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Madani, des « F(l)ammes » au Paradis…

Nées en banlieues, elles s’emparent de la scène pour témoigner de la réalité de leur existence. « F(l)ammes » ? Un spectacle plein de fougue où brillent dix filles en béton armé. Tandis que Véronique Sacri, en femme solitaire et incandescente, se la joue « Fille du paradis »… Deux récits mis en scène par Ahmed Madani.

La pièce s’ouvre sur un énoncé, celui de ces lieux refuges où l’on se retire pour se sentir bien : la médiathèque anonyme, l’intérieur capitonné d’une voiture… Des lieux hors les murs des chambres féminines, trop souvent ouvertes aux quatre vents et aux regards extérieurs. Dans OLYMPUS DIGITAL CAMERA« F(l)ammes », dix filles des quartiers populaires s’approprient un nouvel espace, celui de la scène, pour explorer des fragments de leurs vies intimes et dynamiter les regards.

Lancée en novembre à Sevran, cette deuxième création d’Ahmed Madani s’inscrit dans un triptyque artistique impliquant des jeunes des quartiers populaires. Après avoir donné la parole aux garçons dans « Illumination(s) » en 2013, le metteur en scène a sillonné la France afin d’auditionner des jeunes filles. Au terme de deux ans d’ateliers d’écriture et de jeu dramatique, où elles ont appris à chanter et à danser face à un public, a jailli « F(l)ammes », un projet cathartique porté par des comédiennes non professionnelles aux identités singulières.

Dérouter les jugements, déroger aux clichés, rejeter les tâches et places qu’on leur assigne. Sur scène, ces filles venues de Vernouillet, Garges-lès-Gonesse ou Bobigny déconstruisent les discours politiques et médiatiques, réfutant toute relégation identitaire. Invoquant « Race et histoire » de Claude Lévi-Strauss, « un livre où j’ai compris que je venais de la forêt » dit l’une des comédiennes, elles refusent d’être renvoyées « au monde du sauvage ». « Si je suis arabe, africaine, asiatique, je ne cesse pas pour autant d’être de France », clame l’une d’elles. Car la honte d’être soi, elles s’y confrontent dans le regard des autres. Plus blancs, mieux dotés, soit disant plus éduqués… Leurs dix tranches de vie se font aussi récits de bagarres face à la violence des hommes et des rôles sociaux qu’on leur impose. « Tu vois, quand un homme a peur, il se rassied », glisse une maman à sa fille qui a tenu tête à son père malgré la menace des coups. « Cette création OLYMPUS DIGITAL CAMERApartagée est un acte esthétique et poétique qui fait entendre une parole trop souvent confisquée », souligne à juste titre Ahmed Madani, le metteur en scène.

Quête de reconnaissance, chroniques d’existences, « F(l)ammes » dresse le portrait collectif d’une jeunesse tout simplement en mal… d’égalité. Cyrielle Blaire

…Et Madani aussi, « Fille du paradis » !

En écho aux cris des femmes de banlieues que nous fait entendre « F(l)ammes », résonnent et tonnent les propos dénonciateurs d’une « Fille du paradis » ! Ceux de madani3Cynthia, une jeune étudiante en littérature qui décide un jour de composer le numéro de la plus grande agence d’escortes de Montréal…

Ahmed Madani s’est emparé avec brio du récit autobiographique de Nelly Arcan, « Putain », pour l’adapter à la scène. « Fille du paradis » ? Une charge radicale et sans concession contre l’icône dévastatrice de la femme parfaite, « une parole bouleversante d’humanité, une rage de vivre qui déchire l’opacité des ténèbres telle une étoile filante »… Superbe, irradiante de sincérité et de naturel, Véronique Sacri relève le défi, s’engageant corps et âme dans cette parole à proférer dans la démesure et hors toute censure. Un texte d’une rare puissance évocatrice qui, de la plainte enfantine à la maturité féminine, dissèque et passe au scalpel le discours dominant sur la séduction, la beauté, la sexualité. Femme désir, femme objet, femme putain, Cynthia se veut toutes ces femmes à la fois, mais bien plus encore : la femme libre qui ose une parole publique, la femme impudique qui dévoile une madani1parole nue et pose des mots sur les maux d’une société qui monnaie la sexualité, marchandise les corps.

Dans une mise en scène épurée, sans artifice, Véronique Sacri illumine les planches de sa seule présence. Comme possédée par ce récit qu’elle fait sien : brisée, écartelée, violentée, pénétrée de l’urgence à libérer une telle parole ! Yonnel Liégeois.

À voir encore :

louis-perego-juste-cote-annette-compagne_0_730_730– « Une longue peine » à la Maison des Métallos : l’univers carcéral raconté par quatre anciens condamnés à de longues peines, dont Louis Perego (18 ans d’incarcération) en compagnie de sa compagne Annette Foex (8 années de parloir))… Des mots forts, emprunts de dignité et d’émotion. Un théâtre « documentaire » de belle facture, signé Didier Ruiz passé maître en la matière, qui permet d’entrevoir ce qui se vit derrière les murs. De la cellule au parloir, la violence, l’angoisse, la solitude, l’enfermement pour tous : détenu, épouse et enfants. Y.L.

richard– « Richard III, loyaulté me lie » en tournée nationale : l’un des chefs d’œuvre de Shakespeare revisité par Jean Lambert-wild en clown blanc dans le rôle titre et Élodie Bordas dans tous les autres rôles ! Un spectacle d’une rare beauté, où le comique tutoie le tragique dans leurs plus beaux effets… Une performance d’acteurs, une mise en scène collective de haute voltige, du grand art qui exige une maîtrise parfaite de la voix et du geste. Une création à ne pas manquer, qui mérite d’amples applaudissements. Y.L.

havel– « Audience&Vernissage » à l’Artistic Théâtre : deux courtes pièces de Vaclav Havel écrites en 1975, censurées en leur temps par le régime tchécoslovaque, rassemblées en un seul spectacle et superbement mises en scène par la patronne des lieux, Anne-Marie Lazarini. L’humour, l’autodérision, la parole dissidente d’un futur Président qui voulait que « le théâtre soit la voix de la conscience des hommes et de la société ». Pari gagné avec une bande de comédiens au mieux de leur forme, au service d’un théâtre qui n’a pris aucune ride. Quand le rire et l’absurde donnent autant à penser et réfléchir, un plaisir à ne surtout pas bouder. Y.L.

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Instants de théâtre, livres en fête

Pour clore l’année en beauté, les amoureux des planches auront plaisir à feuilleter divers ouvrages narrant ou illustrant l’histoire et l’art du théâtre. Du beau livre au document de fond, de la pièce inédite au témoignage éclairant, la scène est bien garnie !

Les photographies de l’article, signées Laurencine Lot, sont extraites de l’ouvrage « Instants de théâtre » (en Une de couverture, Hugues Quester et Valérie Dashwood dans « Six personnages en quête d’auteur » de Luigi Pirandello)

 

 

Un bien bel ouvrage que ces « Instants de théâtre », surgis de la plume du regretté Michel Corvin et mis en images par la photographe Laurencine Lot ! L’émotion, la beauté, la puissance des clichés rivalisent avec la finesse et la force de conviction des commentaires… Dans une chronique consacrée à ces fabuleux « Instants », le critique dramatique Gilles Costaz parle « d’un Louvre théâtral ou plutôt d’un Beaubourg de la scène, photolottant la meilleure actualité de ces quarante dernières années est saisie dans une forme d’éternité ». Une affirmation parfaitement justifiée et méritée.

C’est avec un réel bonheur, entre le silence des pages et la fureur passée des planches, que nous découvrons ces corps en mouvement, aussi expressifs et vivants que lorsqu’ils apparaissaient à l’ouverture du rideau rouge. Laurent Terzieff, émacié et si convaincant en Philoctète, Michel Bouquet si vaillant lorsque « Le roi se meurt », Nicolas Bataille et sa « Cantatrice chauve » toujours à l’affiche des emblématiques planches de la Huchette… Ce livre est plus qu’un abécédaire du spectacle vivant, il est par excellence le témoignage « vivant » du théâtre. Puissance de frappe, en trois coups et sept chapitres, le texte de Michel Corvin éclaire, commente, interroge, propose. Avec intelligence, ironie, mordant, passion, comme à l’accoutumée, lui le spécialiste jamais rassasié, toujours à l’affût, l’amoureux du théâtre de Genet et de Novarina ! Quarante ans de scène défilent ainsi sous nos yeux, éberlués. Dans sa préface, lumineuse de culture et de pédagogie, « c’est l’histoire imaginaire de toute une société de jadis et de maintenant – et le jadis est cousin du maintenant – qui se déploie devant nous », écrit Corvin, « avec ses héros et ses bouffons, ses forts, ses faibles et sa part d’ombre ». Et l’œil de Laurencine Lot, amoureuse de la scène, pour transfigurer l’humanité de ses sujets en un déclic esthétique à mille postures !

 

Une passion, un amour du vivant que le grand auteur italien, Erri de Luca, transpose pour une fois du roman à la scène avec son « Dernier voyage de Sindbad »… « J’ai écrit ce Sindbab en 2002 », nous prévient-il, « les poissons de la méditerranée se nourrissaient déjà de naufragés depuis cinq ans ». Et de poursuivre, « j’ai emprunté un marin aux « Mille et une nuits » pour le faire naviguer sur notre mer avec le chargement de la plus rentable des marchandises de contrebande : le corps humain ». Un texte aussi fort que poétique, aussi puissant que tragique pour mettre en scène ces « passagers de la malchance vers nos côtes fermées par des barbelés ». Et l’auteur napolitain de se souvenir alors de Jonas avalé vivant par la baleine, de tous ces émigrés italiens avalés vivants par les Amériques… Le beau texte de cette pièce se clôt par une étrange prière laïque – « Notre

Laurent Terzieff, dans "Philoctète" de Jean-Pierre Siméon.

Laurent Terzieff, dans « Philoctète » de Jean-Pierre Siméon.

mer qui n’es pas au ciel, tu es plus juste que la terre ferme… garde les vies, les visites tombées comme des feuilles dans l’allée » -, prions pour entendre ces mots résonner bientôt sur les planches !

Un texte dont pourrait s’emparer assurément Claude Régy, une ode à la vie et à la fraternité qui résonnerait avec fracas dans le noir silence qu’il instaure sur les planches… Avec ces « Écrits, 1991-2011 » rassemblés en un gros volume, le metteur en scène nous livre au fil des pages ce qu’il ressent et croit avec beaucoup de force : « le désir d’un théâtre qui n’en serait plus un, en ce qu’il serait le lieu de toutes les présences, le lieu des choses elles-mêmes ». Homme de théâtre inclassable, souvent décrié par ses pairs ou les critiques, Claude Régy n’en conduit toujours pas moins sa recherche d’une esthétique qui est pour lui essence de vie : le silence qui retentit fort, la lenteur qui exacerbe le mouvement, l’obscurité qui éblouit de lumière. Autre qu’un recueil de réflexions figées, nous est proposé là un authentique voyage où doutes et convictions balisent les étapes au fil des créations. Lire Régy, c’est laisser voguer son imaginaire à la dérive d’une pensée et d’une poétique souvent dérangeantes, toujours troublantes, jamais pédantes.

 

Comme est troublant, dérangeant le « Shakespeare, le choix d’un spectre », dont nous gratifie Daniel Bougnoux ! L’homme n’est nullement un vilain farceur ou un vulgaire plaisantin. Universitaire patenté et éditeur des œuvres romanesques d’Aragon dans la fameuse collection de La Pléiade, il épouse en ce livre les thèses de Lamberto Tassinari. Qui récuse le médiocre bourgeois de Stratford, William Shakespeare, comme l’authentique auteur de son théâtre pour l’attribuer à un émigré italien, John Florio… « Le véritable Shakespeare ne sort pas diminué de cette enquête », nous avertit Bougnoux, « mais doté d’une éducation, d’une surface sociale et d’un visage enfin dignes de son œuvre ». À la recherche d’indices et de preuves, l’ouvrage nous plonge au cœur de l’Angleterre du XVIIième siècle, à Londres plus précisément. Dans une large part, la vie de l’auteur d’Hamlet et de tant d’autres chefs d’œuvre nous demeure inconnue, rares sont les documents qui attestent de son existence et les débats-querelles d’experts autour de sa personnalité controversée sont légion. Sur les pas de Tassinari, nouvel Holmes sans redingote ni parapluie, Bougnoux mène donc l’enquête, instruit son dossier, élimine les fausses pistes, éclaire les zones d’ombre pour se forger une solide conviction. À lire

Nicolas bataille et Simone Mozet, dans "La cantatrice chauve" de Ionesco.

Nicolas Bataille et Simone Mozet, dans « La cantatrice chauve » d’Eugène Ionesco.

expressément pour découvrir à qui profite le crime, ce n’est pas ici que sera dévoilée la résolution de l’énigme !

Des affirmations qui laissent de marbre un autre larron, lui-aussi universitaire et éditeur à la Pléiade des œuvres du grand Will ! Dans « Shakespeare, être ou ne pas être ? », Jean-Michel Déprats récuse d’un trait de plume « ces élucubrations » et « opinions fantaisistes ». Leur préférant le bon mot d’Alphonse Allais : « Shakespeare n’a jamais existé. Toutes ses pièces ont été écrites par un inconnu qui portait le même nom que lui » !

 

À cent lieux de ces débats universitaires, Gérard Astor enracine plutôt sa pensée dans une recherche de longue date sur les articulations entre théâtre et monde du travail. Avec ses « Labyrinthes, théâtre/exercice », de lecture exigeante, il nous en livre quelques réflexions de fond. « S’agissant du théâtre de Gérard Astor, le terme Labyrinthes se charge de significations et de symboliques multiples », nous avertit dans la préface Adel Habbassi, professeur à l’université de Tunis, « la poésie du monde, des cultures et des hommes qui les animent, métaphorise les repères et les configurations géo-historiques qu’on nous avait inculqués à l’école ». Un vaste programme de réappropriation, donc, que nous propose Astor à la lecture de quelques-uns de ses textes ici rassemblés : réinvestir le présent, le travail pour que « le théâtre retrouve l’essentiel du réel et que la poésie nous chante la musique de la vie », comme nous y invite Nicolas Hocquenghem le

Michel Bouquet et Juliette Carré, dans "Le roi se meurt" de Ionesco

Michel Bouquet et Juliette Carré, dans « Le roi se meurt » d’Eugène Ionesco.

compagnon de route, directeur du Théâtre de Bligny et metteur en scène de « Leïla-Enki » au Théâtre des Carmes d’André Benedetto lors du festival d’Avignon 2005.

