humour et grâce la genèse de ce fameux ballet créé en 1841, sommet de l’art romantique. Une performance de haute volée pour celle qui doit danser et parler sans jamais perdre le souffle, endosser tous les personnages de l’oeuvre, dialoguer avec la musique et le public entre entrelacs et entrechats… Un succulent pas de côté pour pointer avec justesse, souvent avec une subtile ironie, incohérences et mièvreries du livret, se moquer du tutu de la belle Giselle, se gausser de la prétendue virilité du héros ! Prodigieuse Samantha van Wissen qui captive et hypnotise le public près de deux heures durant, égérie suspendue aux pointes des points de suspension de la ballerine à la funeste destinée ! Avec, au sortir de la représentation, le « livret » de François Gremaud offert à chacun.

– Jusqu’au 24/05/23 sur France.tv, Olivier Ayache-Vidal et Agnès Pizzini présentent L’affaire d’Outreau. En quatre épisodes, le récit de l’incroyable fiasco judiciaire qui aura duré quatre années de procédure et deux procès pour arriver à l’acquittement de treize personnes innocentes ayant fait trois ans de prison… Entre documentaire et cinéma, la série décortique erreurs, égarements et fourvoiements d’un système judiciaire englué dans une logique mortifère : d’un petit juge engoncé dans ses certitudes à traiter l’affaire du siècle à un procureur qui valide une instruction menée au pas de charge.Une série réussie entre horreur et sidération, stupeur et réflexion.

– Jusqu’au 05/02/23, au Théâtre de la Tempête, Simon Falguières présente Les étoiles. Lors des obsèques de sa mère, un jeune homme perd la mémoire, plus encore il perd l’usage des mots qui permettent de donner sens à sa vie, d’exister dans son rapport aux autres. Le temps passe et s’écoule sans lui, hors de lui, confiné dans son lit où seuls fantasmes et poésie entretiennent son imaginaire. Absent au monde qui s’agite autour de lui, aux relations qui se défont ou se nouent entre famille, amis ou voisins… Rêves et réalité font bon ménage sur le plateau, les dieux grecs ou indiens sont convoqués, Bergmann et Tchekhov aussi ! Le metteur en scène use de tous les artifices à sa disposition (masques, pantins, changements à vue, décors mouvants) pour emporter le public dans cette originale expédition onirique qui fait la part belle à notre inconscient inavoué, cette quête de l’inaccessible étoile chantée si puissamment par le grand Brel. Le temps s’écoule et s’effiloche à la recherche des mots perdus pour le héros endormi, tandis que la vie s’agite autour de lui. Entre le réel et l’imaginaire, Falguières ne tranche pas, à chacune et chacun de lier l’un à l’autre, de faire sien ces deux pans de l’existence dans un déluge de bons mots et de belles images, tous emportés par l’énergie d’une troupe ( Agnès Sourdillon, Charlie Fabert, Stanislas Perrin…) convaincue et convaincante en cet incongru voyage.

– La plateforme de la Cinémathèque française, Henri, du nom de son fondateur Henri Langlois, poursuit l’aventure initiée au temps du confinement ! Au menu, des projections en exclusivité, des œuvres à voir ou revoir, une centaine de films à découvrir… Mais aussi quelques 800 vidéos (leçons de cinéma avec les plus grands cinéastes, acteurs, actrices et technicien.nes au monde, conférences…) à regarder, ainsi que plus de 500 articles à lire ou relire.

– Jusqu’au 12/02/23, au Théâtre de la Colline, Isabelle Lafon présente Je pars sans moi. Pieds nus, comme égarées devant le public qui leur fait face, les deux comédiennes s’avancent sur la petite scène du théâtre. Seule éclaircie dans le noir de salle, une porte prête à s’ouvrir ou se fermer au gré des mots dits ou balbutiés… « Des mots d’une femme internée en 1882 à Sainte-Anne, les Impressions d’une hallucinée extraits de la revue L’Encéphale, Isabelle Lafon et Johanna Korthals nous dirigent aux frontières du désarroi mental », alerte le dossier de presse. Une juste précision qui emporte le public dans un délire verbal, un dialogue à la frontière de l’audible et pourtant d’une incroyable puissance jouissive et poétique ! Les deux femmes parlent et s’interpellent, se fuient ou s’enlacent, s’affrontent et s’éprouvent au gré d’un dialogue nourri des écrits et paroles de grands spécialistes de la folie, Gaëtan de Clérambault au XIXème siècle et Fernand Deligny un siècle plus tard. C’est intense, beau, lumineux, ce désir et cette volonté de mettre en lumière les paroles de celles et ceux que l’on considère malades, inaptes pour trop aimer l’autre, l’indicible, l’inaccessible ou l’éthéré. Délicatesse et humour s’invitent sur le plateau, une heure de plaisir limpide et fécond avant de franchir la porte, peut-être, qui séparent le monde des bien pensants avec celui que l’on considère à tort des morts vivants. 

– Né sous François Ier en 1530, l’emblématique Collège de France nous invite à explorer gratuitement plus de 10 000 documents (leçons inaugurales, cours annuels des professeurs, entretiens filmés…). Sur Chantiers de culture en 2016, notre consœur Amélie Meffre suggérait déjà d’aller butiner dans cette incroyable caverne aux trésors qu’est le Collège de France !

– Du 26 au 29/01/23, au Théâtre national de Nice, Sylvain Maurice présente La campagne. Qui est vraiment cette inconnue que Richard prétend avoir recueillie en bord de route pour la conduire en pleine nuit à son domicile ? Telle est la question que pose son épouse avec insistance… Le couple a fui la ville pour s’installer, lui médecin elle femme à la maison s’affairant à des découpages pour les deux enfants, au calme de la campagne. Dans le bonheur de vivre et la sérénité ? Un leurre, pour l’auteur anglais Martin Crimp ! Une pièce acide et amère sur les non-dits d’une vie de couple, où la routine semble avoir étouffé le désir, où le mensonge semble avoir gagné force de loi. Les petits malheurs et grandes peurs d’une famille embourgeoisée qui nous passionnent grâce à l’écriture de Crimp : d’une porte qui s’ouvre sur une vérité pour se refermer sur une autre, jamais nous ne saurons le fin mot d’une histoire aux multiples rebondissements. Un triangle amoureux traité en énigme policière, où Isabelle Carré éclaire la scène de son grand talent en épouse toute à la fois naïve et lucide, complice d’une relation amoureuse qui semble avoir perdu de son intensité au fil du temps. Avec, comme à l’accoutumée dans les mises en scène de Sylvain Maurice, un superbe traitement des mouvements et des lumières.

