Archives de Tag: Humour

Avignon, Homard et moi

Je suis de retour du Festival d’Avignon où il me fut donné d’étancher ma soif de culture, de rencontres et de débats tout comme ma boulimie de spectacles*. Ma palme personnelle ? La compagnie du Théâtre du Mantois pour « La guerre de Troie, en moins de deux ! » au Théâtre des Halles et une mention spéciale pour « Les imposteurs » d’Alexandre Koutchevsky, mis en scène par Jean Boillot au 11*Gilgamesh-Belleville… Depuis, canicule oblige, je suis resté prostré devant le super ventilateur-brumisateur-faiseur-de-ions, cadeau de mes cousins Legras, avant que, la fraicheur enfin revenue, je décide de poursuivre l’aménagement de mon castel loirétain.
Pendant ce temps, un mangeur de homards a été remplacé par une croqueuse de services publics ! De vils politiciens envisagent d’étrangler nos retraites, d’autres signent des CETA douteux ou décorent des pandores malodorants. Attention, cependant, ils ne perdent rien pour attendre. Encore deux-trois clous, quelques plongeons dans la piscine suivis de balades en forêt : septembre me verra, tout neuf et tout bronzé, prêt une nouvelle fois à affronter l’ogre capitaliste. Jacques Aubert

*La photo de la scène du palais des Papes a été prise le soir de la représentation d’ « Architectures ». Malheureusement, vous ne verrez pas Emmanuelle Béart : c’était l’entracte !

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Quand le PIB prend l’ascenseur, Avignon 2019

Si le Off du festival d’Avignon 2019 tire sa révérence le 28 juillet, il est encore temps d’aller applaudir quelques pépites : Paysage intérieur brut à Présence Pasteur et J’arriverai par l’ascenseur de 22h43 au Théâtre Arto. Sans oublier une ultime sélection de spectacles.

Le PIB de Marie Dilasser n’est pas l’indicateur économique mesurant la production de richesse d’un pays, le produit intérieur brut ou, s’il l’est, c’est au travers de ce qu’elle nous en propose dans son Paysage Intérieur Brut à Présence Pasteur. Un titre d’une particulière justesse et très éclairant, puisqu’il est effectivement question de paysage (une thématique que l’on retrouve dans toute son œuvre et qui fait également allusion à sa manière d’écrire « là où elle vit », en Bretagne), de monologues intérieurs qui isolent les personnages évoqués. Quant à la brutalité, ou plutôt la radicalité, elle est plus qu’évidente, mêlée ici à une sorte d’humour noir ravageur. Cela donne dans PIB, une commande de Roland Fichet et de son Théâtre de Folle Pensée à

Saint-Brieuc dans le cadre d’une série de Portraits avec paysage, un texte étonnant.

Portrait d’une certaine Bernadette, effectivement, mais aussi évocation des personnes de son entourage : mère qui aime à vagabonder la nuit sur les routes, mari éleveur et expérimentateur de génétique bovine, et même son chien très affectueux, Rumex, chacun prenant la parole l’un après l’autre dans des monologues au bord du délire. Un délire et des hallucinations activés par la prise de Lexomil de l’intéressée qui sort d’un petit séjour à l’hôpital psychiatrique… Tout un monde de la ruralité est là, « plus vrai que nature », si on ose dire. Avec ces gens dont Marie Dilasser a saisi des traits de caractère après les avoir rencontrés, ici et là. Dans l’étroit espace d’une salle de classe, la figure de Bernadette et de ceux qu’elle évoque sont pris en charge avec une belle assurance par Line Wiblé, qui passe avec beaucoup de délicatesse d’un personnage à l’autre, d’un registre à l’autre, du paysan au chien, du chien à la mamie, avant de redevenir une Bernadette écorchée vive. C’est Blandine Pélissier qui est à la barre et mène la barque dans le décor forcément minimaliste, mais bien géré de So Beau-Blache. « Quatre planches et pas grand-chose » : tout l’art du théâtre, aurait dit Roger Vitrac !

Avec juste le temps de quitter la ferme et de ne pas rater au Théâtre Arto celui qui l’a promis : J’arriverai par l’ascenseur de 22 h 43 ! Et d’espérer illico que l’auteur et interprète Philippe Soltermann (l’un et l’autre, d’aussi belle facture) ne nous tienne pas rigueur si nous lui avouons ne pas être un inconditionnel de Hubert-Félix Thiéfaine puisque, paraît-il, son spectacle est « une chronique d’un fan » du chanteur, lui en l’occurrence… Cette « chronique » d’ailleurs n’intervient que comme sous-titre, le titre principal étant de beaucoup plus intéressant. Dans l’attente de cette bienheureuse heure, à savoir 22h43, le comédien a le bon goût de nous entretenir, de Thiéfaine donc, mais pas que. Et c’est heureux, car il nous embarque dans les méandres d’une pensée (et d’une vie) vagabonde, guidé par le très subtil Lorenzo Malaguerra qui fait mine de lui laisser la bride sur le cou mais qui, en

réalité, l’emmène dans des endroits pour le moins obscurs et improbables.

C’est d’une drôlerie et d’une force incroyables pour peu que l’on y prête attention. C’est que le comédien a du bagout, passant sans coup férir d’un registre à l’autre, d’un délire à l’autre, a-t-on envie d’ajouter. Bien sûr, le spectacle a un côté presque documentaire, nous présentant les affres et autres tourments d’un aficionado d’un « grand » chanteur, mais il y a bien d’autres choses dans cette confession, c’en est véritablement une. Un regard sur le monde et la vie sans doute. Interprété, vécu par Philippe Solterman, cela prend des allures d’une véritable épopée, le tout livré avec une maîtrise de tous les instants. Attendons donc l’ascenseur de 22 h 43, après le train de 8 h 47 de Courteline… Jean-Pierre Han

À voir aussi :

– Chacun sa famille ! : Laurent Viel et Enzo-Enzo, Théâtre le Casteban. Sur des chansons originales de Pascal Mathieu et Romain Didier (le poète-parolier du regretté Allain Leprest), accompagnés à la guitare par Thierry Garcia, les deux interprètes s’en donnent à cœur joie. Au menu, la famille orchestrée sous tous les angles… Un spectacle musical à l’humour corrosif, mordant et émouvant.

– Les Chatouilles ou La danse de la colère : Un texte d’Andréa Bescond, mis en scène par Éric Métayer, Théâtre du Chêne Noir. L’histoire d’Odette, une petite fille dont l’enfance a été volée par un « ami de la famille ». Avec Déborah Moreau, magistrale, pour brandir le flambeau de cette ode à la vie.

– La Machine de Turing : Un texte de Benoit Solès, mis en scène par Tristan Petitgirard, Théâtre Actuel. L’incroyable destin d’Alan Turing, père de l’informatique moderne et mathématicien de génie. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il a brisé le code secret de la machine Enigma, le système de cryptage réputé inviolable de l’armée allemande. Poursuivi et condamné ensuite par la justice pour son homosexualité, il se suicide en 1954.

– Les Filles aux mains jaunes : Une pièce de Michel Bellier, mise en scène de Johanna Boyé, Théâtre Actuel. Dans les usines d’armement, les femmes remplacent les hommes partis à la guerre de 14-18. Face à des conditions de travail déplorables, aux injustices salariales, quatre femmes solidaires ! Combatives et révoltées, libertaires et féministes avant l’heure… Une histoire d’émancipation, toujours d’actualité, pour conquérir l’égalité homme-femme. Au travail comme au foyer.

– Le Syndrome du banc de touche : Texte et jeu Léa Girardet, mise en scène de Julie Bertin, Théâtre du Train bleu. Une mise en perspective ludique entre Lionel Charbonnier, l’ancien joueur d’Auxerre et gardien remplaçant des Bleus en 1998, et une comédienne en mal de reconnaissance ! L’une et l’autre, seconds couteaux dans leur aire de jeu, mal aimés des planches ou des vestiaires mais animés d’une sacrée envie de gagner… Décalé et plein d’humour, un spectacle qui touche au but.

Yonnel Liégeois

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Un moment rare, Avignon 2019

Jusqu’au 23/07, se donne Amitié d’Eduardo De Filippo et Pier Paolo Pasolini. Un spectacle itinérant dans les villes autour d’Avignon, mis en scène par Irène Bonnaud. Avec un trio d’acteurs, François Chattot – Jacques Mazeran et Martine Schambacher, qui se régale et nous régale ! Sans oublier Jean-Pierre – Lui, Moi à Villeneuve en scène et On voudrait revivre à La Caserne.

 

Est-ce une volonté délibérée des organisateurs du Festival ? Le constat que l’on peut faire de la première partie de la programmation, c’est qu’il appartient au spectacle donné hors remparts et proches quartiers de la ville, d’être le plus fidèle à l’esprit même de la manifestation et à son créateur Jean Vilar. Un spectacle qui, donc, tourne dans différentes petites villes plus au moins éloignées d’Avignon, dans un véritable geste de décentralisation qui recouvre ici tout son sens. Et comme le dit joliment le programme, « afin de favoriser l’accès au public de chacune des communes, nous vous rappelons qu’aucune navette n’est affrétée par le Festival pour ces représentations » ! Le prix des places a été abaissé à 20 euros, contre 40 ou 30 pour la Cour d’honneur et les autres lieux du « In »…

Tant mieux pour ce spectacle de tréteaux donné en plein air, dans une cour d’école ou dans un gymnase, une ancienne salle des fêtes, ou même un petit théâtre comme c’était le cas l’autre soir, à Sorgues, ce qui n’a pas manqué de désarçonner, dans un premier temps vite surmonté, les trois comédiens qui assument la représentation. Des comédiens, François Chattot, Jacques Mazeran et Martine Schambacher qui savent ce que le terme de décentralisation veut dire et agissent ici et comme souvent en toute amicalité, avec un plaisir évident et en toute rigueur. Amitié est d’ailleurs le très juste titre du spectacle initié et réalisé par Irène Bonnaud qui a souvent œuvré en complicité avec les trois comédiens. Mais Amitié fait d’abord référence à celle qui

unit autrefois Pier Paolo Pasolini et Eduardo de Filippo.