Une réflexion que poursuit à sa façon Jacques Kraemer dans un court texte, avare de pages mais riche de convictions ! « Un phare dans la nuit profonde » invite son auteur à revisiter son parcours et sa trajectoire à la lumière de ce qu’il advient aujourd’hui. De la fondation du Théâtre Populaire de Lorraine en 1963 jusqu’à l’installation de sa compagnie à Mainvilliers (28) en 2013, de ses déboires avec la censure aux coupes de subvention érigées en sanction, l’acteur de la décentralisation se remémore plus de cinquante ans de pratique théâtrale. Pour conclure, avec la même fougue et la même force de persuasion, qu’il aspire encore et toujours à « proposer le théâtre d’art le plus exigeant et novateur à un public toujours plus large, toujours plus populaire »… Un Sisyphe des temps modernes ! Yonnel Liégeois

À chacune et chacun, lecteurs et abonnés de ce blog, chaleureuses fêtes. Que l’année à venir soit riche de découvertes, de coups de cœur et coups de colère, de passions et de révoltes en tout domaine : social et artistique, culturel et politique. À bientôt en 2017, dans de nouvelles aventures communes ! Y.L.

 

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De Roméo à Lescot, le peuple sur scène

Qui ne connaît « Roméo et Juliette », le chef d’œuvre de Shakespeare ? Une bande de jeunes, issus de quartiers populaires, le revisite avec talent tandis que le héros de David Lescot compte son blé, cherche « Mon fric » comme d’autres leur cassette… Un troisième larron, Jean-Pierre Siméon, fait son « Cabaret » poétique pour unifier cette quête commune : notre soif d’amour.

 

Quartier « Les montots – La grande patûre » de Nevers (58), dans les coulisses de la salle Stéphane Hessel l’effervescence est à son comble ! Une quarantaine de jeunes, troupe éphémère constituée de garçons et filles en provenance d’Auxerre et de Nevers, se prépare à entrer en scène. Larmes, stress, trac… L’enjeu est de taille, parents et copains-

Co Daniel Liégeois

Co Daniel Liégeois

copines garnissent les gradins, à l’affiche un classique du répertoire, le « Roméo et Juliette » de Shakespeare revisité par le metteur en scène Serge Sandor.

Comme si le rôle était trop lourd à porter, elles sont deux « Juliette » à endosser le costume de l’héroïne, Camille et Assia. L’une au collège des Loges, l’autre au lycée agricole… Depuis de longs mois déjà, de réunions en ateliers théâtre chaque mercredi ou week-end, elles répètent, apprennent, goûtent le texte et règlent leurs déplacements. L’angoisse de la première représentation publique ne leur fait point oublier l’enjeu du message qui doit passer la rampe : hors les querelles et conflits entre Montaigu et Capulet, l’amour doit triompher de la haine et de la violence ! Sandor se fait complice des uns et des autres, il réconforte et encourage sa troupe avant les trois coups, au fil du temps il connaît bien ces gars et filles issus des quartiers populaires. Il est vrai que l’homme est coutumier du genre, il y a deux ans il montait « La dispute » de Marivaux au Théâtre de la Tempête dans la même démarche… Des convictions, le metteur en scène n’en manque point pour mettre tout le monde à l’action. Qu’ils soient édiles, directeurs de maisons de quartier ou de centres sociaux, proviseurs : « La culture est un bien commun, tous les publics doivent pouvoir y goûter, en particulier les jeunes que l’on dit éloignés de l’institution ». Du

Co Daniel Liégeois

Co Daniel Liégeois

soutien des Tréteaux de France dirigés par Robin Renucci à celui de la P.J.J. locale (Protection Judiciaire de la Jeunesse), de la ville de Gurgy à celle de Coulanges-sur-Yonne, chacun a mis la main à la pâte. Pour les costumes, les décors, la réalisation des masques.

A entendre les réactions des uns et des autres, Nassim-Chemiti-Benjamin et Inès en Roméo (!), les protagonistes de Shakespeare semblent n’avoir plus de secrets à leurs yeux ! Les querelles de familles rejoignent les querelles de quartiers, la haine d’hier l’intolérance d’aujourd’hui. D’où l’enjeu d’apprendre à « connaître l’autre » soutient Assia, de « respecter nos différences » surenchérit Camille. Tous le reconnaissent, le vide sera grand quand l’aventure va s’arrêter. Il n’empêche, à des degrés divers, l’horizon s’est ouvert pour d’aucuns : apprendre à s’écouter, faire œuvre commune, construire un collectif, conduire un projet jusqu’à son terme. Des victoires au quotidien, aussi capitales dans la vie que d’ouvrir un livre et monter sur scène. Après trois représentations au théâtre de l’Aquarium à Paris, avant la tombée finale du rideau, un dernier défi : la grande scène de la Maison de la Culture de Nevers les 29 et 30 octobre, le 05 novembre à Monéteau (89) !

 

Comme bien des héros shakespeariens, celui de David Lescot dérive lui-aussi entre drame et comédie dans cette quête permanente à subvenir à ses besoins ! Lui, l’enfant du peuple élevé à l’originale école des colonies de vacances organisées par les juifs communistes de France (ça ne s’invente pas, un fait authentique dans la vie du dramaturge !), il frappe à la porte des adultes à l’aube du libéralisme sauvage où l’argent devient roi ! Le fric, du fric, « Mon fric » selon le titre explicite de la pièce très prochainement en tournée nationale avant de revenir dans le Pas-de-Calais, devient alors sa seule ligne d’horizon… « Le théâtre se mêle souvent de parler de la famille », commente Cécile Backès, la metteure en scène et directrice de la Comédie de Béthune, « il le fait rarement sous l’angle de l’argent et pourtant, de l’enfance au soir de la vie, la préoccupation de l’argent rythme le quotidien ».

Co Thomas Faverjon

Co Thomas Faverjon

Avec l’humour dont est coutumier Lescot et les trouvailles scéniques dont est friande Backès, nous voilà donc emporté dans une saga peu commune : celle de « Moi » le héros avec sa cassette sous forme d’un livret d’épargne peu garni, ses amours et ses emmerdes, ses coups de cœur et ses coups de blues…

Une balade sentimentalo-réaliste entre l’hier et l’aujourd’hui, les rêves de réussite sociale et les échecs au quotidien, les désillusions professionnelles et les aspirations à une vie meilleure : pas de leçon d’économie pompeuse au tableau noir, pourtant un regard lucide et quelque peu désenchanté sur la société d’aujourd’hui ! Pour « Moi » le petit prof, en situation précaire dans un établissement privé, il sera dit qu’il ne bénéficiera jamais du fameux ascenseur social, ses tourments bancaires sont à l’égal de ses désillusions affectives ! Au soir de sa vie, il résistera cependant à la tentation de partir en Inde aider encore plus pauvre que lui, il se contentera du petit pactole en sommeil depuis l’enfance sur son livret d’épargne : pour l’offrir illico, signe qu’envers et contre tout perdurent des valeurs autres que le fric… Le temps d’une vie, l’évocation sans didactisme de « gens de peu » qui ont pourtant beaucoup de rêves et de désirs à combler, d’amour surtout à donner et partager. Un spectacle rondement mené, entre humour et dérision, par une bande de jeunes comédiens au mieux de leur forme.

 

Entre piano et vocalises, un troisième larron tente de prendre de la hauteur. Pour nous l’affirmer, tout de go, « l’amour n’y a qu’ça d’vrai » ! Il nous l’avait bien caché, l’ami Siméon, Jean-Pierre de son prénom et poète à la qualité du verbe saluée unanimement, qu’il écrivait aussi des chansons… Dont se sont emparés Isabelle Serrand et Wolfgang Pissors, l’une à la composition musicale et au piano, l’autre à la voix.

Co Sylvie Delpech

Co Sylvie Delpech

Pour nous offrir leur « Cabaret Siméon » au théâtre Essaïon : qu’on s’y frotte ou qu’on s’y pique, les deux artistes nous déclinent ainsi avec tendresse, sur des airs finement léchés, les mots d’amour que le troubadour a composé au fil de l’eau ou sur un coin de table. « S’il n’y a pas toujours de la poésie dans les chansons, il y a toujours du chant dans les poèmes », commente avec humour et justesse le directeur artistique du Printemps des Poètes ! Et de citer, fin connaisseur de ses classiques, Carco, MacOrlan, Desnos, Prévert, Vian, Andrée Chedid, une liste dans laquelle ne déparerait pas le nom d’Aragon en mémoire de Ferrat et Ferré. Que nous raconte le poète Siméon, que nous chantent ses interprètes ? La vie au quotidien, ses grandes heures et ses petits riens, le temps de l’absence comme celui de la rupture, le manque de tendresse qui dehors tue plus que le froid, le baiser volé sur le trottoir ou le collé-serré dans le métro…

L’amour en un mot, ici enrubanné de mille mots et mélodies. En un savoureux cabaret comme au temps d’antan, l’abécédaire de la carte du Tendre. Yonnel Liégeois

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De Visconti à Van Hove, « Les damnés » entrent en scène

Sous la houlette du metteur en scène flamand Ivo van Hove, les personnages surgis du scénario du film de Luchino Visconti, « Les damnés », sont criants de vérité. Surtout d’actualité, face à la montée des extrémismes qui embrasent la planète. Une pièce d’une puissance exceptionnelle, magistralement interprétée par la troupe de la Comédie Française.

 

Un cercueil, deux cercueils, trois… Et la liste s’allonge des victimes de la bête immonde qui assoit son emprise sur la famille Von Essenbech et son empire industriel ! Adaptés du scénario du film réalisé en 1969 par le grand Luchino Visconti, magnifiquement incarnés par la troupe du Français, « Les damnés » ont embrasé en juillet la Cour d’honneur du Palais des papes d’Avignon, envoûté le public du festival par ses fulgurances et ses images rdchoc. Aujourd’hui, ils investissent les planches de la Comédie Française. Non comme les fantômes d’une histoire qui hanterait nos consciences, plutôt comme les revenants d’un temps que l’on croyait pourtant révolu, celui d’une barbarie en devenir.

Le pari était risqué pour le flamand Ivo Van Hove, féru des coups d’éclat ! Comment oser toucher à une icône du cinéma italien, à un chef d’œuvre du cinéma international ? Visconti et ses « Damnés », un film à l’esthétique flamboyante et aux ressorts, tant politiques que psychologiques, foudroyants contre les élites intellectuelles et industrieuses compromises dans l’instauration du régime nazi… Le metteur en scène évite l’écueil majeur, transposer sur les planches les images du film. Ici, point de brassards rouges à la manche, point de croix gammées ni de drapeaux nazis, ils sont ailleurs. En fond de scène, sur écran vidéo où sont imagées par intermittence les heures sombres de l’Allemagne d’alors : la prise du pouvoir par Hitler, l’incendie du Reichstag, le camp d’extermination de Dachau. Sur le plateau, la mise à mort peut commencer, une table de banquet est dressée, plutôt une table des sacrifices à la vaisselle étincelante. Des cercueils aussi, pour l’heure vides, qui attirent l’œil interrogatif du spectateur.

 

Sont-ils des suppôts convaincus du national-socialisme, le patriarche des aciéries Von Essenbech et consorts, épouses et fils héritiers, de sinistres complices ou de tristes victimes ?

Ld - Jan Versweyveld

Ld – Jan Versweyveld

L’un et l’autre justement, contexte encore plus glaçant… Ils sont cultivés, friands de grande musique et des arts, savourent la finesse du langage et apprécient les bonnes manières. Des « gens de la haute », selon les clichés convenus, à qui ne manquent ni intelligence ni connaissances… La soirée s’annonce festive et joyeuse, le maître de la tribu célèbre son anniversaire et s’apprête à révéler au clan le nom de son successeur. Soudain, assiettes et verres volent en éclats en ce terrible mois de février 1933, les convenances aussi, la radio annonce la prise du pouvoir par Hitler.

Que penser, que dire, que faire ? Si d’aucuns honnissent les usurpateurs sans foi ni loi tandis que certains leur tendent ouvertement la main, si les uns refusent la soumission sans condition tandis que d’autres se réjouissent des événements, tous s’interrogent : qu’adviendra-t-il demain de leur rang, de leur pouvoir, de leur empire, de leur fortune ? De compromissions en trahisons, de mensonges en faux-semblants, entre vices et vertus, amours sincères et glauques débauches, c’est tout un monde qui se déchire et se fissure. D’un côté de la scène, les acteurs de l’histoire, la grande et la petite, s’apprêtent et ecrevêtent leurs costumes pour le meilleur ou le pire, de l’autre les cercueils se referment sur des visages épouvantés de leurs propres désillusions ou incompréhensions.

 

Comme Visconti qui, avec « Les damnés », n’a pas fait un film sur le nazisme mais sur le renversement possible des valeurs dans toute société, avec des images fortes Ivo Van Hove montre lui-aussi « combien le monde peut devenir barbare au nom de simples intérêts financiers ». Pour sauver son empire industriel, faire fructifier son argent, la riche famille Von Essenbeck est prête à tout. Hors toute morale, dans la perversité absolue, au prix des pires trahisons dans le clan familial, jusqu’à la mort… Une vision apocalyptique des rapports sociaux, qui interpelle chacun, quand soif de pouvoir, manipulation et cupidité  transforment l’homme en rapace pour ses

Ld - Jan Verswevyeld

Ld – Jan Verswevyeld

semblables, quand la haine de l’autre embrume toute lucidité et clairvoyance. Par fanatisme, par ignorance, par bassesse d’esprit.