Jusqu’au 27/02/23, la fondation Louis Vuitton présente l’exposition Monet-Mitchell. Un regard croisé, d’une intense luminosité, entre les deux artistes peintres, Claude Monet et Joan Mitchell, où nature et couleurs aiguisent l’imaginaire et le pinceau de l’un et de l’autre. « Impression » pour l’un, « feeling » pour l’autre : bleues, jaunes, rouges, verts ou mauves, les couleurs explosent d’une salle à l’autre. Jusqu’au final éblouissant, d’un côté L’Agapanthe triptyque monumental de Monet, de l’autre dix tableaux de Mitchel issus du cycle La grande vallée ! Magistral, éblouissant, vu la foule qui se presse aux portes du musée, la réservation est vivement recommandée.

– Du 02 au 20/10, au 100 – établissement parisien, culturel et solidaire, René Loyon présente Le misanthrope. Quelques chaises disséminées sur le plateau pour tout décor, le metteur en scène demeure fidèle à ses principes : le texte seul, tout le texte, rien que le texte ! Et pas n’importe lequel, celui de Molière où un homme, perclus de sa suffisance et de son intégrité, se refuse à toute passion amoureuse et à toute connivence avec le monde qui l’entoure… Un bel exercice de style où Loyon se fait maître en la matière osant déjouer le temps en jouant de l’âge de ses interprètes : des vingt ans de Célimène à l’heure où Molière situe son chef d’oeuvre, nous voilà en présence de personnages entre la cinquantaine et la soixantaine finissantes mis à l’épreuve d’une jeunesse révolue et d’un désir par trop émoussé. Que nenni, nous prouvent les interprètes, d’une audace et d’une vivacité à toute épreuve, rivalisant de talent pour mettre à l’honneur une belle langue déclinée en majestueux alexandrins ! Du plaisir renouvelé à goûter un classique du répertoire, libéré des fioritures soit-disant indispensables à l’heure de la modernité.

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En studio, avec Alain Bashung

Le 1er décembre 2022, Alain Bashung aurait dû souffler ses 75 bougies : cruel, pour un artiste de cette trempe, de mourir à 61 ans ! Heureusement, albums et bouquins continuent à saluer son talent. Après l’album En amont et Alain Bashung, sa belle entreprise de Stéphane Deschamps sortis en 2018 (éd. Hors collection), voilà En studio avec Bashung, un sacré bouquin signé Christophe Conte, accompagné d’un succulent CD.

« Le tout est parti d’un film avec Fernando Arrabal (*), « il m’avait fait jouer une espèce de Jésus après l’Apocalypse », commentait en son temps Alain Bashung. Le réalisateur lui avait aussi demandé de faire la musique du film sans un rond pour la payer. Il ne restait plus qu’à délirer… Faut dire que l’époque s’y prêtait quand on songe qu’un film d’un génial dramaturge espagnol,  et résistant à Franco, était programmé en début de soirée en 1983 et que la chanson Gaby oh Gaby, déjantée à souhait, faisait un carton trois ans plus tôt. On replonge dans ces années-là avec le CD En studio avec Bashung.

La voix du chanteur ressurgit au gré des morceaux ébauchés pour le téléfilm, pour son futur album Play Blessures avec Gainsbourg ou pour d’autres. On croise des brancardiers dans Bistouri Scalpel, un Imbécile qui a « encore traîné dans le fond des asiles pour trouver l’amour fou » (un texte très fort pour signifier la marge des uns comme l’égoïsme des autres, signé Boris Bergman). On se balade dans le rock de Strip Now. Au milieu, le chanteur raconte : « C’était du rêve et je ne rigolais pas avec le rêve ou le fantasme. C’était mon moteur. (…) Je veux bien qu’on plaisante avec (…) mais pour moi, ça reste très sérieux tout ça ». En fait, l’album vient appuyer le formidable travail de Christophe Conte qui signe En studio avec Bashung aux éditions Seghers, treize ans après la mort du chanteur.

Photos d’archives et témoignages inédits à l’appui, l’ouvrage retrace au fil des pages une fulgurante carrière : les débuts difficiles jusqu’au premier tube quand il a 33 ans, ses échappées belles mais risquées dans les albums suivants jusqu’à Osez Joséphine en 1991, ceux qui s’ensuivent couronnés de succès, tels Fantaisie militaire ou Bleu pétrole. Le tout, sous l’angle des studios sillonnés et des personnes rencontrées. « Un artiste qui a poussé au plus loin et dans toutes ses dimensions le travail en studio, c’est bien Alain Bashung », écrit Christophe Conte, « je me devais donc d’en faire le récit avec rigueur, en essayant de retranscrire au plus juste ce qui s’était passé entre ces murs capitonnés ». En studio avec Bashung, le livre et le disque ? Deux petits bijoux, littéraire et chansonnier, à s’offrir pour commencer superbement l’année. Amélie Meffre
(*) « Le cimetière des voitures », diffusé sur France 2 en 1983. En studio avec Bashung, de Christophe Conte (éd. Seghers, 216 p., 29€). Album Barclay (11 titres, 19€99)

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Pour un vers de vin !

Le samedi 10 décembre à 20h, au Grand Aslon à Lingé (36), l’association Noces de Paroles organise Vin sur vin, une soirée spectacle bien arrosée ! En compagnie de deux conteurs, Kamel Guennoun et Bernard Barbier, qui raconteront des histoires sur le vin et sa dégustation.

Ainsi que le rappelle le site Paroles de conteurs, Kamel Guennoun naît en 1953 à Royan, de mère charentaise et de père kabyle. Il vit en Algérie dans sa prime jeunesse, puis il rentre en France en 1962. Il fut docker, déménageur, ouvrier à l’usine Simca avant de s’investir dans l’animation socioculturelle.

En 1987, il découvre le festival « Paroles d’Alès » et commence son initiation aux arts du récit auprès de conteurs et conteuses. Il replonge alors dans ses racines kabyles, qu’il croise avec sa culture charentaise, pour suivre à son tour les chemins qui font les grands conteurs… Cévenol d’adoption, il devient directeur artistique des « Nuits du conte » de Thoiras et co-fondateur avec Patrick Rochedy de « La Marche des Conteurs ». Sans oublier ses collaborations artistiques avec Les voix de la Méditerranée à Lodève, les médiathèques de Ganges et de Narbonne, le Centre méditerranéen de littérature orale d’Alès.