Le spectacle, en effet, a été conçu par Irène Bonnaud qui revient sur l’amitié unissant Pasolini et De Filippo, lesquels devaient tourner ensemble un film intitulé Porno Théo Kolossal, autrement dit en français, Film pornographique à grand spectacle sur lequel le cinéaste avait écrit une quarantaine de pages à partir desquelles il devait bâtir son scénario, laissant le soin à De Filippo d’inventer les dialogues, connaissant parfaitement les talents d’improvisation de son ami. Une amitié à première vue surprenante si l’on persiste à se faire de Pasolini une image conventionnelle d’écrivain et de cinéaste intellectuel, alors que De Filippo est un homme de théâtre jouissant en Italie d’une popularité touchant à la ferveur. On rappellera tout de même que Pasolini avait déjà tourné avec un autre acteur populaire, Toto, dans Uccellacci e uccellini (Des oiseaux petits et grands)… Malheureusement, avec l’assassinat de Pasolini, le film restera à tout jamais à l’état de projet.

À partir des éléments du film dont elle a eu connaissance, et en allant piocher dans les pièces et les textes de De Filippo, Irène Bonnaud a construit un spectacle d’une incroyable drôlerie qui laisse filtrer souvenirs et émotions. L’histoire inventée par Pasolini faisait état d’un roi mage qui partait de Naples (ô la savoureuse évocation de la ville !), suivait l’étoile vers Bethléem à travers toute l’Europe – nous sommes comme souvent chez lui – dans une sorte de « road movie » à l’italienne. Arrivé à destination, le Christ est mort depuis belle lurette… Entre farce (deux vieux chanteurs d’opérette essayent de vendre leur interprétation de la Veuve joyeuse condensée en dix minutes, dialogue entre une sœur et son frère à qui elle a caché pendant près d’un an la mort de sa femme, etc.) et poésie, car il y a de la poésie et de la douceur dans ce spectacle. Le trio d’acteurs se régale et nous régale, ils sont parfaitement à leur aise et d’une totale maîtrise de leur art. Jean-Pierre Han

À voir aussi :

– Jean-Pierre, Lui, Moi : Écriture et jeu Thierry Combe, spectacle en

© Helene Dodet

plein air au Verger de Villeneuve en scène. Clos d’une belle palissade de bois où sont accrochés bouts de ficelle et petits papiers, entre ciel bleu et chant des cigales, le terrain de jeu de Thierry Combe est dessiné au sol : l’espace de Jean-Pierre le frère déficient mental, celui des parents, celui des intervenants (médecin, psy, éducateur)… Et le comédien d’évoluer d’un espace à l’autre, d’un personnage l’autre, avec un humour et un naturel confondants ! Nul voyeurisme ni pleurnicherie, de la délicatesse et une profonde tendresse pour ce frère bien réel dont il nous dresse le portrait et la vie au quotidien, de la naissance à l’enfance jusqu’au foyer où, adulte, il réside aujourd’hui. « Fiction et réalité, une frontière avec laquelle je m’amuse avec malice depuis plusieurs créations et que j’avais envie de questionner une fois de plus avec ce spectacle », commente Thierry Combe, le plainoisien d’adoption et complice de Franck Becker, l’ancien directeur de Scènes du Jura. Et nous aussi de nous amuser et rire vraiment, follement, de Jean-Pierre et lui, sans crainte, ni honte et fausse pudeur. D’une scène à l’autre, entre situations cocasses et dialogues intimes, Combe redouble d’énergie et de talent pour emporter le public dans cette aventure singulière : accueillir l’autre dans sa différence, faire fi de la norme et du handicap, laisser place à la dignité humaine de chacun ! Entre humour et émotion, un spectacle de haute teneur et riche en surprises de tout genre. « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui », affirmait l’humoriste Pierre Desproges. Avec Thierry Combe, ce n’est pas seulement permis, c’est fortement recommandé ! Yonnel Liégeois

– On voudrait revivre : Léopoldine Hummel et Maxime Kerzanet sur

©félix taulelle

les chansons de Gérard Manset, dans une mise en scène de Chloé Brugnon, La Caserne. Les chansons de Manset, quel univers ! Poétique, musical, intimiste dont s’emparent avec conviction les deux jeunes comédiens, récitants-chanteurs et musiciens… Plus et mieux qu’un spectacle hommage, en musique et poésie une plongée profonde dans l’univers de celui qui ne boit ni gin ni café ni bière mais qui se « shoote à l’accord parfait : do-mi-sol » ! Mêlant enregistrements, entretiens et paroles des chansons de Manset, le duo parfait entremêle verbe poétique et ligne mélodique pour nous faire ressentir émotions, pulsions, sensations d’un artiste trop méconnu du grand public. La scène devient studio, les planches intimité d’un local où s’amoncellent outils de création pour tout décor. Une mise en scène superbement orchestrée par Chloé Brugnon, un espace de jeu superbement agencé, éthéré, onirique où se jouent, se chantent et défilent paroles et musiques d’une vie, de la vie : celle de Manset, la nôtre aussi baignée parfois de solitude et de nostalgie, avec ce trop plein de tendresse parce que perce l’envie, même « si loin de son enfance, (de) refaire peut-être encore le grand parcours », de vouloir revivre. Avec un désir, fort : se laisser porter et emporter, encore et toujours, loin de toute mer agitée et des faux succès médiatiques, par cette vague déferlante de notes et de mots envoûtants. Léopoldine Hummel et Maxime Kerzanet ? Avec Gérard Manset, un trio de belle composition. Yonnel Liégeois

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Ibsen, ennemi du peuple ?

C’est sans doute la marque des chefs-d’œuvre que de vivre à n’importe quelle époque dans le temps présent. Ainsi en est-il d’Un ennemi du peuple d’Ibsen créé à Oslo en… 1883 ! Un chef-d’œuvre revisité par Jean-François Sivadier sur les planches de l’Odéon. Sans oublier Le champ des possibles, de et avec Elise Noiraud, au théâtre de La Reine Blanche.

 

Peu importe, après tout, les raisons et les circonstances de cette création, le texte d’Un ennemi du peuple demeure, près d’un siècle et demi plus tard, d’une furieuse actualité. Sans doute n’est-il pas nécessaire pour un metteur en scène d’aujourd’hui de surligner cette contemporanéité. D’autant plus que cette fois-ci la nouvelle traduction d’Eloi Recoing, fort probante, nous parle directement. Il n’empêche, bon sang ne sachant mentir, et la tentation étant bien trop grande, chaque metteur en scène apporte ses propres modifications, commentaires et autres arrangements à Un ennemi du peuple… Sur la scène de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Jean-François Sivadier, accompagné de son complice Nicolas Bouchaud n’échappe pas à cette règle, encore qu’on les trouvera plutôt modérés en la matière, contrairement à ce qu’avait proposé Thomas Ostermeier, l’un des derniers à s’être attaqué à l’œuvre d’Ibsen à la fable apparemment simple, mais qui, pourtant, au bout du compte, dans le traitement des personnages notamment, se révèle plutôt complexe.

Un médecin, Tomas Stockmann, découvre que les eaux de la station thermale qui devrait faire la fortune de sa petite ville sont empoisonnées par une bactérie à cause des canalisations. Il décide d’informer toute la population, et entend faire fermer l’établissement pour que des travaux puissent être entrepris. Problème : le préfet (Vincent Guédon) refuse catégoriquement d’entendre les arguments de celui qui est son frère et qu’il a fait embaucher par la société qui gère l’établissement, lui permettant ainsi de faire vivre sa famille. Pour lui, il n’est pas question de laisser passer l’occasion d’enrichir la ville, même au détriment de la santé publique des habitants et des curistes. De son côté, Tomas Stockmann est prêt à tout pour faire éclater la vérité, même si sa volonté d’aller jusqu’au bout de sa démarche n’est peut-être pas aussi limpide que cela…

Le nœud de la pièce réside dans une scène-clé durant laquelle Tomas Stockmann qui avait jusque-là réussi à convaincre nombre des habitants de la ville, et notamment le directeur d’une feuille de chou locale (Sharif Andoura), les verra tous se retourner contre lui, et devenir ainsi un véritable « ennemi » du peuple. La scène est étonnante, difficile à traiter parce que faisant intervenir le « peuple », celui de la ville, comme celui assis dans la salle de spectacle à qui est dévolu le rôle de ceux qui écoutent l’orateur dans la pièce. On joue du théâtre dans le théâtre, et en général c’est le moment de grande « improvisation » des acteurs et le moment aussi où ces derniers se permettent de faire directement référence à l’actualité, ce que ne manque pas de faire l’interprète du rôle-titre, Nicolas Bouchaud, mais là encore de manière relativement discrète dans l’improvisation. On lui en sait d’autant plus gré, qu’il est parfait durant tout le reste du spectacle, parvenant à maîtriser son personnage jusque dans ses nombreux excès.