« Réveillez-vous, réveillons-nous », semble crier Van Hove du fond des coulisses ! A l’heure où populismes et extrémismes de toute nature embrasent la planète, le metteur en scène nous jette en pleine face les horreurs et monstruosités dont le genre humain est capable. Non par culpabilité, avant tout par lucidité pour que nous ne puissions pas prétendre et dire, hier comme aujourd’hui, « nous ne savions pas ». En Avignon, les bruits de la ville résonnaient par delà les murs, le chant des oiseaux aussi. Le vaste plateau dévoilait toute sa puissance, le monde était là grandeur nature. Public entravé dans les gradins, impuissante pour l’heure mais rassemblée par la magie du théâtre, la foule devenait peuple, communauté fraternelle. Capable d’affirmer, au sortir de la représentation, plus jamais çà !

 

Qu’en sera-t-il à Paris, Place du Palais Royal ? La même force de conviction et de persuasion circulera-t-elle de la scène à la salle ? Il n’y a aucune raison d’en douter, tant l’osmose entre paroles, images et musiques se révélait parfaite. Avec une troupe du Français au sommet de son art, un spectacle d’une rare beauté au cœur de l’horreur absolue, un rappel urgent à l’Histoire. Yonnel Liégeois

 

Ld - Jan Versweyveld

Ld – Jan Versweyveld

« C’est au spectateur de faire ou non le parallèle entre l’Allemagne des années 40 et l’Europe de 2016, mais aujourd’hui le compromis avec les idées populistes est inquiétant ».

Yvo van Hove

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Pina Bausch, la diva toujours là

Sept ans  après la disparition de Pina Bausch, le Tanztheater Wuppertal continue de sillonner le monde. Pour perpétuer son exceptionnelle œuvre chorégraphique.

 

 

Toujours fidèle, la foule des aficionados se presse sur les marches du Théâtre du Châtelet. Pour la reprise de « Viktor », une pièce chorégraphique de Pina Bausch créée en 1986, fruit d’une coproduction après une résidence à Rome où elle venait de tourner dans le film de Fellini « E la nave va ». Mais qui donc était donc cette artiste discrète, susceptible de déchainer passions et bagarres pour un billet d’entrée au spectacle ?

Philippina est née en 1940 à Solingen en Allemagne. Elle déniche un excellent poste d’observation sous les tables du bistrot-hôtel de ses parents où elle grandit. Ce spectacle « humain », à hauteur de regard d’enfant, nourrira sans aucun doute son pina3remarquable « Café Muller ». Qu’elle dansera beaucoup plus tard, pour le cinéma, en ouverture du film de son ami Pedro Almodovar, « Danse avec elle ».

C’est avec Kurt Jooss, à la célèbre Folkwang-Hochschule d’Essen, qu’elle commence à quinze ans sa formation de danseuse. Quatre ans plus tard, elle s’envole pour les États-Unis, ayant obtenu une bourse pour la prestigieuse Julliard School à New-York : elle y étudie avec Antony Tudor et José Limon, danse comme soliste notamment avec le chorégraphe Paul Taylor. Deux ans après, elle est engagée au Metropolitan Opera de New-York et rejoint le New American Ballet. Mais Jooss la rappelle, elle rentre en Allemagne. Soliste du Folkwang-Ballett, elle l’assiste fréquemment pour ses chorégraphies et prend sa suite en 1969. En 1972  aux États-Unis, elle fait une rencontre importante : celle de Dominique Mercy, auquel elle propose peu après de la rejoindre en Allemagne où elle assure la direction artistique du Wuppertaler Bühnen. Le Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch est né !

Pour les amateurs de danse ou praticiens de cet art, quinze ans après le choc du « Sacre du Printemps » et du « Boléro » de Maurice Béjart, ce fut un petit tremblement de terre. En effet, là où Béjart n’avait bouleversé que les codes classiques en les remplaçant par un sensuel et vigoureux expressionnisme sensuel dans des spectacles exaltant le culte du corps, Pina Bausch inventait un nouveau langage et abolissait la frontière entre théâtre et danse, entre jeunes et vieux, grand(e)s et petit(e)s, minces et rond(e)s, refusant le diktat du « corps dansant » standardisé. En outre, elle donne la parole à ses interprètes sur scène, leur écrivant sur mesure des saynètes satiriques, tour à tour cruelles ou tendres sur les rapports humains, et particulièrement les rapports de couple et de séduction. Invitée pour la première fois en 1979 au Théâtre de la Ville à Paris, elle en fera son port d’attache. Sa compagnie sera pina2programmée presque chaque année : « Café Muller », « Kontakthof », « Nelken », « Tanzabend »… Très vite, elle conquiert le public parisien, français et international.

Pilier de la compagnie depuis sa création, artisan d’un compagnonnage artistique étroit avec la chorégraphe, à sa mort en 2009, Dominique Mercy assuma pour un temps la direction artistique de la compagnie. Il est aussi l’un de ceux, parmi les anciens, qui assure la transmission de son œuvre. Sans sous-estimer les difficultés, comme en témoigne un entretien accordé à Jeanne Liger pour le Théâtre de la Ville : « il n’y a pas de méthode…. Il faut néanmoins faire attention à ne pas submerger le danseur d’informations. Pour certaines reprises de rôles, Pina faisait déjà comme ça, certaines parties sont confiées à de nouveaux interprètes tandis que d’autres sont toujours exécutées par les interprètes originels ». Quant à savoir quand et comment on accepte de lâcher un rôle que l’on a créé il y a des années voire des décennies, il répond avec philosophie qu’« il y a des rôles très physiques que l’on ne peut plus assumer avec le temps… C’est à chacun(e) dans la compagnie d’avoir conscience de ses limites et de donner le signal pour passer la main ».

Et « Viktor » dans tout ça … ? Un spectacle  foisonnant de couleurs dans un décor saisissant de hautes parois terreuses que l’on doit à Peter Pabst, également scénographe de la pièce. Première apparition saisissante, comme souvent chez Pina, de la danseuse Julie Shanahan en robe rouge écarlate, sans manches mais aussi… sans bras ! Elle s’avance, altière, pina1du fond de la scène vers le public où elle sera rejointe par Dominique Mercy qui lui couvre élégamment les épaules d’un manteau et l’entraîne vers les coulisses. Est-ce lui monsieur Viktor ? On ne sait, Pina a emporté son secret avec elle. Les tableaux s’enchaînent sur des musiques populaires lombardes, toscanes et sardes qui alterneront avec Tchaïkovski, Khatchatourian et des musiques des années trente. On y retrouve, plus magiques que jamais, les « must » de Pina avec ces guirlandes de danseurs, les hommes en costumes, les femmes en robes longues fluides et fleuries, chaussées d’escarpins, swinguant langoureusement en couple sur des musiques chaloupées. Le charme opère encore et toujours, avec une alternance de séquences déchaînées, de saynètes satiriques et parfois surréalistes, miroirs de notre humaine condition.

Il faut renoncer à décrire, ou à expliquer, une pièce chorégraphique de Pina Bausch. À qui ne la connaît, à toute personne éprise de spectacle vivant, on ne peut que l’inciter fortement à vivre semblable expérience. À découvrir, surtout, l’univers d’une artiste majeure. Chantal Langeard

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Une « Mousson » théâtrale pour un bel été

Située dans le cadre somptueux de l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson (Lorraine), La Mousson d’été (du 23 au 29 août) poursuit depuis plus de vingt ans un travail de déchiffrage des écritures théâtrales contemporaines. Fondée et dirigée par Michel Didym, metteur en scène et directeur du Théâtre de la Manufacture (CDN de Nancy), la manifestation peut ainsi s’enorgueillir d’avoir « découvert » un grand nombre d’auteurs et de textes venus de tous les pays du monde.

 

 

 

mousson4Face à la qualité de l’événement, Chantiers de culture s’enorgueillit d’accueillir la contribution d’Olivier Goetz, le « journalier » de La Mousson.

 

 

Contrairement à d’autres festivals (Avignon, Bussang, Grignan, etc…), il ne s’agit pas ici de proposer, clés en main, des spectacles prêts à entrer dans le circuit de la diffusion professionnelle. La Mousson est, avant tout, un lieu de recherche et d’expérience. Un  lieu d’échanges et de rencontres, aussi, offrant au spectateur un véritable espace réflexif. Les textes présentés sont, pour la plupart, totalement inédits et, pour les auteurs étrangers (majoritaires), traduits de fraîche date. La Mousson d’été est une tête chercheuse. À charge ensuite, pour les professionnels qui se retrouvent nombreux aux séances de lecture, de s’en approprier certains, pour en faire de véritables productions artistiques. Le boulimique insatiable qu’est Michel Didym a su, au fil des ans, s’entourer d’une équipe artistique de premier plan, comprenant d’excellents acteurs mousson3qui ont la tâche ardue de mettre en voix, sous la direction d’un metteur en scène qui les dirige et les met « en espace », ces pièces en tous genres qu’ils viennent tout juste de découvrir.

En quelques semaines, chacun d’entre eux se retrouvera distribué dans cinq ou six productions. Et ce n’est pas le moindre des intérêts de vérifier la virtuosité protéiforme de ces comédiens d’exception… À ne considérer que l’édition 2016, qui se déroulera du 23 au 29 août, ce ne sont pas moins que 25 auteurs vivants qui seront présents, accompagnés de leurs traducteurs et servis par une cinquantaine de comédiens et metteurs en scène. Une douzaine de nationalités sont représentées, principalement l’Amérique du sud (Argentine, Mexique, Cuba) mais aussi la Grèce, la Pologne et, bien sûr, la France.

 

Entre le nord et le sud, les questions qui agitent le monde théâtral contemporain, encore qu’abordées de points de vue différents, sont souvent les mêmes que celles qui agitent les médias et les intellectuels : la place des « gens » dans l’évolution du monde. L’écriture est un exercice politique, au sens noble du terme. Après les utopies collectives, les mirages du progrès, le triomphe actuel d’un capitalisme sauvage et d’une mondialisation sans règle, que mousson2reste-t-il à dire et à faire ? Face aux technologies des nouveaux moyens de communication, en quoi le théâtre, cette activité millénaire, reste-t-il un art pertinent pour l’humanité ?

Contre le préjugé qu’une lecture serait quelque chose de sec et d’ennuyeux, il faut faire l’expérience d’assister à ces performances où les acteurs, s’ils conservent généralement le texte en main, ne livrent pas moins le meilleur d’eux-mêmes, offrant généreusement leur énergie et leur talent. Ces grands professionnels sont au service d’une cause, celle de la création dramatique contemporaine, avec le souci revendiqué de brûler les étapes de la reconnaissance et d’offrir directement à un public éclectique (fait de professionnels de la profession mais, également, d’étudiants, de professeurs (une université d’été accompagne le processus) et de tous ceux que pique la curiosité du théâtre, un moment mousson1théâtral unique, l’émotion d’un texte porté par une présence réelle dans l’espace de la représentation.

 

Ce qui est exceptionnel, à la Mousson d’été, c’est la convivialité. Le cadre prestigieux des bâtiments anciens avec ses galeries, ses escaliers, son cloître et ses pelouses, participe à la magie d’un événement qui est tout sauf solennel et guindé. La vie en commun (auteurs, comédiens, metteurs en scène, techniciens et étudiants partageant le même espace, vivant sur place durant toute la durée du festival) est propice à la discussion. À côté des diverses prises de parole organisées (les « rencontres très formelles » de l’université d’été), des débats informels se nouent au hasard des couloirs, pendant les repas, le soir sous le chapiteau où des concerts et des impromptus sont proposés, de 19h30 à 23h, autour du bar « Au parquet de bal », parfois jusque tard dans la nuit. Notons, pour finir, que la Mousson d’été est un espace ouvert, que les lectures sont entièrement gratuites (seuls quelques Moussonspectacles présentés en soirée sont payants), et qu’il est très facile d’accéder à ces trésors d’intelligence et beauté que l’on s’interdit trop souvent de partager, pensant qu’ils sont réservés à une élite sociale ou intellectuelle.

Le seul effort à faire ? Se déplacer… et saisir l’occasion de découvrir peut-être la petite ville de Pont-à-Mousson, située sur les rives de la Moselle, au cœur de la Lorraine ! on s’émerveille dès lors qu’elle accueille une manifestation d’envergure internationale de si grande qualité. Olivier Goetz

Un petit journal, le « Temporairement Contemporain », accompagne au quotidien La Mousson. Distribué gratuitement sur place au format papier, il est mis en ligne presque simultanément et téléchargeable sur le site du festival, la Maison européenne des écritures contemporaines.

Page Facebook : www.facebook.com/lameeclamousson (Rens. : 03.83.81.20.22).

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Bussang, Grignan et… La Huchette en sang !

En été, le théâtre n’en finit pas de frapper les trois coups ! De la forêt vosgienne à la cour de château, jusqu’en une minuscule mais prestigieuse salle parisienne… De Shakespeare à Cervantès, de Bussang à Grignan, jusqu’à Ionesco qui hante les murs de La Huchette.

 

 

400ème anniversaire de la mort du natif de Stratford oblige, Bussang ne pouvait pas ne pas inscrire à l’affiche de ses Estivales 2016 une œuvre de Shakespeare ! Avec « Le songe d’une nuit d’été » mis en scène par busangGuy-Pierre Couleau, le directeur du Centre dramatique national d’Alsace, le public est comblé.

Presque un choix obligé pour le Théâtre du Peuple ! D’abord parce que le cadre de la forêt vosgienne se prête à merveille à l’intrigue de la comédie shakespearienne : les esprits et sortilèges des bois planent en permanence au-dessus des trois couples héroïques en quête de leur authentique âme sœur… Certes, Athènes et ses dieux, lutins ou maléfiques, rôdent en coulisses mais il n’empêche, de la Grèce antique au village de Bussang, les mêmes esprits de la forêt hantent les lieux ! Ensuite, il faut s’en souvenir, Tibor Egervari, alors directeur artistique du Théâtre du Peuple dans les années 1970, affiche sa volonté d’en faire un théâtre shakespearien. Une proposition qu’il défendra durant les treize années de sa direction, en dépit de l’opposition des héritiers de Maurice Pottecher attachés au répertoire du « Padre » et fondateur du lieu. La mise en scène du directeur du CDN d’Alsace est haute en couleurs. Une belle scénographie, de superbes jeux de lumière et cette magie du spectacle vivant quand comédiens amateurs et professionnels, spécificité de Bussang, mêlent leurs voix et leurs talents. Un spectacle de belle facture, en tournée après la saison d’été.