Sur son blog, Bernard Barbier retrace les étapes principales de son parcours artistique. Il naît en 1952 en Auvergne. Il effectue ses premiers pas sur scène vers 1978 avec la musique folk, où il joue du violon. En 1982 dans le Lot, il rencontre une compagnie de Cirque / Théâtre /Clown. C’est le début d’une belle aventure artistique : spectacles de rue, sur scène, pour enfants et adultes… De 1990 à 2003, avec son ami Christian Coumin, il parcourt le monde (télés, galas, cabarets…) avec un numéro visuel « Le vidéo clown ».

En 1987, il fait la connaissance du conteur Kamel Guennoun. « Là fut ma vraie rencontre avec l’univers infini des contes », confie-t-il, « j’avais en moi ce besoin de dire des histoires ». Il suit plusieurs stages avec Michel Hindenoch, Didier Kowarsky, Kamel Guennoun. Il profite de l‘aide précieuse de Jihad Darwiche et de la formation du Centre méditerranéen de littérature orale d’Alès. Depuis 2001, il conte et raconte donc le monde, les histoires qu’il a écrites (menteries) comme celles qu’il a revisitées (Petit Poucet.com)… « Apprendre par la plante des pieds, voila une belle université », affirme Bernard Barbier. Philippe Gitton

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Guy Régis Jr et ses frères haïtiens

Jusqu’au 11/12, au Théâtre de la Tempête, Guy Régis Junior propose L’amour telle une cathédrale ensevelie. L’auteur et metteur en scène haïtien signe le deuxième volet de sa Trilogie des dépeuplés, sur la dislocation de son pays et la dispersion des familles. Un uppercut poétique et politique.

Nous avons déjà recensé L’amour telle une cathédrale ensevelie. Toutefois, devant la puissance et la beauté du spectacle, c’est avec grand plaisir que nous publions la chronique de notre consœur, et contributrice à Chantiers de culture, Marina Da Silva. Y.L.

Lorsqu’on pénètre dans la petite salle du Théâtre de la Tempête, à Paris, on arrive sur un autre rivage. Un sol de sable doré, délimité par une frontière d’eau. En fond de scène, la mer et ses vagues comme une grande langue qui vient lécher le sable. À jardin, le guitariste et compositeur haïtien Amos Coulanges ne quittera pas le plateau, accompagnant de ses rythmes et de son chant envoûtants l’oratorio douloureux de L’amour telle une cathédrale ensevelie, écrit et mis en scène par son compatriote Guy Régis Junior. Le spectacle a été créé fin septembre aux Francophonies de Limoges, au Théâtre de l’Union, et trouve ici un écrin qui le place dans un contact rapproché et puissant avec le public.

C’est le deuxième volet de la Trilogie des dépeuplés, une épopée sur l’arrachement et l’exil où Guy Régis poursuit sa radiographie poétique et non documentaire de l’effondrement de son pays et de la dislocation des familles. L’écran, si loin, si proche, nous fait pénétrer dans le salon d’un couple mal assorti,­ habitant au Canada. Lui, le retraité Mari (Frédéric Fahena et François Kergoulay, en alternance) ; elle, la Mère du fils Intrépide, magnifique et bouleversante Nathalie Vairac. Elle se tord de colère et de douleur. Elle a fui son pays dont la nostalgie l’empêche de vivre pour atterrir dans ce qui est censé être une vie meilleure, confortable, dans un appartement de Montréal. Elle a tenté d’accepter ce mari plus vieux qu’elle, qui l’achetait en quelque sorte, dans la perspective de faire venir son plus jeune fils. L’Intrépide. Celui-là même qui l’avait poussée à quitter l’île, douce mais misérable, qui n’est jamais nommée. Toutes les démarches administratives n’ayant pas abouti, il a pris la mer avec ses compagnons d’infortune.

Alors, « l’amour, monté haut comme une cathédrale, s’est pulvérisé comme poussière ». On passe de ce huis clos où une histoire intime se raconte à bas bruit pour revenir à la mer où les images vidéo de Dimitri Petrovic se mêlent à celles plus vraies que vraies du combat collectif des damnés de la terre sur des embar­cations à la dérive. Des images tournées par Guy Régis et Fatoumata Bathily, et des extraits du film Fuocoammare, par-delà Lampedusa, de Gianfranco Rosi. Une petite foule d’hommes, de femmes et d’enfants y sont ­agglutinés au-delà de l’irreprésentable. Dans l’espace de sable des comédiens-chanteurs, Derilon Fils, Déborah-Ménélia Attal, Aurore Ugolin, Jean-Luc Faraux accompagnent leur lutte à mort dans un chœur créole de toute beauté. Leur chant dit à la fois le désespoir et la résistance. Lorsqu’ils scandent « Canada, Canada, Canada », le mantra du fils pour cette traversée, on ­mesure la détermination de ces êtres qui ont derrière eux « leur vie à effacer » et pour horizon cette projection dans un futur et un ailleurs. Marina Da Silva

Jusqu’au 11/12, au Théâtre de la Tempête (la Cartoucherie), route du Champ-de-Manœuvres, 75012 Paris (Tél. : 01 43 28 36 36). La Trilogie des dépeuplés est publiée aux Solitaires intempestifs.

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Haïti, pleurs et fureurs

Jusqu’au 11/12, au Théâtre de La Tempête (75), le metteur en scène haïtien Guy Régis Jr propose L’amour telle une cathédrale ensevelie. Un émouvant poème, épique et lyrique, pour conter pleurs et douleurs d’une mère, fureur et terreur de la mer. Dans le ressac des océans, d’Haïti au Canada, d’Afrique en Europe, ami, entends les cris sourds qui montent à l’écume des jours.

En bord de scène, la guitare du talentueux Amos Coulanges égrène ses lignes mélodiques. Tantôt piquantes, tantôt cinglantes à l’heure où la colère explose sur le plateau… Se tenant à bonne distance l’un de l’autre, un homme et une femme, épouse et mari, s’insultent et s’invectivent, se crachent au visage haine et désespoir. Pas de dialogue, réconciliation impossible, des cris à la puissance crescendo comme les doigts pinçant les cordes de l’instrument de musique, une litanie de reproches hystériques et définitifs… Un amour brisé, noyé à l’image de ces gouttes de pluie qui saturent l’écran.