Il est vrai qu’il est particulièrement bien entouré. Il faudrait citer toute la distribution, on pourrait ne mettre l’accent que sur Sharif Andoura et Agnès Sourdillon (la femme du docteur), mais tous tiennent parfaitement leur partition sous la houlette de Jean-François Sivadier. Qui gère l’ensemble avec beaucoup de doigté, passant sans coup férir d’un registre de jeu à un autre car la pièce, malgré la teneur de son sujet, ne manque pas non plus d’accents comiques… Le tout dans une scénographie qu’il a lui-même conçue avec Christian Tirole, et où il se sent donc parfaitement à l’aise. Un moment de belle et très sérieuse intensité. Jean-Pierre Han

 

À voir aussi :

– Le champ des possibles : jusqu’au 22/06, au Théâtre la Reine Blanche. Après avoir évoqué l’enfance et l’adolescence dans ses deux précédents spectacles, Elise Noiraud s’empare cette fois d’un épisode souvent épineux de la vie, le passage à l’âge adulte. Nul doute, à l’entendre, que la comédienne a puisé dans ses propres souvenirs pour écrire son spectacle ! Il était donc une fois une jeune fille qui, nantie de son baccalauréat, décide de quitter son Poitou natal pour s’inscrire dans une université parisienne. Une rupture avec les amis, un environnement connu, un milieu familial, surtout avec une mère fort aimante… Qui n’a de cesse de rappeler à sa fille ses devoirs et obligations envers la tribu ! Une atmosphère pesante, contraignante, étouffante pour la jeune étudiante qui aspire enfin à couper le cordon en dépit des contraintes de la vie parisienne et du sentiment de solitude pour la première fois intensément éprouvé. D’où les questions qui la taraudent : comment régénérer des liens sans blesser, comment affirmer sa liberté sans renier son passé, comment conquérir son autonomie sans rompre avec ses géniteurs ? À l’école de la vie, la conquête de la liberté n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

Solitaire et solaire, une chaise et une tenue de rechange pour seuls accessoires, Elise Noiraud excelle en cet exercice d’introspection particulièrement périlleux ! Une narration-confession rondement menée, avec force naturel et sans un mot de trop, des effets comiques qui désamorcent toujours à bon escient l’éventuelle pesanteur psychologisante des situations… Une comédienne surtout au talent rare dans son incroyable capacité à interpréter moult personnages d’un revers de main ou de réplique. Sans que la critique ait besoin, pour justifier son propos élogieux, d’en référer à quelques prédécesseurs masculins reconnus, tels Caubère ou consorts signant avec succès leurs sagas scéniques en solitaire… À l’instar de son héroïne en quête de maturité, Elise Noiraud use d’une énergie débordante, entre humour et émotion, et d’une exceptionnelle qualité de jeu, pour emporter le public dans ses pérégrinations poitevines. Et le convaincre de son statut de grande interprète. Yonnel Liégeois

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Tchekhov, une folie salutaire

Jusqu’au 14/07, le théâtre du Poche Montparnasse offre au public un Tchekhov inédit. Détonant et hilarant : deux pièces de jeunesse pour un Tchekhov à la folie, dans une mise en scène de Jean-Louis Benoît ! Sans oublier Voyage au bout de la nuit au Tristan Bernard, Logiquimperturbabledufou au Rond-Point et An irish story au Belleville.

 

Le titre du spectacle, Tchekhov à la folie, qui regroupe deux pièces en un acte très connues de l’auteur russe, La demande en mariage et l’Ours, est une belle invite à venir voir ce qu’il se passe sur la scène du Poche Montparnasse à Paris. Il a aussi l’immense mérite de nous donner dans le même élan les clés de la mise en scène de Jean-Louis Benoit. De folie en effet, il est bel et bien question dans cette représentation. De folie furieuse, doit-on même ajouter. Le docteur Tchekhov devait s’y connaître en la matière. Et Jean-Louis Benoit qui a toujours eu l’art, depuis l’ancien temps où il dirigeait le Théâtre de l’Aquarium avec ses compères Jacques Nichet et Didier Bezace, de décortiquer avec une belle et parfois ironique subtilité les textes qu’il mettait en scène, ne se fait pas faute cette fois-ci d’aller y voir de très près ce que recèlent les répliques de Tchekhov. Un auteur qu’il avait déjà abordé dans Une histoire de famille, en 1983.

Puisque farce (ou plaisanteries, comme elles furent traduites dans un premier temps) il y a, c’est ainsi que sont dénommées par leur auteur ces deux pièces en un acte, autant y aller. Et la traduction d’André Markowicz accentue si faire se peut, et à son habitude, le côté rugueux des choses. Cela cogne donc très fort mais il n’empêche qu’à y regarder de près, il y a quand même, et comme toujours chez Tchekhov, un mélange des genres. Sous la rudesse des répliques vient parfois se nicher d’étranges fêlures qui rendent les personnages, malgré la caricature, humains trop humains… Reste que l’ensemble est d’une impitoyable drôlerie. D’autant que tout ici est porté par un trio d’acteurs absolument saisissants de drôlerie, et c’est bien le premier mérite du metteur en scène de les avoir ainsi réunis. Émeline Bayart dans son comportement et ses mimiques, d’abord en « jeune fille à marier » puis en veuve éplorée, et paradoxalement sans que cela paraisse à aucun moment chargé, est simplement prodigieuse. Face à elle, le madré et impayable Jean-Paul Farré lui donne la réplique alors que Manuel Le Lièvre, en prétendant qui n’arrive jamais à formuler sa demande en mariage, arrive à faire surgir dans la caricature une charge d’humanité surprenante. On rit aux éclats, dans la plus grande fidélité à l’auteur. Ce qui, par les temps qui courent, relève du miracle. Jean-Pierre Han

 

À voir aussi :

– Voyage au bout de la nuit : jusqu’au 01/06, au théâtre Tristan Bernard. Metteur en scène et interprète des mots de Céline, Franck Desmedt parvient en solitaire à donner la pleine mesure du roman qui a révolutionné la littérature dans les premières décennies du siècle dernier. Une plongée dans les bas-fonds de l’errance humaine où la fulgurance de la langue percute tous les codes et clichés. Une poubelle grand format pour seule partenaire, Bardamu-Desmedt transmute ordure du monde et dégoût de la vie en d’authentiques pépites par la seule force du verbe ! Yonnel Liégeois

– Logiqimperturbabledufou : jusqu’au 02/06, au théâtre du Rond-Point. La loufoquerie du titre en dit long à lui tout seul ! Prenez des textes authentiques de spécialistes opérant à l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne, saupoudrez de scènes de Tchekhov et Shakespeare, mixez avec les propos de la grande Zouc ou de Lydie Salvayre et vous obtenez un mélange follement déroutant et hilarant où le fou n’est pas toujours celui qu’on croit… Derrière le rire explosif, servi par un quatuor magistral d’interprètes dans une mise en scène échevelée de Zabou Breitman, l’intelligence de la déraison. Y.L.

– An irish story : jusqu’au 30/06, au théâtre de Belleville. Il était une fois… une histoire irlandaise qui, au final, pourrait fort bien être française, italienne ou autre, à l’heure où des hommes et des femmes, fuyant la misère de leur existence et de leur pays, tentent d’aller voir ailleurs si plus verte est la vallée ! Mêlant les langues et jouant des accents, tantôt volubile tantôt secrète, toujours volontaire dans sa quête du grand-père mystérieusement disparu entre l’Irlande et l’Angleterre, Kelly Rivière s’inspire d’une authentique histoire familiale. Entre joies et frustrations au détour de ses recherches, elle nous entraîne avec ravissement et conviction à la quête de ses racines. La saga joliement contée d’une génération l’autre, un spectacle à la tendresse infinie et à l’émotion retenue, à ne pas manquer ! Y.L.

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Qui veut porter le chapeau ?

Avec le soleil revenu, je suis allé m’acheter un chapeau. Déjà que j’ai les idées confuses, il ne manquerait plus que j’attrape une insolation ! Direction le chapelier :
– « Bonjour, vous auriez quoi à me proposer ? »
– « Alors en ce moment, ce qui plait beaucoup c’est le modèle « Marine »
– « Heu … On dirait pas un peu un casque à pointe ? »
– « Si vous n’aimez pas, j’ai le modèle « Macron ». C’est pour les marcheurs, et il y a un petit oiseau dessus »
– « Et il chante l’oiseau ? »
– « Oui, mais faux ! »
– « Dans ce cas, non, merci »

– « Et le modèle « Républicain » ? Ça se porte en arrière et penché sur la droite »
– « Heu … Voyez-vous, mon style, ce serait plutôt en avant et penché à gauche »
– « Fallait le dire. Tenez, j’ai le « Jadot » mais ils ne le font qu’en vert… Ou « L’insoumis », avec le bonnet près de la tête »
– « Je peux essayer ? » 
– « Oui »

– « Mais dites, ils ne taillent pas un peu petit. Si j’achète un chapeau, c’est pour que ça me serve, je n’veux pas d’un truc qui couvre à peine 10% du crâne »
– « Plus grand et dans votre style, ça va être difficile ! Il me reste bien le « Brossard » avec une étoile rouge devant, ou le « Hamon » dans les tons rouge, rose, vert… J’ai même un « Arthaud » mais très rouge, ou encore le « PS-PP-ND-PRG » avec des petites œillères sur le passé »
– « Montrez toujours… Mais ils sont minuscules, ces chapeaux ! On dirait des dés à coudre »
– « C’est ce que je vous disais. Mais si vous hésitez, vous pouvez toujours essayer d’en porter plusieurs à la fois »
– « Franchement, j’aurais l’air de quoi ? »
– « Maintenant, je ne devrais pas vous le dire, mais tous ces fabricants ont promis à partir de lundi prochain de s’unir pour essayer de fabriquer un chapeau commun »

– « Super ! Dans ce cas, je repasserai lundi »
– « Comme vous voulez, mais c’est dimanche, la grosse chaleur ! »
– « Oh ! Dimanche, vous savez, je ne suis pas encore très sûr de vouloir sortir de chez moi ». Jacques Aubert

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Leclerc, un cinéaste au tableau noir

Avec La lutte des classes, le cinéaste Michel Leclerc confronte les idéaux d’un couple « bobo » aux réalités de l’école publique, mise à mal par la discrimination sociale qui s’opère au profit des établissements privés. Une comédie juste et décapante, à l’heure des mobilisations contre la réforme Blanquer.