 

En la cour du château de Grignan, Don Quichotte caracole sur sa Rocinante à pédales ! Comme à son habitude, la Compagnie des Dramatricules s’empare des grands textes du répertoire, tant théâtral que littéraire, pour mieux les détourner, s’en moquer ou les caricaturer… Entre chimères et folies, combats de titans et mesquines querelles, le metteur en scène Jérémie Le Louët ne faillit pas à la règle. Sur la scène transformée en plateau de cinéma, les héros de Cervantès ressemblent plus à des bouffons de pacotille qu’à ces héros tragiques des grandes épopées. Faut-il en rire ou en pleurer ? Le public populaire se régale de ces facéties, à quichotten’en pas douter, la troupe est excellente et quelques dialogues surgis de l’imaginaire de Le Louët percutants, parce que totalement déphasés et déplacés dans le contexte de Cervantès…

Il n’empêche, à trop parodier ou persifler, le risque est grand de tomber dans la facilité, d’y perdre son âme. Certes, la machinerie est bien rodée, les comédiens talentueux, mais à trop jouer de la prétendue modernité, le risque est grand de s’y brûler les ailes comme Don Quichotte contre ses moulins à vent !

 

En ce lieu chargé d’histoire que représente le théâtre de La Huchette, hormis les classiques à l’affiche depuis des décennies (« La cantatrice chauve » et « La leçon » de Ionesco), sur la scène minuscule se joue un spectacle véritablement réjouissant : « La poupée sanglante » ravit tant les yeux que les oreilles ! Une comédie musicale, adaptée de l’œuvre « saignante » de Gaston Leroux par Didier Bailly et Eric Chantelauze, pleine d’humour et de fantaisie, un petit bijou et un régal en cette saison estivale… Entre polar et fantastique, enquête criminelle et robotique décervelée, romance des années folles et monstre d’un autre âge,

les trois chanteurs et comédiens s’en donnent à cœur joie. Ils signent une véritable prouesse sur un plateau aussi exigu, incarnant une quinzaine de personnages avec un minimum d’accessoires.

Des dialogues percutants, de belles voix, une saga endiablée avec deux remarquables chanteurs (Alexandre Jérôme et Édouard Thiebaut) et une superbe cantatrice (Charlotte Ruby), pas chauve celle-là ! A n’en pas douter, Ionesco lui-même, le fantôme des lieux à défaut de hanter l’opéra, applaudit en son théâtre emblématique.  Yonnel Liégeois

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Bruno de la Salle règle ses contes !

Qui est ce dangereux bateleur populaire affublé d’une particule de noble : un fou du verbe, un illuminé des mots, un griot des temps passés ? Bruno de La Salle est un fabuleux raconteur d’histoires qui publie ses Lettres à un jeune conteur. À moi, Conte, deux mots…

 

Le cheveu poivre et sel, l’œil toujours aux aguets, à l’image de ces héros de légendes et d’épopées dont il s’est fait le chantre par excellence, Bruno de la Salle est connu comme le OLYMPUS DIGITAL CAMERAloup blanc dans la confrérie des conteurs. N’est-il pas l’original créateur en 1981 à Vendôme (41) du CLIO (Conservatoire contemporain de Littérature Orale) et fondateur en 2006 du festival EPOS organisé autour des grands récits et plus particulièrement autour des épopées ! C’est surtout l’homme qui, en compagnie d’Henri Gougaud, rénova conte et parole vivante en France dans les années 70 pour en faire spectacle, invita le public à (re)découvrir et à se nourrir de ces perles littéraires que sont contes, épopées et légendes. Des histoires qui souvent, sous couvert de la métaphore ou de l’allégorie, en disent long sur l’état du genre humain, celui de la société et de notre planète.

« Les vagues qui vont et viennent entre les trous des rochers sont pareilles à la respiration des histoires », se plaisait à dire le pilote du navire. « Il en est de leur mouvement comme d’une respiration commune qui nous berce ou bien nous réveille, nous désaltère ou mieux encore, nous donne soif ». EPOS, le festival des histoires, devenait chaque mois de juillet, selon notre nouvel Ulysse des temps modernes, « comme une immense baie imaginaire où viennent y mouiller les navires conteurs déchargeant leurs cargaisons d’histoires ». Durant une semaine donc, pendant plus d’une décennie, conteurs et conteuses venus de tous pays et de tous horizons élisaient domicile à Vendôme pour le plus grand bonheur de tous. Du matin au soir, sous le marché couvert ou en quelque autre salle de la ville, ils jouaient ou déclamaient ces paroles et histoires venues d’ici ou d’ailleurs qui émerveillent, émeuvent ou ensorcellent l’imaginaire du public.

Incomparable raconteur, slameur et rappeur avant l’heure, Bruno de La Salle fut aussi celui qui lança ce qu’il est convenu d’appeler désormais « performance ». À l’abri des remparts d’Avignon, en 1981, une nuit durant, première « nuit blanche » du festival, il conte Le chant de l’Odyssée d’après Homère ! Une incroyable épopée pour les spectateurs d’alors qui eurent l’audace d’y assister, un même bonheur à chaque fois renouvelé pour celles et ceux qui ont la chance d’y goûter depuis… Accompagné du seul son céleste et pur de son incontournable Cristal Baschet, il clame en solitaire des milliers de vers : un grand moment d’émotion et de poésie à ne surtout pas manquer s’il se pose près de chez vous.

Auteur de nombreux livres et récits, Bruno de La Salle poste aujourd’hui ses Lettres à un jeune conteur. Trente-trois missives comme autant d’histoires que l’épistolier se raconte à lui-même aussi bien qu’à son jeune interlocuteur…  « Toi qui veux devenir conteur ou bien qui l’es déjà depuis quelque temps, ou toi encore qui t’intéresses aux histoires et à ce qui se passe quand tu les écoutes, toi qui les aimes, tu t’interroges ». Des questions multiples auxquelles le maître des mots répond sans fioritures, en toute simplicité et convivialité : sur les bonnes dispositions pour devenir conteur, le choix des histoires à raconter, les mystères de l’oralité, les facultés insoupçonnées de la mémoire, les clefs pour maintenir son auditoire en éveil…

Un alphabet de l’art de conter que l’auteur, nanti de sa riche et longue expérience, agrémente de divers récits, contes et légendes venus des contrées les plus proches ou lointaines, de l’Orient à l’Occident. « N’oublie pas surtout que la meilleure bibliothèque, la plus légère, la plus vivante, la plus transportable du monde, c’est toi. Bien avant qu’il y ait eu des bibliothèques et des ordinateurs, et ceci pendant des siècles, les être humains avaient fait en sorte de devenir eux-mêmes des livres, et même, bien avant leurs inventions, d’être des ordinateurs en chair et en os en cultivant leur mémoire et leur pensée ». Au fil de la lecture, de chapitre en chapitre, rivières de mots sous une houle légère, se forme alors un immense océan d’histoires qui constitue notre patrimoine.

Fées et sorcières ? « Les histoires de jadis nous parlent autant de mondes imaginaires que de nous-mêmes », soutient avec véhémence Bruno de la Salle. Il était une fois… « Le conte plante ses racines très loin dans le temps », souligne le maître des mots. « Dans les sociétés traditionnelles orales où le langage donne sens à tout fait de vie, il est en lui-même nécessité vitale ». Et de poursuivre : « songeons aux récits des Mille et une nuits, aux épopées d’Homère pour ne citer que des exemples connus… Les sociétés Inuit, les tribus des terres africaines ou australes, elles-aussi, ont su faire mémoire de leur histoire en créant leurs propres contes nourris des mêmes mythes et images ».

Avec cette constante, la force contestataire de la parole : le conteur est toujours perçu par le pouvoir comme un être dangereux ! D’où son élimination, le silence ou la mort, et plus tard sa récupération à la cour du roi ». Las, l’apparition du livre portera de manière encore plus radicale un coup mortel à la transmission orale : le lettré et le pédagogue imposent désormais leurs lois, dictent leurs règles, édictent le savoir selon des normes qui deviennent bien vite des dogmes. Hors l’écrit, la vie n’a plus alors de sens. « Au contraire du récit parlé dont l’intérêt justement, selon une expression anglaise très imagée, est de faire descendre le texte de la page, sans imposer de sens ! ».

Bruno de la Salle est catégorique. « Par essence, le conte recèle une infinité de sens. Telle est sa force, parce qu’il aborde par le biais d’images et de personnages très concrets, ce qu’il y a de plus intemporel et d’universel : la mort et la vie, l’amour et la haine, la richesse et la misère ». Plus qu’une leçon de choses, le conte est avant tout leçon de vie. « Il n’est donc surtout pas qu’une affaire du passé », affirme notre homme, « chaque société essaye de se définir à travers les histoires qu’elle se raconte et, en ce sens, les problèmes contemporains deviennent à leur tour matières à récit ». La grande force du récit, pour celui qui le déclame comme pour celui qui l’écoute ? « La mise en images des mots, l’aujourd’hui de la parole quand le conteur se fait messager des grandes interrogations qui agitent l’humanité ». Une raison fondamentale qui explique la modernité du conte et son regain de popularité.

Les Lettres à un jeune conteur de Bruno de la Salle lui confèrent, si besoin était, ses lettres de noblesse. Elles attestent surtout combien le conte concerne autant un public jeune qu’adulte. Parce qu’il est constitutif de notre patrimoine intime et fait resurgir du passé de notre conscience ces milliers d’histoires colportées hier par griots et grand-mères, parce qu’il démontre la capacité de la parole à retisser des liens de convivialité en nos sociétés éclatées et qu’il ouvre les portes de notre imaginaire en un avenir différent. Parce qu’il prouve enfin, depuis quelques décennies déjà grâce à une nouvelle et jeune génération d’artistes, sa faculté à s’afficher comme authentique spectacle vivant de belle et haute stature.

À nous désormais lecteur, spectateur ou conteur en devenir, de conjuguer au présent le « il était une fois » de l’ancien temps. Yonnel Liégeois

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Avignon, un théâtre tout-terrain

A l’ouverture de la 70ème édition du Festival d’Avignon qui se déroule du 6 au 24 juillet, s’affichent, parmi le bon millier de spectacles du Off, deux pièces de Ricardo Montserrat mises en scène par Christophe Moyer. « Qui commande ici ? » évoque les clients et salariés de La Redoute, « Chantiers interdits » nous plonge dans le quotidien d’un travailleur détaché polonais.

 

 

« Qu’est-ce que c’est ? Le Catalogue de La Redoute ! » Le 22 avril, Travail et Culture organisait son Cabaret de l’union à la Manufacture de Roubaix avec la représentation de la pièce de Ricardo Montserrat « Qui commande ici ? ». Au milieu des grands métiers à tisser et des bobines multicolores, la scène était royale pour découvrir le spectacle consacré à La Redoute.

Mise en scène par Christophe Moyer, Laurence Besson campait devant une centaine de personnes une Shéhérazade pleine d’allant, incarnant le catalogue, les clients et les salariés. La pièce évoque tour à tour les désirs, les audaces voire les peurs des acheteurs comme cette cliente qui se plaint d’avoir chopé la gale via des draps commandés à La Redoute. De là, on fera un saut en Inde où s’échinent les petites mains pour les fabriquer qui n’en rêvent pas moins de liberté. Idem sur Roubaix où les employées reçoivent commandes et

Co Daniel Maunoury

Co Daniel Maunoury

remontrances, poussent des chariots à longueur de journée. La force de la pièce ? Nous faire naviguer de l’émotion au rire autour d’un catalogue qui parle à tout un chacun.

« Le catalogue, ça permet de faire le lien entre des gens très différents. Des habitants de Corbigny dans la Nièvre, qui sont à une demi-journée des grands magasins, à ceux de Sevran qui y sont en un quart d’heure », explique Ricardo Montserrat… « Et puis La Redoute, c’est l’image de soi, à travers les vêtements, les sous-vêtement ou l’ameublement de la chambre ». La pièce fut d’abord jouée chez les gens du côté de Sevran, « ça peut être très différent d’un appartement à l’autre, entre les habitués au théâtre et ceux qui n’y ont jamais mis les pieds », raconte la comédienne Laurence Besson. Et puis, « ce monologue se prête à de telles représentations avec pour seuls accessoires une boîte en carton, une baguette télescopique et une table haute », précise le metteur en scène Christophe Moyer. Elle permet aussi un contact rapproché avec le public, dans la mesure où elle évoque l’intime à travers nos achats à distance. « C’est un peu comme si on était entre copines, comme à une réunion Tupperware », résume Laurence. »Il faut rencontrer les bonnes personnes et ce fut le cas », confie

Ricardo Montserrat. Photo Daniel Maunoury

Ricardo Montserrat. Photo Daniel Maunoury

l’auteur qui s’est entretenu avec les salariés en pleine panade (La Redoute, après avoir été rachetée par la famille Pinault passe aux mains du tandem Balla-Courteille qui saigne à tour de bras, ndlr), les clients des champs et des banlieues.