Femme, elle a quitté son île, Haïti, pour s’en aller fleurir les vieux jours d’un Canadien argenté. C’est son fils qui lui a déniché la perle rare sur les réseaux sociaux : adieu bidonville, misère et insécurité, bonjour l’aisance et l’appartement cossu à Montréal, contre échange d’un peu de tendresse l’assurance d’un bien-être convenu ! Pas de coups portés, sinon deux claques au visage de l’homme contrit et incompris, la violence des mots suffit. Qui emplit l’espace, sans espoir de fuite, il nous faut l’entendre et la supporter, la douleur et la souffrance de cette femme. De cette mère, avant tout. Un amour dévasté, anéanti, enseveli, en ruines comme la cathédrale de Port-au Prince toujours à terre… Ah, Notre-Dame, ici nous ne sommes pas à Paris, nous sommes en Haïti !

La nouvelle s’affiche à l’écran : de frêles embarcations à la dérive, hommes-femmes et enfants, fuient les côtes caribéennes pour atteindre l’eldorado canadien ! Depuis des semaines, le couple est sans nouvelle du fils, les autorités locales lui ont interdit l’exil légal. Il s’est embarqué pour rejoindre sa mère, clandestinement. Le naufrage guette, le naufrage est imminent. S’avancent alors au devant de la scène deux femmes et deux hommes, tout de noirs vêtus, s’élève alors la complainte poignante de quatre conteurs au chanter créole. Quatre voix d’une beauté sidérante, déchirante : « Un boat-people, c’est comme un caveau au cimetière… Un sans-manman, il ne sait pas ce qui l’attend… De grosses vagues nous fracassent, le petit voilier tangue… Sur ce bateau-sauve-qui-peut, celui ou celle qui se laisse plonger se noiera tout seul, pour ses propres yeux… Au beau milieu des mers qu’on va périr, au beau milieu des mers qu’on va mourir ». Le fils est mort, le corps du fils est devenu soupe pour les requins.

Les gouttes d’eau, cette fois, tombent des cintres. La mer engloutit tout, espoir et devenir. Pour celles et ceux qui sont restés à terre, spectateurs nantis mais anéantis devant tel spectacle aussi émouvant que percutant, la question demeure : l’exil, la fuite, la mort sont-ils seuls ressorts de ces peuples en mal d’humanité ? Lors de sa création aux Francophonies de Limoges en septembre sur la grande scène du Centre dramatique national du Limousin, le Théâtre de l’Union, la pièce triompha. En la petite salle parisienne du théâtre qui porte bien son nom, la tempête fait rage en toute proximité avec comédiens, chanteurs et musicien : à voir expressément, absolument ! Yonnel Liégeois

L’amour telle une cathédrale ensevelie : jusqu’au 11/12, au Théâtre de La Tempête. Avec des images tournées par Fatoumata Bathily et Guy Régis Jr et des extraits du film documentaire Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi. Second volet de La trilogie des dépeuplés, la pièce est publiée aux Solitaires intempestifs.

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Farré, le fada du piano

Jusqu’au 12/11, au Studio Hébertot (75), Jean-Paul Farré propose Dessine-moi un piano. Un spectacle où le comédien se joue des touches noires et blanches dans un concert en solo. Une performance artistique où l’humour et la virtuosité font bonne note.

Lauréat du Molière musical en 2010 pour Les douze pianos d’Hercule, Jean-Paul Farré fait à nouveau son cirque sur la scène du Studio Hébertot, sans nez rouge mais avec sa jaquette de concertiste. Sautant de touches blanches en touches noires, dans un spectacle haut en couleurs mais tout aussi déjanté, Dessine-moi un piano… En fond de scène, une immense portée de notes animées où croches et double-croches se décrochent à volonté, un bel instrument à queue faisant office de partenaire à celui qui se présente comme chauffeur de piano, voire tourneur de pages, blanchisseur de touches ou accordeur de tabouret au service de la prétendue vedette qui ne saurait tarder à faire son entrée ! Dans l’attente, tignasse blanche au vent, le concertiste improvisé enchaîne alors dérapages musicaux et verbaux avec un aplomb superbement orchestré sans baguette ni trompette !

L’homme en jaquette ne se refuse rien, pour notre plus grand bonheur, osant escalader son instrument pour mieux l’astiquer et briller en sa compagnie, jouer d’un gros ballon rond à l’image de Chaplin dans Le dictateur ou brandir un chapelet de touches défuntes à la main… Farré est de cette trempe de comédiens qui ne reculent devant aucune incongruité pour surprendre leur public, allant jusqu’à tourner en trottinette autour de son engin de torture, risquant un malencontreux tête à queue. Tout à la fois clown et musicien virtuose, il use d’un talent certain pour masquer son jeu et apparaître comme le fada de l’orchestre. Un spectacle à la tonalité foncièrement poétique et surréaliste, qui enrichit d’une bien belle note la partition de Saint-Exupéry. Entre facétie et folie, un « curieux concert burlesque » selon l’appellation officielle, un récital aussi allumé que son interprète où l’on se demande, avec force humour, si la musique adoucit vraiment les mœurs ! Yonnel Liégeois

Jusqu’au 12/11, au Studio Hébertot. Les jeudi, vendredi et samedi à 19h.

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Limoges, capitale de la francophonie

Du 20/09 au 01/10, à Limoges (87) et alentour, se déroulent les Zébrures d’automne ! Sous la férule du metteur en scène et directeur, Hassane Kassi Kouyaté, un hymne à la francophonie dans une myriade de propositions artistiques et culturelles… De la Haute-Vienne à l’archipel caraïbéen, de l’ouest africain aux territoires ultra-marins, un festival aux saveurs épicées et aux paroles métissées.

« En ces temps identitaires, où certains remontent obstinément le cours du temps à la recherche d’une source « pure », où la complexité du monde n’a jamais provoqué de réponses aussi simplistes », commente Alain Van der Malière, le président des Francophonies, « il ne faut pas manquer ce rendez-vous de septembre à Limoges » ! Au menu, rencontres, débats, expos, musique, lectures, cinéma et théâtre : autant de propositions artistiques pour célébrer la francophonie, une langue et son pouvoir de création, dans une riche palette multiculturelle. Comédiens et musiciens de Guadeloupe et de Martinique, du Mali et de Guinée, de France et de Belgique, de La Réunion et de Haïti, femmes et hommes de toutes couleurs, ils sont au rendez-vous de cette nouvelle édition des Zébrures d’automne. Pour donner à voir et entendre, danser et chanter une humanité métissée et une fraternité partagée…

« Les Francophonies sont par excellence le lieu d’ouverture au monde. L’endroit où l’on peut côtoyer la différence qui nous fait autre », proclame avec enthousiasme Hassane Kassi Kouyaté, metteur en scène et directeur du festival. « La création d’expression française est d’une incroyable fraîcheur, qui mérite bien mieux qu’un simple clin d’œil. Déjà, pour la seule France, il faut savoir qu’en moult lieux d’Outremer on n’y trouve ni conservatoire, ni école artistique, parfois même pas de salle de théâtre ou de concert ». Selon l’homme de théâtre, il devient donc urgent d’insuffler une politique volontariste en ce domaine, se réjouissant que par leur existence les Francophonies bousculent les consciences dans le bon sens ! Qui ouvre ensuite son propos à un horizon plus large encore : veiller à ce que la francophonie ne se limite pas aux anciens pays colonisés ou aux membres de l’O.I.F, l’Organisation internationale de la francophonie. « L’Algérie n’en fait pas partie, on y parle encore français, à ce que je sache ! Mon parti pris ? Élargir la francophonie à tous les artistes créant en langue française ».