 

Michel Leclerc avait fait mouche avec Le Nom des gens (2010), drôle et pertinente comédie politique, couronnée notamment par le César du meilleur scénario original en 2011. Il y dézinguait les préjugés en matière de patronymes et d’appartenances politiques. La lutte des classes, avec son titre à double sens, apparaît comme un prolongement naturel de son projet de déconstruction des clichés sociaux.

La pierre angulaire du film ? L’école publique qui concentre les idéaux d’émancipation, d’égalité des chances, d’ascenseur social, de garantie du pacte républicain, de laïcité, le tout contre la tentation du communautarisme… De tout cela, cette brûlante comédie politique et populaire en parle, dans la plus pure tradition du genre. Grâce à la gentrification de leur quartier, Sofia et Paul acceptent de vendre leur deux-pièces parisien. Ce qui leur permet d’acheter une petite maison à Bagnolet, juste de l’autre côté du périphérique, réalité du marché oblige ! Elle, brillante avocate d’origine maghrébine, est ravie de retourner où elle a grandi et de reprendre le flambeau dans l’animation de la vie du quartier. Lui, batteur punk rock déçu, mais convictions anarchistes encore chevillées au perfecto, gère pépère le foyer, les enfants. Leur fils Corentin est heureux à l’école primaire du quartier jusqu’à ce que ses copains désertent pour aller rejoindre l’élite dans le privé catholique. C’est Jean-Jaurès contre Saint-Benoît. Or, les parents veulent toujours le meilleur pour leurs enfants…

Tiraillés entre leurs valeurs politiques de gauche et leurs inquiétudes parentales ordinaires – qu’on peut également appeler « leurs intérêts privés » -, Sofia et Paul, joyeusement interprétés par Leïla Bekhti et Édouard Baer, incarnent le clivage rampant de notre société. On devine les ressorts comiques, les situations de malentendus et de tensions qui s’enchaînent à partir de ce scénario. La force de ce long métrage est d’éviter toute vision manichéenne et de donner vie à une large galerie de personnages d’où personne n’est exclu, mais où tout le monde est égratigné à parts égales. Au-delà du clivage à peine caricatural entre « des écoles pourries, des écoles de bougnoules » et « des écoles privées, tout propre, tout net, rien qui dépasse », c’est la place de l’école publique et républicaine dans un projet de société inclusive qui est questionnée. Celle-là même que défendent plusieurs syndicats d’enseignants et fédérations de parents d’élèves, plusieurs fois mobilisés dans la rue ces dernières semaines contre la réforme Blanquer. Dans un contexte libéral toujours plus concurrentiel, la réussite sociale est devenue un objectif en soi. Entre les parents emportés par l’angoisse tyrannique des diplômes, ceux prêts à renier leurs convictions pour ne pas voir leur enfant livré à ces autres Redouane, Ryan, Adama et compagnie – sur qui ils projettent leur propre idée de la différence – et les parents de ceux-ci qui, s’ils pouvaient se le permettre, seraient les premiers à les envoyer dans le privé, chacun cherche à mieux se placer dans la course. Or, « réussir sa vie, ce n’est pas la même chose que réussir dans la vie, nuance », lance Paul en père de famille sans ambition ou, au choix, très ambitieux.

En tout cas, c’est sur le manque d’ambition pour cette école publique et le manque de moyens qui lui sont alloués que chute le récit. Sous des allures loufoques, et une énergie folle, Michel Leclerc file la métaphore jusqu’au bout en mettant littéralement en scène l’effondrement du bâtiment scolaire. Pourtant, il demeure le premier lieu de socialisation, d’échange, de création, de culture commune. Dominique Martinez

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Afrique, le retour des gilets jaunes

J’ai peur du froid !
Aussi, les premières gelées venues, je fais ma valise et me voilà en Afrique !
Abidjan est une ville merveilleuse : 25° la nuit, 35° le jour… Le kilo de tomates ? 50 cts, avec en plus le sourire de la marchande ! Des corossols à s’en lécher les doigts et cet étourdissant passage de la clim à la torpeur, puis de la torpeur à l’écrasement jusqu’à la prochaine clim… Faut-il avouer que la perversité du post-colonialisme touristique a tout de même du bon ? En fait, ce serait le paradis si, outre la mer qui est parfois agitée, les expatriés ne l’étaient tout autant avec leur soif inextinguible de comprendre ce qui se passe en France :

– « Et les gilets jaunes vous en pensez quoi » ?
– « Heu ! En fait, il y a aussi eu une manif des retraités où nous étions… »
– « Oui, mais les gilets jaunes ? »
– « Et puis, une autre manif sur les violences sex… »
– « Oui, mais les gilets jaunes ? »

Impossible d’y échapper ! C’est curieux, cet engouement pour des colifichets ! Avant 68, c’étaient les chaussettes noires, hier les bonnets rouges et aujourd’hui les gilets jaunes… Des sans-culottes aux petits gilets, quel progrès ! Là où nous brandissions des drapeaux, ceux-là préfèrent prendre une veste. Mais, bon, ce n’est pas parce qu’on y comprend rien qu’il faut s’interdire de donner des explications.

« Et bien, voyez-vous en tant que syndicaliste, homme de gauche, humaniste le soir venu, écologiste versatile, certes bedonnant mais cultivé, et retraité nanti qui a foutu le camp pour ne pas avoir à faire tourner sa chaudière au fioul, je dirai, comme le disent également tous les politiciens de Gauche à l’unisson, tant l’unité les étouffe, qu’il faut comprendre la juste colère du peuple : c’est notre boussole, notre Graal ! Le peuple a toujours raison, si tant est qu’on puisse encore définir le peuple comme une catégorie cohérente et sans pour autant perdre de vue l’objectif final, dont on reparlera plus tard, ni céder au populisme et à la récupération. En effet, ne nous y trompons pas : Poujade n’est pas Lénine et on ne peut mettre sur le même plan barrage routier et piquet de grève, ni taxes et profits, ni d’ailleurs comme le font les médias, hit parade et société du spectacle. Vous me suivez toujours ? Sans compter qu’un mouvement ni droite ni gauche, ça ressemble à du Macron comme le gros rouge à la piquette. Cela dit, s’il devait s’avérer que l’homme providentiel soit une femme, là, ça changerait tout ».
En général, l’expatrié s’endort avant la fin du discours, la torpeur vous dis-je !

Mais, vu de l’étranger, on s’aperçoit très vite que la France n’est pas le seul pays où les voitures passent à la pompe ! Ici aussi des gilets jaunes il y en a, mais ils ne les mettent pas, parce qu’il fait trop chaud ! Et puis l’essence est à 0,90 cts le litre, une misère ! En août dernier, le gouvernement a voulu le passer à 1,20 : ce fut l’émeute, barrage, manif, tournoiement de machettes aussi… C’est fissa que le Président a fait marche arrière. En voilà un que la France risque de ne pas aider pour les prochaines élections, s’il s’entête à confondre profit et démocratie.
Ha, j’oubliai : le salaire moyen de l’ivoirien, quand il travaille, est à 200 euros. Alors, faut pas rêver, il n’y a que les riches qui roulent. Et comme les transports en commun laissent à désirer, les pauvres, ils marchent, ils marchent, ils marchent … et ils ne risquent pas de traverser la rue, c’est trop dangereux !

Mais enfin, la Révolution ne se fera pas sans moi !
Certes le sable est blanc, les cocotiers penchés, la mer est bleue, le ciel itou et le soleil au zénith mais il y a dix minutes encore, je me morfondais. En France, la Révolution vient de commencer, les macronades n’y pourront rien changer et moi je suis là, inutile, allongé sur ma serviette rouge, à quelques cinq milles kilomètres de l’événement historique dont j’ai toujours rêvé…
Tel Giovanni Drogo attendant les Tartares dans le désert de Buzzati, je guette la Révolution depuis mon enfance : en 62 j’étais à Charonne, sur le boulevard Saint-Germain en 68 et même à la Bastille en 81 (quoi ? tout le monde peut se tromper…) et au moment où toutes et tous s’agitent, manifestent, occupent et se préparent à la grève, moi, je me bats avec les vagues. La honte… Les fesses enduites de crème solaire et la tête dans ma serviette, je pleure. C’est alors que mon fils m’appelle. Je lui dis mon chagrin, mon souhait de revenir au plus vite.
« Mais enfin Papa, tu n’y penses pas ! Pourquoi est-ce qu’on se mobilise ici, si ce n’est dans l’espoir de conserver les acquis de la Libération et qu’un jour on puisse, comme toi, avoir une retraite heureuse ? Papa, par ton exemple, tu es l’incarnation d’un bonheur possible, la preuve vivante que Croizat avait raison. Papa, ne lâche rien, bronze, nage, mange de la langouste ! Tu es notre boussole, tes coups de soleil éclairent le chemin, les lendemains qui chantent c’est toi. Papa, la lutte a besoin de ton bonheur ».
Que mon hâle puisse être une boussole, même en étalant la biafine, je n’osais l’imaginer, moi qui voulais rentrer au risque de saboter le mouvement.
Revigoré, j’ai vite repris mes esprits. Ma conscience de classe est revenue dare-dare, illico j’ai appelé le serveur : « Garçon, remettez-nous ça » ! Décidément, elle commence bien cette révolution.