Ricardo Montserrat, né en Bretagne de parents antifascistes catalans, a commencé à créer au Chili pendant les années Pinochet. Il signe depuis plus de vingt ans romans, scénarios et pièces de théâtre à partir d’ateliers d’écriture ou d’entretiens menés en France avec des jeunes, des chômeurs, des réfugiés, des licenciés, des travailleurs… Plus d’une centaine d’œuvres décline ses rencontres : avec les chômeurs de Lorient pour son polar « Zone mortuaire » (édité en 1997 dans la Série Noire), avec des employées licenciées d’Auchan – Le Havre pour la pièce  « La Femme jetable », avec les mineurs marocains du Nord pour « Mauvaise Mine » ou encore avec les jeunes du Pas-de-Calais pour « Naz », une pièce donnée l’an dernier au festival d’Avignon qui met en scène un jeune nazillon incarné par Henri Botte. Cet été, on retrouve le comédien dans la peau d’un travailleur détaché polonais dans « Chantiers interdits ». Commandée par la fédération CGT de la Construction, la pièce est née comme à l’accoutumée de rencontres. Ricardo Montserrat parcourt alors les chantiers. « Chaque matin, chaque midi, en Auvergne, des syndicalistes me conduisent sur les chantiers. Des chantiers interdits où des vigiles m’empêchent de parler aux ouvriers qui ont voyagé toute la nuit pour être à l’heure, des cantines où certains mangent bien et d’autres dévorent la baguette achetée au Lidl, des chantiercampings et des hôtels, des permanences syndicales où des malheureux brandissent des contrats bidons, des certificats falsifiés »…

« Qui suis-je ? » Sur scène, une tente Quechua questionne le public, se balance d’un pied sur l’autre, virevolte pour finalement se planter. Au bout de cinq minutes, Henri sort enfin de la toile. Dans le camping proche du gigantesque chantier qui emploie plus de 3000 salariés, dont 600 travailleurs détachés, l’ouvrier reçoit un appel de son employeur qui lui interdit d’aller travailler, alors que le ministre du Travail vient visiter les lieux. « Mon beau Sapin, roi des forêts »… En bleu de travail, pansements aux doigts, Henri va se charger de la visite, obliger le ministre à l’écouter jusqu’au bout. Le ton monte et les quolibets fleurissent à l’encontre de « Pinpin », « Lapin » ou « Sopalin » à mesure qu’Henri raconte les morts, les accidents du travail, le racisme, les salaires de misère. Payé 2,60 euros l’heure, « Travailler plus longtemps pour mourir plus vite », résume-t-il. Au fil de la visite musclée, le ministre essaye de se sauver, à chaque fois empêché par l’ouvrier polonais qui en a gros sur la patate.

Deux monologues tragi-comiques qui firent mouche lors des premières représentations. Gageons qu’il en soit de même en Avignon ! Amélie Meffre

 

A ne pas manquer, les choix de Chantiers de culture :

– Avignon In : « Ceux qui errent ne se trompent pas », mise en scène de Maëlle Poésy, d’après le roman « La lucidité » du Nobel de littérature José Saramago. « Les damnés », mise en scène d’Ivo Van Hove avec la troupe de la Comédie Française, d’après le scénario du film de Luchino Visconti. « Alors que j’attendais » du dramaturge syrien Mohammad Al Attar, mise en scène d’Omar affiche2016_siteAbusaada. « Truckstop » de l’auteur néerlandaise Lot Vekemans, mise en scène d’Arnaud Meunier. « Tristesses », écriture et mise en scène de la bruxelloise Anne-Cécile Vandalem. « Caen amour », création et mise en scène du chorégraphe newyorkais Trajal Harrel.

– Avignon Off : « Les fureurs d’Ostrowsky » d’après l’histoire des Atrides, mise en scène de Gilles Ostrowsky et de Jean-Michel Rabeux au Théâtre Gilgamesh. « Une trop bruyante solitude » d’après le roman du tchèque Bohumil Hirabal dans une mise en scène de Laurent Fréchuret et « Les bêtes » de Charif Ghattas dans une mise en scène d’Alain Timar au Théâtre des Halles. « We love arabs » du chorégraphe israélien Hillel Kogan et « Toute ma vie j’ai fait des choses que je ne savais pas faire » de Rémy De Vos dans une mise en scène de Christophe Rauck au Théâtre de La Manufacture. « C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde », une création collective Les Filles De Simone au Théâtre La Condition des Soies. « Maligne » de Noémie Caillault dans une mise en scène de Morgan Perez au Théâtre des Béliers. « Emma mort, même pas peur », de et avec Meriem Menant dans une mise en scène de Kristin Hestad au Théâtre Le Chien qui Fume. « El Nino Lorca » de et avec Christina Rosmini au Théâtre Les Trois Soleils. « Alice pour le moment » de Sylvain Levey dans une mise en scène de Delphine Crubésy au Théâtre La Caserne des Pompiers.

Et… encore et toujours : la 18e édition de « Nous n’irons pas à Avignon », l’événement initié par Mustapha Aouar, le directeur-fondateur de « Gare au Théâtre » à Vitry-sur-Seine (94). Yonnel Liégeois

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De Barker à Melquiot, le théâtre à tout vent !

Du capitalisme financier des Lehman Brothers à la chute des époux Ceausescu, des rapports passionnels entre la France et l’Algérie au délitement d’une bourgeoisie qui prend l’eau, le théâtre une nouvelle fois démontre sa capacité à s’emparer de l’actualité. Grâce à une pléiade d’auteurs contemporains à la plume vive et acérée (Howard Barker, Edward Bond, David Lescot, Stefano Massini, Fabrice Melquiot…), sans oublier quelques classiques (Feydeau, Shakespeare, Tchekhov) et divers festivals d’une originale facture.

 

 

Le capitalisme financier, Arnaud Meunier, le directeur de la Comédie de Saint-Étienne et metteur en scène, s’en empare avec jubilation et dextérité ! Sans manichéisme, nous donnant juste à voir l’extraordinaire histoire des frères Lehman, de 1844 chute3à 2008… La saga de jeunes immigrés, en provenance d’Allemagne, qui vont alors s’installer dans le sud des États-Unis pour ouvrir une maigre boutique de tissus. Au pays des esclaves et des champs de coton, que faire d’autre ? « Une histoire savoureuse et fascinante », commente le metteur en scène, « l’histoire de trois hommes qui s’usent à la tâche et au travail, qui s’échinent comme des baudets pour faire fructifier leur petite entreprise »… Au fil du temps et de l’actualité, la guerre de sécession – la construction du chemin de fer – le crash de 1929, le petit commerce devient un véritable empire : s’écrivent alors les « Chapitres de la chute, saga des Lehman Brothers » signés de l’auteur italien Stefano Massini ! Un spectacle de longue durée, près de quatre heures, où le spectateur ne s’ennuie pas un seul instant, grâce aux talents conjugués de la troupe et de son mentor : montrer plus que démontrer, démonter sous le couvert de personnages bien réels la construction lente et patiente de ce qui devient au final le capitalisme financier. « J’apprécie beaucoup l’écriture de Stefano Massini », confesse Arnaud Meunier, « à l’image de Michel Vinaver, il propose un théâtre qui ne juge pas, il parvient à humaniser une histoire souvent virtuelle. Entre petite et grande histoire, celle d’une famille d’immigrés et celle du capitalisme international, il nous rend proche un domaine bien souvent présenté comme trop complexe et réservé aux économistes patentés ». De fait, pas de leçon de morale sur le plateau, juste la dissection au fil du temps, à chute2petit feu et à petits pas, du processus qui conduit à l’émergence et à l’explosion de l’économie boursière en 2008, à l’heure de la chute de la quatrième banque des Etats-Unis et de l’effondrement des bourses mondiales…

Une saga théâtrale qui éclaire admirablement le trajet de l’économie des hommes et des peuples, lorsqu’elle passe du réel au virtuel, lorsque la finance se nourrit et se reproduit jusqu’à saturation et indigestion de son propre produit, l’argent ! Avec son corollaire : le travail n’est plus là pour satisfaire les besoins de l’humanité, il est juste une matière ajustable pour le bonheur des marchés financiers. Et pas seulement les gestes du travail, « le travailleur lui-même dans ce contexte devient aussi une denrée virtuelle », souligne Arnaud Meunier, « qui compte juste pour ce qu’il rapporte, non pour ce qu’il produit ». Et de poursuivre : « Le spectacle ne dénonce pas le capitalisme, il le raconte et en ce sens il peut faire œuvre d’émancipation. Dans ce monde complexe qu’est devenu le nôtre, je crois que le théâtre a charge et capacité d’ébranler les consciences, il permet de réinterroger l’humain que nous sommes et de nous mettre face à nos responsabilités. De remettre, au final, de l’humain dans les rouages des rapports sociaux ». Au risque de nous répéter, un pari réussi et gagné : en dépit de la longueur des « Chapitres de la chute, saga des Lehman brothers », le spectateur est rivé à l’écoute de cette histoire familiale, puis entrepreneuriale et mondiale, contée sur un mode ludique pour mieux lui faire comprendre les dessous et les rouages d’un système financier et économique complexe. Du grand art sur les planches du Rond-Point avec, au cœur d’une troupe d’excellence, le grand Serge Maggiani dans tous les sens du terme !

 

Elle est « grande » aussi, la bande de Kheireddine Lardjam, dans cette belle et émouvante « Page en construction » surgie de l’imaginaire de Fabrice Melquiot ! A l’étonnante nudité du plateau autant qu’à la simplicité déroutante de la mise en scène, répond page2l’extraordinaire complexité des sentiments, émotions et propos échangés entre les divers protagonistes. En paroles, chants et musiques pour tenter de dévider l’histoire d’un metteur en scène aux origines algériennes mais jurassien, de Lons-le- Saulnier s’il vous plaît, qui commande à un auteur savoyard une pièce sur l’Algérie d’aujourd’hui. « Ou plutôt non, c’est l’histoire d’un auteur qui décide d’écrire sur Kheireddine, coincé ou perdu -selon- entre la France et l’Algérie. Non, voilà, c’est l’histoire d’Algéroman, super-héros maghrébin qui, cape au cou et justaucorps, se retrouve sommé de sauver son pays ! Mais lequel : la France ou l’Algérie ? »… Une aventure peu banale donc dans laquelle nous embarque, tel un grand gamin toujours hanté par les héros de son enfance, la compagnie El Ajouad : qui suis-je, d’où viens-je, où suis-je, où vais-je ? Autant de questions essentielles, existentielles, posées à même les planches du Théâtre de l’Aquarium, sans prise de tête ni logorrhée inaudible, juste chantées superbement et clamées sur le mode du conte, voire de la bande dessinée. Si l’enfant occidental peut aisément jouer au Page en construction concert 300DPI ´+¢V.Arbelet (8)héros, tels Tarzan ou Goldorak, à qui s’identifier pour le gamin d’Orient ? « Chez nous, le super-héros, c’est Mahomet. Ya pas de super-héros arabe, c’est Mahomet, je te dis, c’est lui, Batman »…

Fabrice Melquiot a composé un texte fort, jouant de l’humour et de l’ironie, sur la question des origines, l’ambivalence des cultures, la quête d’identité. En s’appuyant sur la vie-même du comédien-metteur en scène, Kheireddine Lardjam, balloté d’une rive à l’autre de la Méditerranée entre convictions et contradictions : fier de ses racines mais nourri de sa terre d’accueil, exilé du pays de son enfance mais toujours étranger sur le sol qui le voit grandir, à jamais ni de là-bas ni d’ici mais à jamais d’ici et de là-bas… Un conte moderne, sans rancœur ni plainte, juste la mise en abyme de cet enjeu vital à devoir toujours naviguer entre deux eaux, deux pays, en quête de figures emblématiques susceptibles d’apporter assurance et sérénité entre blessures et déchirures d’ici et de là-bas. Au final, qu’«Algéroman » le super-héros conquiert ou non la notoriété, peu importe, l’homme au double regard sait désormais qu’il lui faut marcher sur deux pieds à défaut de voler, aller et revenir d’une terre à l’autre en n’oubliant jamais l’une ni reniant jamais l’autre… Un spectacle servi par de merveilleux musiciens-chanteurs (Larbi Bestam et Romaric Bourgeois), illuminé par la voix chaude et suave de la jeune et belle Sacha, la Carmen orientale.

 

Qui cède la place, le temps d’une représentation, à une autre cantatrice dans un exercice qui, jusqu’alors lui était étranger… L’inénarrable, l’envoûtante, l’extraordinaire « Reine de Und2la nuit », Natalie Dessay, risque sa peau dans un genre nouveau, engoncée dans un érotique rouge fourreau ! Sous la houlette de Jacques Vincey, le directeur et metteur en scène du CDN de Tours, elle abandonne définitivement « La flûte enchantée » pour jouer « Und » (du 17 au 21/05 à Marseille au Théâtre des Bernardines, les 24 et 25/05 à la Comédie de Valence et du 1er au 4/06 au Centre dramatique d’Orléans), la pièce énigmatique d’Howard Barker, le sulfureux auteur anglais. Un soliloque absurde, complètement déjanté, à l’humour décalé mais d’une puissance d’attraction inégalée, voire hypnotique tant la prestation atteint les sommets de l’interprétation…

Solitaire, impavide sous des blocs de glace suspendus au-dessus de sa tête mais fondant au fil du temps et s’écrasant avec fracas sur scène, l’ex-cantatrice attend. Un homme, un ami, un Und1amant ? L’auditeur s’en moque, emporté par le flot de paroles de celle qui se déclare une aristocratique, contrainte de crier pour se faire obéir de ses serviteurs, qui se dit juive, se fichant pas mal de la religion professée. Droite, immobile, accompagnée du musicien Alexandre Meyer, Natalie Dessay voyage de la voix, et nous avec, entre absurde et poétique, émotion et dérision. Aller voir, écouter, applaudir cette « jeune » comédienne dans cette robe et ce décor fantasques, c’est entendre une « petite musique » en tout point originale, toute à la fois concertante et déconcertante ! Comme le ressac de « La mer », ce texte d’un autre anglais iconoclaste, Edward Bond, que met en scène Alain Françon au Français… La peinture d’une bourgeoisie en décomposition, se délitant sous les ordres d’une mégère acariâtre, s’ensablant sous des contraintes sociales d’un autre temps.