Le festival ouvrira les réjouissances le 20/09 par un hommage appuyé, et mérité, à Monique Blin disparue en janvier 2022. Une soirée en mémoire de celle qui, avec Pierre Debauche alors directeur du Centre dramatique national du Limousin, créera le premier festival des Francophonies en 1984 et le dirigera jusqu’en 1999 ! Sous sa houlette, émergeront des talents aujourd’hui reconnus : Robert Lepage, Wajdi Mouawad… Pour se clore, le 01/10, avec une « conversation » en compagnie de Daniel Maximin, le poète et romancier antillais qui partagera son regard sur les mondes artistiques et littéraires contemporains. Entre ces deux dates, dans un florilège de créations, quatre spectacles qui s’attarderont sur le territoire métropolitain : La cargaison du 22 au 24/11 au Théâtre du Point du Jour à Lyon, Anna, ces trains qui foncent sur moi les 13 et 14/10 à l’Opéra-Théâtre de Metz, Mon Éli du 09 au 13/05 au Glob Théâtre de Bordeaux, L’amour telle une cathédrale ensevelie du 11/11 au 11/12 au Théâtre de la Tempête à Paris. Yonnel Liégeois

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Brassens au manoir

Dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, le 18 septembre, le Manoir des arts de Jaugette (36) honore un artiste majeur de la scène musicale française : Georges Brassens. Le spectacle de clôture de l’édition 2022 des rencontres musicales qui ont fêté dignement leur dixième anniversaire.

L’Auvergnat, les Bancs publics, les Copains d’abord et tant d’autres chefs-d’œuvre : Georges Brassens n’en finit pas d’inspirer les artistes ! Le Manoir des Arts propose de découvrir ou redécouvrir quelques-unes de ses chansons. Ce spectacle musical est présenté par la Compagnie Cadéëm, avec Laurent Montel, ancien pensionnaire de la Comédie Française (texte et chant), accompagné de Eva Barthas (saxophone), Josephine Besançon (clarinette) et  Anthony Millet (accordéon). Les arrangements sont de François Bousch, un habitué de Jaugette où il s’est déjà produit, avec notamment, ses « Miroirs d’espaces ». Une création pour électronique et diaporamas, au cours de laquelle les spectateurs sont sollicités pour intervenir sur le déroulement musical par l’intermédiaire de leur smartphone. Le compositeur a créé une sorte d’alphabet sonore qui permet de transcrire en notes les textes envoyés par les téléphones.

La présence de François Bousch, lors du récital-hommage à Brassens, symbolise à merveille l’esprit du Manoir des arts : faire vivre un lieu de rencontres musicales où se croisent différents  univers. C’est encore vrai pour cette année 2022. Le premier spectacle se déroula le 30 avril sur le thème « Les chefs d’œuvre du XXème siècle ». Au programme, le concerto pour main gauche de Ravel et le deuxième concerto de Prokofiev. En juillet, le festival Musique et Magie a offert plusieurs œuvres, dont « L’enfant et les sortilèges » de Maurice Ravel. Les festivaliers étaient également invités à écouter le quatuor des Ondes Martenot : un instrument électronique aux sonorités magiques, créé par Maurice Martenot et présenté au public en 1928 ! Quant au magicien Bruno Monjal, il posa son regard et son jeu sur toutes les musiques des grands compositeurs interprétées durant ces trois jours, notamment les deux concertos de Mozart pour piano et orchestre, le quintette à cordes n°2 de Brahms et les trois préludes de Debussy.

Des rencontres musicales achevées par une soirée jazz, en compagnie de Shai Maestro. Le pianiste de renommée mondiale se produit avec les plus grands jazzmen du moment. L’énoncé des œuvres et interprètes illustre qualité et virtuosité des programmes proposés à Jaugette, d’une année à l’autre. Brassens y prend naturellement toute sa place. Philippe Gitton

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Récit et chant d’exil kurde

Le 09/09 à Marseille (13), les 12 et 13/09 au Théâtre Paris-Villette (75), Élie Guillou propose Happy Dreams Hotel. Une nouvelle création, où l’auteur et metteur en scène poursuit sa documentation poétique de la tragédie d’un peuple sans État. Entre conte, théâtre et ballade, un récit qui touche au cœur.

Dispersé en Turquie à plus de 50 %, en Iran à près de 25 %, en Irak à plus de 15 % et en Syrie à 5 %, le peuple kurde est sans État, l’Iran et l’Irak en reconnaissant tout juste deux régions. Élie Guillou, metteur en scène et auteur, découvre la tragédie et la lutte kurdes en 2012 lors d’un voyage en Turquie, et y consacre une première pièce, Sur mes yeux, en 2018 . Dans une nouvelle création, Happy Dreams Hotel, qu’il écrit et met en scène avec le Théâtre du passeur, il raconte l’histoire d’Aram Taştekin, dramaturge et comédien, arrivé en France en 2017 après avoir été contraint de fuir le régime d’Erdoğan. Tous deux s’étaient rencontrés à̀ Diyarbakir, dans l’Est de la Turquie, où Aram était comédien dans la troupe municipale. Il a depuis obtenu l’asile politique, a été l’assistant de Peter Brook sur la création Why ?, en 2019, et ses projets sont accompagnés par l’Atelier des artistes en exil dont il est membre.