Ce matin, je suis rentré d’Afrique, au revoir Abidjan et la Côte d’Ivoire. Histoire de manger quelques huîtres en famille en ce premier jour de l’an… « Moins 2° », annonce le pilote. OK, ça ne fait jamais que 35° de différence !

Je hèle un taxi, pas de taxi ! « Ben, faut comprendre, avec les gilets jaunes ils ont peur d’être bloqués ». OK, je prends le RER. Je récupère ma voiture qui, après deux mois sans bouger, met une demi-heure à démarrer. Elle s’y résout dans un nuage de vapeurs toxiques. J’arrive chez moi : 8° dans la maison ! J’enclenche la chaudière, rien… J’appelle le chauffagiste. « Ben, c’est à cause de votre crépinette. Vu que vous n’avez plus assez de fioul dans la cuve, elle n’aspire plus ». OK, je commande du fioul en urgence. « Ben, c’est-à-dire qu’à cause des gilets jaunes le camion a peur d’être bloqué, alors il ne passera pas avant la semaine prochaine ». OK, je vais chercher du bois et avec le bulletin Le Pen que j’avais gardé, vu que j’avais voté Macron pour dénoncer le fascisme et qu’aujourd’hui au lieu de l’extrême droite, j’ai la droite extrême, j’allume le feu. C’est beau, un feu de cheminée ! Je me mets une couverture sur les genoux et j’ouvre la télé. Pas de télé… Un message d’alarme m’informe que les diodes de la résistance du circuit de connexion alimentant la prise antenne sont HS et que ça ne se répare pas ! OK, j’appelle le magasin BUT. Je m’explique, sans tourner autour du pot ni passer par quatre chemins, droit au… Le vendeur m’interrompt, « Bien sûr, on vend des télés mais ne venez pas aujourd’hui, avec les gilets jaunes le centre commercial est bloqué ». « Mais alors, pour les huîtres ? « Ben, c’est bloqué aussi ».
Dans la maison, il fait 12°. Martine a épluché l’un des ananas qu’on a ramené, j’ai rajouté une bûche dans la cheminée, pris une couverture supplémentaire et un livre. J’ai enfilé un gilet jaune, histoire de me tenir chaud. Nous sommes en 2019, bonne année à toutes et tous ! Jacques Aubert

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Jul, l’Histoire en bulles !

Il est de coutume de célébrer la nouvelle année avec des bulles, Chantiers de culture ne faillit pas à la tradition ! Normalien, scénariste et dessinateur de BD, Julien Berjeaut dit Jul croque l’actualité à sa façon. En transposant joyeusement Macron à l’Âge de pierre ou le Panthéon grec à Pôle emploi. Rencontre avec un blagueur au parcours atypique.

À chacune et chacun, lecteurs et abonnés des Chantiers de culture, meilleurs vœux pour 2019 ! Que cette nouvelle année soit pour vous riche de découvertes, de coups de cœur et coups de colère, de passions et de révoltes en tout domaine : social et artistique, culturel et politique. Vive 2019 à peindre en bleu, blanc, jaune ou rouge dans de nouvelles aventures ! Yonnel Liégeois

 

Eva Emeyriat – L’historien que vous êtes aime manier l’anachronisme ?

Julien Berjeaut – Il y a une dimension comique naturelle à entrechoquer les époques. Ce recul est salutaire quand on traite de sujets explosifs. Les vannes sur la pédophilie ou le terrorisme sont très délicates, mais je n’ai pas envie de m’interdire ces thèmes. Je contourne la difficulté avec la transposition historique.

E.E. – Qui vous a donné l’envie de faire ce métier ?

J.B. –  Pétillon, qui a fortement soutenu mon travail au début, quand on était à L’Écho des Savanes. J’étais dessinateur de presse et je lui dois le passage à la BD. J’ai lu L’enquête corse, j’ai vu qu’on pouvait faire de la vraie BD sur l’actualité. Ce pont était magistralement réussi. J’ai aussi été inspiré par Goscinny et Gotlib.

E.E. – L’exercice était-il alors plus facile ?

J.B. – L’interconnexion, les réseaux sociaux font que tout dysfonctionne. Ma grande terreur ? Être tiré vers où je ne veux pas aller… Avant, quand tu dessinais dans L’Huma ou Les Échos, il y avait un contexte, un lectorat qui avait les codes… Là, il faudrait donner un mode d’emploi, car un dessin peut être vu par tout le monde, y compris par ceux à qui il n’est pas destiné et à qui on n’a pas expliqué que telle personne n’est pas pédophile ou nazie, que c’est une vanne…

E.E. – Cela vous est arrivé récemment ?

J.B. – Dans un épisode de 50 nuances de Grecs, nous évoquons Caron, le passeur des Enfers dont le business est ébranlé par les passeurs de migrants. Caron râle, car c’est un raciste… J’ai reçu un nombre incroyable de courriels de gens qui attribuaient ses paroles au contenu éditorial de la série. Cette simplification est une malédiction pour les auteurs !

E.E. – Vous parlez chinois. Vous étiez en Chine avec Ségolène Royal en 2012 et, début 2018, du voyage officiel d’Emmanuel Macron…

J.B. – J’ai pu découvrir ce qu’était le côté fabriqué de la scène politique ! En 2012, les conseillers de Ségolène Royal m’ont demandé s’il y avait un truc qu’elle pourrait dire en sortant de l’avion. J’ai évoqué le proverbe « Qui n’a pas gravi la Grande Muraille n’est pas un brave », puis la « bravitude » est sortie, et patatras (rires) ! Avec Macron, c’était une expérience stupéfiante de voir tout ce protocole mais, avant d’y aller, j’avais posé mes conditions : y être en électron libre. Ce voyage m’a donné par la suite l’envie de dessiner L’homme de Cro-Macron, de la série Silex and the City.

E.E. – Pourquoi avez-vous été invité ?

J.B. – C’était plutôt malin de la part des Français d’inviter un dessinateur, de montrer qu’une grande démocratie pouvait intégrer la critique. Comme çà, ils n’ont pas eu à titiller frontalement le pouvoir chinois sur les opposants, sinon ils auraient vendu moins d’Airbus !

E.E. – Y a-t-il un sujet d’actualité sociale qui vous tienne à cœur ?

J.B. – La catastrophe que représente la gestion du chômage, que j’ai mise en scène dans 50 nuances de Grecs avec Acropôle-Emploi… L’attitude punitive envers les gens et le discours sur l’assistanat, tout cela me rend dingue !

E.E. – Votre sensibilité est-elle un héritage de vos parents, profs militants et syndiqués ?

J.B. – Petit, j’ai fait des millions de manifs ! J’ai grandi à Champigny (94, ndlr), fief communiste, et ma mère vote toujours pour le parti ! Elle a reçu une médaille de jeune pionnière communiste des mains de Youri Gagarine ! Mes frères pensent même que je suis le fils caché du cosmonaute mais, bon, les dates ne correspondent pas vraiment ! Propos recueillis par Eva Emeyriat.

Parcours :

1974 : Julien Berjeaut naît à Maisons-Alfort, dans le Val de Marne (94)

1995 : Il entre à l’École normale supérieure

1998 : Il est reçu à l’agrégation en histoire

2000 : Il collabore à L’Humanité, Charlie Hebdo, Les Échos, Fluide Glacial, Lire…

2005 : Il publie sa première BD, Il faut tuer José Bové (Albin Michel/Glénat)

2008 : Il fait ses premiers dessins en direct dans La grande librairie, sur France 5

2009 : Il sort le premier tome de Silex and the City, aux éditions Dargaud

2011 : Il réalise, avec Charles Pépin, La planète des Sages. Il publie le premier tome de 50 nuances de Grecs, toujours chez Dargaud

2012 : C’est la première diffusion, sur Arte, de Silex and the City

2018 : Il publie L’homme de Cro-Macron, le huitième tome de la série Silex and the City. Il est scénariste de Lucky Luke, un cow-boy à Paris. Arte diffuse 50 nuances de Grecs. Jusqu’au 01/07/19, se tient au Musée du Louvre l’exposition « L’archéologie en bulles »

 

Macron m’a tuer !

Nouvelle tête couronnée selon le duo Sauzet/Héran, avant et depuis son accession au trône républicain, Toutanmacron n’est pas avare de saillies qui en disent long sur son rapport à la politique et à ses concitoyens ! Des chômeurs qui touchent des allocations pour partir deux ans en vacances (2017) aux Britanniques qui ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher (2015), du libéralisme qui est une valeur de gauche (2015) aux jeunes Français qui doivent avoir envie de devenir milliardaires (2015), les deux compères n’en ratent pas une, nous offrant une compilation d’un suprême humour corrosif ! « L’irrévérence de bon aloi des auteurs trouve, dans une époque trop consensuelle, sa raison d’exister », clame Alain Guillo, le fondateur des éditions Un point c’est tout.