 

Du tragique au rire, il n’y a qu’un pas qu’Anne-Laure Liégeois franchit allègrement ! Épousant les épisodes tragi-comiques, commandés à David Lescot, de la vie d’un couple passé à la trappe de l’histoire, les Ceaucescu Elena et Nicolae… Un couple maudit, « Les époux » de Bucarest, un duo infernal  dont s’empare la metteur en scène pour nous en raconter l’histoire, de leurs premiers coups bas pour accéder au titre de Conducator jusqu’aux ultimes pour le conserver. « L’histoire de deux brutes au pouvoir », dont elle dissèque les chapitres, entre petite et grande histoire, vulgarité et absurdité, humour et dérision, qui ont conduit à la faillite de grands idéaux nommés liberté et fraternité. Deux sadiques, deux bouffons issus de milieu modeste, deux tyrans en puissance qui revêtent tour à tour les habits folkloriques de epouxleur Valachie natale ou les costumes cintrés à la réception des grands de ce monde. « Génie des Carpates » ou « Danube de la pensée » autoproclamé, en vérité des Père et Mère Ubu des temps modernes dont Jarry n’aurait point à rougir, sinon du sang de leurs victimes… Anne-Laure Liégeois a pris le parti d’en rire pour narrer l’innommable, « il fallait que ça soit drôle pour que ça soit admissible ». Pari gagné avec Agnès Pontier et Olivier Dutilloy, étonnants de vérité dans la peau des dictateurs, truculents dans leurs dérisoires pantomimes. De leur couronnement communiste en 1965 jusqu’à la mise en scène médiatique de leur exécution en 1989, une tragicomédie noire sous des airs d’opérette.

Et l’on rit encore avec ce désopilant « Tailleur pour dames » de Georges Feydeau que met en scène Cédric Gourmelon. Le vaudeville est un art théâtral à part entière, dont il faut maîtriser les ficelles, entre quiproquos et portes qui claquent, pour en apprécier toute la saveur. En s’emparant de cette pièce, créée en 1886 et premier vrai succès de l’auteur, «  je me suis passionné pour le talent d’orchestration de Feydeau », confesse Gourmelon, « sa maîtrise du rythme, son sens de l’absurde ». L’intrigue ? Le docteur Moulineaux rejoint au petit matin le domicile conjugal, au grand dam de son épouse. Le mari, démasqué, prétend dame

avoir passé la nuit au chevet de Bassinet, l’un de ses patients mourant. Qui, justement, vient lui rendre une petite visite, frais et dispo… On l’aura compris, si les répliques fusent, et les salves de rire aussi, l’esprit vole bas dans cette peinture d’une bourgeoisie hautement sujette à soupçons ! A signaler la performance de Vincent Dissez, comédien à double facette, comique ici et tragique là-bas. A l’affiche aussi, « La cerisaie » de Tchekhov et « Un songe d’une nuit d’été » de Shakespeare, deux autres classiques du répertoire qui méritent assurément le déplacement.

 

Avant que ne retentissent les trois coups des festivals d’été, la troupe des « Tréteaux de France » inaugure déjà le sien ! Jusqu’aux premiers jours de juillet, la bande de Robin Renucci fait escale à L’épée de Bois. Avec un programme éclectique qui associe Molière à Ionesco, Balzac aux écritures contemporaines… Une pause bienvenue pour cet original centre dramatique national, ambulant et itinérant, tissant des liens créatifs et festifs sur tout le territoire national selon la mission qui lui est dévolue. « En créant les Tréteaux en 1959, Jean Danet a voulu porter le théâtre là où il n’était pas », rappelle le comédien et directeur. Tout en poursuivant cette mission première, il n’hésite pas à afficher ses ambitions. « Création, Transmission, Formation, Éducation populaire doivent se conjuguer, se

Co Michel Cavalca

Co Michel Cavalca

réinventer ensemble. Ce début de 21ème siècle nous impose d’inventer de nouvelles mises en relation du théâtre aux territoires et aux hommes et aux femmes qui les font vivre. Les Tréteaux de France participent à cette invention ». Et de conclure, « pour nous, « Faire », c’est faire avec. Faire « œuvre », c’est œuvrer avec. La création est partage. Nous sommes une « fabrique nomade » des arts et de la pensée ». De grands moments de théâtre en perspective, ponctués par moult débats et ateliers.

Une démarche originale, au même titre que ce « Festival des caves » qui, jusqu’au 30/06, se propose d’investir des lieux inattendus dans 80 communes de France ! « Face à la contrainte des caves, nous proposons une liberté totale d’invention, d’imagination », atteste Guillaume Dujardin, l’initiateur de cette aventure atypique il ya dix ans. Et ce n’est pas la troupe de La Girandole qui le démentira ! Jusqu’en juillet, elle transhume elle-aussi en son théâtre de verdure à Montreuil, en banlieue parisienne, pour tenter de trouver « Sous les pêchers, la plage ».

Oyez, oyez citoyens ! Si vous n’allez à la rencontre des comédiens et des musiciens, musiciens et comédiens viennent à votre rencontre. Qu’on se le dise. Yonnel Liégeois

 

A ne pas manquer :

– « Anna Karenine », d’après Tolstoï au Théâtre de la Tempête, jusqu’au 12/06. Une mise en scène de Gaëtan Vassart, avec la comédienne iranienne Golshifteh Farahani dans le rôle titre.

– « Le dernier jour de sa vie », de et mis en scène par Wajdi Mouawad à Chaillot, jusqu’au 03/06. Trilogie, d’après Sophocle : Ajax-cabaret/Inflammation du verbe vivre/Les larmes d’Œdipe.

– « Figaro divorce », d’Odon Von Horvath au Monfort Théâtre, jusqu’au 11/06. Une mise en scène de Christophe Rauck, avec le Théâtre du Nord de Lille.

A découvrir aussi :

– « Du rêve que fut ma vie », par la compagnie Les Anges au Plafond, du 22/05 au 07/06. La vie de Camille Claudel, au travers de sa correspondance, contée par la marionnettiste Camille Trouvé.

– « Chansons sans gêne » au Théâtre de la Tempête, jusqu’au 22/05. Dans une mise en scène de Simon Abkarian, avec Jean-Pierre Gesbert au piano, Nathalie Joly chante Yvette Guilbert.

– « Gelsomina » au Studio Hébertot, jusqu’au 03/07. Une pièce de Pierrette Dupoyet, d’après « La strada » de Fellini. Avec Nina Karacosta, sous la direction de Driss Touati.

 

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Alain Bézu, entre « Deux Rives »

Vient de paraître, aux éditions Points de vues, « Deux rives pour un théâtre ». Un bel ouvrage coécrit par le dramaturge Joseph Danan et l’historien Marco Consolini, qui retrace tout à la fois l’histoire d’un lieu, d’une compagnie et d’un homme. Celle du metteur en scène Alain Bézu, un authentique normand qui fonda en 1971 à Rouen le « T2R », le Théâtre des Deux Rives. Portrait pleine page.

 

 

Grand, maigre, la voix douce et l’œil aux aguets… Derrière une bonhomie apparente, l’homme avance masqué, pétri de solides convictions. Un vrai normand, cet Alain Bézu, un authentique enfant du terroir, du pays de Bray plus précisément…

Robert Achibared, l’ancien directeur du Théâtre et des Spectacles au ministère de la Culture qui signe la préface de « Deux rives pour un théâtre », ne s’y trompe point en précisant d’emblée que l’implantation 2-rives_couverture_1géographique est essentielle à Bézu. « Comme Sarrazin à Toulouse ou Planchon à Villeurbanne, il inscrit son action en Haute-Normandie, entre Rouen, Quevilly et Elboeuf… Qui implique d’abord une connaissance intime de son public et une relation suivie avec lui ». De son père, instituteur, Alain Bézu hérite d’un bien précieux : une admiration pour le théâtre de Jean Vilar. Dès l’enfance et la classe de sixième, en compagnie du papa qui organise les expéditions, il prend le car. Aller et retour Paris, place du Trocadéro et le théâtre de Chaillot. Et les yeux du metteur en scène pétillent plus qu’à l’ordinaire à l’évocation de cette mythologie familiale : le récit des parents narrant la représentation du Cid sous les traits de Gérard Philipe en la cour du Palais de justice de Rouen en 1954 ! « Magique, inoubliable, de nombreux Rouennais en parlent encore ». Le théâtre donc, pour le gamin Bézu ? « Une petite musique entendue dès l’enfance, qui depuis n’a jamais cessé » pour l’homme toujours aussi amoureux du vers cornélien, fier d’avoir mis le feu aux planches en terre normande à défaut d’avoir conduit Jeanne au bûcher…

« On ne badine pas avec l’amour », « Ruy Blas », « Le prince de Hambourg » : autant de textes gravés sur vinyle par Gérard Philipe, la mascotte du TNP, que le jeune Bézu connaît alors par cœur. Des résonances de longue portée puisque sa première mise en scène, au théâtre Gorky de Petit-Quevilly en 1971, sera justement la pièce de Musset… Entre-temps, il suit le Conservatoire à Rouen puis, en mai 68, il s’en va chanter Brel à la porte des usines en grève. Son rêve ? Monter à Paris… Les copains de chambrée et d’armée, aussi activistes et gauchistes que lui, tiennent un autre discours, lui inculquent une autre instruction que militaire : faire du théâtre là où l’on « naît », pour le plus grand nombre. Sans renoncer devant les difficultés, toujours avec l’exigence de la qualité. L’aventure est lancée, dans l’esprit des grands pionniers de la décentralisation, Alain Bézu crée sa compagnie « Le Théâtre des 2 Rives ». Qui monte « 14-18 », une chronique des années de guerre jouée aussi avec un énorme succès au théâtre de L’Odéon en 1981. Une date emblématique, puisque le Conseil général d’alors vote l’attribution et la rénovation d’un lieu pour héberger à demeure la bande à Bézu : l’ancien amphithéâtre de la faculté de médecine devient Centre dramatique régional de Haute Normandie en 1985.

Les raisons du succès de la « petite entreprise » culturelle d’Alain Bézu ? D’abord sa soif d’apprendre encore et bezutoujours, « même s’il ne dissimule pas ce qu’il doit à Vilar, à Vitez ou à Dort » précise encore Achibared, il ne cesse de lire revues, ouvrages théoriques et pièces de théâtre. Ensuite, note son compère de scène Jacques Kraemer, « certaines préfèrent travailler en solitaire, d’autres peuvent apprécier et souhaiter le dialogue et la dynamique dialectique qui en résulte ». Tel est le cas pour le fondateur des Deux Rives avec son acolyte Joseph Danan, autant conseiller littéraire qu’auteur de nombreuses œuvres théâtrales. « Danan devint à Bézu ce que Giraudoux fut à Jouvet, Koltès à Cherreau : l’auteur auquel il revint le plus souvent ».

Natif du Havre, Olivier Saladin, l’ancien de la bande aux Deschiens, fit ses débuts sur les planches sous les auspices des Deux Rives. En 1975, très précisément, lorsqu’il s’inscrit à des cours dispensés par Bézu et d’autres au Centre Max-Dormoy du Grand Quevilly… « On travaillait beaucoup l’improvisation, une recherche qui nous demandait de puiser en nous-mêmes, dans cette mémoire dite affective ». Que retient-il de cette époque, sous la baguette de tels maîtres ? « J’ai appris la rigueur, l’humilité, à être un acteur au service de l’auteur, d’une œuvre, d’un projet artistique. A servir, avant de se servir ». Sans envisager d’en faire son métier, Saladin s’inscrit d’ailleurs à l’AFPA pour une formation de carreleur, envisageant de travailler dans le bâtiment ! C’est en 1981 qu’il débute sa carrière de comédien professionnel, lorsqu’il est engagé avec d’autres élèves pour jouer Arlequin dans « La surprise de l’amour » de Marivaux. « C’était un spectacle où nous étions payés et, grâce à l’intermittence, j’ai pu sauter le pas ».  Un témoignage à l’identique, celui de Vincent Berger, un autre gamin de 19 ans qui, bac en poche, rejoint la bande à Bézu dans « Le barbier de Séville » puis « Jacques le fataliste »… « La fidélité qu’Alain a pour ses acteurs permettait expérience et donc vocabulaire communs, complicité et donc confiance. Tout cela facilitait en cercle vertueux la souplesse, la diligence, les possibilités d’exploration et d’approfondissement du travail ».

Fidélité, le grand mot est lâché ! Fidèle au service public et pas vraiment homme à l’esprit carriériste, Alain Bézu a toujours décliné les offres du théâtre privé. Il se reconnaît volontariste, obstiné mais pas borné. Obsédé surtout bezu3par ce public qu’il faut reconquérir à chaque création depuis qu’a disparu la figure emblématique des années 60 du « militant spectateur ». Alors, avec l’équipe des Deux Rives, il n’aura de cesse de tisser des liens avec les écoles et les comités d’entreprise. « Nous bénéficions à Rouen d’un public éduqué, acquis à une esthétique et à un parcours. Certes, les temps ont changé, les esprits ont évolué. Hier, le théâtre se devait de produire du sens, d’imposer presque un regard unilatéral au spectateur. Il était de bon ton de passer les classiques à la relecture de la modernité. Aujourd’hui, la représentation se veut plus ouverte, laissant le public à son propre questionnement ». Et Bézu sait de quoi il parle. En 78, il signait sa première mise en scène de « L’illusion comique », l’une des pièces de jeunesse de son compatriote Corneille. Un énorme succès dont toute la presse se fait l’écho, au lendemain des représentations parisiennes au Théâtre de la Cité Internationale… Autre temps, autre regard : une œuvre qu’il recrée en 2006, un an avant la remise des clefs à ses successeurs, lors du quadricentenaire de la naissance du Maître ! En 2014, c’est la consécration pour celui qui n’en chercha aucune, sinon la reconnaissance de ses pairs, son rêve devient réalité : en partenariat avec celui de La Foudre du Petit-Quevilly, le Théâtre des Deux Rives est labellisé Centre dramatique national de Normandie-Rouen sous la direction de Davis Bobée.