Élie et Aram ont élaboré ce texte biographique dans les deux langues, français et kurde mais aussi avec des mots en turc et en anglais, travaillant les sonorités et la musicalité comme une matière première. Le texte est né du vécu d’Aram et de ses compatriotes, mais aussi de la complicité et des échanges de deux amoureux de poésie et de musique. Oscillant entre tragédie et comédie, désespoir et utopie, il porte avec distance et humour la parole de ceux qui reviennent de loin. Elle est incarnée avec brio et enchantement par Aram, rejoint au plateau par Neşet Kutas, un musicien d’exception qui a aussi quitté la Turquie pour la France et lui donne la réplique pour faire vivre les multiples personnages et épisodes de ce récit proustien. Il interprète le cousin – de deux ans son aîné – avec qui Aram commet toutes les transgressions de l’enfance et de l’adolescence et dont il partage les aspirations à la révolte et à la liberté. Aussi décide-t-il de l’accompagner lorsque ce dernier s’apprête à rejoindre la guérilla à Mus, dans l’est de la Turquie. Ils atterrissent dans un hôtel – dont la chambre sert de cadre à la mise en scène, espace clos et étroit mais où les fenêtres s’ouvrent vers l’inconnu et l’infini – et passent la nuit, comme dans une veillée d’armes, à évoquer leur vie par fragments.

L’on apprend qu’ils gardaient les agneaux ensemble et que leur découverte du coca-cola – pris pour du vin ! – avait privé leur village d’eau potable durant plusieurs jours. On apprend surtout, comme lui enseigne son père, qu’en Turquie les Kurdes ont deux prénoms, celui du village et celui de l’État. « Le premier c’est en kurde, le deuxième c’est en turc ». Et qu’il vaut mieux ne pas se tromper dans l’usage de l’un ou de l’autre. On entend le récit des brimades qu’il lui faut subir à l’école, de l’arrestation des hommes et du village incendié par les soldats turcs précipitant sa famille dans l’exode jusqu’à Diyarbakir. Mais on entend aussi l’acharnement à vivre à tout prix. À Diyarbakir, il y a l’électricité, le satellite et les films de Yilmaz Guney qui donne une voix internationale aux Kurdes. Les murs semblent infranchissables mais ils se recouvrent du mot Berxwedan, Résistance. Sous toutes ses formes. En cachette des parents, les deux cousins font un voyage à Antalya où, au lieu de vivre le luxe fantasmé, ils travailleront à l’Hôtel  Happy Dreams – qui donne son titre à la pièce. Aram y découvre le théâtre et sa puissance subversive lorsqu’il veut monter le Tartuffe de Molière où il est question « d’un prêtre manipulateur. Il parle de religion mais il pense qu’à l’argent. Comme Erdoğan ». Entre conte, théâtre et ballade, ce récit nous touche au cœur. Marina Da Silva

Le 09/09 à la Friche de la Belle de Mai à Marseille, les 12 et 13/09 au Théâtre Paris-Villette ( dans le cadre du festival spot #9), les 15 et 16/11 au centre culturel le Forum à Boissy-Saint-Léger.

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Armelle et Peppo, cœur de tziganes

Du 21 au 25 août, à Vassivière (23), le festival Paroles de conteurs accueille Armelle et Peppo. La conteuse et le musicien y font escale pour narrer l’incroyable épopée tzigane. Un récit de cinq heures décliné en autant d’épisodes.

Durant cinq jours, Armelle la conteuse Rom et Peppo le musicien voyageur font escale à Vassivière, au festival Paroles de conteurs pour y narrer l’épopée tzigane. Un récit présenté en cinq fois une heure. L’ambition est grande, à la mesure de l’amour qu’Armelle et Peppo portent à leur peuple. Il faut, à n’en pas douter, une sacrée dose de passion pour décider de relater de la sorte cette histoire. Entre mythes, légendes et réalité, l’histoire des tziganes et de leur trajectoire à travers les âges : nomades de tous temps, victimes de persécutions, souffrant souvent encore aujourd’hui d’une mauvaise réputation… « Descendants des Dieux, nous, les tziganes, avons fait le tour de la Terre. Nous avons traversé les guerres et nous sommes toujours là », clament-ils.

C’est par le conte que le couple de saltimbanques transmet la mémoire : une expression artistique par nature porteuse de rêve, d’évasion et d’imaginaire, qui donne à voir et à comprendre la tradition tzigane. Bien plus encore, il interpelle chaque individu parce qu’il touche à une dimension universelle. « Depuis la nuit des temps, les hommes ont migré et nous sommes toutes et tous le produit de ces voyages ». Le rappel n’est pas superflu. Il éclaire sur la manière dont s’est construite la civilisation humaine et invite à remettre à leur juste place ces familles qui mènent leur vie au rythme de leur déplacement.

Armelle et Peppo sont de ceux-là. Ils bougent pour mieux se raconter. En couple sur scène comme à la ville, la construction de leurs spectacles résulte d’un échange permanent, issu de leur complicité au quotidien. « Nous nous accordons sur la ligne directrice de nos spectacles, puis plus en détail. Progressivement, nous faisons nôtre le déroulement d’un récit, très peu écrit. Et puis, nous laissons une part importante à l’improvisation », explique Armelle. Musique et parole s’inspirent mutuellement pour narrer leurs histoires servies par la poésie et l’humour. Qui parlent de la vie des hommes et des rapports tissés entre eux, mêlant sens du partage et de l’amour mais aussi de la défiance.

Le voyage en roulotte, pour Armelle et Peppo ? Bien plus qu’un mode de transport, un mode de vie… Durant des années, ils ont sillonné la France et l’Europe en roulotte (une, puis deux avec la venue des enfants), présentant leurs spectacles au hasard de leurs rencontres : écoles, médiathèques,  maisons de quartiers,  lieux associatifs… Jusqu’à ce jour d’été 2007 où ils firent halte au festival de Vassivière, une journée qui changea leur existence ! Les contacts pris après leur prestation débouchèrent sur des contrats pour des horizons plus lointains. « Les avions et les trains ont remplacé les roulottes », souligne Peppo, le sourire aux lèvres. À la rencontre de nouveaux publics, ceux d’Outre-Mer (Guyane et Nouvelle-Calédonie) et de pays africains francophones comme le Burkina Faso mais aussi ceux de Grèce, du Liban et d’Angleterre. Philippe Gitton

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La magie de Jaugette

Du 15 au 17 juillet à Jaugette (36), le Manoir des arts fête le 10e anniversaire de son festival. La promesse de rencontres musicales exceptionnelles quand le monde de l’illusion et de la musique se conjuguent en un projet ambitieux et poétique. Une invitation à l’évasion.