« Voici donc notre Président tel qu’en lui-même… fendant ses expressions de saillies désormais célèbres », écrit Vincent Drizet dans la préface de l’ouvrage, « il fend l’armure autant que la foule de ses macronnades bien serrées qui battent à plates coutures les déjà vieilles rafarrinades ». Avec Macron m’a tuer, Héran les dessine donc d’un trait aussi saillant que les saillies du Président, Dany Sauzet les commente d’une plume qui ne manque pas de piquant, les deux s’en donnant à cœur joie pour un vrai plaisir de lecture ! Derrière l’humour, se révèle au final un personnage moins policé qu’il n’y paraît, imbu de sa fonction, hautain et méprisant pour ses concitoyens. Rire n’a jamais empêché quiconque de réfléchir, la preuve ! Yonnel Liégeois

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Ah, le bel âge !

Quelle journée d’anniversaire, merci mes amis de m’avoir soutenu dans cette épreuve ! Pour passer le cap, je me suis saoulé d’activités.

Vendredi, ophtalmo : vu que j’y vois double… Si c’est bien dans les manifs, c’est gênant dans les embouteillages ! En soirée, conférence de mon grand fils sur « La musique et les étoiles ». Quel talent, ce petit ! La preuve qu’au fil des générations, l’espèce s’améliore, au moins dans la famille.
Samedi, centre Beaubourg : expo Tadao Ando, Franz West, le cubisme, puis le musée tout entier ! Huit heures debout devant des toiles, à la fin je m’écroule. « On touche pas », qu’il me dit le surveillant, « je touche pas, Monsieur, je m’accroche ». Mais, oh surprise, je découvre qu’Isidore Isou et Maurice Lemaitre figurent maintenant en bonne place sur les murs. Comme quoi, là aussi, il y a de l’amélioration.
Dimanche, Châteaubriant : hommage aux fusillés de 1941. Départ 6h, pour sept heures de car et cinq heures de discours ! Le poing levé, chez le militant tout est dans l’articulation. La mémoire est à ce prix. Dans le car, comme d’habitude, ce fut à mon tour de raconter aux camarades ce qui s’était passé et d’annoncer que demain le monde serait beau. Bon, je le reconnais, je n’ai pas osé dire que, côté progrès social, pour l’amélioration il allait falloir patienter encore un peu.
Lundi, cardiologue : après de multiples examens, lui et moi nous nous contenterons d’une petite stabilité, vu que l’amélioration, là aussi, il ne faut pas rêver. Alors, je lui parle de tous mes autres bobos. « Bof, au point où vous en êtes, laissez tomber les détails ». Il n’empêche, aujourd’hui Faurisson en est mort ! Je repars tout de même content, la machine tiendra bien un an de plus.
Mardi, impossible d’éviter le coup de vieux : je passe devant la glace. Rapidement. Puis, ce sont les bises, les condoléances, les messages d’affection et enfin le repas de fête avec ce qui reste dans le frigo. Résultat, il va falloir penser à faire des courses ! Le soir, avec les copains, les copines, on avait prévu de refaire le monde mais là, le hic, impossible de chanter ensemble : Mélenchon restait dans les aigües , Pierre Laurent dans les basses et Hamon était aphone. C’est sûr, on finira par laisser L’hymne à la joie à Macron.

Plus tard, très tard, rentrant à la nuit, je n’en crois pas mes yeux : grosse amélioration ! Les maïs, en face de ma fenêtre, ont été taillés (voir photo). Du coup, j’y vois mieux, plus loin, tout s’éclaire… À moins que ce ne soit un des bénéfices de l’âge ? Jacques Aubert

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Que c’est beau, c’est beau la vie !

Fin juillet, je rentre de vacances. Après la mer bleue, une semaine au festival d’Avignon, je ramène des images et des idées plein la tête !
J’ouvre la porte. Ci-gît une lettre du propriétaire me donnant congés : il veut vendre la maison. Je fais trois pas. Drôle d’odeur, les WC sont bouchés… Dans la cuisine, ça goutte, c’est la canalisation de la baignoire du haut qui fuit. J’allume le néon : il est grillé, plus encore quelques ampoules, ici ou là. Je cherche un plombier. La connexion internet ne fonctionne plus. Je prends le téléphone, pas de réseau.

Sans parler de la limite atteinte du découvert autorisé, du chat qui est trop maigre (il n’aime pas les nouvelles croquettes), du chien qui a des tiques, de l’aquarium qui manque d’eau, des piles de la télécommande de la télé qui sont HS (peut-on vivre sans BFM ?)… Sans parler aussi des factures impayées, du linge sale quand il n’y a plus de poudre à lessive alors que le frigo est vide et que même le rosé n’est pas au frais ! Enfin, il y a cette foutue balance sur laquelle je n’aurais pas dû monter ! Alors, je cherche la corde pour me pendre : impossible de mettre la main dessus.
Hier soir, dans mon jardin, de désespoir, je hurlais à la lune mais je n’ai pas pu continuer, maudite éclipse ! Jacques Aubert

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Samuel Gallet et l’état du monde, Avignon 2018

Avec La Bataille d’Eskandar, le collectif Eskandar se saisit à bras le corps du texte de l’un de ses membres, Samuel Gallet. Sous couvert d’humour noir, une vision implacable du chaos de notre monde. Sans oublier Criminel, Lettre à un soldat d’Allah et Stand up, rester debout et parler.

 

Samuel Gallet, d’ailleurs, n’hésite pas à payer de sa personne sur le plateau, et cela avec un plaisir évident, comme s’il savourait ses propres mots. Pour l’accompagner dans cette entreprise – une véritable bataille comme le stipule le titre, La Bataille d’Eskandar – on retrouve Pauline Sales pour le jeu, Aëla Gourvennec et Grégoire Ternois pour la composition et l’interprétation musicale. Il n’en fallait pas moins pour parvenir à mener à bien la difficile mission de rendre justice à un texte qui oscille entre différents registres d’écriture. Qui passe de la narration dramatique aux envolées poétiques sans crier gare, se développe dans un imaginaire parfois débridé, voire extravagant, pour répondre avec une ardeur de tous les instants à une volonté de vie inexpugnable. Que l’on veuille ou non, et le personnage principal à qui Pauline Sales prête corps et âme avec une belle autorité l’avoue clairement, « La

©Tristan Jeanne-Valès

vie me prend à la gorge chaque matin. Me plaque contre les murs. M’agresse soixante fois par minute… ».

Tout est dit, le ton est ainsi donné dans sa rythmique et sa tension implacables. Une envolée dans un imaginaire débridé, seul refuge sans doute pour cette femme harcelée par les huissiers et qui s’en va donc explorer d’autres univers dans lequel, parmi les animaux d’un zoo laissé à l’abandon, on trouve un certain Thomas Kantor dont le nom évoque bien évidemment le grand metteur en scène polonais (Tadeusz Kantor) et sa Classe morte. Le quatuor d’Eskandar nous renvoie ainsi avec autorité, et subtilité, au chaos de notre monde. Une vision implacable qui sait faire la place à une sorte d’humour noir, le masque d’une douleur profonde. Jean-Pierre Han

Jusqu’au 29/07 à 21h15, Théâtre des Halles.

 

À voir aussi :

– Criminel : Jusqu’au 27/07 à 12h05, Théâtre Artéphile. Libéré après quinze ans de prison, Boris sort sans illusion, ni colère et rancoeur. D’un regard l’autre, les plus perturbés sont les amis, les proches, condamnés à le revoir, lui parler, se confronter… Un texte percutant, écrit et mis en scène par Yann Reuzeau, brûlant d’humanité et transcendant le fait divers. Yonnel Liégeois.

– Lettre à un soldat d’Allah : Jusqu’au 29/07 à 14h, Théâtre des Halles. Mis en scène par Alain Timar, le réputé patron des lieux, le texte de l’auteur algérien Karim Alouche est sous-titré « chroniques d’un monde désorienté ». Un jeune homme (convaincant Raouf Raïs) s’adresse à un ami d’enfance devenu djihadiste. Plus qu’un plaidoyer en faveur de la laïcité, le refus de l’intolérance, de l’obscurantisme et du fanatisme, la foi en des valeurs et des idéaux qui ont pour nom justice, raison, liberté, art et poésie. Yonnel Liégeois

– Stand up, rester debout et parler : Jusqu’au 27/07 à 20h20, Théâtre 11-Gilgamesh Belleville. Qu’elle parle ou chante, Alvie Bitemo n’est point femme à se taire face à l’injustice ou au racisme. Qui, entre trois notes de musique et la prise à partie du public, déclame haut et fort ses convictions : qu’est-ce qu’être une femme noire en France aujourd’hui, en outre actrice ? Avec humour et talent, l’artiste d’origine congolaise distille et suggère quelques gouleyantes réponses. Yonnel Liégeois

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Didier Ruiz et le genre… théâtral, Avignon 2018

Avec Trans (més enllà), Didier Ruiz propose un étrange spectacle au public avignonnais. Les paroles fortes et bouleversantes de sept transsexuels, entre témoignage et curieux objet théâtral. Sans oublier Pulvérisés à Présence Pasteur, La guerre des salamandres à Villeneuve-en-Scène et Je délocalise au Théâtre de l’Ange.