Fort de nombreuses contributions (Mylène Berthaume, Claude Juin, Catherine Delattres, Didier Mahieu…), illustré de moult documents d’archives et de superbes photographies de plateau, « Deux rives pour un théâtre » a surtout le grand mérite de braquer les projecteurs, loin des flonflons parisiens, sur une expérience en province riche d’enseignements. Tout en brossant, à plusieurs voix et pleine page, le portrait d’un créateur pétri de convictions en faveur de la décentralisation et de la culture en région. Yonnel Liégeois

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Le « Vivant », au devant de la scène

Avec l’adaptation de « Réparer les vivants » de Maylis de Kérangal, le metteur en scène Sylvain Maurice signe un époustouflant spectacle. Au même titre que Jean-Louis Benoît avec ses « Garde barrière et garde fous », Luc Clémentin et les « Cadres noirs » de Pierre Lemaitre, Thierry Gibault dans « Une trop bruyante solitude »… Sans oublier un fantasque duo de conteurs : Abbi Patrix qui nous invite à « Ne pas perdre le Nord », Yannick Jaulin à « Vider la mer avec une cuiller » !

 

 

Il court, il court, le cœur en chamade ! Il y a urgence, le temps est compté, le compte à rebours a sonné. Pour l’un la mort a frappé, pour l’autre la vie peut recommencer…

Pas moins de dix prix littéraires, dont celui du meilleur roman décerné en 2014 par le magazine Lire à l’auteure déjà récompensée du prix Médicis en 2010 pour « Naissance d’un pont », un tonnerre d’applaudissements reparerlesvivants-2pour Sylvain Maurice et ses deux interprètes à la création de « Réparer les vivants » sur les planches du Centre dramatique national de Sartrouville ! Étonnante, émouvante, captivante, la performance autant artistique que médicale (!) rive le spectateur à son fauteuil, tant le metteur en scène est parvenu, sans artifice superflu, à transfuser du plateau à la salle la force narrative du roman de Maylis de Kerangal… Au sol, un tapis roulant où s’essouffle le narrateur à courir parfois à perdre haleine, en hauteur un musicien qui rythme du trombone et de la guitare cette gageure insensée, convaincre et décider d’une transplantation cardiaque en un temps record : en parole et musique, Vincent Dissez et Joachim Latarjet engagent une course contre la montre !

Notre cœur bat et palpite. Celui de Simon poursuit seul sa route au petit matin, en bord de mer. Mort cérébrale. Plus loin, au loin, un autre s’épuise, à bout de souffle… Entre l’un et l’autre, se forme alors dans l’urgence une chaîne qui unit soignants et vivants, experts et parents, les savants et les désespérants. De la chambre cadavérique à la table d’opération, la mort appelle à la vie comme, de la scène à la salle, le récit des événements appelle à la réflexion et à la méditation : quid de cet organe indispensable moteur d’un corps tressautant ou siège palpitant de nos affects et sentiments, quid de la souffrance et de la douleur à la perte d’un proche, quid de l’acceptation ou du refus au don d’organe, quid de cette incroyable chaîne de solidarité qui se met en branle ? Notre humanité blessée, pétrifiée devant l’irréparable, se révolte et doute devant l’innommable. Entre peur et déni d’une vérité insoutenable pour les parents, entre respect et profonde empathie des soignants, chacun trouve sa juste place. Du phrasé balbutiant des survivants aux dits d’une précision chirurgicale des intervenants, la parole circule, sublimée par la magistrale interprétation des deux protagonistes. Des mots et des notes incandescents qui rythment les battements d’un cœur dédié à une re-naissance, qui redonnent espoir à notre humanité chancelante en ces temps troublés et incertains. A l’affiche du théâtre Paris-Villette, ensuite à la Comédie de Béthune, un spectacle d’une rare puissance « humanitaire » quand la mort, paradoxalement, sourit à la vie.

Un semblant de vie, un instinct de survie plutôt, s’accroche aussi, envers et contre tout, dans le cœur d’Alain Delambre, cet ancien DRH réduit au chômage depuis quatre ans déjà ! Sur le plateau nu du Théâtre de la cadreGirandole, prochainement au Kremlin-Bicêtre, le souffle des mots caresse le visage des spectateurs en cercle serré autour de lui. Dans un soliloque d’une rare puissance narrative, sur les rythmes obsédants d’Olivier Robin à la batterie, Luc Clémentin donne corps au héros des « Cadres noirs », le roman de Pierre Lemaitre couronné du prix Goncourt en 2013 pour « Au revoir là-haut ». L’homme est profondément blessé, désormais inutile lui qui, des années auparavant, avait droit de vie et de mort sur quelques centaines de salariés. De galères en petits boulots, la honte ronge son existence. Jusqu’au jour où un chasseur de têtes lui propose un job surprenant… Mieux que l’exposition de la dérive d’un homme sans repères, disqualifié surtout dans le regard de sa femme et de ses enfants, le spectacle nous dresse avant tout le portrait « d’un gagnant des années 1980 rhabillé en exclu des années 2010 ». Une peinture sans concession de ce monde de l’entreprise où la mort, symbolique ou bien réelle, rôde et frappe. Avec iniquité pour les uns, sans sommation pour d’autres, dans l’impossibilité d’en dire plus pour préserver le suspens…

Le travail, monsieur Hanta, quant à lui, n’en manque point. Depuis des dizaines d’années, il voue au pilon des tonnes de livres dans sa machine infernale. Noirci d’encre des pieds à la tête, avec les souris mangeuses de bellevillepapier pour seule compagnie, il exècre son boulot, « ce massacre d’innocents », livres interdits par la censure et chefs d’œuvre de l’humanité, mais il sauve l’honneur en arrachant à la mort quelques trésors littéraires. En fait, des milliers qu’il entasse chez lui… Halluciné, hallucinant de vérité, comme possédé du verbe qu’il éructe dans un clair-obscur oppressant en l’écrin du Théâtre de Belleville, le fantastique Thierry Gibault prête figure à l’ouvrier d’« Une trop bruyante solitude »,  le puissant roman du tchèque Bohumil Hrabal. Une œuvre à multiples sens, magistralement mise en scène par Laurent Fréchuret, que le comédien incarne avec une rare intensité. Le travail asservissement ou épanouissement, le pouvoir dictatorial ou libérateur, l’existence corvée quotidienne ou miracle journalier, le livre papier à recycler ou trésor à décrypter, la culture supplément d’âme ou nourriture indispensable ? Autant de questions énigmatiques que monsieur Hanta résoudra tragiquement, autant d’interrogations qui n’en finissent plus désormais de résonner en nos têtes. Un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte, par bonheur repris au Théâtre des Halles en juillet prochain lors du festival d’Avignon.

Vivantes, elles sont bien vivantes, Monique et Myriam, sur les planches du Théâtre de l’Aquarium et prochainement sur celles du Théâtre de la Criée à Marseille ! Sous les traits d’une même comédienne, Léna gardeBréban, qui incarne superbement ces deux femmes au travail… L’une est garde barrière et s’interroge sur l’avenir de son métier en voie de disparition, l’autre est infirmière de nuit dans un hôpital psychiatrique et narre son quotidien au chevet des « fous ». A l’origine, « Garde barrière et garde fous » se présente comme deux reportages diffusés sur France Culture dans l’émission « Les pieds sur terre ». Deux monologues dont s’empare Jean-Louis Benoit, des matériaux bruts dont il fait théâtre parce que, « si l’on veut parler des hommes et des femmes de notre temps, il faut d’abord écouter ceux qui n’ont pas la parole ». Entreprise risquée, mais réussie à entendre le passage et le souffle des trains le jour, le ronflement et les plaintes des malades la nuit ! « Toutes deux gardent, toutes deux regardent, toutes deux surveillent et protègent », commente le metteur en scène. Toutes deux, surtout, nous parlent de leur travail avec infinie tendresse et précision, colère et rébellion aussi. De la dureté de leur tâche invisible aux yeux de beaucoup et pourtant essentiel à la collectivité, de leur soif de reconnaissance face au regard parfois méprisant des usagers, de leurs espoirs d’une vie meilleure comme de leurs peurs face à l’incertitude du lendemain… Une parole libérée, une parole de l’ombre qui accède enfin en pleine lumière, la voix des sans-voix pour nous faire entendre l’indifférence et la souffrance que notre société sécrète de manière insidieuse à l’encontre de tous celles et ceux qu’elle estime de peu.

L’humour pourra-t-il sauver le monde des vivants de sa fin prochaine ? Les inénarrables conteurs Abbi Patrix et Yannick Jaulin y croient encore un peu, tant par profession que par conviction ! En compagnie de 21la talentueuse Linda Edsjö, le premier nous convie à sa table des mythologies « Pour ne pas perdre le nord »… Les deux compères y ont convoqué Loki, sujet emblématique des légendes scandinaves. Un personnage à double face, pourvoyeur de bonheurs ou de malheurs, à l’image de ces pauvres humains capables ou coupables du meilleur et du pire, sauveurs du monde ou fossoyeurs de la planète. Un spectacle envoûtant pour petits et grands, entre poésie et fantastique où, là encore, la musique s’entremêle à la parole pour égrener la fuite du temps et nous enrôler à la sauvegarde de l’humanité ! Comme l’ami Jaulin avec son gouleyant accent du marais poitevin qui nous rapporte à sa façon l’histoire croisée des trois religions révélées… Une histoire à triple entrée parfois un peu difficile à démêler, un peu « Comme vider la mer avec une cuiller »,  tant les héros de l’une empiètent parfois les chapitres des autres ! Fables, récits des origines, vérités déifiées ? Avec sérieux, trop peut-être, surtout avec beaucoup d’humour, le conteur s’empare à bras le corps de notre désir d’infini, de notre soif de spiritualité pour nous embarquer dans une histoire des religions pas toujours très catholique. Dans un périple hors d’âge où il ose rassembler sous la même bannière l’antique coiffeuse Dalila et sa grand-mère vendéenne ! Ponctué par l’archet de la violoniste Julie Mellaert, un spectacle où il est prouvé, pour celui qui croit au ciel comme pour celui qui n’y croit pas, qu’on ne cesse de se raconter des histoires depuis la nuit des temps. Entre affabulation et conviction, croyance et dogme, dialogue et fanatisme : pour s’entretuer ou faire ensemble humanité ?

Le vivant se fait récit, le mythe devient actualité, le roman s’empare de la scène. Le théâtre, sous quelque forme où il s’incarne, demeure autant source de questionnement et d’émerveillement. Osons en franchir les portes. Yonnel Liégeois

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Monsieur « Chocolat », esclave et clown

Livre, exposition et film : un triple hommage est enfin rendu à Rafael, l’ancien esclave noir devenu clown. « Monsieur Chocolat » ? La première grande star noire de la Belle Époque !

 

 

Personne mieux qu’Omar Sy ne pouvait ressusciter au cinéma Rafael, cet artiste tombé dans l’oubli ! D’abord parce qu’il crève l’écran et se glisse avec aisance dans un rôle à la fois très physique, comique et très sensible, ensuite, selon le réalisateur Roschdy Zem, parce que dans le cinéma français d’aujourd’hui trop peu d’acteurs chocolat_hd-1noirs sont suffisamment reconnus (« bankables »… ) pour qu’un producteur accepte de miser sur leur nom dans un rôle titre. Le film repose aussi bien sûr sur l’immense talent de James Thierrée, célèbre artiste de cirque tombé dans la marmite chaplinesque dès l’enfance puisque petit-fils du génial Charlot. Un film globalement réussi grâce à la qualité d’interprétation de tous les seconds rôles, une mise en scène dynamique et la beauté des images.

Le scénario, toutefois, a pris quelques libertés avec la réalité des faits tels que les a reconstitués Gérard Noiriel dans sa biographie « Chocolat, la véritable histoire d’un homme sans nom ». Un livre de 600 pages, fruit d’un travail colossal de l’historien, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences sociales et spécialiste de l’histoire de l’Immigration. « En janvier 2009, j’étais encore au tout début de mon enquête. J’ignorais à ce moment-là comment j’allais m’y prendre pour concilier les exigences de l’histoire et celles de la littérature », raconte l’auteur. Pari gagné : l’ouvrage est dense, bourré d’informations historiques toujours mises en perspective, à lire comme un bon roman policier ! Il n’a pas hésité, en plus du travail de fourmi inhérent à toute recherche historique, à se glisser dans la peau d’un enquêteur, à mi chemin entre le journaliste d’investigation et le détective, retrouvant même des descendants de témoins de l’époque et les propres arrière-petits-enfants de Chocolat dans le Morvan.
Fort d’une idée originale, inclure dans son livre des lettres virtuelles qu’il adresse à « Chocolat » l’interrogeant sur sa propre vie ou lui faisant part de ses doutes et de ses interrogations au fur et à mesure que le travail avance, ce qui donne « de la chair » à l’ensemble et le rend si vivant. Bien plus qu’une simple biographie de son héros, ce ChocolatLaVeritableHistoireOK.inddformidable ouvrage est une histoire vivante de la colonisation, un décryptage de la construction des préjugés et des fantasmes liés à la couleur de la peau. Lors de ses recherches, il parvint aussi à réunir une iconographie importante : journaux d’époque, documents officiels, photos et films, le tout faisant l’objet d’une riche exposition à la Maison des Métallos à Paris. Une photo témoigne notamment de la célébrité de Chocolat : son portrait, réalisé au sommet de sa gloire en 1902, par le célèbre photographe Duguy…. Ainsi que quatre films réalisés pour l’exposition Universelle de 1900 par Clément Maurice, l’un des opérateurs des Frères Lumière.