La plongée dans cet univers étonnant est garantie tout au long du week-end, grâce à une programmation exigeante et variée : la marque de fabrique des festivals de Jaugette ! Musique et Magie se déclineront en plusieurs rendez-vous. Ce sera la présentation d’une œuvre de Maurice Ravel, L’enfant et les sortilèges, une fantaisie lyrique en deux parties composée entre 1919 et 1925, en collaboration avec Colette qui en a écrit le livret. Il s’agit de la seconde et dernière fantaisie lyrique de Ravel, après L’Heure espagnole (1907). L’histoire est celle d’un enfant harcelé par des objets qui s’animent et des animaux qui parlent.

Les festivaliers pourront aussi écouter le quatuor des Ondes Martenot. Un instrument électronique aux sonorités magiques, créer par Maurice Martenot, et présenté au public en 1928. Le Manoir accueillera le magicien Bruno Monjal, qui présentera son métier dans une conférence en musique. Surtout, l’illusionniste posera son regard et son jeu sur les musiques des grands compositeurs interprétées durant l’ensemble du festival. Notamment deux concertos de Mozart pour piano et orchestre, le quintette à cordes n°2 de Brahms en ouverture ce vendredi soir , trois préludes de Debussy le dimanche matin dans le jardin du château d’Azay-le-Ferron… Bruno Monjal participera également aux moments musicaux, proposés pendant les trois jours, dans la réserve animalière de la Haute-Touche.

L’édition 2022 des rencontres musicales s’achèvera dimanche par une soirée consacrée au Jazz. Le manoir recevra Shai Maestro. Pianiste de renommée mondiale, il se produit avec les plus grands jazzmen du moment. Il exprimera son talent à l’occasion de ce festival, à l’instar des artistes qui se seront succédés durant ces trois jours. Parmi eux, on notera la présence des musiciens des orchestres nationaux d’Auvergne et d’Ile-de-France, Thomas Zehetmair et Pierre-Laurent Aimard.

Musique et Magie ? Un mariage de sons, de rythmes, de gestes et de couleurs qui, à n’en pas douter, entraînera le public dans un monde féerique ! Philippe Gitton

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Simon Abkarian touche le fond

Jusqu’au 15/07, au Théâtre du Soleil à la Cartoucherie (75), Simon Abkarian reprend Électre des bas-fonds. Une nouvelle version de l’Orestie d’Eschyle : la tragique histoire d’Électre et Oreste, sœur et frère à la main vengeresse. Palpitante, brillante et superbement parlante pour l’aujourd’hui.

Simon Abkarian n’a pas froid aux yeux. Avec Électre des bas-fonds, il met ses pas dans ceux des grands ancêtres : Euripide, Sophocle et surtout Eschyle. De ce dernier, il emprunte le squelette de l’Orestie, pour lui redonner chair à l’aune contemporaine avec le concours de vingt-deux interprètes survitaminés, qu’épaulent trois musiciens. Électre (Aurore Frémont), princesse devenue souillon, bien que mariée par force à Sparos, gardien de nuit pittoresque (dans le rôle, Abkarian s’en donne à cœur joie), demeure la vierge vengeresse de la tradition. Elle rêve de tuer sa mère, Clytemnestre (Catherine Schaub), qui a liquidé à grands coups de hache son époux Agamemnon, avec la complicité de son amant Égisthe (Olivier Mansard), maquereau de bonne famille.

Le choeur est constitué de Troyennes réduites en esclavage prostitutionnel par les Grecs vainqueurs d’une fameuse guerre interminable. Oreste (Eliot Maurel), frère aîné d’Hamlet, flanqué de Pylade (Victor Fradet), revient au pays déguisé en fille. Va-t-il occire sa mère, laquelle justifie le meurtre d’un père odieux qui n’hésita pas à égorger sa fille Iphigénie, dont est apparu en un éclair le fantôme gracieux… N’en disons pas plus, refusant sciemment de dévoiler les pulsations d’un spectacle ô combien brillant. D’une plastique infiniment chatoyante, dans lequel se mêlent hardiment une écriture de pleine maîtrise, les artifices superbement domptés du fard et de la danse, du chant et des masques (ne sommes-nous pas au Soleil ?) pour conjurer in fine l’orgueil démesuré à goût de sang, que les Grecs nommaient l’hubris.

Eschyle s’en référait aux dieux. Simon Abkarian, même s’il les cite, invente une fable à l’issue laïque, en somme. Il ne recule pas devant le grand spectacle (magnifique est le premier ballet des putains en tutu aux gestes d’Orient). Il « shakespearise » à l’envi, pétrit le sublime avec le grotesque tel un potier aguerri, donne chance à chaque personnage d’affirmer son point de vue. Exemplaire, en ce sens, est la figure de Chrysothémis, la sœur réputée docile, soudain rebelle après avoir subi un viol. Ainsi, la toile de fond archaïque, dûment repeinte d’une main sûre, est tournée vers nous sous un autre angle, tant de siècles plus tard. Jean-Pierre Léonardini

Un spectacle couronné par trois Molières (auteur francophone, mise en scène, théâtre public), deux Prix du Syndicat de la critique (révélation théâtrale Aurore Frémont, meilleure musique de scène Howlin’ Jaws), le Prix Théâtre SACD. Le texte est disponible chez Actes Sud-Papiers (108 p., 15 €)

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Joséphine Baker, la tête et le cœur

Le 28/06, au cabaret de la Nouvelle Eve (75) avant une tournée nationale, se joue Joséphine Baker le Musical. Pour (re)découvrir la vie et le parcours de l’éblouissante artiste qui mit son talent hors du commun dans la lutte contre la ségrégation raciale et le nazisme.

Depuis son entrée très médiatisée au Panthéon, le 30 novembre 2021, l’on croit tout savoir sur cette femme exceptionnelle qu’était Joséphine Baker. Danseuse, chanteuse, meneuse de revue, première artiste noire à connaître un succès international fulgurant, elle fut aussi résistante dans l’armée française durant la Seconde Guerre mondiale, participa, aux côtés de Martin Luther King, à la lutte pour la reconnaissance des droits civiques aux États-Unis. Née à Saint-Louis, dans un ghetto noir du Missouri, le 3 juin 1906, Joséphine Baker quittera en 1925 ce pays « où elle avait peur d’être noire » et dont elle dira qu’il « était réservé aux blancs ». À Paris, elle n’aura jamais le sentiment « d’être une couleur » et devient une femme libre et une icône. Elle a des amants et des maris, douze enfants qu’elle adopte au gré de ses tournées internationales et qu’elle élève dans le domaine des Milandes, qu’elle devra quitter faute de pouvoir en assurer l’entretien. C’est Grâce Kelly qui lui viendra en aider et recueillera toute la famille à Monaco.