 

Didier Ruiz, par sa manière d’envisager et de pratiquer son activité, occupe une place bien particulière au cœur du monde théâtral. Son avant-dernière production notamment, Une longue peine, nous en donne une idée bien précise : il avait recueilli les paroles de personnes ayant connu la prison mettant l’accent sur la question de l’enfermement. Avec Trans (més enllà) il poursuit son exploration de l’enfermement, mais cette fois-ci saisie (et mises au jour) dans les corps mêmes des personnes présentes sur scène. Soit cette fois-ci sept témoins choisis parmi de nombreux autres (c’est sans doute là d’ailleurs, dans ce choix, le premier acte théâtral de Didier Ruiz). Sept personnes donc, sept transsexuels barcelonais, quatre femmes et trois hommes de 22 à 60 ans invités à parler sur le plateau de leur vécu, de leur expérience, ce qui ne leur confère en rien, en tout cas comme peut le concevoir le public, le statut de comédien.

À moins que… Mais la question est bien celle-ci : sommes-nous au théâtre, et si oui, quels sont les éléments qui nous y mènent ? Question oiseuse ? Mais puisqu’il est question ici de genres (de transgenres), jouons sur les mots, et parlons du genre de l’objet présenté sur scène… Sommes-nous devant un objet théâtral ? Cette interrogation évacuée, reste ce qui est l’ordre du témoignage, mis en scène (mais oui) avec délicatesse et pudeur par Didier Ruiz aidé pour l’occasion par le chorégraphe Tomeo Vergès, dans une scénographie élégante d’Emmanuelle Debeusscher. Seules quelques animations visuelles et sonores viendront apporter une respiration entre les témoignages des uns et des autres. Pas de pathos, une parole simple et d’autant plus forte émise par les témoins immobiles face au public. Histoires bouleversantes, certes, que l’on imagine choisies parmi bien d’autres, sans doute tout aussi bouleversantes. On est saisi, mais au final on se demande s’il faut vraiment applaudir. Car enfin, qu’applaudit-on au juste : la « performance » des témoins ? Leur courage ? On ne sait trop. Jean-Pierre Han

Jusqu’au 16/07 à 22h, Gymnase du Lycée Mistral.

À voir aussi :

– Pulvérisés : Jusqu’au 29/07 à 16h40, Présence Pasteur. Nous connaissions « Le travail en miettes » du sociologue américain Georges Friedmann, il nous faudra désormais compter avec « Pulvérisés », le texte de la roumaine Alexandra Badea mis en scène par Vincent Dussart. Sur les planches quatre personnages sans nom, juste un sexe et une fonction : deux femmes (opératrice de fabrication à Shanghai, ingénieure d’études et développement à Bucarest) et deux hommes (responsable Assurance Qualité sous-traitance à Lyon, superviseur de plateau à Dakar) qui nous confient 24H de leur vie. Les comédiens se font porte-parole de ces inconnus que rien ne relie et que tout pourtant rapproche : aux quatre coins de la planète, mêmes illusions et déconvenues dans le labeur quotidien, mêmes souffrances et misères du monde pour chacun, qu’ils soient cadre supérieur dans les assurances ou petite main chinoise dans une usine de textile. Un chœur des lamentations contemporain, un regard sans concession sur notre humanité en faillite qui, paradoxalement, nous incitent plus à la rébellion qu’à la soumission. Yonnel Liégeois

– La guerre des salamandres : Jusqu’au 22/07 à 19h, Villeneuve-en-Scène. Robin Renucci, le directeur et metteur en scène du CDN Les Tréteaux de France, s’empare des salamandres du tchèque Karel Kapech, décédé en 1938 peu de temps avant son arrestation programmée par la gestapo. Un texte teinté d’un certain humour noir, une charge virulente contre le national-socialisme en particulier et féroce contre la folie humaine en général ! « L’esclavage auquel conduit la cupidité des hommes dans un capitalisme sans frein est au centre de l’œuvre où l’on peut lire aussi une fable écologique », commente le metteur en scène, « ce que nous vivons actuellement avec le dérèglement climatique, la désertification de régions entières, la fonte des glaces et la montée des mers, tout est déjà là, traité par la fiction. Čapek, comme Tchekhov en d’autres temps et lieu, dépeint un monde au bord de la destruction dans lequel des personnages aux forts caractères s’estompent peu à peu pour laisser percer la marche inéluctable vers l’abîme ». Yonnel Liégeois

– Je délocalise : Jusqu’au 28/07 à 14h40, Théâtre de l’Ange. Héritier de Devos ou Desproges, Albert Meslay se joue des mots avec intelligence, et impertinence ! Le cheveu rebelle, sous ses insolentes bacchantes, truculent pince-sans-rire, il distille son humour noir et décalé entre trois ou quatre bonnes vérités pas toujours agréables à entendre pour les bien-pensants engoncés dans leur costume-cravate. En ce cru 2018, en pleine crise européenne, il a prévu de délocaliser sa petite entreprise d’humoriste : pour écrire ses sketches, il s’est entouré d’auteurs comiques issus de pays émergents, de préférence à monnaie faible ! Succès garanti, à moindre coût, le rire en sus surtout. Yonnel Liégeois

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Mai 68 : Jacques Aubert, que s’est-il vraiment passé ?

En ce cinquantième anniversaire des événements du mois de mai 1968, fleurissent sur les écrans et dans les librairies moult documents et témoignages. Pour encenser ou disqualifier la révolte citoyenne, étudiante et ouvrière, qui embrasa la France durant plusieurs semaines… Un dossier chaud que Chantiers de culture revisite en laissant la parole, au fil des semaines, à divers acteurs ou personnalités emblématiques qui font retour sur ces temps troublés.

Que s’est-il vraiment passé en Mai 68 ? C’est un peu tiré par les cheveux, mais je peux vous en parler savamment. À l’époque, je tenais un salon de coiffure sur le Boulevard Saint-Germain. En fait, tout a commencé avec l’invention de l’effilage au rasoir qui eut pour effet une augmentation du prix de la coupe de cheveux. Ce qui entraîna une désertification des salons de coiffure, ce qui eut pour conséquence une augmentation de la longueur des cheveux des plus démunis, et en premier lieu des jeunes, qu’ils fussent étudiants ou pas.

Les ouvriers, en ces temps-là, propres sur eux et cravatés, ne cédèrent pas à cette tentation. Voulant rester les oreilles dégagées, ils réclamèrent que les employeurs prissent en compte l’augmentation du merlan*. Le patronat s’y refusa, arguant qu’il ne pouvait être tenu responsable du dynamisme capillaire de la classe ouvrière. Une réponse qui engendra un certain mécontentement chez les salariés de tout poil. Chez les étudiants aussi, la grogne allait crescendo. Les loustics ne comprenaient pas qu’on leur interdise le dortoir des filles, vu qu’eux-aussi avaient besoin du peigne démêlant pour leur tignasse. Si certains recteurs allèrent jusqu’à dire qu’il s’agissait là d’un prétexte, la suite ne tarda pas à démontrer qu’ils se mettaient le bigoudi dans l’œil. De Gaulle, qui présidait la France depuis une dizaine d’années et qui était chauve, ne comprit pas la nature du conflit et au lieu d’envoyer les tondeuses, il déploya ses CRS. Qui, la tête trop près du casque, ne trouvèrent rien de mieux que d’empoigner les jeunes par les cheveux pour leur crêper le chignon !

Les ouvriers, c’est congénital, dès qu’il voit un cogne taper sur quelqu’un, fusse-t-il jeune, instruit et velu, ça les défrise ! Bientôt, au comble de la protestation, les étudiants cabossés refusèrent d’aller en cours et les prolos, mécontents et colériques, n’allèrent plus travailler non plus. De Gaulle, dans l’espoir de mater tout ça, mit son képi sur sa tête et s’en alla voir le Général Massu qui, bien qu’il ait lui-aussi la boule à zéro, possédait quelques chars. La tentation fut grande d’envoyer deux trois obus sur les gueux, mais vu qu’il ne sortait plus rien des usines et que si l’on massacrait les prolos, il n’en sortirait pas d’avantages, le patronat préféra négocier. C’est Georges Pompidou, un moins chauve que les autres et Premier ministre, qui s’en chargea. À Grenelle, ce fut « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

La broussaille sourcilleuse d’un Pompidou n’empêcha point Jojo, Séguy le syndicaliste tout rougeaud qu’il était, de frisoter de la tonsure sur un avenir meilleur et il fallut lui céder du terrain. Entre autres choses, il obtint l’augmentation de la prime de coiffure pour tous et les étudiants, même mal coiffés, furent autorisés à tenir les filles par la main. C’est alors que De Gaulle eut du cran ! Rappelant qu’à la Libération lui-aussi avait eu la raie sur le côté, il demanda aux gens s’ils l’aimaient encore. Il se trouva une majorité, dont les cheveux s’étaient dressés sur la tête à la vue des barricades, pour dire que oui, au fond, oui, ils l’aimaient encore et ce fut la fin de 68. À partir de là, chacun eut les cheveux qu’il voulait et la maison L’Oréal, qui fabriquait des shampoings, devint la plus riche entreprise du monde. Jacques Aubert

*À la grande époque des perruques, les coiffeurs qu’on appelait « perruquiers » devaient poudrer les dites perruques pour en masquer la crasse (on n’utilisait pas d’eau pour ne pas décranter la perruque). Les coiffeurs vaporisaient abondamment la poudre sur le client qui se masquait le visage avec une sorte de cornet en papier. Résultat ? Le coiffeur se retrouvait tout « enfariné ». Comme les petits poissons prêts à frire, les fameux merlans !