Gérard Noiriel s’est rendu à la Havane sur le lieu de naissance de ce fils d’esclave. « Par divers recoupements, j’ai pu établir qu’il avait vu le jour entre 1865 et 1868 ». L’enfant n’avait qu’un prénom, Rafael, il n’a jamais eu d’identité complète de son vivant : ce n’est qu’à sa mort, à Bordeaux, qu’un employé d’état civil lui attribuera le patronyme de Padilla. C’est sans doute aux alentours de dix ans que le garçonnet fut acheté par un marchand espagnol du nom de Castano pour la modique somme de 18 onces. Et embarquement pour Bilbao ! Quel déchirement pour ce gamin qui n’avait jamais quitté sa communauté ni son île. Il arrive dans le village de Sopuerta où les paysans n’avaient jamais vu un noir ! Au cœur de son enquête, Noiriel note que, « traité comme un animal au point de coucher dans l’étable, Rafael découvrit une existence qui était sans doute plus horrible encore que celle qu’il avait connue à Cuba » : il est maltraité par les sœurs de Castano, le pire des sévices qu’il eut à endurer étant une opération de « blanchiment », en fait un véritable étrillage. En effet, confirme l’historien, « nettoyer, blanchir le nègre, à cette époque la plupart des européens partageait ce fantasme…. Pour eux, la couleur noire était associée à la saleté, à la sauvagerie ». Cet épisode de « blanchiment du nègre » est présent dans le film, infligé ici par des policiers parisiens à une époque différente de sa vie.

Il décide de fuir cette inhumaine condition, il se fait embaucher dans les exploitations minières de Castro-Allen : un travail de forçat, certes, mais rémunéré, avec pour la première fois un goût de liberté… Il n’est pas à l’abri des plaisanteries sur sa couleur de peau, puisqu’il est le seul noir, mais il découvre une certaine camaraderie et solidarité ouvrières. Par la suite, il fera un peu tous les métiers : manœuvre, débardeur sur les quais puis porteur à la gare de Bilbao. C’est sans doute là que son destin bascule en mettant sur sa route en 1886 le clown p6_2hd__la_noce_site_f1.highres_-_copie-1anglais Tony Grice, arrivant à Bilbao avec sa famille. Il le prend à son service comme domestique de son épouse et homme à tout faire pour son spectacle, lui ouvrant ainsi la porte de la culture circassienne…. et de l’ascenseur social qui le mènera aux sommets de la gloire. Quelques marches à grimper pour y parvenir, Grice l’emmène avec lui à Paris et se produit sur la scène du Nouveau Cirque au 251 rue Saint-Honoré. Rafael, ébloui, découvre la capitale et lors d’une promenade aux Tuileries (selon ses propres confidences à Franc-Nohain dans l’ouvrage illustré « Les mémoires de Footit et Chocolat » daté de 1907), il est interpellé par Guignol, « Eh ! là-bas le chocolat, oui toi, le chocolat ». Les enfants s’esclaffèrent en répétant « chocolat, chocolat ! », le bouche à oreille parvint jusqu’au Nouveau Cirque : il était baptisé ! Progressivement, il est intégré aux différents spectacles. « En quelques années, sa situation avait changé. Il était devenu un membre à part entière de la communauté circassienne, le compagnon jovial que tout le monde connaissait et appréciait ».

Le tout-Paris se presse au Nouveau Cirque et la représentation triomphale du 2 octobre 1890 de « La Noce de Chocolat » se donne en présence du prince Henri d’Orléans qui vient de rentrer d’exil. Un mois plus tard, dans « A la cravache », il partage une scène avec un autre clown nommé Footit : seconde rencontre déterminante ! En effet celui-ci le trouve sous-employé chez Grice. Il a déjà une très bonne réputation et est adoubé dans les colonnes du prestigieux Journal des débats. Victime des préjugés de son époque, Footit est d’abord réticent à partager l’affiche avec un noir, mais finalement l’efficacité du duo Footit et Chocolat s’impose. C’est la px_img_0858_-_copienaissance du tandem qui perdure jusqu’à aujourd’hui : Le clown blanc et l’Auguste ! Coïncidence ou prédestination au rôle ? Omar Sy commença sa carrière par le célèbre duo comique « Omar et Fred »… Les succès s’enchaînent pour Footit et Chocolat, ils deviennent tous deux à la mode, Chocolat est la coqueluche des Parisiens, toutes classes sociales confondues.
Gérard Noiriel affirme même qu’il fut « plus populaire que Joséphine Baker, vingt ans plus tard ». On lui prête des conquêtes célèbres comme La Goulue et il fut immortalisé aussi bien par Toulouse-Lautrec que par …. Félix Potin, entrepreneur vedette de l’époque. Sa plus belle conquête ? Marie Hecquet qui partagea sa vie pour le meilleur et jusqu’au pire. Rafael ne devait pas manquer de séduction et de qualités humaines, ni elle de courage pour oser affronter le double préjugé, sexiste et raciste, de son époque. Elle fut mariée à 17 ans à Giovanni Grimaldi, dont elle eut deux enfants, qu’elle quitta pour Chocolat. Petit rappel de Gérard Noiriel, « à cette époque l’épouse infidèle risquait trois mois à deux ans de prison ». De plus, « elle était prête à affronter la réprobation collective dont étaient victimes, à l’époque, les (rares) femmes blanches qui vivaient avec des nègres ». Ils vécurent une dizaine d’années au 402 sur Saint-Honoré, Marie lui servant également de secrétaire. Le succès du duo fétiche Footit et Chocolat durera 10 ans, de 1895 à 1905. Peu à peu, la concurrence se fit plus sévère avec d’autres vedettes noires émergentes : boxeurs et danseurs de ragtime et cake-walk. Chocolat redescendit les marches de la gloire, ses débuts au théâtre dans « Moise » en décembre 1911 furent très critiqués, voire méprisés. En fait, la bonne société n’était pas prête à lui donner sa chance dans un autre registre : clown noir d’accord, mais comédien tout de même pas…

Cependant dès 1908, comme en témoigne une photo prise à l’hôpital Hérold, Chocolat vient chaque semaine égayer les enfants hospitalisés : précurseur du « Rire Médecin » et autres associations qui œuvrent dans ce sens (et pour l’une d’entre elles aujourd’hui en tant qu’intervenant bénévole, un certain Omar Sy, la boucle est bouclée). Peu à peu, l’argent vient à manquer et la santé défaille. En dépit d’une souscription du Figaro en p0_4-ico-per-9849-n3_r_-_copie_4-1sa faveur, Chocolat sombre dans la pauvreté, oublié de presque tous. Il meurt dans le dénuement près de sa chère Marie, à Bordeaux en 1917. Cette dernière, qu’il n’a jamais pu épouser faute de véritable état-civil, revendiquera avec fierté dans un courrier à la presse le droit de signer « veuve Chocolat ». Laissons le mot de la fin à Gérard Noiriel dans sa lettre à Chocolat du 25 Février 2015 : « Rafael, si tu revenais aujourd’hui à Paris, tu serais certainement très surpris, car tu passerais complètement inaperçu dans la rue. Tu a été un pionnier, tu as ouvert le chemin….. Cela dit, je ne voudrais pas que tu puisses croire que les discriminations ont disparu dans notre société. On ne rit plus des Noirs comme à ton époque. Mais les stéréotypes perdurent. Aujourd’hui, ils sont associés aux images de délinquance et de terrorisme dont nous sommes abreuvés quotidiennement ». Chantal Langeard

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Norah Krief, rouge chanteuse

Sous la houlette d’Eric Lacascade et de David Lescot, Norah Krief reprend des hymnes ouvriers et révolutionnaires, des chansons de combat qui résonnent comme autant d’appels à la révolte. « Revue rouge », au théâtre Monfort à Paris ? Du 7 au 13 janvier, un spectacle rock et ardent.

 

 

La voix chaude monte du fond de la scène, elle grandit et s’étire, gagnant peu à peu le public qui fait silence. « El pueblo, unido, jamas sera vencido ! », « le peuple uni, jamais, ne sera vaincu », reprennent en chœur les musiciens. Soudain vivante et disponible, la salle se met à vibrer sous les assauts poignants de cette chanson chilienne, devenue, de par le monde, un symbole des citoyens opprimés.

norah2La chanteuse Norah Krief, corset rouge sur pantalon de cuir noir, tenue de scène brandie comme un étendard, s’avance au-devant du public. Le micro haut, elle reprend de sa voix âpre ces chants prolétariens de lutte et de résistance écrits en d’autres temps, d’autres lieux soumis à l’oppression. Une heure de concert électrique, guitares vrombissantes, la scène parcourue le poing levé comme on marche vers la victoire. Au répertoire, des chansons d’union contre la misère signées Bertolt Brecht (« Le front des travailleurs »), des textes du chansonnier Monthéus (« La grève des mères ») ou de Léo Ferré (« Les anarchistes »). Mais aussi d’autres chants moins connus, des hymnes populaires tombés dans l’oubli, tel ce « Chant de bataille » joué sur un air martial. Autant d’appels à la résistance et à la fraternité ouvrière ressurgis du passé, mis en scène par Eric Lacascade et sous la direction musicale de David Lescot.

C’est enfant, lors d’une colonie de vacances, que la chanteuse découvre certains de ces airs. « Un souvenir fort et doux, solidaire, que j’ai toujours porté en moi », se remémore-t-elle. « Tous ces textes ont en commun d’être révolutionnaires. Les gens qui ont écrit, chanté et mis en musique ces chants étaient porteurs d’utopies ». L’envie de partager avec le public ces textes de combat et de les faire entendre au présent fait naître le spectacle « Revue rouge », conçu au Théâtre National de Bretagne à Rennes. Le public applaudit, debout. Cyrielle Blaire

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Bodin, seul au travail

Par le truchement de la scène, Jean-Pierre Bodin est de retour à Chauvigny. Pour nous conter l’authentique tragédie qui se déroula à l’usine de porcelaine Deshoulières : le suicide de Philippe Widdershoven, le directeur informatique et délégué CGT de l’entreprise. Entre rire et émotion, « Très nombreux, chacun seul » donne à entendre la parole quotidienne des salariés.

Bodin4Crinière blanche et bouclée, visage de jeune premier, le dénommé Bodin a quitté sa jaquette de musicien, celle du « Banquet de la Sainte Cécile« , pour la salopette de travail ! Sans prise de tête, avec humour souvent, tendresse et émotion toujours, le conteur s’est emparé cette fois d’une matière scénique très particulière : le monde de l’entreprise et ses mutations, de l’ère paternaliste aux nouveaux modes de management, de la productivité aux comportements mortifères.

« Très nombreux, chacun seul » s’appuie sur des paroles recueillies au fil de rencontres avec des travailleurs de Saint Junien, Niort, Châtellerault et, à Chauvigny, petite ville de la Vienne et siège de l’ex-entreprise Deshoulières, celles des anciens collègues de Philippe Widdershoven. En mars 2009, il se donnait la mort, dénonçant dans une lettre le harcèlement dont il était victime et réclamant que son geste soit reconnu comme accident du travail. A la découverte du tragique fait divers, la réaction du comédien est évidente, « la question de la souffrance au travail s’impose alors comme incontournable ». Avec la complicité de Jean-Louis Hourdin (metteur en scène) et d’Alexandrine Brisson (cinéaste), la recherche s’affine et se précise, la collecte de textes d’auteurs (Simone Weil, François Bon, Bertolt Brecht…) s’ajuste aux paroles populaires et ouvrières, surtout la rencontre avec Christophe Dejours (psychiatre et psychanalyste, chercheur au CNAM, le Conservatoire national des arts et métiers) s’avère déterminante. Le spécialiste de « la souffrance au travail » accepte d’être filmé pour que sa parole d’expert vienne éclairer le récit. Un récit donc à voix multiples, à la démarche ludique et festive de Bodin s’intercalent à épisodes réguliers les interventions claires et fondées de Dejours, encravaté et sobrement filmé.

Bodin7Point de compassion morbide avec Jean-Pierre Bodin, pas de discours lénifiant sur les méchants patrons et les pauvres ouvriers, avant tout un regard bienveillant sur l’humaine condition ! On songe plus à Hugo qu’à Zola, à la chanson de Jacques Brel où l’on rit et l’on danse aussi à l’heure de la mort, du deuil et de la souffrance… Comme premier sursaut de révolte et d’espérance pour oser crier enfin « plus jamais çà » : plus jamais perdre sa vie au travail en croyant la gagner, plus jamais accepter des cadences infernales au détriment de sa santé, plus jamais sombrer dans l’isolement des évaluations personnalisées au mépris de la fraternité et de la solidarité !

Ni Bodin, ni Dejours ne sont dupes : il n’y a pas de fatalité, si l’entreprise est devenue un enfer pour l’autre, partenaire ou collègue, nous en sommes aussi acteurs et complices ! Par notre silence devant le harcèlement que subit notre voisin d’atelier ou de bureau, la peur de l’affrontement avec la hiérarchie, notre crainte d’être la prochaine victime.Bodin3 Pour preuve, ce désopilant « cabaret du scandale » orchestré par Bodin le clown qui nous conte avec un humour acidulé les règles des « nouveaux managements » pour ne point penser la souffrance, ce crabe hideux qui ronge la conscience de chacun.
Qu’on ne s’y trompe point : « Très nombreux, chacun seul », selon la formule pertinente de Christophe Dejours, est d’abord poing d’espérance pour armer les consciences. Au théâtre du Soleil, un spectacle de salubrité publique ! Yonnel Liégeois

A l’issue des représentations : le 05/01/16, rencontre avec la FNSAC-CGT (Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle); le 06/01/16, rencontre-débat avec Christophe Dejours et Benoît Hamon (l’ancien ministre de l’Éducation nationale et député des Yvelines se bat pour que le « burn-out » soit reconnu maladie professionnelle).

Représentation le 16/01/16, à 18h, au Théâtre Sénart, scène nationale.

« Essayons !
La geste du geste
Un poème hommage à l’ouvrage de l’ouvrier
Sur la dignité du travail
Sur la fierté d’être précis et le précieux du faire
Sur le bonheur d’être par son action utile et au cœur de la communauté,
indissociablement lié à elle
Sur la fraternité aujourd’hui oubliée : l’autre est nuisance dit-on
Sur l’espoir de retrouver un vrai et juste temps, un vrai et juste espace pour que se
développent les choses humaines.
Un chant joyeux contre ceux qui bafouent le vivant. Se dresser avec des poèmes, des
pensées, des chants, des images de vraies vies et de la musique, pour que cesse
l’arrogance de ceux qui détruisent la pensée, l’âme, le cœur et le corps des femmes et
des hommes ».
Jean-Louis Hourdin

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