Une femme libre et engagée

Avec la collaboration du fils de Joséphine Baker, Brian Bouillon Baker, de cette trajectoire de comète, de cette vie de femme libre et engagée, Jean-Pierre Hadida extrait la substantifique moelle dans Joséphine Baker le Musical, un formidable spectacle présenté au cabaret de la Nouvelle Eve avant une tournée nationale. Il en signe le livret, la mise en scène et les musiques originales pour huit artistes, s’inspirant des codes du musical « la Revue Nègre », dont Joséphine Baker a été la vedette, popularisant le jazz et la culture noire dans le Paris des années folles. Repérée dans Saturday Night Fever de Stéphane Jarny, l’Oiseau de paradis de Kamel Ouali et le Cabaret Shakespeare de Bastien Ossart, c’est la chanteuse, danseuse et actrice martiniquaise Nevedya qui ose avec audace et grâce une Joséphine dans tous ses éclats. Dès les premières notes de J’ai deux amours, mon pays et Paris, la musique de Vincent Scotto revisitée par Raphaël Bancou pianiste et multi-instrumentistes hors-pair, elle emporte la partie.

Tableaux aux costumes flamboyants

La comédie musicale, réjouissante et enlevée, est une succession de tableaux et d’évocations aux costumes flamboyants. On y croise tous ceux qui ont marqué la vie de Joséphine Baker pour le meilleur et pour le pire. Sa mère (Ursula Ravelomanantsoa), Mme Kaiser (Coline Perrocheau), chez qui elle sera placée enfant pour faire du ménage et qui la maltraitait, Jean Gabin (Vincent Cordier) avec qui elle tourna, ses époux, Willie Baker et Jo Bouillon (César Vallet), la princesse de Monaco (Caroline Dudley), Martin Luther King (Joseph Cange)… Sur la scène de la Nouvelle Eve, Les comédiens, tous épatants, changent à vue de costumes et de jeu pour interpréter tous les personnages qui rendent compte de l’époque et des combats traversés. Marina Da Silva

Le 28 juin à la Nouvelle Ève, 25 rue Pierre Fontaine, 75009 Paris (Tél. : 01.48.74.69.25). Tournée nationale à partir d’octobre 2022.

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Lavant et Nikolaus, clowns chics et trash

Jusqu’en juillet 2022, Mister Tambourine Man sillonne la France. Un spectacle survolté, signé Eugène Durif et mené tambour battant par Karelle Prugnaud…. Avec Denis Lavant et Nikolaus Holz, deux acteurs définitivement inclassables !

L’un est circassien. Jongleur. Plus précisément, poète jongleur. Au bout des doigts de Nikolaus Holz, les balles rouges virevoltent, s’envolent, glissent le long de ce corps longiligne, tout de muscles saillants. Il jongle avec les balles, les touches d’un vieux piano bancal, égrène quelques notes de musique, tiens, on dirait un vieil air de Chopin… L’autre est acteur. Mieux encore, Denis Lavant est acteur poétique, musicien, acrobate… What else ? Saltimbanque, clochard céleste, son concertina caché dans sa besace. Pour les réunir, un auteur facétieux, Eugène Durif, qui cause aux étoiles et aux gilets jaunes dans un même mouvement. Une metteuse en scène circassienne, performeuse, Karelle Prugnaud, une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux…

Chassé-croisé de haute voltige

Mister Tambourine Man, tel est le nom du spectacle qui se joue de ville en village, sous chapiteau ou à la salle des fêtes. Ce titre était jusqu’alors celui d’une chanson de Bob Dylan relatant un trip sous LSD. Il s’agit maintenant d’une comédie burlesque dans laquelle se rencontrent un homme-orchestre un tantinet givré et un garçon de café misanthropo-contorsionniste, en quête de salut. L’histoire se déroule à Hamelin. Hameau désertique. Un étrange bonhomme (Denis Lavant) enveloppé dans un manteau en peau d’ours pousse les portes du café. « Il fait grand soif ! » crie-t-il accoudé au comptoir. Un serveur – Nikolaus Holz – fait mine de ne pas le voir. Chassé-croisé de haute voltige dans un décor de bric et de broc qui se construit et se détruit à vue. Attention, vertige. Les répliques fusent, s’évitent, se chevauchent, tandis que les deux compères pirouettent, funambulent entre les verres, les chaises et tables renversées.

Faut dire qu’à Hamelin, on n’aime pas les étrangers. Mais cet étranger s’incruste, ne veut pas quitter les lieux. Il parle, raconte sa vie, ses rencontres sans lendemain, ses services rendus sans retour : l’ingratitude, l’égoïsme, sa lassitude du genre humain. Le serveur ne veut rien entendre, rien savoir. Il est serveur, point. Monsieur, passez votre chemin. Mais peu à peu, un mot, un air de concertina, un feulement, et voilà qu’il retrouve cette part d’enfance enfouie au plus profond de son être. L’un et l’autre vont s’apprivoiser, se respecter, se rencontrer. La pièce prend des allures de manifeste. Pour dénoncer le cynisme, l’hypocrisie, le libéralisme. Mister Tambourine Man ? Un hymne à la fraternité, à la liberté, pour résister à cet air du temps malsain. Marie-José Sirach

Les 24 et 25/05 à l’Espace des Arts, Scène nationale de Châlon-sur-Saône (71). Du 31/05 au 03/06 aux Scènes du Jura (Dole, Lons-le-Saunier), Scène nationale (39). Le 01/07 à La Maline, Île-de- Ré (17). Du 29 au 31/07 au Festival L’Horizon fait le mur, La Rochelle (17).

Frictions frappe fort !

Dans sa dernière livraison (N°34, 168 p., 15€), une nouvelle fois Frictions frappe fort ! Outre les contributions fort percutantes de Robert Cantarella et d’Olivier Neveux, la revue consacre un imposant dossier, jubilatoire et instructif, à l’iconoclaste Mister Tambourine Man. « De sa conception à sa réalisation, un spectacle totalement hors-normes », précise Jean-Pierre Han, le rédacteur en chef, « une troublante affaire » que décortiquent ses protagonistes : Eugène Durif l’auteur, Nikolaus Holz et Denis Lavant les interprètes, Karelle Prugnaud la metteure en scène… Disponible aussi sous forme de tiré à part (60 pages, 5€), un grand moment de lecture ! Y.L.

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