 

68, année érotique

Tel est le titre du documentaire de Claude Ardid et Philippe Lagnier, diffusé le 25/05 à 22h25 sur France 3 ! Avec le plaisir d’y découvrir la contribution de notre ami Jacques Aubert : « J’y fais une apparition mais je ne sais si c’est pour mes connaissances sur le sujet ou, justement, pour mon absence de connaissances… En fait, je ne sais rien et pour moi aussi, ce sera la surprise. Si je fus filmé et interviewé longuement, chez moi et à la fête de l’Huma, j’ignore ce qu’au montage le réalisateur a décidé de garder. Et, surtout, ce qu’il a bien voulu retenir de tout ce que j’ai raconté… ! ».

En tout cas, l’affiche s’annonce alléchante à la lecture de la présentation qu’en fait la chaine publique. « Une autre révolution a eu lieu en 68 : celle des mœurs. Virginité, fidélité, mariage : les tabous d’après-guerre sont bousculés. Les slogans politiques ont été oubliés, mais l’émancipation sexuelle est restée. Des Français anonymes racontent leur « année 68 ». Ils étaient étudiants, lycéens ou déjà dans la vie active. Leurs témoignages se mêlent aux archives pour restituer l’ambiance de l’époque. Une belle rétrospective, riche en témoignages souvent drôles, parfois bouleversants, qui permet de réaliser le chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui et les combats menés. Des récits relatés avec une grande liberté de parole et de nombreuses images d’archives transportent le téléspectateur au cœur de cette époque fascinante ». Cul nu ou pas, seul(e) ou à plusieurs, squattons divans et canapés pour mater la petite lucarne ! Et gageons que 2018 s’affiche aussi comme un bon cru érotique, envers et contre Jupiter… Yonnel Liégeois

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Koltès, en sa courageuse solitude

Né en 1983, six ans avant la mort de Bernard-Marie Koltès (1948-1989), Arnaud Maïsetti enseigne les études théâtrales à l’université Aix-Marseille. Aux Éditions de Minuit, celles de Koltès depuis le début, il publie sur l’écrivain une monographie consistante composée avec ferveur. Avec, en pied d’article, une sélection de l’actualité théâtrale.

 

Ainsi s’étoffe, avec cette nouvelle publication et après les ouvrages de Brigitte Salino, Anne-Françoise Benhamou, Christophe Bident et François Bon, la bibliothèque vouée à celui dont Patrice Chéreau, qui l’imposa depuis le théâtre Nanterre-Les Amandiers avec Combat de nègre et de chiens, affirmait qu’« il transportait une morale du monde ». C’est ce que prouve l’auteur, après la consultation assidue d’archives, la collecte de témoignages et la lecture de l’abondante correspondance de Koltès, épistolier infatigable (lettres à sa mère, à son frère François, à Hubert Gignoux, à Lucien Attoun, aux amies…). Pour Arnaud Maïsetti, Koltès, convaincu très jeune de devoir être l’auteur de sa vie, « ne possédait qu’une morale : celle de la beauté. Et qu’une loi : le désir ».

De Koltès, autre « passant considérable » ­suivant le calque rimbaldien, éternel jeune homme timide, ombrageux, voyageur hors tourisme cherchant le danger non sans peur, ne pouvant écrire qu’au terme d’expériences des limites risquées, Maïsetti parvient donc sur un long parcours à brosser un portrait fortement rythmé. C’est qu’il ne néglige pas, de son modèle, les hantises et les héros secrets, James Dean, Bob Marley, Bruce Lee, lesquels ont fait bon ménage, dans son panthéon imaginaire, avec Dostoïevski et Faulkner. D’où une écriture violemment physique, sensible, charnelle, née d’expériences âpres et lumineuses dans des recoins sombres, en Afrique, en Amérique latine, loin de l’Occident honni. C’est là sans doute la proximité avec Genet et ce qui fit adhérer au Parti communiste, dans les années 1970, ce rejeton de famille bourgeoise provinciale qui s’adonna au métier d’écrire avec fureur. À mes yeux, les plus belles pages de ce livre, dont la précision dans l’analyse n’exclut pas une sorte d’élégant lyrisme, ont trait au combat pour écrire de Koltès avec lui-même. Belle leçon. Ce n’est pas facile. Les difficultés matérielles ne le rebutent pas et plus tard, quand l’argent vient avec le succès, le sida s’annonce. Ce tragique-là, Bernard-Marie Koltès, fidèle à sa rigueur d’être, ne l’a pas non plus surjoué.

Le court chapitre final, « Do We ? », est à cet égard d’un laconisme factuel exemplaire. Ce livre, un peu à l’écart de l’université, est d’abord d’amitié. Jean-Pierre Léonardini

 

Co Victor Tonelli

À voir actuellement :

– « Quai Ouest » de Bernard-Marie Koltès, dans une mise en scène de Philippe Baronnet au Théâtre de La Tempête, jusqu’au 15/04. Violence, misère et solitude : dans une noirceur et une lenteur presque exaspérantes, le choc de mondes irréconciliables, le tableau de vies brisées et déchiquetées à l’image du texte de Koltès hâché en moult séquences. Déchirants monologues, superbe interprétation.

– « Un métier idéal » et « Le méridien » avec Nicolas Bouchaud, dans une mise en scène d’Eric Didry au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 14/04. Sur les textes de John Berger et de Paul Celan, dans deux superbes « seul en scène » nourris de tact et de sensibilité, Bouchaud le magnifique nous interpelle sur le sens de la vie, ce qui nous fait respirer et marcher, vibrer et créer. Du grand art à l’état brut.

– « Mille francs de récompense » de Victor Hugo, dans une mise en scène de Kheireddine Lardjam au Théâtre de l’Aquarium, jusqu’au 08/04. Entre drame et comédie, une mise en scène virevoltante où, déjà, l’appât de l’argent et l’arrogance des possédants sont mis au banc des accusés. Le texte d’Hugo est toujours aussi porteur de verdeur et d’acidité à l’encontre des puissants face aux petites gens.

– « Le garçon du dernier rang » de Juan Mayorga, dans une mise en scène de Paul Desveaux, les 16 et 17/04 au Tangram d’Evreux-Louviers. Entre le professeur et son élève, un exercice littéraire pas vraiment innocent qui dérape dans le morbide et le tragique. Une mise en scène finement ciselée de chaque côté de la baie vitrée, où le spectateur se demande en permanence qui manipule l’autre.

– « Lettres à Élise » de Jean-François Viot, dans une mise en scène d’Yves Beaunesne au Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 14/04. À travers leurs lettres échangées, l’évocation d’un jeune couple pris dans la tourmente de la grande boucherie de 14-18. Lui au front, elle dans l’école où elle supplée son absence, entre cris d’amour et de détresse, un message final : plus jamais çà, plus jamais la guerre !

– « Opéraporno » écrit et mis en scène par Pierre Guillois au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 22/04. Le grotesque porté à l’extrême, des dialogues à hauteur de la fosse septique, une parodie du cul fort (dé)culottée… Un spectacle où l’absence de finesse assumée le dispute au degré d’humour partagé, Jean-Paul Muel hilarant dans le rôle de la grand-mère violée par son petit-fils.

– « La révolte » d’Augustin de Villiers de L’Isle-Adam, dans une mise en scène de Charles Tordjman au Théâtre de Poche-Montparnasse. L’ancien directeur de La Manufacture, CDN de Nancy-Lorraine, fait merveille dans sa direction d’acteurs. Face à un époux dépassé et impuissant face aux événements, la beauté révoltée d’une femme en quête de liberté. De l’émancipation, déjà en 1870 ! Yonnel Liégeois

 

À voir prochainement :

– « Parfois le vide » écrit et mis en scène par Jean-Luc Raharimanana au Théâtre Antoine-Vitez d’Ivry les 29-30 et 31/03, au Studio-Théâtre d’Alfortville les 20 et 21/04. Un voyageur, qu’on nomme « migrant », converse avec son double noyé. Un poème épique contre la violence des frontières, qui renoue avec la tradition malgache : s’emparer en voix et musique du récit du monde.

– « Tous mes rêves partent de gare d’Austerlitz » de Mohamed Kacimi, dans une mise en scène de Marjorie Nakache au Studio-Théâtre de Stains, du 29/03 au 13/04. Dans une maison d’arrêt, des codétenues répètent une scène de « On ne badine pas avec l’amour » de Musset. Dans l’écrin de Stains, la violence de la religion et le pouvoir des hommes dénoncés face à l’idéal d’amour des femmes.

– Le festival « Les Transversales » au Théâtre Jean-Vilar de Vitry, du 03 au 14/04. Pour en finir avec les frontières, oser un espace des possibles : après l’accueil de la Tunisie et du Maroc, focus sur l’Algérie et le Liban ! La troisième édition d’un festival qui se propose d’ouvrir des perspectives, d’offrir des écritures artistiques empreintes de réel et de partager d’autres points de vue.

– « La magie lente » de Denis Lachaud, dans une mise en scène de Pierre Notte au Théâtre de Belleville, du 04 au 15/04. Diagnostiqué schizophrène à tort, un homme va progressivement découvrir qui il est et pouvoir se réconcilier avec lui-même. Une quête de vérité pour exorciser un passé traumatisant et conquérir sa liberté, se remettre en marche avec sa propre histoire.

– « Sang négrier » de Laurent Gaudé, dans une mise en scène de Khadija El Mahdi  au Théâtre de la Croisée des chemins, chaque jeudi jusqu’au 19/04. L’ancien commandant d’un navire négrier se raconte : sa plongée dans la folie lorsque cinq esclaves, échappés de la cale, sont traqués à mort dans le port de Saint-Malo. Une histoire terrifiante, un vibrant plaidoyer pour la dignité humaine. Y.L.

 

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